Five Titles n°7: Fun Hours de Naïve New Beaters (2019)

Je reconnais volontiers un attachement particulier pour le trio déluré des Naïve New Naive New BeatersBeaters depuis leur tout premier opus Wallace en 2009. Il faut dire que David Boring, Eurobelix et Martin Luther B.B. King m’ont toujours séduit par leur folie pure (leurs clips sont aussi barrés qu’hyper inventifs) et leur énergie débordante. Globalement le combo autodérision + hyperactivité artistique fonctionne à merveille avec moi et je vous mets au défi de ne pas savourer et chanter à tue tête des tubes comme Heal Tomorrow (en featuring avec mon artiste de la semaine Izïa), Words Hurt, Shit Happens, Jersey, Live Good ou encore La Onda…

Pour ce quatrième opus, trois ans après l’excellent A la folie, Naïve New Beaters a quelque peu levé le pied de la pédale folie douce pour privilégier un album avec un peu plus de groove. En toute sincérité, le résultat est plus mitigé et je dois avouer que nos trois farfelus semblent un peu tourner en rond. Heureusement, quelques jolies pépites viennent nous donner du baume au coeur et Five-Minutes vous les offre sur un plateau vinyle:

    1. Addicted To Joy impose son groove électronique séduisant avec le phrasé hip-hop habituel de David Boring. Ajoutons-y un refrain pop à la mélodie addictive et le résultat est imparable.
    2. Le single I See Fire avec Ana Zimmer en featuring déboîte sévère entre voix voccodée et ce featuring de très haut vol qui donne une saveur pop -dance assez inhabituelle. Voilà une pépite pop aussi classique que percutante.
    3. Dope séduit avec peu, une petite mélodie douce-amère qui s’imprime avec une facilité déconcertante. So naïf, so Naïve New Beaters (#jesors)
    4. Fireman joue davantage la carte électronique qui se marie parfaitement à une ligne de basse addictive. Un groove sans fioritures qui fonctionne à merveille!
    5. Keep Runnin’ reste dans une veine similaire à Fireman. Ca groove juste avec une touche de pop apportée par le refrain.

Enjoy!

Sylphe

Five titles N°6 : A plus tard crocodile (2005) de Louise Attaque

R-5803457-1403109650-5253Alors, vous l’aviez (#semainedernière) ? Oui, nous allons replonger un moment dans A plus tard crocodile (2005), le 3e excellent et incontournable album de Louise Attaque, qui connaît ces jours-ci une réédition très stylée en vinyle de couleur jaune, dans une sobre mais efficace pochette jaune unie. Pourquoi donc revenir sur un album qui s’apprête à fêter ses 15 ans ? Parce qu’on est face à une galette qui réussit à mêler diversité des compositions tout en offrant une cohérence de dingue, et qui mérite toute notre attention. Tentative d’éclaircissement en 5 titres (et plus si affinités).

