Review n°27: LP5 d’Apparat (2019)

Sascha Ring, alias Moderat, n’a pas, à mon humble avis, la carrière solo qu’il mériteApparat amplement… Cet explorateur électronique qui a oeuvré sur les terres de l’IDM et de l’ambient est souvent résumé à un titre (sublime au passage) Goodbye avec la chanteuse Anja Pschalg de Soap&Skin et à sa participation judicieuse au groupe Moderat avec Gernot Bronsert et Sebastian Szary de Modeselektor. Ce n’est malheureusement pas ce nouvel album, 8 ans après The Devil’s Walk et 6 ans après un projet pour l’adaptation au théâtre de Guerre et Paix (c’est l’histoire de la guerre et de la paix… #inconnusforever), qui devrait lui permettre une reconnaissance du grand public. En effet, à une époque où le besoin d’expliciter perpétuellement les choses prédomine, l’art de la suggestion impressionniste d’Apparat détone, et ce pour mon plus grand plaisir. Je vous propose en toute humilité de prendre le pouls de ce LP5 dont l’atmosphère est très difficile à retranscrire par les mots…

L’introduction VOI_DO nous propose d’emblée une ambiance atmosphérique tout en délicatesse, les sons paraissent disséminés avec parcimonie pour accompagner la voix de falsetto de Sascha Ring qui désormais chante sur la plupart de ses morceaux. Sur cet album, j’ai souvent l’impression d’un chant a capella tant les instruments savent se mettre en retrait. Cette ouverture est à l’image d’un album qui prône une intériorité intemporelle. DAWAN, malgré un beat de fond instaurant une rythmique techno plus affirmée, reste finalement dans la même dynamique avec le couple synthés cotonneux et voix de Sascha Ring. La montée de LAMINAR FLOW est tout en contrôle et démontre la volonté de résister à la tentation de l’extériorisation excessive, telle une frustration excitante (#amourducuir). HEROIST va ensuite nous rappeler à quel point la pop et l’électro se marient à merveille, l’univers évoque les albums solo de Thom Yorke pour un résultat extrêmement séduisant où la voix de Sascha Ring démontre de vrais progrès.

Passé l’intermède MEANS OF ENTRY, BRANDENBOURG instaure un sentiment d’inquiétude avec cette voix modifiée qui n’est pas sans nous ramener sur les landes nordiques dépouillées de The Knive ou Fever Ray avant que les cordes ne viennent adoucir le titre. Les cordes empreintes d’urgence de CARONTE viennent alors totalement me désarmer, tant elles tranchent avec la sérénité de la voix pour un résultat sublime de grâce et très subtil dans sa structure. L’ambient et dépouillé EQ_BREAK nous prépare pour le brillant duo final qui révèle toute la dichotomie d’Apparat: d’un côté l’aspect éthéré du piano-voix de OUTLIER et de l’autre le brillant IN GRAVITAS qui brille par sa fin uptempo qui libère le démon de la danse (#morceaucachédeCaribou?). Un feu d’artifice final qui met encore plus en valeur la force de l’intériorité qui a habité tout cet album dont la richesse ne cesse d’augmenter au fil des écoutes… Je ne peux que vous suggérer d’aller désormais l’écouter…

Sylphe

Live n°1 : Gaëtan Roussel + Beirut + Rodrigo y Gabriela + Thiéfaine au Printemps de Bourges (2019)

PDB19_FESTICKET_1400x800-GENChez Five-Minutes, on est joueurs, et peut-être aussi un peu inconscients. Puisque la team complète se déplace ce soir à Bourges pour une soirée au Printemps, on tente une expérience : un article écrit en direct, au long de la soirée. Une sorte de reportage au fil de nos pérégrinations et de nos émotions musicales. Pour vous faire partager ce moment, on viendra mettre à jour régulièrement cette page, mais vous pourrez également nous suivre sur Twitter via le compte de Sylphe (@sylphe45) et/ou le mien (@BatRafATM).

