Five reasons n°38 : A light for attracting attention (2022) de The Smile

THE-SMILE-a-light-fro-attracting-attentionLa chronique du jour pourrait bien vous apporter le sourire (voilà, elle est faite d’entrée de jeu avec gros sabots, on n’y reviendra pas) : avec son premier album intitulé A light for attracting attention, The Smile enchante nos oreilles et se place assez directement en bonne place pour figurer sur le podium 2022. Certes, nous ne sommes qu’en juin et il reste une moitié d’année à passer. Tout est donc encore possible et l’inattendu peut survenir à tout instant pour nous attraper. Telles des élections législatives qui ouvrent grand les portes à l’extrême brun, on n’est jamais au bout de nos surprises en ce bas monde. Mais je digresse, à défaut de dégraisser. Revenons à du bon son en nous rappelant que, quand plus rien ne va, il reste la musique. Et en égrenant cinq bonnes raisons de découvrir The Smile et sa galette.

1. Se plonger dans A light for attracting attention avec The Smile, c’est l’occasion de retrouver le travail de Thom Yorke. En effet, le trio musical est construit autour du chanteur de Radiohead et rassemble Jonny Greenwood (guitariste du même Radiohead) ainsi que Tom Skinner (batteur du groupe de jazz Sons of Kemet). Thom Yorke et sa créativité accompagnent nos années depuis près de 30 ans maintenant. Depuis qu’un beau jour de 1993 est tombé entre nos mains Pablo Honey, premier opus de Radiohead. On n’a jamais vraiment décroché de la proposition artistique du garçon et de ses différents projets, ni de sa voix hors normes avec laquelle il sait autant inquiéter que faire voyager.

2. The Smile, ce n’est évidemment pas du Radiohead, ni du Atoms for Peace, pas plus que du Thom Yorke solo. C’est néanmoins un peu de tout cela. A light for attracting attention rappelle parfois la période KID A/MNESIAC comme avec The same, mais sait aussi nous évoquer l’excellente BO de Suspiria composée par Thom Yorke, avec un titre cinématographique comme Pana-vision. Titre qui vient d’ailleurs quasiment clôturer la sixième et ultime saison de Peaky Blinders de sa mystérieuse et troublante élégance. Un peu plus loin, le titre Thin thing pourrait être une sorte de synthèse musicale de toutes ces étapes de carrière.

3. Comme dans tout bon groupe, chaque membre apporte sa pierre à l’édifice. Impossible de ne pas reconnaître le toucher de guitare de Jonny Greenwood dans des titres comme The opposite ou Skrting on the surface. La vraie touche de nouveauté, c’est l’introduction dans l’équipe de Tom Skinner, batteur de jazz. Tout en ne jouant pas spécifiquement jazz, il apporte un groove et une finesse de jeu spécifique à ce genre musical, ainsi que des rythmiques inhabituelles. Il en résulte un album étonnamment plus varié que ce à quoi je m’attendais. Initialement présenté comme un trio guitare/basse/batterie, avec comme fer de lance le single très punk-rock You will never work in television again, The Smile révèle une richesse créative que je n’espérais même pas. Le travail sur les ambiances sonores est assez exceptionnel, comme dans Speech bubbles (gros travail sur les cordes) ou Open the floodgates, un titre très aérien et planant.

4. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : The Smile sait aussi nous rappeler ses origines rock et Thom Yorke nous remémorer les années premières de Radiohead. Qu’il s’agisse de The opposite ou encore de We don’t know what tomorrow brings, le trio sait jouer sur la corde nostalgique, pour livrer des morceaux qui pourraient se trouver dans la faille temporelle entre The Bends (1995) et OK Computer (1997). Mention particulière aux lignes de basse qui ouvrent plusieurs titres et savent aussi se montrer diablement efficaces au creux des mélodies, toujours avec une âpreté rock du meilleur effet.

5. Il résulte de ce shaker musical un très grand album. Outre sa diversité et son inventivité, A light for attracting attention dévoile aussi une cohérence évidente à l’écoute, alors qu’un tel patchwork d’influences et de genres pourrait virer à la catastrophe. Cette nouvelle aventure discographique et scénique est menée de main de maîtres par le trio Yorke/Greenwood/Skinner. Dernière raison dans la raison : A light for attracting attention est disponible depuis le 17 juin dernier en vinyle. Un objet de toute beauté, et notamment sa pochette, avec des visuels de Thom Yorke et Stanley Donwood, fidèle compère et presque quatrième membre du groupe. Pour tout collectionneur ou amateur de belles pièces musicales, cet album de The Smile est aussi un indispensable.

