Review n°67: Better Way de Casper Clausen (2021)

Cette première chronique d’un album de 2021 nous emmènera a travers les contrées nordiques duCasper Clausen Danemark, la météo actuelle nous aidant assez aisément à partir vers ces bandes de terre balayées par un air glacial. Musicalement le Danemark m’évoque des artistes aux univers sombres et esthétiques comme Agnes Obel, le rock de The Raveonettes, l’électro cinétique de Trentemøller ou encore l’électro aérienne d’ Efterklang. Autant dire que ces représentants donnent un bien bel avant-goût de la musique au Danemark… L’album du jour a un lien évident avec Efterklang (« souvenir » en danois) car Casper Clausen en est le chanteur et ce Better Way est le premier album de sa carrière solo. Si vous ne connaissez pas Efterklang, je vous invite fortement à aller écouter un album qui m’avait beaucoup marqué à l’époque et qui a particulièrement bien subi la patine du temps, à savoir Magic Chairs (2010). Cet opus -le troisième de leur discographie – était leur premier sur le label 4AD et s’avérait véritablement magnifié par la production de Gareth Jones (producteur célèbre pour Erasure et Depeche Mode entre autres). Si vous voulez percevoir toute la richesse électronique des Danois, vous pouvez foncer sur ce bijou ou vous contentez d’écouter le dernier album Altid Sammen (2019) qui reste très consistant. Profitant de son cadre de vie idyllique au Portugal, Casper Clausen avait déjà sorti un album concept en 2016 avec Gaspar Claus mais je dois reconnaître que le son très âpre m’avait assez peu séduit… Pour en revenir à ce Better Way, je pars avec des a priori forcément très positifs, d’autant plus que c’est Peter Kember alias Sonic Boom du groupe Spacemen 3 qui est à la production. Quand on sait que ce dernier a oeuvré pour Panda Bear ou MGMT, on se retrouve dans une véritable zone de confort.

La vaste odyssée électronique du début, Used to Think et ses plus de 8 minutes, va d’emblée poser les bases du son de l’album. Les synthés sont au centre, agrémentés peu à peu de sons plus bucoliques donnant une inattendue saveur pop tant l’introduction se veut plus conceptuelle. Après 3 minutes 30 la voix très claire de Casper Clausen – qui par certains accents n’est pas sans rappeler le timbre de Bono – apporte toute sa fraicheur. Les boucles de paroles donnent un aspect quasi incantatoire à ce titre qui prend rendez-vous en ce 17 janvier avec le top titres 2021… Le traitement de la voix dans Feel It Coming est ensuite très différent avec la volonté à travers la réverb de la rendre quasi fantomatique. A travers des distorsions sonores oppressantes, une batterie finale intéressante et cette voix qui peine à prendre forme, c’est tout le travail sur la voix de Radiohead qui est ici véritablement mis à l’honneur, pour notre plus grand bonheur. Dark Heart et son titre prémonitoire ralentit alors le rythme cardiaque avec des sonorités dubstep, le rythme devient lancinant et la voix saturée au vocoder continue l’exploration du traitement de la voix. Le titre donne l’impression de stagner avec douceur dans les eaux profondes régulièrement explorées par James Blake.

Snow White et son électro tout en boucles se veut ensuite plus conceptuelle et presque décharnée, comme si l’on croisait le génie d’un Radiohead avec le psychédélisme électronique d’un Animal Collective. Je retrouve cette impression de  me trouver sur un fil, tiraillé entre angoisse latente et profonde humanité, et cette dichotomie est centrale dans l’album. Falling Apart Like You continue l’exploration avec une folk atmosphérique portée par une guitare surprenante, la voix est d’une limpidité évidente et rappelle l’univers chaleureux des trop rares Grizzly Bear. Après ce qui ressemblerait presque à une incartade folk, Little Words prolonge le plaisir dans une atmosphère plus éthérée avec cette voix à la grâce fragile. L’album se clot sur deux titres pleins de caractère: d’un côté la rythmique aux confins du rock de 8 Bit Human croisée avec une expérimentation électronique prédominante et de l’autre le tableau sombre d’Ocean Wave qui révèle les pouvoirs illimités de la musique électronique dans sa capacité à dépeindre des tableaux sonores d’un esthétisme désarmant. Il y a incontestablement une meilleure façon d’aborder le monde qui nous entoure et Casper Clausen nous le démontre avec grâce et fragilité. Si l’année musicale 2021 est à l’image de ce Better Way, nous sommes parés pour faire face à tout le reste….Enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°68 : Wake up (2004) de Arcade Fire

img_4960-2Pour tous les amoureux du bon son, du sirop d’érable, du rock indé, des grands espaces et des accents chatoyants, Wake up d’Arcade Fire s’impose comme une pépite absolue. Mais pas que. Ce titre fait partie de Funeral (2004), premier album du groupe mené par Win Butler et Régine Chassagne. Premier album qui est lui-même une pépite absolue. Les puristes ne m’en voudront pas, puisque je laisse de côté Arcade Fire (2003), EP-mini album qui ne se classe donc pas dans la case albums, bien qu’il soit déjà très bon. La formation canadienne a depuis sorti plusieurs autres opus percutants et efficaces, mais rien à ce jour n’égale la claque absolue qu’est Funeral. A ce propos, un de ces jours, il ferait bon se pencher sur les premiers albums indépassables et jamais dépassés de bon nombre d’artistes qui nous tiennent à cœur chez Five-Minutes : Jeff Buckley et son Grace (1994), PJ Harvey et son Dry (1992), Oasis avec Definitely maybe (1994), Ben Harper et son Welcome to the cruel world (1994) ou encore Portishead avec Dummy (1994). Intéressant aussi de voir cette concentration mid-90’s d’albums parfaits. Je m’égare toutefois, mais je note cette piste pour le futur (s’il y en a un).