Bref, c’est nouveau, c’est expérimental. Peut-être que ça fonctionnera, peut-être pas. Si on fait un truc tout pourri, vous pourrez nous le dire… Si on fait un truc sympa, vous pourrez le dire aussi ! Pour donner un avant-goût (en dehors de la merguez-frites de festoche qui nous attend), on sera principalement au W pour la soirée Gaëtan Roussel + Beirut + Rodrigo y Gabriela + Thiéfaine. Juste pour le clin d’œil, et pour patienter… vous pouvez retrouver des articles sur ces quatre artistes, que nous avons tous à un moment chroniqués ici-bas ici même (les titres conduisent direct aux articles d’un seul clic) :

Comme quoi, on ne pouvait décidément pas être ailleurs ce soir.

Comme expliqué plus bas, la soirée s’est finalement faite sans Beirut, annulé à la presque dernière minute : on laisse quand même cette chouette formation dans l’ouverture d’article ci-dessus, histoire de découvrir ou réécouter.

Fin des opérations ! On espère que cet article à la forme originale vous aura plu, et aussi donné envie de plonger dans l’univers de chacun de ces artistes, si ce n’est déjà fait. À bientôt pour de nouvelles minutes de bon son !

[MàJ 00:36] Et voilà ! La soirée au W du Printemps de Bourges c’est terminé ! En résumé : une très chouette et surprenante prestation de Gaëtan Roussel, suivie d’une assez impressionnante démonstration technique de Rodrigo y Gabriela autour de leur nouvelle pièce maîtresse qu’est leur reprise assez folle de Echoes. Enfin une version raccourcie des 40 ans de chansons de Thiéfaine, mais toujours aussi efficace et chargée de la poésie vénéneuse de ce grand bonhomme. Il ne nous aura manqué que Beirut, que l’on espère voir de nouveau sur scène très bientôt. On repart de Bourges des sons plein la tête !

[MàJ 00:07] À l’heure de James Bond et alors qu’on n’a plus vraiment de voix… en trouver encore un peu pour gueuler Sweet amanite phalloïde queen avec tout le W ! Et mettre une dernière fois le feu avec La fille du coupeur de joints évidemment.

[MàJ 23:58] Et que de lieux fantastiques visités ! Après une virée dans L’ascenseur de 22h43Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs) ! C’est surtout une virée dans le Thiéfaine des premières années… et putain que c’est bon ! Allez on poursuit avec Alligators 427, autre pièce maîtresse de l’œuvre Thiéfaine.

[MàJ 23:45] Quelle énorme version très rock d’Un vendredi 13 à 5h ! C’est un sacré pied de réentendre ça, avec toujours un super son dans le W : on profite un maximum des textes de Thiéfaine, ce qui est complètement essentiel pour apprécier ce grand auteur. Et maintenant… Je t’en remets au vent et, une fois encore, les frissons, comme depuis plusieurs décennies avec cette ballade.

[MàJ 23:30] « Ça sent la vieille guenille et l’épicier cafard dans ce chagrin des glandes qu’on appelle l’Amour » : on est en plein dans les Confessions d’un never been, à mes yeux un des morceaux majeurs de Thiéfaine, que j’ai écouté jusqu’à la corde. Je ne me lasse pas de la tension de ce titre et de la beauté ténébreuse de son texte torturé.

[MàJ 23:26] Sans oublier l’excellent Yan Péchin qui vient de faire son apparition sur le fond de la scène 😀! Pendant ce temps ça déroule avec Crépuscule Transfert et La ruelle des morts… puis à présent La vierge au Dodge 51 : un grand retour en arrière dans le temps pour un de mes morceaux préférés de la discographie de Thiéfaine. Et on enchaine avec Lorelei Sebasto Cha! La sensation de refaire un saut à l’automne dernier sur cette tournée anniversaire que j’ai eu la chance de vivre… Magique !

[MàJ 23:08] Confirmation de Thiéfaine : on va avoir droit à des extraits du spectacle 40 ans de chansons sur scène… dans un esprit donc très rock avec Stalag-tilt puis l’Eloge de la tristesse, d’une actualité assez affolante. Côté musicos, on retrouve en effet des têtes connues, à commencer par Lucas Thiéfaine et Alice Botté aux guitares 🤘

[MàJ 22:58] HFT entre en scène sur 22 mai, comme en ouverture des 40 ans de chanson sur scène. C’est parti pour 1h30 de Thiéfaine 🤘🖤!

