Son estival du jour n°28 : Bruises (2012) de Dusted

Alors qu’on est toujours dans l’attente de la chaine info des bonnes nouvelles, voyons si l’on peut, en ce 13 août, écouter un son qui fait du bien. Oui, 2020, t’es clairement une belle année de merde. Tu joues tranquille le Top 5 de mes années dégueulasses, et si tu te démerdes bien, y a moyen de talonner 2015. Dépasser, je sais pas, mais faire jeu égal c’est pas impossible.

Bref, un peu de baume musical ne fera pas de mal. Ce sera Bruises, un titre que j’ai découvert via la BO du film Demolition (2016), mais qui avait donc déjà alors 4 années d’existence. On doit cette petite merveille sonore à Dusted, un groupe canadien constitué de Brian Borcherdt et Leon Taheny, qui officie depuis 2012 et compte deux albums studio. Natif de ce même Canada, le réalisateur Jean-Marc Vallée a livré au printemps 2016 Demolition, un long métrage qui compte énormément pour moi, pour avoir un peu/beaucoup changé ma vie. Oui, rien que ça. Film pour lequel il a construit une BO parfaite, comme dans toutes ses réalisations (Dallas Buyers Club, Wild, les séries Big Little Lies et Sharp Objects notamment).

On y trouve pêle-mêle du blues, du rock, et donc le genre de pépite Bruises. Littéralement les bleus : ceux qu’on peut se faire en se cognant dans un meuble (par exemple), mais aussi ceux que la vie nous cause. Ça tombe bien, puisque Davis Mitchell, le personnage principal du film interprété par l’excellent Jake Gyllenhaal, en est couvert. Tout comme les autres personnages qu’il va croiser. Le reste n’est qu’une affaire de choix de vie, avec toutefois la dose de bonne rencontre nécessaire. Et aussi un peu de bon son pour sortir la tête de l’eau puis vivre.

Bruises est un titre baume apaisant qui fait du bien aux bleus. Nappes de synthés et touches de guitare, voix aérienne, pour fabriquer un endroit mental où on a immédiatement envie de se poser. Parce qu’on y trouve à la fois du calme, de la douceur, et de la lumière. Surtout de la lumière, et un bout d’espoir que tout peut (re)commencer. Résumé parfait du film (qu’il faut voir d’urgence si ce n’est déjà fait), métaphore de l’existence et 4 minutes 20 de bon son : Bruises est tout ça à la fois. Et plus si affinités.

(Et en plus, le clip ci-dessous est très joli !)

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°27 : Love interruption (2012) de Jack White

Jack White, né John Anthony Gillis, c’est bien sûr une des deux têtes des White Stripes, l’autre étant Meg White, son ex-épouse (bien qu’ils se soient longtemps présentés comme frère et sœur). Le groupe a fait les beaux jours du revival garage rock entre 1997 et 2011. Outre l’excellent Seven Nation Army, aujourd’hui devenu un hymne de stade, ce duo n’est que du bon son qui défonce, à réécouter régulièrement.

Pourtant, Jack White, c’est bien plus que ça : The Raconteurs et The Dead Weather, deux autres groupes menés en parallèle, puis au-delà, des White Stripes. Des apparitions au cinéma, et aussi une carrière solo, ponctuée de 4 albums studios, dont les Acoustic Recordings (1998-2016), sortis en 2016, que je ne saurais que trop vous conseiller.

Ce chouette double LP regroupe à la fois des versions alternatives et donc acoustiques de titres des White Stripes, mais aussi de morceaux issus du reste de la carrière du garçon. Dont le Love Interruption qui nous intéresse aujourd’hui. Un titre pour le coup très acoustique, porté essentiellement par une guitare folk et un petit gimmick de piano Fender, le clavier qui fait toujours plaisir à entendre.

C’est tout autant une ballade folk qu’un titre rock écorché vif sur lequel on aurait (vainement ?) appliqué un baume apaisant. On glisse dans une sorte de coton en se rappelant les beaux moments que l’amour apporte, mais demeurent aussi les plaies les plus fragiles qui ne demandent qu’à saigner de nouveau. La voix de Jack White, elle même écorchée, accentue parfaitement cette sensation en plaçant tout le morceau en tension.