A light for attracting attention est un disque phare dans cette année 2022 et en ces temps quelque peu troublés, voire troubles. C’est une disque qui fait du bien. Il encourage à l’unité et à la lumière, en dépit du bordel et de l’angoisse de notre époque. The Smile exprime tout cela en musiques, et le fait diablement bien. Après Call to Arms & Angels d’Archive sorti voici quelques semaines, A light for attracting attention est un autre album de notre temps, pour nous aider à le traverser et à survivre. C’est ambitieux, mais ça fonctionne et c’est déjà beaucoup.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°116: King of Sea de Kwoon feat.Babet (2022)

Des nouvelles de Sandy Lavallart, alias Kwoon aujourd’hui ! On l’avait laissé il y a deux ans avec un très beau single Life (à relire et réécouter par ici) et une interview éclairante (à relire par ici). Pour ce nouveau single King Of Sea, Kwoon s’est entouré de deux membres de Dionysos, Babet et Stephan Bertholio ainsi que du réalisateur de clip Stéphane Berla. Le titre a pour sujet principal le phare breton de Tévennec, phare hanté qui serait à l’origine de multiples naufrages. Sublimé par un clip magnifique empreint d’une belle poésie, King of Sea nous enveloppe de sa douce mélancolie et confirme la puissance émotive du chant de Sandy Lavallart. La voix de Babet accompagne avec délices la montée émotionnelle qui fait briller les yeux. C’est beau, c’est intemporel, ça réveille le spectre de Sigur Ros en fond, il n’y a pas mieux pour illuminer ton dimanche, enjoy !

 

Sylphe

Review n°103: MORE D4TA de Moderat (2022)

Des nouvelles aujourd’hui d’un groupe de musique électronique qui ne m’a jamais déçu, Moderat MORE D4TAModerat. Quand Sascha Ring (Apparat) et le duo Gernot Bronsert/ Sebastian Szary (Modeselektor) oeuvrent ensemble, le résultat est souvent bluffant. Après trois albums de haut vol –Moderat en 2003, II en 2013 et III en 2016 – et la décision après une longue tournée en 2017 de mettre en parenthèses leur collaboration pour privilégier leurs projets personnels, Moderat revient aux affaires avec MORE D4TA, anagramme évident du groupe qui met avant le thème principal de ce nouvel opus, l’isolement paradoxal de nos sociétés face à la surcharge d’informations. Thème forcément central après les diverses périodes de confinement vécues dernièrement… Sans faux suspense, cet album est une bien belle réussite qui, sans révolutionner la recette du groupe, a cette capacité à m’emporter. M’emporter loin de cette canicule inquiétante qui ne laisse pas augurer un avenir réjouissant… Allez, on met son casque et c’est parti.

Le titre d’ouverture FAST LAND et ses synthés inquiétants frappe fort d’emblée. Très inspiré dans ses premières minutes par Boards of Canada, le son se densifie peu à peu et s’alourdit pour une ouverture pachydermique comme on les aime. L’ambiance est sombre et esthétique à souhait. EASY PREY va ensuite placer le curseur très haut en s’appuyant sur la toujours aussi séduisante voix de tête de Sascha Ring qui se marie parfaitement à des synthés plus aériens. Le résultat est un subtil condensé des aspirations du groupe qui n’est pas sans rappeler certaines atmosphères propres à Bonobo. DRUM GLOW, qui commence sur les bruits d’une forêt la nuit avec les hurlements de loup, va ensuite nous ramener sur les cendres du dubstep et de son plus grand représentant, Burial. Le titre très sombre s’avance subrepticement avec mélancolie.

Un intermède SOFT EDIT d’un peu plus d’1 minute qui propose une débauche de synthés spatiaux (Baths?) nous amène vers un excellent duo: d’un côté UNDO REDO (Défaire-refaire en japonais) qui aurait pleinement sa place dans la discographie de Radiohead en proposant un univers intemporel qui nous met mal à l’aise avec délices et de l’autre NEON RATS, morceau d’électro pure qui se propose comme une créature hybride entre Trentemoller et Bonobo. La montée finale est jouissive à souhait !

