Pépite du moment n°37: Lift Up de Dune (2019)

Petite découverte rafraichissante ce soir avec une sucrerie pop qui éclateDune immédiatement en bouche. Dune est un duo composé de la chanteuse Anja et de Thomas aux machines qui sortira son premier EP en octobre et vient d’envoyer en éclaireur son single Lift Up qui porte parfaitement son nom tant il réveille avec délicatesse les sens. La recette est d’une grande limpidité avec la douceur candide de la voix d’Anja qui ne sera pas sans rappeler la voix d’Emilie Simon et une ambiance instrumentale où les synthés old-school apportent une coolitude évidente. Le résultat est assez judicieusement illustré par un clip amenant à s’interroger sur l’influence des nouvelles technologies sur nos vies. Il ne vous reste plus qu’à savourer, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°36 : Minidiscs [Hacked] (2019) de Radiohead

a2980258520_16La pépite du jour/du moment l’est à double titre : elle est disponible depuis quelques heures et ne le sera plus dans quelques jours. Tout autant qu’elle pourrait être une pépite intemporelle. Non, votre humble serviteur n’a pris aucune substance particulière, et oui j’écris à jeûn, en pleine maîtrise de mes propos. Retour quelques heures en arrière pour comprendre l’affaire.

Hier, mardi 11 juin, nous apprenons, et la planète entière avec nous, que Radiohead s’est fait hacker une pile de minidiscs contenant des sessions de la période 1995-1998. Soit, pour resituer les choses, à cheval deux ans avant et un an après la sortie de OK Computer (1997) qui reste à mes yeux un sommet du groupe. Peut-être le sommet, en tout cas un album que je n’hésite pas à classer dans la poignée d’albums parfaits. Le genre où il n’y a aucune note à retirer, aucune à ajouter, pas un mot à changer, pas un arrangement de travers. Une pépite intemporelle.

La bande à Thom Yorke s’est donc fait piquer un lot de minidiscs contenant des sessions de la période OK Computer. Pas un minidisc (sinon ça ne fait pas un lot), pas deux, pas cinq. Non. Dix-huit minidiscs, pour une durée totale de près de 18h. Petite parenthèse rétro-technologique : le minidisc, pour ceux qui l’ignorent, est une invention de Sony, qui permettait d’enregistrer 80 minutes de sons sur un support de la taille d’une disquette mais en qualité CD. Une aubaine pour tous les musicos de la Terre, car l’objet était transportable et de haute qualité.

Bref, Radiohead s’est fait piquer 18 minidiscs, pour lesquels une rançon de 150 000 $ est réclamée au groupe. Réaction des intéressés : ni une ni deux, loin de se plier à la rançon, ils ont décidé de tout balancer sur la plateforme Bandcamp, afin que tout amateur doté d’une connexion internet correcte puisse profiter de ces sessions. A l’origine, rien de ce matériel sonore n’était destiné à être rendu public, mais le groupe a fait le choix de couper l’herbe sous le pied des hackers.

Depuis hier 11 juin donc, et pour une durée de 18 jours (soit jusqu’au 29 juin), les 18 minidiscs sont librement à l’écoute sur Bandcamp sous le sobre titre Minidiscs [Hacked]. Mais ce n’est pas tout : moyennant 18 £, il est possible d’acheter, et donc de conserver à vie (notamment en les téléchargeant) ces 18 heures de sessions OK Computer. D’aucuns parleront d’un gros coup de pub, ou d’une démarche bassement commerciale. A cela, je répondrais plusieurs choses.

Primo, ce serait bien mal connaître le groupe, qui s’est par exemple déjà illustré en octobre 2007 en mettant en ligne (presque) gratuitement son album du moment In Rainbows. On pouvait alors le récupérer sans frais, tout en versant la somme à laquelle on estimait la valeur de l’opus. Deuzio, il s’agit là de sessions autour de OK Computer, album qui n’a plus rien à prouver, et qui n’a pas besoin d’un énième coup de promo pour être le bijou q’iil est déjà. Tertio, l’intégralité des fonds récoltés sera reversée à Extinction Rebellion, un « mouvement de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni ». Bénéfice financier pour Radiohead = pas un rond.

La question fondamentale reste toutefois la suivante : que valent réellement ces 18 heures de sessions ? J’avoue humblement ne pas m’être englouti les 18 minidiscs en totalité depuis hier soir, mais je suis tout de même allé y piocher des passages au hasard, pour pouvoir signaler rapidement cette news et en dire quelques mots. N’y allons pas par quatre chemins : ce matériel sonore s’adresse avant tout aux gros fans de Radiohead, lesquels y trouveront en revanche plus que leur compte. Les minidiscs sont bourrés de versions alternatives, maquettes de travail, démos déjà bien abouties, expérimentations, et aussi des moments live.

