Pépite du moment n°128: What They Call Us de Fever Ray (2022)

Karin Dreijer, qui forme avec son frère Olof le duo électronique expérimental The Knife, a entamé en 2009 uneFever Ray - Radical Romantics carrière solo sous le nom de Fever Ray. L’album initial éponyme est assez brillant même s’il nage en eaux troubles et développe un chamanisme assez angoissant. Je dois reconnaître que Plunge en 2017 ne m’a pas particulièrement laissé un souvenir impérissable, ce qui ne m’empêche pas d’attendre avec impatience le troisième opus Radical Romantics qui sortira le 10 mars prochain. Kandy est sorti la semaine dernière mais je préfère parler aujourd’hui d’un des deux autres titres partis en éclaireur, à savoir le morceau d’ouverture du futur album What They Call Us. On retrouve les ingrédients qui séduisent tout autant qu’ils rendent mal à l’aise: cette voix androgyne qui semble sortie d’outre-tombe, des synthés omniprésents couplés avec justesse à des drums oppressants, un personnage de clip anxyogène. Désolé, je n’ai pas forcément choisi le titre le plus lumineux pour un dimanche soir de février… Enjoy !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°119 : Pure Morning (1998) de Placebo

71TjTnlLKcL._SL1400_Connaissez-vous l’histoire du garçon qui procrastine toute la semaine, en se disant qu’il a le temps d’écrire sa chronique ? Ne cherchez pas, le monsieur en question est face à vous (enfin, derrière le clavier), et c’est dans une certaine urgence teintée néanmoins d’un grand plaisir que je vous drope un son en ce vendredi soir. Pour faire un pied de nez à la soirée, quoi de plus amusant que d’écouter un titre matinal ? En l’occurrence, celui qui me trotte dans la tête depuis ce matin. Voilà plusieurs jours que je cherche quoi chroniquer, et la vie m’apporte une pépite intemporelle avec Pure Morning de Placebo. Titre d’ouverture de Without you I’m nothing (1998), deuxième album de Placebo, Pure Morning envoie du gros son d’entrée de jeu. Guitares saturées lourdes et sèches surplombées par la voix hors norme de Brian Molko, voilà 4 minutes de son comme on l’aime chez Five-Minutes. Si affinités, je vous invite fortement à écouter le reste de l’album, qui est pour moi le meilleur de toute la discographie du groupe. Treize titres et autant de pépites écoutées et usées jusqu’à l’os il y a 25 ans, et depuis très régulièrement. Without you I’m nothing est une de ces galettes dont je ne me suis jamais vraiment remis. En raison de ce Pure Morning, mais aussi du furieux et tendu Every you every me, que je vous mets en écoute bonus pour me faire pardonner de la livraison tardive de cette chronique. Bon weekend et bon Pure Morning.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°127: La beauté du coeur de Saez (2022)

Saez, voici un artiste qui suscite souvent des réactions épidermiques assez diverses et contradictoires. Brillant parolierSaez - Telegram capable de sublimer son spleen dans son superbe album initial Jours étranges en 1999, qu’on a la fâcheuse tendance à résumer au single d’une génération Jeune et con, capable de provoquer à l’extrême dans le plus controversé J’accuse en 2010, Saez donne l’impression d’écrire le même titre depuis des décennies et de traîner sa nonchalance mélancolique dans des albums qui passent presque inaperçus depuis quelques années. Je l’ai clairement perdu de vue, puis je suis tombé sur son EP Telegram sorti le 9 décembre dernier. 6 titres assez attendus autour de la guerre en Ukraine, mon diable intérieur avait déjà tendance à penser que Saez était de nouveau tombé dans la facilité mais j’ai choisi de dépasser ce premier sentiment. Finalement, la poésie fait son effet et certains titres comme Telegram frappent assez juste, rappelant des évidences qu’il est bon de rappeler…J’ai choisi pour aujourd’hui le dernier titre de l’EP, La beauté du coeur, qui offre un très beau texte sensible pour dénoncer les maux de notre monde et mettre l’accent sur les belles personnes qui tentent de le rendre plus lumineux. La phrase finale répétée plusieurs fois « Il n’est pas de plus grand courage qu’être gentil » fera sourire certains par son apparente naïveté mais elle reste un message qu’il est bon de rappeler, enjoy !