La fin de l’album est plus homogène et propose moins de moments très puissants. MORE LOVE joue la carte d’une électro-pop qui fonctionne pas mal mais manque un brin de subtilité par son choix d’un son saturé. NUMB BELL est une débauche de sons âpres dans la droite lignée de l’ouverture FAST LAND alors que DOOM HYPE est à rapprocher de DRUM GLOW. Cependant la voix de Sascha Ring et les choeurs en arrière-fond sur la fin du titre rappelleraient presque un groupe qui nous est cher, Archive. COPY COPY clôt enfin l’album sur une créature pop hybride qui me désarme par sa structure. Voilà en tout cas un bien bel album à savourer au casque avec un cocktail bien frais, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 2. EASY PREY – 6. NEON RATS – 5. UNDO REDO – 1. FAST LAND

 

Sylphe

Five reasons n°37 : La philosophie du chaos (1996)/Le chaos de la philosophie (1998) de Hubert-Félix Thiéfaine

61K+WwBdpRL._SL1500_En ce jour de bac de philosophie, un petit tour par chez Hubert-Félix Thiéfaine sera le bienvenu. Fuir, n’est-ce pas rester ? Le fascisme est-il soluble dans la démocratie ? (Non). La laideur est-elle la beauté en version laide ? La beauté a-t-elle une utilité ? Si je tourne en rond, est-ce que je reste dans le cadre ? Peut-on considérer que se taire, c’est crier plus fort que les autres ? Est-ce qu’on se fait parfois chier dans la solitude ? (Oui). Les réflexions ne manquent pas. Nous aurions aussi pu visiter Bashung et son « Si tu me quittes est-ce que je peux venir aussi ? » (in Camping Jazz), ou encore Jul… non, pas Jul à bien y refléchir. La philosophie, c’est avant tout être capable de regarder le monde et les hommes, et de se questionner dessus. A ce petit jeu-là, Thiéfaine est un des grands gagnants de notre époque, et ce depuis des années.

Dans la deuxième moitié des années 1990, et à la veille de ses vingt années de carrière discographique, Thiéfaine publie un diptyque : La tentation du bonheur en 1996, puis Le bonheur de la tentation en 1998 (réédités en 2018 en un unique album Bonheur & tentation). Album blanc, album noir, Thiéfaine vêtu de noir puis de blanc. En quasi conclusion de chacune des galettes, un diptyque de titres miroirs autant que les albums, telle une mise en abyme. D’un côté La philosophie du chaos, de l’autre Le chaos de la philosophie. Et cinq bonnes raisons d’écouter ces deux chansons.

  1. « C’est pas parce qu’on n’aime pas les gens qu’on doit aimer les chiens / C’est pas parce qu’on a mis le pied dedans qu’on doit y mettre les mains », telle est l’ouverture de La philosophie du chaos. Trois minutes à égrener des réflexions tour à tour profondes, futiles, décalées. Une forme de philosophie à la cool, mais sérieuse tout de même.
  2. Quoi de mieux après une bonne virée cérébro-philosophique qu’un grand verre de… de ce que vous voudrez. Dans ce Chaos de la philosophie, « Je suis robot-bar, le petit roi du mini-bar ». Après avoir décliné moult réflexions philosophiques, il ne reste plus qu’à lister ce qui est consommable dans le bar. Pour mieux re-philosopher.
  3. Ecouter La philosophie du chaos, c’est la garantie assurée de vouloir écouter le reste de l’album La tentation du bonheur. Puis écouter son titre miroir, c’est la plongée garantie avec assurance de caler tout Le bonheur de la tentation sur la platine. Soit le meilleur des années 1990 de Thiéfaine, avant de retrouver le garçon au sommet de son art en 2011 avec ses Suppléments de mensonge. Mais ça, c’est une autre histoire.
  4. Conséquence : écouter ce double album construit en deux temps, c’est balancer entre Ying et Yang, entre blancheur immaculée et noirceur vénéneuse. Céderez-vous à La tentation du bonheur et à son ange ailé sur une de vos épaules, ou au Bonheur de la tentation et son diablotin sur l’autre ? A moins que, incapable de faire un choix définitif, vous n’alterniez en permanence entre l’un et l’autre. Ange et démon, bonheur et tentation, douceur et fièvre, Thiéfaine black and white : n’est-ce pas cela, finalement, être humain ?
  5. Déjà la cinquième raison ? La philosophie du chaos s’accompagne d’un clip parfaitement années 90, totalement décalé et possiblement à regarder pas à jeun. Ce qui tombe plutôt bien, puisque si Le chaos de la philosophie n’a pas de clip spécifique, il dispose en revanche d’un mini-bar. Oui, celui qui est géré par robot-bar, le petit roi du mini-bar. C’est bien, vous avez suivi jusqu’ici et méritez donc une excellente note pour cette épreuve de philosophie.

