Pépite du moment n°80: The Only One de Rolling Blackouts Coastal Fever (2021)

Décidément le hasard me ramène régulièrement vers l’Australie ces derniers temps. Aujourd’hui, jeRolling Blackouts Coastal Fever vous propose de découvrir Rolling Blackouts Coastal Fever, un groupe qui m’était jusqu’alors totalement inconnu et qui a sorti au printemps dernier son deuxième album, Sideways to New Italy. Cet opus fonctionne parfaitement avec un rock frontal où les guitares sont centrales et je ne doute pas que les oreilles averties y piocheront de beaux moments. Cependant, c’est un titre et en particulier un clip qui m’intéressent avec la pépite The Only One. Je ne vous ferai pas l’injure de reparler de notre époque particulière et, plus humblement, je dirai que tout shot de plaisir instantané est d’autant plus savoureux actuellement… D’un côté un titre qui fait totalement mouche avec un son pop-rock d’une grande fraicheur qui n’est pas sans rappeler les Gallois de Los Campesinos et de l’autre ce clip sorti la semaine dernière qui me fait immanquablement sourire. Peut-être parce qu’il nous rappelle tous les moments savoureux avec les amis dont nous sommes cruellement privés  et aussi car l’humour nous invite à prendre du recul sur notre monde, toujours est-il que ce titre me fait beaucoup de bien et ce serait bien égoïste de ma part de ne pas le partager, enjoy! On se retrouve ce weekend avec le troisième album de Mesparrow Monde sensible qui est un superbe bijou (#teasinginsoutenable) !

 

Sylphe

Review n°67: Better Way de Casper Clausen (2021)

Cette première chronique d’un album de 2021 nous emmènera a travers les contrées nordiques duCasper Clausen Danemark, la météo actuelle nous aidant assez aisément à partir vers ces bandes de terre balayées par un air glacial. Musicalement le Danemark m’évoque des artistes aux univers sombres et esthétiques comme Agnes Obel, le rock de The Raveonettes, l’électro cinétique de Trentemøller ou encore l’électro aérienne d’ Efterklang. Autant dire que ces représentants donnent un bien bel avant-goût de la musique au Danemark… L’album du jour a un lien évident avec Efterklang (« souvenir » en danois) car Casper Clausen en est le chanteur et ce Better Way est le premier album de sa carrière solo. Si vous ne connaissez pas Efterklang, je vous invite fortement à aller écouter un album qui m’avait beaucoup marqué à l’époque et qui a particulièrement bien subi la patine du temps, à savoir Magic Chairs (2010). Cet opus -le troisième de leur discographie – était leur premier sur le label 4AD et s’avérait véritablement magnifié par la production de Gareth Jones (producteur célèbre pour Erasure et Depeche Mode entre autres). Si vous voulez percevoir toute la richesse électronique des Danois, vous pouvez foncer sur ce bijou ou vous contentez d’écouter le dernier album Altid Sammen (2019) qui reste très consistant. Profitant de son cadre de vie idyllique au Portugal, Casper Clausen avait déjà sorti un album concept en 2016 avec Gaspar Claus mais je dois reconnaître que le son très âpre m’avait assez peu séduit… Pour en revenir à ce Better Way, je pars avec des a priori forcément très positifs, d’autant plus que c’est Peter Kember alias Sonic Boom du groupe Spacemen 3 qui est à la production. Quand on sait que ce dernier a oeuvré pour Panda Bear ou MGMT, on se retrouve dans une véritable zone de confort.

La vaste odyssée électronique du début, Used to Think et ses plus de 8 minutes, va d’emblée poser les bases du son de l’album. Les synthés sont au centre, agrémentés peu à peu de sons plus bucoliques donnant une inattendue saveur pop tant l’introduction se veut plus conceptuelle. Après 3 minutes 30 la voix très claire de Casper Clausen – qui par certains accents n’est pas sans rappeler le timbre de Bono – apporte toute sa fraicheur. Les boucles de paroles donnent un aspect quasi incantatoire à ce titre qui prend rendez-vous en ce 17 janvier avec le top titres 2021… Le traitement de la voix dans Feel It Coming est ensuite très différent avec la volonté à travers la réverb de la rendre quasi fantomatique. A travers des distorsions sonores oppressantes, une batterie finale intéressante et cette voix qui peine à prendre forme, c’est tout le travail sur la voix de Radiohead qui est ici véritablement mis à l’honneur, pour notre plus grand bonheur. Dark Heart et son titre prémonitoire ralentit alors le rythme cardiaque avec des sonorités dubstep, le rythme devient lancinant et la voix saturée au vocoder continue l’exploration du traitement de la voix. Le titre donne l’impression de stagner avec douceur dans les eaux profondes régulièrement explorées par James Blake.

