Review n°38 : Dyrhólaey (2019) de Thomas Méreur

Nous y sommes : presque un an jour pour jour après une pépite/preview publiée ici même, Thomas Méreur sort demain 18 octobre son premier album, sobrement intitulé Dyrhólaey. Projet personnel, invitation au voyage et réflexion introspective, découvrons ensemble ce magnifique album, en compagnie de Thomas qui s’est prêté au jeu de l’interview.

DyrholaeyN’y allons pas par quatre chemins : Dyrhólaey est une pépite absolue. Le choix musical est minimaliste, autour de compositions piano-voix (à l’exception de 3 titres piano solo sur lesquels nous reviendrons) parfois soutenues par quelques touches de Prophet V. D’aucuns pourraient y voir une recette éprouvée. Il n’en est rien. Cette formule faite d’un son naturel, brut et dépouillé fonctionne à merveille. Dès les premières notes d’Apex, titre d’ouverture, la magie opère. C’est à la fois une envolée vers des terres lointaines et un voyage introspectif en nous-mêmes. Le genre de son qu’on s’imagine écouter tout autant les yeux grands fermés dans de grands espaces qu’au coin du feu en solitaire.

Pour les grands espaces, ça tombe bien. Dyrhólaey est aussi le nom d’une petite péninsule sur la côte sud de l’Islande. Et ce titre n’est pas un hasard, comme l’explique Thomas :  « L’Islande, c’est un pays que je fantasme depuis que j’ai découvert Ágætis Byrjun de Sigur Rós fin 2000. Cet album, puis ( ), ça a eu un tel effet sur ma vie qu’il fallait que je comprenne comment on pouvait réussir à créer une musique pareille. Et puis, j’ai découvert Amiina, Múm, Emiliana Torrini, Ólafur Arnalds. Ils ont rejoint Björk, dont je considère Homogenic et Vespertine comme de petits chefs-d’œuvre. Tous ces artistes ont vraiment façonné une image d’un pays assez fantastique. J’y suis finalement allé pour la première fois en mars 2018, en plein pendant la composition de l’album. Ça a bien sûr eu une influence considérable dessus et lui donner un nom islandais, c’était pour moi complètement logique. »

Entre Islande, mélancolie et nature

Un album très marqué par l’Islande donc, identité dont on ne va pas se plaindre, loin de là. Les onze titres oscillent sans arrêt entre voyage et mélancolie, dans une ambiance aérienne et atmosphérique. En y plongeant, je m’y suis senti très seul, mais également très entouré et enveloppé. « Ce sentiment, à la limite de l’oxymore, de solitude réconfortante, précise Thomas, c’est ce que j’ai vécu quand j’étais en Islande. Tu te sens parfois complètement seul au monde, minuscule face à des paysages à couper le souffle où on ressent la puissance de tous les éléments, et en même temps, il s’en dégage une telle beauté que tu te sens vraiment bien. J’ai essayé de retranscrire ces sensations dans mes chansons. Parfois, pendant que je chantais ou que je composais les parties piano, je fermais les yeux et j’essayais de me projeter là-bas. Les textes évoquent aussi beaucoup ces paysages et ces sensations : From the Cliff ou For Centuries, par exemple. »

Autre élément omniprésent de ce LP au travers des images que créent les différents titres,  la nature, « quelque chose qui est devenu vital pour moi. J’ai quitté Paris il y a trois ans pour aller vivre dans une petite ville de province au milieu d’un grand jardin. Ce nouveau cadre de vie a aussi joué un rôle dans mon retour à la musique et à la composition. Ça fait vraiment partie de mon équilibre personnel à présent, et de mes préoccupations aussi, évidemment. » Un lien avec la nature qui se voit aussi dans le splendide cliché de la pochette du disque. Fermez les yeux et écoutez Light, comme une lumière musicale tamisée d’un jour qui ne finit jamais ou pourrait s’éteindre définitivement sur les paysages islandais.

