Five Titles n°12: Sixteen Oceans de Four Tet (2020)

Voilà ce dimanche un orfèvre de la folktronica qui me tient tout particulièrement àFour Tet coeur, en la personne de Kieran Hebden, alias Four Tet. Sixteen Oceans est déjà le onzième opus de l’Anglais, auquel il faut rajouter six EP et une multitude de remixes de haut vol. Son dernier opus New Energy que je n’ai écouté que d’une oreille dilettante date de  3 ans et je reste éternellement sur les impressions ressenties face au sommet musical There Is Love in You en 2010 (chroniqué dans une autre vie par ici ). Four Tet, c’est une véritable signature musicale, un son reconnaissable entre tous qui mixe les rythmes de la house avec les sonorités faussement angéliques de l’électronica. Le résultat est une subtile alliance de pouvoir cinétique, d’ambient contemplatif et de folk rêveur mais c’est avant tout une bouffée d’air frais dans notre air confiné…

Sixteen Oceans offre 16 pistes et 54 minutes de plaisir, avec néanmoins 5 intermèdes (Hi Hello, ISTM, 1993 Band Practice, Bubbles at Overlook 25th March 2019 et This Is for You) de moins de 2 minutes qui n’apportent pas véritablement grand chose. En même temps, si vous êtes lecteurs assidus dans ces contrées, vous commencez à connaître mon peu d’intérêt pour les intermèdes… Vous savourerez peut-être le piano d’ISTM ou les bulles aquatiques de Bubbles… mais mon plaisir personnel se porte ailleurs. Pour une perception globale de l’album, ce dernier part très fort sur des rythmiques house et le premiers tiers est brillant. Les deux tiers suivants jouent davantage la carte de l’ambient et demeurent savoureux, même s’il faut reconnaître une certaine forme de lassitude polie. Je reste persuadé de mon côté que l’album aurait mérité d’être plus court car il reste exigeant. Ce Sixteen Oceans mérite en tout cas d’être amplement savouré et je vous propose cinq titres qui ne devraient pas vous laisser de marbre…

1. Le morceau d’ouverture School qui sonne comme une résurgence des productions de Pantha du Prince nous invite à prendre place sur le dance-floor. Des beats house viennent rythmer le morceau et une petite ritournelle addictive vient se greffer dans le cerveau pour démontrer tout le pouvoir mélodique de Four Tet. C’est bien le contraste entre les influences house et folk qui me séduit autant chez l’Anglais…

2. Baby ne nous laisse pas reprendre notre souffle dans une atmosphère plus electronica et plus aérienne. Une voix féminine en boucle (Ellie Goulding au passage), des beats qui rythment l’ensemble dans la droite lignée d’un dubstep à la Burial et ces sons plus feutrés et plus ambient. Le résultat est brillant, à l’image du superbe clip ci-dessous qui met parfaitement en valeur la pause centrale avec le bruit des oiseaux.

3. Harpsichord nous offre ensuite une plage contemplative digne de Boards of Canada pour un résultat éthéré et poétique qui nous coupe de tout.

4. Teenage Birdsong clot ce quatuor brillant (je vous avais prévenu que l’album démarrait fort!) dans la droite lignée de School. Une ritournelle addictive s’appuyant sur la flûte de pan vient magnifier une instrumentation extrêmement riche.

5. La sensualité de Romantics ou les billes de sons qui explosent de Love Salad auraient mérité leur place mais je vais choisir le bijou Insect Near Piha Beach pour finir. Pour illustrer cette plage de Nouvelle-Zélande, on retrouve du gros beat house dans une rythmique uptempo peu habituelle mais aussi des cordes qui nous rappellent les origines indiennes de Kieran Hebden. Le résultat est assez inclassable, comme si Animal Collective avait découvert les rythmiques house…

Finalement tout est dit dans cette dernière phrase, j’aime avant tout Four Tet car il est d’une inventivité sans bornes et s’avère inclassable…Bonne écoute à tous, enjoy!