Snow White et son électro tout en boucles se veut ensuite plus conceptuelle et presque décharnée, comme si l’on croisait le génie d’un Radiohead avec le psychédélisme électronique d’un Animal Collective. Je retrouve cette impression de  me trouver sur un fil, tiraillé entre angoisse latente et profonde humanité, et cette dichotomie est centrale dans l’album. Falling Apart Like You continue l’exploration avec une folk atmosphérique portée par une guitare surprenante, la voix est d’une limpidité évidente et rappelle l’univers chaleureux des trop rares Grizzly Bear. Après ce qui ressemblerait presque à une incartade folk, Little Words prolonge le plaisir dans une atmosphère plus éthérée avec cette voix à la grâce fragile. L’album se clot sur deux titres pleins de caractère: d’un côté la rythmique aux confins du rock de 8 Bit Human croisée avec une expérimentation électronique prédominante et de l’autre le tableau sombre d’Ocean Wave qui révèle les pouvoirs illimités de la musique électronique dans sa capacité à dépeindre des tableaux sonores d’un esthétisme désarmant. Il y a incontestablement une meilleure façon d’aborder le monde qui nous entoure et Casper Clausen nous le démontre avec grâce et fragilité. Si l’année musicale 2021 est à l’image de ce Better Way, nous sommes parés pour faire face à tout le reste….Enjoy!

 

Sylphe

Pépites du moment n°79: Dry Fantasy et Ritchie Sacramento (2020/21)

Des nouvelles aujourd’hui de notre groupe écossais préféré Mogwai qui sortira son dixième albumMogwai studio As The Love Continues le 19 février prochain. On ne présente plus un des plus grands groupes de post-rock du XXème avec des albums mythiques (Come On Die Young en 1999, Mr. Beast en 2006 ou encore Hardcore Will Never Die, But You Will en 2011) et des BO à faire vibrer. Difficile de rester de marbre et de ne pas frissonner d’angoisse en écoutant la bande-son de la série Les Revenants… Depuis fin octobre, deux titres ont été lancés en éclaireurs pour rassurer sur la capacité de Mogwai à toujours produire des ambiances prenantes. Impossible pour moi de choisir entre ces deux plages assez différentes, mais finalement pourquoi choisir? Le premier morceau Dry Fantasy  et son clip tout en graphismes et images de synthèse nous ramène vers les terres habituellement explorées par les Ecossais en dressant un paysage sonore planant où les synthés sont rois. On ne retrouve pas la tension sous-jacente propre à Mogwai mais on se laisse porter par cette mélodie entêtante d’une grande luminosité. Le deuxième morceau Ritchie Sacramento sorti hier est, quant à lui, plus surprenant par sa capacité à placer les voix au coeur du morceau, ce qui est assez inhabituel. On retrouve néanmoins avec délices un post-rock plus affirmé, la batterie et les guitares apportant cette tension qui fait leur charme. Voilà en tout cas deux titres complémentaires qui me font attendre avec impatience ce As The Love Continues au titre prémonitoire, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°67: Into the Galaxy de Midnight Juggernauts (2007)

La musique est une longue chaîne ininterrompue de correspondances… Après avoir chroniqué leMidnight Juggernauts dernier bijou de The Avalanches, le nom profondément enfoui depuis leur troisième et dernier album Uncanny Valley en 2013 des Midnight Juggernauts a retrouvé l’air libre à travers la production d’Andrew Szekeres. Il faut dire que ce groupe australien -et là on comprend que la connection australienne a pleinement fonctionné sur We Will Always Love You – m’a particulièrement marqué avec ses deux premiers opus Dystopia en 2007 et The Crystal Axis en 2010 (chroniqués sur l’ancienne version du blog, dans ce qui paraît être une autre vie, mais bon ceci doit être logiquement le cadet de vos soucis). Au rayon des souvenirs fondateurs trône aussi une très belle performance scénique au Printemps de Bourges, bref je ne résiste pas aujourd’hui à la tentation de nous ramener plus de 13 ans en arrière… Réécouter Dystopia relève presque du parcours du combattant car ce dernier est introuvable sur Spotify ou Deezer, ce qui demeure un mystère pour moi. Heureusement, à Five-Minutes, on a les dieux de Koh-Lanta dans les veines (en plus d’une melonite aiguë qui vient de me faire passer à ce fichu pronom impersonnel) et on a persévéré pour dénicher la perle devenue soudainement rare. Après deux-trois coups de téléphone en Australie financés par le lectorat de Five-Minutes, j’ai pu embarquer sur la navette spatiale menant vers Dystopia. La recette est assez claire pour faire voyager: des synthés omniprésents que je qualifie volontiers de spatiaux, une électro toute en ruptures de rythme et la voix de Vincent Vendetta qui semble avoir beaucoup écouté David Bowie. L’album a particulièrement bien fonctionné, profitant entre autres d’un parrainage marquant  avec Justice, et a raflé de nombreux prix en Australie.