 

Sylphe

Pépite du moment n°126: Strung Out Johnny d’Iggy Pop (2023)

Voilà plusieurs semaines que le dernier album Every Loser d’Iggy Pop tourne en boucle chez moi et que je tente de mIggy Pop - Every Losere convaincre difficilement que l’iguane a bien 75 ans… J’ai déjà eu la chance de voir Iggy en festival au Printemps de Bourges dans une autre vie, la vie où il était torse nu et manquait à tout moment de dégainer la banane car le monsieur a une forte tendance à l’exhibitionnisme. Sa carrière avec les Stooges ou en solo est gargantuesque et je me suis littéralement perdu dans sa discographie au point d’abandonner le compte de ses albums… J’ai longtemps hésité à écrire une review sur Every Loser, puis je me suis ravisé, ne me sentant pas les épaules pour le chroniquer, par respect pour les fans de la première heure qui auraient perçu ma relative méconnaissance de la discographie de l’icône rock qu’il est.

L’homme sait s’entourer et l’on retrouve Chad Smith des Red Hot Chili Peppers, Duff McKagan des Guns N’Roses, Stone Gossard de Pearl Jam et Taylor Hawkins des Foo Fighters entre autres… Désolé pour le name-dropping mais il est bon de montrer que participer à un album d’Iggy Pop reste un graal ultime pour tout musicien rock qui se respecte. Le résultat est un condensé d’énergie rock de 11 titres et 36 minutes qui me laisse pantois, les années semblent n’avoir pas de prise sur l’iguane et cette voix tout droit sortie d’outre-tombe fait toujours le même effet… J’ai choisi le tube en puissance Strung Out Johnny qui aborde l’addiction à la drogue (oui très surprenant), les guitares sont de sortie et le chant monte en puissance, prenant presque une teinte plus pop. Le clip est barré, Iggy Pop a priori doit sa ligne à une consommation accrue de fruits, bref tout est en place, enjoy !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°188 : Run boy run (2013) de Woodkid

71F9C9qszYL._SL1400_Dix ans déjà que cet album-claque nous est tombé dessus. En mars 2013, Yoann Lemoine aka Woodkid livre The Golden Age, son premier album studio. Que dire qui n’aurait déjà été dit de cette galette incroyable, révolutionnaire dans son mixage de sonorités, unique dans ses ambiances sonores, surplombé par la voix hors normes de son créateur ? The Golden Age est bourré de 14 pépites toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Depuis le titre éponyme qui ouvre les hostilités entre lyrisme et intimisme au martial The Other Side qui clôt le voyage, nos oreilles en prennent plein les yeux. On n’oubliera pas non plus le tribal Iron, le bouleversant Boat Song ou le vertigineux Conquest of Spaces. Bref, quelque soit le bout par lequel on attrape The Golden Age, c’est la fessée musicale de haute qualité. Difficile de retenir un titre plus qu’un autre tant, à la manière d’un Kubrick, chaque création en vaut largement une autre. C’est plutôt l’humeur du moment, ou le contexte, qui nous amène à préférer temporairement un morceau plus qu’un autre.

Aujourd’hui, ce sera une question de contexte. Lors de notre petite conférence de rédaction hebdomadaire avec le copain Sylphe, nous avons fait le constat d’une semaine à la fois très dense et qui file à vive allure. Sans trop savoir pourquoi, Run Boy Run de Woodkid m’est venu en tête et ne m’a pas lâché pendant plusieurs heures. Peut-être l’urgence du titre incarnée par les percussions intenses. A moins que ce ne soit la cadence, marquée et pourtant si lumineuse et semblant survoler le temps. Ou encore la conclusion du titre qui ressemble à ce qui transperce le coureur lorsqu’il aperçoit la ligne d’arrivée. Run Boy Run n’est peut-être rien de tout ça, et n’est peut-être simplement qu’un foutu bon morceau de musique qui file le pêchon. On aurait bien tort de s’en priver. Assez parlé, il est temps d’écouter cette petite merveille, à écouter sans aucune modération comme tout Woodkid. En bonus, le clip est une dinguerie de classe visuelle. Run Boy Run !

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°125: Weightless d’Arlo Parks (2023)

Des nouvelles aujourd’hui d’Arlo Parks qui avait illuminé mon année 2021 avec son deuxième album Collapsed In Arlo Parks - My Soft MachineSunbeams (à relire par ici)… A priori, je n’avais pas été le seul sous le charme car cette dernière avait remporté le Mercury Prize en 2021 pour cet album. Pour notre plus grand bonheur, son troisième album My Soft Machine sortira le 26 mai prochain et les premiers singles laissent augurer de bien belles choses. Vendredi dernier, c’est le titre Weightless qui est apparu sur la toile, on y retrouve cette voix chaude qui paraît immédiatement habituelle, cette pudeur à se livrer et pour couronner le tout, un refrain séduisant qui nous emporte facilement. Allez, on prend notre mal en patience, il ne reste plus que 4 mois à attendre, enjoy !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°117: Fall d’Editors (2005)

Ayant envie de douceur pour réchauffer les coeurs et oublier le spleen latent du dimanche soir, je vais miser ce soir surEditors - The Back Room une valeur sûre avec les Anglais d’Editors et en particulier leur premier album The Back Room sorti en 2005. J’ai parlé il y a peu sur le blog de leur septième et dernier album EBM sorti le 23 septembre dernier (à relire par ici) qui fait bien le boulot mais qui a tendance à manquer d’émotions. Il faut dire que le choix de travailler en étroite collaboration avec Blank Mass a tendance à radicaliser l’aspect électronique du groupe.