Revenons à Wake up, qui n’a rien à voir avec celui de Rage Against The Machine, à ceci près qu’il en partage le titre et la puissance. Le Wake up d’Arcade Fire fait partie de ces morceaux qui me donnent envie de sauter du haut de la falaise. Je vous rassure : pas avec l’objectif de s’écraser plus bas et de quitter ce monde en quelques secondes. Non. Juste sauter du haut de la falaise, bretonne de préférence (mais toute autre fera l’affaire), et rester en suspens, comme ça. Pour le plaisir de sentir l’air pur, la suspension, mais aussi un grand vide synonyme de champ des possibles en cette période qui nous en prive tant. Pour, aussi, la sensation d’être en vie et le super-pouvoir de se réveiller de ce putain de sommeil humain et sociétal qu’un pangolin (ou une chauve-souris, on n’est plus à ça près) nous impose depuis bientôt un an.

Il y a tout ça dans le Wake up d’Arcade Fire : l’ouverture sur un riff furieux, presque aussitôt illuminé de voix sorties de nulle part et projetées je ne sais où. Puis le texte en la voix de Win Butler, poussée à son presque point de rupture émotionnel entre grain rocailleux et tension à la limite de la chialade. Et toujours, en toile de fond, le riff qui revient, enrobé de nappes de synthés et de cordes. Le petit pont à 3 minutes 25, pour aller vers une sorte de ritournelle pépouze à partir de 4 minutes, se pose comme un signe que le meilleur est à venir. Le meilleur, c’est peut-être à partir de 4 minutes 40, cette reprise du thème initial, allégé musicalement, qui s’embellit d’un retour de tous les instruments du départ pour clore le titre dans un climax d’énergie assez imparable.

Ce titre est assez dantesque en lui-même, et s’inscrit dans une proposition musicale absolument vertigineuse. Lorsqu’on écoute Funeral en totalité, Wake up arrive en 7e position, après une première face d’album qui nous laisse déjà littéralement exsangue : les quatre Neighbourhood entrecoupés de Une année sans lumière (qui a parlé de 2020 ?). Face B, c’est tout aussi puissant avec donc notre Wake up, qui nous prépare au ravageur Rebellion (Lies) à venir. Tout est parfait dans cette galette, et si Wake up est une pépite dans la pépite, c’est qu’il tombe, comme chacun des 10 titres, à l’endroit parfait de l’écoute, en plus d’avoir toutes les qualités émotionnelles et de suggestion évoquées plus haut.

A toi qui est confiné-e dès 18 heures chaque soir et que je vais possiblement rejoindre sous peu par la magie de la conférence de presse gouvernementale du jeudi… A toi qui, comme moi, crève d’envie d’aller faire un ciné ou de boire une bière en écoutant un concert… A toi que je crève d’envie d’emmener pour un verre ou un resto, pour le plaisir de ta compagnie et d’un bon moment partagé sans contrainte… A toi qui, comme moi, regarde ce monde en espérant qu’il se réveille, et se dit que 2020 c’était vraiment une fucking year… A toi qui espère chaque minute que 2021 nous verra revivre et qui répète que le meilleur est à venir… Je t’envoie cette pépite intemporelle qu’est Wake up pour l’écouter et le partager, sentir l’air frais caresser la peau de nos visages et regarder au loin en y voyant enfin quelque chose. Puis, s’approcher du bord de la falaise, surtout sans regarder en bas parce que ce n’est pas là qu’on va. La destination c’est droit devant, en suspension, main dans la main. Parce que sauter de la falaise seul, c’est bien. Ensemble, c’est (évidemment) mieux. Tu sautes avec moi ? Chiche.

Raf Against The Machine

Pépites du moment n°79: Dry Fantasy et Ritchie Sacramento (2020/21)

Des nouvelles aujourd’hui de notre groupe écossais préféré Mogwai qui sortira son dixième albumMogwai studio As The Love Continues le 19 février prochain. On ne présente plus un des plus grands groupes de post-rock du XXème avec des albums mythiques (Come On Die Young en 1999, Mr. Beast en 2006 ou encore Hardcore Will Never Die, But You Will en 2011) et des BO à faire vibrer. Difficile de rester de marbre et de ne pas frissonner d’angoisse en écoutant la bande-son de la série Les Revenants… Depuis fin octobre, deux titres ont été lancés en éclaireurs pour rassurer sur la capacité de Mogwai à toujours produire des ambiances prenantes. Impossible pour moi de choisir entre ces deux plages assez différentes, mais finalement pourquoi choisir? Le premier morceau Dry Fantasy  et son clip tout en graphismes et images de synthèse nous ramène vers les terres habituellement explorées par les Ecossais en dressant un paysage sonore planant où les synthés sont rois. On ne retrouve pas la tension sous-jacente propre à Mogwai mais on se laisse porter par cette mélodie entêtante d’une grande luminosité. Le deuxième morceau Ritchie Sacramento sorti hier est, quant à lui, plus surprenant par sa capacité à placer les voix au coeur du morceau, ce qui est assez inhabituel. On retrouve néanmoins avec délices un post-rock plus affirmé, la batterie et les guitares apportant cette tension qui fait leur charme. Voilà en tout cas deux titres complémentaires qui me font attendre avec impatience ce As The Love Continues au titre prémonitoire, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°67: Into the Galaxy de Midnight Juggernauts (2007)

La musique est une longue chaîne ininterrompue de correspondances… Après avoir chroniqué leMidnight Juggernauts dernier bijou de The Avalanches, le nom profondément enfoui depuis leur troisième et dernier album Uncanny Valley en 2013 des Midnight Juggernauts a retrouvé l’air libre à travers la production d’Andrew Szekeres. Il faut dire que ce groupe australien -et là on comprend que la connection australienne a pleinement fonctionné sur We Will Always Love You – m’a particulièrement marqué avec ses deux premiers opus Dystopia en 2007 et The Crystal Axis en 2010 (chroniqués sur l’ancienne version du blog, dans ce qui paraît être une autre vie, mais bon ceci doit être logiquement le cadet de vos soucis). Au rayon des souvenirs fondateurs trône aussi une très belle performance scénique au Printemps de Bourges, bref je ne résiste pas aujourd’hui à la tentation de nous ramener plus de 13 ans en arrière… Réécouter Dystopia relève presque du parcours du combattant car ce dernier est introuvable sur Spotify ou Deezer, ce qui demeure un mystère pour moi. Heureusement, à Five-Minutes, on a les dieux de Koh-Lanta dans les veines (en plus d’une melonite aiguë qui vient de me faire passer à ce fichu pronom impersonnel) et on a persévéré pour dénicher la perle devenue soudainement rare. Après deux-trois coups de téléphone en Australie financés par le lectorat de Five-Minutes, j’ai pu embarquer sur la navette spatiale menant vers Dystopia. La recette est assez claire pour faire voyager: des synthés omniprésents que je qualifie volontiers de spatiaux, une électro toute en ruptures de rythme et la voix de Vincent Vendetta qui semble avoir beaucoup écouté David Bowie. L’album a particulièrement bien fonctionné, profitant entre autres d’un parrainage marquant  avec Justice, et a raflé de nombreux prix en Australie.