Je ne vous cache pas qu’il m’a été particulièrement ardu de choisir un titre mais il a fallu se rendre à l’évidence et abandonner Shadows entre autres, pour plus facilement savourer Into the Galaxy. Une batterie omniprésente, des synthés intersidéraux et tournant en boucle, le grain rocailleux de Vincent Vendetta, des ruptures rock m’évoquant Poni Hoax, voilà le titre qui donne envie de fuir la Terre. Rarement une dystopie ne m’aura autant donné envie de m’exiler, enjoy!

Sylphe

Review n°66: We Will Always Love You de The Avalanches (2020)

Afin de conjurer le sort, cette première review de 2021 sera placée sous le signe de l’optimisme avecThe Avalanches 2 l’album remède ultime, le troisième opus des Australiens de The Avalanches We Will Always Love You. Heureusement il n’aura fallu attendre que 4 ans après le second album Wildflower pour avoir des nouvelles de Robbie Chater et Tony Diblasi… En termes de patience, nous avions d’ailleurs déjà beaucoup donné puiqu’il avait fallu attendre 16  ans pour avoir un successeur au bijou inaugural Since I Left You. La pochette de l’album assez angoissante représente le visage d’Ann Druyan, la directrice artistique du Voyager Golden Record, disque destiné aux éventuels êtres extraterrestres afin de leur donner un aperçu sonore de notre Terre. La notion de voyage sonore demeure centrale dans cet album et ce n’est pas un hasard si le producteur Andy Szekeres (moitié de Midnight Juggernauts) est aux commandes tant les sonorités « spatiales » sont sa marque de fabrique. Pour la présentation globale, l’ensemble constitué de 25 titres (mais beaucoup de morceaux extrêmement courts) nous propose plus de 70 minutes de musique avec une multitude de guests, les samples laissant plus leur place aux interprètes, pour ce qui s’apparente à un mix jouissif et hédoniste prenant plaisir à entrecroiser l’électro, la disco, le funk et la pop indie.

Difficile de chroniquer cet album tant il fonctionne comme un mix faussement débridé mais en réalité volontiers homogène. Je vous propose donc plutôt quelques planètes marquantes de cette odyssée musicale spatiale… La planète We Will Always Love You propose une alliance subtile entre une mélodie lumineuse et un son électro lorgnant vers l’urbain à travers la voix de Blood Orange, cette planète toute en clair-obscur contraste avec la lumière aveuglante de The Divine Chord, véritable étoile filante qui célèbre une pop instantanée où la guitare de Johnny Marr et les voix de MGMT nagent dans leur élément. Et que dire du satellite Interstellar qui ne cesse de tourner sur lui-même, porté par le sample obsédant d’Eye In The Sky d’Alan Parsons Project et la voix chaude de Leon Bridges? Un bel instant de poésie spatiale mais nous voilà déjà repartis, nous laissant porter par la poussière d’étoiles de Reflecting Light où la voix de crooner de Sananda Maitreya nous fait fondre de désir quand elle se confronte à la fragilité de Vashti Bunyan

Le voyage spatial se déroule sans accroc et les différents intermèdes donnent du lien à cet enchaînement de paysages variés. Au loin on surprend même une énigme spatiale avec une planète qui danse littéralement Oh The Sunn!, portée par des choeurs extatiques et le funk de Perry Farrell. Cette petite planète enjouée se marie pleinement à l’électro de We Go On, sa ritournelle entêtante et les voix de Cola Boyy et Mick Jones (je vous avais prévenus qu’on croule avec délices sous la multitude de featuring…) On croise un navire allié qui passe à la vitesse de l’éclair, Star Song.IMG, avant de passer dans un tunnel magnétique Until Daylight Comes où l’on perçoit la voix intersidérale et viscérale de Tricky. Nous apercevons au loin trois planètes particulièrement liées: Wherever You Go  et sa structure extrêmement riche où l’on peut croiser Jamie XX à la production, Neneh Cherry et CLPYSO, l’électro/disco de Music Makes Me High qui fait vibrer les parois de notre vaisseau et le bijou Take Care In Your Dreaming, son piano lumineux, son autotune et le rap incisif de Denzel Curry et Sampa The Great qui donne une intensité folle à cette planète tellurique.