Il convient de se rappeler que la voix (et quelle voix…) de Tom Smith était davantage au centre des compositions au début, apportant un supplément d’âme incontestable. Fall, le quatrième titre de l’album, est ainsi un bijou d’émotions qui fait la part belle au chant, la litanie des « I wanted to see » me provoquant toujours autant de frissons 17 ans plus tard. La montée finale amène une tension supplémentaire et nous invite à réécouter avec délectation ce The Back Room, sorti le jour même de mon anniversaire. Il y a des signes qui ne trompent pas, enjoy !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°116 : Un temps pour tout (2008) de Vincent Delerm

71+On4zvFvL._SL1500_Après le coup de vieux filé par le copain Sylphe dans sa dernière chronique, je vais aussi vous piquer un peu la timeline en remontant quasiment quinze années en arrière. Cette année 2008, le mois de novembre voit arriver le quatrième album de Vincent Delerm sobrement intitulé Quinze chansons. Clin d’œil à Leonard Cohen et ses Ten new songs ou Randy Newman avec son 12 songs, le titre de l’album invite surtout à découvrir les nouvelles compositions d’un garçon qui séduit autant qu’il peut être détesté. Sans attendre, plaçons nous dans la première catégorie. Depuis son premier album, Vincent Delerm me raconte avec un sens du détail imagé et cinématographique une succession de petites histoires qui touchent juste. Lorsqu’est sorti Quinze chansons, j’étais assez impatient, d’autant que Les piqûres d’araignée sorti deux ans plus tôt m’avait un peu laissé sur ma faim. Album bourré de pépites, il m’avait pourtant moins convaincu dans sa globalité. Quinze chansons replace la barre très haut, avec dès l’ouverture Tous les acteurs s’appellent Terence qui sent bon Hollywood des années 1950. Émotions directes du cinéphile/historien, et les yeux fermés à voir défiler mille scènes réelles ou imaginaires. Émotions et sourires qui se poursuivront pendant 37 minutes, avec, à l’entrée du dernier tiers, la pépite de douceurs de la galette.

Dixième titre de l’album, Un temps pour tout est une petite merveille. Cela tient peut-être à la délicate mélodie légèrement rythmée qui sait se suspendre pour mieux nous rattraper. A moins que ce ne soit pour le texte, finement et réalistement écrit, et ce qu’il raconte. Des instants saisis lors d’un trajet à deux en voiture qui est bien plus qu’un trajet, en forme d’un court-métrage mémoriel qui convoque en nous des images mentales. Des souvenirs ou moments vécus lors de ce genre de trajet-bulle, chargé de détails visuels et sensoriels, de sourires.

Il y a bien Un temps pour tout : pour écouter Vincent Delerm, pour aimer « votre visage à la lumière du péage », pour moduler « le son de la modulation », pour « votre main dans mon cou », pour « vos théories sur les autoroutes la nuit », pour « vos yeux près des miens flous ». En parler et mettre trop de mots sur cette chanson, c’est déjà la gâcher et ne pas lui laisser la place d’exister pleinement. Vous allez donc lancer la lecture ci-dessous, et vous laisser porter. Libre à vous, évidemment, de ne pas aimer. Mais, puisqu’il y a Un temps pour tout, écoutez ces 2 minutes 38, puis laissez venir votre avis.

Ensuite, puisqu’il y a Un temps pour tout, nous laisserons le temps jouer son rôle et faire venir à nous les moments qu’il nous réserve. Dont ceux où seront « vos yeux près des miens flous ».

