Five reasons n°15 : Where is my mind ?(1988/2010) des Pixies / Reprise Maxence Cyrin

Réveil laborieux, brouillard matinal dans le ciel comme dans la tête embrouillée de pensées… Il n’en fallait pas plus pour aller se réfugier dans un endroit qui fait du bien. Where is my mind ? est l’un de ces lieux, où j’aime aller me recroqueviller sur moi-même pour ramasser les morceaux. Et pour (au moins) ces 5 autres raisons.

  1. Where is my mind ? est, à la base, un titre des Pixies. Sorti en 1988 (oui, 31 ans déjà) sur l’excellent Surfer Rosa, ce morceau contient tout ce que j’aime chez ce groupe. Un côté un peu perturbé et torturé, porté par les chœurs obsédants et la guitare lancinante, que vient transpercer la voix de Frank Black. Faut-il préciser que je l’ai écouter des centaines de fois ? Oui. Faut-il ajouter que je l’ai fait tourner jusqu’à l’ivresse dans mes années lycée/ados coincé entre 4 murs ? Oui. Faut-il dire que je n’ai jamais cessé d’y revenir ? Oui.
  2. Where is my mind ? a été utilisée dans deux des plus grands moments d’écran que je connaisse. Ce morceau clôt le vertigineux Fight Club, brûlot halluciné et dérangeant qui raconte le monde de consommation de merde dans lequel on est plongé, pour le meilleur et surtout pour le pire. Mais on l’entend également dans la saison 2 de The Leftovers, magistrale série TV dont j’ai déjà eu l’occasion de parler et qui reste un objet télévisuel et émotionnel indépassable à mes yeux.
  3. Where is my mind ? a fait l’objet de nombreuses reprises, par des artistes d’horizons divers Nada Surf, James Blunt, M.I.A., ou encore Maxence Cyrin. Comme une preuve de l’universalité du titre, et d’une sorte de reconnaissance tout style musical confondu. Maxence Cyrin, donc, qui donne à entendre une version piano solo sur son album Növo Piano (2010). Version que je vous propose de réécouter ou découvrir un peu plus bas, après la version originale.
  4. Where is my mind ? en version piano solo, qui débarque aussi dans une autre grande série TV malade jusqu’à l’os, à savoir Mr. Robot. Putain de coup de pied dans la fourmilière capitaliste, énorme performance de Rami Malek et interrogation globale sur notre monde numérique, Mr. Robot défonce toutes les règles et, oui, à un moment on finit tous par se demander si on ne perd pas la boule. Avec, en plus de ce Where is my mind ?, une bande son de dingue pondue par Mac Quayle. Mais c’est une autre histoire.
  5. Where is my mind ? pourrait être ma toupie. Mon Inception totem. Le truc que je fais tourner, comme DiCaprio dans le film, et qui me permet de savoir où j’en suis, et si je suis éveillé ou endormi. Parfois, c’est rassurant parce que je réalise que je suis bien là où je crois être. Parfois, je me rends compte que je rêve alors que je crois être éveillé (et réciproquement), et là ça peut se compliquer.

Je vous laisse écouter et profiter, j’y retourne pour vérifier que j’ai bien écrit cet article. Parce que, en toute honnêteté, je ne suis pas totalement certain d’être vraiment là.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°40 : Je ne peux plus dire je t’aime (1979) de Jacques Higelin

Y a des jours comme ça, où on imagine livrer son article de la semaine sur une nouveauté, un coup de cœur déniché au fond des bacs d’un disquaire, une pépite inattendue. Mais la vie réserve parfois des surprises, et ce 28 novembre je me suis fait (r)attraper au réveil et au saut du lit par ce magnifique Je ne peux plus dire je t’aime du grand Jacques Higelin.

Voilà une chanson qui atteint cette année ses 40 ans. Quarante années qu’elle se promène au milieu d’un album charnière dans la carrière d’Higelin. Champagne pour tout le monde… Caviar pour les autres (1979) est un double album, initialement sorti en deux disques séparés, avant qu’ils ne soient regroupés en un seul volume. Il n’y a rien à jeter dans ces multiples pistes, que l’on débute avec Champagne ou Cayenne, c’est fini, ou bien que l’on poursuive avec Tête en l’air, L’attentat à la pudeur, ou encore Le fil à la patte du caméléon.