Le voyage s’étire et on perd peu à peu conscience du temps qui passe. Les planètes, les sons se percutent, l’électro d’Overcome laisse la place à l’indie-pop de Kurt Vile sur Gold Sky et on se retrouve pris dans un véritable maëlstrom musical. Des flashs nous traversent, le piano d’Always Black et la voix torturée de Pink Siifu, les effluves pop de Running Red Lights où le chanteur de Weezer Rivers Cuomo pose son flow toujours aussi précis, l’électro planante de Born To Lose, tout nous amène vers une chute inéluctable, tant l’attraction terrestre est puissante. Le vaisseau se pose abruptement et on se retrouve sonnés et désemparés, seules les notes de Weightless nous rappellent  que le voyage interstellaire était bien réel… Besoin de fuir notre planète Terre où les brillants pro-Trump s’illustrent encore ce soir par leur vide intersidéral? Il ne vous reste plus qu’à lancer les moteurs de We Will Always Love You, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°65: Frontier Psychiatrist de The Avalanches (2000)

Depuis sa sortie, le 11 décembre dernier, le troisième opus We Will Always Love You des AustraliensThe Avalanches de The Avalanches ne cesse de tourner chez moi tant il me donne le sourire par son vent d’optimisme et son aspect volontiers foutraque. Ce n’est pas un hasard s’il fait partie de mes 20 albums préférés de 2020 et j’ai bien sûr prévu de vous en parler incessamment sous peu (#teasingdefolie). Comme souvent, la sortie d’un nouvel album c’est aussi l’occasion d’aller se replonger dans une discographie et c’est avec grand plaisir que je suis allé réécouter le premier album Since I Left You sorti il y a 20 ans déjà… En une heure et 3500 samples de vinyles, The Avalanches donne ses lettres de noblesse au sampling et crée un mix gargantuesque et jouissif, indétrônable au pays du sample. J’aurais pu très bien choisir le morceau d’ouverture Since I Left You dont la mélodie printanière centrale est particulièrement addictive mais, pour démarrer cette nouvelle année, j’avais envie d’un véritable vent de folie. Dans la catégorie « Folie pure et débauche de samples », le titre Frontier Psychiatrist est un bijou du genre qui s’apparente à une vraie déclaration d’amour pour le son sous toutes ses formes. Le résultat paradoxalement d’une grande homogénéité est percutant à souhait et j’ai très envie de placer l’année 2021 sous le sceau de Frontier Psychiatrist. Le clip qui semble donner accès au rêve le plus fou est juste jouissif et drôle. A vous de plonger dans les méandres de l’inconscient de The Avalanches, enjoy!

 

Sylphe

Top de fin d’année 2020 Titres et albums

Voilà une nouvelle année écoulée et quelle année… Si je peux me permettre une litote osée, cette année n’était vraiment pas folichonne… Clairement le monde de la musique subit les conséquences désastreuses de cette foutue COVID et le ralentissement des sorties a bien eu lieu ce printemps surtout, compensé par un automne gargantuesque. Paradoxalement, les confinements auraient dû me permettre d’écouter encore plus de musique mais ce ne fut pas le cas, tout du moins j’ai délaissé les nouveautés et préféré écouter des albums refuges qui m’ont bercé de leur douce nostalgie (le sacrosaint « monde d’avant » utilisé à tout bout de champ par les médias). Heureusement que mon pote Raf Against The Machine a gardé la foi et son rythme pour faire vivre ce blog et compenser ma réelle baisse de régime, grâce à lui surtout nous avons doublé la fréquentation de Five-Minutes par rapport à 2019! J’en profite pour remercier nos lecteurs anonymes, réguliers ou ponctuels, qui, je l’espère, ont pu piocher de bons sons ici. Je ne peux que souhaiter que nous continuions à faire progresser la fréquentation du blog car il faut reconnaître que c’est toujours gratifiant de se savoir lus à une époque où les blogzines peinent de plus en plus à attirer et fidéliser. Pour ce faire, même si 2021 ne paraît pas placée sous les meilleurs auspices, je retrouverai avec enthousiasme mon rythme de 2019 avec deux articles par semaine car la musique, même si certains la considérent au même titre que l’art en général comme non-essentielle, est un refuge savoureux et jouissif. Un refuge face à un monde complexe mais aussi quelquefois une manière de fuir le bonheur comme l’affirmait avec une pointe d’ironie Cioran « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur. » A Five-Minutes, nous ne doutons pas du caractère essentiel de la musique!

