Son estival du jour n°35 : Penn ar Roc’h (2016) de Yann Tiersen

519f82YTOnL._SL1200_Une fois ce magnifique morceau lancé, qu’en dire de plus, à part fermer les yeux et profiter de cette putain d’émotion qui nous envahit pendant 3 minutes ? A part rappeler que Penn ar Roc’h (littéralement « La tête du Roc ») est aussi le nom d’une baie située sur l’île d’Ouessant en Bretagne. Et que ce titre est à retrouver sur l’album EUSA (2016) de Yann Tiersen. EUSA qui, en breton, signifie Ouessant. Le monde est quand même bien fait : outre le fait que tu y existes, c’est aussi un monde où on peut écouter Penn ar Roc’h. Et, en ce qui me concerne, écouter Penn ar Roc’h, c’est immédiatement écouter tout le reste de ce bouleversant et intimiste album EUSA. Dont acte. 

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Son estival du jour n°34 : Twisting (2012) de Archive

Archive-With-Us-Until-You’re-DeadVoilà un petit moment que je n’avais pas remis le couvert par ici avec Archive (aka le plus grand groupe actuel à mes yeux… avis tout à fait subjectif je vous l’accorde). Pourtant, ce n’est pas faute de revenir très régulièrement, et parfois plus que de raison, sur les différents albums de cette formation qui, décidément, n’en finit pas de m’étonner et me captiver. Aujourd’hui, à presque mi-chemin du binôme juillet-août, on s’arrête sur Twisting, un morceau de With us until you’re dead, 9e galette studio du groupe. Cet album est encadré par l’impressionnant et magistral Controlling crowds (2009), sorte de bande-son apocalyptique d’un monde cauchemardesque, et Axiom (2014), album concept qui livre sa puissance d’un seul tenant. With us until you’re dead est un disque parfois un peu délaissé dans la discographie d’Archive, en ce qu’il ne contient pas forcément les titres les plus connus.Toutefois, il suffit d’écouter Interlace, Conflict ou encore Calm now pour mesurer l’étendue musicale et émotionnelle de la bande de Danny Griffith et Darius Keeler.

Dire que je suis dingue de Twisting serait bien réducteur. Pourquoi mettre en avant ce titre là ? Pour un tas de raisons, mais parmi elles, je dirais… Parce que c’est un morceau vénéneux comme je les aime. Parce que la voix de Pollard Berrier, qui rappelle parfois celle de Robert Plant. Parce que ça balance furieusement. Parce que c’est brûlant, tendu et à vif. Parce qu’il y a dans Twisting de la rage contenue, de la sensualité extrême, de la lumière comme jamais. Parce que c’est un titre totalement déconstruit et maîtrisé à la perfection de la première à la dernière seconde. Parce qu’il donne pleinement corps et sons au titre de l’album dont il vient : With us until you’re dead (littéralement « Avec nous jusqu’à ta mort »). On est venus là pour être ensemble, voir nos lignes de vie se croiser et partager des bouts de nos existences. Une fois morts, ce ne sera plus nous, mais chacun pour soi, dans le vide et le néant. Twisting, ou le blues selon Archive. Imparable.

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Son estival du jour n°33 : Sunday morning (1967) de The Velvet Underground

VUEntre deux cafés et trois moment paresseux comme on les aime, il est temps de déposer un nouveau son pour accompagner votre journée. Sunday morning ouvre en 1967 The Velvet Underground and Nico, premier album du Velvet Underground. Le groupe américain et new-yorkais se forme autour de Lou Reed en 1965, en lien étroit avec l’aventure/expérience de la Factory d’Andy Warhol. Ce dernier produira d’ailleurs cet opus originel, avant que le groupe ne s’éloigne pour d’autres explorations musicales. The Velvet Underground and Nico est notamment connu pour sa pochette, œuvre de Warhol : une grosse banane jaune, qu’un « Peel slowly and see » invite à éplucher, découvrant ainsi un fruit nu et rose on ne peut plus équivoque. Musicalement, l’album est réputé pour son exploration de mélodies et textes vénéneux, poisseux, moites, reflétant un univers underground (ça tombe bien), souvent nocturne, parfois malsain. Une imagerie complète s’installe au fur et à mesure que l’on écoute I’m waiting for the man, Venus in furs, Heroin ou encore Black angel’s death song. Toutefois, cet album reste teinté pop, en partie grâce à la présence et au chant de Nico, plus ou moins imposée par Warhol au groupe. Cette dernière ne chante que sur trois titres : Femme fatale, All tomorrow’s parties et I’ll be your mirror. Néanmoins, sa présence pop infuse dans d’autres morceaux, comme dans notre Sunday morning du jour.

