Review n°60: Generations de Will Butler (2020)

Will Butler, le frère cadet du leader charismatique Win d’Arcade Fire, est d’une grande discrétionWill Butler derrière le couple formé par son frère et Régine Chassagne. Il brille néanmoins par son énergie et sa fantaisie dans les concerts et s’est lancé depuis 2015 dans une carrière solo avec son premier album Policy. Un album que je n’avais jamais écouté avant cette déflagration sonore qu’est ce Generations et qui, sans être brillant, démontrait un beau potentiel (le titre What I Want en étant un parfait exemple) s’il arrivait à prendre un peu plus de distance avec l’univers tentaculaire d’Arcade Fire, groupe pour lequel je voue une admiration sans bornes…

L’empreinte digitale ensanglantée de la pochette de ce Generations démontre deux volontés évidentes: se livrer corps et âme et ne rien occulter de la violence de notre monde contemporain. Le défi est relevé haut la main tant ces 44 minutes sont animées d’une intensité folle qui font de cet album un moment central de l’année musicale 2020… Nous pouvons désormais l’affirmer avec aplomb, une fée s’est véritablement posée au-dessus des berceaux de la famille Butler. Will dont la voix a des similitudes troublantes avec celle de son frère vient de se faire défintivement un prénom sans vouloir tomber dans de la pyschologie familiale de comptoir. Le fantôme d’Arcade Fire plane bien sûr au-dessus de l’album, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais il s’apparente davantage à un mécène qui guide qu’à un héritage qui freine…

Le morceau d’ouverture Outta Here frappe fort d’emblée avec une power-pop qui révèle la puissance du chant de Will Butler. Le titre monte et, porté par ses percus et ses riffs de guitare acérés, prend une teinte rock séduisante. On n’est pas loin d’un rock taillé pour les stades mais Will résiste à la tentation de la facilité et on retiendra la belle énergie de ce morceau ainsi que les paroles qui invitent à fuir notre quotidien sombre. La claque musicale c’est Bethlehem qui va nous l’infliger… Rock uptempo d’une grande intensité, une batterie qui martèle le morceau, des choeurs bien sentis, Régine Chassagne en clin d’oeil sur la fin, voilà le genre de titres un brin épiques qui ont fait la marque de fabrique d’Arcade Fire. Close My Eyes ralentit le rythme cardiaque dans un registre plus classique de pop suave éclairée par les choeurs du refrain avant que I Don’t Know What I Don’t Know distille avec délices un univers sombre empreint d’une vraie tension électrique. Le traitement de la voix dans ce morceau m’évoque un David Bowie période Aladdin Sane, impression confirmée ultérieurement avec Promised. Un Surrender plus solaire avec une voix parcourant les aigus et une montée à base de choeurs digne d’Arcade Fire, un Hide It Away plus dépouillé et parcouru de décharges électriques étonnantes, un Hard Times séduisant par sa volonté de bidouiller pour créer une pop bricolée à la Baths, les explorations sont diverses et fonctionnent à merveille. Le tryptique final parachève avec brio l’album: Promised s’impose comme une créature hybride entre Arcade Fire et David Bowie, Not Gonna Die et son piano joue la carte de l’émotion dans un véritable hymne à la vie qui me donne autant le sourire qu’un No Cars Go alors que Fine finit sur un combo piano/clarinette qui a la fâcheuse tendance à me piquer les yeux… Merci Will Butler d’être définitivement sorti de l’ombre majestueuse d’Arcade Fire, ce deuxième album fait penser dans sa démarche artistique à un certain Neon Bible et on ne peut que s’en réjouir, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°75: they told us it was hard, but they were wrong d’Ela Minus (2020)

