Five reasons n°35 : Est-ce que tu sais ? (Edition Deluxe) (2021) de Gaëtan Roussel

ab67616d0000b273476ad60f8b7537f6985bf15bAu printemps dernier, soit en 2021, Gaëtan Roussel nous avait gratifiés de son quatrième album studio solo. Est-ce que tu sais ? affichait alors une poésie pop d’un niveau rarement atteint, et sans doute jamais chez son créateur, ou du moins pas avec une telle globalité de la première à la dernière note du disque. Opus parfait à mes yeux, dont j’avais déjà dit le plus grand bien dans une review (à relire par ici). Album majeur de 2021, très bien placé sur mon podium de l’année, il tourne toujours régulièrement sur la platine. Mes oreilles me disent merci à chaque fois, mais pas que. Mon corps et mon coeur aussi  tant les onze titres me font vibrer, frissonner, danser (moi qui suis pourtant piètre danseur pour tout dire). Est-ce que tu sais ? occupe une place très particulière dans mon cœur et mon existence, pour avoir débarqué au moment idéal, et pour résonner à chaque seconde de mille petites bulles d’émotions. Pour ce qu’il est, pour ce qu’il me rappelle, pour ce qu’il raconte.

Dès lors, je ne cache pas avoir regardé d’un œil perplexe la sortie en octobre 2021 d’une édition Deluxe de ce même album, augmenté de trois titres inédits. Quel intérêt (à part commercial) à augmenter un disque parfait, donc inutile à modifier ?

1. Les trois singles ajoutés sont au moins aussi parfaits que l’album de base. Dans l’ordre d’apparition dans vos oreilles, Elle résume les contradictions et tergiversations que l’on peut avoir face à la vie, à nos envies et nos choix. C’est ici appliqué à une femme, mais ça pourrait très bien s’intituler Il. Puis Une seconde (ou la vie entière) brosse les changements de vie, les surprises que cette dernière nous réserve entre éphémère et durée. Porcelaine clôt le trio des nouveautés sur une déclaration intimiste. Tout ceci écrit dans une dentelle de simplicité qui parle direct à tout être normalement constitué.

2. Ces trois ajouts à l’album initial ont peut-être une intention commerciale, mais ils s’intègrent avec un tel naturel aux onze titres préexistants qu’on oublie toute démarche potentiellement mercantile. Une seule question émerge à la fin de Est-ce que tu sais ? (Edition Deluxe) : comment a-t-on fait avant pour se contenter de l’album de base ? La présence de ces titres supplémentaires est une telle évidence dans la cohérence du disque qu’aucun doute n’est permis : cette réédition Deluxe est la seule version possible du disque.

3. Se plonger dans cette nouvelle version, c’est aussi réécouter l’ensemble de l’album. J’ai déjà dit plus haut pourquoi Est-ce que tu sais ? me suis partout et revient régulièrement en moi. On tient ici trois titres supplémentaires pour y retourner encore plus souvent. Et pour celles et ceux qui seraient passés à côté il y a un an, ou qui l’ont moins dégusté, foncez, vous ne le regretterez pas. D’une certaine façon, Gaëtan Roussel enfonce le clou avec cette réédition. Qui a déjà le disque en intraveineuse, pourra se faire un dose augmentée. Pour les autres, voilà la meilleure façon de faire la rencontre d’un album incontournable.

4. Album incontournable, disque majeur, je manque de mots justes pour qualifier l’objet. Une métaphore peut-être ? Cette galette est comme une rencontre majeure dans une vie. Le genre de rencontre qu’on fait une fois tous les dix ans, tous les quinze ou vingt parfois même, et jamais pour certains. L’écoute de Est-ce que tu sais ? est un moment privilégié, comme tout moment passé avec, disons, cette personne à qui vous tenez le plus. Celle pour qui vous avez le plus grand respect, celle pour qui vous donneriez tout et avec qui vous partagez la plus douce des complicités et la plus grande des confiances. Celle dont vous admirez l’intelligence et la beauté totale. Tout est simple et facile, tout est richesse et humanité, accompagné de rires et de lumière. Et c’est justement aussi vers cette personne-là que l’on se tourne quand il fait gris ou noir, pour dépasser le chahut de ce monde et les bousculades de la vie. Ce disque est, lui aussi, un repère, un guide, une bulle.

5. Une dernière raison ? En faut-il encore une ? Soit. Une raison de gros iencli (ou de pigeon diraient certains), une raison de collectionneur. Cette réédition Deluxe est une occasion de racheter le disque. Originellement sorti en pochette bleue, le voilà revenu en pochette orange. Avec, vous vous en doutez, des vinyles de différentes couleurs selon les tirages limités (ou pas). La collectionnite aiguë à de beaux jours devant elle, particulièrement avec votre serviteur, j’en conviens aisément. Ai-je plusieurs éditions de ce Est-ce que tu sais ? Vous n’avez aucune preuve.

Est-ce que tu sais ? (Edition Deluxe) se pare de trois titres supplémentaires, pour une réédition hautement indispensable. L’album originel l’était déjà. La réédition Deluxe en fait un opus plus que parfait, mais à écouter en tout temps pour comprendre et affronter le passé, le présent, le futur. Nous ne faisons que passer : ne boudons pas notre plaisir et ne passons pas à côté d’une telle merveille.

Raf Against The Machine

Top/Rétrospective de fin d’année 2021 par Raf Against The Machine

Visuel Top 2021Nous y voilà : à la porte de sortie de 2021, pour un passage en 2022. Avant de laisser derrière nous ces douze derniers mois, passons par le marronnier de chaque fin d’année, à savoir le bilan top/flop. Côté flop, je ne m’attarderai pas, puisque l’idée de Five-Minutes est de vous faire partager des coups de cœur, non de dégommer telle ou telle production. Je préfère me concentrer sur ce qui a étayé et marqué, en musique et parfois à la marge, mon année 2021. Sans plus attendre, balayons ensemble ces mois passés, et ce qu’il m’en reste musicalement à l’heure de la fermeture. Dix minutes de lecture, accompagnées d’une soixantaine de minutes d’écoute. D’un bloc ou en picorant, c’est à votre appréciation. Let’s go.