  • Ouverture de l’album avec La traversée du désert, et son texte a capella : « Il y a rien faire par moments / regarder le monde à l’envers, croire en tout / en l’éphémère, décider de l’avant / car il y a dans l’air, par moments / ce léger souffle, séduisant / peut-on rester débutant, apprivoiser ses nerfs ? » Tout est annoncé en quelques mots. Une invitation à l’oisiveté, pour un album absolument pas paresseux. Mais aussi la double proposition  d’un autre regard, et d’avancer en devenant meilleur.
  • Sean Penn, Mitchum, ou la lecture du trip-hop par Louise Attaque. Un morceau aux antipodes des Ton invitation et Les nuits parisiennes qui ont propulsé le groupe au sommet des charts dès 1997. Le son est posé, le tempo slow-down. Tout ça livré dans un écrin de sons électros et de collages sonores. Des samples en veux-tu en voilà, un texte lui aussi en boucle qui prend son temps et le temps de s’insinuer dans les moindres recoins de nous. Les touches électros de Sean Penn, Mitchum étaient d’ailleurs déjà en gestation dès Notre époque (2003), le second album de Tarmac (le duo Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel, violon de Louise Attaque). Voilà un des plus beaux morceaux que je connaisse, tout album et artiste confondu.
  • Manhattan fait partie des titres plus pop-rock qui rappellent le passé de Louise Attaque. En cela, il se connecte directement avec, sur ce même album, Si c’était hier, Nos sourires ou Shibuya station. Et plus avant avec la veine des premiers albums et des titres comme Savoir ou L’imposture sur le premier album Louise Attaque (1997), Qu’est-ce qui nous tente ou D’amour en amour sur le second opus Comme on a dit (2000).
  • Il y a ensuite un lot de titres parsemés tout au long de A plus tard crocodile, mais toutefois indissociables les uns des autres par leur thématique : Oui / non, Depuis toujours, La nuit, Est-ce que tu m’aimes encore ? Les mélodies sont différentes mais ces textes-là creusent déjà le sillon du futur Gaëtan Roussel en solo. Sortes de rengaines amoureuses qui posent les questions des liens humains, de la vie amoureuse, de la durabilité et la persistance des sentiments. Autant de boucles interrogatoires qui remonteront à la surface dès Ginger (2010), premier album solo, au travers de Dis-moi encore que tu m’aimes ou Des questions me reviennent. Echos dans son dernier album Trafic (2018) et Tu me manques ou Début. Echos aussi dans le dernier Louise Attaque Anomalie (2016), dans Il n’y avait que toi ou Du grand banditisme. Des questions en outre déjà posées chez Tarmac, lorsqu’on écoute Dis-moi c’est quand, Longtemps ou Ces moments-là.
  • Et clôture de A plus tard crocodile par Ça m’aurait plu. Une ballade aux airs apaisés qui relance pourtant de multiples cogitations, tout comme les titres de clôture des albums futurs : Se souvenir des belles choses sur Ginger (2010), Un peu de patience sur Anomalie (2016), Tout va mieux partout sur Accidently yours (2017) de Lady Sir (l’album duo avec Rachida Brakni), Début sur Trafic (2018). L’art assumé de sans cesse relancer la boucle. Ces même boucles dont, justement, Louise Attaque s’est fait la spécialité. Ici, Ça m’aurait plu résonne comme une clôture (temporaire) de Louise Attaque : une histoire qui se referme en mêlant le plaisir de l’avoir vécu et les pistes non explorées. Pistes que Gaëtan Roussel défrichera et développera dans ses créations futures.

A plus tard crocodile est un album somme dans ses émotions et dans ses intentions. Un bilan d’étape de l’aventure Louise Attaque et une flopée de titres variés pour un ascenseur émotionnel qui s’arrête à tous les étages. Mais aussi un réel incubateur pour les projets à venir de Gaëtan Roussel, qui , après avoir aussi été Tarmac, sera également Lady Sir, de nouveau Louise Attaque et avant tout lui-même.

A la base de cette carrière multiforme et d’une cohérence à faire pâlir d’envie bien des musicos, Louise Attaque irrémédiablement gravée, telle une matrice originelle. Je peux bien me réjouir des autres formes de Gaëtan Roussel, je reviens sans cesse et régulièrement à Louise Attaque. Et particulièrement à ce A plus tard crocodile qui, rien que dans son titre, est une invitation du moment tout autant qu’une promesse à se retrouver. Sans larmes (#elleétaitfacile), pour le plaisir des souvenirs et de l’univers des possibles.

Raf Against The Machine

Five Titles n°5: Unfurl de RY X (2019)

C’est avec une certaine gêne que je me dois d’avouer que je ne connaissais presque pasRY X l’australien Ry Cuming alias RY X avant l’écoute de ce Unfurl, deuxième opus après Dawn en 2016 . Vous allez vite comprendre la force de cette gêne quand vous la mettrez en balance avec l’intensité du plaisir ressenti à l’écoute de cette pépite d’une richesse orchestrale sans limite. La recette est d’une limpidité évidente avec d’un côté une voix extrêmement sensible et mélancolique et de l’autre des atmosphères instrumentales d’une grande minutie entre piano, cordes et guitares. Le résultat est une créature hybride née de diverses influences qui me paraissent évidentes, un subtil cocktail où le dubstep est venu enlacer Alt J et James Blake. Pour tout dire, je n’ai cessé de penser à James Blake en écoutant cet album car je trouve les deux artistes assez similaires dans leur approche de la musique même si l’un paraît sur un certain déclin artistique provoquant un ennui naissant (voir ici ) alors que l’autre est à l’orée d’une très belle carrière…

Review, pépite du moment ou intemporelle, il est évident que toutes les catégories siéent parfaitement à cet album mais j’ai choisi de l’aborder sous l’angle des cinq titres comme cinq instantanés afin de suggérer ce qu’est cet album sans trop dénaturer le plaisir de la découverte. Voici donc cinq diamants taillés avec finesse…

1. Untold commence avec une rythmique dubstep affirmée évoquant Burial avant que les choeurs et la voix de RY X viennent donner une saveur mélancolique d’une justesse infinie à l’ensemble. Les violons et les synthés se répondent, l’ambiance instrumentale foisonne de propositions pour un résultat empreint d’émotions qui me séduit par son refus de toute linéarité dans la composition.

