Pépite intemporelle n°48 : Mon ami (2007) de Bertrand Betsch

la-chaleur-humaine-b.betsch-pias-france-zoomLa pépite du jour aurait pu rester de moi longtemps inconnue, si je n’avais pas eu la chance qu’elle me soit indiquée par une fidèle lectrice Five-Minuteuse. Après discussions, bières et filtres Snapchat, lorsqu’est venu le temps de regagner nos chez nous respectifs, elle m’a conseillé ce Mon ami de Bertrand Betsch, sans doute guidée par une intuition après nos conversations. Et quelle intuition ! J’avoue, presque honteusement, que je n’avais jamais écouté le travail de ce garçon, à la discographie pourtant bien remplie. Depuis ses débuts en 1997, il totalise pas moins d’une quinzaine d’albums studios, pour un parcours musical et textuel en constante évolution.

La chanson du jour est nichée dans La chaleur humaine (2007), son quatrième album. Un titre  qui est déjà tout un programme en soi, et que ce Mon ami illustre parfaitement. Sur un faux-air de balade légère, Bertrand Betsch propose une définition de ce qu’est un ami. Sans grandiloquence, sans effets inutiles, sans emphase, mais à travers des phrases et un vocabulaire simple : « Quand la pluie aura cessé / Tu viendras me visiter / Tu n’auras rien à me dire / Tu n’as jamais su mentir / On se sourira en buvant du muscat / En picorant des cacahuètes / En grillant quelques cigarettes / On regardera la télé / la tête penchée sur le côté. »

Une vision des choses que je valide sans réserve. Parce que oui, un ami, ça n’est (presque) rien d’autre que ça. Un ami, c’est celui qu’on peut voir quotidiennement, puis ne plus voir pendant des mois, et revoir sans que rien ne change. Ni reproches pour ce temps d’absence, ni altération du lien. Juste le plaisir de (re)passer un moment ensemble. Comme le dit le refrain : « Mon ami, tu n’es pas sans savoir / Mon ami, que j’aime bien te voir. » On aime voir un ami parce que chaque moment passé avec lui rend ce monde insupportable plus supportable, cette existence parfois invivable plus vivable.

L’ami se suffit à lui-même. Nul besoin de programmer de grandes festivités onéreuses ou un voyage lointain rempli d’activités pour alimenter et consolider le lien. Qu’il y ait entre nous un café, une bière, une tablette de chocolat, une bouteille de rhum, une currywurst… ou simplement du temps partagé, c’est amplement suffisant. Le plaisir de voir un ami, c’est ce moment passé ensemble à discuter, à refaire le monde, et parfois à se taire. Oui, un ami sait aussi le prix des silences et des moments suspendus.

Un ami écoutera blagues, confidences, propos insignifiants. Je ferai de même car il a mon entière attention. Nous rirons ensemble, nous pleurerons ensemble parfois. Il saura, car il l’a déjà fait, me laisser pleurer en silence ma tristesse, sans jugement, sans pitié détestable, sans complaisance non plus. Le moment venu, cet ami trouvera les mots et les gestes qu’il faut pour me redonner l’envie et l’espoir. Je lui rendrai la pareille, puisque la vie nous en donnera inévitablement l’occasion. Un ami est une lumière.

Un ami ne demande jamais rien. Il ne réclame pas qu’on se voit plus souvent, il ne demande aucune aide, et n’en propose pas non plus. Et il a raison : nous n’avons pas besoin de ça. Nous savons, l’un comme l’autre, que si besoin ou envie il y a, nous nous proposerons mutuellement ce qui sera le plus approprié. Il ne s’agit pas d’une quelconque télépathie fantasmée qui nous épargnerait les paroles. Non, il s’agit juste d’un ami. Tout ça ne s’explique pas, mais se ressent et se vit. Sans jacasser à tout vent « Mon ami ceci… mon ami cela… mes amis savent que… mes amis seront là… » Non, les amis ne seront pas là. Ils sont déjà là. Même absents.