Je ne vous cache pas qu’il m’a été particulièrement ardu de choisir un titre mais il a fallu se rendre à l’évidence et abandonner Shadows entre autres, pour plus facilement savourer Into the Galaxy. Une batterie omniprésente, des synthés intersidéraux et tournant en boucle, le grain rocailleux de Vincent Vendetta, des ruptures rock m’évoquant Poni Hoax, voilà le titre qui donne envie de fuir la Terre. Rarement une dystopie ne m’aura autant donné envie de m’exiler, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°66 : Sphynx (2016) de La Femme

R-9021264-1526724107-2841A peine 2021 débutée et déjà un gros besoin d’évasion, qui ne date finalement pas de ces derniers jours. Heureusement, comme toujours, la musique est là. Du gros son pour se vider la tête, du plus intimiste pour plonger introspectivement en soi-même ou juste se reposer du monde, ou encore du son un peu fifou et psyché-tourbillonnant pour partir loin tout en restant confiné. Sphynx fait partie de cette dernière catégorie, et c’est presque sans prévenir que ce titre s’est invité dans ma tête au cours de la journée. Il ouvre en 2016 Mystère, le deuxième album de La Femme, groupe officiellement créé en 2010. Après un premier album Psycho Tropical Berlin (2013) qui avait enflammé la presse spécialisée (mais pas moi, en effet, je reconnais être totalement passé à côté de ce premier opus pourtant pas dénué de qualités), la formation revient sur le devant de la scène en mars 2016 avec Sphynx, premier single du nouveau LP prévu pour l’automne de la même année. Un second single Où va le monde ? suivra en juin, et me convaincra beaucoup moins. Ce qui ne nous empêchera pas, avec le poto Sylphe, de nous déplacer pour voir le phénomène La Femme sur scène. Si l’on garde une impression un peu confuse de la conclusion du set, l’ouverture (précisément sur Sphynx) et le premier quart d’heure de la prestation nous ont en revanche laissé un certain souvenir (voire un souvenir certain) assez impérissable.

Sphynx est une plongée électro de presque six minutes dans un univers sonore vaporeux et totalement répétitif jusqu’à l’obsession et au vertige. Jusqu’à l’obsession, parce que si vous lancez l’écoute ci-dessous, je vous souhaite bien du courage pour vous défaire dans les heures qui suivent de l’entêtante boucle de synthé qui lance le morceau. La rythmique juste derrière n’y est pas pour rien non plus. Avec Sphynx, le groupe affiche clairement ses influences 80’s en mixant intelligemment cold wave et pop. La voix de Clémence Quélennec, presque venue d’une autre dimension tant elle est aérienne et hypnotique, renforce le côté mystérieux et obsédant du titre. Jusqu’au vertige parce que, précisément, l’obsession contenue dans Sphynx nous plonge dans un état de transe sensuelle qui ferait oublier tout ce qui nous entoure pour nous mener jusqu’à un climax à donner le tournis. Et ce n’est pas le clip, réalisé par Marlon Magnée (un des membres de La Femme), qui va atténuer cette sensation. Difficile d’imaginer, en le visionnant, qu’on est à jeûn. Et pourtant !

Ces derniers mois, La Femme est de retour avec plusieurs singles dont Cool Colorado, en annonce d’un nouvel album à paraître en cette année 2021. Affaire à suivre donc, même si, sur l’ensemble de la production du groupe à ce jour, Sphynx reste pour moi le morceau au-dessus de tous. Il est temps de me taire et de vous laisser découvrir ou réécouter cette magique pépite obsessionnelle.

Raf Against The Machine

Review n°66: We Will Always Love You de The Avalanches (2020)

Afin de conjurer le sort, cette première review de 2021 sera placée sous le signe de l’optimisme avecThe Avalanches 2 l’album remède ultime, le troisième opus des Australiens de The Avalanches We Will Always Love You. Heureusement il n’aura fallu attendre que 4 ans après le second album Wildflower pour avoir des nouvelles de Robbie Chater et Tony Diblasi… En termes de patience, nous avions d’ailleurs déjà beaucoup donné puiqu’il avait fallu attendre 16  ans pour avoir un successeur au bijou inaugural Since I Left You. La pochette de l’album assez angoissante représente le visage d’Ann Druyan, la directrice artistique du Voyager Golden Record, disque destiné aux éventuels êtres extraterrestres afin de leur donner un aperçu sonore de notre Terre. La notion de voyage sonore demeure centrale dans cet album et ce n’est pas un hasard si le producteur Andy Szekeres (moitié de Midnight Juggernauts) est aux commandes tant les sonorités « spatiales » sont sa marque de fabrique. Pour la présentation globale, l’ensemble constitué de 25 titres (mais beaucoup de morceaux extrêmement courts) nous propose plus de 70 minutes de musique avec une multitude de guests, les samples laissant plus leur place aux interprètes, pour ce qui s’apparente à un mix jouissif et hédoniste prenant plaisir à entrecroiser l’électro, la disco, le funk et la pop indie.