Chanté par Lou Reed, Sunday morning est un titre qui se promène entre ritournelle pop et balade mélancolique. Il s’ouvre, et ouvre par la même occasion l’album, sur des notes de xylophone arpégées qui dureront tout au long de la chanson. Vient se poser dessus la voix à la fois claire, douce, et déjà un peu fatiguée de Lou Reed. Exactement l’ambiance d’un dimanche matin, lorsque se fait l’éveil à l’aube et qu’il s’agit tantôt de paresser, tantôt de se lever chercher un café pour en profiter au lit, tantôt de profiter du lit pour plonger de nouveau sous la couette, seul ou à deux. Ou encore de se lever pour profiter de la douceur de la matinée, de l’air frais et des rayons de soleil des premières heures de la journée. Rarement une chanson aura aussi bien porté son titre, et aura affiché une concordance entre ce qu’elle annonce, ce qu’elle dévoile, et ce que l’on ressent à son écoute.

Sunday morning est un titre idéal pour ces journées estivales actuelles. Parce que c’est une pépite intemporelle qui fait du bien, mais aussi parce qu’il nous plonge dans une ambiance particulière et douce. Lorsque l’on n’a pas de contraintes horaires (notamment de travail), qu’il y a du café, du soleil, et que la seule perspective est de laisser la journée se dérouler au rythme de nos envies et de notre paresse, chaque matin est un dimanche matin. Tu le sais. Je le sais. Nous le savons.

Sunday Morning, accompagnée d’une mise en images (2017) de James Eads et Chris McDaniel

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Son estival du jour n°32 : Qui sème le vent récolte le tempo (1991) de MC Solaar

mc-solaar-qui-seme-le-vent-recolte-le-tempoMême si la météo nous raconte tout le contraire, l’été est là et bien là. On est dedans et, comme annoncé, Five Minutes bascule en mode « Son estival du jour ». Toujours autant de musique, moins de bla-bla, pour (re)découvrir les sons qui accompagnent notre été. Le son estival du jour sera un album complet, qui s’apprête à fêter ses 30 années d’existence. Qui sème le vent récolte le tempo de MC Solaar sort en effet en octobre 1991. Néanmoins, pendant plus de 20 ans (2000-2021), la galette sera indisponible à la vente pour des questions de droits. Ce litige récemment réglé (que ce soit du côté des droits comme des bandes, aujourd’hui de nouveau entre les mains de Solaar), l’album a été réédité (CD, vinyle et streaming) au début de ce mois de juillet 2021. Une excellente occasion de se replonger dans ce génial album, ou tout simplement de le découvrir.

Qui sème le vent récolte le tempo contient Bouge de là, que l’on a coutume de considérer comme le premier grand tube du hip-hop français. Cependant, réduire l’album à ce single reviendrait à passer à côté d’un ensemble percutant, intelligent et terriblement efficace. Outre les autres singles Caroline, Victime de la mode et Qui sème le vente récolte le tempo, on retrouve aussi dans d’autres titres moins connus tout ce qui constitue la Solaar touch : des samples puissants, des textes finement ciselés, un flow inimitable, et une énergie sublimée par les producteurs Jimmy Jay et Boom Bass (aka Hubert Blanc-Francard, future moitié de Cassius). Matière grasse contre matière grise, Armand est mort ou encore La devise sont autant de pépites incontournables, mais aussi de souvenirs et de moments vieux de 30 ans.

Relancer Qui sème le vent récolte le tempo, c’est retrouver les origines de ce qui donnera, 3 ans plus tard, l’excellent Prose combat. Ces deux albums restant, à mon goût, les meilleurs de MC Solaar. Relancer ce premier album, c’est aussi prendre conscience de l’avance, voire de l’avant-gardisme, de cet artiste : le son est parfait et n’a pas vieilli, pas plus que les textes qui sont toujours d’une actualité criante. Relancer ce disque, c’est enfin regarder de 30 années dans le rétroviseur. Se rappeler où l’on était et ce que l’on faisait lorsque cet ovni musical a débarqué. Se souvenir aussi de qui l’on était. Ce jeune garçon que j’étais, cette jeune fille que tu étais. Que nous ne sommes plus. Les nous d’il y a 30 ans ont disparu. Plus exactement, ils se sont dissous dans nous-mêmes et nos expériences de vie, pour contribuer à ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Voilà aussi pourquoi réécouter Qui sème le vent récolte le tempo, c’est être pleinement dans le temps actuel, tout en mesurant le chemin parcouru.