Un ami, c’est un peu tout ça à la fois, et encore bien d’autres choses indicibles. On pourrait en parler et en écrire des tonnes, on pourrait relire aussi le chapitre 4 du merveilleux livre Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal, dont ces lignes : « Mon ami fait écran, mon ami me protège, il me maintient provisoirement dans une région où aucune de mes silhouettes familières ne peut me rejoindre. Il oppose sa présence à mon passé. Il m’emmène dans des espaces vierges, des lieux où mes crimes sont abolis, mes fautes ignorées, où aucun des membres de ma famille n’a le droit d’entrer. Il m’offre un refuge, il me fournit un alibi, il cautionne et justifie mon silence, je me tais parce qu’il parle et il parle parce que je me tais. Il est mon nouveau foyer ».

Au final, peut-être est-ce Bertrand Betsch qui résume le mieux les choses, en quelques lignes, dans ce très beau et émouvant Mon ami. Inutile de préciser que, si la chanson et mes lignes sont écrites au masculin, tout cela fonctionne aussi très bien avec une amie.

Et puisqu’arrive l’heure du muscat, des cacahuètes et du grillage de cigarettes, je m’en vais vous laisser, en réécoutant, une fois encore, cette pépite déjà intemporelle. Mes amis, que vous soyez là ou pas ce soir, vous avez toute mon amitié et ma chaleur humaine (on y revient), tant il est bon de vous savoir en vie et jamais bien loin. Quant à toi, chère fidèle lectrice, merci du fond du cœur pour cette chouette découverte artistique, mais aussi pour notre belle rencontre faite de moments et rires partagés.

Raf Against The Machine

Five reasons n°18 : 25 Live (2020) de Archive

Retour sur un des plus grands moments musicaux de ces dernières années : après 25 ans d’une magnifique carrière, le groupe anglais Archive choisit de célébrer ce quart de siècle avec son public. D’abord avec la parution, en 2019, d’un coffret anniversaire bourré de bon son : 4 CD ou 8 vinyles, histoire de retrouver une palanquée de titres exceptionnels, assortis de quelques inédits. Inutile de dire que je me suis jeté dessus, puisqu’inutile de préciser aussi la place qu’occupe Archive dans ma discothèque et dans ma vie. Les plus assidu-e-s d’entre vous le savent déjà, puisque j’y ai consacré ici plusieurs publications.

Deuxième temps de la célébration, le 25 Tour, une tournée européenne dantesque comprenant plusieurs dates françaises. Avec la team Five-Minutes, on a eu la chance de pouvoir vivre une de ces soirées, grâce à la vigilance et la rapidité à choper des places de notre gars sûr Sylphe (#merciàjamais). Pour l’anecdote, Archive avait lancé une souscription pour financer l’édition vinyle du concert parisien de mai 2019 à la Seine Musicale. Projet finalement tombé à l’eau… mais rebond du groupe, avec la mise en ligne gratuite fin janvier 2020 de l’intégralité d’un album sobrement intitulé 25 Live. Oui, vous avez bien lu, la galette complète est offerte. La classe totale by Archive, et le respect complet pour le public. Pourquoi ne faut-il pas s’en priver, toute gratuité mise à part ? On voit ça en 5 raisons chrono.

