Review n°64: Lundi Méchant de Gaël Faye (2020)

Nouveau sérieux prétendant pour le titre de meilleur album de l’année 2020 aujourd’hui… ArrêtezGael Faye de remplir vos attestations numériques pour sortir votre chien pour la cinquième fois de la journée et retrouvez votre canapé qui se façonne depuis 2 semaines pour devenir le moule parfait de votre fessier… Après Pili pili sur un croissant au beurre en 2013, Gaël Faye vient tout juste de sortir son deuxième album Lundi Méchant qui s’impose comme un maëlstrom d’émotions, entre rage des injustices et foi en une humanité qui va enfin se relever. Un véritable hymne à la vie tout simplement. Si vous ne connaissez pas la musique de Gaël Faye, vous avez peut-être eu la chance de lire Petit Pays sorti en 2016, premier roman d’inspiration autobiographique qui s’appuie sur la vie du narrateur au Rwanda avant le génocide et l’exil vers la France. Un premier roman plein d’humanité ne tombant pas dans le pathos qui a mérité amplement le Prix Goncourt des Lycéens.

Pour en revenir à ce Lundi Méchant, je suis particulièrement séduit par la plume acérée de Gaël Faye dont les mots peuvent être extrêmement durs tout en sonnant vraiment justes. Le tableau de notre société occidentale, entre médias et racisme, est sans concession et d’une noirceur étouffante. Cependant, la volonté de se rebeller et de s’appuyer sur les racines d’une Afrique qui aime profondément vivre et danser arrive paradoxalement à nous donner le sourire. On profite de notre dimanche pour parcourir ensemble ce Lundi Méchant et se préparer au réveil difficile de demain…

Le morceau d’ouverture Kerozen apporte une douceur cotonneuse à partir de la thématique dure de l’émigration, le chant n’est pas sans rappeler TERRENOIRE dans sa capacité à nous caresser de sa poésie -« Je t’inventerai des exils/ Des archipels fragiles » du refrain – tout en se montrant plus âpre avec un flow coupé à la serpe du rap « L’existence mord comme un coup de tesson/ Je rêve, je dors, je vis sous pression/La ville dehors est comme sous caisson ». Ce morceau tout en contrastes amène sur un plateau le premier titre marquant Respire qui brille par sa volonté de dénoncer le rythme oppressant de nos vies en insufflant un souffle quasi pop. Le refrain fonctionne à merveille et l’on retrouve une intensité digne de Stromae. Cette dénonciation du rythme de nos vies quotidiennes occidentales se retrouvera dans le titre éponyme Lundi méchant où le flow de Gaël Faye est encore plus percutant, les mots claquant fort et sec.

Passés un Chalouper et ses sonorités caraïbéennes incitant les corps à bouger pour lutter contre nos présents difficiles et un Boomer qui est le titre de l’album me touchant le moins, son rap manquant de finesse et se montrant trop facilement frontal, Only Way Is Up me séduit en particulier grâce à la voix chaude et réconfortante de Jacob Banks. Après Lundi Méchant, le trio suivant touche au sublime: C’est cool entrelace tout d’abord la jeunesse innocente et les médias avec en point d’orgue la cicatrice indélébile du génocide au Rwanda, le pouvoir des images est dénoncé subtilement, de même que l’égoïsme de notre société « Quand le drame est bien trop grand, il se transforme en statistiques/Et Lady Di a plus de poids qu’un million de morts en Afrique/L’ignorance est moins mortelle que l’indifférence aux sanglots/Les hommes sont des hommes pour les hommes et les loups ne sont que des chiots/Alors on agonise en silence dans un cri sans écho ». Les paroles de ce titre sont brillantes et, si vous êtes nés au début des années 80 (Gaël Faye est né en 1982) vous reconnaitrez vous aussi votre enfance « Ma jeunesse s’écoule/Entre un mur qui tombe et deux tours qui s’écroulent ». Vient alors une véritable pépite taillée dans l’émotion la plus pure, un postulant au plus beau titre de 2020 (et plus si affinités), avec Seuls et vaincus. La douceur du piano et les cordes sur la fin, un ascenseur émotionnel qui ne cesse de monter, des paroles écrites par Christiane Taubira (excusez du peu) d’une justesse infinie qui dénoncent les travers de notre société, un flow dépouillé où l’on sent le feu sous la glace, le chant final de Melissa Laveaux, ce morceau vous fera briller les yeux. Je ne résiste pas à la tentation de citer ces mots « Vous finirez seuls et vaincus, grands éructants rudimentaires/Insouciants face à nos errances sur la rude écale de la Terre/Indifférents aux pulsations qui lâchent laisse à l’espérance » ou encore « Vous finirez seuls et vaincus car invincible est notre ardeur/Et si ardent notre présent, incandescent notre avenir/Grâce à la tendresse qui survit à ce passé simple et composé ». Le dernier morceau du trio Lueurs est un cri de moins de 2 minutes sortant des entrailles, ce cri contre les ravages du racisme et de l’esclavagisme est d’une intensité folle et me fait vibrer.