Il est de tradition de faire un top, un petit jeu auquel le copain Sylphe excelle. Il adore faire des classements, et vous en aurez la preuve cette année encore avec son top à lui. Pour ma part, je vous propose un podium albums qui a la particularité de compter quatre places. Selon la phrase convenue, la quatrième place est toujours la pire, la plus rageante, celle de la médaille en chocolat (cela dit de loin la meilleure des médailles). Voici donc, pour éviter cette maudite quatrième place, un podium avec une première place, assortie d’une marche intermédiaire pour une première place bis, puis de deux deuxièmes places. Un podium bien peu commun, dominé assez largement par Thomas Méreur avec The Dystopian Thing, son deuxième album, qui est clairement mon album de l’année 2021. Plein de finesse et de sensibilité, bouillonnant d’émotions et de lumière malgré les temps sombres qu’il décrit, voilà bien un disque que j’attendais et qui a dépassé mes attentes (chronique à relire ici), en clôturant 2021 de la plus belle des façons. Pas très loin derrière, et donc sur cette fameuse place numéro 1 et demi, Low skies de Nebno. Un album musicalement dans l’esprit de The Dystopian Thing : de l’ambient mâtiné d’une créativité sans nom, pour des ambiances toujours plus envoûtantes et un voyage dans des univers dont on ne ressort pas indemne, tout en affichant une unité artistique évidente (chronique à relire par là). Marvel cherche désespérément son multivers au cinéma. Dans le monde musical, Nebno propose un autre multivers qui, lui, fonctionne : il est dans Low skies.

A long way home de Thomas Méreur, sur The Dystopian Thing
Maze de Nebno, sur Low skies

Reste la double deuxième place du podium. Les lauréats ne surprendront aucun habitué de Five-Minutes. D’une part, The shadow of their suns. Le cinquième album studio de Wax Tailor (sixième si on compte By any remixes necessary, album de relectures de By any means necessary) a claqué très fort dès le moins de janvier, et à ouvert les hostilités en plaçant la barre très haut. Disque sombre mais optimiste (comme je l’écrivais dans un Five reasons à relire ici), aussi brillant qu’élégant et obsédant, The shadow of their suns n’a pas faibli en intensité, loin de là. Il reste un très grand album de Wax Tailor, et un gros pavé musical de 2021. D’autre part, et dans un tout autre genre, Est-ce que tu sais ? de Gaëtan Roussel. J’ai toujours été très client du garçon et de ses différents projets Louise Attaque, Tarmac, Lady Sir, et bien sûr ses albums solo. Toutefois, ce dernier opus en date occupe une place particulière pour moi. Il est arrivé à un moment où chaque titre m’a raconté un bout de moi, où chaque mélodie et chaque texte ont résonné d’une façon très personnelle. J’en avais déjà dit beaucoup de bien (à relire par ici), et je pourrais me répéter puissance dix. Album pop intimiste et poétique, chaque seconde qu’il égrène me ramène à toi. Inévitablement, inlassablement, et toujours avec la même force. Sache le, où que tu sois et si tu me lis.

The light de Wax Tailor, sur The shadow of their suns
Tout contre toi de Gaëtan Roussel, sur Est-ce que tu sais ?

Sorti de ce podium à quatre places, bien d’autres sons ont occupé mon année. Il faut pourtant faire un tri, faute de quoi je vous embarque pour plusieurs heures de lecture et d’écoute. Un tri facilité en retenant deux albums découverts en 2021, mais ne contenant pas du matériel de 2021. Subtil. The Rolling Thunder Revue de Bob Dylan est une belle découverte, appuyée par le visionnage du film éponyme de Martin Scorsese disponible sur Netflix. Ce dernier retrace le retour sur scène de Bob Dylan en 1975, après presque dix années d’absence live. Documentaire et album se complètent magnifiquement : l’émotion magnétique des images de Dylan et de sa troupe en tournée se retrouve dans les enregistrements, et réciproquement. Il en résulte un témoignage musical à la fois bouleversant et de haute qualité, dont j’avais déjà dit le plus grand bien voici quelques mois (à relire ici). Avec, au cœur de tout ça, une version habitée de The lonesome death of Hattie Carroll, mais aussi un échange puissant et humain (dans le documentaire) entre Bob Dylan et Joan Baez sur eux-mêmes et leur histoire commune. L’évidence mise à nu d’un lien profond, dans sa plus simple expression et son plus simple appareil. Je ne m’en suis toujours pas remis.

The lonesome death of Hattie Carroll de Bob Dylan, sur The Rolling Thunder Revue

Autre album de 2021 qui rassemble des sons du passé, At the BBC de Amy Winehouse (chronique à retrouver ici). Ou la sortie officielle, propre et parfaitement masterisée, d’enregistrements entre 2003 et 2009, soit la période la plus puissante d’Amy Winehouse. On y retrouve des versions live de titres connus, d’autres moins, et quelques reprises comme celle de I heard it through the grapevine avec Paul Weller. Si l’on connaissait déjà bon nombre de ces versions, l’album sorti cette année est l’occasion de tout rassembler en un seul endroit, et de se faire une plongée dans les traces des meilleures prestations scéniques d’une immense artiste partie bien trop tôt.

I heard it through the grapevine par Amy Winehouse feat. Paul Weller sur At the BBC

Autres temps, autres lieux : 2021 a aussi été l’année du retour annoncé d’Archive pour l’année prochaine. Là encore, aucune surprise pour les lecteurs assidus du blog, tant ce groupe est pour moi une référence absolue et indéboulonnable. Si le douzième album studio Call to Arms & Angels ne sortira qu’en avril 2022, il a été précédé par deux singles d’une rare efficacité. Daytime coma est une plongée de plus de dix minutes dans l’état d’esprit et les déchirements sociétaux covidesques (pépite à relire par ici), tandis que Shouting within est un modèle de rage et de colère intérieures, sous couvert d’intimisme (pépite à relire par là). Ajoutons à cela Super 8, premier extrait de la BO qui accompagne le documentaire en lien avec ce nouvel album, et la hype est absolument totale. Je trépigne chaque jour de hâte d’être au 8 avril 2022, et donc je me gave d’Archive pour patienter (qui a dit « comme d’habitude » ? J’ai entendu, ne vous cachez pas 😉 ).

Super 8 de Archive

Gaming, cinéma et au-delà

Au-delà des albums, il s’est aussi passé bien des choses en 2021. Dans le domaine numérique/vidéoludique, je retiendrai trois moments très marquants. Tout d’abord, l’expo virtuelle/en ligne proposée par Radiohead, à l’occasion des vingt ans du dyptique Kid A/Mnesiac, devenue KID A MNESIA (chronique disponible ici). Elle se visite comme un jeu vidéo en vue à la première personne. La plongée visuelle, sonore et musicale dans cette KID A MNESIA EXHIBITION (disponible gratuitement rappelons-le) est une vraie expérience de folie pour tout fan du groupe, mais aussi pour tout amateur de musique et de création multimédia. A voir absolument, tout comme il est indispensable de réécouter KID A MNESIA pour mesurer le potentiel créatif de Thom Yorke et de ses compères.