  1. Archive en concert c’est magnifique. On le savait déjà pour avoir fait tourner en boucle le Live at the Zénith (2007), ou encore pour les avoir vus sur la tournée Controlling Crowds en 2010. La formation envoie le bouzin (comme dirait Sylphe) et sait exploiter chaque minute disponible. Pas un seul temps mort, et dans le cas du 25 Tour, plus de deux heures de tension émotionnelle. On est sortis de ce concert sonnés, gavés, heureux, sur une autre planète.
  2. La captation proposée en téléchargement par Archive est de très haute volée. Cerise sur le gâteau, c’est dispo en mp3, mais surtout en .wav ! Le son est parfait, les mix super équilibrés, les voix pénétrantes et présentes comme ce soir-là dans la salle. J’ai récupéré les tracks, branché tout ça sur mon bon vieil ampli, monté le son et fermé les yeux. Et, dès les premières notes du premier titre (You make me feel en l’occurence), ce sont les mêmes frissons qui me sont remontés des pieds à la tête. Et j’étais parti pour 2h40 de folie sonore.
  3. Deux heures et quarante minutes pour balayer la tracklist de ouf retenue par Archive. L’occasion de retrouver en live des titres monstrueux comme Fuck U, System, Controlling Crowds, Lights ou Again. L’occasion aussi d’entendre, pour la première fois en live, l’incroyable Remains of nothing, qui se trouve être un des inédits du coffret 25, et dont j’avais déjà dit tout le bien possible ici bas ici-même (à relire d’un clic juste là !). Archive, c’est un éventail de sons, d’ambiances, un voyage démentiel dans l’univers d’un groupe dont je n’arrive pas à me lasser.
  4. Se plonger dans ce 25 Live d’Archive, c’est aussi (re)découvrir la puissance de chacun des membres de ce groupe pas comme les autres, à géométrie variable, dans lequel aucun problème d’ego individuel ne semble ronger la carrière. Les fondateurs Darius Keeler et Danny Griffiths posent leurs bases et leurs boucles, discrets et présents à la fois comme ils savent le faire sur scène, chacun à une extrémité du plateau. Par-dessus, les différents musicos posent des sons improbables, pour soutenir les voix de Maria Q, Pollard Berrier ou Dave Pen. Mention spéciale à ce dernier, qui pose une version quasi acoustique et a capella de The Empty Bottle, sans doute un de mes titres préférés d’Archive. Et une des versions live qui m’a le plus impressionné. Bouleversé aussi. Putain quelle version !
  5. Et puisqu’on est dans mes titres majeurs du répertoire des londoniens, comment ne pas citer la vertigineuse version de Bullets ? Là encore, un des morceaux qui me chavire le plus par ses boucles répétitives jusqu’à l’ivresse, son ambiance hors du temps, son urgence, sa puissance évocatrice, son tempo, sa transe. Je suis absolument dingue de ce Bullets (et de son clip, si vous n’avez rien de mieux à faire, prenez le temps de le visionner). Un morceau écouté des centaines de fois, partout et n’importe quand : en allant bosser le matin, en revenant, en me baladant, en restant au fond de mon canapé, perché sur des rochers en Bretagne, blotti sous la couette pour éloigner les démons, au cœur de la nuit dans un hôtel parisien à repenser à cette bouteille : elle était à moitié vide, ou à moitié pleine (#vousl’avez? #theemptybottle #hashtagetliensfaciles).

La régie me dit dans l’oreillette que mes cinq raisons sont épuisées. Vous l’aurez compris, je pourrai dérouler encore un bon moment les bonnes raisons pour vous convaincre de filer récupérer et surtout écouter ce 25 Live. Cependant, puisque je suis aux commandes de ce papier, j’en ajouterai une sixième, juste pour mon plaisir : Archive fait partie des groupes avec lesquels j’ai une histoire particulière. C’est du coup très personnel, mais je n’oublie pas qu’il y a quelques années, l’écoute intensive de ce groupe m’a quasiment sauvé la vie. Et que ça continue, jour après jour. Sans aller jusque là, je vous souhaite à toutes et tous qu’Archive vous fasse voyager et vous fasse du bien. Go, listen, enjoy !