En 2 minutes 30, voilà donc un parfait titre funambule qui, malgré (ou grâce à) son jeu d’équilibre entre deux émotions, me fait régulièrement du bien. Qu’il en soit de même pour vous.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°26 : Petit matin 4.10 heure d’été (2011) de Hubert-Félix Thiéfaine

Le son du jour n’aura d’estival que le nom, puisque c’est plutôt une chanson à la poésie crépusculaire que l’on écoute ensemble aujourd’hui.

Petit matin 4.10 heure d’été est tiré de Suppléments de mensonge (2011), le 16e album studio d’Hubert-Felix Thiéfaine (HFT pour les intimes). C’est alors le grand retour du bonhomme, après Défloration 13 (2001) et Scandale Mélancolique (2005), deux albums qui, dans leur globalité, m’ont moins convaincu que tous les précédents, bien qu’ils recèlent de vraies pépites comme Guichet 102 ou les Confessions d’un never been. En 2007, HFT prendra aussi le temps d’Amicalement blues, un génial album en collaboration avec Paul Personne. Autant dire que la réunion des deux (la poésie de Thiéfaine et le blues de Personne) est un pur bonheur.

Arrive ensuite Suppléments de mensonges en 2011, avec du très lourd. J’adore cet album, pour Garbo XW Machine, pour Infinitives voiles, pour Ta vamp orchidoclaste, pour Les filles du Sud. Pour sa cohérence de la première à la dernière note, et sur l’ensemble de ses textes.

Et donc pour ce Petit matin 4.10 heure d’été. La musique, faite de guitare et d’harmonica, ressemble à un long Dylan. Donc forcément envoûtant. L’écriture, de très haut niveau et bourrée d’images, permet de retrouver la meilleure plume de HFT. Avec, en plein milieu du titre, comme un climax, ces 4 lignes imparables : « Je n’ai plus rien à exposer / Dans la galerie des sentiments / Je laisse ma place aux nouveaux-nés / Sur le marché des morts vivants ».

Il y a quelques paroles de chansons qui me restent gravées à jamais. Celles-là en font partie. Et j’y reviens plus que souvent. Notamment au petit matin. Qu’il soit 4.10 ou pas.

Et pour la version total dylanienne, on écoute cette interprétation live sur le VIXI Tour XVII (2016)

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°25 : Roar !(Cloverfield Overture) (2008) de Michael Giacchino

Pour accompagner l’étouffant dernier jour de juillet auquel nous avons eu droit hier, je me suis cloitré dans un frais tout relatif et replongé dans un moment de suffocation cinématographique avec Cloverfield (2008) de Matt Reeves.

Oui, Cloverfield est un film intense. C’est peut-être pour ça qu’il ne dure qu’1h25, générique de fin compris, tellement il est exigeant. A l’époque, c’est à dire en 2007-2008, c’était le mystère total tout autant que la hype complète. Imaginez donc (ou souvenez-vous de) ce qui s’annonce : un énigmatique film catastrophe ou de monstre piloté par J. J. Abrams et sa bande. Ce dernier est déjà partout. Côté séries TV, on a eu droit à Felicity (1998-2002) et Alias (2001-2006), mais on est surtout en train de se faire tarter par Lost (2004-2010), qui reste pour moi la grande baffe/aventure télévisuelle des années 2000. Et on n’est pas encore tombés dans Fringe (2008-2013). Côté ciné, le Mission : Impossible III (2006) et sa patte de lapin ont twisté de ouf la franchise, et on a sur le feu le reboot Star Trek (2009), en même temps que ce Cloverfield confié à Matt Reeves pour la réalisation et Drew Goddard pour le scénario (Abrams étant producteur).

Au passage, rappelons que Matt Reeves signera plus tard les excellents La planète des singes : L’affrontement (2014) et La planète des singes : Suprématie (2017). Quant à Drew Goddard, c’est le garçon derrière, notamment, La cabane dans les bois (2012) et la série Marvel/Netflix Daredevil (2015-2018). On a connu pire cartes de visite.