Trailer de la KID A MNESIA EXHIBITION de Radiohead

Ensuite, du côté jeux vidéo, comment ne pas parler de Death Stranding et de sa double BO à couper le souffle ? Oui, j’ai enfin pris le temps de faire et de terminer le dernier jeu d’Hideo Kojima, à la faveur de la Director’s cut sortie à l’automne 2021. Quelle claque côté jeu ! Une aventure qui ne serait pas ce qu’elle est sans le score original de Ludvig Forssell, ni sans les chansons de Low Roar, Silent Poets ou encore Woodkid. L’ambiance est prenante et totalement envoûtante. Cette double BO y joue un rôle majeur et peut s’écouter indépendamment. La marque des grandes. Enfin, autre BO de jeu vidéo, celle de NieR Replicant, dont le remake est sorti en 2021, pour un jeu initialement paru en 2010 : l’occasion de réenregistrer et de redécouvrir de magnifiques compositions. NieR: Automata avait déjà frappé très très fort en 2017, tant sur le plan du jeu en lui-même que de la BO. NieR Replicant (qui est sorti et se passe chronologiquement avant Automata) confirme que la franchise NieR est, à mes yeux et mes oreilles, au-dessus de tout ce qui se fait en matière de jeux vidéo et d’OST, et de très loin. Par le maître Keiichi Okabe.

Once there was an explosion de Ludvig Forssell, sur l’OST de Death Stranding
I’ll keep coming de Low Roar, tiré de l’OST de Death Stranding
Snow in summer, tiré de l’OST de NieR Replicant

Petite cerise vidéoludique musicale (oui, ça fait finalement quatre moments marquants et non plus trois, ne boudons pas notre plaisir) : la BO de Deathloop, dont on a parlé pas plus tard que la semaine dernière. Si le titre Déjà vu par Sencit feat. Fjøra est un petit plaisir assez jouissif, le jeu en lui-même et le reste de l’OST le sont tout autant. On reparle sans doute en 2022 de cette BO rock/jazz 60’s/70’s. En termes de cohérence jeu/musique, ça se pose là bien comme il faut. A l’image de Space Invader de Tom Salta, une composition qui n’a rien à envier à Lalo Schifrin.

Déjà Vu de Sencit feat. Fjøra, tiré de l’OST de Deathloop
Space Invader de Tom Salta, tiré de l’OST de Deathloop

Enfin, je ne peux pas terminer cette subjective et non exhaustive rétrospective 2021 sans faire un crochet par le monde du cinéma. Si ce dernier a payé cher (comme bien d’autres secteurs) le prix d’une épidémie qui n’en finit plus, je retiens tout de même deux moments qui m’ont marqué. D’un côté, le retour de l’univers Matrix avec Matrix Resurrections, qui est le quatrième volet de la saga sans l’être vraiment. Aucun spoil à craindre ici. Je ne dévoilerai rien de ce film que j’ai beaucoup aimé, mais qui risque d’en dérouter plus d’un. Si j’en parle, c’est pour son générique de fin qui reprend habilement le Wake up de Rage Against The Machine (entendu à la fin du premier Matrix), mais dans une version revue par Brass Against et Sophia Urista. Oui, Sophia Urista, celle-là même qui a défrayé la chronique voici quelques semaines, après avoir uriné sur un fan lors d’un concert. Toujours est-il que, la chanteuse s’étant platement excusée depuis, pendant que le fan en question se disait sur les réseaux sociaux ravi de l’expérience, on se concentrera sur le titre musical, à la fois reprise fidèle et référence tout en n’étant pas vraiment le titre de base. Comme un clin d’œil méta à ce qu’est possiblement le film. Mais toujours une putain de boule d’énergie. Rage Against The Machine forever, Brass Against & Sophia Urista enfoncent le clou avec brio et un flow qui n’a pas à rougir de la comparaison avec celui de Zach de la Rocha.

Wake up de Rage Against The Machine par Brass Against feat. Sophia Urista

De l’autre, c’est avec une grande tristesse que j’ai appris voici quelques jours la disparition du réalisateur canadien/québécois Jean-Marc Vallée. Si ce nom ne vous dit rien, sachez que c’est l’homme derrière C.R.A.Z.Y. (2005), Dallas Buyers Club (2013), Wild (2014), ou encore les séries Big Little Lies (2017) et Sharp Objects (2018). Autant de réalisations brillantes et touchantes, toujours assorties d’une bande son incroyable. Jean-Marc Vallée était un cinéaste féru de musiques, qui se définissait ainsi : « Je crois que je suis un DJ frustré qui fait des films ». Cette frustration a eu du bon, et nous a permis de vivre des films et séries toutes plus humaines et touchantes les unes que les autres, grâce à un sens pointu des images soutenu par une pertinence musicale toujours impressionnante. En témoigne Demolition (2015), son dernier long métrage en date, avant qu’il ne se tourne vers les séries TV. A mes yeux son film le plus bouleversant, tant dans ce qu’il raconte que dans la façon de le dire, de le mettre en images et en musiques. Sans doute parce que, comme plus récemment l’album de Gaëtan Roussel, Demolition est arrivé à un moment clé de ma vie où il a résonné puissamment. Au point d’être un film majeur à mes yeux, pour m’avoir fait prendre conscience de multiples choses, et très possiblement pour m’avoir sauvé la vie. Tout simplement. La chialade et la lumière en même temps. Merci infiniment pour tout ça, et si vous n’avez jamais vu/écouté Demolition, foncez (comme sur toute l’œuvre de Jean-Marc Vallée).

Bruises de Dusted, tiré de la BO de Demolition

Impossible de conclure sans un mot sur le blog lui-même. L’année 2021 a été pour Five-Minutes l’année de tous les chiffres. Nous avons multiplié par trois depuis l’an dernier le nombre de vues mais aussi le nombre de visiteurs sur le blog. Avec le copain Sylphe, on ne court pas après les chiffres et les statistiques. Chaque semaine, on écrit avant tout pour mettre en avant et partager un son qui nous plaît, nous touche. Ne nous mentons pas, on écrit aussi pour être lus. Alors, découvrir en cette fin d’année que la fréquentation de notre modeste et humble Five-Minutes a triplé, c’est une sacrée récompense et sans doute la meilleure motivation pour continuer cette chouette aventure. Merci à toi mon ami Sylphe. Merci infiniment à vous toutes et tous, de passage ou lectrices et lecteurs plus réguliers. Merci de venir partager quelques minutes de bon son de temps en temps avec nous. Likez, commentez, et n’hésitez pas à nous faire connaître autour de vous. Rendez-vous en 2022 pour bien d’autres sons. Ce sera avec un immense plaisir. Merci à vous, du fond du cœur.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°40 : Je t’ai manqué (2008) de Alain Bashung

Parce que Gaëtan Roussel à l’écriture. Parce que « Tous nos échanges coulaient de source / Tous nos mélanges côtés en bourse ». Parce que Bleu pétrole. Parce que « Dans les étoiles ou sous la douche / Tout à l’horizontal, nos envies, nos amours, nos héros ». Parce qu’Alain Bashung. Parce que Je t’ai manqué.