L’album 25 Live est téléchargeable via ce lien : https://show.co/n7vbXO4

Et pour les courageux, le film de la tournée by Archive 😉 (1h15 tout de même)

Raf Against The Machine

Review n°47: 33 000 FT. de Kazy Lambist (2018)

J’étais parti pour vous parler du dernier EP Sky Kiss de Kazy Lambist qui me séduit Kazy Lambisttotalement avec ses quatre titres bien sentis et puis j’ai été vaincu par la curiosité en écoutant le premier opus 33 000 FT. sorti en 2018… Derrière ce pseudo surprenant qui fait allusion à un alcool canadien se cache un petit français originaire de Montpellier, Arthur Dubreucq, qui avait remporté en 2015 le prix du public des Inrocks Lab et a pris tout son temps avant de nous proposer ce 33 000 FT. dont le titre évoque clairement son autre passion, l’aviation.

Définir le son de cet album est assez simple ma foi et c’est fort agréable de ne pas toujours avoir à se creuser la tête. Pour moi on est dans la famille large des Thylacine – Fakear- Petit Biscuit – Les Gordon, Kazy Lambist proposant une chill pop savoureuse nichée dans son cocon électronique et s’appuyant sur une voix de tête riche de promesses (j’ai souvent pensé au chanteur de Wild Beasts, ce qui n’est pas un mince compliment…).

L’album s’ouvre tout en douceur avec Glasses en featuring sur le titre Love Song qui séduit par sa basse funky (#bassealaMetronomy) et une voix résolument pop. Annecy prolonge cette atmosphère d’une grande coolitude en ouvrant sur des cris d’enfants à la Bibio, la mélodie suave ne tombe pas dans la monotonie et le rythme est assez plaisant. C’est véritablement Do You qui permet de percevoir l’éventail complet des possibilités de Kazy Lambist avec cette alliance parfaite entre une mélopée électronique imparable et la superbe voix de tête, le titre est très subtil dans son approche. Passé un interlude de 20 secondes dispensable comme les deux autres présents (je cherche encore l’intérêt des interludes en général…), Away reste dans la lignée de Do You avec son chant plus mélancolique et une rythmique plus downtempo qui contraste avec l’univers schizophrène de No Face. J’aime beaucoup la structure de ce dernier: on part sur une mélodie posée au piano qui laisse rapidement sa place à une atmosphère dansante et volontiers disco, l’esprit de Wild Beasts a veillé sur ce morceau…

La suite de l’album garde ce même niveau de production avec d’un côté des titres plus house comme le dansant Orion  (dont la rythmique me fait penser à Thylacine mais bon je le vois partout actuellement…#Thylacineaddicted) ou la belle montée de l’électro suave de Shutdown et de l’autre la chill pop aérienne, un brin moins originale mais tout de même séduisante, avec des titres comme The Essential ou le plein de classe Lights on Water Kazy Lambist se mue en un James Blake à la française. Deux cerises sur le gâteau pour clore l’album nous attendent: mon titre préféré, le bijou Once in a Lifetime et sa mélopée électronique obsédante, et la douceur pop de Rollercoaster. Envie de chiller auprès du feu? Tu sais ce qu’il te reste à écouter désormais, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°47 : Lithium (1991) de Nirvana

Oh le Raf Against The Machine, il s’emmerde pas cette semaine : il nous ressort un Nirvana, c’est pas vraiment une découverte ! Non, je confirme, c’est une pépite intemporelle. Et il y a une excellente raison à se refaire un peu de Nirvana aujourd’hui, même si, on est bien d’accord, il y a toujours une bonne raison pour écouter le trio de Seattle : aujourd’hui 20 février 2020, Kurt Cobain aurait eu 53 balais.