On est partis pour deux semaines de vacances placées sous le signe de la musique, tant ces dernières semaines regorgent de nouveautés aussi excitantes les unes que les autres… La première étape de notre road-trip musical va nous emmener en Colombie pour découvrir une artiste qui sortira ce vendredi 23 octobre sur le label Domino son premier album studio acts of rebellion (oui la demoiselle est fâchée avec les majuscules), Ela Minus. Je suis tombé par hasard sur le premier single they told us it was hard, but they were wrong sorti en avril mais qui était passé sous mon radar amateur. Le morceau est littéralement hypnotisant avec ces synthés en staccato qui s’adressent au corps et invitent au dance-floor. Le chant tout en retenue amène un désenchantement séduisant qui se marie parfaitement à la montée électrique finale qui, dans l’utilisation des synthés, m’évoque Caribou. Le clip de Will Dohrn est d’une simplicité étonnante à la Michel Gondry et illustre avec sobriété la première pépite de ces vacances d’une artiste capable de croiser en 4 minutes Fever Ray (ou plus largement The Knives) et Caribou, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°60: Everything In Its Right Place de Radiohead (2000)

Comme mon ami Raf Against The Machine, je n’ai pas pu m’empêcher de savourer les teintes grises Radiohead Kid Ade la nostalgie en réécoutant le troisième album de Radiohead, Kid A, qui vient d’avoir 20 ans… Radiohead est une des pierres angulaires de ma modeste culture musicale et la voix de Thom Yorke sait toucher en moi les cordes les plus profondes de ma sensibilité. Après deux albums rock plus classiques dans leur approche Pablo Honey (1993) dont est tiré le single imparable Creep et The Bends (1995), les Anglais sortent un des albums les plus marquants et intenses émotionnellement OK Computer (1997) pour lequel les mots manquent tout simplement…

Kid A a donc pour rude tâche en 2000 de faire suite à un véritable coup de maître. L’orientation de l’album est très claire, les guitares vont laisser leur place aux machines (synthés et samplers) pour accompagner la voix de Thom Yorke qui va devenir encore plus centrale. L’album va pleinement relever le défi et nous infliger une nouvelle énorme claque musicale, 3 ans après OK Computer. Le titre du jour, Everything In Its Right Place, et ses paroles pour le moins minimalistes (mais pourquoi ce citron?) est le morceau d’ouverture de Kid A. Une vaste lande désertique d’un minimalisme désarmant où la voix de Thom Yorke nous hante au milieu des synthés inquiétants, les samplers prenant un malin plaisir à expérimenter, à briser les codes pour mettre à jour une litanie aussi obsédante qu’angoissante. Voilà un titre à l’image de la pochette de l’album, beau et anxiogène… A savourer en réécoutant en entier ce sublime Kid A, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°74: Sheremetiev de Thylacine (2020)

Des petites nouvelles d’un des petits chouchous du blog depuis son album ROADS Vol.1 (voir ici  ) en la personne de Thylacine. Après un ROADS Vol.2 sous la forme d’un EP d’une grande justesse, un album de reprises de musique classique sortira ce vendredi. Deux titres sont déjà partis en éclaireurs, Satie I qui s’attaque avec délices à la première Gymnopédie de Satie et dont le clip graphique est très beau (en cadeau ci-dessous) et Allegri qui reprend le Miserere de Gregorio Allegri dans un registre encore plus sombre et hypnotisant. Le titre du jour Sheremetiev (un compositeur russe des XIXème et XXème siècles) est donc le troisième extrait de Timeless, assez classique il brille par sa mélancolie et la douceur de son piano. Il est brillamment illustré par un clip monté en reverse qui retranscrit la chute dans l’eau d’un orchestre. Le temps semble presque arrêté pour un moment d’une grande épure, enjoy!

 

Sylphe

Review n°58: Fall To Pieces de Tricky (2020)

2020 est une année riche pour Adrian Thaws, alias Tricky. Il y a peu nous fêtions les 25 ans de son Trickypremier album Maxinequaye, coup de maître qui a lancé une très belle carrière solo riche de désormais 14 albums avec Fall To Pieces. Après avoir participé aux deux premiers albums de Massive Attack Blue Lines en 1991 et Protection en 1994, il fallait un certain cran et une certaine instabilité pour décider de tout plaquer et se lancer seul … Tricky est ainsi, il suit son instinct et sait nous surprendre en traînant sa carcasse cabossée à travers des albums magnifiques (les 5/6 premiers révèlent des pépites sombres à foison) et des incartades surprenantes au cinéma chez Olivier Assayas. L’objectif du jour n’est pas de résumer la discographie de Tricky mais je profiterai des vacances de Toussaint qui approchent pour vous faire une playlist sur le bad boy de Bristol afin de vous faire parcourir tous les bouges malfamés et enfumés d’Angleterre…