[MàJ 22:27] Après une magistrale interprétation de Echoes et une clôture de set survitaminée, Rodrigo y Gabriela quittent la scène pour laisser la place d’ici une demi-heure à Hubert-Félix Thiéfaine ! On se remet de nos émotions (car il y en a eu… décidément quelle relecture de Pink Floyd !) et on se retrouve avec HFT d’ici peu.

[MàJ 21:56] Contre toute attente compte-tenu de la longueur du morceau et de la petite heure de concert… Rodrigo y Gabriela entament leur relecture du Echoes de Pink Floyd… On va se poser un moment et juste écouter cette merveille 🖤

[MàJ 21:46] Rodrigo y Gabriela poursuivent leur impressionnante démonstration technique et de maîtrise de leurs 6 cordes. Après 20 minutes de pure folie, un moment de relative accalmie… on continue à profiter !

[MàJ 21:27] Et c’est parti avec le duo de guitaristes qu’on attendait ! Une entrée en matière qui envoie du bois ! C’est comme sur les disques… mais en vivant et sur scène, avec un W chauffé à blanc 🤘 C’est dingue comment deux musicos seuls en scène peuvent galvaniser une salle entière.

[MàJ 21:17] Après une sympathique pause repas festoche très diététique, reprise des activités musicales dans quelques minutes avec Rodrigo y Gabriela !

[MàJ 20:40] Après une grosse reprise de Bashung, on sait que l’on s’achemine (déjà ?) vers la fin du concert, et pourtant l’énergie ne faiblit pas, ni sur scène ni sous le chapiteau W ! Help myself (Nous ne faisons que passer)… peut-être bien mais on a rarement eu droit à une version aussi vitaminée ! Suivie de Léa… encore une chouette surprise de ce chouette concert 🙂 Et la clôture de cette bien belle prestation avec Hope, titre phare et efficace tiré du dernier album en date.

[MàJ 20:20] Un concert de Gaëtan Roussel résolument rock, avec en ce moment une version musclée de Clap Hands, tirée du 1er album Ginger. Une ouverture de soirée sans faute qui envoie le bouzin (#commediraitSylphe)

[MàJ 20:00] Gaëtan Roussel, ça envoie bien : le son est excellent dans le W, et le garçon est particulièrement investi ! Une version nerveuse et efficace de Dedans il y a de l’or, suivie d’une magnifique interprétation de Il y a… Grave !!! Ton invitation de l’époque Louise Attaque 😀!!! Et… Si l’on marchait jusqu’à demain ! Tiré de l’excellent 3e album À plus tard crocodile… Géniale prestation pour le moment !

[MàJ 19:46] Et c’est parti avec Mister Roussel, et une version particulièrement enlevée de Dis-moi encore que tu m’aimes ! La classe, le W est déjà bien rempli, tout comme nos gobelets 😉

[MàJ 19:00] Après un léger retard sur la route, on arrive sur Bourges ! Le temps de se poser et de rejoindre le W, on devrait entrer sous peu dans la soirée… mais il faudrait prévenir Gaëtan Roussel que nous ne ferons que passer à sa prestation (#vousl’avez?)

[MàJ 16:32] On apprend l’annulation de la prestation de Beirut, pour raisons de santé… C’est bien triste car on se faisait une joie de les découvrir sur scène. Avant tout on souhaite repos et prompt rétablissement aux cordes vocales incriminées. Et on va se consoler avec les 3 artistes restants, qui formeront malgré tout une belle soirée.

Raf Against The Machine

Clip n°10: Hungry Child de Hot Chip (2019)

Hot Chip est clairement un groupe marquant des années 2000 qui possède à son actif desHot Chip albums de haut vol comme The Warning en 2006 ou encore One Life Stand en 2010. Le groupe formé autour des deux têtes pensantes Alexis Taylor et Joe Goddard (dont les albums solo méritent aussi franchement le détour) a su donner ses lettres de noblesse à la synthpop pour un résultat dansant à souhait. Impossible pour moi en tout cas de ne pas me déhancher à l’écoute de How Do You Do?, Ready For The Floor, I Feel Better, Boy From School ou Over And Over, bref vous aurez parfaitement perçu mon manque total d’objectivité et la joie de savoir que leur septième opus A Bath Full of Ecstasy sortira le 21 juin. Et oui cette année l’arrivée de l’été aura une double saveur…