Cette date anniversaire, loin de toute commémoration mortifère, mérite bien un petit clin d’œil à ce sacré bonhomme qui a chamboulé le rock des années 90, et qui a aussi marqué à jamais nos jeunes années. Les miennes tout du moins, vous je ne sais pas, mais puisque vous nous lisez sur Five Minutes, on peut supposer que vous avez bon goût, et donc que Nirvana ça vous cause un peu. Il faut se souvenir de Bleach (1989), le premier des trois albums studios du groupe, qui tombe dans les bacs alors qu’on se tape de la bonne daube musicale depuis quelques années. Les branches créatives du rock du début des 80’s sont un lointain souvenir. En cette fin de décennie, dominent plutôt la dance, la house et autres sons qui me laissent indifférents.

Mais voilà que, telle une tête de pont pour le rock râpeux et torturé qui va marques les 90’s, Nirvana pose sa bombe (aucune blague scatophile là-dedans, promis). Cette première galette reste confidentielle, contrairement à la mienne (là en revanche, il y a bien une blague pas finaude ^^). Puis c’est l’explosion Nevermind en 1991, avec le surdiffusé et surexploité Smells like Teen Spirit, bien qu’excellent titre. C’est pourtant oublier un peu vite que ce LP contient 12 autres morceaux, pour un total donc de 13 pépites (c’est pour voir si tout le monde suit). Dont ce fameux Lithium, qui respire autant la joie de vivre que le reste du répertoire du groupe.

Ça raconte quoi Lithium ? Déjà, musicalement, ça raconte un titre construit sur une rupture, avec intro et couplet à suivre presque tranquillou en mode guitare propre, ligne de basse sympa et batterie juste dosée comme il faut. Sauf que le refrain : riffs furieux, basse vénère de Krist Novoselic et batterie bûcheronnée par Dave Grohl comme au bon vieux temps de Led Zep et John Bonham ou The Who avec Keith Moon. On se souviendra d’ailleurs d’une phrase de ce dernier : « Pour avoir un jeu plus rock, frappez la batterie plus fort ». What else ?

Et bien sinon, Lithium, textuellement, ça parle de Cobain lui-même, et d’un autre jeune homme, déprimé et assez tabassé par la folie, qui choisit de se tourner vers la religion. Un choix que notre Kurt ne valide pas, lui qui préfère gérer ses douleurs existentielles en optant pour les drogues. On connaît la suite : la dépendance, l’enfermement, pour finir ce triste 5 avril 1994 où le garçon décide de partir voir ailleurs si l’existence est plus paisible. On se souvient tous de ce qu’on faisait quand on a appris la mort de Cobain, trois jours plus tard. On se souvient tous aussi de comment on a encaissé la nouvelle. Je suis resté longtemps incrédule, dans l’incompréhension aussi. Puis, j’ai fait ce qu’il y avait de mieux à faire (à mon sens) : j’ai écouté Lithium en mettant le son très fort, et ça une bonne partie de la journée.

Alors aujourd’hui, j’ai remis ça, et je vous invite à faire de même. Une fois que vous aurez pris votre dose de Lithium, rien ne vous empêche de vous injecter quelques autres titres, voire un album entier. Histoire de se rappeler de ce drôle de rocker blond écorché qui a secoué le rock et nos vies à jamais. Et qui a choisi, dans sa lettre d’adieu, de citer des paroles du grand Neil Young : « Mieux vaut brûler franchement que s’éteindre à petit feu ». So long boy.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°59: Duo de Philippe Katerine feat. Angèle & Chilly Gonzales (2019)

On ne présente plus Philippe Katerine qui a le mérite, depuis son premier album LesKaterine Mariages chinois en 1991 déjà, de ne pas laisser indifférent. Ce personnage redonnant ses lauriers à un sens de l’absurde prononcé a souvent suscité chez moi, il faut le reconnaître, une certaine forme d’incompréhension mais finalement depuis peu je me suis fait à cette personnalité qui s’impose au sein d’un monde de la musique de plus en plus aseptisé. Comme un pied de phallus (#vousl’avez?), il y a quelques jours, Philippe Katerine a remporté la Victoire de la musique du meilleur artiste masculin (et oui dans une époque précieuse de réhabilitation des femmes, on fait le choix de séparer les hommes -les « artistes avec quéquette » pour reprendre ses mots et les femmes… no comment…) et son Confessions le mérite amplement.