Les oreilles connaisseuses y trouveront de bien belles choses, tout en ayant sous la main de quoi mesurer les méthodes de travail et l’incroyable richesse créative du groupe. Au-delà, les oreilles clientes de bon son n’auront qu’à se laisser porter par la magie Radiohead qui opère, même sur des sessions et documents sonores non aboutis et destinés à rester dans des tiroirs. Et puis merde, 18 heures pour replonger dans l’époque OK Computer, ça ne se refuse pas. Surtout pour quelques euros destinés à des gens qui cherchent à sauver la planète.

En un mot comme en cent : foncez sur ces Minidiscs [Hacked] et goinfrez vous de tout ce bon son. Il vous reste 17 jours, et plus si affinités.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°35: Home to You de Cate Le Bon (2019)

Voilà deux semaines que ce titre m’obsède avec sa ritournelle candide et je vous invite à Cate Le Bonfaire la connaissance de Cate Le Bon. Je dois reconnaître que cette galloise m’était absolument inconnue avant la parution de son quatrième opus Reward… En même temps lorsque l’on a accompagné en tournée St Vincent, John Grant ou Perfume Genius et que l’on vient de signer sur le label Mexican Summer (Ariel Pink ou Connan Mockasin ) ça dresse un personnage…

Pour en revenir au sujet du jour, ce Home to You est juste superbe avec sa ritournelle imparable et la beauté de la voix de Cate Le Bon. Voilà un titre d’une douceur incommensurable qui m’évoque les grands moments d’émotion de Bat for Lashes ou de Joan as Police Woman. Et que dire de ce clip d’une grande humanité qui sublime par les images le titre? On suit des roms qui vivent à part dans le quartier Lunik IX de Košice en Slovaquie, loin de vouloir mettre le doigt sur la misère sous-jacente ce clip montre toute la cohésion de cette communauté et le bonheur qu’ils ont à vivre ensemble. Une bien belle leçon d’humanité à savourer… Enjoy!

Sylphe

Review n°31: Drift d’Agoria (2019)

Voilà un album qui m’a beaucoup interrogé… Une première écoute globalement Agoriadécevante avec l’impression (qui demeure toujours en fond) d’un son qui a eu tendance à se standardiser pour succomber aux sirènes commerciales. Après un Impermanence brillant qui s’imposait comme un bien bel hommage sans concession à la techno de Détroit (le garçon avait quand même réussi à faire chanter Carl Craig!), on s’attendait 8 ans plus tard à un album plus racé d’un artiste dont le cv fait rêver entre la création du label Infiné et sa participation active à la fondation des Nuits sonores à Lyon… Maintenant le très bon magazine Tsugi dont je suis un abonné fidèle a fait de cet album son album du mois de mai et m’a convaincu de donner une seconde chance à ce Drift, les mots de Sébastien Devaud s’avérant d’une grande franchise: « On vit tous dans une sorte de schizophrénie où on a envie d’écouter à la fois Rihanna et Aphex Twin. Mais aujourd’hui, la façon de consommer la musique, avec notamment les playlists, fait qu’il n’y a plus de jugement de valeur. Drift, c’est s’autoriser ces dérapages. Cet album est une envie de se faire plaisir et d’assumer mes contradictions et mes choix, peut-être plus commerciaux que ce que j’ai pu faire par le passé. » Force est de constater que j’ai bien fait de donner une seconde chance à cet album que je prends de plus en plus de plaisir à réécouter, une fois accepté le postulat de base que nous nous trouvons face à une playlist quelque peu destructurée…

Le morceau d’ouverture Embrace avec la chanteuse Phoebe Killdeer nous propose d’emblée une électro-pop assez bien sentie avec des synthés planants qui ne sont pas sans nous rappeler des atmosphères aperçues dernièrement chez Blow par exemple. Cependant, dans ce registre, je préfère You’re Not Alone et le flow plus sombre de Blasé qui m’évoquent un croisement plus subtil entre Modeselektor et The Blaze. En tout cas, après deux titres, bien habile serait l’auditeur qui aurait deviné que nous sommes dans un album d’AgoriaArêg vient alors nous rassurer par la richesse de sa structure, on part sur une plage de douceur qui rompt bien avec le morceau précédent avant d’inlassablement monter en puissance avec un sentiment d’urgence obsédant digne des grandes envolées électroniques de Birdy Nam Nam pour finir sur un piano apaisé. Passé le dispensable It Will Never Be The Same et ses 2 petites minutes, Call Of The Wild nous projette de nouveau dans un univers totalement différent avec un son techno plus âpre et le hip-hop de STS pour un résultat plein de caractère qui me séduit amplement (#vivelaguitaredefin).