Sylphe

Five-Titles n°11: Noah’s Ark de Cocorosie (2005)

Le plaisir de se replonger dans la discographie des artistes qui se présentent comme unCocorosie refuge nostalgique coincide souvent avec la parution d’un nouvel opus… et c’est exactement ce qui m’est arrivé après avoir écouté le dernier opus Put the Shine On des soeurs Cocorosie, album dont je vous parlerai sûrement dans quelque temps. Les soeurs Casady, Bianca surnommée Coco par sa mère et Sierra répondant au doux surnom de Rosie (What the fuck, mais ne serait-ce pas une piste pour le choix du nom du groupe?), avaient simplement sorti un album expérimental enregistré dans leur salle de bains La Maison de mon rêve en 2004 avant de nous proposer ce sublissime bijou de Noah’s Ark. Cet album mettant en avant une folk intimiste faite de bric et de broc (#payetonexpressiondevieux) est d’une mélancolie subtile et s’illumine de la participation d’artistes hautement recommandés (Antony Hegarty, Devendra Banhart et Spleen). Des textes sombres, des mélodies bricoléees faussement angéliques et ces voix si reconnaissables me donnent toujours l’impression d’ouvrir une vieille boîte à musique recouverte de poussière. Le mécanisme est quelque peu faussé mais la petite danseuse continue à tourner de manière saccadée, les notes s’égrenant avec délices… Je vous propose cinq joyaux à écouter et réécouter qui devraient vous donner envie de pleinement découvrir ce Noah’s Ark et plus globalement la riche discographie de Cocorosie (The Adventures of Ghosthorse & Stillborn en particulier avec la présence du beatboxer Tez). En ces temps de confinement je vous joins cinq vidéos pour savourer les titres sans tarder.

  1. La pépite ultime Beautiful Boyz. Beatbox, mélodie mélancolique au piano, le duo de voix plein d’émotions où Antony Hegarty nous fait regretter de ne plus avoir sorti d’album depuis Swanlights en 2010… Un morceau plein d’émotions qui fait cligner des yeux…

2. Tekno Love Song et sa douceur rassurante. Une simple voix accompagnée à la harpe…

3. Noah’s Ark brille par ses sonorités un peu plus électro et cette voix toujours aussi étrange.

4.Brazilian Sun, quand le folk psychédélique de Devendra Banhart rencontre la folk intimiste des soeurs Cocorosie

5. Bisonours illuminé par le flow de Spleen

 

A écouter sans modération en cette période propice au retour sur soi, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°10: Monolithe d’Octave Noire (2020)

Finir les vacances dans un feu d’artifice musical tout en évoquant une certaineOctave Noire mélancolie lancinante à reprendre le chemin du travail dès demain, tel était mon objectif du jour et c’est Octave Noire qui va me permettre de remplir amplement cette mission. Vous avez peut-être la chance de déjà connaître Patrick Moriceau (et là j’avoue que je vous envie du plus profond de mon âme) sous son premier alias Aliplays pour deux albums d’indie électro Todotesorosiland (2004) et Happy Ours (2010) ou pour son premier album sous le nom d’Octave Noire, Neon en 2017. Vous vous doutez dès lors que nous allons passer un excellentissime moment avec ce deuxième opus Monolithe, taillé dans la roche noire du talent. Dans le cas contraire, je vous invite à découvrir cet artiste qui devrait désormais vous hanter dans les années à venir, tant cet album est d’une intensité folle. Pour esquisser le son de ce Monolithe, imaginez une voix noire comme l’encre qui flirte régulièrement avec le spoken word et évoque des artistes comme Arman Méliès ou Marvin Jouno, des ambiances sombres où les synthés naviguent entre électro et tentation post-rock alors que les cordes apportent une douceur inespérée, des textes percutants et désenchantés, et des invités perçus comme une vraie valeur ajoutée (Dominique A toujours dans les bons coups, ARM, Mesparrow)… Cet album de 48 minutes est un véritable bijou sonore, empreint d’une émotion indiscutable, que je vous propose humblement de découvrir à travers cinq titres qui me touchent au plus profond…