Cloverfield est donc, en 2008, le terrain de jeu de cette joyeuse bande, accompagnée de Michael Giacchino, compositeur attitré de J. J. Abrams. Qui signera là un unique morceau, mais quel morceau ! Compositeur prolifique qui inonde le cinéma depuis le début des années 2000 (dont Les Indestructibles et les deux Planètes des singes de Matt Reeves, BOs dont je suis fan hyper), Giacchino propose une pièce d’anthologie dans Cloverfield. Le film est totalement dépourvu de musiques (à l’exception des morceaux entendus pendant la teuf de début du film), à juste titre. Le film est en mode found footage (enregistrement trouvé) comme l’était Le projet Blair Witch en 1999 : un faux film tourné en vidéo amateur par les protagonistes, nous plongeant ainsi au cœur de l’action en ne voyant que ce que voit la caméra.

C’est efficace et diablement astucieux pour Cloverfield, qui place pour quelques heures Manhattan et ses habitants face à un danger sorti de nulle part et dont on ne sait rien ou presque. C’est trépidant, épuisant, parfois irrespirable, mais terriblement jouissif en tant qu’objet cinématographique immersif. La seule bande sonore pendant toutes les scènes urbaines est celle des cris, des hurlements, de l’incompréhension face à l’incompréhensible, et parfois des suffocations de nos partenaires, à travers un quatrième mur qui vole rapidement en éclat.

Enfin, après 1h15 de fuite, épuisés, vidés, complètement ahuris et retournés par ce film qui réinvente à la fois le film catastrophe et le film de monstre (oui, c’était les 2 finalement), on se laisse envelopper par les premières notes du générique de fin : ce Roar ! tendu et désespéré, violent et tourmenté, chaotique et apocalyptique, mais d’une infernale beauté et obsédant par ses ruptures rythmiques. Et par cette voix sortie de nulle part qui semble prolonger les cris de tous ceux qui ont traversé cette nuit de cauchemar. A moins que ce ne soit celle d’un requiem, autant pour les victimes que pour un monde qui ne sera plus jamais le même.

Je me souviens, en sortant de la salle de ciné il y a 12 ans, d’avoir été content de revoir la lumière du jour et de respirer l’air frais. Je me souviens aussi de cette sensation, rare, d’avoir vécu un vrai moment de création cinématographique, et j’ai longtemps gardé Roar ! en tête. En me disant aussi que oui, Rob a évidemment raison : à moins d’être un connard déshumanisé et sans aucun sentiment, n’importe qui (et moi le premier) serait allé chercher Beth McIntyre.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°24: Maniac de Carpenter Brut

Afin de rassurer la multitude de lecteurs angoissés par mon silence et ne souhaitant pas être le sujet d’une alerte enlèvement en plein milieu des vacances, je vous fais un petit signe avant de repartir savourer les contrées bretonnes. En même temps, je ne suis pas inquiet car vous êtes entre de bonnes mains avec mon ami Raf Against The Machine… Le son du jour devrait bien plaire à ce dernier car il est fan de Carpenter Brut dont il vous a déjà parlé ici-même pour le clip de Le Perv (voir ici ) ou la BO de Blood Machines (voir ici ). De mon côté, j’avoue ne pas être un très grand connaisseur des albums mais je suis régulièrement séduit quand mes esgourdes tombent sur un titre de Carpenter Brut et ce fut le cas hier en tombant sur sa reprise de Maniac.

A moins de vivre dans une grotte de troglodytes coupée du reste du monde depuis des décennies, le titre Maniac est connu de tous. Il fait partie de notre culture musicale commune en tant que titre-phare de la BO du film Flashdance (1983) et titre qui parcourt les ondes depuis presque 4 décennies. Ce titre qui est le seul fait marquant d’un certain Michael Sembello représente à mon sens la quintessence du titre feel good qui te donne une énergie de fou. Influence du film oblige, j’ai à chaque fois envie d’enfiler un justaucorps sur mes abdos de rêve (à prendre au sens littéral…), danser à fond et accessoirement courir sur place comme un dératé. Sonorités 80’s, rythmique up-tempo, chant de qualité, refrain addictif et riffs bien sentis, ce titre frôle la perfection. Vous pourrez le savourer à la fin de l’article, je vous ai laissé une vidéo avec des images de Flashdance pour que vous perceviez la marge de progression qu’il vous reste concernant la souplesse, et ce malgré vos 2 mois de confinement rythmés par les sessions de Gym direct…Vous noterez qu’en 1983 on ne s’embêtait pas trop à filmer le visage lorsqu’on filmait une danseuse…