Difficile de chroniquer cet album tant il fonctionne comme un mix faussement débridé mais en réalité volontiers homogène. Je vous propose donc plutôt quelques planètes marquantes de cette odyssée musicale spatiale… La planète We Will Always Love You propose une alliance subtile entre une mélodie lumineuse et un son électro lorgnant vers l’urbain à travers la voix de Blood Orange, cette planète toute en clair-obscur contraste avec la lumière aveuglante de The Divine Chord, véritable étoile filante qui célèbre une pop instantanée où la guitare de Johnny Marr et les voix de MGMT nagent dans leur élément. Et que dire du satellite Interstellar qui ne cesse de tourner sur lui-même, porté par le sample obsédant d’Eye In The Sky d’Alan Parsons Project et la voix chaude de Leon Bridges? Un bel instant de poésie spatiale mais nous voilà déjà repartis, nous laissant porter par la poussière d’étoiles de Reflecting Light où la voix de crooner de Sananda Maitreya nous fait fondre de désir quand elle se confronte à la fragilité de Vashti Bunyan

Le voyage spatial se déroule sans accroc et les différents intermèdes donnent du lien à cet enchaînement de paysages variés. Au loin on surprend même une énigme spatiale avec une planète qui danse littéralement Oh The Sunn!, portée par des choeurs extatiques et le funk de Perry Farrell. Cette petite planète enjouée se marie pleinement à l’électro de We Go On, sa ritournelle entêtante et les voix de Cola Boyy et Mick Jones (je vous avais prévenus qu’on croule avec délices sous la multitude de featuring…) On croise un navire allié qui passe à la vitesse de l’éclair, Star Song.IMG, avant de passer dans un tunnel magnétique Until Daylight Comes où l’on perçoit la voix intersidérale et viscérale de Tricky. Nous apercevons au loin trois planètes particulièrement liées: Wherever You Go  et sa structure extrêmement riche où l’on peut croiser Jamie XX à la production, Neneh Cherry et CLPYSO, l’électro/disco de Music Makes Me High qui fait vibrer les parois de notre vaisseau et le bijou Take Care In Your Dreaming, son piano lumineux, son autotune et le rap incisif de Denzel Curry et Sampa The Great qui donne une intensité folle à cette planète tellurique.

Le voyage s’étire et on perd peu à peu conscience du temps qui passe. Les planètes, les sons se percutent, l’électro d’Overcome laisse la place à l’indie-pop de Kurt Vile sur Gold Sky et on se retrouve pris dans un véritable maëlstrom musical. Des flashs nous traversent, le piano d’Always Black et la voix torturée de Pink Siifu, les effluves pop de Running Red Lights où le chanteur de Weezer Rivers Cuomo pose son flow toujours aussi précis, l’électro planante de Born To Lose, tout nous amène vers une chute inéluctable, tant l’attraction terrestre est puissante. Le vaisseau se pose abruptement et on se retrouve sonnés et désemparés, seules les notes de Weightless nous rappellent  que le voyage interstellaire était bien réel… Besoin de fuir notre planète Terre où les brillants pro-Trump s’illustrent encore ce soir par leur vide intersidéral? Il ne vous reste plus qu’à lancer les moteurs de We Will Always Love You, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°65: Frontier Psychiatrist de The Avalanches (2000)

Depuis sa sortie, le 11 décembre dernier, le troisième opus We Will Always Love You des AustraliensThe Avalanches de The Avalanches ne cesse de tourner chez moi tant il me donne le sourire par son vent d’optimisme et son aspect volontiers foutraque. Ce n’est pas un hasard s’il fait partie de mes 20 albums préférés de 2020 et j’ai bien sûr prévu de vous en parler incessamment sous peu (#teasingdefolie). Comme souvent, la sortie d’un nouvel album c’est aussi l’occasion d’aller se replonger dans une discographie et c’est avec grand plaisir que je suis allé réécouter le premier album Since I Left You sorti il y a 20 ans déjà… En une heure et 3500 samples de vinyles, The Avalanches donne ses lettres de noblesse au sampling et crée un mix gargantuesque et jouissif, indétrônable au pays du sample. J’aurais pu très bien choisir le morceau d’ouverture Since I Left You dont la mélodie printanière centrale est particulièrement addictive mais, pour démarrer cette nouvelle année, j’avais envie d’un véritable vent de folie. Dans la catégorie « Folie pure et débauche de samples », le titre Frontier Psychiatrist est un bijou du genre qui s’apparente à une vraie déclaration d’amour pour le son sous toutes ses formes. Le résultat paradoxalement d’une grande homogénéité est percutant à souhait et j’ai très envie de placer l’année 2021 sous le sceau de Frontier Psychiatrist. Le clip qui semble donner accès au rêve le plus fou est juste jouissif et drôle. A vous de plonger dans les méandres de l’inconscient de The Avalanches, enjoy!

 

Sylphe

Top de fin d’année 2020

Voilà une catégorie que l’on alimente bien peu souvent sur Five-Minutes. Et pour cause. Il est néanmoins venu le jour de la dépoussiérer pour regarder une dernière fois dans le rétro. Oui, 2020 s’achève et on ne la regrettera pas. On l’a dit et redit : rarement année aura été aussi minable et à chier, sur à peu près tous les plans. Réussissant même à faire jeu égal avec ma 2015 à titre perso, et la surpassant de très loin si je regarde la globalité des faits, en faisant preuve d’altruisme. Donc 2020 casse-toi, on a hâte de passer à la suivante, même si, à bien y regarder, 2021 pourrait être assez grandiose également, puisque rien ne laisse espérer un twist encourageant dont le destin aurait le secret. Quoiqu’il en soit, s’il y a tout de même quelques bricoles à tirer de 2020, certaines se situent dans nos oreilles. Ça tombe bien, on est sur Five-Minutes et voici donc venu le moment de mettre en avant ce qui m’a accompagné (et bien souvent permis de tenir) dans cette misérable année.

Précision : la plupart des albums/titres évoqués ont fait l’objet d’un article sur le blog, lisible en cliquant dessus lorsqu’ils sont mentionnés. Et après chaque paragraphe, pour respirer, des pépites à écouter. Une rétrospective à parcourir/lire/écouter à votre rythme, comme bon vous semble.