1. Après une Intro anxyogène à souhait, Los Angeles nous apporte ses synthés sortis tout droit de Jean-Michel Jarre, en espèce de rencontre du troisième type du XXIème siècle, avant que le spoken word ne s’impose. La voix est sombre et mélancolique, l’univers musical avec la batterie accentuant la rythmique et les cordes  m’évoque Air époque Virgin Suicides. Le morceau dont la mélodie du refrain s’imprime immédiatement en nous aurait mérité de figurer sur la BO de Mulholland Drive tout simplement…

2. Le titre J’ai choisi fait appel à Dominique A dont la voix nous charme inlassablement par son émotivité poignante. Le morceau plus rythmé et oserais-je dire plus pop dans l’approche brille par sa montée toute en tension (#addictedauxmonteesenpuissance) qui donne une intensité folle à l’ensemble.

3. Monolithe humain est plus âpre musicalement, un monolithe aux rebords acérés qui tend vers le post-rock avec les voix d’Octave Noire et du rappeur ARM. L’intensité est prenante, le morceau ne cesse de monter avec ses cordes lancinantes en fond. A écouter bien fort, pour éclairer toutes les dystopies à base de coronavirus (ah mince on me dit dans l’oreillette que c’est bien notre présent…)

4. Retiens cette image, titre qui fait allusion à la disparition du père, s’appuie sur des échos féminins tout en rupture qui m’évoquent l’inventivité d’une Camille. Les synthés lumineux et la rythmique aux frontières d’un dub désincarné nous donnent une belle leçon de mélancolie.

5. Les 7 minutes du titre final Blister me touchent par leur capacité à faire cohabiter un son électro dansant qui évoque sans hésitation possible le son Ed Banger et en particulier Justice avec une litanie désespérée et volontiers pessimiste. Il serait temps de déchirer ce blister…

5 titres, c’est finalement bien peu et j’aurais pu très bien partager avec vous le dialogue impossible de Parce que je suis avec Mesparrow ou encore la reprise en français d’un titre d’Aliplays Inland Sea qui évoque sur les premiers instants la douceur d’un Yann Tiersen au piano… Je pense que vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°9: See You Tomorrow de The Innocence Mission (2020)

Une parenthèse de douceur pour réchauffer les coeurs, voilà l’impression qui me The Innocence Missionparcourt à l’écoute de ce douzième opus du duo folk américain The Innocence Mission… Question innocence, je suis clairement au summum car je ne connais que vaguement de nom ce groupe composé de Karen et Don Peris et dès lors je me sens investi d’une mission… rattraper l’écoute des onze précédents? (#ouflesvacancesapprochent) Non, déjà plus humblement partager avec vous la beauté de cette petite trentaine de minutes touchées par la grâce, ce See You Tomorrow qu’on brûle d’écouter dès maintenant en sachant qu’on le savourera encore le lendemain.

La formule folk de cet album est d’une simplicité désarmante avec d’un côté la voix fluette et enfantine de Karen qui dégage une douceur mélancolique émouvante et de l’autre côté une instrumentation toute en sobriété où la guitare se fait la part belle. Avec ce See You Tommorow, on se retrouve plongés au milieu d’une vaste plaine en plein milieu hippie avec pour seul objectif de savourer la nature environnante… Cinq titres devraient vous donner une idée un peu plus précise de l’univers de The Innocence Mission.

1. Le morceau d’ouverture The Brothers Williams Said met d’emblée la voix de Karen en avant avec un univers assez dépouillé. Le piano laisse cependant peu à peu la place à une batterie qui donne une saveur plus pop-folk au titre. Le résultat est d’une belle intensité et les See You Tomorrow mélancoliques à souhait…

2. On Your Side s’impose comme un superbe morceau guitare/voix. L’univers n’est pas sans rappeler les grandes heures de Beirut et plus particulièrement Sufjan Stevens. La parenté entre ce dernier et The Innocence Mission est plus qu’évidente et savoureuse.