Je dois reconnaître que j’ai, ces dernières années, un peu perdu de vue le très prolixe Tricky et le dernier album que j’ai savouré dans son homogénéité remonte à 2013, avec le très bon False Idols. Depuis le dernier opus Ununiform en 2017, la vie de Tricky a suivi son cours à l’image de son timbre de voix, très sombre et rocailleux. En 2019, il a ainsi perdu sa fille Mazy Topley-Bird, née de son union avec sa muse Martina Topley-Bird, dans des conditions dramatiques… Un suicide faisant un triste écho au suicide de sa propre mère Maxine Quaye lorsqu’il avait 4 ans. Autant dire que le spectre de cette perte plane sur cet album aussi décharné et dépouillé que le bonhomme, 11 titres ramassés en 28 minutes qui révèlent encore plus clairement que son autobiographie Hell Around The Corner la souffrance pudique de Tricky.

Le titre d’ouverture Thinking Of  et sa rythmique downtempo sépulcrale ne laisse pas la place au doute, il ne faudra pas chercher un brin de lumière dans l’orchestration. Le souffle de l’espoir et de la vie sera symbolisé sur cet album par Marta Zlakowska, nouvelle voix marquante présente sur tous les titres à part deux morceaux qui laisseront les honneurs à la danoise Oh Land. Tricky a toujours brillé par sa capacité à révéler des voix féminines d’une grande sensibilité qui se marient parfaitement à sa musique et son timbre vénéneux, Marta ne déroge pas à la règle… Close Now brille par son électricité sous-jacente, l’infra basse nous fait vibrer et le flow coupé à la serpe de Tricky hache sec pour un titre de 1 minute 37 qui se finit de manière abrupte. On retrouvera de nombreuses fois ces fins soudaines dans l’album et je dois reconnaître qu’une certaine frustration m’a animé, comme si Tricky refusait d’accomplir pleinement les belles promesses. Enfin bon, il est comme ça notre Tricky, aucune concession artistique et le refus de la logorrhée… 28 minutes intenses et pas une de plus.

Passé un Running Off surprenant avec son introduction quasi lumineuse qui laisse vite place à un trip-hop désincarné, I’m In The Doorway met en avant la voix pure de Oh Land avec une mélodie d’une ingénuité surprenante. L’art du contre-pied est réel chez Tricky  et les titres suivants vont vite nous ramener à l’âpre réalité. Hate This Pain et cette voix glaciale qui s’insinue subrepticement en nous sur les notes d’un piano désincarné me ramène 20 ans en arrière dans les rues étroites de Bristol. Chills Me To The Bone joue ensuite avec les codes en croisant le trip-hop avec les sonorités mécaniques de l’indus, un groove surprenant se met en place que l’on retrouvera sur le titre suivant Fall Please, litanie obsédante par sa simplicité. La fin de l’album garde le même niveau d’intensité avec une mention spéciale pour Like A Stone où les voix de Marta et Tricky s’affrontent brillamment et le titre final Vietnam qui finit sur des notes lumineuses et pleines d’espoir… Non j’déconne, on reste dans une marche funèbre d’un grand esthétisme. Voilà en tout cas un bel album qui devrait satisfaire les fans de la première heure dont je suis, un album sans fioritures qui mérite qu’on lui laisse sa chance, enjoy!

Sylphe

Review n°57: Les Forces contraires de TERRENOIRE (2020)

Mon album de l’année 2020 pourrait finalement être français… Incontestablement les frères Théo et TERRENOIRERaphaël de TERRENOIRE viennent de frapper un coup retentissant avec leur premier album, Les Forces contraires. Si vous êtes un lecteur régulier du blog, vous savez que je suis avec un réel intérêt les stéphanois de naissance depuis que mon chemin a croisé le bijou La Nuit des parachutes (voir par ici) mais ce serait mentir d’affirmer que j’étais prêt à une telle pépite sonore.

En 34 minutes TERRENOIRE nous donne une leçon d’émotion dans un album où s’entrelacent avec rage la mort, la peur et cette volonté insatiable de se confronter à ce monde, d’aimer. 10 grains de chapelet déposés que je ne peux m’empêcher de manipuler quotidiennement pour en sentir toutes les aspérités et que je vous invite modestement à découvrir avec moi. Il est une certitude au moment d’écrire cette review, mes mots ne seront pas assez forts pour retranscrire mon plaisir d’écoute.