Difficile de se remettre de ces trois derniers titres…Histoire d’amour paraît bien léger ensuite en posant de jolis mots sur la relation amoureuse, NYC nous offre un rap très 90’s à la IAM pour une découverte subtile de New-York, JTIL (Jump in the line) apporte des sonorités plus ensoleillées et rappelle le démon de la danse. Le dernier grand moment de l’album Zanzibar est illuminé par le piano de Guillaume Poncelet et la douce mélancolie des paroles avant que Kwibuka en featuring avec Samuel Kamanzi n’évoque avec poésie et émotion le besoin de se souvenir et de ne pas oublier les victimes du génocide rwandais. Besoin d’humanité et de poésie? Vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire, enjoy! Merci Gaël Faye d’exister…

 

Sylphe

Five Reasons n°24 : Winter is for lovers (2020) de Ben Harper

ben_harper_winter_is_for_lovers-510x510Petit décalage hebdomadaire : non, vous ne rêvez pas, nous sommes bien samedi et c’est bien la livraison habituellement postée le jeudi. Ça arrive, et il fallait bien prendre le temps nécessaire pour décortiquer ce Winter is for lovers, dernier album studio de Ben Harper. En début de mois, on s’était fait très agréablement surprendre par l’inattendu Trésors cachés & Perles rares de CharlElie Couture. En ce même mois de novembre, on se refait très agréablement surprendre par ce tout aussi inattendu 17e album studio de Ben Harper. Winter is for lovers est tombé dans les bacs voici quelques jours. Inattendu par sa venue et son contenu, renversant par sa qualité : tour du proprio en five reasons chrono.

  1. Winter is for lovers est une forme de retour aux sources dans la discographie de Ben Harper. On a découvert le garçon au début des années 1990 avec deux albums exceptionnels, à savoir Pleasure and Pain (1992) et Welcome to the cruel world (1994). Deux galettes quasi-acoustiques dans lesquelles l’artiste met très en avant sa voix, mais surtout sa maîtrise déjà dingue de la guitare folk, qu’elle soit classique ou lap-steel. La lap-steel guitare, autrement dit l’équivalent d’une pedal-steel sans pédale : une slide guitare qui se joue posée à plat sur les genoux. On y reviendra. Pour qui a aimé Pleasure and Pain et Welcome to the cruel world, impossible de rater ce Winter is for lovers. Istanbul en ouverture des 15 titres donnent les mêmes émotions que The three of us en 1994. De l’instrumental solo, comme une invitation intime et frissonnante.
  2. La différence entre les deux albums de 1992 et 1994 et celui du jour, c’est que l’instrumental ne s’arrête pas là. Winter is for lovers est un disque exclusivement instrumental et solo. Aucune voix, aucun autre instrument. Ben Harper déroule 15 titres uniquement interprétés sur sa fameuse lap-steel guitare Weissenborn. Une marque de guitares hawaïennes qu’il connaît bien, puisqu’il en joue depuis son enfance californienne, aidé en cela par la petite entreprise familiale de magasin d’instruments de musique dans laquelle il a passé pas mal de temps. Jouer de la Weissenborn, c’est ce que Ben Harper fait de mieux. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il est bon sur d’autres instruments, et il chante terriblement bien. Néanmoins, la Weissenborn c’est son ADN musical : la maîtrise impressionnante qu’il en a dès qu’il en joue en est la preuve éclatante.
  3. Less is more : cet adage est le fil rouge de Winter is for lovers. Dépouillé de tout autre instrument, de toute voix et de tout arrangement, l’album est également minimaliste au cœur de ses compositions. Un dépouillement total qui permet de se recentrer sur l’essentiel. Avec la sensation d’un Ben Harper dans son salon (ou dans le nôtre), les 32 minutes de cette galette invitent à l’introspection. Cette évidence d’un retour aux sources (musicales) pour mesurer le chemin parcouru saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles. Mais loin de faire du réchauffé, Ben Harper livre un éventail de tout ce qu’il sait faire, et de ses différentes influences musicales. Blues, soul et folk se mêlent pour une démonstration d’un des plus grands musicos/guitaristes de l’histoire. Pas tant dans sa technicité que dans sa sensibilité à nous emmener très loin.
  4. C’est précisément l’autre versant de Winter is for lovers. Dans une période où l’on passe de confinement en confinement, d’une pièce à l’autre et du lit au boulot, Ben Harper envoie 15 titres qui portent tous le nom d’un endroit du monde : ville, quartier, lieu, pays, tout est bon pour nous balader à travers la planète au travers de diverses ambiances. Que l’on soit à Istanbul, Inland Empire, London, Verona, Montreal ou Paris, on est avec Ben Harper pour un mini tour du monde au travers de lieux qui comptent pour lui, et parfois pour nous. Difficile de distinguer plus un titre d’un autre, et de l’isoler, tant la demi-heure de l’album s’enchaine comme un seul et même long morceau composé de mouvements. Alors que Ben Harper avait déjà ajouté le jazz dans sa musique en construisant des titres alternant thèmes et chorus libres (réécoutez ses lives, c’est monstrueux de maîtrise), il y ajoute la sensation de musique classique en proposant un album bâti comme un seul titre de 32 minutes qui varie les tempos et les mélodies.
  5. Faut-il une raison supplémentaire ? Non, mais je rajoute une couche. La pochette est sublime, avec une photo de rue sous la neige qui me rappelle immanquablement la pochette de The Freewheelin’ Bob Dylan, deuxième album de Dylan, sur laquelle on le voit marcher dans la rue avec à son bras Suze Rotolo, sa petite amie de l’époque. Comment ne pas faire le rapprochement ? Enfin, pour disséquer un peu son titre, Winter is for lovers est le disque qu’il nous faut. Pour toutes les raisons déjà évoquées, parce que c’est un album qui fait un bien de dingue et qui apaise. Et parce que, même sans Winter (je sais pas chez vous, mais on est fin novembre et il fait encore tranquilloum 15 degrés en journée…) et même sans lover, ce nouvel opus de Ben Harper vous remplira de douces sensations.