Toutefois, une dernière question existentielle m’étreint : une excellente note en philosophie, soit. Mais, la philosophie peut-elle être chiffrée et résumée à une note ? Rien de moins sûr. A moins qu’il s’agisse d’une note de musique. Vous avez quatre heures et quelques verres pour trancher (la rondelle de citron vert à glisser dans votre prochain daiquiri).

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°102 : Je rêve de toi (1990/2002) de Arthur H

71NFjSDnCaL._SL1400_A presque l’heure de filer se coucher comme une pauvre loque tellement les journées sont harassantes et n’ont plus aucun sens, il m’a pris l’envie de ressortir quelques sons d’Arthur H. Histoire de faire couler en douceur cette soirée… et de me rendre compte que nous sommes jeudi et qu’il est grand temps d’apporter ma contribution hebdomadaire au blog. Le hasard faisant bien les choses, ma petite playlist aléatoire est allée piocher dans Piano solo, album live piano solo (comme l’indique son titre) sorti en 2002 et retraçant la tournée solo dudit Arthur H. Pour moi qui ait eu la chance de le voir deux fois sur ce tour, je peux vous dire que ce furent deux bien belles soirées, dont l’enregistrement restitue assez fidèlement l’ambiance feutrée et tout en proximité avec le public. Le hasard faisant encore mieux que bien les choses, est sortie du chapeau Je rêve de toi, titre initialement présent sur Arthur H (1990), premier album du garçon

Je rêve de toi fait partie des plus belles déclarations qui ne disent pas leur nom. Déjà magnifiquement interprétée dans sa version d’origine, la reprise piano solo se pare d’un intimisme qui confine à l’indécence. Le titre exprime des sentiments et une sensualité à fleur de peau dont le souvenir du simple frôlement de ma main contre ton bras donne un aperçu. Le texte est d’une beauté transperçante, et peut-être encore plus mis en valeur par le seul piano ajouté à la voix. Et, puisque c’est donc mon jour de contribution à Five-Minutes, le son partagé est tout trouvé. Je drope ces presque quatre minutes dans vos oreilles, et même deux fois quatre minutes puisque je vous dépose aussi la version originale, tout aussi envoûtante. Quant à moi, je m’en retourne écouter une énième fois cette pépite. En fermant les yeux. En laissant filer mes pensées vers toi, « suspendue au plafond ».

Raf Against The Machine

Review n°102: WE d’Arcade Fire (2022)

Ecrire un article quand l’inspiration te fuit et que le plaisir d’écrire te coule entre les doigts alorsArcade Fire WE que le plaisir de partager demeure intact… S’attaquer à une review sur un album d’Arcade Fire, un groupe sacré pour toi qu’il devient de bon ton de mépriser dans la sphère indé comme l’ont été d’autres avant eux tels que U2, Muse ou encore Coldplay… Jalousie face au succès, regret de ne pas garder pour soi un groupe qu’on a pris plaisir à découvrir aux portes du succès (le syndrome du « le meilleur album c’était le premier »), difficulté à se voir vieillir et donc idéalisation des premiers albums ? J’enfonce bien évidemment des portes ouvertes et m’en excuse mais j’ai tout lu sur ce sixième album WE et certaines chroniques m’ont laissé quelque peu sur ma faim. C’est le jeu des chroniques musicales et il faut savoir accepter toute subjectivité….

J’ai toujours perçu Arcade Fire comme ma porte d’entrée dans la sphère musicale indé -même si bien sûr cette perception est un brin caricaturale – et j’ai pris de plein fouet un Funeral auquel je n’étais pas du tout préparé. Un concert en plein après-midi à Rock en Seine en 2005, une autre soirée orageuse quelques années plus tard au même endroit, des albums brillants et très différents les uns des autres sur lesquels je n’ai jamais osé poser mes mots maladroits, un coup de mou ô combien compréhensible avec Everything Now en 2017. Arcade Fire mérite amplement cette étiquette facile de « groupe majeur des années 2000 ».

C’est vrai que la production de Nigel Godrich a tendance à prendre trop de place, que les 40 minutes passent trop vite, que la structure binaire des titres (première partie intimiste laissant place à une explosion épique, la symbolique du passage du I au WE qui sont les deux parties de l’album) est répétitive, que le featuring de Peter Gabriel sur Unconditionnal II (Race and Religion) est assez dispensable et ressemble à un coup de pub ou que le Prelude de 30 secondes en troisième titre ressemble à une blague pas drôle mais… tout le reste.