2020 et son podium à 5 marches

De façon classique, je pourrais faire un Top 10 des albums de l’année, mais je préfère que l’on réécoute quelques bouts de galettes qui ont réussi à me toucher au-delà du raisonnable. Une sorte de Top 2020 totalement subjectif, où l’on n’écoutera pas que du 2020 d’ailleurs. En premier lieu (ou sur la première marche si vous préférez), il y a sans grande surprise Woodkid et son deuxième LP S16. Album sublime autant qu’il est sombre et pénétrant, voilà bien un disque qui a secoué ma fin d’année 2020. Quelques mois plus tôt, Woodkid avait déjà marqué l’été, avec Woodkid for Nicolas Ghesquière – Louis Vuitton Works One, soit plusieurs de ses compositions pour les défilés de mode Louis Vuitton. Deux moments musicaux incontournables pour moi, et qui placent cet artiste tout en haut. Woodkid succède donc à Thomas Méreur qui nous avait gratifié en octobre 2019 de son Dyrhólaey. Un album instantanément propulsé « Mon disque de l’année 2019 », mais qui, pour tout dire, a également beaucoup tourné en 2020. Parce qu’il est arrivé fin 2019. Et aussi parce qu’il est exceptionnel.

Juste derrière ces deux artistes, et sorti dans les mêmes moments que le EP Louis Vuitton de Woodkid, le EP Air de Jeanne Added, accompagné de son long et magnifique court métrage, a également bouleversé ma fin de printemps. En 8 titres, dont l’exceptionnel et imparable If you could let me be, voilà un opus de très haute volée qui concentre tout le talent de Jeanne Added, tout en allant un peu plus loin dans l’idée de concept EP. Comme un long morceau d’une trentaine de minutes, construit en plusieurs mouvements. Toujours sur le podium, sans place précise, le retour gagnant de Ben Harper le mois dernier avec Winter is for lovers : un album total instrumental et minimaliste, interprété uniquement sur une lap-steel guitare. Le résultat est inattendu et bluffant, de la part d’un grand musicos qui s’était, à mon goût, montré moins créatif ces dernières années. Autre opus sur le podium, tout aussi inattendu et bluffant : Trésors cachés & Perles rares, proposé par CharlElie Couture. Relecture et réinterprétation de titres anciens un peu oubliés ou restés dans des tiroirs, ce LP arrivé finalement assez vite après Même pas sommeil (2019) confirme, si besoin était, le talent et la créativité du bonhomme. Ainsi que sa capacité à se réinventer sans cesse. Ce qui est bien, finalement, en grande partie ce qu’on attend des artistes.

Ouvre les yeux et écoute

Cette année 2020 a aussi été marquée par des BO de très haute volée, dans des genres différents, qui ont tourné en boucle par chez moi. Blood Machines de Carpenter Brut accompagne le film éponyme de Seth Ickerman. Ce nouvel opus confirme toute la maîtrise synthwave de l’artiste, pour un travail collaboratif qui rend hommage au ciné SF des années 80 et à ses BO tout autant qu’à l’univers cyberpunk. Dans un tout autre style, mais pour rester dans la SF, 2020 aura vu la réédition dans un magnifique coffret 4 LP de l’OST du jeu vidéo NieR: Automata, et de ses préquels NieR Gestalt/Replicant. Sortis respectivement en 2017 et 2010, et donc accompagnés de leurs BO, on ne peut pas dire que ce soit du très neuf. Cependant, la réédition vinyle a été l’occasion pour moi de découvrir toutes ces compositions hallucinantes de Keiichi Okabe, tout comme le confinement du printemps m’a permis de plonger dans Nier: Automata pour découvrir, 3 ans après sa sortie, un jeu qui se place direct dans mon Hall of Fame du JV. Plaisir à venir : le printemps 2021 verra la sortie du remake PS4 de NieR Replicant, histoire de compléter la saga. Côté JV toujours, difficile de ne pas mentionner l’OST de Persona 5, sorti en 2016 au Japon et en 2017 ailleurs, et bénéficiant d’une version Royal depuis 2019 (Japon) et mars 2020 chez nous. Un jeu d’exception qui dégueule la classe à chaque instant, et sa BO n’y est pas pour rien. Enfin, sans m’attarder car j’en ai parlé pas plus tard que la semaine dernière, la BO de l’anime Cowboy Bebop, elle aussi excellente dans son genre, a bien accompagné ces derniers jours de 2020, à la faveur là aussi d’une chouette réédition.

Des rééditions et du plaisir renouvelé

Transition toute trouvée pour revenir, justement, sur quelques rééditions importantes en 2020, notamment sur le support vinyle. Certains diront que ce dernier retrouve ses lettres de noblesse, alors qu’en vrai il ne les a jamais perdues. Number one : PJ Harvey et l’entame de la réédition de sa complète discographie. Les festivités ont débuté mi-2020 avec Dry, et se poursuivent toujours à l’heure actuelle. On attend pour fin janvier Is this desire ? et sa galette de démos. Oui, c’est l’originalité et la beauté de cette campagne de réédition : chaque album solo est accompagné du pressage parallèle des démos de chaque titre. En bref, des ressorties de haute qualité, sur le fond comme sur la forme. Même combat chez Pink Floyd, avec le retour en version augmentée et remixée/remasterisée du live Delicate Sound of Thunder. Une prestation de très haute volée qui se voit magnifiée d’un packaging du plus bel effet, mais surtout d’un son nettoyé et retravaillé pour rééquilibrer l’ensemble et ressusciter les claviers de Rick Wright sans qui Pink Floyd ne serait pas Pink Floyd. Fascinant et indispensable. Tout comme Gainsbourg en public au Palace, republié en septembre dernier en double LP 40 ans après sa première sortie. Un nouveau mixage là encore, qui fait la part belle à l’essence même du son reggae adopté à l’époque par Gainsbourg : basse bien ronde et percussions détachées bien mises en avant, pour accompagner la voix de Gainsbourg qu’on n’a jamais aussi bien entendue pour cette captation.