Un double opus charnière qui va à la fois faire passer Higelin des années 70 aux années 80, et ouvrir sa musique sur une nouvelle dimension. Les années 60 ont été synonymes d’expérimentations en tout genre avec Areski et Brigitte Fontaine. Les années 70 ajoutent à ce matériau de départ du rock et un grain de folie supplémentaire et bienvenu. Les années 80 seront celles d’un certaine idée de la chanson française, à la fois pop et de très haute volée.

Champagne/Caviar est donc le témoignage de cette évolution musicale. Un album dont je ne me lasse pas, que je peux écouter en boucle comme d’ailleurs à peu près tout Higelin, d’un disque à l’autre selon mon humeur du moment. Toutefois, cet album a une saveur particulière, peut-être à cause de (ou grâce à) ce Je ne peux plus dire je t’aime, niché à mi-chemin de Caviar et aux trois quarts de Champagne/Caviar, comme une dernière respiration avant la clôture de la fête.

Car il s’agit bien là d’un titre de clôture de fête, tant par son texte finement ciselé et d’une simplicité magnifique, que par sa musique, sorte de murmure intime et profondément humain. Une sorte de constat doux-amer, honnête et aussi plein de promesses. Une résignation tout autant qu’une proposition. Je ne peux plus dire je t’aime donnera lieu, par la suite, à de nombreuses versions en duo et reprises en tout genre. Comme un titre universel, que tout le monde voudrait savoir chanter. Comme une façon de dire les choses que toute personne normalement constituée aimerait maîtriser.

Dernière reprise en date, et pas des moindres : 8 février 2019, Izïa et Arthur H (fille et fils de, faut-il le rappeler ?), rendent hommage au grand Jacques lors de la cérémonie des Victoires de la musique. Comme on est généreux sur Five-Minutes, et que j’ai envie de l’écouter plusieurs fois encore, voici à la fois la version originale par Higelin, suivie de cette magnifique et imparable reprise par les enfants de, avec la charge émotionnelle qui va bien.

Jacques, tu nous manques chaque jour, mais loin de toute commémoration larmoyante, la meilleure chose que l’on puisse faire c’est continuer à écouter tes disques. Et notamment ce Je ne peux plus dire je t’aime qui, paradoxalement, est peut-être la plus belle déclaration d’amour qui soit.

Raf Against The Machine

Review n°41: MAGDALENE de FKA twigs (2019)

En 2014, Tahliah Debrett Barnett alias FKA twigs, tel un papillon sortant de saFKA twigs chrysalide, se révèle au grand public avec son premier album sobrement intitulé LP1. Portée par la production léchée d’Arca, elle propose un r&b tout en émotions et s’impose comme une icone urbaine en puissance. Il aura fallu patienter cinq ans pour que FKA twigs retrouve le chemin du studio et nous offre son deuxième opus, MAGDALENE. Une volonté évidente de se renouveler apparaît, Arca ayant cédé sa place à la production à Nicolas Jaar (dont l’album Space Is Only Noise est brillant au passage) et le résultat gagne ostensiblement en émotion et subtilité.

Le morceau d’ouverture thousand eyes offre une plage de douceur initiale savoureuse avec le chant quasi incantatoire de FKA twigs au milieu d’une orchestration dépouillée et relativement sombre. Tel un cygne, le titre se déploie avec majestuosité, la voix cristalline monte dans les aigus et révèle sa puissance alors que l’instrumentation s’enrichit de multiples petits sons divers. En 5 minutes, la mue s’est brillamment opérée et je finis ce titre en pensant aux trop rares soeurs de Cocorosie. Home with you joue ensuite avec son auditeur en aimant brouiller les pistes, ce piano/voix met en scène l’affrontement entre la voix voccodée de FKA twigs et sa voix juste sublime qui ne cessera de m’évoquer dans tout l’album St Vincent. De l’autre côté le piano lutte contre les drums et diverses sonorités dubstep pour un résultat aussi beau qu’inclassable… Moment de pure magie. Sad day va faire perdurer cet ascenseur émotionnel pour un morceau plein d’émotions, tiraillé entre la voix angélique et le piano d’un côté et de l’autre ces ruptures dubstep où les drums brisent les codes. C’est jouissif et inclassable mais FKA twigs n’est pas seulement dans une démarche arty où elle cherche à briser à l’excès les codes… Ainsi holy terrain avec Future en featuring nous rappelle-t-il que cette dernière ne tourne pas le dos à ses inspirations urbaines en rendant honneur à la trap pour un résultat solide mais qui correspond moins à mes envies suscitées par les premiers morceaux.