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Son estival du jour n°31 : Getcho money ready (2003) de Fred Wesley

5159GHOCzXLSur Five Minutes, nous prenons goût à une certaine percée des sons estivaux avec quelques semaines d’avance. Et ce n’est pas la journée d’aujourd’hui qui me fera mentir, tant elle ressemblait à un moment loin de tous les tracas du monde. Sous le soleil, à profiter du temps qui passe en savourant un café, dans une douceur d’après-midi qu’absolument rien n’était en mesure de venir perturber. La vie dans les grandes largeurs tout autant que dans sa simplicité la plus extrême. Histoire de clôturer ce week-end en surfant sur les bouts d’été qu’on y a trouvé, voilà un son qui, je l’espère, égaiera les dernières heures de ce dimanche.

En piochant dans la grande marmite des sons de chez Five Minutes, nous avons trouvé ce Getcho money ready de Fred Wesley. Un titre de 2003, qui approche donc la vingtaine d’années, pour un musicien qui approche lui la quatre-vingtaine. Tromboniste de son état (et quel tromboniste), Fred Wesley s’est surtout fait connaître pour avoir joué aux côtés de James Brown, tout en ayant été son directeur musical. Il a également sévi aux côtés de Maceo Parker, sax alto de James Brown. Le monde est petit, et les talents se regroupent. Depuis 1988, le « Funkiest Trombone Player Ever » a livré une jolie poignées d’albums solo, ou plus exactement en leader. Comme vous le constaterez en écoutant Getcho money ready, ce grand monsieur sait s’entourer d’une troupe fort efficace, et sait mener la danse. Il est temps de vérifier tout cela : let’s go maestro !

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Son estival du jour n°30 : California Dreamin’ (1966-1968) de The Mamas & The Papas, par José Feliciano

81Yvlr2p4uL._SL1500_Si vous êtes des habitués de Five Minutes, vous savez que, généralement, on dégaine des sons estivaux pour la période juillet-août. Histoire de continuer à vous alimenter en musiques, tout en nous accordant un peu de relâche. Un son estival sur Five Minutes, c’est quoi ? Un bon son (ça va sans dire), que l’on vous dépose comme ça, presque sans commentaires et sans en faire des paragraphes entiers. Tout au plus quelques lignes, histoire d’accompagner l’essentiel : quelques minutes de musique à glisser dans vos oreilles, au cœur de l’été. Ceci étant dit, je vois l’étonnement poindre. Non, nous ne sommes pas déjà en juillet-août. Ce n’est même pas encore l’été officiellement, puisqu’il nous reste 3 semaines à attendre. Alors, que se passe-t-il chez Five Minutes pour que vous ayez droit à un son estival un 27 mai ?

Soyons honnêtes : une semaine démentielle, bien peu de disponibilités et d’énergie pour écrire et préparer une chronique approfondie digne de ce nom. Mais aussi l’envie d’un peu de légèreté, sans doute due à l’arrivée (enfin) d’une vraie journée printanière, baignée d’un bon soleil qui nous a fait du bien depuis ce matin. Et ce son qui me trotte dans la tête depuis quelques heures. California Dreamin’ est un standard absolu de la deuxième moitié des 60’s. En pleine explosion du Flower Power, à l’approche de Woodstock, The Mamas & The Papas créent ce titre devenu incontournable. C’est pourtant une version plus feutrée que nous allons écouter : la reprise faite deux ans plus tard (soit en 1968) par José Feliciano. Une interprétation que l’on retrouve notamment sur l’exceptionnelle BO de Once upon a time… in Hollywood, l’exceptionnel 9e film de Quentin Tarantino.

C’est un son estival : j’en ai déjà bien trop dit ! Place à la musique, sous les derniers rayons solaires du jour avec, pourquoi pas, un petit verre de fin de journée pour souffler un peu. Un vin blanc ? Parfait. En plus, ça nous permettra de regarder au travers la douceur de la lumière du soir. La vie.