Raf Against The Machine

Review n°77 : Est-ce que tu sais ? (2021) de Gaëtan Roussel

unnamedSorti le 19 mars dernier, le quatrième album de Gaëtan Roussel Est-ce que tu sais ? impressionne par sa cohérence et sa force poétique. En dehors des aventures Louise Attaque, Tarmac et Lady Sir, les trois premiers opus solos avaient tranquillement installé des repères textuels comme musicaux chers à l’artiste. Après Ginger (2010) et Orpailleur (2013), son Trafic (2018) avait franchi un pas vers ce qu’on pourrait appeler la maturité. Plus d’harmonie musicale, un ensemble mieux équilibré et quelques titres très efficaces comme Hope, ou encore le duo Tu me manques (pourtant tu es là) avec Vanessa Paradis. Sans oublier Début, titre de clôture d’un album déjà très abouti, et dont nous avions dit le plus grand bien sur Five-Minutes. C’était il y a 3 ans, autant dire une presque éternité. Depuis maintenant près d’un mois, Est-ce que tu sais ? tourne régulièrement sur la platine. La question n’est pas vraiment de savoir s’il fait mieux que ses prédécesseurs, et ce qu’il fait de mieux, mais simplement de décortiquer ce qu’il fait. Point barre.

Est-ce que tu sais ? est un album dans la droite ligne du travail de Gaëtan Roussel. Avec cette nouvelle galette, le chanteur de Louise Attaque poursuit ce qu’il a entamé avec sa formation originelle, avant de décliner chez Tarmac, puis en solo et aux côtés de Rachida Brakni dans Lady Sir. Sous des aspects de ritournelles pop légères et parfois dansantes, sont abordées des thématiques bien plus profondes, voire plus sombres, qu’on ne pourrait l’imaginer. Lorsque sort en 1997 le premier opus de Louise Attaque, des titres festifs comme Les nuits parisiennes ou J’t’emmène au vent inondent les radios et nos oreilles, occultant des titres plus tourmentés comme Arrache-Moi ou Cracher nos souhaits. Même les hits les plus enjoués cachent en réalité une recherche de soi, d’évasion pour trouver à se sentir bien. Louise Attaque poursuivra dans ses albums suivants, avec des morceaux comme Tu dis rien, Comme on a dit, Si c’était hier, Depuis toujours, Avec le temps, tout en passant le relais à Tarmac. De cette formation, on pourra se pencher sur Dis-moi c’est quand, Je cherche, Cher oubli ou Longtemps. En écho, Lady Sir enfoncera le clou en 2017 avec Le temps passe, Son absence ou Je rêve d’ailleurs. Elément commun, toujours : Gaëtan Roussel, qui portera ces préoccupations aussi dans ses albums solos. Il est alors question de l’existence, de la mort, de l’amour, de la connaissance de soi et du choix des autres (ou pas). Lorsque l’on connaît le parcours artistique du garçon, Est-ce que tu sais ? apparaît comme une évidence, comme l’album tant attendu. Lorsqu’on connaît moins, ce nouvel album est une excellente porte d’entrée sur le travail d’un artiste qui a bien des choses à raconter.

Est-ce que tu sais ? est un album sur la vie. Composé de 11 titres, il balaie différentes facettes existentielles qui, parfois (souvent ?), nous empêchent de dormir la nuit. Tu ne savais pas ouvre le bal en listant nos ignorances en venant au monde : la naissance, l’apprentissage de la vie, les joies, les tristesses, la mort. Et, en filigrane, l’innocence qui se perd peu à peu au fil de nos années. Un peu plus loin, le titre éponyme Est-ce que tu sais ? sonne comme une variation du « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » de Socrate. Seule persiste la conscience d’être au monde, et la fragile perception de ce même monde qui nous entoure. Comme un prolongement, La photo (en duo avec Camélia Jordana) aborde l’avant/après d’un cliché photographique. Ce que raconte une image de tel ou tel moment de vie, c’est aussi ce qu’elle ne raconte pas de l’immédiat avant ou du juste après, ou ce qu’elle suggère par le hors-champ. Ou encore, tout ce qui ne donne pas lieu à photo et dont, malgré tout, on a pleinement conscience et mémoire. Comment ne pas penser, une fois encore, à l’exceptionnel ouvrage d’Annie Ernaux Les Années ? Bourré d’images mentales et d’autant de photos collectives qui nous renvoient à nos parcours individuels, ce livre raconte une vie, la vie, notre vie. L’autre duo de l’album Sans sommeil (avec Alain Souchon) regarde l’existence comme depuis l’extérieur, dépouillée de tout parasite. Telle une représentation minimaliste dans laquelle on ferait le vide pour ne conserver, finalement, que l’essentiel, à savoir la vie et ce que l’on en fait.

En effet, il ne suffit pas d’être au monde et d’avoir conscience de l’existence pour être en vie. Encore faut-il faire sa vie. Les matins difficiles revient sur les choix et les décisions, mais aussi ce qui les fonde. Notamment, comment on reste debout, comment on reste en vie face au temps qui passe et aux claques reçues, comment on avance. Qu’est-ce que nous mène ? Ce titre interroge sur la place ô combien fondamentale de l’envie et du désir. Deux choses que l’on ne peut suivre que si on les connaît. Et pour cela, il est incontournable de bien se connaître. Illustration dans Le tour du monde, ou l’idée d’explorer en soi-même ce que l’on souhaite, mais aussi ce dont on a besoin pour être et se sentir en vie. De l’amour, de l’espace, des hiers et des lendemains pour se construire et savoir, jour après jour, mieux fonctionner avec soi-même. Et notamment avec La colère, qui s’invite parfois bien plus souvent qu’on ne le voudrait. Ce morceau rappelle combien ce sentiment est une composante intrinsèque de l’existence, tout en interrogeant sur son origine, et sur ce que l’on en fait lorsqu’elle est là, bouillonnante en nous et tapie dans l’ombre de notre personne. Au risque parfois de « croire qu’elles sont plusieurs à nous grignoter le cœur ». Pourtant, la colère n’est qu’une, mais elle se montre parfois tenace et persistante.

Les claques de la vie, la résilience et les choix qui en découlent ont une autre conséquence fondamentale : si chaque épreuve nous atteint, elle nous permet aussi d’avancer, de nous construire, d’encaisser puis de nous relever pour continuer le chemin en se connaissant toujours un peu mieux, étape après étape. Si On ne meurt pas (en une seule fois), cela signifie aussi que l’on reste en vie, avec toujours une meilleure appréhension des choses (si toutefois on veut s’en donner la peine) pour trouver sa place en ce monde. La place qui me convient et qui correspond à ce que je suis vraiment, histoire d’être à l’aise dans mes baskets (quelle que soit la paire du jour). Ce titre aborde aussi une dernière grosse thématique existentielle : trouver sa place et être soi, dans une vie en solitaire, ou à deux.