Mary magdalene et son orchestration tout en subtilités nous recentre ensuite autour de cette voix capable d’alterner avec brio la douceur et la puissance pour un résultat aussi classique que beau. Mais que dire ensuite de ce fallen alien tombé du ciel? FKA twigs révèle des choses insoupçonnées en elle pour un morceau brillant qui rappelera à beaucoup la folie de Björk et la puissance émotionnelle de St Vincent. Voilà un des titres marquants de cette riche année 2019 (#topdefindanneeenapproche). Pour le coup, mirrored heart paraît ensuite très classique, dans la droite lignée de mary magdalene, en soulignant la beauté incommensurable de la voix de FKA twigs. Finalement la fin de l’album est juste sublime d’émotions en jouant moins la carte des contrastes, comme si FKA twigs assumait pleinement sa mue en une diva arty qui aurait délaissé ses oripeaux urbains. Daybed joue la carte de la sobriété avant le sommet Cellophane, ballade piano/voix à faire pleurer les pierres.

Ce MAGDALENE se sera fait attendre mais la direction choisie par FKA twigs pour sa carrière est enthousiasmante et je dois reconnaître -mea culpa- que je ne m’attendais pas du tout à tant d’émotions d’une artiste dont on avait davantage entendu parler dernièrement de sa relation avec Robert Pattinson que de son envie de composer. Mea culpa et enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°53 : Radiate (Live) (2019) de Jeanne Added

QTB4cQ3H_400x400On me signale dans l’oreillette que Jeanne Added fera son retour dans les bacs dès demain 22 novembre avec une réédition de Radiate (2018). En d’autres termes son deuxième album studio, jadis chroniqué de fort belle façon par le copain Sylphe (et c’est à relire d’un clic ici). Certains pesteront contre cette mode des rééditions d’albums avec des titres inédits, un nouveau packaging ou encore des remixes.

Point de tout ça demain : Radiate (Live) sort en CD (pas de vinyle annoncé à ce jour), augmenté d’une deuxième galette contenant 14 titres live issus de la tournée de Jeanne Added. Des tournées pourrait-on dire : après avoir écumé le pays en formation quatuor rock pendant des mois, notre rémoise préférée est en virée jusque mi-décembre avec « Both sides », une tournée revisitée en mode seule en scène. Une réinterprétation de son répertoire que je n’ai d’ailleurs pas eu la chance d’aller écouter. Jeanne, si tu nous lis, tu peux nous contacter, on t’indiquera quelques salles possibles par chez nous !

Je m’avance pourtant un peu sur le contenu, ne sachant pas exactement de quoi ce disque live sera fait : partie 1 ou partie 2 de la tournée ? Five-Minutes ne fait pas (encore) partie de ceux qui reçoivent les exemplaires promo/presse pour les écouter avant tout le monde. La tracklist laisse tout de même voir un savant mélange de titres des deux albums studios, dont le redoutable et PJHarvien A war is coming. A ce jour, seul Mutate est disponible à l’écoute, mais ce seul titre en version live suffit à m’emballer au-delà du raisonnable. La voix, première arme fatale de Jeanne Added, est très en avant, pénétrante et imparable. Petit plus par rapport à la version studio : la spontanéité live, les légères écorchures au milieu de la clarté qui font se dresser encore un peu plus les poils. Et monter l’émotion.

D’autant que cette pépite live sera disponible, à quelques jours près, un an après avoir vu Jeanne Added sur scène avec la team Five-Minutes. Un souvenir inaltérable. C’était fin novembre 2018 donc, et on avait passé une soirée absolument magique, bouleversante d’émotions et de talent musical. Tout ça avant de croiser Jeanne Added à la sortie de scène. Pour échanger quelques mots, les yeux plein d’étoiles. Pour une photo souvenir très gentiment accordée, avec le sourire s’il vous plait malgré la fatigue du concert, d’une énergie et d’une intensité folles. Pour une dédicace sur le vinyle qui passe et repasse depuis sur ma platine.