2. Body Sun s’impose comme le titre qui me touche le plus. Un piano-voix d’une grande pudeur, des montées à faire dresser les poils accompagnées de violons judicieux, tout ceci sans tomber dans le pathos grâce à une rythmique de fond qui impose son énergie. Bijou émotionnel…

3. Yayaya (#titreregressifdelannée) me séduit, quant à lui, par son contraste entre la guitare et le chant tout en pudeur d’un côté et de l’autre ce surprenant refrain aux saveurs sucrées pop qui s’ancre dans la tête pour nous donner l’illusion d’une légèreté que l’on sait factice.

4. Foreign Tides part sur une intro rock me rappelant Placebo avant de briller par ses différentes flèches décochées tout au long du morceau et sa rythmique inqualifiable entre exotisme et funk. Bref vous avez bien compris qu’il me manque les mots pour définir ce titre, je suis ouvert à vos propositions!

5. The Water rappelle que Rye Cuming a aussi des talents de DJ qu’il met en oeuvre dans le duo Howling avec Frank Wiedemann. Le morceau part sur un terrain dépouillé avec un piano tout en sobriété et une voix fragile à souhait avant qu’une rythmique électro vienne peu à peu prendre le pouvoir de manière assez surprenante. La dernière minute est juste jouissive et m’évoque le prodige Caribou de Swim.

A n’en pas douter, on tient avec ce Unfurl un prétendant sérieux au podium de fin d’année qui devrait batailler ferme avec Thylacine et les autres…

Sylphe

Five Titles n°4: Outer Peace de Toro y Moi (2019)

Autour de 2010, Neon Indian et Toro y Moi sont à l’origine d’un nouveau style musical, toro y moila chillwave, espèce de synth-pop mâtinée d’ambient créée avec des moyens limités. Une version low-cost de la synthpop si je caricature quelque peu. Toro y Moi a brillamment poursuivi sa carrière depuis Causers of This et vient de sortir son sixième opus Outer Peace, c’est l’occasion de prendre des nouvelles de Chazwick Bradley Bundick que j’avais quelque peu perdu de vue sur les derniers opus. L’album est un joli condensé de 30 minutes (et pas une de plus!) des influences de Toro y Moi pour un résultat aussi éclectique que rafraîchissant. Petit tour d’horizon autour de cinq titres qui devraient vous inciter à vous faire un petit shot de feel good music avec Outer Peace qui ne se perd pas dans des ambitions démesurées.

1.Le morceau d’ouverture Fading est brillant d’emblée. Palette de sons très large, des synthés en veux-tu en voilà, les boucles de voix incessantes et le résultat est imparable, de la synth-pop délicate et volontiers dansante. Comme dirait l’autre, j’achète!!!

2.Ordinary Pleasure et son groove en arrière-plan se déguste comme une vraie sucrerie. Le refrain donne une saveur pop acidulée à l’ensemble et je me surprends à chantonner de ma voix de crécelle…

3.Miss Me vient de son côté marcher sur les plate-bandes du trip-hop à la Zero7, porté par le chant tout en justesse de ABRA. C’est d’une douceur et d’une sensualité savoureuse pour un titre qui tranche de manière assez surprenante avec le reste de l’album. On avait parlé d’éclectisme non?

4. J’aurais pu choisir les réminiscences disco de Laws of the Universe mais je vais plutôt savourer avec vous l’ovni disco-funk Freelance que j’aime par son côté aussi gourmand qu’inclassable.

5. Si vous savourez actuellement le quatrième opus Assum Form de James Blake, Monte Carlo avec Wet en featuring saura pleinement vous séduire. Autotune, atmosphère urbaine et subtil mariage des deux voix pour un résultat convaincant.