Vous l’avez compris, je suis plus que totalement conquis par Winter is for lovers. Pendant longtemps, et au gré de la carrière de Ben Harper et des différentes formations dans lesquelles il a évolué, j’ai toujours trouvé que la meilleure formule (hors le solo) était celle des Innocent Criminals. En témoignent le retour de ce groupe en 2015 et les quatre soirées au Fillmore de San Francisco en mars 2015, enregistrées et mises en ligne gratuitement à l’époque par Ben Harper himself. Quatre soirées d’anthologie avec des versions démentes de presque toute la disco de la formation. Je maintiens mon avis sur les Innocent Criminals, mais franchement, ce Winter is lovers constitue la quintessence de ce j’aime dans le son Ben Harper.

Après S16 de Woodkid et Trésors cachés & Perles rares de CharlElie Couture, cette fin 2020 est riche en grands albums avec le Winter is for lovers du jour. L’automne 2020 est puissant musicalement, avec en plus quelques rééditions de folie qui viennent se greffer. On a de quoi faire pour les semaines à venir, et on en reparle très bientôt.

Raf Against The Machine

Review n°63: Pure Luxury de NZCA LINES (2020)

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au troisième album de NZCA LINES Pure Luxury sorti cetNZCA LINES été mais que j’avais laissé totalement passer. Il faut croire que le déconfinement estival m’avait quelque peu déconnecté de l’actualité musicale… Derrière ce nom de groupe un brin mystérieux se cache un trio composé de Charlotte Hatherley, Sarah Jones et le chanteur/compositeur Michael Lovett. Sans manquer de respect à ses deux compagnes, Michael Lovett que l’on connaît aussi pour sa participation en tant que guitariste et claviériste aux génialissimes Metronomy est véritablement le coeur et le poumon de NZCA LINES. Après deux albums riches de belles promesses, NZCA/LINES en 2012 et Infinite Summer en 2016 (à réécouter de toute urgence, en particulier pour savourer la pépite Two Hearts), ce Pure Luxury donne définitivement ses lettres de noblesse à un artiste qui réussit à se réinventer tout en ne reniant pas l’héritage hautement recommandable de Metronomy. Ce troisième opus arrive ainsi à brillamment croiser la synth-pop originelle avec la sensualité d’un disco funk digne de Prince, le résultat entraînant sans être faussement naïf (la dénonciation du consumérisme étant confirmé par cette pochette brillante) devrait vous donner envie de bouger sans retenue.

Le morceau d’ouverture, l’éponyme Pure Luxury, mérite amplement d’avoir donné son nom à l’album tant c’est un single en puissance à fort potentiel addictif. Synthés gourmands et sonorités ludiques à la Metronomy, ambiance disco lumineuse, pouvoir tyrannique du refrain à la mélodie imparable, ce riff de guitare brillant sur la fin du morceau, l’ensemble me donne une folle envie de danser nu chez moi, ce qui devient difficile quand tu sais que tes voisins confinés peuvent te voir à tout moment… En tout cas, refus du luxe et danser tout nu, on est dans le thème. Real Good Time et sa voix inaugurale gonflée aux hormones, Barry White si tu nous entends, vient ensuite proposer un funk sexy en diable qui flirte avec les limites du dance-floor. La voix dans les aigus réveille le démon de Prince, ce qui sera confirmé avec le deuxième tube imparable de l’album, Prisoner Love. Sur la thématique rebattue du pouvoir arbitraire de l’amour, NZCA LINES construit une électro-pop jouissive avec son refrain lumineux.