Pour nous permettre de tenir le coup, les anglais nous ont livré le 4 avril dernier leur titre Hungry Child dans lequel on retrouve tous les ingrédients de leur réussite, ces synthés gorgés de soleil et cette volonté de faire danser en se tenant sans cesse sur le fil où les effets un peu pompiers ne sont jamais bien loin mais sans franchir la ligne. Ce titre est brillamment mis en scène par un clip que je trouve tout simplement génial entre critique subtile du couple et second degré évident. Ce pauvre couple voit son quotidien -quotidien peu reluisant où madame passe son temps devant la télévision et monsieur est enfermé dans son bureau à jouer au solitaire dans une volonté de ne rien partager émotionnellement- exploser en vol lorsque la musique de Hot Chip vient s’immiscer dans leur vie. De manière ludique, le clip met le doigt sur la difficulté de communiquer en couple et montre à quel point la musique a un pouvoir incommensurable. Enjoy!

Sylphe

Five Titles n°5: Unfurl de RY X (2019)

C’est avec une certaine gêne que je me dois d’avouer que je ne connaissais presque pasRY X l’australien Ry Cuming alias RY X avant l’écoute de ce Unfurl, deuxième opus après Dawn en 2016 . Vous allez vite comprendre la force de cette gêne quand vous la mettrez en balance avec l’intensité du plaisir ressenti à l’écoute de cette pépite d’une richesse orchestrale sans limite. La recette est d’une limpidité évidente avec d’un côté une voix extrêmement sensible et mélancolique et de l’autre des atmosphères instrumentales d’une grande minutie entre piano, cordes et guitares. Le résultat est une créature hybride née de diverses influences qui me paraissent évidentes, un subtil cocktail où le dubstep est venu enlacer Alt J et James Blake. Pour tout dire, je n’ai cessé de penser à James Blake en écoutant cet album car je trouve les deux artistes assez similaires dans leur approche de la musique même si l’un paraît sur un certain déclin artistique provoquant un ennui naissant (voir ici ) alors que l’autre est à l’orée d’une très belle carrière…

Review, pépite du moment ou intemporelle, il est évident que toutes les catégories siéent parfaitement à cet album mais j’ai choisi de l’aborder sous l’angle des cinq titres comme cinq instantanés afin de suggérer ce qu’est cet album sans trop dénaturer le plaisir de la découverte. Voici donc cinq diamants taillés avec finesse…

1. Untold commence avec une rythmique dubstep affirmée évoquant Burial avant que les choeurs et la voix de RY X viennent donner une saveur mélancolique d’une justesse infinie à l’ensemble. Les violons et les synthés se répondent, l’ambiance instrumentale foisonne de propositions pour un résultat empreint d’émotions qui me séduit par son refus de toute linéarité dans la composition.

2. Body Sun s’impose comme le titre qui me touche le plus. Un piano-voix d’une grande pudeur, des montées à faire dresser les poils accompagnées de violons judicieux, tout ceci sans tomber dans le pathos grâce à une rythmique de fond qui impose son énergie. Bijou émotionnel…

3. Yayaya (#titreregressifdelannée) me séduit, quant à lui, par son contraste entre la guitare et le chant tout en pudeur d’un côté et de l’autre ce surprenant refrain aux saveurs sucrées pop qui s’ancre dans la tête pour nous donner l’illusion d’une légèreté que l’on sait factice.

4. Foreign Tides part sur une intro rock me rappelant Placebo avant de briller par ses différentes flèches décochées tout au long du morceau et sa rythmique inqualifiable entre exotisme et funk. Bref vous avez bien compris qu’il me manque les mots pour définir ce titre, je suis ouvert à vos propositions!

5. The Water rappelle que Rye Cuming a aussi des talents de DJ qu’il met en oeuvre dans le duo Howling avec Frank Wiedemann. Le morceau part sur un terrain dépouillé avec un piano tout en sobriété et une voix fragile à souhait avant qu’une rythmique électro vienne peu à peu prendre le pouvoir de manière assez surprenante. La dernière minute est juste jouissive et m’évoque le prodige Caribou de Swim.