3. La ballade John As Well devrait permettre de tester votre résistance lacrymale. Les notes de piano et les répétitions du refrain mettront à mal votre petit coeur, n’en doutez pas…

4. Mary Margaret in Mid-Air nous ramène vers la folk des années 60 et j’apprécie tout particulièrement le mariage des deux voix, situation assez rare tant la voix de Karen surplombe cet album.

5. Stars that Fall Away From Us est le bijou pop-folk de cet album et semble tout droit sorti du Illinoise de Sufjan Stevens. L’orchestration plus riche avec les cuivres est juste sublime.

Je vous laisse avec le morceau final I Would Be There qui part sur des accents dignes de Sigur Ros pour se transformer subtilement en un morceau pop-folk des années 70 et retourne me lover dans mon canapé, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°8: Aller-retour de Bon Entendeur (2019)

Au rayon des plus belles escroqueries musicales de cette année 2019 trônera fièrementBon Entendeur en haut le premier opus de Bon Entendeur, Aller-retour. Le trio français composé de Nicolas Boisseleau, Arnaud Bonet et Pierre Della Monica a trouvé une recette imparable qui fonctionne à merveille pour moi (bah oui, une escroquerie certes mais particulièrement réussie): se faire les porte-parole d’une musique française de qualité mais quelque peu surannée en allant déterrer de vieux titres et y apporter une touche de modernité en les remixant à coups de synthés et de sonorités disco. Le résultat c’est un album résolument feel good qui viendra réchauffer ardemmement les coeurs avant la dernière ligne droite de 2019 et ses tops de fin d’année. Je me suis permis de parler d’escroquerie car il faut reconnaître que certains titres ne diffèrent pas énormément des originaux… mais bon voilà déjà deux semaines que cet Aller-retour va régulièrement sur ma platine et ne retourne que rarement dans sa pochette… Je vous propose de découvrir 5 titres (sur les 18 titres et la bonne heure de l’album) de ce projet pour bobos parisiens (#rooquilestmechant) qui, en plus de réveiller les démons des albums de Nouvelle Vague, devrait imprimer sur votre visage un sourire béat indélébile.

1. Le morceau d’ouverture Coup de tête de Pierre Bachelet, BO du film de Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dewaere, fonctionne à merveille. La rythmique a été quelque peu accélérée et on se laisse porter par ces sifflements que n’aurait pas renié Peter Bjorn And John et une belle montée portée par la douceur des synthés. Un souffle printanier illumine ce morceau intemporel.

2. Le temps est bon s’impose ensuite comme un single éblouissant. Reprenant le titre d’Isabelle Pierre de 1971, il nous offre une belle leçon de nostalgie avec sa mélodie joliment désuète et ses cordes et démontre la justesse des choix de Bon Entendeur.

3. La Rua Madureira de Nino Ferrer séduit par sa douceur estivale et ses sonorités entre jazz et rumba. Un titre qui fait écho au très bon Vive nous de Louis Chedid et que l’on verrait parfaitement apparaître sur la BO d’un OSS 117.

4. Dans le même registre que Le temps est bon, L’amour, l’amour, l’amour de Mouloudji brille par la beauté de ses textes et ses sonorités sépia. La puissance de la nostalgie nous étreint tout en douceur.

5. J’aime tout particulièrement pour finir les trois entrevues qui jalonnent l’album. Le concept s’appuie sur des interviews dont les textes sont extrêmement touchants et cette musique douce-amère qui les accompagne. On retrouvera ainsi la voix d’encre de Patrick Poivre d’Arvor nous dresser un tableau plein d’optimisme de la France, Beigbeder souligner avec dérision et humour l’évolution de la société et sa nouvelle vie de cinquantenaire alors que le brillant Pierre Niney regrette la force de ses amours adolescentes.