(Photo de pochette : Virginie Aussiètre)

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°124: Nothing Left To Lose d’Everything But The Girl (2023)

Attention coup de vieux en perspective, ou douce nostalgie… Le duo anglais composé de Tracey Thorn et Ben Watt,Everything But The Girl - Fuse Everything But The Girl (nom de groupe original lié à un magasin de literie de Hull qui avait pour slogan « For your bedroom needs, we sell everything but the girl), va ressortir un album (le onzième!)  intitulé Fuse le 21 avril prochain. C’est un événement car le dernier opus du duo, Temperamental, datait de… 1999. J’ai découvert au moment d’écrire sur cette pépite que ce groupe avait eu une carrière très riche que je ne connaissais pas du tout. Je suis d’une génération qui a écouté en boucles passer à la radio le sublime titre Missing tiré de leur huitième album Amplified Heart (1994) mais je ne me suis jamais véritablement confronté à leur discographie. Tracey Thorn de son côté a mené une carrière solo mais elle a aussi collaboré avec Massive Attack, en particulier sur leur deuxième album Protection où elle pose sa voix sur le titre éponyme et Better Things.

Ce Nothing Left To Lose arrive donc en éclaireur et les premières notes m’ont instantanément ramené vers Missing. La voix de Tracey Thorn est toujours aussi belle, chaude et envoûtante, et se pose à merveille sur une instrumentation électronique, certes un peu datée mais tout de même convaincante. Un peu l’impression d’entendre les précurseurs de Jungle, rapprochement inconscient accentué peut-être par le clip qui met en scène une troupe de danseurs. Voilà en tout cas une bien belle promesse et je prends date avec le 21 avril, en attendant j’ai quelques albums d’Everything But The Girl à écouter, enjoy !

 

Sylphe

Review n°115: Cool It Down de Yeah Yeah Yeahs (2022)

Je continue de regarder 2022 dans le rétroviseur aujourd’hui avec un opus sorti le 30 septembre dernier, à savoir le cinquième album studio de Yeah Yeah Yeahs Cool It Down. Le groupe composé de Brian Chase (batterie), Nick Zinner (guitares et claviers) et surtout Karen O. au chant avait retrouvé la scène pour quelques dates en 2017 mais le dernier album Mosquito remonte déjà à 2013, une éternité dans le monde musical actuel… J’ai déjà parlé de ce groupe américain dans ce blog, en particulier de leur troisième album It’s Blitz! (2009) qui, en plus de posséder une des plus belles pochettes all-time, est un bijou d’électro-pop sensuelle et électrisante. Pendant cette pause, Karen O. n’a pas chômé et a, entre autres, marqué mon année 2019 avec Lux Prima, un album composé avec Danger Mouse (à relire par ici) qui montrait l’énergie intacte qui l’animait encore.

Pour l’anecdote, nous retrouvons dans les paroliers de ce Cool It Down le leader charismatique de TV on the Radio, David Sitek… a priori tous les voyants sont au vert pour passer un bon moment qui risque cependant d’être un peu court (8 titres et seulement 32 minutes). Le morceau d’ouverture Spitting Off the Edge of the World va nous rassurer d’emblée avec sa basse pachydermique et ses synthés omniprésents, la rythmique tout en langueur sublimée par la voix de Perfume Genius, dont le featuring apporte une vraie plus-value au morceau, nous envoûte et laisse avec délices la place à un refrain électrisant qui donne plus de complexité au titre. Lovebomb va ensuite surfer sur un empilement de nappes de synthés contemplatives, Karen O joue la carte d’une sensualité digne d’Alison Goldfrapp avec ses interjections (ses ah quoi !) avant de démontrer une belle sérénité sur une fin mettant en avant le spoken word. Le morceau laisse entrevoir une fragilité qui n’est pas sans me laisser insensible, pour rester dans l’euphémisme. Wolf referme brillamment le tryptique initial dans une veine plus habituelle qui rappelle It’s Blitz!, le refrain addictif est puissant et cette bombinette électro-pop fait mouche avec une grande facilité. En un peu plus de 12 minutes, Yeah Yeah Yeahs vient de réanimer toute sa palette d’influences et la pause de 9 ans paraît déjà un bien lointain souvenir.

Fleez et sa guitare électrique plus rock est peut-être le morceau de l’album qui me touche le moins, j’ai du mal à percevoir la ligne directrice et le chant paraît un brin facile… Heureusement, Burning ne va pas me laisser le temps de cogiter bien longtemps en restant dans la veine électro-pop de Wolf, le titre est tout en contrastes et ruptures tout en débordant d’énergie, plus subtil qu’il n’y paraît avec des cordes bien senties. La sensualité à fleur de peau de Blacktop offre une belle plage de sérénité, Different Today propose une électro-pop primesautière et plus légère qui illumine la fin de l’album avant de finir sur un très beau moment d’émotion, Mars, dont le spoken word nous transperce. En 32 petites minutes, ce Cool It Down vient de prendre place aux côtés de It’s Blitz! pour enrichir une discographie déjà bien séduisante, enjoy!

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 1. Spitting Off the Edge of the World – 5. Burning – 3. Wolf

Sylphe