Est-ce que tu sais ? ne s’attarde pas sur la façon de vivre avec l’autre. L’album met surtout en avant, au travers de plusieurs titres, ce qu’est l’autre. Un refuge. Une bulle. Je me jette à ton cou déroule tous ces moments de vie où l’on se réfugie en l’autre pour partager, pour supporter aussi. Et parfois simplement pour vivre : « C’est mon île d’être ensemble ». L’autre est un endroit qui n’appartient qu’à moi, et à nous deux. Un peu plus loin, Tout contre toi sonne comme un écho intimiste avec, plus encore, l’idée de cette bulle refuge. Un asile de complicité avec l’autre qui se révèle le plus serein et le plus vivifiant des endroits que l’on pourrait imaginer. Dans ce lieu immatériel auprès de l’autre se trouve l’énergie dont on a besoin pour poursuivre malgré tout, et contre tout. C’est aussi le point de départ rêvé pour faire Le tour du monde : une odyssée avec l’autre, quelque soit le monde envisagé. Le voyage peut se trouver à des milliers de kilomètres, ou juste à quelques centimètres quand je suis Tout contre toi. Je le fais sans hésiter, parce que tu es ma bulle.

Cet album très chargé émotionnellement se clôt avec Si par hasard, une immense bouffée poétique dont nous avons déjà parlé récemment ici. Très intelligemment, Gaëtan Roussel nous amène petit à petit à ce onzième titre, dont l’écriture recèle un twist assez imparable. Pour toute personne faite de force et de caractère, mais aussi de fragilités confinant parfois à l’hypersensibilité, voilà une très belle chanson pour conclure Est-ce que tu sais ? Ce disque affiche une rare cohérence textuelle au travers d’un fil rouge existentiel traité avec une grande poésie. Cohérence également présente dans l’unité musicale affichée. Sous des airs parfois enjoués et rythmés, Gaëtan Roussel livre un album très intimiste, donc les différentes mélodies s’enchainent comme par magie, passant d’une simple guitare effleurée à quelques programmations intelligentes qui soutiennent toujours les textes. Cette unité musicale et de propos font de Est-ce que tu sais ? le meilleur album de Gaëtan Roussel à ce jour, réitérant en solo la magnifique réussite que constituait Lady Sir. Le mélange parfait entre interrogations, poésie, introspection, énergie, lumière, vie. Et plaisir.

Est-ce que tu sais que, pour gérer La colère et Les matins difficiles après des nuits Sans sommeil, on pourrait faire Le tour du monde ? Je viendrais alors Tout contre toi, pour s’assurer qu’On ne meurt pas (en une seule fois). Si par hasardTu ne savais pas… C’est dit, et Je me jette à ton cou pour La photo. La première, avant toutes les autres à venir.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°84 : Si par hasard (2021) de Gaëtan Roussel

unnamedLa semaine dernière, précisément le 19 mars, deux bien beaux albums très différents sont arrivés dans les bacs. D’un côté, Elysée Montmartre – Mai 1991 de Noir Désir, donc nous avons largement parlé dans un Five Reasons à relire si le cœur vous en dit. De l’autre, Est-ce que tu sais ? ou le quatrième album solo de Gaëtan Roussel, après Ginger (2010), Orpailleur (2013) et Trafic (2018). Rappelons que, outre Louise Attaque, Gaëtan Roussel a aussi été Tarmac dans les années 2000, puis Lady Sir en 2017 avec Rachida Brakni tout en réactivant Louise Attaque le temps d’une Anomalie en 2016. Carrière pléthorique et kaléidoscopique, avec toutefois une ligne directrice : raconter des histoires aux messages plus profonds qu’on ne pourrait le croire comme tout autant de comptines pop, et parfois très rock/électro comme avait pu en témoigner sa prestation live au Printemps de Bourges en 2019. C’est peu dire que je suis très client de son travail, et son dernier LP n’échappe pas à la règle. Certains penseront qu’il compose et chante toujours la même chose. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Pour ma part, la galette tourne en boucle depuis quelques jours et, avant de détailler les 11 titres qui la composent dans une prochaine Review, arrêtons-nous sur un des morceaux, pépite absolue.

Si par hasard clôture l’album, et ce n’est pas complètement un hasard. Elle était facile, certes, mais qu’est-ce qui peut motiver un tel jeu de mots ?

D’une part, cette chanson raconte une fin/séparation. Je me garderai bien d’en spoiler la nature, car ce serait à coup sûr fusiller sans ménagement la possible émotion qui vous attend. Comme Gaëtan Roussel sait le faire depuis des années, il travaille son texte avec le double axe de la répétition, et des mots qui se mélangent ou se répondent. Mélodie pop étincelante et cristalline pour un texte qui boucle sur lui-même et nous emmène là où on ne s’y attend pas. Bien que connaissant son écriture et les tours de passe-passe verbaux qu’il construit, je me suis encore fait avoir par les paroles de Gaëtan Roussel. La fin/séparation que j’imaginais au départ n’est pas celle qui m’a attrapé quelques 3 minutes plus tard. La cerise (car il y en a une) : ce talent de nous faire construire, en quelques lignes, une représentation de ce que le texte raconte, avant de nous twister l’émotion en éclairant notre lanterne, tout en nous laissant y injecter nos propres sentiments et vécus. Si, comme moi, vous avez quelques années au compteur ponctuées d’expériences de vie qui nous permettent de nous construire, et que vous avez un petit bout de votre cœur tout sensible, vous pourriez bien vivre la même chose que moi. Je n’étais clairement pas prêt à ce que ce morceau m’a envoyé. La déflagration émotionnelle de cette apparente comptine innocente ne m’a laissé aucune échappatoire, tout en me délivrant un plaisir et une énergie énorme et inattendu.

D’autre part, et à la lumière ce que je viens de dire, Si par hasard est typiquement un titre de clôture d’album de Gaëtan Roussel. Ce dernier a toujours soigné ses fins de disques. Pour Ginger (2010), c’était Les belles choses. Dans Orpailleur (2013), on se quittait sur Les courants d’air, alors que Trafic (2018) se terminait ironiquement sur Début. Chacune de ces pépites apporte une conclusion logique et cohérente à tous les titres qui les précèdent, tout en délivrant une charge émotionnelle qui ne laisse pas intact. Si par hasard n’échappe évidemment pas à la règle, en constituant une sorte de conclusion aux 10 morceaux précédents qui abordent, une fois de plus chez Gaëtan Roussel, la vie, le temps qui passe, la mort, l’essentiel et le superflu, l’amour. Y a-t-il vraiment autre chose qui compte ? Par intermittence sans doute oui. Toutefois… avoir conscience de son parcours de vie, des réussites et des échecs pour avancer… savoir dépasser les erreurs ou les coups durs pour devenir ce que l’on est vraiment, sans se conformer à de quelconques attentes sociétales pour pouvoir être soi-même… être capable de reconnaître une belle rencontre et partager ensemble des moments nourrissants en apprenant à exprimer ce qu’on ressent… Voilà des fondamentaux de vie que Gaëtan Roussel exprime album après album, dans un enrobage pop qui ne rend que plus percutant le message lorsqu’on veut bien s’y plonger.