Allez je retourne écouter ce bien bel Aller-retour, Mes amis, mes copains d’Annie Philippe nourri aux sonorités électro-jazz de Gotan Project ou encore le si moderne Monaco que n’aurait pas renié Charlotte Gainsbourg m’appellent, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°7: Fun Hours de Naïve New Beaters (2019)

Je reconnais volontiers un attachement particulier pour le trio déluré des Naïve New Naive New BeatersBeaters depuis leur tout premier opus Wallace en 2009. Il faut dire que David Boring, Eurobelix et Martin Luther B.B. King m’ont toujours séduit par leur folie pure (leurs clips sont aussi barrés qu’hyper inventifs) et leur énergie débordante. Globalement le combo autodérision + hyperactivité artistique fonctionne à merveille avec moi et je vous mets au défi de ne pas savourer et chanter à tue tête des tubes comme Heal Tomorrow (en featuring avec mon artiste de la semaine Izïa), Words Hurt, Shit Happens, Jersey, Live Good ou encore La Onda…

Pour ce quatrième opus, trois ans après l’excellent A la folie, Naïve New Beaters a quelque peu levé le pied de la pédale folie douce pour privilégier un album avec un peu plus de groove. En toute sincérité, le résultat est plus mitigé et je dois avouer que nos trois farfelus semblent un peu tourner en rond. Heureusement, quelques jolies pépites viennent nous donner du baume au coeur et Five-Minutes vous les offre sur un plateau vinyle:

    1. Addicted To Joy impose son groove électronique séduisant avec le phrasé hip-hop habituel de David Boring. Ajoutons-y un refrain pop à la mélodie addictive et le résultat est imparable.
    2. Le single I See Fire avec Ana Zimmer en featuring déboîte sévère entre voix voccodée et ce featuring de très haut vol qui donne une saveur pop -dance assez inhabituelle. Voilà une pépite pop aussi classique que percutante.
    3. Dope séduit avec peu, une petite mélodie douce-amère qui s’imprime avec une facilité déconcertante. So naïf, so Naïve New Beaters (#jesors)
    4. Fireman joue davantage la carte électronique qui se marie parfaitement à une ligne de basse addictive. Un groove sans fioritures qui fonctionne à merveille!
    5. Keep Runnin’ reste dans une veine similaire à Fireman. Ca groove juste avec une touche de pop apportée par le refrain.

Enjoy!

Sylphe

Five titles N°6 : A plus tard crocodile (2005) de Louise Attaque

R-5803457-1403109650-5253Alors, vous l’aviez (#semainedernière) ? Oui, nous allons replonger un moment dans A plus tard crocodile (2005), le 3e excellent et incontournable album de Louise Attaque, qui connaît ces jours-ci une réédition très stylée en vinyle de couleur jaune, dans une sobre mais efficace pochette jaune unie. Pourquoi donc revenir sur un album qui s’apprête à fêter ses 15 ans ? Parce qu’on est face à une galette qui réussit à mêler diversité des compositions tout en offrant une cohérence de dingue, et qui mérite toute notre attention. Tentative d’éclaircissement en 5 titres (et plus si affinités).