On retrouve un bijou de pop sensuelle illuminée par le piano et les cordes avec For Your Love (en featuring avec VIAA) qui confirme bien l’influence de la fin des années 70/ Début 80. Il devient de plus en plus difficile de rester habillé… L’atmosphère feutrée de Take This Apart et la douceur de la voix viennent tempérer ton rythme cardiaque même si la montée électrique finale vient te cueillir par surprise, distillant une subtile et mystérieuse touche de post-rock. Un Opening Night clairement estampillé Metronomy avec ses synthés en rupture et sa basse qui confirme le réchauffement climatique, un Larsen  plus sombre et incisif, un Primp & Shine aux accents garage qui déroule plus de 6 minutes d’orfèvrerie musicale et un Tonight Is All That Really Matters final passé sous le tromboscope des synthés confirment l’homogénéité de cet album qui ne connaît aucun temps faible. Tu cherches un album prétexte pour danser nu chez toi ou plus largement de l’électro-pop d’une sensualité folle pour oublier ce monde de merde? Tu sais désormais ce qu’il te reste à faire, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°61: Daydream In Blue de I Monster (2003)

Un petit son tout en douceur et en contrastes aujourd’hui avant de parler demain du dernier albumI Monster de NZCA Lines. Le groupe I Monster, composé de Dean Honer et Jarrod Gosling, n’a pas forcément eu la carrière qu’il méritait et peut probablement regretter que les talentueux Air aient attiré sur eux les projecteurs d’une musique électronique aérienne et cinématique. Leur deuxième opus Neveroddoreven sorti en 2003 restera le sommet de leur carrière et regorge de jolies trouvailles sonores. Le titre du jour Daydream In Blue devrait immédiatement parler à vos oreilles averties car il a figuré dans de nombreuses pubs. Ce titre est une reprise de Daydream des Belges de Wallace Collection, plage finale de leur album Laughing Cavalier enregistré aux studios d’Abbey Road et sorti en 1969. Le morceau de base qui s’appuie sur le final du Lac des Cygnes de Tchaikovski met à l’honneur cette mélodie touchante d’ingénuité avec cet art des choeurs propres aux années 60-70. La reprise d’I Monster brille par la volonté d’insuffler un souffle électronique et surtout une dichotomie séduisante avec ces poussées électriques qui révèlent l’évolution de ce rêve devenant « dirty ». Le clip vous éclairera assez limpidement sur les paroles si vous avez laissé votre anglais en confinement… Voilà en tout cas un album qui mérite amplement d’être réécouté ou découvert (on a un peu de temps devant nous les weekend non?), enjoy!

 

Sylphe

Reprise du jour n°4 : Desolation Row de Bob Dylan (1965) par My Chemical Romance (2009)

Avant de poursuivre l’exploration de ce mois de novembre et de ses nombreuses belles sorties musicales, faisons une parenthèse reprise avec un de mes titres préférés, tout artiste et époque confondus. Desolation Row fête cette année ses 55 ans et clôt, du haut de ses 11 minutes et quelques, Highway 61 revisited, le 6e album de Bob Dylan.

D’un côté, donc, Bob Dylan aka Robert Zimmerman. Aujourd’hui 79 ans au compteur, il affiche 61 ans d’activité artistique à travers, bien sûr, sa musique, mais aussi la peinture et la sculpture. Des albums par dizaines, le prix Nobel de littérature en 2016 et, depuis 1988, un Never Ending Tour consistant en un enchainement incessant de concerts et de tournées : voilà qui est Dylan. Un artiste incontournable des 20e et 21e siècles et une des figures majeures de la musique populaire occidentale, qui a livré quelques-unes des plus belles galettes qui garnissent ma discothèque. Highway 61 revisited en fait partie. Bourré de pépites, il recèle notamment le célèbre Like a Rolling Stone, et donc notre Desolation Row du jour. D’une durée inhabituelle de plus de 10 minutes, ce titre est également inédit dans sa construction et dans sa narration. Comme quasiment chaque titre de Dylan issu de ses 7 premiers albums, Desolation Row est un classique absolu, un des piliers de l’univers dylanien et, au-delà, du monde folk-rock. Le genre de classique intouchable ? Oui, jusqu’à ce qu’une poignée de garnements décide de toiletter l’ensemble, de fort belle façon.

De l’autre côté, nous trouvons My Chemical Romance. Un quatuor de rock alternatif américain, qui a officié de 2001 à 2013, puis a fait son retour en 2019. Plutôt adepte d’un rock énergique et qui envoie le bouzin, la formation s’empare en 2009 de Desolation Row pour en livrer une version condensée, percutante et sans concession. Il est difficile, sur les premières notes, de reconnaître le classique de Dylan, tant My Chemical Romance a sorti les guitares et poussé à fond les potards. Vient ensuite se greffer la voix de Gerard Way qui, sans rechercher de comparaison facile, me fait penser à la fois à Billy Corgan des Smashing Pumpkins et Johnny Rotten des Sex Pistols. L’esprit punk est d’ailleurs assez présent dans notre reprise du jour, tellement on a la sensation d’entendre, en sous-titre de cette réinterprétation, une remarque du genre : « Ouais, on dézingue un classique dylanien, et si ça vous déplaît, tant pis. Never mind the bollocks ! » My Chemical Romance bouscule le classique et le réinvente, avec cependant tout le respect qui se doit.