Dyrhólaey c’est donc tout ça à la fois : voyage, mélancolie, nature. Apex, premier morceau, est la porte d’entrée du périple. Très aérien, des images mentales de grands espaces, une sensation de paix incroyable. Puis une variation se fait corps pour laisser la place à une légère mélancolie. The road that leads to our house pose quant à lui une ambiance plus triste, où la voix est par ailleurs plus explorée et exploitée. Une voix quasi-elfique, qui rappelle les chants entendus dans Le Seigneur des Anneaux, au cœur de la Lothlórien. Un peu plus loin, Mermaids sera cristallin et aquatique. Les notes de piano ne sont plus que gouttes d’eau, pour un titre hautement cinématographique qui rappelle les compositions de Niklas Paschburg ou Max Richter.

Une musique cinématographique et visuelle

Max Richter, musique cinématographique : il n’en faut pas plus pour évoquer A cold day in May, à mon sens le joyau absolu de cet album. Un titre piano solo bouleversant qui m’a instantanément fait penser à la série The Leftovers. Avec cette impression de voir partir quelqu’un, avec cette sensation de déchirement et de disparition, dans un bain de larmes impossibles à contenir. Avec l’incertitude de la revoir et l’espoir de la retrouver. Pour peut-être s’en aller ensemble arpenter l’Islande, histoire de concrétiser un projet inabouti. Regards introspectifs sur nos existences. Et mémoire persistante des absents.

La perte d’un être cher est d’ailleurs, avec l’Islande, l’autre thème avoué de l’album. The Leftovers (série précisément sur la perte des êtres chers), et les séries, une source d’inspiration ? « Je suis un très gros consommateur de séries. Pourtant, reconnaît Thomas, je ne reviens pas trop vers les musiques que je peux y entendre. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. Peut-être que les musiques qui sortent du lot dans ces cas-là sont tellement bien écrites qu’elles collent trop aux images qu’elles accompagnent et que je n’ai plus trop de place pour m’y projeter et me les approprier du coup. »

Outre A cold day in May, deux autres titres piano solo ponctuent l’album. Trois respirations où « le piano se suffit à lui-même et la voix n’a pas sa place. Dans le cadre de l’album, laisser des parenthèses purement musicales avait du sens et permettait de créer des atmosphères un peu différentes qui ponctuaient bien l’ensemble. » Trois titres hantés par Erik Satie. Une influence clairement revendiquée par le musicien, parmi bien d’autres, à commencer par Sigur Rós et Radiohead. « C’est un groupe que j’écoute et adule depuis 25 ans, donc il ressort sans doute forcément d’une manière ou d’une autre dans ma musique. Pareil pour Sigur Rós, poursuit Thomas. Pour ce projet précis, je crois que Fiona Apple doit avoir une petite responsabilité aussi. Son Pale September, par exemple, est pour moi un modèle de poésie et de délicatesse. J’ai aussi beaucoup pensé à Yann Tiersen, et à L’Océan de Dominique A, où des paysages marins prennent vie par la musique. »

Nous aussi on a pensé à Tiersen et à son album EUSA (Ouessant en Breton). Du Radiohead, on en a trouvé dans Climb a moutain, et on a aussi entendu des traces de RY X dans la façon de poser la voix tout au long de Dyrhólaey. Le travail global autour de la voix est d’ailleurs bien plus subtil et complexe que ce qu’une écoute distraite laisserait penser, comme l’indique Thomas : « J’ai fait un gros travail sur les voix, en les superposant et les entremêlant, pour créer des polyphonies qui donnent vraiment du relief à la musique. Certaines chansons sont même composées comme de véritables duos. » On valide. C’est poignant et renversant, ça fonctionne parfaitement et fait de Dyrhólaey un album minutieusement concocté et immédiatement efficace.