Le titre du jour Duo résume bien à mon sens ce qu’est Philippe Katerine: un clip loufoque où on chevauche des dauphins dorés dans l’espace, des paroles d’une simplicité désarmante avec un refrain « On a le même tempo mais pas le même pattern » qui mériterait une belle dissertation de 4 heures, un pouvoir mélodique réel avec des synthés 80’s enthousiasmants et des guests de haut vol avec la voix cristalline d’Angèle et Chilly Gonzales en spécialiste scientifique inattendu.

Pour reprendre les paroles de fin du morceau, le moins que l’on puisse dire c’est qu’avec Philippe Katerine la vie n’est pas terne, enjoy!

Sylphe

Review n°46: InBach d’Arandel (2020)

S’attaquer au XXIème siècle au « père de la musique » Jean-Sébastien Bach n’est pas choseArandel aisée, réussir à lui insuffler un souffle électronique vivifiant relève de la prouesse artistique. En 1968, Wendy Carlos avait déjà marqué les esprits avec son Switched-On Bach où elle jouait des titres de Bach avec le cultissime synthétiseur Moog. Le dernier croisement judicieux -pour moi- des musiques classique et électronique remonte à Aufgang avec en point d’orgue l’excellent album éponyme en 2009. Arandel, collectif anonyme ayant il y a peu levé son anonymat sur un certain Sylvain, propose depuis son concept album de 2010 In D (en hommage au In C de Terry Riley) une musique électronique racée faisant la part belle à une alliance subtile entre instruments électroniques et acoustiques. Je vous invite aussi à aller écouter les albums Solarispellis, Umbrapellis, Extrapellis (#titresmagnifiques) et Aleae qui démontrent toute la puissance mélancolique dégagée par la musique d’Arandel

Pour revenir à l’album du jour, Arandel qui a su s’entourer de nombreux artistes référencés dans leur domaine a réussi le tour de force de créer un superbe album électronique qui reste fidèle au son de Bach tout en lui apportant un souffle aussi novateur que respectueux du maestro. Je vous propose de me suivre pour une humble visite dans un univers brillant par sa précision de métronome.

Le morceau d’ouverture All Men Must Die (en référence au choral Alle Menschen müssen sterben de Bach) est une relecture ambient où les synthés spatiaux enveloppent avec douceur deux voix robotisées psalmodiant en allemand, avec le violoncelle en fond de Gaspar Claus. Cette ouverture assez mystérieuse laisse alors sa place au Prelude No.2 in C Minor qui s’impose comme le premier temps fort de l’album avec une palette de sons électroniques aériens qui ne sont pas sans rappeler l’univers de l’orfèvre électronique Four Tet et le chant de Petra Haden qui monte sans cesse au milieu des choeurs dans une rythmique uptempo savoureuse. Bodyline qui invite Ben Shemie, le chanteur de Suuns, ralentit ensuite le rythme cardiaque dans une alliance subtile entre le vocoder et le piano. Le morceau se développe langoureusement et m’évoque l’univers de Son Lux.

Passacaglia (la passacaille en français) et son ostinato répétitif marie ensuite parfaitement la musique de Bach aux sonorités électroniques pour un résultat plein de modernité et invitant au réveil des corps. L’intermède aquatique de Invention 2 nous amène avec douceur vers le brillant Bluette où le chant mélancolique de Barbara Carlotti démontre la puissance de la chanson à textes inhérente à Bach. La poésie se prolonge avec Aux vaisseaux et la voix d’Emmanuelle Parrenin qui se pose avec délices sur une musique électronique primesautière digne de Thylacine.