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Son estival du jour n°29 : Oisif (2005) de Anis

Après vous avoir laissé profiter pépouze toute une semaine de l’excellente playlist Morcheeba concoctée par mon gars sûr Sylphe, retour aux affaires avec un son estival du jour qui colle bien à l’actu. La reprise du taf étant imminente, et n’étant absolument pas dans l’état d’esprit de m’y remettre, j’ai passé la matinée avec ce titre en tête. Autant en faire profiter les Five-Minuteurs !

Oisif est un morceau qui fait partie du deuxième album studio d’Anis, celui qui l’a fait connaître au grand public avec les singles Cergy et Avec le vent, portés par France 2 qui en avait fait, en 2007, son chanteur de l’été. Le garçon mélange diverses influences musicales dans ses compositions, entre blues, reggae, jazz et chanson française. Un bien chouette album donc, qui s’écoute en chillant.

Notamment Oisif, véritable hymne à la glande, mais à la glande naturelle et sereine. Pas question de jouer le connard fainéant qui profite de la situation et laisse les autres faire le boulot à sa place. Non, juste profiter du temps qui s’écoule, écouter le rythme que la vie nous dicte, être en accord avec soi-même et ne pas forcer. Productivité, rentabilité, costume d’homme pressé, loi du marché et société en perpétuel mouvement : plus ça va, plus je me dis que c’est pas pour moi. Et, de ce fait, plus ça va plus ce titre me plaît. Avec, en prime, une voix qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain CharlElie.

Profitons donc de ces dernières heures de congés, en écoutant Oisif, et le reste de l’album si le cœur vous en dit. En bonus, je vous mets une deuxième dose d’Anis avec La preuve par 1000 (Mahlich Boy), à la couleur musicale assez différente mais qui donne un aperçu de la diversité de l’album. Et comme c’est l’heure de l’apéro, pour moi ce sera un picon-bière bien frais (à consommer avec modération of course) sous un rayon de soleil. What else ?

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Son estival du jour n°28 : Bruises (2012) de Dusted

Alors qu’on est toujours dans l’attente de la chaine info des bonnes nouvelles, voyons si l’on peut, en ce 13 août, écouter un son qui fait du bien. Oui, 2020, t’es clairement une belle année de merde. Tu joues tranquille le Top 5 de mes années dégueulasses, et si tu te démerdes bien, y a moyen de talonner 2015. Dépasser, je sais pas, mais faire jeu égal c’est pas impossible.

Bref, un peu de baume musical ne fera pas de mal. Ce sera Bruises, un titre que j’ai découvert via la BO du film Demolition (2016), mais qui avait donc déjà alors 4 années d’existence. On doit cette petite merveille sonore à Dusted, un groupe canadien constitué de Brian Borcherdt et Leon Taheny, qui officie depuis 2012 et compte deux albums studio. Natif de ce même Canada, le réalisateur Jean-Marc Vallée a livré au printemps 2016 Demolition, un long métrage qui compte énormément pour moi, pour avoir un peu/beaucoup changé ma vie. Oui, rien que ça. Film pour lequel il a construit une BO parfaite, comme dans toutes ses réalisations (Dallas Buyers Club, Wild, les séries Big Little Lies et Sharp Objects notamment).

On y trouve pêle-mêle du blues, du rock, et donc le genre de pépite Bruises. Littéralement les bleus : ceux qu’on peut se faire en se cognant dans un meuble (par exemple), mais aussi ceux que la vie nous cause. Ça tombe bien, puisque Davis Mitchell, le personnage principal du film interprété par l’excellent Jake Gyllenhaal, en est couvert. Tout comme les autres personnages qu’il va croiser. Le reste n’est qu’une affaire de choix de vie, avec toutefois la dose de bonne rencontre nécessaire. Et aussi un peu de bon son pour sortir la tête de l’eau puis vivre.

Bruises est un titre baume apaisant qui fait du bien aux bleus. Nappes de synthés et touches de guitare, voix aérienne, pour fabriquer un endroit mental où on a immédiatement envie de se poser. Parce qu’on y trouve à la fois du calme, de la douceur, et de la lumière. Surtout de la lumière, et un bout d’espoir que tout peut (re)commencer. Résumé parfait du film (qu’il faut voir d’urgence si ce n’est déjà fait), métaphore de l’existence et 4 minutes 20 de bon son : Bruises est tout ça à la fois. Et plus si affinités.