Le morceau d’ouverture Le temps de revenir à la vie propose un univers instrumental qui n’est pas sans rappeler le brillant Baths en croisant le piano avec une certaine distorsion des machines. Les paroles très imagées – un des réels points forts de l’album – évoquent le deuil ou la fin de l’amour, instaurant un spleen esthétique qui séduit. Dis moi comment faire vient ensuite jouer la carte d’une électro-pop plus affirmée et plus frontale dans la droite lignée d’Agar Agar. Entre synthés, choeurs et montée en tension finale, on retrouve tous les ingrédients du titre facile d’accès qui, cependant, ne reflète pas véritablement l’album. Baise-moi vient ensuite aborder l’amour physique, une véritable déclaration d’amour pour le désir. Le refrain est obsédant, les paroles d’une justesse et d’une poésie rares (« la musique de l’amour aura l’odeur du tonnerre »). Dans cet album, l’amour est presque perçu comme une fuite face à un monde si dur et si sombre, ce qui sera parfaitement illustré par la suite par La fin du Monde. Arrivent alors deux pépites dans deux registres différents: Mon âme sera vraiment belle pour toi, océan de douceur mélodique qui démontre la volonté de confronter l’amour au monde et tenter d’éviter les écueils de la vie à deux (« Est-ce qu’on s’ra team divorce ou pas? ») et le sublime Derrière le soleil. Difficile de rendre un plus bel hommage au père décédé. Bijou de poésie, entre euphémisme « La vie s’est refermée à double tour sur toi » et simplicité enfantine « Vilain cancer a dévoré Papa », l’émotion est poignante et s’extériorise à travers le refrain, comme une litanie incessante. En évitant de tomber dans les excès du pathos et en gardant une certaine pudeur, les « coeurs mercenaires » que sont les deux frères de TERRENOIRE composent une des plus belles chansons écoutées sur le deuil.

Jusqu’à mon dernier souffle, dans un registre plus dépouillé piano/chant aux confins du spoken word, raconte avec simplicité le parcours accompli depuis le quartier de Terrenoire et la volonté viscérale de façonner une vie aussi simple qu’idéale. Margot dansait sur moi et son refrain pop rappelle l’univers musical de Dis moi comment faire et l’amour physique de Baise-moi, c’est le morceau qui me touche le moins dans cet album car je trouve qu’il manque un peu de nuances. Cet album finit très fort avec le tryptique suivant: La fin du Monde en featuring avec Barbara Pravi qui célèbre l’amour et le désir de paternité – « Un genre de diamant/Au goût de la vie/ Issu de mon corps » – malgré la dureté du monde, le bijou plein d’optimisme Ca va aller dont la douceur et le flow du chant sont d’une grande beauté et Là où elle est et son spoken word précis et touchant.

Si vous doutez encore de la beauté de ces Forces contraires, je ne peux que vous conseiller d’aller vous confronter à ce maëlstrom d’émotions qui fait tellement chaud au coeur, TERRENOIRE devrait être déclaré d’utilité publique en ces temps difficiles, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°73: Ship de The Notwist (2020)

The Notwist

Des nouvelles aujourd’hui d’un groupe pour lequel j’ai un véritablement attachement, The Notwist. Ce groupe allemand fondé autour des frères Markus et Micha Acher brille depuis quelques années dans sa capacité à croiser avec subtilité l’indie-pop et l’electronica pour des résultats empreints d’une grâce évidente. Après des débuts dans les années 90 marqués par un punk plutôt virulent, le claviériste Martin Gretschmann intègre le groupe et va donner une toute autre orientation, les machines devenant plus centrales. Après un Shrink en 1998 assurant la transition, ce sont les albums Neon Golden en 2002 et The Devil, You + Me en 2008 qui m’ont vraiment touché et que je vous invite à aller (ré)écouter. Le dernier album Superheroes, Ghostvillains + Stuff en 2016 a confirmé que les Allemands ont encore de très belles choses à nous faire entendre, pour vous en convaincre difficile de faire mieux que le titre Kong… Avant d’en arriver à cet EP de 3 titres Ship et vous aider à percevoir le son de The Notwist, les frères Acher mènent des projets parallèles de très haut vol avec Lali Puna ou encore Ms. John Soda.