Cette reprise de Desolation Row et cette sensation punk ont trouvé leur prolongement au cinéma, toujours en 2009. Lorsque s’amorce le générique de fin du film Watchmen, les gardiens de Zack Snyder, c’est le son de My Chemical Romance qui nous submerge. Or, qu’est donc Watchmen à l’origine ? Un comics/roman graphique sorti au milieu des années 80, sous la plume d’Alan Moore et Dave Gibbons. Mais pas n’importe quel comics : Watchmen est précisément une relecture du comics de super-héros, tout en distorsion et en punkitude. Tous les codes super-héroïques sont présents, pour être mieux dégommés, retournés, secoués. En réalité, My Chemical Romance fait avec le titre de Dylan ce que Moore a fait 30 ans plus tôt avec les classiques de la BD anglo-américaine. Dans un cas comme dans l’autre, c’est rock, c’est osé, c’est un peu bordélique, mais c’est intelligent et au final terriblement jouissif. Desolation Row par My Chemical Romance, c’est juste le son qu’il nous faut ce soir. Enjoy, comme dirait mon gars sûr Sylphe !

Raf Against The Machine

Review n°62: Midnight Resistance de The Toxic Avenger (2020)

Je vous propose aujourd’hui la découverte d’un album facile d’accès car c’est très clairement  ce dontThe Toxic Avenger j’ai besoin en ce moment. Je ne connaissais Simon Delacroix alias The Toxic Avenger (du nom d’un film d’horreur parodique de 1985) que de nom et ce cinquième opus studio Midnight Resistance, sorti cet été, est le premier que je prends véritablement le temps d’écouter. Bien m’en a pris car ces 56 minutes me permettent de m’évader facilement, même si l’album aurait peut-être gagné à être allégé sur sa deuxième partie. The Toxic Avenger s’est fait connaître par ses nombreux remixes avant de publier des albums mettant en avant sa patte électronique. Ce Midnight Resistance surprend par son hétérogénéité qui, au fil des écoutes, forme un tout cohérent et séduisant.

Le morceau d’ouverture Americana joue d’emblée la carte d’une électro au pouvoir cinétique évident. Rythmique sombre et prenant aux tripes, synthés spatiaux, voix voccodées, le résultat serait digne de figurer sur la BO d’un film de science-fiction. Cette ouverture majestueuse ouvre la voix à un Lies à l’atmosphère totalement différente. En featuring avec Sam Battle alias LOOK MUM NO COMPUTER , c’est la carte de l’électro-pop qui est abattue sans aucune retenue. La voix et la mélodie fonctionnent parfaitement et m’évoquent les pépites des premiers albums de The Shoes. Midnight Resistance, le titre éponyme, referme ce tryptique initial d’une grande hétérogénéité d’une manière abrupte. Je reconnais avoir un peu de mal à adhérer pleinement à ce titre indus assez âpre aux sonorités taillées dans une roche noire comme la nuit même si l’accélération finale n’est pas sans m’évoquer les souvenirs de Birdy Nam Nam ou Vitalic.

Les quatre titres suivants donnent ensuite toute sa valeur à ce Midnight Resistance. I Need You séduit par son électro d’une grande sensualité avec ses synthés omniprésents, Rent Boy ne peut que me plaire car Jay-Jay Johanson vient poser son timbre mélancolique sur une rythmique à la frontière de la pop mais que dire de ЧЕРНОЕ ЛЕТО (à traduire par Black Summer) qui s’impose comme une vraie déflagration sonore! Pépite électro que n’aurait pas reniée Thylacine sur son dernier album Timeless, ce titre brille par sa tension sous-jacente et sa montée imparable avec les cordes. Je vous dirais bien que c’est un morceau taillé pour les dance-floors mais bon en ce moment cette phrase perd tout son sens… L’avenir d’avant avec Diamond Deuklo en featuring referme ce quatuor brillant en nous donnant l’impression de s’être échappé de la BO de Drive

La deuxième partie perd un peu en intensité, il faut le reconnaître. Ornette et Simone apportent la douceur de leur voix sur respectivement Mandala et Falling Apart pour une électro-pop de qualité mais sans grande originalité, même si l’on appréciera le message de fraternité de Mandala. On Sight propose une électro qui met à l’honneur la bidouille et le bricolage (sans rien de péjoratif) mais finalement je préfère retenir de cette deuxième partie l’électro tout en boucles de Long Hair, Black Leather Jacket! et surtout On My Own illuminé par la grâce du piano de Maxence Cyrin (dont mon ami Raf Against The Machine vous a déjà plusieurs fois parlé) et sublime d’émotions.

Besoin d’une parenthèse en ce monde de brutes? Midnight Resistance vous attend désormais, enjoy!