Sylphe

Five Titles n°3: Takk… de Sigur Ros (2005)

Hier Raf Against The Machine nous faisait découvrir Mùm dont la musique aérienne et Sigur Roséthérée faisait honneur aux terres sauvages de l’Islande. Ce pays reste pour moi une énigme musicale tant il a cette capacité à faire émerger des artistes qui me touchent particulièrement. Au milieu de Björk, Monsters and Men, Asgeir ou encore Emiliana Torrini trône un groupe à la sensibilité exacerbée qui figure humblement dans mon panthéon musical, Sigur Rós. Excepté la chronique du plus rock et plus âpre Kveikur en 2013 ou le très bel album solo de Jonsi Go en 2010, j’ai toujours eu une réticence à parler des premiers albums de Sigur Rós par peur de déflorer ce sublime îlot d’innocence et de ne pas trouver les mots pour décrire l’émotion dégagée par ce groupe.

L’envie de partager a cependant pris le dessus aujourd’hui et c’est avec la plus grande humilité face à ce monument que je souhaite vous parler du quatrième opus sorti en 2005, Takk… Ce choix de titre -takk signifie merci en islandais- représente bien les mots qui me viennent à l’écoute de cet album. On retrouve dans ce bijou tout ce qui fait la grâce et la beauté de Sigur Rós: le falsetto touchant de Jonsi, la finesse et la douceur de l’orchestration entre violons, cuivres et glockenspiel, les lentes montées en puissance post-rock qui nous évoquent Mogwai ou encore Godspeed You Black Emperor. Voici 5 titres qui devraient illuminer votre journée ou vos années à venir…

1.Après le doux morceau d’ouverture Takk… qui s’apparente pour moi à une fragile constellation de synthés, Glósóli (soleil brillant en islandais) est le premier moment de grâce de l’album. La voix de Jonsi, la richesse des sons aquatiques et du glockenspiel qui esquisse un univers enfantin, la lente montée en puissance qui prend forme au bout de deux minutes pour finir en une sauvage explosion post-rock aussi brutale que savoureuse avec ces guitares acérées… Imparable..

2. A peine remis de Glósóli, Hoppípola (« sauter dans des flaques d’eau ») vient nous donner une subtile leçon de candeur. L’orchestration est juste sublime, le piano et les violons viennent donner un aspect majestueux au morceau qui célèbre l’enfance. Les cuivres finissent de nous cueillir dans la montée finale.

3. Sé Lest (« je vois un train ») et ses presque 9 minutes est une belle odyssée intimiste à l’orchestration subtile. J’aime en particulier le clin d’oeil des cuivres sur la fin qui m’évoque un autre orfèvre, Beirut.

4. Sæglópur (« perdu en mer ») est une nouvelle pépite post-rock que je rapproche de Glósóli. La douceur de la neige laisse peu à peu sa place à la lave volcanique qui anime le morceau pour une très belle démonstration post-rock que ne renierait pas Mogwai. Je savoure en particulier le sentiment d’urgence que l’on ressent à travers la rythmique uptempo.

5. Pour le dernier morceau, j’aurais pu choisir la douceur du trio final de l’album mais je vais de nouveau me laisser tenter par le post-rock de Milanó où la voix de Jonsi montre toute la richesse de son émotion.

Si le besoin de s’évader se fait ressentir pourquoi n’iriez-vous pas voyager en Islande avec Sigur Rós pour parcourir ces paysages sauvages et polaires où les volcans peuvent à tout moment entrer en irruption?

Sylphe

Five Titles n°2: Dear John de Loney Dear (2009)

Lorsque vient ce besoin de se ressourcer auprès des artistes et albums qui nous ont Loney Dearconstruit humainement et plus humblement musicalement (#excèsdesadverbes) les playlists que nous avons créées minutieusement s’imposent comme de vrais havres de paix. Sur la playlist gargantuesque regroupant mes innombrables coups de coeur il m’arrive régulièrement de retomber sur des titres du Dear John de Loney Dear. Il faut croire que la fonction aléatoire de ma playlist a une attirance incontrôlable pour Emil Svanängen, défiant toutes les lois de la logique. Un signe du destin m’a définitivement donné envie de parler de ce superbe album lorsque j’ai vu que son homonyme Matthew Dear (pour l’anecdote inutile ces deux-là sont nés à 6 jours d’intervalle) venait de sortir un nouvel album, Bunny. Ayant toujours cette fâcheuse tendance à mélanger les Dear, il était devenu évident qu’il fallait régler ce problème et partager dans les plus brefs délais mon amour pour ce Dear John sorti sur le très recommandable label Sub Pop. Voilà donc cinq titres pour vous inciter à aller écouter ou réécouter, pour les plus chanceux le connaissant déjà, ce superbe bijou d’électro-folk qu’est Dear John.