A vrai dire, je ne m’attendais pas à la sortie d’un EP de la part de The Notwist et je suis déjà prêt à ressentir la frustration après une petite dizaine de minutes… Le morceau éponyme s’appuie sur la voix de Saya, la chanteuse de Tenniscoats, qui apporte sa douceur sur des rythmiques urbaines, aussi destructurées qu’addictives. Distorsion et grâce paraissent toujours aussi subtilement entrelacées… Loose Ends nous ramène ensuite vers des terres plus classiques en s’appuyant sur la douceur feutrée de Markus Acher qui se marie parfaitement à une pop aérienne. Le dernier titre Avalanche nous rappelle pour finir que Lali Puna n’est jamais très loin avec son électronica faussement naïve. Cet EP de 3 titres aura eu le mérite de réveiller en moi le besoin de The Notwist et j’espère qu’un album suivra dans les mois à venir, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°13: Imploding The Mirage de The Killers (2020)

Comme je vous en parlais en début de semaine, la très belle surprise de cette fin d’été vient du côtéThe Killers 2 d’un groupe qu’on n’attendait plus forcément à ce niveau de performance sonore, The Killers. La bande centrée autour du chanteur Brandon Flowers, qui doit son nom au clip de Crystal de New Order où un groupe fictif porte ce nom (#infopourbrillerensociete), a marqué le début des années 2000, en particulier avec leur bombe initiale Hot Fuss en 2004. S’ensuivent des albums solides sans être aussi transcendentaux, Sam’s Town en 2006, Sawdust en 2007 ou Day & Age en 2008, une pause de 4 ans et deux albums Battle Born en 2012 et Wonderful Wonderful en 2017 que je n’ai croisés que trop superficiellement pour avoir un véritable avis à leur sujet. Finalement, au moment d’écouter ce sixième opus Imploding The Mirage et sa pochette soignée graphiquement –Dance of the Wind and Storm du peintre évangélique Thomas Blackshear car nos Américains sont très croyants, faut-il le rappeler – je n’ai pas d’attente particulière, peut-être seulement un infime et inconscient espoir de replonger 15 ans plus tôt… Ne pas avoir d’attentes c’est se donner une possibilité supplémentaire d’être agréablement surpris. Malgré l’absence du guitariste Dave Keuning, quelle cure de jouvence que cet album doté d’une énergie inattendue! Le souffle de la pop électrise encore davantage ce rock qui regorge de singles euphorisants et je savoure cette immédiateté qui fait de ce Imploding The Mirage un album frontal à souhait. J’avoue une interrogation minime sur sa capacité à s’enrichir avec le temps mais je ne boude pas mon plaisir de cette machine à singles… La preuve partielle et partiale avec 5 bijoux qui se dégagent de l’ensemble et, je l’espère, devraient vous donner envie d’écouter ce très bel album.

  1. Le morceau d’ouverture My Own Soul’s Warning s’impose d’emblée comme un single imparable. Des synthés et une batterie qui ne sont pas sans me faire penser à Arcade Fire dans leur utilisation et une voix tellement directe  donnent une vraie puissance électro-pop à ce titre.
  2. Blowback surprend par sa formule d’une grande simplicité pop-rock taillée pour les radios. Tel une jeune jouvencelle, je me laisse séduire par le spectre large de la voix de Brandon Flowers
  3. Dying Breed séduit par sa rythmique digne de New Order, le morceau plus sombre monte inlassablement et explose dans un feu d’artifice arcadien. A n’en pas douter, The Killers n’est pas une race mourante (Dying Breed) et nous le prouve brillamment (#wtfcejeudemots?).
  4. Lightning Fields avec k.d.lang en featuring nous offre un bel instant de grâce avec un piano judicieux et une montée en puissance sur la deuxième partie. Voilà un duo marquant et surprenant dans la discographie de The Killers
  5. My God fait appel quant à lui à la brillante Weyes Blood pour un morceau d’une superbe intensité. Les voix sont d’une grâce quasi divine, on en regretterait presque de ne pas croire en Dieu…