Aux origines du projet

Dyrhólaey sera donc disponible demain, en version physique (vinyle, CD) et numérique. Cette petite merveille a été composée entre janvier et mai 2018, mais les racines sont bien plus anciennes, comme l’explique son créateur : « Ça a été vraiment vite, quasi naturellement et avec une évidence presque incompréhensible. C’est pour ça que je pense qu’il murissait au fond de moi dans un recoin caché depuis bien plus longtemps ! Plus j’y pense, et plus je me dis qu’il est inconsciemment en projet depuis toujours. »

Thomas écrit seul, au piano, en laissant « [ses] doigts se promener dessus et généralement il y a des notes, des accords, des sons qui finissent par provoquer quelque chose. Alors je rejoue ça un peu, je le triture et rapidement je pose une voix par-dessus et ça prend doucement vie. Je chantonne d’abord souvent des mots anglais qui sonnent bien et, très souvent, ces mots qui sont venus spontanément sont les bases des textes que j’écris ensuite. »

Cette vie en/de musique ne date pas d’hier. Thomas a fait ses premiers pas pianistiques à 8 ans « dans une école de musique très vieux jeu et coincée qui a fini par me dégoûter de tout ça, avec un enseignement ultra théorique du solfège (où je ne comprenais rien) et des choix musicaux d’un autre temps qui m’ennuyaient profondément. » La messe est dite. Ce n’est que plus tard, vers 16 ans, qu’il découvre la guitare en autodidacte. Exeunt, un groupe « influencé par Radiohead, Sigur Rós, Mogwai et Muse » voit le jour dans les années fac, avec deux EP et pas mal de concerts. Les vies d’adultes et professionnelles ont pris le dessus, et malgré « un projet solo electro-folk entre Syd Matters et Ben Christophers », Thomas n’est revenu sérieusement à la musique que depuis trois ans.

Au fil de ces années, des influences à la pelle depuis le jazz d’Erik Truffaz au rock psyché de King Gizzard & the Lizard Wizard, en passant par Neil Young, Syd Matters, Pink Floyd, Ben Christophers, Tame Impala, Foals, Sinkane, Siobhan Wilson« Il y a quand même une prédominance de musiques un peu mélancoliques ou planantes, mais je viens du rock à la base, donc j’aime bien quand ça secoue un peu. » Quand ça secoue et quand ça rassemble moult tendances, comme le OK Computer de Radiohead, qui serait l’album unique que Thomas conserverait, s’il devait (à contrecœur !) n’en choisir qu’un, car « c‘est un album essentiel. Il m’a porté, inspiré, aidé, bouleversé. Il y a tout dedans. Donc je sais que je ne pourrai jamais m’en lasser. » 

Et ces jours-ci, qu’est-ce qui tourne sur la platine par chez toi ? « J’écoute beaucoup l’artiste suisse Manon dont l’album sort une petite semaine après le mien et qui promet d’être magnifique (on y retrouve un peu d’Islande aussi, d’ailleurs). Sinon, le nouveau Angel Olsen est sorti, il s’appelle All Mirrors et il tourne en boucle ! Ainsi que l’album de Lucy Kruger & The Lost Boys« . Bref. Une palette d’expériences et d’influences qui font aujourd’hui de Thomas Méreur un musicien riche, généreux et pleins de projets.

Et après Dyrhólaey ?

L’enfant Dyrhólaey est désormais prêt à vivre son existence d’album bouclé et, vous l’aurez compris, je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus. C’est un putain d’album bourré de sensations et d’émotions, de légers et sereins sourires aux lèvres et de poils qui se dressent. Il y a aussi plein de lumière comme dans Moving on, le titre de clôture qui ferme la galette dans un moment de grâce, et aussi parfois des larmes incontrôlables quand A cold day in May vous attrapera.

Et après, il se passe quoi pour Thomas Méreur ? On lui connaît un projet électro, qui reste à ce jour une détente « pour [s]’amuser, même si j’y prends de plus en plus goût. J’ai dans un coin de la tête l’envie de mettre un jour en musique un jeu vidéo, mais on verra si l’opportunité se présente un jour. » On l’espère et on lui souhaite ! Mais surtout, Dyrhólaey devrait avoir une suite. « Je vais bientôt m’atteler aux finitions d’une suite à Dyrhólaey, confie Thomas, qui est déjà presque entièrement composée. Les premiers retours sur l’album sont tellement positifs que ça me motive vraiment à prolonger l’aventure. » Que voilà une bonne nouvelle pour nos oreilles.