1. L’ouverture de l’album Airport Surroundings qui me désarme à chaque fois. Morceau uptempo, il résume avec brio l’accouplement d’une folk suave avec le sentiment d’urgence d’une électro suggestive. On retrouve ainsi de nombreux éléments qui sauront me séduire dans tout l’album, la douceur de la voix, le sens de la mélodie avec le recours aux choeurs et un goût prononcé pour soigner les ambiances instrumentales, en l’occurrence de légers tintements ici.

2. La plongée dans les abysses marines d’Under A Silent Sea et sa schizophrénie faussement évidente. Après presque 2 minutes d’une douceur folk dénuée de toute monotonie à l’image des 3 titres précédents Everything Turns To You – I Was Only Going Out – Harsh Words, le titre prend soudainement une tournure plus organique, plus électronique. Les synthés et les drums prennent brillamment le pouvoir sans pour autant briser la douceur mélancolique qui se dégage du morceau. Un superbe exercice de style qui résume parfaitement les deux aspirations principales de l’opus.

3. La folk de I Got Lost brillamment sublimée par le violon d’un autre génie, en la personne d’Andrew Bird. A peine 3 minutes d’une douceur inouië à nous en faire frémir les paupières…

4. L’autre bijou uptempo de l’album avec l’addictif Distant Lights qui me donne des frissons à chaque écoute. L’univers est plus sombre, à peine éclairé par ces jolis tintements qui essayent de contrecarrer des choeurs angoissants. Je visualise à l’écoute de ces trois petites minutes qu’on voudrait voir se prolonger inlassablement un paysage urbain en pleine nuit (peut-être l’influence de la pochette) et la fuite désespérée d’un personnage pris dans son cauchemar. Un tableau juste sublime…

5. Le morceau final de cet album d’un peu plus de 40 minutes Dear John qui démontre, dans la lignée de Harsh Words, la capacité de Loney Dear à mettre en place des instrumentations plus orchestrées avec ces cuivres qui viennent nous cueillir de manière imparable.

Voilà en tout cas un album raffiné d’électro-folk que je prends toujours autant de plaisir à réécouter 9 ans après sa sortie. Avec cet article je signe un nouveau bail de 9 ans avec Dear John, il ne vous reste plus qu’à signer vous aussi.

Sylphe

Five Titles n°1: The Dog and the Future d’Agar Agar (2018)

Après des débuts tonitruants avec leur premier EP Cardan et une victoire aux Inrocks labAgar Agar en 2016, le duo français Agar Agar composé de Clara Cappagli et Armand Bultheel nous revient plus en forme que jamais avec ce premier opus The Dog and the Future. Ici pas question de se figer et de se retrouver pris dans des tentacules gélifiantes, le groupe continue à explorer avec talent et justifie de faire déjà une date à l’Olympia début décembre. Voici 5 titres qui devraient vous convaincre de faire connaissance avec les français d’Agar Agar

1. Le morceau d’ouverture Made est très subtile dans sa construction progressive. Au synthé angoissant du début qui fonctionnera tout le long comme une ritournelle obsédante viennent se superposer progressivement de nombreux autres synthés et au final la voix chaude de Clara. Cette impression de voir se dessiner sous nos yeux un paysage sonore intemporel est séduisante.

2. Le single Sorry About the Carpet est brillant et la recette est d’une limpidité incontestable. Prenez la nonchalance sensuelle de la voix de Clara, une note de synthé tenue avec une rigueur sans faille (#onaretrouvéDavidGuetta) et un refrain mélodique à souhait et vous obtenez ce beau bijou tout en contrastes.

3. Fangs Out est un morceau, quant à lui, plus tourné vers le dance-floor. Sa construction est plus complexe et destabilise brillamment. Après une entrée lunaire et angoissante marquée par un hurlement de chien (animal qui parcourt tout l’album) qui m’évoque Faithless (le début, pas le chien hein?), les percus prennent le dessus et la rythmique s’accélère. Marqué par les ruptures de rythme, le morceau rappelle les débuts plus électro du duo.

4. Shivers me rappelle d’emblée l’univers du premier opus de Fever Ray. Electro sombre et chamanique, ce morceau nous offre un ciel noir comme l’encre qui ne laisse jamais passer la lumière pop propre au duo. Etouffant…

5. Requiem est un morceau d’une douceur sépulcrale. L’impression d’une musique classique jouée par un orgue robotique qui démontre le potentiel pouvoir cinématographique du duo.

Sylphe