Mais les deux sublimes Age of Anxiety… La douceur du piano et cette voix de Win Butler qui me hérisse les poils comme toujours laissent la place à des explosions électroniques savoureuses. Sur Age of Anxiety je vous mets au défi de ne pas succomber à la rythmique électro et à la batterie alors que  je retrouve avec plaisir Regine Chassagne sur Age of Anxiety II (Rabbit Hole) pour une fin toute en tension sublimée par les cordes finales.

Mais End of the Empire et sa mélancolie désabusée d’une justesse imparable.

Mais l’explosion rock certes attendue mais jouissive de The Lightning II qui vient trôner avec délices au milieu de ces morceaux d’Arcade Fire qui te font perdre contact avec la réalité.

Mais Unconditionnal I (Lookout Kid) qui est un bijou de pop lumineuse qui te ramène dans le vent d’optimisme qui soufflait sur Funeral, espèce de No Cars Go presque 20 ans plus tard.

Il y aurait tant à dire sur ce très bel album d’Arcade Fire mais les mots sont trop faibles, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 8. Unconditionnal I (Lookout Kid) – 7. The Lightning II – 1. Age of Anxiety I – 4. End of the Empire I-III

 

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°101 : Basket case (1994) de Green Day

91YyfXFsTtL._SL1425_Le son idéal pour ce week-end de trois jours c’est bien évidemment Chaise longue de Wet Leg, dont le copain Sylphe a parlé dans sa review de l’album (à relire par ici). Toutefois, s’il vous faut un peu plus qu’une langoureuse session de jambes mouillées sur chaise longue, voici un autre son qui invite à se vider cette fois la tête. Basket case est possiblement le single le plus connu de Green Day, groupe de punk rock américan formé en 1987 sous le nom de Sweet Children autour de son chanteur Billie Joe Armstrong. Devenu Green Day dès 1989, le trio guitare-basse-batterie sort deux albums en 1990 et 1992 sur le label indépendant Lookout! Records, avant de rejoindre Reprise, un label musical appartenant à Warner. Certains fans crieront à la trahison. Peu nous importe, vu les bons albums à suivre. A commencer par Dookie en 1994, qui contient les singles Longview, When I come around, et notre Basket case du jour.

Que raconte Basket case ? Les problèmes d’attaques de panique dont souffre alors le chanteur. Et dont souffrent bon nombre de personnes et d’adolescents. Plutôt que d’en faire un titre dépressif et de tomber dans le pathos, Billie Joe Armstrong pond une chanson de trois minutes de pure énergie, de bordel musical qui reflète le bordel sous le crâne. Il y raconte les médecins rencontrés, les diagnostics foireux, et aussi les auto-interrogations : « Sometimes I give myself the creeps / Sometimes my mind plays tricks on me / It all keeps adding up / I think I’m craking up / Am I just paranoid / Or am I just stoned ? » Ça vous parle ? Moi aussi. Ça me renvoie aussi à quelques poignées d’années en arrière, où on écoutait Green Day et des groupes jumeaux tels que The Offspring, insouciants et pourtant soucieux, en sirotant une bière les pieds glissés dans nos Docs. On glandait, entre un Nirvana et un Pearl Jam, avant de se lever pour danser comme des cons sur Basket case, parfois en renversant ladite bière sur une fille qui nous disait « C’est pas grave, t’inquiète, t’es pardonné si tu m’en roules une ». Une clope le plus souvent, mais parfois plus si affinités.

Basket case c’est tout ça à la fois, et bien plus, avec en appui un clip total barré très 90’s comme on n’en fait plus. L’insouciance tout autant que les tourments de l’adolescence concentrés en trois minutes de feu qui ne cherchent rien d’autre que l’efficacité. Suis-je nostalgique ? Non, sauf peut-être de l’insouciance de l’époque. Ai-je évolué ? Oui nécessairement, et non incontestablement. Est-ce un samedi #regressivemood ? Assurément, puisqu’après avoir publié ces lignes, je vais me remettre sur un vieux Zelda que je n’interromprai que pour avaler en vitesse une pizza ou un grand bol de céréales.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°115: We Are Your Future de MLD (2022)