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Son estival du jour n°8 : Sur un trapèze (2008) de Alain Bashung

A la fois doux et mélancolique, Sur un trapèze est un de mes titres préférés de Bleu Pétrole, dernier opus studio d’Alain Bashung, publié en 2008. Sorte de balade dans les méandres d’un cerveau rêveur et cogiteur, sorte de ballade pour cœur lessivé revenu de tout, voilà une poignée de minutes qui fonctionne comme une ritournelle en boucle et qui m’a hypnotisé des semaines durant.

Tout cela n’est pas très étonnant pour qui suit régulièrement mes pépites et autres chroniques : outre Bashung, derrière Bleu Pétrole, et notamment derrière Sur un trapèze, il y a mon Gaëtan Roussel favori, dont on reconnaît la jolie patte musicale et textuelle. En parlant de texte, peut-être aussi que cette invasion de moi par ce titre tient aux paroles, qui d’entrée de jeu m’attrapent à chaque fois, même après moult écoutes : « On dirait qu’on sait lire sur les lèvres / Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze ». Que voulez-vous ajouter après ça, à part remonter, une fois encore, Sur un trapèze ?

PS : un truc me vient d’un coup, moi qui ne supporte pas être à plus de deux mètres du sol… Sur un trapèze, pour un mec qui a chanté Vertige de l’amour, je dirais que ça se tient.

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Five titles N°6 : A plus tard crocodile (2005) de Louise Attaque

R-5803457-1403109650-5253Alors, vous l’aviez (#semainedernière) ? Oui, nous allons replonger un moment dans A plus tard crocodile (2005), le 3e excellent et incontournable album de Louise Attaque, qui connaît ces jours-ci une réédition très stylée en vinyle de couleur jaune, dans une sobre mais efficace pochette jaune unie. Pourquoi donc revenir sur un album qui s’apprête à fêter ses 15 ans ? Parce qu’on est face à une galette qui réussit à mêler diversité des compositions tout en offrant une cohérence de dingue, et qui mérite toute notre attention. Tentative d’éclaircissement en 5 titres (et plus si affinités).

  • Ouverture de l’album avec La traversée du désert, et son texte a capella : « Il y a rien faire par moments / regarder le monde à l’envers, croire en tout / en l’éphémère, décider de l’avant / car il y a dans l’air, par moments / ce léger souffle, séduisant / peut-on rester débutant, apprivoiser ses nerfs ? » Tout est annoncé en quelques mots. Une invitation à l’oisiveté, pour un album absolument pas paresseux. Mais aussi la double proposition  d’un autre regard, et d’avancer en devenant meilleur.
  • Sean Penn, Mitchum, ou la lecture du trip-hop par Louise Attaque. Un morceau aux antipodes des Ton invitation et Les nuits parisiennes qui ont propulsé le groupe au sommet des charts dès 1997. Le son est posé, le tempo slow-down. Tout ça livré dans un écrin de sons électros et de collages sonores. Des samples en veux-tu en voilà, un texte lui aussi en boucle qui prend son temps et le temps de s’insinuer dans les moindres recoins de nous. Les touches électros de Sean Penn, Mitchum étaient d’ailleurs déjà en gestation dès Notre époque (2003), le second album de Tarmac (le duo Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel, violon de Louise Attaque). Voilà un des plus beaux morceaux que je connaisse, tout album et artiste confondu.
  • Manhattan fait partie des titres plus pop-rock qui rappellent le passé de Louise Attaque. En cela, il se connecte directement avec, sur ce même album, Si c’était hier, Nos sourires ou Shibuya station. Et plus avant avec la veine des premiers albums et des titres comme Savoir ou L’imposture sur le premier album Louise Attaque (1997), Qu’est-ce qui nous tente ou D’amour en amour sur le second opus Comme on a dit (2000).
  • Il y a ensuite un lot de titres parsemés tout au long de A plus tard crocodile, mais toutefois indissociables les uns des autres par leur thématique : Oui / non, Depuis toujours, La nuit, Est-ce que tu m’aimes encore ? Les mélodies sont différentes mais ces textes-là creusent déjà le sillon du futur Gaëtan Roussel en solo. Sortes de rengaines amoureuses qui posent les questions des liens humains, de la vie amoureuse, de la durabilité et la persistance des sentiments. Autant de boucles interrogatoires qui remonteront à la surface dès Ginger (2010), premier album solo, au travers de Dis-moi encore que tu m’aimes ou Des questions me reviennent. Echos dans son dernier album Trafic (2018) et Tu me manques ou Début. Echos aussi dans le dernier Louise Attaque Anomalie (2016), dans Il n’y avait que toi ou Du grand banditisme. Des questions en outre déjà posées chez Tarmac, lorsqu’on écoute Dis-moi c’est quand, Longtemps ou Ces moments-là.
  • Et clôture de A plus tard crocodile par Ça m’aurait plu. Une ballade aux airs apaisés qui relance pourtant de multiples cogitations, tout comme les titres de clôture des albums futurs : Se souvenir des belles choses sur Ginger (2010), Un peu de patience sur Anomalie (2016), Tout va mieux partout sur Accidently yours (2017) de Lady Sir (l’album duo avec Rachida Brakni), Début sur Trafic (2018). L’art assumé de sans cesse relancer la boucle. Ces même boucles dont, justement, Louise Attaque s’est fait la spécialité. Ici, Ça m’aurait plu résonne comme une clôture (temporaire) de Louise Attaque : une histoire qui se referme en mêlant le plaisir de l’avoir vécu et les pistes non explorées. Pistes que Gaëtan Roussel défrichera et développera dans ses créations futures.

A plus tard crocodile est un album somme dans ses émotions et dans ses intentions. Un bilan d’étape de l’aventure Louise Attaque et une flopée de titres variés pour un ascenseur émotionnel qui s’arrête à tous les étages. Mais aussi un réel incubateur pour les projets à venir de Gaëtan Roussel, qui , après avoir aussi été Tarmac, sera également Lady Sir, de nouveau Louise Attaque et avant tout lui-même.

A la base de cette carrière multiforme et d’une cohérence à faire pâlir d’envie bien des musicos, Louise Attaque irrémédiablement gravée, telle une matrice originelle. Je peux bien me réjouir des autres formes de Gaëtan Roussel, je reviens sans cesse et régulièrement à Louise Attaque. Et particulièrement à ce A plus tard crocodile qui, rien que dans son titre, est une invitation du moment tout autant qu’une promesse à se retrouver. Sans larmes (#elleétaitfacile), pour le plaisir des souvenirs et de l’univers des possibles.