Les incontournables, hors du temps

Voilà ce qui ressort de mon année musicale 2020, ce qui fait déjà de quoi occuper une bonne poignée d’heures. Toutefois, ce top de l’année serait bien incomplet si je n’évoquais pas des hors temps/hors catégories qui m’ont largement accompagné pendant ces 12 mois. A commencer par Archive, encore et toujours. Le groupe n’en finit pas de me coller à la peau, et ce n’est certainement pas le duo 2019-2020 qui va changer les choses. Pour rappel, les londoniens ont entamé en 2019 la célébration de leurs 25 années d’existence, avec dans l’ordre la sortie d’un méga coffret sobrement intitulé 25, puis une tournée dantesque et toujours sobrement intitulée 25 Tour qui a donné lieu à un album 25 Live offert en ligne. Clôture des festivités en cette fin 2020 avec Versions (août 2020), un album d’auto-relecture de 10 titres, puis Versions: Remixed (novembre 2020), ou 11 titres revisités presque du sol au plafond. Archive toujours donc, tout comme Hubert-Félix Thiéfaine et la totalité de sa discographie. J’avais fait de Petit matin 4.10 heure d’été (2011) un son estival, mais au-delà ce sont tous les titres de HFT qui reviennent régulièrement m’emporter, me porter ou me supporter (au choix du mood).

Et pour quelques pépites de plus…

Question mood justement, la plongée dans les archives de Five-Minutes m’a permis de voir que j’avais chroniqué deux fois, sans m’en apercevoir, Where is my mind ? (1988) de Pixies : une fois en Five Reasons, une autre en Reprise Ça ne trompe pas, puisque c’est un titre qui me hante depuis des années, dans sa version originale comme dans ses multiples reprises, et qui a bien trouvé sa place en 2020. Et puisqu’on en est à des titres récurrents et persistants, je pourrais terminer en citant en vrac Bright lies (2017) de Giant Rooks, Cornerstone (2016) de Benjamin Clementine, Assassine de la nuit (2018) d’Arthur H, Indigo Night (2018) de Tamino ou encore Sprawl II (Moutains beyond moutains) (2010) d’Arcade Fire.

Nous arrivons au bout de cette virée dans mon 2020 musical, en même temps que nous atteignons le bout de l’année. Un peu plus tôt dans la journée, Sylphe a livré un gargantuesque double top 2020 fait de 20 albums et 60 titres. Je vous invite évidemment à y plonger, histoire de passer en 2021 avec du bon son. Avant de laisser 2020, un grand merci à vous tous qui nous lisez régulièrement ou plus épisodiquement, puisque comme l’a expliqué Sylphe, nous avons doublé la fréquentation du blog cette année. Voilà qui fait très chaud au cœur et qui nous incite à poursuivre l’aventure ! Une aventure dans laquelle j’ai plongé voici quelques années à l’invitation de Sylphe, et que je peux bien remercier lui aussi très chaleureusement : si ce monde, qu’il soit de 2020 ou pas, reste supportable et vivable, c’est grâce à quelques potos comme lui et à la musique. Five-Minutes réunit les deux. On vous retrouve en 2021 ?

Pour le plaisir, un dernier son culte tiré d’un album total culte (et ce n’est pas Sylphe qui me contredira) : Christmas in Adventure Parks by Get Well Soon. Ou le nom d’un artiste qu’on aimerait être un bon présage pour la suite.

Raf Against The Machine

Top de fin d’année 2020 Titres et albums

Voilà une nouvelle année écoulée et quelle année… Si je peux me permettre une litote osée, cette année n’était vraiment pas folichonne… Clairement le monde de la musique subit les conséquences désastreuses de cette foutue COVID et le ralentissement des sorties a bien eu lieu ce printemps surtout, compensé par un automne gargantuesque. Paradoxalement, les confinements auraient dû me permettre d’écouter encore plus de musique mais ce ne fut pas le cas, tout du moins j’ai délaissé les nouveautés et préféré écouter des albums refuges qui m’ont bercé de leur douce nostalgie (le sacrosaint « monde d’avant » utilisé à tout bout de champ par les médias). Heureusement que mon pote Raf Against The Machine a gardé la foi et son rythme pour faire vivre ce blog et compenser ma réelle baisse de régime, grâce à lui surtout nous avons doublé la fréquentation de Five-Minutes par rapport à 2019! J’en profite pour remercier nos lecteurs anonymes, réguliers ou ponctuels, qui, je l’espère, ont pu piocher de bons sons ici. Je ne peux que souhaiter que nous continuions à faire progresser la fréquentation du blog car il faut reconnaître que c’est toujours gratifiant de se savoir lus à une époque où les blogzines peinent de plus en plus à attirer et fidéliser. Pour ce faire, même si 2021 ne paraît pas placée sous les meilleurs auspices, je retrouverai avec enthousiasme mon rythme de 2019 avec deux articles par semaine car la musique, même si certains la considérent au même titre que l’art en général comme non-essentielle, est un refuge savoureux et jouissif. Un refuge face à un monde complexe mais aussi quelquefois une manière de fuir le bonheur comme l’affirmait avec une pointe d’ironie Cioran « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur. » A Five-Minutes, nous ne doutons pas du caractère essentiel de la musique!

Pour en revenir au sujet de cet article, même si j’ai moins écouté/chroniqué de nouveautés qu’en 2019, 2020 reste tout de même un très beau cru. Un numéro 1 incontestable en la personne de Terrenoire et sa poésie pleine d’émotions, des retours inattendus (The Strokes, The Avalanches, The Killers), des albums solos pour des artistes issus de groupes adorés (Will Butler, NZCA Lines, EOB), des valeurs sûres (Caribou, Sufjan Stevens), le retour en force de la langue française (Gaël Faye, Octave Noire, Biolay, Grand Corps Malade), de belles nouveautés (Milo Gore, JB Soulard, Georgia, Arandel) et ma tendance à aimer la musique électronique sous toutes ses formes (Les Gordon, Thylacine) donnent une fière allure à ce top 20. Le top 60 des titres devrait vous permettre de découvrir des titres marquants de cette année 2020 qu’on va gentiment mettre de côté afin d’aborder 2021 pleins d’ondes positives.