Dernière question qui me brûle les lèvres… Entendra-t-on un prochain jour ces pépites sonores sur scène ? « Malheureusement, pour l’instant non. C’est un peu compliqué pour un tas de raisons. Je pense notamment que ça ne pourrait plus être un projet solo. J’aurais vraiment besoin de quelqu’un avec moi, en particulier pour essayer de retranscrire tout le travail sur les voix qui est vraiment essentiel sur beaucoup de morceaux. Vu la tessiture, il faudrait sans doute une femme, si possible pianiste… Mais c’est vrai que remonter sur scène, ce serait pour moi un rêve. » J’aurais bien une suggestion côté femme pianiste et chanteuse, mais je garde pour moi. Les fidèles de Five-Minutes devraient savoir !

Pour le moment, l’heure est à la découverte de Dyrhólaey. Sans aucune réserve. Parce que des albums touchants comme ça, il n’en tombe pas tous les jours. Parce que c’est un premier opus de très haute volée, une virée frissonnante et aussi un beau projet qui aboutit. Parce que Dyrhólaey est à ce jour le meilleur moyen d’espérer et de rêver pour ceux qui restent. Et tout simplement parce que c’est une musique qui fait du bien et qui propose un voyage total dont vous reviendrez changés à jamais.

Album disponible ici : https://preservedsound.bandcamp.com/album/dyrholaey

Merci infiniment à Thomas pour sa disponibilité

 

Raf Against The Machine

Clip du jour n°13 : Apex (2019) de Thomas Méreur by FKY

Si toutefois je ne vous avais pas suffisamment donné l’info, sachez que nous sommes à J-8 de la sortie du nouveau Foals (pépite single à relire ici), de Still Life de Maud Geffray (autre pépite à relire par là), ainsi que du premier album Dyrhólaey de Thomas Méreur. Et c’est précisément de ce dernier dont on va écouter quelques notes et regarder des images.

En préambule à l’arrivée de Dyrhólaey, nous avons pu découvrir cette semaine, via les réseaux sociaux, le clip qui accompagne Apex, titre d’ouverture de la galette. Thomas Méreur nous fait partager ces 4 minutes d’apesanteur, histoire de patienter et d’avoir un avant-goût de l’ensemble. Le titre Apex, que l’on avait déjà pu découvrir il y a quelques mois, est ici rehaussé et embelli par une bien belle mise en images.

Aux commandes de ce noir et blanc méchamment maîtrisé, on trouve FKY, qui se présente lui-même comme « Filmmaker / Editor / Graphic designer » sur son compte Instagram. Je vous conseille ardemment d’y faire un tour (@fky_pictures). Il y a de bien belles choses : qu’il s’agisse de photos de paysages ou incluant des personnes, je suis frappé par l’énorme travail sur les lumières. Les prises de vue sont saisissantes de clair-obscur et d’émotions.

C’est exactement ce que l’on retrouve dans ce clip concocté pour Thomas Méreur : sur un titre atmosphérique, FKY a posé des images très esthétiques, avec une recherche sur la symétrie. Ce qui nous entraîne tantôt dans des visions de voyage, tantôt dans des projections à la Rorschach comme autant de plongées introspectives au plus profond de nous. Une autre forme de voyage en quelque sorte.

Il est temps pour moi de me taire et de vous laisser apprécier ce bel objet sonore et visuel, d’autant que la livraison de la semaine prochaine devrait être assez bavarde. D’ici là, plongez, écoutez, savourez. Fermez les yeux… ou plutôt non, gardez les grands ouverts pour découvrir ce Apex version clip.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°49: All Mirrors d’Angel Olsen (2019)

Voilà une sublime découverte à classer dans ces personnalités féminines à l’aura et auAngel Olsen talent resplendissant que sont Karen O ou encore St. Vincent… Je dois reconnaître qu’avant ce très beau quatrième album All Mirrors je n’avais pas eu la chance de croiser la route d’Angel Olsen, que ce soit sur ses albums solo ou ses collaborations avec le très recommandable Bonnie « Prince » Billy. Fort heureusement, ce All Mirrors illumine depuis trois jours mes oreilles et je viens de signer un vrai CDI avec cette artiste dont je vais m’empresser d’aller écouter avidement la discographie.