Le florilège d’influences se perpétue, on a de la techno martiale avec un Dominae très influencé par les premiers albums de Vitalic et des synthés aériens sur le A One Second Flash qui nous rappellent qu’Agoria a été très proche de Francesco Tristano et son ancien groupe Aufgang. (#promisjevaismecalmersurlenamedropping). Le trio final clot superbement l’album: la voix soul de NOEMIE illumine de tout son talent la pépite électro-pop Remedy, Scala en featuring avec Jacques revisite judicieusement le titre sorti en 2013 chez Innervisions pour une électro soignée dont la guitare est juste jouissive et mériterait de figurer chez Thylacine alors que le morceau final Computer Program Reality nous ramène à la douceur d’Arêg et évoque les plaines sauvages de Boards of Canada (#perdupourlafindunamedropping…)

Voilà en tout cas un album très riche qui d’une certaine manière réhabilite les plaisirs coupables de tout passionné de techno et ça c’est déjà une sacrée performance. Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°31 : Bigmouth strikes again (1986) des Smiths

Parce que la semaine est décidément bien chargée, et aussi remplie de tout un tas de news toutes plus ahurissantes et connes les unes que les autres (#vivelesystèmeetsesaberrations), une bonne plongée dans le rock s’impose. On l’a déjà dit ici, et on ne le redira jamais assez, le rock c’est la vie, et parfois le rock peut sauver la vie. Le son du jour nous ramène 33 ans en arrière, au cœur du 3e album studio des Smiths, The Queen is dead.

Sans doute mon album préféré, même si les autres sont tout aussi recommandables, cet opus recèle 10 pépites, mais nous nous arrêterons sur Bigmouth strikes again. Littéralement, « La grande gueule frappe encore ». Il y a bien sûr ce message-titre, qui nous rappelle que, dans ce monde sans pitié (au passage, un excellent film d’Eric Rochant, de 1989, à revoir d’urgence), il vaut mieux jouer les rageux et l’ouvrir un peu et quand il le faut pour défendre ce à quoi l’on croit. Sans quoi on prend le risque de se faire croquer tout cru.

Au-delà de cette intention rageuse et de la violence des paroles, il y a surtout une énergie ahurissante, portée à la fois par la voix de Morrissey et la guitare claire et aérienne de Johnny Marr. Putain ce riff-gimmick de guitare ! Que l’on retrouvera d’ailleurs presque note pour note, comme un clin d’œil, chez l’excellent Nakhané dans son titre Clairvoyant (2017).

Je m’égare… si peu. Bigmouth strikes again et par extension The Smiths, ce sont des images du passé, des moments de vie au lycée, l’audace de la jeunesse et la timidité de l’adolescence, le goût des premières bières au bar, la fille du 3e rang en cours de philo qui me plaisait hyper de ouf et que j’ai jamais osé aborder, la fumée des premiers clopes au bord de l’eau, les interrogations sur l’avenir, le bac en approche, le départ vers les études, l’envie de bouffer le monde et, souvent, l’incapacité à le faire. Le doute à combattre jour après jour. L’enfermement dans des blocages de merde d’où seule la musique pouvait me tirer.

Il y a eu une palanquée de sons accompagnants et salvateurs comme ça. Le Velvet, les Stones, Pink Floyd, Led Zep, les Doors, et bien d’autres. Les Smiths en font partie. Et ce titre-là n’y est pas étranger.

Raf Against The Machine

Review n°30: To Be Continued… de Tropical Mannschaft (2019)

Belle découverte en perspective aujourd’hui avec Tropical Mannschaft dont le nomTropical Mannschaft farfelu et original ne cache pas de la pop caribéenne agrémentée de rythmiques martiales teutonnes (#stereotypesquandtunoustiens) mais plutôt une pop jouissive toute en contrastes entre luminosité apaisée et nappes de brouillard mélancoliques. Derrière ce nom on retrouve l’ancien guitariste de The Lanskies Florian von Künssberg qui avait déjà sorti un premier EP en 2016 intitulé Make a Name for Yourself et nous offre avec ce second EP To Be Continued… plein de belles promesses musicales qui, je l’espère, auront la possibilité dans le futur de s’exprimer pleinement dans un LP.