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Live n°1 : Gaëtan Roussel + Beirut + Rodrigo y Gabriela + Thiéfaine au Printemps de Bourges (2019)

PDB19_FESTICKET_1400x800-GENChez Five-Minutes, on est joueurs, et peut-être aussi un peu inconscients. Puisque la team complète se déplace ce soir à Bourges pour une soirée au Printemps, on tente une expérience : un article écrit en direct, au long de la soirée. Une sorte de reportage au fil de nos pérégrinations et de nos émotions musicales. Pour vous faire partager ce moment, on viendra mettre à jour régulièrement cette page, mais vous pourrez également nous suivre sur Twitter via le compte de Sylphe (@sylphe45) et/ou le mien (@BatRafATM).

Bref, c’est nouveau, c’est expérimental. Peut-être que ça fonctionnera, peut-être pas. Si on fait un truc tout pourri, vous pourrez nous le dire… Si on fait un truc sympa, vous pourrez le dire aussi ! Pour donner un avant-goût (en dehors de la merguez-frites de festoche qui nous attend), on sera principalement au W pour la soirée Gaëtan Roussel + Beirut + Rodrigo y Gabriela + Thiéfaine. Juste pour le clin d’œil, et pour patienter… vous pouvez retrouver des articles sur ces quatre artistes, que nous avons tous à un moment chroniqués ici-bas ici même (les titres conduisent direct aux articles d’un seul clic) :

Comme quoi, on ne pouvait décidément pas être ailleurs ce soir.

Comme expliqué plus bas, la soirée s’est finalement faite sans Beirut, annulé à la presque dernière minute : on laisse quand même cette chouette formation dans l’ouverture d’article ci-dessus, histoire de découvrir ou réécouter.

Fin des opérations ! On espère que cet article à la forme originale vous aura plu, et aussi donné envie de plonger dans l’univers de chacun de ces artistes, si ce n’est déjà fait. À bientôt pour de nouvelles minutes de bon son !

[MàJ 00:36] Et voilà ! La soirée au W du Printemps de Bourges c’est terminé ! En résumé : une très chouette et surprenante prestation de Gaëtan Roussel, suivie d’une assez impressionnante démonstration technique de Rodrigo y Gabriela autour de leur nouvelle pièce maîtresse qu’est leur reprise assez folle de Echoes. Enfin une version raccourcie des 40 ans de chansons de Thiéfaine, mais toujours aussi efficace et chargée de la poésie vénéneuse de ce grand bonhomme. Il ne nous aura manqué que Beirut, que l’on espère voir de nouveau sur scène très bientôt. On repart de Bourges des sons plein la tête !

[MàJ 00:07] À l’heure de James Bond et alors qu’on n’a plus vraiment de voix… en trouver encore un peu pour gueuler Sweet amanite phalloïde queen avec tout le W ! Et mettre une dernière fois le feu avec La fille du coupeur de joints évidemment.

[MàJ 23:58] Et que de lieux fantastiques visités ! Après une virée dans L’ascenseur de 22h43Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs) ! C’est surtout une virée dans le Thiéfaine des premières années… et putain que c’est bon ! Allez on poursuit avec Alligators 427, autre pièce maîtresse de l’œuvre Thiéfaine.

[MàJ 23:45] Quelle énorme version très rock d’Un vendredi 13 à 5h ! C’est un sacré pied de réentendre ça, avec toujours un super son dans le W : on profite un maximum des textes de Thiéfaine, ce qui est complètement essentiel pour apprécier ce grand auteur. Et maintenant… Je t’en remets au vent et, une fois encore, les frissons, comme depuis plusieurs décennies avec cette ballade.

[MàJ 23:30] « Ça sent la vieille guenille et l’épicier cafard dans ce chagrin des glandes qu’on appelle l’Amour » : on est en plein dans les Confessions d’un never been, à mes yeux un des morceaux majeurs de Thiéfaine, que j’ai écouté jusqu’à la corde. Je ne me lasse pas de la tension de ce titre et de la beauté ténébreuse de son texte torturé.

[MàJ 23:26] Sans oublier l’excellent Yan Péchin qui vient de faire son apparition sur le fond de la scène 😀! Pendant ce temps ça déroule avec Crépuscule Transfert et La ruelle des morts… puis à présent La vierge au Dodge 51 : un grand retour en arrière dans le temps pour un de mes morceaux préférés de la discographie de Thiéfaine. Et on enchaine avec Lorelei Sebasto Cha! La sensation de refaire un saut à l’automne dernier sur cette tournée anniversaire que j’ai eu la chance de vivre… Magique !

[MàJ 23:08] Confirmation de Thiéfaine : on va avoir droit à des extraits du spectacle 40 ans de chansons sur scène… dans un esprit donc très rock avec Stalag-tilt puis l’Eloge de la tristesse, d’une actualité assez affolante. Côté musicos, on retrouve en effet des têtes connues, à commencer par Lucas Thiéfaine et Alice Botté aux guitares 🤘

[MàJ 22:58] HFT entre en scène sur 22 mai, comme en ouverture des 40 ans de chanson sur scène. C’est parti pour 1h30 de Thiéfaine 🤘🖤!

[MàJ 22:27] Après une magistrale interprétation de Echoes et une clôture de set survitaminée, Rodrigo y Gabriela quittent la scène pour laisser la place d’ici une demi-heure à Hubert-Félix Thiéfaine ! On se remet de nos émotions (car il y en a eu… décidément quelle relecture de Pink Floyd !) et on se retrouve avec HFT d’ici peu.

[MàJ 21:56] Contre toute attente compte-tenu de la longueur du morceau et de la petite heure de concert… Rodrigo y Gabriela entament leur relecture du Echoes de Pink Floyd… On va se poser un moment et juste écouter cette merveille 🖤

[MàJ 21:46] Rodrigo y Gabriela poursuivent leur impressionnante démonstration technique et de maîtrise de leurs 6 cordes. Après 20 minutes de pure folie, un moment de relative accalmie… on continue à profiter !

[MàJ 21:27] Et c’est parti avec le duo de guitaristes qu’on attendait ! Une entrée en matière qui envoie du bois ! C’est comme sur les disques… mais en vivant et sur scène, avec un W chauffé à blanc 🤘 C’est dingue comment deux musicos seuls en scène peuvent galvaniser une salle entière.

[MàJ 21:17] Après une sympathique pause repas festoche très diététique, reprise des activités musicales dans quelques minutes avec Rodrigo y Gabriela !

[MàJ 20:40] Après une grosse reprise de Bashung, on sait que l’on s’achemine (déjà ?) vers la fin du concert, et pourtant l’énergie ne faiblit pas, ni sur scène ni sous le chapiteau W ! Help myself (Nous ne faisons que passer)… peut-être bien mais on a rarement eu droit à une version aussi vitaminée ! Suivie de Léa… encore une chouette surprise de ce chouette concert 🙂 Et la clôture de cette bien belle prestation avec Hope, titre phare et efficace tiré du dernier album en date.