A n’en pas douter, on tient avec ce Unfurl un prétendant sérieux au podium de fin d’année qui devrait batailler ferme avec Thylacine et les autres…

Sylphe

Pépite du moment n°28 : Echoes de Pink Floyd (1971) par Rodrigo Y Gabriela (2019)

Voilà une pépite pour le moins inattendue : qu’elle soit intemporelle on n’en doutait pas, qu’elle soit du moment est plus surprenant. Je m’explique : en 1971, Pink Floyd publie son album Meddle. Ce 6e album contient de bien belles choses mais surtout une pièce maîtresse qui va occuper une face complète du vinyl ainsi que nos oreilles durant des décennies. Echoes est une longue et fascinante plongée dans la quintessence de Pink Floyd, et dont on a déjà parlé voici quelques mois (ici-bas ici même un lien vers l’article).

C’est avec un étonnement mêlé d’une curiosité sans nom que j’ai appris l’immense défi que Rodrigo Y Gabriela se sont mis dans les doigts : reprendre Echoes équipés de leurs seuls instruments habituels, à savoir des guitares acoustiques et rien d’autre, pas même des voix. Comment restituer l’ambiance des claviers de Rick Wright, la ligne de basse de Roger Waters, la voix planante et les sons de guitares de David Gilmour ? Comment nous entraîner dans cette folle virée sans dénaturer ni le morceau ni les émotions originelles ? Comment réinventer un chef-d’œuvre pareil ? Le scepticisme me gagnant (Echoes étant un de mes titres préférés de tous les temps), j’ai filé écouter cette reprise.

C’est réussi, et plutôt deux fois qu’une. Rodrigo Y Gabriela relèvent haut la main ce challenge ultra casse-gueule en prenant un parti audacieux mais intelligent. Leur interprétation reste fidèle à l’original en conservant globalement la structure des chapitres. Leur intelligence, c’est de ne pas chercher à reproduire les sons de Pink Floyd, mais d’utiliser la charpente ainsi conservée pour y déposer leurs propres sonorités et émotions, fabriquées à partir de leurs seules guitares. Et ça fonctionne diablement bien, puisque le duo nous balade pendant presque 19 minutes dans une suite ininterrompue d’environnements sonores qui mêlent astucieusement certaines lignes mélodiques inventées par Pink Floyd et leur propres sons.

Rodrigo y Gabriela avaient déjà expérimenté la reprise de classiques du rock avec par exemple Stairway to heaven sur leur premier album en 2006, avec succès il faut bien le dire. La tâche est ici d’une tout autre ampleur : de par la durée du morceau, de par les environnements sonores d’origine, de par l’aura de ce Echoes. A la fois reprise, réinterprétation et hommage, Echoes version Rodrigo y Gabriela fait un bien fou aux oreilles. Avec une subtile pirouette de fin de reprise : ce que l’on entend pendant les 30 dernières secondes, c’est bien le sonar originel de l’ouverture d’Echoes version Pink Floyd. Comme une façon de boucler la boucle, de rendre à Pink Floyd ce qui lui appartient tout en nous invitant à réécouter l’original. Une sorte de classe totale de la part de Rodrigo Y Gabriela, mêlée d’une humilité sans mesure. Chapeau bas et respect total.

Petit clin d’œil supplémentaire : le morceau est placé en face B de la prochaine galette du duo intitulée Mettavolution, à sortir le 26 avril prochain, occupant ainsi l’exacte même place que sur Meddle en 1971. Cette brillante et flamboyante revisite tease de la meilleure des façons l’album à venir, que je trépigne d’impatience de découvrir (et les mots sont faibles). D’ici là, il aura été possible au public français d’aller écouter Rodrigo y Gabriela à l’Olympia (Paris) le 25 avril (pour qui a déjà son billet car c’est complet), ou encore le 27 avril au festival Musilac de Chamonix (et là, à cette heure, il reste des places). A moins que vous ne choisissiez une date à l’étranger (la liste est longue comme le bras), ou la 3e date possible sur le sol français : mercredi 17 avril au Printemps de Bourges, pour une soirée au W qui réunira, en plus de nos deux chouchous du jour, Gaëtan Roussel, Beirut et Thiéfaine. Il reste des places là aussi, et autant dire qu’un quarté pareil c’est inratable : si vous avez la possibilité, foncez !

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°23: Wolf de Chinese Man feat. ASM (2017)

Chinese Man, collectif français originaire d’Aix -en- Provence, oeuvre pour notre plusChinese Man grand plaisir depuis leur premier opus en 2005 The Bootlegs Sessions et mêle avec virtuosité l’électro et le hip-hop. On pense à Wax Tailor, à l’école de Marseille de IAM aux trop méconnus Troublemakers.