Sylphe

Five reasons n°23 : Trésors cachés & Perles rares (2020) de CharlElie Couture

Tresors-caches-et-perles-raresVoilà un album auquel on ne s’attendait pas vraiment, et qui nous attrape de façon un peu inattendue. Quoique. Pas tout à fait. Je m’explique. Un an après Même pas sommeil (2019), CharlElie Couture est déjà de retour dans les bacs avec un disque annoncé l’été dernier, pour une sortie la semaine dernière. Trésors cachés & Perles rares est un assemblage de titres peu connus et réarrangés, ou inédits. J’avoue avoir déclenché direct (et un peu automatiquement) la précommande, mais après plusieurs écoutes en boucle, cette galette me procure bien plus de sensations que je ne l’avais imaginé. Pourquoi foncer sur ce Trésors cachés & Perles rares ? Explication en five reasons chrono.

1. En premier lieu, on ne va pas se priver d’un album de CharlElie Couture. Discographiquement actif depuis 1978, à la tête de 23 albums studio et 17 BO de films, le garçon est une valeur sûre pour qui accroche un minimum à son univers et son approche artistique. Depuis ses Poèmes rock (1981) à l’excellent Lafayette (2016) enregistré en Louisiane, en passant par Solo Boys (1987) ou encore Casque nu (1997), aucun album n’est à jeter, et tous sont mêmes hautement recommandables. Certains plus que d’autres encore, mais peu importe. A intervalles réguliers, CharlElie Couture crée et offre de nouveaux titres qui font du bien. En d’autres termes, l’assurance de ne pas tomber dans une soupe insipide.

2. Plonger dans un album de CharlElie, c’est croiser des personnages vivants des tranches de vie, mais également explorer des moments suspendus en vue multi-angles. Trésors cachés & Perles rares n’échappe pas à la règle. Qui je suis, qui je fuis narre l’après d’une errance post-adultère sans avant, sans lendemain et sans engagement. Plus tôt, Goodnight Esmeralda #2 nous embarque dans une chronique nocturne faite d’images mentales et de clichés pris au hasard de la nuit. Avec un énorme clin d’œil à Keep on movin’ (Esmeralda 2nd) de l’album Solo Boys, ou la même nuit vue par un autre personnage. CharlElie est un génial conteur d’histoires, qui sait, en quelques mots et parfois peu de notes, faire apparaître des scènes tantôt photographiées, tantôt dessinées, tantôt sculptées. Plutôt logique pour un artiste multi-supports qui se définit comme multiste et à la recherche de l’Art total.

3. Un album de CharlElie, c’est aussi se livrer à des regards sur le monde du moment et sur soi-même. Faits divers et autres histoires renvoie, avec son texte presque récité, à la litanie des actualités égrenées sur nos multiples chaines d’info, tandis que Nés trop loin #2 raconte la quête et l’espoir d’un monde d’égalité(s). L’introspection personnelle est de mise avec Retourne-toi (#2), sorte de chronique douce-amère de l’adolescence et de sa part d’insouciance, ou Une main dans la mienne qui décrypte en mode piano blues ce que peut être le péril de la solitude et le besoin de l’autre pour ne pas s’égarer soi-même. Quant à Ecrire (littérature), c’est un véritable texte méta récité sur des samples et nappes électros. Une réflexion sur la création doublée d’une sensualité vénéneuse et torride. Sans doute mon titre préféré de cet opus.

4. Musicalement, où en est CharlElie sur ce 23e album ? Clairement dans le blues rock plutôt minimaliste, d’autant que ces versions sont faites pour partir en tournée Solo+ (si c’est possible un jour) sous un format piano-guitare (et parfois quelques invités au gré des dates et lieux de concerts). Du piano blues, du blues rock tendance Chicago blues, mais aussi du blues limite poisseux et ténébreux, à travers notamment Ecrire (littérature) et la nouvelle version de La ballade de Serge K : la déambulation en mode no future du désespéré et nihiliste Serge K qui renvoie autant au Quoi faire ? (1982) qu’à la BO et à l’univers de Tchao Pantin (1983). C’est clairement très bon, les arrangements sont hypnotiques et les 10 titres de l’album sont, textuellement comme musicalement, d’une résonance étonnamment actuelle et contemporaine.

5. Dix titres : tout à une fin, même les meilleures choses, et ce Trésors cachés & Perles rares en fait partie. Il se clôt avec Il neige sur Oxford, une sorte de profession de foi/manuel d’utilisation de l’album qui n’arrive qu’à la fin. Les 9 morceaux précédents dessinent, sans que l’on s’y attende au départ, une vision globale et cohérente de notre époque. Néanmoins, chacun d’eux nous sort de cette réalité par touches poétiques, comme autant de moments d’évasion pour mieux supporter le monde actuel tout en le regardant à travers le prisme CharlElie. Dans cette chanson, le personnage qui s’éveille en hiver, alors qu’il pensait être en juillet, c’est chacun de nous : l’auditeur de ce disque est rattrapé par ce « Me revoilà dans la réalité » : « On sait tous que la raison peut tuer l’imagination / Alors inventons des poèmes à tiroirs / Des morceaux de musique en forme de poire / Des histoires pleines d’espoir / Pour faire s’envoler l’esprit des grands et des petits ». Avec Lewis Carroll en référence appuyée, ce titre referme intelligemment et avec grande élégance Trésors cachés & Perles rares. En donnant immédiatement envie d’y retourner.