[MàJ 20:20] Un concert de Gaëtan Roussel résolument rock, avec en ce moment une version musclée de Clap Hands, tirée du 1er album Ginger. Une ouverture de soirée sans faute qui envoie le bouzin (#commediraitSylphe)

[MàJ 20:00] Gaëtan Roussel, ça envoie bien : le son est excellent dans le W, et le garçon est particulièrement investi ! Une version nerveuse et efficace de Dedans il y a de l’or, suivie d’une magnifique interprétation de Il y a… Grave !!! Ton invitation de l’époque Louise Attaque 😀!!! Et… Si l’on marchait jusqu’à demain ! Tiré de l’excellent 3e album À plus tard crocodile… Géniale prestation pour le moment !

[MàJ 19:46] Et c’est parti avec Mister Roussel, et une version particulièrement enlevée de Dis-moi encore que tu m’aimes ! La classe, le W est déjà bien rempli, tout comme nos gobelets 😉

[MàJ 19:00] Après un léger retard sur la route, on arrive sur Bourges ! Le temps de se poser et de rejoindre le W, on devrait entrer sous peu dans la soirée… mais il faudrait prévenir Gaëtan Roussel que nous ne ferons que passer à sa prestation (#vousl’avez?)

[MàJ 16:32] On apprend l’annulation de la prestation de Beirut, pour raisons de santé… C’est bien triste car on se faisait une joie de les découvrir sur scène. Avant tout on souhaite repos et prompt rétablissement aux cordes vocales incriminées. Et on va se consoler avec les 3 artistes restants, qui formeront malgré tout une belle soirée.

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Five reasons n°7 : Trafic (2018) de Gaëtan Roussel

Encore un petit saut en arrière pour un bel album de 2018 qui n’avait pas eu les honneurs du blog. Pour être dans l’actualité la plus immédiate, j’aurais pu vous parler du clip vertigineux qui accompagne désormais Remains of Nothing de Archive, ou encore de Deal with it, deuxième EP de Paillette, une artiste française à suivre (mais on verra ça d’ici quelques jours). Il faut pourtant s’attaquer (enfin ?) au dernier album studio de Gaëtan Roussel, au risque de passer à côté d’un des grands LP de l’année dernière. Pourquoi ? Comment ? Trafic est-il si indispensable ? Oui, voici la démonstration en 5 actes.

  1. Le single Hope, qui avait précédé et annoncé l’album, est un gros morceau à lui tout seul. Un titre pop et dansant pour un sujet pas dansant du tout qu’est la maladie d’Alzheimer, et donc la déliquescence de la mémoire. La mémoire, un sujet qui revient régulièrement dans la discographie de Gaëtan Roussel. Hope renvoie à Les belles choses (sur son premier opus solo), mais aussi à Un peu de patience (sur Anomalie, le dernier Louise Attaque). Deux titres qui, en plus de partager une grille musicale quasi-identique et la place de clôture d’album, questionnent ce qui reste en nous après. Après quoi ? Après tout ce qu’il est possible de vivre. C’est déjà fort, mais on touche au sublime avec une belle mise en abyme aux saveurs meta : Gaëtan Roussel n’est aujourd’hui l’artiste qu’il est que parce qu’il a vécu d’autres aventures artistiques. Ecouter Gaëtan Roussel et notamment ce Trafic, c’est aussi se souvenir de Louise Attaque, groupe séminal, puis de Tarmac ou de Lady Sir. Nous sommes spectateurs de tout cela, et aussi acteurs, en suivant et en accompagnant le garçon dans son évolution. Conservateurs de mémoire artistique, on se souvient de tout. Comme une boucle musicale obsédante et obsessionnelle qui s’incruste dans notre mémoire, Hope nous ramène aussi au Help myself (nous ne faisons que passer) du premier LP, qui éclaire encore différemment notre écoute. N’oublions pas que nous ne faisons que passer, n’oublions pas de ne pas oublier.
  2. Tu me manques (pourtant tu es là) nous tombe dessus en 4e place sur ce disque. C’est l’occasion d’un duo avec la toujours sublime Vanessa Paradis, le temps d’un titre qui rappelle furieusement Il y a, composé à l’époque par Gaëtan Roussel précisément, pour Vanessa Paradis bien sûr. Ou comment parler de la solitude moderne et du manque malgré la présence, malgré la vie, malgré parfois l’abondance de relations et de sentiments. J’adore ce titre, tout comme j’avais adoré Il y a, avant bien entendu qu’il ne soit méchamment salopé par la reprise des Frero Delavega.
  3. Trafic est un ensemble de titres qui jouent avec les mots et les boucles musicales et textuelles, pour cacher sous une apparente légèreté pop des préoccupations bien plus profondes : « J’entends battre mon cœur/J’entends des voix/J’entends trouver le bonheur » (J’entends des voix)… « N’être personne/Une image envolée/Des battements de cœur irréguliers/La légende du pas parler » (N’être personne)… « Il y a le mot je t’aime/Dedans il n’y a rien/Le mot encore/Dedans il y a fin » (Dedans il y a de l’or)… « Je me répétais sans cesse/Ne tombe pas/Je retombais sans cesse/Contre moi » (Ne tombe pas). Autant de ritournelles qui sont une des marques de fabrique de Gaëtan Roussel et qui, à chaque fois, fonctionnent toujours mieux.
  4. Dans le registre mélodie pop et vitaminée utilisée à contrepied, Tellement peur se pose là. Belle énumération des craintes humaines et contemporaines, quotidiennes, existentielles, futiles ou profondes, ce titre est une véritable mise à nu de toutes les fragilités possibles et imaginables : « D’hier et de demain/Des serpents, des requins/De toutes les représailles/Et puis que tu t’en ailles/De ne pas y arriver/De dégringoler/De ne plus voir le beau/De devenir vraiment trop/J’ai tellement peur ». Impossible de ne pas en trouver au moins une qui vous parlera. Bien sûr, il n’est pas interdit (et même rassurant) d’en retenir plus d’une. Cela fait de chacun de nous non pas des trouillards ou des peureux ingérables, mais plutôt des personnes conscientes de leurs fragilités. Le début du combat pour apprendre à vivre avec et les dompter.
  5. Clôture de l’album avec, en forme de pied de nez, un titre intitulé Début. Une histoire qui raconte tout à la fois le début et les prémisses, sans se préoccuper de la fin tout en la posant d’entrée de jeu. C’est là encore un bien beau texte, sur un mélodie entêtante et sombre. C’est aussi une façon de dire que toute chose qui commence est vouée, par nature et par définition, à se finir. La fin est intrinsèque à tout début, à toute chose qui se met en route et s’ébauche. A commencer par la vie, d’où la nécessité de profiter et de se souvenir (des belles choses). CQFD.

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