Afin de vous persuader d’aller écouter ce bel opus, je partage avec plaisir le titre éponyme qui brille par l’intensité émotionnelle de son chant et la justesse de son orchestration entre synthés et cordes. Trois jours que je me surprends à fredonner ce titre dont la mélodie est imparable. Pour moi, un véritable chef d’oeuvre… Enjoy!

Sylphe

Review n°37: Metronomy Forever de Metronomy (2019)

En pleine période caniculaire fin juin, nous avions parlé sur Five-Minutes (voir ici) desMetronomy deux premiers singles Lately et Salted Caramel Ice Cream du cinquième opus de Metronomy, nommé avec une modestie certaine Metronomy Forever, deux titres qui brouillaient les pistes quant à la substantifique moëlle de l’album. Alors qu’en est-il? Retour aux sources électroniques de Nights Out? au groove sensuel du bijou English Riviera? ou prolongement des deux derniers albums Love Letters et Summer 08 qui proposent une pop plus immédiate et, à mon goût, un peu trop lisse?

D’emblée, on constate que la bande formée autour de la tête pensante Joseph Mount nous a concocté un programme d’une grande densité avec pas moins de 17 titres et 54 minutes de musique. Dans la setlist on retrouvera quelques intermèdes instrumentaux (Wedding, Driving, Forever Is A Long Time et Insecure) qui, on ne va pas se mentir, ne sont pas d’un grand intérêt pour l’album. Forever Is A Long Time aura même la fâcheuse tendance à faire retomber quelque peu le soufflé après le duo percutant Lately/ Lying Low. Bon, il faut reconnaître que j’attaque cet album par un angle très réducteur car le reste est digne du plus grand intérêt et démontre que, 15 ans après leurs débuts, le groupe est toujours animé par un appétit gargantuesque de sons.

Les premières écoutes peuvent s’avérer un peu destabilisantes car il est difficile de percevoir l’unité de l’album. Cependant, une fois le postulat de l’hétérogénéité accepté, l’écoute se révèle plaisante et nous offre de beaux moments. La pop trop lisse des deux derniers albums est remisée au placard et je ne vais pas m’en plaindre. La pop légère d’inspiration très eighties où les synthés sont à l’honneur garde cependant une place non négligeable dans l’album avec le single Salted Caramel Ice Cream qui aura la possibilité de déclencher une crise d’hyperglycémie à certains et la pop plus chaotique de Sex Emoji dont le refrain assume pleinement le côté sucré.

A côté de cette tendance pop, on retrouve le groove hédoniste cher à English Riviera. Des lignes de basse qui concourent à accentuer le réchauffement climatique apportent un groove séduisant, le duo Whitsand Bay et The Light (qui aurait pu avoir pleinement sa place dans la setlist de English Riviera) devrait vous faire frissonner de désir… Si vous ajoutez à ce groove une surprenante envie d’un rock plus incisif et direct, vous obtenez un son qui rappelle l’excellent groupe TV on the Radio et là ça frappe juste. Insecurity et Lately vous apporteront sans problème ce petit supplément d’âme électrique qui réchauffe les coeurs et les corps.

En parlant de réchauffer les corps, j’apprécie tout particulièrement ce retour aux origines électroniques du groupe (franchement je vous conseille d’aller réécouter Nights Out qui a été réédité en début d’année avec des titres inédits pour fêter ses 10 ans) et cette volonté d’aller taquiner les dance-floors. Le minimalisme de Lying Low est surprenant et addictif dans une version électro/techno savoureuse, Miracle Rooftop nous donne une belle leçon d’électronica hypnotique.