(Et en plus, le clip ci-dessous est très joli !)

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Son estival du jour n°27 : Love interruption (2012) de Jack White

Jack White, né John Anthony Gillis, c’est bien sûr une des deux têtes des White Stripes, l’autre étant Meg White, son ex-épouse (bien qu’ils se soient longtemps présentés comme frère et sœur). Le groupe a fait les beaux jours du revival garage rock entre 1997 et 2011. Outre l’excellent Seven Nation Army, aujourd’hui devenu un hymne de stade, ce duo n’est que du bon son qui défonce, à réécouter régulièrement.

Pourtant, Jack White, c’est bien plus que ça : The Raconteurs et The Dead Weather, deux autres groupes menés en parallèle, puis au-delà, des White Stripes. Des apparitions au cinéma, et aussi une carrière solo, ponctuée de 4 albums studios, dont les Acoustic Recordings (1998-2016), sortis en 2016, que je ne saurais que trop vous conseiller.

Ce chouette double LP regroupe à la fois des versions alternatives et donc acoustiques de titres des White Stripes, mais aussi de morceaux issus du reste de la carrière du garçon. Dont le Love Interruption qui nous intéresse aujourd’hui. Un titre pour le coup très acoustique, porté essentiellement par une guitare folk et un petit gimmick de piano Fender, le clavier qui fait toujours plaisir à entendre.

C’est tout autant une ballade folk qu’un titre rock écorché vif sur lequel on aurait (vainement ?) appliqué un baume apaisant. On glisse dans une sorte de coton en se rappelant les beaux moments que l’amour apporte, mais demeurent aussi les plaies les plus fragiles qui ne demandent qu’à saigner de nouveau. La voix de Jack White, elle même écorchée, accentue parfaitement cette sensation en plaçant tout le morceau en tension.

En 2 minutes 30, voilà donc un parfait titre funambule qui, malgré (ou grâce à) son jeu d’équilibre entre deux émotions, me fait régulièrement du bien. Qu’il en soit de même pour vous.

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Son estival du jour n°26 : Petit matin 4.10 heure d’été (2011) de Hubert-Félix Thiéfaine

Le son du jour n’aura d’estival que le nom, puisque c’est plutôt une chanson à la poésie crépusculaire que l’on écoute ensemble aujourd’hui.

Petit matin 4.10 heure d’été est tiré de Suppléments de mensonge (2011), le 16e album studio d’Hubert-Felix Thiéfaine (HFT pour les intimes). C’est alors le grand retour du bonhomme, après Défloration 13 (2001) et Scandale Mélancolique (2005), deux albums qui, dans leur globalité, m’ont moins convaincu que tous les précédents, bien qu’ils recèlent de vraies pépites comme Guichet 102 ou les Confessions d’un never been. En 2007, HFT prendra aussi le temps d’Amicalement blues, un génial album en collaboration avec Paul Personne. Autant dire que la réunion des deux (la poésie de Thiéfaine et le blues de Personne) est un pur bonheur.

Arrive ensuite Suppléments de mensonges en 2011, avec du très lourd. J’adore cet album, pour Garbo XW Machine, pour Infinitives voiles, pour Ta vamp orchidoclaste, pour Les filles du Sud. Pour sa cohérence de la première à la dernière note, et sur l’ensemble de ses textes.

Et donc pour ce Petit matin 4.10 heure d’été. La musique, faite de guitare et d’harmonica, ressemble à un long Dylan. Donc forcément envoûtant. L’écriture, de très haut niveau et bourrée d’images, permet de retrouver la meilleure plume de HFT. Avec, en plein milieu du titre, comme un climax, ces 4 lignes imparables : « Je n’ai plus rien à exposer / Dans la galerie des sentiments / Je laisse ma place aux nouveaux-nés / Sur le marché des morts vivants ».

Il y a quelques paroles de chansons qui me restent gravées à jamais. Celles-là en font partie. Et j’y reviens plus que souvent. Notamment au petit matin. Qu’il soit 4.10 ou pas.

Et pour la version total dylanienne, on écoute cette interprétation live sur le VIXI Tour XVII (2016)

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