Après un mois d’octobre musicalement marqué par le brillant S16 de Woodkid, novembre et son flot de sorties débute de la plus belle des façons avec ce nouvel album de CharlElie. Trésors cachés & Perles rares porte bien son titre. Cette galette tombe à point nommé et réussit la double performance de parler pleinement des sensations de notre époque tout en nous permettant de nous en extraire. C’est assez brillant, et il n’y a aucune raison que cet album perde en qualité avec le temps, puisqu’il s’agit justement de titres parfois anciens repris/remaniés qui affichent toujours une sensibilité très actuelle. En attendant les (possibles) autres pépites à venir dans le mois, on remet CharlElie sur la platine et on s’évade. Sans retenue.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°77: Are We Alright Again d’Eels (2020)

Depuis 1996 et le très beau Beautiful Freak (si, si, vous connaissez forcément cette couverture Eelsd’album avec une petite fille effrayante par ses yeux démesurément grands), les Américains d’Eels mènent une très belle carrière en grande partie grâce à la sensibilité de leur chanteur Mark Oliver Everett que je rêverais de cotoyer tous les jours tant il sait sublimer notre quotidien sombre et distiller sa belle poésie avec grâce. Le treizième opus du groupe Earth to Dora vient de sortir en cette période complexe (et ce ne sont pas les résultats provisoires des élections américaines qui vont nous réconcilier avec les gens…) et c’est toujours avec plaisir que je retrouve le timbre éraillé de Mark Oliver Everett. Le titre du jour Are We Alright Again suffit amplement à mon bonheur avec sa petite mélodie faussement enfantine et ses paroles empreintes d’un optimisme salvateur. Le clown triste de notre époque a de nouveau frappé et finit sur des mots que l’on peine de plus en plus à croire, « Yeah, I think we’re alright ». En même temps écouter Earth to Dora est à coup sûr une première étape valable dans la quête du bonheur perdu, enjoy!

 

Sylphe

Reprise du jour n°3 : Where is my mind ? de The Pixies (1988) par Maxence Cyrin (2010) et The Motion (2019)

Triple combo pour ce jeudi avec un titre phare, un titre culte, un titre incontournable de ma discothèque : Where is my mind ? paru en 1988 sur Surfer Rosa, le premier et excellent album de The Pixies. Disque séminal et matriciel pour toute la scène rock à venir, du grunge de Nirvana aux sons bruts des Smashing Pumpkins ou de PJ Harvey. Bref, impossible de passer à côté, que ce soit à l’époque, ou encore de nos jours pour qui aime un tant soit peu le rock.

Surfer Rosa est un album brillant, rehaussé et illuminé en son exact milieu par Where is my mind ?, qu’on pourrait traduire strictement par « Où est mon esprit ? », un peu moins littéralement par « Où ai-je la tête ? ». Ce titre vit sa vie depuis maintenant 32 ans, étant maintes fois utilisé au cinéma ou dans les séries TV, ou encore repris par divers artistes. Côté ciné, on pensera évidemment au final de Fight Club accompagné de cette rengaine punk-dépressive dans sa version originale : rarement le propos d’un film et sa conclusion (notamment musicale) auront été aussi bien ajustés. No spoil pour celles et ceux qui n’auraient encore pas vu ce grand film de David Fincher, adapté du non moins grand roman de Chuck Palahniuk, mais si vous aimez les histoires qui retournent un peu le crâne, foncez, c’est du bon. Côté séries TV qui secouent la tête, on entend Where is my mind ? en fin de saison 1 de Mr. Robot (là encore, c’est judicieusement placé et c’est une belle référence à Fight Club), dans une version piano solo qui constituera notre première reprise.

Prenant le contrepied total des Pixies, de leurs guitares grinçantes et du son rock garage, Maxence Cyrin interprète seul, au piano, sa version de Where is my mind ?. A ce jour, c’est une des versions les plus émouvantes et touchantes que je connaisse de ce titre. Un mélange de tête à l’envers et d’apaisement qui semble raconter que, désormais, tout va aller mieux. Cette interprétation est disponible sur l’album Novö Piano (2010), constitué de 10 reprises au total. Si vous aimez cette version de Where is my mind ?, n’hésitez pas à découvrir le reste de l’album, pour y entendre des relectures inattendues de Lithium de Nirvana, Kids de MGMT ou encore Around the World de Daft Punk. Bref, Maxence Cyrin livre là une très chouette interprétation qui fait du bien.