  • Ouverture de l’album avec La traversée du désert, et son texte a capella : « Il y a rien faire par moments / regarder le monde à l’envers, croire en tout / en l’éphémère, décider de l’avant / car il y a dans l’air, par moments / ce léger souffle, séduisant / peut-on rester débutant, apprivoiser ses nerfs ? » Tout est annoncé en quelques mots. Une invitation à l’oisiveté, pour un album absolument pas paresseux. Mais aussi la double proposition  d’un autre regard, et d’avancer en devenant meilleur.
  • Sean Penn, Mitchum, ou la lecture du trip-hop par Louise Attaque. Un morceau aux antipodes des Ton invitation et Les nuits parisiennes qui ont propulsé le groupe au sommet des charts dès 1997. Le son est posé, le tempo slow-down. Tout ça livré dans un écrin de sons électros et de collages sonores. Des samples en veux-tu en voilà, un texte lui aussi en boucle qui prend son temps et le temps de s’insinuer dans les moindres recoins de nous. Les touches électros de Sean Penn, Mitchum étaient d’ailleurs déjà en gestation dès Notre époque (2003), le second album de Tarmac (le duo Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel, violon de Louise Attaque). Voilà un des plus beaux morceaux que je connaisse, tout album et artiste confondu.
  • Manhattan fait partie des titres plus pop-rock qui rappellent le passé de Louise Attaque. En cela, il se connecte directement avec, sur ce même album, Si c’était hier, Nos sourires ou Shibuya station. Et plus avant avec la veine des premiers albums et des titres comme Savoir ou L’imposture sur le premier album Louise Attaque (1997), Qu’est-ce qui nous tente ou D’amour en amour sur le second opus Comme on a dit (2000).
  • Il y a ensuite un lot de titres parsemés tout au long de A plus tard crocodile, mais toutefois indissociables les uns des autres par leur thématique : Oui / non, Depuis toujours, La nuit, Est-ce que tu m’aimes encore ? Les mélodies sont différentes mais ces textes-là creusent déjà le sillon du futur Gaëtan Roussel en solo. Sortes de rengaines amoureuses qui posent les questions des liens humains, de la vie amoureuse, de la durabilité et la persistance des sentiments. Autant de boucles interrogatoires qui remonteront à la surface dès Ginger (2010), premier album solo, au travers de Dis-moi encore que tu m’aimes ou Des questions me reviennent. Echos dans son dernier album Trafic (2018) et Tu me manques ou Début. Echos aussi dans le dernier Louise Attaque Anomalie (2016), dans Il n’y avait que toi ou Du grand banditisme. Des questions en outre déjà posées chez Tarmac, lorsqu’on écoute Dis-moi c’est quand, Longtemps ou Ces moments-là.
  • Et clôture de A plus tard crocodile par Ça m’aurait plu. Une ballade aux airs apaisés qui relance pourtant de multiples cogitations, tout comme les titres de clôture des albums futurs : Se souvenir des belles choses sur Ginger (2010), Un peu de patience sur Anomalie (2016), Tout va mieux partout sur Accidently yours (2017) de Lady Sir (l’album duo avec Rachida Brakni), Début sur Trafic (2018). L’art assumé de sans cesse relancer la boucle. Ces même boucles dont, justement, Louise Attaque s’est fait la spécialité. Ici, Ça m’aurait plu résonne comme une clôture (temporaire) de Louise Attaque : une histoire qui se referme en mêlant le plaisir de l’avoir vécu et les pistes non explorées. Pistes que Gaëtan Roussel défrichera et développera dans ses créations futures.

A plus tard crocodile est un album somme dans ses émotions et dans ses intentions. Un bilan d’étape de l’aventure Louise Attaque et une flopée de titres variés pour un ascenseur émotionnel qui s’arrête à tous les étages. Mais aussi un réel incubateur pour les projets à venir de Gaëtan Roussel, qui , après avoir aussi été Tarmac, sera également Lady Sir, de nouveau Louise Attaque et avant tout lui-même.

A la base de cette carrière multiforme et d’une cohérence à faire pâlir d’envie bien des musicos, Louise Attaque irrémédiablement gravée, telle une matrice originelle. Je peux bien me réjouir des autres formes de Gaëtan Roussel, je reviens sans cesse et régulièrement à Louise Attaque. Et particulièrement à ce A plus tard crocodile qui, rien que dans son titre, est une invitation du moment tout autant qu’une promesse à se retrouver. Sans larmes (#elleétaitfacile), pour le plaisir des souvenirs et de l’univers des possibles.

Raf Against The Machine

Five Titles n°5: Unfurl de RY X (2019)

C’est avec une certaine gêne que je me dois d’avouer que je ne connaissais presque pasRY X l’australien Ry Cuming alias RY X avant l’écoute de ce Unfurl, deuxième opus après Dawn en 2016 . Vous allez vite comprendre la force de cette gêne quand vous la mettrez en balance avec l’intensité du plaisir ressenti à l’écoute de cette pépite d’une richesse orchestrale sans limite. La recette est d’une limpidité évidente avec d’un côté une voix extrêmement sensible et mélancolique et de l’autre des atmosphères instrumentales d’une grande minutie entre piano, cordes et guitares. Le résultat est une créature hybride née de diverses influences qui me paraissent évidentes, un subtil cocktail où le dubstep est venu enlacer Alt J et James Blake. Pour tout dire, je n’ai cessé de penser à James Blake en écoutant cet album car je trouve les deux artistes assez similaires dans leur approche de la musique même si l’un paraît sur un certain déclin artistique provoquant un ennui naissant (voir ici ) alors que l’autre est à l’orée d’une très belle carrière…