C’était fin novembre 2018, presque une autre vie. C’était quelques jours, souviens-toi si tu me lis, après t’avoir fait découvrir Fargo sous la couette qui sent bon. Porté par une espèce d’énergie sereine, je me goinfrais ces heures-là avec une fringale de vie que toi seule avait trouvé le moyen de rassasier. Ce concert de Jeanne Added ne pouvait pas avoir lieu à un meilleur moment pour en ressentir toute la lumière et l’apesanteur. J’ai bu chacune des minutes de Jeanne live comme j’ai dégusté chacun des moments partagés ensemble. Une sorte de moment d’existence ou tout est simple, serein, évident et naturel.

Puis… « Tu n’étais plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis » (piqué à Victor Hugo). La vie joue parfois quelques tours, et ne se ressemble pas toujours d’une année à l’autre. Il faut faire avec. Et, si possible, avec du son qui accompagne tout ça. C’est bien pour cette raison que la réédition Radiate (Live) sera Day One dans ma platine demain, histoire de replonger en musique dans cette douce énergie rock que je ne retrouve nulle part. Un dernier argument ? Radiate, en français, ça donne « Rayonner ».

Raf Against The Machine

Five reasons n°14 : The Leftovers (2014-2017) de Max Richter

Virée TV-musique, pour le son de la semaine : la BO de la série The Leftovers (2014-2017), signée Max Richter. Pourquoi donc s’y replonger et s’extasier, une fois encore, sur ce score de folie ?

  1. Parce que Max Richter est un compositeur dingue. On ne compte plus ses albums, participations, collaborations. A chaque fois, ça fonctionne, notamment dans le récent Ad Astra (2019). C’est émotionnellement puissant, toujours juste, et pour ce qui est d’accompagner des images, parfaitement en accord avec ce que nos yeux reçoivent. Le genre d’artiste qui, à ma connaissance, n’est jamais tombé une fois à côté de son sujet.
  2. Parce qu’on parle ici d’illustrer musicalement une des plus grandes séries TV qui existe. Sans hésiter la série TV des années 2010. Sans trop hésiter non plus, la série TV des années 2000. Sortie de la tête de Damon Lindelof, également à l’origine de Lost (2004-2010) et Watchmen (2019-…), The Leftovers et ses 3 saisons ont même réussi à passer, à mon goût, devant l’indépassable Twin Peaks. Oui, quand même.
  3. Parce que The Leftovers raconte notre monde, nos vies, la perte, le deuil, et la poursuite de l’existence pour ceux qui restent, sans ceux qui ont disparu sans prévenir. C’est un bouleversement émotionnel à chaque épisode et, croyez-moi sur parole, ça recommence avec la même intensité à chaque visionnage.
  4. Parce que ça recommence avec la même intensité à chaque visionnage, et que tout cela n’est sans doute pas étranger à la partition de Max Richter : cordes et piano, au service d’une musique minimaliste, répétitive, entêtante. Les deux titres phares sont, pour moi, The Departure (littéralement « le départ ») et Dona nobis pacem (littéralement « accorde nous la paix »). Ce sont d’ailleurs les deux thèmes récurrents, dans des interprétations et arrangements toujours légèrement différents mais immédiatement reconnaissables. Comme deux balises dans cet océan émotionnel.
  5. Parce que The Leftovers finit aussi par apporter de la lumière, en racontant au final l’histoire d’un amour évident, total et imparable. Loin de toute considération religieuse ou de toute bondieuserie, cette série et sa bande-son visent au-delà. En ciblant l’essentiel et le fondamental de nos vies : la relation humaine, la capacité à se rendre à l’évidence des sentiments, la faculté de se (re)construire avec ceux/celui/celle qui sont là. Sans oublier les disparus. Tout départ est inoubliable. On ne guérit jamais d’une perte. Mais, peut-être, est-il possible de cicatriser un peu. Cette BO, tout autant qu’elle sait nous retourner, peut aussi contribuer à nous apporter un peu de paix.

Parce que, pour résumer, cette série et sa BO m’ont sauvé. Et continuent à le faire.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°51: Fort Greene Park de Battles (2019)

Des nouvelles ce soir des Américains de Battles qui ont comme particularité de proposerBattles un rock très expérimental qui a copulé ardemment avec le math rock, tout ceci produit sur un label électronique extrêmement pointu Warp. Un groupe que j’ai découvert en 2007 avec leur album Mirrored et son titre de folie extatique pure Atlas, espèce d’ovni à la rythmique démentielle… Le deuxième Gloss Drop et sa pochette qui déclencherait des crises d’hyperglycémie à tous les diabétiques du monde m’avait lui aussi séduit avant que nous nous perdions quelque peu de vue. Heureusement pour moi nos chemins viennent de se recroiser avec la sortie de leur quatrième opus Juice B Crypts dont le titre du jour Fort Greene Park est tiré. Ce morceau dont le clip gentiment déjanté nous offre une rétrospective humoristique des moyens de locomotion est porté par son math rock d’une rigueur de métronome. Les machines, la guitare saturée et la batterie de John Stanier se répondent à merveille pour créer un paysage sonore sans cesse tiraillé entre distorsion et ligne mélodique cohérente. Voilà de quoi donner envie d’aller écouter l’opus, enjoy!