Pour compléter le tableau très riche de cet album, la fin devrait vous surprendre car clairement ça part dans tous les sens. Entre la guitare mélancolique de Upset My Girlfriend, Wedding Bells et ses sonorités plus âpres qui copulent avec les synthés et la douceur ingénue de Lately (Going Spare), les repères se brisent. Voilà finalement ce qui  me séduit dans ce Metronomy Forever, qui s’apparente à une playlist de haut vol qui résume les nombreuses inspirations du groupe et révèle le plaisir intact de partager, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°48 : Still Life (2019) de Maud Geffray with Lavinia Meijer

pan064_poster-800x800Le 18 octobre de cette année sera à marquer d’une énorme croix rouge, ou de tout ce que vous voudrez pour le rendre inoubliable. Nos oreilles auront droit au Dyrhólaey de Thomas Méreur et au Everything not saved will be lost Part. 2 de Foals. Nos petites mains et nos cerveaux de crétins digitaux (n’est-ce pas Michel Desmurget ^^?) auront droit sur consoles au génial Return of the Obra Dinn. Mais ce n’est pas tout !

Une autre galette plus que prometteuse pointe le bout de son nez, avec Still Life de Maud Geffray. On connaît déjà cette dernière pour ses deux albums solos 1994 (2015) et Polaar (2017), ainsi que pour la BO du film Southern Belle (2018) . On connaît aussi Maud Geffray pour être la moitié de Scratch Massive, aux côtés de Sébastien Chenut. Scratch Massive, c’est de l’électro/synthwave/synthpop qui fait plutôt du bien aux oreilles depuis Enemy & Lovers (2003), leur premier album studio, auquel ont succédé plusieurs autres opus de qualité.

En 2015, Maud Geffray choisit de s’amuser parallèlement à Scratch Massive avec des projets solos. 1994 (publié en 2015, vous suivez 😉 ?) est la bande-son d’un film tourné pendant une rave en 1994 sur une plage bretonne. Deux ans plus tard, Polaar propose une expérience à l’occasion d’une résidence hivernale dans le nord de la Finlande. Maud Geffray s’inspire alors de la vie des habitants plongés dans le noir, dans un coin du monde où le soleil se montre alors à peine 2 heures par jour.

Nous voilà donc deux ans plus tard, de nouveau, avec cette proposition Still Life, sous-titrée A tribute to Philip Glass. Voilà un bien bon choix qu’on ne peut qu’approuver. Philip Glass, chef de file de la musique contemporaine minimaliste et répétitive, c’est déjà très beau et ça fait un bien fou. Revisité par Maud Geffray, c’est tout simplement superbe et envoûtant. Elle fait le choix de mélanger instruments classiques et musique électronique, ainsi que gazouillis d’oiseaux et autres sons naturels, pour un titre parfaitement équilibré qui plonge instantanément dans un voyage vaporeux et plein de bon air à respirer.

Côté instruments classiques, Maud Geffray s’est adjoint, pour cet opus, les services de Lavinia Meijer, harpiste néerlandaise qui apporte à Still Life une note cristalline et aérienne, comme une sorte de cerise sur un fin gâteau déjà excellent. En résumé, vous l’aurez compris, ce premier extrait Still Life est d’une beauté à tomber, ce qui laisse imaginer un album assez renversant avec les sept autres titres à venir. C’est prévu pour le 18 octobre (soit dans 15 jours). Je suggère de se procurer rapidement cette belle galette. Et si vous avez déjà précommandé Dyrhólaey, le Foals et Return of the Obra Dinn, et que les finances sont à sec… Soit vous vous foutez de ce que dira votre banquier et vous foncez. Soit vous vous montrez raisonnable, et ce sera un achat incontournable en novembre.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°47: One One de Velvet Negroni (2019)

Petite plongée aujourd’hui dans un genre musical qui ne fait pas forcément partie deVelvet Negroni mes favoris avec le R&B afin de découvrir Jeremy Nutzman alias Velvet Negroni. Ce dernier a connu des débuts plus que difficiles et peut bénir Justin Vernon, le leader de Bon Iver, qui est tombé sous le charme de sa première mixtape T.C.O.D. il y a deux ans. Depuis, tout s’est accéléré et Velvet Negroni a eu la chance de signer sur un très grand label de … rock 4AD qui m’évoque de très nombreux artistes dignes d’admiration ( Pixies, Cocteau Twins, Beirut, TV on the Radio, The National et j’en passe). Pour le coup, ce choix de label démontre bien qu’il serait réducteur d’affilier Velvet Negroni au R&B et je vous conseille fortement d’aller découvrir ce surprenant Neon Brown. En guise d’amuse-bouche (#expressionbienpourrie), je vous propose ce One One qui en deux deux (#balancetonjeudemotpourri) a su satisfaire pleinement mes esgourdes. Une petite ritournelle à la guitare, une voix chaude et bien posée, la tentation électronique jamais bien loin comme un James Blake sorti de son costume un peu trop propret, la recette fonctionne à merveille et donne envie de se siroter du Velvet Negroni sans modération, enjoy!