Top albums 2020:

1. Les forces contraires de TERRENOIRE

2. Generations de Will Butler

3. Lundi méchant de Gaël Faye

4. The New Abnormal de The Strokes

5. Monolithe d’Octave Noire

6. Suddenly de Caribou

7. ALTURA de Les Gordon

8. We Will Always Love You de The Avalanches (chronique à venir)

9. The Ascension de Sufjan Stevens

10. Imploding The Mirage de The Killers

11. Grand Prix de Benjamin Biolay

12. Pure Luxury de NZCA Lines

13. ROADS Vol.2 de Thylacine

14. How Do You Cope While Grieving For The Living de Milo Gore

15. Mesdames de Grand Corps Malade

16. Le Silence et l’eau de Jean-Baptiste Soulard

17. Earth d’EOB

18. There Is No Year d’Algiers

19. Seeking Thrills de Georgia

20. InBach d’Arandel

 

Top titres 2020:

  1. Derrière le soleil de Terrenoire
  2. Seuls et vaincus de Gaël Faye et Mélissa Laveaux
  3. You and I de Caribou
  4. Monolithe humain d’Octave Noire et ARM
  5. L.E.D. de Les Gordon
  6. At The Door de The Strokes
  7. Ca va aller de Terrenoire
  8. The Divine Chord de The Avalanches, MGMT et Johnny Marr
  9. Run Away With Me de Sufjan Stevens
  10. Bethlehem de Will Butler
  11. Mon âme sera vraiment belle pour toi de Terrenoire
  12. We Can’t Be Found d’Algiers
  13. I’m Not Your Dog de Baxter Dury
  14. Jusqu’à mon dernier souffle de Terrenoire
  15. Altura de Les Gordon
  16. Allegri de Thylacine et Gregorio Allegri
  17. Oh The Sunn! de The Avalanches et Perry Farrell
  18. My Own Soul’s Warning de The Killers
  19. Comment est ta peine? de Benjamin Biolay
  20. Sous blister d’Octave Noire
  21. Make Me An Offer I Cannot Refuse de Sufjan Stevens
  22. Pure Luxury de NZCA Lines
  23. Never Come Back de Caribou
  24. ЧЕРНОЕ ЛЕТО de Toxic Avenger
  25. J’ai choisi d’Octave Noire et Dominique A
  26. There Is No Year d’Algiers
  27. Green Eyes de Milo Gore
  28. Lueurs de Gaël Faye
  29. The Adults Are Talking de The Strokes
  30. 24 Hours de Georgia
  31. On de Kelly Lee Owens
  32. Respire de Gaël Faye
  33. We Go On de The Avalanches, Cola Boyy et Mick Jones
  34. Not Gonna Die de Will Butler
  35. Shangri-La d’EOB
  36. Mais je t’aime de Grand Corps Malade et Camille Lellouche
  37. Alda de Thylacine
  38. Honey Dripping Sky de Georgia
  39. Parade de Les Gordon
  40. Interstellar Love de The Avalanches et Leon Bridges
  41. Los Angeles d’Octave Noire
  42. Comme une voiture volée de Benjamin Biolay
  43. My God de The Killers, Weyes Blood et Lucius
  44. Prisoner of Love de NZCA Lines
  45. Never Let You Go de Georgia
  46. Fall Please de Tricky et Marta
  47. La fin du monde de Terrenoire et Barbara Pravi
  48. Le désert de Sonora de Chapelier Fou
  49. Brasil d’EOB
  50. Chemins de traverse de Grand Corps Malade, Julie et Camille Berthollet
  51. Isba de Jean-Baptiste Soulard et Blick Bassy
  52. Ces mains-là d’Arandel et Areski
  53. Fine de Will Butler
  54. Rent Boy de Toxic Avenger et Jay-Jay Johanson
  55. C’est cool de Gaël Faye
  56. Une soeur de Grand Corps Malade et Véronique Sanson
  57. Jade de Milo Gore
  58. Truth Nugget d’Helena Deland
  59. New Jade de Caribou
  60. On Your Side de The Innocence Mission

Bon réveillon à toutes et à tous, on se retrouve en 2021, enjoy!

Sylphe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Five Titles n°17 : Cowboy Bebop (1998/2020) de Seatbelts

CBA l’heure où à peu près tout le monde récapitule 2020 et son flot de tops et de flops (y compris le poto Sylphe qui bosse dur sur la question), arrêtons nous sur un album en particulier avant de sacrifier à cette grande tradition rétrospective. Notre galette du jour est une double, comme dans les bonnes crêperies, avec dedans tous les ingrédients nécessaires à un excellent moment pour vos oreilles. La bande originale de Cowboy Bebop fait partie de ces soundtracks dont je pense le plus grand bien. Si vous traînez par ici régulièrement, vous connaissez ma position sur la question : lorsqu’une BO peut s’écouter et s’apprécier isolément de l’œuvre qu’elle accompagne, c’est qu’elle a gagné la partie et qu’elle devient alors une œuvre à part entière. Plus encore : lorsque cette même BO réussit à elle seule à convoquer des images mentales et des souvenirs du film, de la série ou du jeu vidéo qu’elle renforce, on touche alors au sublime. C’est le cas de bon nombre de BO, et celle de Cowboy Bebop en fait assurément partie.

Avant de plonger dans ladite BO, resituons : Cowboy Bebop, kézako ? Une série TV animée japonaise sortie en 1998, pilotée par Schin’ichiro Watanabe (réalisation) et Keiko Nobumoto (scénario). Au long des 26 épisodes, on suit les aventures de plusieurs chasseurs de primes, appelés les cowboys, dans un futur plutôt proche puisque l’histoire se place en 2071. L’intelligence de la série consiste en un savant mélange de quêtes isolées et d’arcs narratifs plus larges qui permettent de suivre le parcours des personnages principaux. Spike Spiegel est le premier d’entre eux : un ancien membre d’une organisation criminelle qui fuit son passé tout en recherchant la femme qu’il y a aimé. Il y a à la fois du Edgar (le détective cambrioleur) et du Cobra dans ce personnage plus profond qu’il n’en a l’air au départ. Spike voyage à bord du Bebop, le vaisseau de Jet Black, autre chasseur de primes de l’équipe. Cette dernière est complétée de Faye Valentine et Edward, respectivement une joueuse endettée et amnésique et une jeune hacker surdouée. Autant dire que la galerie est déjà très cool, et ce ne sont pas les personnages secondaires qui me feront mentir.