Le morceau d’ouverture Wonderful Life frappe fort d’emblée avec une pop aérienne, la voix traitée judicieusement avec de la réverb m’évoque Sébastien Schuller (dont on regrette le silence depuis 5 ans au passage) et les sonorités sont étonnamment mélancoliques. Les synthés me plongent dans une version pop de la BO de Virgin Suicides d’Air, bref vous l’aurez compris avec les multiples références de qualité ce titre est un pied d’appel parfaitement réussi. La beauté des dieux vient ensuite proposer une pop chantée en français sur un fond dominé par les synthés, titre qui devrait satisfaire les fans d’un des phénomènes du moment Flavien Berger. De mon côté je suis davantage séduit par le single Up The Hill et son clip digne de Michel Gondry à visionner à la fin. La guitare est de sortie, le refrain tout en rupture est brillant et addictif, le résultat est gourmand et m’évoque les délires du troisième excellent album de MGMT. Voilà pour moi la définition parfaite d’une pop hédoniste qui appelle la saison estivale.

Les guitares plus rock de Himalaya donnent encore plus de corps à ce To Be Continued… alors que Guru continue à creuser le sillon d’une pop séduisante et empreinte de sensualité avec ses choeurs féminins bien sentis. Le morceau final Leave Me Out referme brillamment l’album avec ses sonorités plus électro, créature hybride née de la rencontre entre MGMT et Midnight Juggernauts, avec Air qui filme en fond les ébats. Il démontre le potentiel de Tropical Mannschaft pour aller taquiner les dance-floors et fait de cet EP une des plus belles découvertes de ce printemps. Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°30 : Mars balnéaire (2014) de Flavien Berger

Amis lecteurs, que faites-vous donc par ce beau et chaud week-end ? Les possibilités ne manquent pas, et selon où vous vous trouvez actuellement, les occupations peuvent être diverses et variées. Une pétanque à l’ombre des platanes, un coup de pêche à la ligne, une sortie vélo, une séance shopping dans l’ambiance climatisée des grands magasins, une séance lecture de Vernon Subutex dans le jardin avec un thé (vert, on ne le dira jamais assez) à portée de main, une sieste (crapuleuse ou pas) au creux du canapé tous volets tirés… D’autres encore seront les pieds dans l’eau océanique, ou bien à savourer des températures moins harassantes à proximité de chez nos amis belges avec, cette fois, une bonne bière fraîche (ambrée, on ne le dira jamais assez) à portée de main.

En ce qui me concerne, j’ai une furieuse envie qui pourrait regrouper à peu près tout ça, et bien plus si affinités. Envie d’ailleurs, de grand air, il me semble que c’est le moment de se faire une virée sur Mars Balnéaire. Voilà un lieu à la fois étrange et captivant d’où Flavien Berger nous a envoyé une carte postale voilà déjà 5 ans. C’est un coin que j’ai déjà parcouru à plusieurs reprises, un endroit auquel je repense régulièrement. Où je me transporte quand j’ai besoin de me retrouver dans ma bulle. Dont j’ai envie de vous parler.

Accueillis par des sonorités électro et simili-tibétaines, on y entre en tongs, en baskets, ou tout simplement pieds nus, parce qu’après tout pieds nus on est bien. Il suffit ensuite de se laisser glisser sur les mots de Flavien Berger : « Plus de Lune, juste une Terre / Dans le ciel, face au désert / Mille dunes, sous la mer / Artificielle et circulaire ». Une ambiance irréelle, surréaliste, d’une autre dimension et à la fois très palpable, portée par des boucles qui sentent un peu le dub, mais un dub en apesanteur. Normal, on est sur Mars.

Et, clairement, aucune envie d’être ailleurs. Je vous encourage à aller tremper vos corps échauffés et vos oreilles impatientes (et inversement) dans le liquide de cette station balnéaire pas comme les autres. Difficile de retranscrire les sensations qu’on trouve sur place. C’est à la fois de l’excitation, de l’incrédulité, de la fascination, un incroyable univers des possibles. Une attraction encore jamais connue qui changera votre vie pour toujours. Une sorte de truc qui fait bander la vie. Moi aussi, « J’aime Mars pour sa lumière, pour toutes les choses que je peux y faire / Me baigner dans les cratères sous la tempête de poussière / Me délecter de ta chair à l’ombre des panneaux solaires ».

Il y a tout ça à faire sur Mars balnéaire. Tout ça et bien plus. Il y avait un bon moment que je voulais vous parler, sans réussir à trouver les bons mots, de cet incroyable petit coin du monde auquel je ne connais aucun équivalent. Je ne sais si j’y suis parvenu, par ces quelques touches verbales, mais j’espère que le message est passé et que vous oserez franchir le pas et découvrir ce bon son. Que dis-je, cette exquise bulle sonore et vitale dont je ne suis, manifestement, jamais vraiment revenu.

Raf Against The Machine