Review, pépite du moment ou intemporelle, il est évident que toutes les catégories siéent parfaitement à cet album mais j’ai choisi de l’aborder sous l’angle des cinq titres comme cinq instantanés afin de suggérer ce qu’est cet album sans trop dénaturer le plaisir de la découverte. Voici donc cinq diamants taillés avec finesse…

1. Untold commence avec une rythmique dubstep affirmée évoquant Burial avant que les choeurs et la voix de RY X viennent donner une saveur mélancolique d’une justesse infinie à l’ensemble. Les violons et les synthés se répondent, l’ambiance instrumentale foisonne de propositions pour un résultat empreint d’émotions qui me séduit par son refus de toute linéarité dans la composition.

2. Body Sun s’impose comme le titre qui me touche le plus. Un piano-voix d’une grande pudeur, des montées à faire dresser les poils accompagnées de violons judicieux, tout ceci sans tomber dans le pathos grâce à une rythmique de fond qui impose son énergie. Bijou émotionnel…

3. Yayaya (#titreregressifdelannée) me séduit, quant à lui, par son contraste entre la guitare et le chant tout en pudeur d’un côté et de l’autre ce surprenant refrain aux saveurs sucrées pop qui s’ancre dans la tête pour nous donner l’illusion d’une légèreté que l’on sait factice.

4. Foreign Tides part sur une intro rock me rappelant Placebo avant de briller par ses différentes flèches décochées tout au long du morceau et sa rythmique inqualifiable entre exotisme et funk. Bref vous avez bien compris qu’il me manque les mots pour définir ce titre, je suis ouvert à vos propositions!

5. The Water rappelle que Rye Cuming a aussi des talents de DJ qu’il met en oeuvre dans le duo Howling avec Frank Wiedemann. Le morceau part sur un terrain dépouillé avec un piano tout en sobriété et une voix fragile à souhait avant qu’une rythmique électro vienne peu à peu prendre le pouvoir de manière assez surprenante. La dernière minute est juste jouissive et m’évoque le prodige Caribou de Swim.

A n’en pas douter, on tient avec ce Unfurl un prétendant sérieux au podium de fin d’année qui devrait batailler ferme avec Thylacine et les autres…

Sylphe

Five Titles n°4: Outer Peace de Toro y Moi (2019)

Autour de 2010, Neon Indian et Toro y Moi sont à l’origine d’un nouveau style musical, toro y moila chillwave, espèce de synth-pop mâtinée d’ambient créée avec des moyens limités. Une version low-cost de la synthpop si je caricature quelque peu. Toro y Moi a brillamment poursuivi sa carrière depuis Causers of This et vient de sortir son sixième opus Outer Peace, c’est l’occasion de prendre des nouvelles de Chazwick Bradley Bundick que j’avais quelque peu perdu de vue sur les derniers opus. L’album est un joli condensé de 30 minutes (et pas une de plus!) des influences de Toro y Moi pour un résultat aussi éclectique que rafraîchissant. Petit tour d’horizon autour de cinq titres qui devraient vous inciter à vous faire un petit shot de feel good music avec Outer Peace qui ne se perd pas dans des ambitions démesurées.

1.Le morceau d’ouverture Fading est brillant d’emblée. Palette de sons très large, des synthés en veux-tu en voilà, les boucles de voix incessantes et le résultat est imparable, de la synth-pop délicate et volontiers dansante. Comme dirait l’autre, j’achète!!!

2.Ordinary Pleasure et son groove en arrière-plan se déguste comme une vraie sucrerie. Le refrain donne une saveur pop acidulée à l’ensemble et je me surprends à chantonner de ma voix de crécelle…

3.Miss Me vient de son côté marcher sur les plate-bandes du trip-hop à la Zero7, porté par le chant tout en justesse de ABRA. C’est d’une douceur et d’une sensualité savoureuse pour un titre qui tranche de manière assez surprenante avec le reste de l’album. On avait parlé d’éclectisme non?