La deuxième partie de l’album recèle de pépites elle aussi avec un Hysope résolument tourné vers les dance-floors, un Homage To JS Bach qui s’apparente à une belle fresque épique qui voit les machines prendre inlassablement le pouvoir pour un résultat très intense, un Sonatina plein de grâce et sublimé par le piano à quatre mains de Vanessa Wagner et Wilhem Latchoumia, un Ces mains-là qui me touche tout particulièrement tant le timbre rocailleux de Areski Belkacem est émouvant et colle parfaitement à la musique de Bach et un Conclusio où le Cristal Baschet de Thomas Bloch résonne merveilleusement bien dans une église. Les dernières notes reviendront bien sûr à Bach après quelques minutes de silence où la douce voix d’une enfant vient se poser avec poésie sur le célébrissime Adagio BWV 564.

Incontestablement, Arandel prouve avec ce très bel hommage à Jean-Sébastien Bach que ce dernier n’est pas figé dans la glace (#desolejenaipaspuresister) et qu’il ne demande qu’à vivre intensément à travers la musique électronique du XXIème siècle, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°46 : Non non non non (je ne suis plus saoul) (1995) de Miossec

La magie du monde moderne, c’est par exemple la possibilité de regarder sans attendre la semaine suivante une saison complète de ta série préférée en replay ou sur Netfloux. C’est aussi la joie et le bonheur d’avoir toujours à portée de main un smartphone qui permet de faire tout plein de trucs auxquels tu n’avais pas pensé, et que d’ailleurs tu n’as pas envie de faire. Mais comme grâce à ton smartphone tu peux les faire… bin tu les fais.

La magie du smartphone, c’est aussi les notifications qui poppent quand tu t’y attends le moins, à n’importe quel moment de la journée. Pour une info cruciale, un tweet urgent, ou un rappel de calendrier. Et justement, cet après-midi, mon smartphone à moi m’a balancé un rappel de date, que je n’ai jamais programmé mais qui, par la magie des calendriers synchronisés et pré-enregistrés, m’a sauté au visage. Qu’ai-je donc vu s’afficher ? L’incontournable et essentielle information que demain, chers lecteurs, c’est le 14 février et la Saint-Valentin.

Peut-être la date de l’année dont je n’ai absolument rien à foutre parmi toutes celles dont je n’ai rien à cirer. Mais puisque c’est mon jour de publication sur Five-Minutes, autant en profiter et, pour une fois, célébrer comme il se doit ce jour béni pour les amoureux et amoureuses. Surtout un jour béni pour le commerce, des fois qu’on aurait pas tout claqué pour Noël, après avoir déjà défoncé son compte en banque pour le Black Friday.

La meilleure façon de fêter, avec quelques heures d’avance, la Saint-Valentin, c’est de revenir sur une pépite de 1995 avec le titre d’ouverture du premier album de Miossec. Pourquoi donc ? Si vous connaissez le texte, vous savez déjà. Si vous ne l’avez pas/plus en tête, je vous laisse apprécier “comme un crabe déjà mort“. Une sorte de cynisme absolu pétrie de classe totale, qui ouvrait alors un album fulgurant et râpeux comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps. Le minimalisme de deux guitares et d’une basse pour porter les textes dépouillés de Miossec. Cette première galette est un grand album, et depuis, notre Brestois préféré a bien bourlingué en nous en a livré quelques autres tout aussi grandioses.

N’empêche que. Ce Non non non non est mon point de rencontre avec ce grand bonhomme de la chanson. Ce qui en fait un titre très cher à mon cœur. D’où la pertinence de célébrer la Saint-Valentin en l’écoutant. Saint-Valentin que, telle une ultime provocation, je passerai en tête-à-tête avec moi-même, alors que je ne m’aime pas. Un comble.

Et puisqu’à la Saint-Valentin, la société nous commande d’aller par deux, voici donc un second titre tiré du même album. Evoluer en 3e division, ou comment enfoncer le clou et rester dans l’ambiance.

Raf Against The Machine