Cerise et troisième élément du combo du jour, une reprise trouvée presque par hasard en farfouillant sur le Net dans les multiples versions de notre Where is my mind ?. Cette fois, c’est The Motion qui est aux commandes. Un artiste dont, en toute honnêteté, j’avoue ne pas connaitre grand-chose du parcours. En revanche, je me suis baladé dans son travail, puisque d’autres titres connus passent entre ses mains pour une réinterpréation retrowave/synthwave. Dans le cas de Where is my mind ?, ça sonne très proche de A Real Hero de College, entendu notamment dans le film Drive, et dont on avait fait un son estival du jour à relire/réécouter ici. Là encore, avec d’autres sonorités, The Motion livre une version apaisée et apaisante qui, tout en apportant sa bouffée d’air, conserve le mode tête à l’envers originel.

Si, comme moi, vous êtes dingues de ce Where is my mind ?, voilà donc l’original et deux confiseries pour le réécouter sous différentes formes et varier un peu les plaisirs. Si c’est plutôt le challenge reprise qui vous attire, vous êtes au bon endroit, puisque ce titre bénéficie de nombreuses reprises/versions, outre les deux proposées aujourd’hui. Si, enfin, c’est le besoin de bon son qui vous amène, j’espère vous en avoir apporté quelques minutes. Where is my mind ? A la porte du confinement.

Raf Against The Machine

Five Titles n°14: The Ascension de Sufjan Stevens (2020)

Avec trois de jours de retard par rapport à ce qui était prévu, nous voilà donc aux Etats-Unis pour laSufjan Stevens 2 suite de notre road-trip musical des vacances. 3 jours à se torturer l’esprit face à ce gargantuesque onzième opus de Sufjan Stevens, The Ascension, que je voulais chroniquer entièrement mais que je vais finalement aborder plus modestement à travers cinq titres. Tentative d’explication… Je voue une vraie admiration pour Sufjan Stevens que je résumerai à travers 3 bijoux: le chef d’oeuvre d’émotion Illinois en 2005, la pop bricolée et orchestrée à souhait de The Age Of Adz et la folk intimiste de Carrie & Lowell. Certes, il existe certains accidents de parcours comme le très conceptuel et inaudible Aporia sorti en début d’année et je dois reconnaître que le message religieux souvent très présent dans les paroles est quelquefois un brin pesant mais Sufjan Stevens récolte cependant l’unanimité de mes suffrages. The Ascension, qu’on se le dise d’emblée, est un album brillant mais qui souffre de deux défauts m’empêchant de le placer au summum de la discographie de l’Américain. Peut-être à tort je vous l’accorde car cet album mérite d’être longtemps savouré en bouche…Tout d’abord, il est d’une très grande densité et dure… 1h15. Je ne fais pas partie de la génération actuelle qui aime zapper rapidement et pour laquelle l’album est en train de rendre les armes face aux playlists mais mon attention s’éteint malheureusement sur la fin. J’ai l’amère impression de ne pas savourer à sa juste valeur le tryptique final SugarThe AscensionAmerica et regrette que Sufjan Stevens ait laissé quelques morceaux tourner à la redite. Le deuxième défaut c’est justement ce message religieux oscillant entre un optimisme pas désagréable en cette période torturée et un angélisme désuet qui me fatigue, j’avoue. Une fois évacués ces deux défauts, il faut reconnaître que The Ascension brille par sa capacité à croiser avec délices la folk intimiste de Carrie & Lowell avec les trouvailles électroniques de The Age Of Adz pour un résultat plein d’émotions. Voilà cinq titres qui méritent de se confronter à cet album somme.

  1. Le morceau d’ouverture Make Me An Offer I Cannot Refuse séduit par sa douceur électronique, comme si l’on avait allié la bidouille des machines d’un Baths ou d’un Animal Collective à la folk électronique d’un Loney Dear. Le résultat est imparable, d’autant plus avec la montée finale.
  2. Run Away With Me, quant à lui, est peut-être le plus bel hymne à l’amour écrit depuis longtemps. La douceur mélancolique nous enveloppe comme une bulle intemporelle, la voix feutrée de Sufjan Stevens s’adressant au plus profond de nous-mêmes. L’acmée de l’émotion dans cet album pour moi.
  3. Video Game referme le superbe tryptique initial dans un registre surprenant. Les synthés sont entêtants et la voix pleine de réverb donne une couleur psychédélique au morceau. A première vue incongru et trop mainstream, ce titre s’insinue en nous et devient vite addictif. Et oui, on peut s’appeler Sufjan Stevens et se faire un petit plaisir pop non?
  4. Tell Me You Love Me, tout comme Ursa Major plus tard, reste dans l’univers et les paroles de Make Me An Offer I Cannot Refuse. La rythmique down-tempo me séduit et j’aime le souffle épique final.
  5. Ativan (du nom d’un anti-dépresseur) m’évoque Loney Dear et me touche par sa description angoissante et sans concession des symptômes du consommateur d’Ativan. L’univers est esthétiquement anxiogène.

Voilà en tout cas un Sufjan Stevens incontournable qui devrait occuper vos soirées à la maison, couvre-feu oblige, enjoy!

Sylphe