Revenons à notre reprise de Carpenter Brut. Ce titre est joué en live depuis CARPENTERBRUTLIVE (2017) mais possède une version studio depuis seulement mai dernier. La logique est imparable: je me fais suer pendant le confinement = je mange tout le temps = je vais faire un peu de gym pour limiter les dégâts = ma grande soeur n’arrêtait pas de regarder Flashdance = tiens mais j’ai une cover de Maniac que j’aime jouer en live, je vais en faire une version studio car j’ai du temps devant moi… Avec la voix de Yann Ligner de Klone et Adrien Grousset d’Hacride à la guitare, le tout mixé par Tom Dalgety (Rammstein!), le résultat très respectueux de l’original est traversé par un souffle électrique savoureux. Si vous avez déjà du mal à suivre la rythmique du morceau de Michael Sembello, ne tentez pas de danser sur la version de Carpenter Brut pour éviter tout accident cardiaque… Voilà en tout cas un morceau assez jouissif! Allez je file, c’est l’heure de mon cours sur Gym Direct, bon été à tous et enjoy!

Sylphe

Son estival du jour n°23 : A Real Hero (2009) de College feat. Electric Youth

Pour bien débuter la semaine, on vous embarque dans un son qui sent bon les douces soirées d’été : laisser retomber la torpeur de la journée, siroter une bière fraîche, écouter quelques bons disques avec un pote et parler de la vie, ou au contraire juste la regarder s’écouler pépouze. Puis, s’en aller déambuler, ou prendre la route, toutes vitres ouvertes et son à fond, si bien sûr on n’a pas abusé des boissons houblonnées évoquées plus haut.

C’est un peu à ces images-là que A Real Hero me ramène. Titre né en 2009 sous les doigts du français David Grellier aka College, mais surtout popularisé (et propulsé même) après avoir intégré la BO de l’exceptionnel film Drive en 2011, voilà bien un son total estival que je ne me lasse pas de réécouter. Tout comme l’entièreté de la BO du film, essentiellement composée par Cliff Martinez, dans laquelle on retrouve aussi le génial Nightcall de Kavinsky ou  Under your spell de Desire.

Mais pour l’heure, il est question de ce Real Hero qui sent bon l’électro-pop mâtinée de synthwave. College s’adjoint ici la collaboration d’Electric Youth, un duo canadien qui donne dans la synth-pop depuis une dizaine d’années. Bref, du bon son qu’on aime, et ce n’est pas mon gars sûr Sylphe qui me contredira !

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°22 : Woodkid for Nicolas Ghesquière – Louis Vuitton Works One (2020) de Woodkid

Ce vendredi 24 juillet, de bien belles choses sortent dans les bacs : le nouvel EP Air de Jeanne Added (dont nous avons parlé ici bas), la réédition du Dry de PJ Harvey (dont nous avons parlé ici même) accompagnée du LP Dry – Demos (excellent), et un EP de Woodkid longuement intitulé Woodkid for Nicolas Ghesquière – Louis Vuitton Works One. De quoi s’agit-il donc ?

Dans l’attente des singles Goliath (à paraître vendredi prochain 31 juillet, le copain Sylphe y avait consacré une pépite) et Pale Yellow (à venir le 21 août), mais aussi d’un futur album, voilà 6 titres et une bonne demi-heure de bon son à se mettre entre les oreilles. Nicolas Ghesquière, directeur artistique des collections féminines chez Vuitton, et Woodkid collaborent pour l’accompagnement musical des défilés depuis la saison automne-hiver 2017. Ce Works One regroupe une sélection de morceaux entendus depuis 3 ans.

A l’exception du Carol N°1 d’une minute qui ouvre le bal, les 5 autres titres prennent le temps de dérouler chacun une ambiance différente. Mention spéciale à Seen that face before, qui nous permet d’apprécier l’incroyable et magnifique voix de Woodkid, mais aussi à On then and now, avec un featuring de l’actrice Jennifer Connelly. Un titre musicalement tout en rupture pour une ambiance futuriste SF assez fascinante. Quant à Standing on the horizon, qui clôt le EP, je vous laisse découvrir son envoûtante et enveloppante puissance orientale.