4. J’aurais pu choisir les réminiscences disco de Laws of the Universe mais je vais plutôt savourer avec vous l’ovni disco-funk Freelance que j’aime par son côté aussi gourmand qu’inclassable.

5. Si vous savourez actuellement le quatrième opus Assum Form de James Blake, Monte Carlo avec Wet en featuring saura pleinement vous séduire. Autotune, atmosphère urbaine et subtil mariage des deux voix pour un résultat convaincant.

Sylphe

Five Titles n°3: Takk… de Sigur Ros (2005)

Hier Raf Against The Machine nous faisait découvrir Mùm dont la musique aérienne et Sigur Roséthérée faisait honneur aux terres sauvages de l’Islande. Ce pays reste pour moi une énigme musicale tant il a cette capacité à faire émerger des artistes qui me touchent particulièrement. Au milieu de Björk, Monsters and Men, Asgeir ou encore Emiliana Torrini trône un groupe à la sensibilité exacerbée qui figure humblement dans mon panthéon musical, Sigur Rós. Excepté la chronique du plus rock et plus âpre Kveikur en 2013 ou le très bel album solo de Jonsi Go en 2010, j’ai toujours eu une réticence à parler des premiers albums de Sigur Rós par peur de déflorer ce sublime îlot d’innocence et de ne pas trouver les mots pour décrire l’émotion dégagée par ce groupe.

L’envie de partager a cependant pris le dessus aujourd’hui et c’est avec la plus grande humilité face à ce monument que je souhaite vous parler du quatrième opus sorti en 2005, Takk… Ce choix de titre -takk signifie merci en islandais- représente bien les mots qui me viennent à l’écoute de cet album. On retrouve dans ce bijou tout ce qui fait la grâce et la beauté de Sigur Rós: le falsetto touchant de Jonsi, la finesse et la douceur de l’orchestration entre violons, cuivres et glockenspiel, les lentes montées en puissance post-rock qui nous évoquent Mogwai ou encore Godspeed You Black Emperor. Voici 5 titres qui devraient illuminer votre journée ou vos années à venir…

1.Après le doux morceau d’ouverture Takk… qui s’apparente pour moi à une fragile constellation de synthés, Glósóli (soleil brillant en islandais) est le premier moment de grâce de l’album. La voix de Jonsi, la richesse des sons aquatiques et du glockenspiel qui esquisse un univers enfantin, la lente montée en puissance qui prend forme au bout de deux minutes pour finir en une sauvage explosion post-rock aussi brutale que savoureuse avec ces guitares acérées… Imparable..

2. A peine remis de Glósóli, Hoppípola (« sauter dans des flaques d’eau ») vient nous donner une subtile leçon de candeur. L’orchestration est juste sublime, le piano et les violons viennent donner un aspect majestueux au morceau qui célèbre l’enfance. Les cuivres finissent de nous cueillir dans la montée finale.

3. Sé Lest (« je vois un train ») et ses presque 9 minutes est une belle odyssée intimiste à l’orchestration subtile. J’aime en particulier le clin d’oeil des cuivres sur la fin qui m’évoque un autre orfèvre, Beirut.

4. Sæglópur (« perdu en mer ») est une nouvelle pépite post-rock que je rapproche de Glósóli. La douceur de la neige laisse peu à peu sa place à la lave volcanique qui anime le morceau pour une très belle démonstration post-rock que ne renierait pas Mogwai. Je savoure en particulier le sentiment d’urgence que l’on ressent à travers la rythmique uptempo.

5. Pour le dernier morceau, j’aurais pu choisir la douceur du trio final de l’album mais je vais de nouveau me laisser tenter par le post-rock de Milanó où la voix de Jonsi montre toute la richesse de son émotion.

Si le besoin de s’évader se fait ressentir pourquoi n’iriez-vous pas voyager en Islande avec Sigur Rós pour parcourir ces paysages sauvages et polaires où les volcans peuvent à tout moment entrer en irruption?

Sylphe