Vous n’aimez pas les visions partielles? Vous détestez les prises de position définitives et croyez qu’on peut encore faire les meilleures soupes dans les vieilles marmites (#expressionpournoslecteursmoinsjeunes)? Vous savez ce qu’il vous reste à faire, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°72: Johnson de Kruder & Dorfmeister (2020)

Petit instant nostalgie pour commencer le weekend aujourd’hui avec un duo de dj autrichiens Kruder und Dorfmeister qui sur la fin des années 90 a marqué par ses compilations et ses mixes toute une génération qui palpitait en découvrant le champ d’exploitations infinies de la musique downtempo. Pour vous dire à quel point ce duo avait disparu des radars et reste ancré dans une époque déjà bien lointaine, je me vois en train de désespérément chercher leurs perles sur Emule… Pour leurs faits d’armes dignes d’intérêt, en 1996 ils ont eu les honneurs de la quatrième compilation de DJ-Kicks (on en est à 69…) et leur album de remixes The K&D Sessions paru en 1998 regorge de joyaux sonores. Pour preuve, vous pourrez écouter à la fin leur reprise de Useless de Depeche Mode. Que viennent donc faire Kruder & Dorfmeister en 2020? La vague du trip-hop, la chill music et tous les satellites de la musique downtempo ont connu leur succès et le risque de paraître un poil désuet est réel. Cependant, ne boudons pas notre plaisir avec l’annonce de leur premier album 1995 (et oui on est bien dans la nostalgie) prévu pour le 30 octobre. Le 28 août dernier, un premier morceau Johnson, qui sera le titre d’ouverture de l’album, est parti en éclaireur. J’y retrouve cette musique downtempo qui se déploie langoureusement et sensuellement, les atmosphères enfumées des bars lounge où on prend plaisir à écouter St Germain, la tentation perceptible du nu-jazz, le tout illustré par un très beau clip qui retranscrit parfaitement l’atmosphère sombre et picturale de cette musique. Un titre qui sonne comme en 1995 mais que l’on prend un malin plaisir à savourer en 2020, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°59: Somebody Told Me de Mylo (2004)

Depuis quelques semaines tourne en boucle chez moi le sixième opus Imploding The Mirage de TheThe Killers Killers, qui est une très belle surprise dont je vous parlerai ce weekend. Je ne vous en dis pas plus car à Five-Minutes on a l’art du teasing (#seconddegré)… Il m’est souvent difficile de ne pas me replonger dans les discographies quand j’écris sur des groupes avec des carrières solides. The Killers, c’est avant tout pour moi la déflagration sonore du premier album Hot Fuss en 2004 et des singles imparables comme Mr. Brightside, Somebody Told Me ou encore Jenny Was A Friend Of Mine. En réécoutant ce chef d’oeuvre magistral, je redécouvre qu’il y a trois remixes à la fin, deux de Smile Like You Mean It par Fischerspooner et Jean-Marie Moens, et le bijou du jour, le remix de Somebody Told Me par Mylo. Vous ne connaissez peut-être pas Mylo qui, en dehors de ses remixes, a tout de même créé un superbe (et unique malheureusement) album en 2005 Destroy Rock & Roll que je vous conseille fortement d’aller écouter si vous aimez l’électro ludique pas avare en samples.

Pour en revenir à Somebody Told Me, c’est un titre jouissif au possible. La voix de Brandon Flowers, la rythmique uptempo, les gros riffs de guitare bien sentis, le refrain qui vaut toutes les drogues dures du monde en terme d’addiction, difficile de faire plus frontal et direct. Remixer 3 petites minutes percutantes n’est pas une mince affaire et c’est là que le talent de Mylo entre en jeu… Il y a du Boys Noize d’emblée avec une volonté affichée de déconstruire la musique, tel un puzzle le morceau se crée peu à peu et il faut attendre presque 3 minutes pour retrouver la voix de Brandon Flowers quasi a capella. La déconstruction du titre est brillante et change l’ambiance du morceau sans le dénaturer, Mylo vient de transformer 3 minutes de rock en 7 minutes d’une électro destructurée aussi jouissive que l’original. Il ne vous reste plus qu’à comparer les deux versions désormais, enjoy!

Sylphe