Au-delà de ses protagonistes hauts en couleurs et en sentiments, Cowboy Bebop est une grande série. Les situations tour à tour comiques, émouvantes, inquiétantes s’enchainent pour donner finalement une longue histoire qui sait mélanger divertissement et réflexions, autant sur le monde actuel que sur nos parcours de vie. La série nous balade dans un mix de futur et de monde actuel. Si les environnements urbains ressemblent à ceux que l’on connait de nos jours, ils prennent place sur Mars ou Venus. La Terre, en comparaison, n’est que peu évoquée. On en retient surtout que les Terriens se sont installés ailleurs et y reproduisent leurs erreurs, comme dans les meilleurs récits de SF.

Autre force de Cowboy Bebop : ses références à n’en plus pouvoir au cinéma de SF, mais pas que. Rien que le générique est une perle avec ses ombres et son écran splitté. En quelque sorte, un savant mélange de James Bond et de L’affaire Thomas Crown, soit la garantie d’une classe immédiate. Ce sont ensuite plusieurs gros morceaux du ciné qui sont référencés plus ou moins explicitement. Citons simplement Akira, Blade Runner (avec un personnage nommé Deckard), 2001 : L’odyssée de l’espace, Alien (épisode à hurler… de rire) ou encore Django avec ce perso de passage en ville qui traîne sa camelote dans son cercueil. Ce ne sont là que quelques exemples, mais pour qui aime le ciné, il y a de quoi se régaler à chaque épisode.

Enfin, et c’est bien l’objet premier du jour, la BO tout simplement démentielle. Composée par Yoko Kanno et son groupe Seatbelts, elle mélange jazz, blues, rock et quelques autres petites surprises, que nous allons tenter de balayer en cinq titres représentatifs.

  1. Impossible de ne pas commencer par Tank!, le son du générique, qui envoie un bon gros jazz swing Big Band. Le morceau fait la part belle aux cuivres et saxos, avec au milieu un bon chorus de saxophone justement. Ce titre là balancé avec le générique visuel dont on a parlé plus haut, c’est de la pure énergie et ça donne le ton de l’univers à la fois groovy et rock dont la série est imbibée. Cette même énergie revient fréquemment dans d’autres titres comme Bad dog no biscuits, qui s’ouvre sur un free jazz puissant pour se poursuivre sur un ska total foutraque. Ou encore Rush qui sonne plutôt comme un morceau perdu de Bullitt que Lalo Schifrin aurait ressorti d’un tiroir.
  2. La BO sait aussi se faire plus intimiste, avec par exemple un Spokey Dokey qui regroupe uniquement une guitare folk et un harmonica pour un blues lent. Ce genre d’ambiance reviendra plusieurs fois, sous des formes différentes. Cosmos est une petite pépite avec sa trompette bouchée qui pose direct une ambiance de film noir à détectives des années 30/40. Quant à la Waltz for Zizi, c’est juste une merveille de composition avec une valse (sans surprise) interprétée à la guitare folk. Enfin, en dernier exemple, citons Diamonds, un des rare titre chanté, qui pose une ambiance de James Bond romantique. Diamonds are forever.
  3. La série sait aussi se faire plus légère et très décalée par certains moments. En témoigne The Egg and I, constitué de percussions, de guitare slide et d’un gimmick mélodique joué haut perché à la flûte. Le genre de titre qui transporte immédiatement dans un autre univers et qui, surtout, devrait bien vous rester en tête pendant des heures, même en ne l’ayant écouté que quelques minutes. Bon courage pour vous en défaire (mais puisque le son est bon, on ne va pas se plaindre).
  4. Autre parenthèse un peu inattendue, avec Pot city, qui est très marqué années 80 et crée un climat sans réelle mélodie. La basse et la guitare dialoguent dans des sonorités étranges et psychédéliques, soutenues par une batterie arythmique qui contribue à l’étrangeté du moment. Tout ceci ponctué de mini-phrases de trompette. C’est possiblement le morceau le moins facilement abordable de cette BO, mais qui a néanmoins toute sa place dans ce qu’elle apporte de palette de couleurs musicales indispensables à la série.
  5. Enfin, les sept minutes de Space lion apportent la touche émotion à cet ensemble. Ouverture par un long solo de saxophone, auquel viennent s’ajouter des nappes de synthés, des percussions douces et des chœurs de toute beauté : voilà un morceau qui dénote dans cet ensemble jazz mais qui s’intègre naturellement à ce que Cowboy Bebop nous raconte, visuellement comme musicalement.

Cette géniale BO de Cowboy Bebop ne m’a pas attendue pour se révéler. Dès 2006, IGN a élu la série comme l’anime ayant la meilleure bande son de tous les temps. Je ne peux que souscrire, et vous invite (si ce n’est déjà fait) à binge-watcher les 26 épisodes (20 minutes chacun, ça passe crème) avec le son bien réglé pour profiter de chaque pépite musicale. Dernier point : si vous n’avez pas la série sous la main, la BO, vous l’aurez compris, se suffit à elle-même. Coup de bol, elle est disponible sur les plateformes de streaming mais aussi en réédition double vinyle couleurs de toute beauté. La pochette est splendide et invite, bien entendu, à sortir la galette et à la poser sur votre platine. Le temps pour moi de replonger dans les chroniques 2020 pour en sortir l’album de l’année. Cependant, si vous Five-minutez régulièrement, vous pouvez déjà deviner le podium qui s’annonce. Vérification très bientôt !

Impossible pour moi de clore ce papier BO sans un clin d’œil vers la rédaction de Gamekult, qui voit partir aujourd’hui 24 décembre un de ses plus brillants membres : Gauthier Andres aka Gautoz quitte la boutique après 6 années à nous régaler de ses talents et d’innombrables découvertes BO de jeux vidéo. L’homme qui écoute les JV au moins autant qu’il y joue m’aura baladé dans des univers insoupçonnés et incroyables. Rien que pour ça (mais aussi pour le reste du boulot accompli), merci et bonne continuation.

Raf Against The Machine