Loin de moi la volonté de vous résumer leur carrière, je vais aujourd’hui m’intéresser à leur dernier opus sorti en 2017 Shikantaza dont est issu le bon son du jour Wolf. J’ai choisi cette vidéo postée il y a 4 jours pour des raisons que vous devriez rapidement trouver évidentes: la qualité évidente du morceau où le flow de A State of Mind se marie avec merveille avec l’électro de Chinese Man, la sublime orchestration de l’Orchestre du Grand Avignon qui magnifie le morceau et bien sûr ces sublimes paysages du parc national des Calanques. Je vous propose donc en ce début de semaine un voyage visuel et auditif de haut vol, enjoy!

Sylphe

Review n°27: Lux Prima de Karen O et Danger Mouse (2019)

Après avoir pleinement savouré le single Turn The Light (voir ici ), il est plus que temps

Karen O - Danger Mouse
de parler de ce Lux Prima, rencontre magique entre deux orfèvres que sont l’excentrique Karen O et le producteur aux mains dorées Danger Mouse. A vrai dire, je me trouvais dans la situation optimale d’écoute car je n’avais pas véritablement d’attente à l’écoute de cet opus, m’appuyant davantage sur les souvenirs de la pépite It’s Blitz ( 10 ans déjà…) que sur le plus mitigé Mosquito. Karen O donnait l’impression de s’essouffler avec Yeah Yeah Yeahs et Danger Mouse a tout simplement réussi à sublimer cette artiste pour créer un album majeur de 2019. Suivez-moi lors de ce périple nocturne envoûtant…

Le morceau d’ouverture Lux Prima et ses 9 minutes qui contiennent plus de bonnes idées que certains albums va d’emblée poser les choses: le duo se montre ambitieux… On part sur 3 minutes de synthés spatiaux qui nous enveloppent et diffusent une douceur nostalgique qui m’évoque de manière évidente la BO de Virgin Suicid par Air avant que les choeurs et la voix de Karen O, soutenus par des violons judicieux qui seront très présents sur l’album, viennent nous offrir une saveur plus pop suintant par tous les pores le trip-hop sensuel de Massive Attack ou Morcheeba. Troisième mouvement du morceau avec la voix se retirant et laissant de nouveau les synthés du début reprendre le pouvoir, le morceau surprend et envoûte, suscitant de vraies interrogations… Ministry va vite nous aider à trouver des réponses avec sa guitare tout en douceur et son intro digne du chef d’oeuvre de Morcheeba Big Calm, Karen O paraît plus apaisée et maîtrise avec subtilité sa voix pour nous offrir une plage de douceur sublime. Ce morceau contraste brillamment avec le single Turn The Light dont la basse sensuelle imprime un groove addictif se mariant parfaitement à la voix plus « nasillarde » (#riendenegatifhein) de Karen O.

Le trio d’ouverture m’a déjà clairement désarmé et ce n’est pas la suite qui m’aidera à reprendre contact avec la réalité. La batterie martiale, les choeurs inquiétants et le chant sauvage de Karen O sur Woman d’un côté et le space-rock affûté de Redeemer de l’autre me replongent dans cette urgence sensuelle qui me plaît tant chez Yeah Yeah Yeahs… Un Drown tout en retenue et reverb dont l’ambiance fait écho à celle de Ministry avec un soin de l’orchestration évident (humm le travail de Danger Mouse…), un Leopard’s Tongue plus pop dans l’approche avec son refrain addictif, un Reveries tout en dépouillement, les morceaux s’enchaînent et empilent avec une rigueur de métronome les bonnes idées jusqu’à ce Nox Lumina qui referme brillamment la boucle entamée par Lux Prima. On finit sur un morceau binaire avec un chant mélancolique qui laisse peu à peu les synthés oniriques reprendre le dessus.

Le retour à la réalité est difficile mais c’est incontestablement un moment fort de la discographie de Karen O et Danger Mouse que viennent de nous offrir ces deux orfèvres. L’album en tout cas prend note pour les tops de fin d’année en toute simplicité.

Le live brillant de Woman au Late Show mis en scène par Spike Jonze himself…

Sylphe