Ce 6 titres m’a furieusement rappelé Kalia de Chapelier Fou, dont on a parlé il y a quelques jours (à relire d’un clic). Musicalement c’est assez différent, mais la démarche est semblable : collaborer à une forme artistique hors de la musique, histoire de croiser les visions et de faire voler en éclats les frontières, pour une appréhension globale de l’art. Une approche bienvenue dans une époque qui voudrait, parfois, trop cataloguer et ranger les choses/gens dans des cases. Et qui nous permet aussi (moi le premier) de découvrir des domaines que je ne serais jamais allé explorer de moi-même (oui j’avoue, la mode et Louis Vuitton, c’est assez loin de moi).

En bref, une pépite woodkidienne qui était déjà disponible sur les plateformes de streaming, et qui se paye aujourd’hui le luxe (#LeLuxe #LouisVuitton #vousl’avez?) d’un pressage en vinyle vert extrêmement sobre et stylé, mais en édition limitée : si ça vous tente, ne tardez pas. Reste à espérer que ce Works One soit annonciateur d’autres volumes car, franchement, du son de cette qualité, on en veut bien un peu plus.

Une vidéo défilé + musique avec le Seen the face before évoqué plus haut.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°21 : Lights (2006) de Archive

Voilà quasiment un an jour pour jour (c’était le 28 juillet 2019, je viens de vérifier et c’est à relire ici), le son estival du jour n°3 était consacré à Again du groupe Archive. Par le plus grand des hasards (ou pas, les habitués savent ce que cette formation représente pour moi), c’est de nouveau Archive qui vient occuper mes oreilles et ma tête en cette fin juillet 2020 avec Lights.

On est deux albums après You all look the same to me qui contenait Again, trois si on compte la BO de Michel Vaillant (2003). Craig Walker (chant) a quitté Archive en 2004, peu après la sortie de l’album Noise. Ce dernier album formant, avec Lights (2006) et Controlling crowds (2009), un triptyque sonore cohérent et très porté sur un rock progressif, électrique et planant.

Au milieu de ce trio d’albums, Lights donc. Et au milieu de Lights (l’album), Lights (le morceau), comme une apogée de ce son Archive de la seconde moitié des années 2000. La suite de l’album reste de très haute volée, sans parler du Controlling crowds à venir qui demeure, pour moi, le meilleur opus du groupe avec Londinium (1996).

Toutefois, Lights occupe une place à part : ses 18 minutes, son thème ultra planant et hypnotique qui prend le temps de s’installer, la puissance évocatrice de ses phrases musicales en boucle, la voix de Pollard Berrier, ses multiples sons tous plus prenants les uns que les autres. Lights est imposant, inattaquable, telle une forteresse sonore qui, pourtant, nous accueille dès les premières notes. Dans la grande tradition du Pink Floyd (Atom Heart Mother, Echoes, ou encore Dogs), Archive déroule avec Lights l’étendue de ses talents du moment, faisant fi de toutes les normes et formats musicaux en vigueur.

Est-ce un hasard si ces deux groupes sont très haut placés dans mon panthéon musical ? Spoiler : non. Les dernières compositions studio de Pink Floyd datent de 1994 avec High hopes, sachant que The Endless River (2014) est majoritairement fait de titres composés à l’époque de High Hopes. Cette même année 1994, celle qui voit la naissance d’Archive autour de Darius Keeler, Danny Griffiths, Roya Arab et Rosko John pour un projet trip-hop qui donnera Londinium en 1996. Avant de devenir l’immense groupe que l’on sait, explorant depuis plus de 25 ans maintenant des pistes musicales incroyables. Archive n’a pas remplacé Pink Floyd. Il en perpétue cette tradition des grands groupes qui créent et se renouvellent. Comme un passage de témoin, une filiation artistique dont Lights est une parfaite illustration.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°20 : Grandma / Grandma (Destruction) (2010-2017) de Keiichi Okabe par le Grissini Project

Le son estival du jour m’est arrivé par la magie de Twitter et le compte de Gautoz (aka Gauthier Andres), journaliste chez Gamekult.com et spécialiste (notamment) de musique dans le jeu vidéo. Un compte Twitter passionnant à suivre, au moins autant que ce site et son équipe. Régulièrement, Gautoz partage du son JV (mais pas que), avec bien souvent de sacrées pépites.