Sylphe

Review n°40: The Rare Birds de Kid Loco (2019)

Jean-Yves Prieur, alias Kid Loco, est incontestablement un des artistes-phares de laKid Loco french touch… malheureusement sa discrétion ne lui a pas offert la place médiatique qu’il aurait méritée, le duo Air nageant dans les mêmes eaux profondes et attirant davantage vers lui la lumière. L’année 1997 symbolise pleinement cette impression, on retient tous le coup de maître initial de Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin avec le bijou Moon Safari mais on oublie trop rapidement A Grand Love Story de Kid Loco qui, à mon sens, est la BO parfaite du trip-hop. Un album au pouvoir cinétique infini que je réécoute régulièrement, ovni intemporel qui résiste à toutes les modes. Kid Loco s’est montré très avare en albums par la suite et malgré un très bon Party Animals & Disco Biscuits en 2008 n’a pas surpassé le sommet initial. 8 ans après Confessions Of A Belladonna Eater, il nous revient avec un très beau The Rare Birds qui s’impose pour moi comme un véritable refuge me ramenant à la fin des années 90…

Le morceau d’ouverture Claire et son utilisation des cordes qui n’est pas sans me rappeler le dernier opus de Thylacine nous offre une plage de douceur infinie par sa mélopée lancinante et la psalmodie de Claude Rochard. Le sourire béat se dessine déjà sur mon visage… Soft Landing on Grass part ensuite sur des landes plus désertiques balayées par un vent glacial, l’atmosphère est plus sombre et la voix de Tim Keegan se révèle d’une amplitude désarmante entre spoken word caverneux et montées cristallines. La première grosse claque ce sont les 8 minutes de The Boat Song qui vont me l’affliger, tout en douceur…Une première partie portée par une rythmique downtempo minimaliste et le chant quasi incantatoire de Crayola Lectern avec les cuivres qui ont fait le succès de A Grand Love Story et la rupture au bout de 4 minutes avec ce souffle rock qui vient distiller un sentiment d’urgence surprenant. Les deux ambiances, se mêlent à merveille pour une fausse cacophonie teintée de free-jazz d’une belle intensité.

Après un Venus Alice in Dub plus classique dans son approche downtempo et rappelant les sonorités indiennes de Big Calm de Morcheeba, Unfair Game et la voix mystique d’Olga Kouklaki obscurcit le paysage pour un résultat qui aurait pleinement eu sa place sur le dernier Trentemøller et qui brille par sa grâce. Olga Kouklaki est une belle découverte que je prendrai plaisir à retrouver dans le morceau final The Bond et son atmosphère angoissante. Passé un Yes Please, No Lord! dont l’ambiance free-jaz et les cuivres omniprésents me séduisent moins et me paraissent un peu datés, Aquarium Lovers brille par sa capacité à mettre en place un superbe tableau sonore évoquant les fonds marins, entre attraction et inquiétude. La deuxième partie du titre est particulièrement touchante avec une intensité grandissante digne des moments d’apaisement de Mogwai.

Globalement la fin de l’album me séduit un peu moins, la voix trop limpide et trop pop de Thomas Richet sur No Tether ne fonctionne pas pour moi et Blind Me n’est pas d’un intérêt vital. Heureusement, Motherspliff Connection vient distiller ses influences hip-hop pour un résultat d’une grande coolitude et me rappeler les sous-estimés Troublemakers (vite aller écouter leur album Doubts & Convictions) et Bob’s Ur Unkle aurait pleinement eu sa place sur A Grand Love Story par son pouvoir cinétique et son ambiance inquiétante.

Vous avez aimé A Grand Love Story et les différents albums de Kid Loco ? Vous pouvez foncer les yeux fermés. Pour les autres, ce The Rare Birds est une porte d’entrée de qualité pour découvrir la discographie d’un orfèvre des sons, enjoy!

Sylphe