Sylphe

Review n°36: The Big Picture de Last Train (2019)

Alerte enlèvement! Je répète, alerte enlèvement! Voilà bientôt deux semaines que j’aiLast Train perdu tout libre-arbitre et que, tous les jours, The Big Picture de Last Train vient insidieusement se placer sur ma platine…Voilà incontestablement pour moi l’album rock de l’année 2019! (#pasdeplacepourlesuspense)

Je ne connaissais pas les petits français originaires de l’Est de Last Train et malheureusement mes oreilles n’avaient pas croisé leur chemin jusqu’alors jalonné de deux EP The Holy Family (2015) et Fragile (2016) et d’un premier album en 2017 Weathering. Il n’en sera pas de même avec ce The Big Picture que je vais user jusqu’à la corde et qui, je l’espère, sera l’acte fondateur d’un grand groupe qui exportera le rock français à l’international. Je vous propose de me suivre dans les méandres de ce bijou et de ses 57 minutes pleines de maîtrise…

La batterie et les gros riffs de guitares sont de sortie sur le morceau d’ouverture All Alone qui semble taillé dans le granit brut et réveiller d’emblée une source d’inspiration évidente du groupe, les Red Hot Chili Peppers. La voix de Jean-Noël Scherrer file les frissons et évoque Anthony Kiedis, on verra que la puissance du chant est une des clefs de voûte de l’album avec cette énergie dévastatrice. Voilà une leçon de maîtrise qui donne le ton de l’opus avec brio… Scars part ensuite sur une rythmique plus apaisée avant l’explosion électrique du refrain, Last Train brille par sa capacité à alterner le calme et la tempête, véritable point fort de l’album. La deuxième partie du titre sonne comme du très grand Muse époque Origin of Symmetry, le souffle épique me ballotte dans tous les sens. On Our Knees part ensuite sur un format de 8 minutes pour nous proposer une lente montée en puissance toute en tension, les riffs électriques s’effaçant subitement pour laisser leur place à un minimalisme contemplatif savoureux qui prend peu à peu les traits du rock progressif à la Mogwai avec tout ce que ça implique dans la puissance émotionnelle et l’intensité. Brillantissime, sûrement l’un des titres les plus puissants écoutés ces dernières années…

I Only Bet On Myself nous ramène sur les terres plus classiques du rock avec sa rythmique uptempo digne des grandes heures des trop sous-estimés Placebo et sa fin estampillée Muse. Voilà en tout cas 4 titres de très haut vol ressentis comme une véritable intraveineuse de rock à l’état pur… La deuxième partie de l’album va, quant à elle, davantage jouer la carte des contrastes pour mon plus grand plaisir: The Idea Of Someone me rappelle l’orfèvre Sébastien Schuller dans sa capacité à filer des frissons, Disappointed nous afflige une nouvelle déflagration rock à la Red Hot avant que Tired Since 1994, sublime ballade empreinte de spleen, ne vienne discrètement nous évoquer Radiohead. Le rythme cardiaque s’abaisse avec la pop-rock plus linéaire de Right Where We Belong et le surprenant A Step Further Down porté par la douceur cristalline de son piano… Mais que dire du morceau final The Big Picture? Ce titre résume à lui tout seul la richesse artistique de Last Train, entre souffle épique et décharges éléctriques. 10 minutes sublimes comme la dernière touche d’un tableau frôlant la perfection. L’avenir appartient désormais à Last Train et j’attends désormais avec impatience les prochains voyages. Enjoy!

Sylphe