Celle d’aujourd’hui est encore au-dessus du lot, et je n’ai pas résisté à l’envie de re-partager : un medley de Grandma et Grandma (Destruction), deux morceaux issus d’une des plus belles BO de JV, peut-être même la plus belle composée à ce jour. NieR Replicant, et encore plus sa suite NieR : Automata, envoient des thèmes musicaux absolument incroyables qui viennent souligner une expérience de jeu inoubliable. Pour faire simple, NieR : Automata est certainement le jeu qui m’a le plus marqué et bouleversé dans toute ma vie de gamer.

On est dans de la pure SF : en 11945, la Terre n’est plus habitée par les humains, qui se sont réfugiés sur une station orbitale suite à l’invasion et la domination de puissantes machines extraterrestres. Afin de reconquérir la planète, des androïdes (que nous jouons) sont envoyés depuis cette station orbitale. La suite de l’histoire est un peu plus complexe que ça, mais je n’en dirai rien. Ce jeu se découvre, se vit, s’apprécie, pour laisser infuser son efficacité, ses réflexions philosophiques sur la nature humaine et sa poésie mélancolique omniprésente. Tout ça porté par une direction artistique qui retranscrit à merveille ce monde post-apocalyptique et, donc, une BO à couper le souffle.

Ces partitions magiques sont l’œuvre de Keiichi Okabe. Elles marquent tellement les phases de jeu que j’avoue avoir refait des passages rien que pour les écouter, avant de finalement écouter directement les enregistrements. J’y ai retrouvé toutes les ambiances et les émotions du jeu, bien que les différentes compositions se suffisent à elles-mêmes. La marque des grands.

Notre son du jour est fait de deux titres, réinterprétés par le Grissini Project accompagné du Curieux Orchestre en 2019, lors de la 5e édition du Bordeaux Geek Festival. Le Grissini Project est composé de quatre musiciens classiques passionnés de musique de jeux vidéo, animes et films. Romain Vaudé (piano/orgue) a créé cette formation en 2010, rejoint plus tard par Marwane Champ (violoncelle), Lilou (chant) et Bastien Vidal (violon). Si ce que vous allez entendre vous émerveille et vous émeut, foncez découvrir leur chouette travail (lien ci-dessous).

Place à 6 minutes et quelques de pure et affolante merveille musicale, par le maître Keiichi Okabe, et magistralement interprétées par le Grissini Project. Si vous sentez monter de l’émotion, c’est normal :  respirez juste un grand coup. Et réécoutez.

Merci à Gautoz (Twitter @gautoz) pour la découverte de ces versions.

Pour découvrir le Grissini Project (Twitter @grissiniproject) c’est par là : https://grissiniproject.com

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°19 : Kalia (2016) de Chapelier Fou

Chapelier-Fou-KaliaPetite virée électro aujourd’hui avec Kalia, un mini-album publié en 2016 par Chapelier Fou. Mini-album, parce que chacun des 9 titres fait entre 2 et 3 minutes. A l’arrivée, une courte mais jolie balade sonore dans des ambiances aussi raffinées que variées.

Kalia est, à l’origine, un travail de commande. Les différents morceaux composent la bande son du projet d’installation d’art numérique Les métamorphoses de Mr. Kalia. Un projet artistique élaboré par Béatrice Lartigue et Cyril Diagne, et présenté à Londres en 2014 au Barbican Center, dans le cadre de l’exposition Digital Revolution qui a également accueilli Björk ou Amon Tobin (certaines sonorités de Kalia rappellent d’ailleurs fortement tout le travail de Tobin sur les micro-cliquetis).

Pas très étonnant, sachant cela, que Kalia nous emmène à travers neuf métamorphoses sonores. Chapelier Fou est multi-instrumentiste et le prouve dans cet opus qui propose tour à tour des synthés, des boucles rythmiques, du violon, du piano, de la guitare… Neuf titres comme autant d’états par lesquels on passe, toujours dans une ambiance à la fois intrigante et onirique.

Certaines compositions annoncent déjà Muance (2017), son album suivant, dont le titre-néologisme est une contraction de mutation et nuance. Toujours cette idée de mutamorphose (#NousAussiOnInventeDesMots) chère à ce magicien des sons qu’est Chapelier Fou. En somme, Kalia est le son parfait pour s’évader dans des contrées variées, sous différentes formes humaines, animales ou spirituelles. La classe Chapelier Fou, comme toujours.

Ci-dessous, deux titres extraits de Kalia, accompagnés de leurs images, puis le teaser des Métamorphoses de Mr. Kalia.

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