Il s’appelle Stéphane Mourgues et officie sous le nom de MLD, il sort son deuxième EP We Are le 24 juin prochain après un premier EP Futur sorti en mars 2021. Je ne connaissais absolument pas cet artiste mais son single We Are Your Future paraît d’une telle évidence que j’aurais été bien égoïste de le garder pour moi. Magnifié par un superbe clip et une galerie d’enfants/jeunes adultes issus du monde entier, MLD nous propose un hymne électro imparable qui nous ramène à la fin des années 90 quand The Chemical Brothers retournait les foules. Le titre fortement inspiré par l’acid techno associe la puissance des beats à une voix robotisée un brin inquiétante, contrebalancée par des synthés plus aériens. Le titre beaucoup plus riche qu’il ne peut le paraître à la première écoute donne l’impression que Thylacine a fait une incursion bien sentie dans les sonorités plus âpres de l’acid techno. Voilà en tout cas le titre qui m’obsède depuis quelques jours, enjoy !

 

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°100 : Olé (1961) de John Coltrane

100878705_oPour fêter la 100e pépite intemporelle de Five-Minutes, il nous fallait bien un titre d’anthologie. C’est le cas avec Olé de John Coltrane, sorti en 1961 sur l’album éponyme. D’une durée de plus de dix-huit minutes, ce morceau incroyable à bien des égards est, possiblement, ma composition préférée de Coltrane. Pas ma première porte d’entrée dans le monde de ce jazzman hors normes, mais le son qui m’a empêché de dormir des nuits entières, et qui m’a donné envie d’attraper un jour un saxophone pour essayer d’en faire quelque chose. Peine perdue, et pourtant Olé reste un incontournable absolu dans ma discothèque, et une des compositions de jazz vers laquelle je reviens plus que régulièrement.

Le début des années 1960 est une charnière dans la carrière de John Coltrane. Bien qu’il joue dès 1945, sa carrière discographique, courte mais intense et dense, se déroule de 1955 à sa mort en 1967. Douze années pendant lesquelles il va révolutionner et réinventer le jazz. Après des collaborations multiples, dont celle au sein du quintet, puis du sextet de Miles Davis (on entend notamment Coltrane sur Milestones en 1958 et Kind of blue en 1959), Coltrane monte ses propres formations et offre, sous le label Atlantic, quelques unes des partitions de jazz les plus vertigineuses. Olé se situe à la toute fin de cette période, en étant le dernier album chez Atlantic, avant le passage chez Impulse! pour un jazz toujours plus inventif, toujours plus moderne, toujours plus free.

Album de clôture des années Atlantic, tout autant que clin d’œil/réponse au Sketches of Spain (1960) de Miles Davis, Olé s’ouvre sur dix-huit minutes fiévreuses, envoûtantes, hypnotiques, vénéneuses. Construit sur une rythmique piano/basse en syncope permanente, le morceau propose un thème sorti de nulle part, interprété au saxophone soprano que Coltrane a découvert quelques mois plus tôt. Ensuite… ensuite, on va enchaîner les chorus de folie. D’abord à la flûte avec Eric Dolphy, puis à la trumpette avec Freddie Hubbard, avant de laisser la place à McCoy Tyner au piano, et enfin la contrebasse d’Art Davis. Chacun a la parole durant les deux tiers du morceau. Le dernier tiers est une folie absolue, un délire musical qui explose toutes les frontières. Plus rien ne compte, si ce n’est la musique et la transe.

On ne tient pas encore ici le futur classic quartet de Coltrane, qui verra l’année suivante Jimmy Garrison s’emparer de la basse et Elvin Jones de la batterie. Toutefois, Olé est un incontournable de la discographie de Coltrane, et pour tout amateur de jazz. Viendront ensuite les années Impulse! avec des albums comme Ballads (1962), Impressions (1963) et surtout A love supreme (1964), considéré à la fois comme un chef-d’œuvre total et album majeur du jazz, mais aussi comme un des disques de Coltrane les plus accessibles. Mais ça, c’est une autre histoire. Pour le moment, Olé de Coltrane, suite à quoi vous pouvez écouter la suite de l’album pour découvrir les autres pépites qui le composent, à commencer par Dahomey Dance et Aisha.

PS : puisqu’on parle jazz… le VeryDub, formation electro-jazz dont nous avions parlé en rubrique Live il y a quelques semaines, lance un crowdfunding pour soutenir la sortie de l’album à l’automne prochain. Un chouette projet musical ! Si le cœur vous en dit, ça se passe par ici : https://www.helloasso.com/associations/serres%20chaudes/collectes/verydub-le-disque-2

Raf Against The Machine