Pour en revenir au sujet de cet article, même si j’ai moins écouté/chroniqué de nouveautés qu’en 2019, 2020 reste tout de même un très beau cru. Un numéro 1 incontestable en la personne de Terrenoire et sa poésie pleine d’émotions, des retours inattendus (The Strokes, The Avalanches, The Killers), des albums solos pour des artistes issus de groupes adorés (Will Butler, NZCA Lines, EOB), des valeurs sûres (Caribou, Sufjan Stevens), le retour en force de la langue française (Gaël Faye, Octave Noire, Biolay, Grand Corps Malade), de belles nouveautés (Milo Gore, JB Soulard, Georgia, Arandel) et ma tendance à aimer la musique électronique sous toutes ses formes (Les Gordon, Thylacine) donnent une fière allure à ce top 20. Le top 60 des titres devrait vous permettre de découvrir des titres marquants de cette année 2020 qu’on va gentiment mettre de côté afin d’aborder 2021 pleins d’ondes positives.

Top albums 2020:

1. Les forces contraires de TERRENOIRE

2. Generations de Will Butler

3. Lundi méchant de Gaël Faye

4. The New Abnormal de The Strokes

5. Monolithe d’Octave Noire

6. Suddenly de Caribou

7. ALTURA de Les Gordon

8. We Will Always Love You de The Avalanches (chronique à venir)

9. The Ascension de Sufjan Stevens

10. Imploding The Mirage de The Killers

11. Grand Prix de Benjamin Biolay

12. Pure Luxury de NZCA Lines

13. ROADS Vol.2 de Thylacine

14. How Do You Cope While Grieving For The Living de Milo Gore

15. Mesdames de Grand Corps Malade

16. Le Silence et l’eau de Jean-Baptiste Soulard

17. Earth d’EOB

18. There Is No Year d’Algiers

19. Seeking Thrills de Georgia

20. InBach d’Arandel

 

Top titres 2020:

  1. Derrière le soleil de Terrenoire
  2. Seuls et vaincus de Gaël Faye et Mélissa Laveaux
  3. You and I de Caribou
  4. Monolithe humain d’Octave Noire et ARM
  5. L.E.D. de Les Gordon
  6. At The Door de The Strokes
  7. Ca va aller de Terrenoire
  8. The Divine Chord de The Avalanches, MGMT et Johnny Marr
  9. Run Away With Me de Sufjan Stevens
  10. Bethlehem de Will Butler
  11. Mon âme sera vraiment belle pour toi de Terrenoire
  12. We Can’t Be Found d’Algiers
  13. I’m Not Your Dog de Baxter Dury
  14. Jusqu’à mon dernier souffle de Terrenoire
  15. Altura de Les Gordon
  16. Allegri de Thylacine et Gregorio Allegri
  17. Oh The Sunn! de The Avalanches et Perry Farrell
  18. My Own Soul’s Warning de The Killers
  19. Comment est ta peine? de Benjamin Biolay
  20. Sous blister d’Octave Noire
  21. Make Me An Offer I Cannot Refuse de Sufjan Stevens
  22. Pure Luxury de NZCA Lines
  23. Never Come Back de Caribou
  24. ЧЕРНОЕ ЛЕТО de Toxic Avenger
  25. J’ai choisi d’Octave Noire et Dominique A
  26. There Is No Year d’Algiers
  27. Green Eyes de Milo Gore
  28. Lueurs de Gaël Faye
  29. The Adults Are Talking de The Strokes
  30. 24 Hours de Georgia
  31. On de Kelly Lee Owens
  32. Respire de Gaël Faye
  33. We Go On de The Avalanches, Cola Boyy et Mick Jones
  34. Not Gonna Die de Will Butler
  35. Shangri-La d’EOB
  36. Mais je t’aime de Grand Corps Malade et Camille Lellouche
  37. Alda de Thylacine
  38. Honey Dripping Sky de Georgia
  39. Parade de Les Gordon
  40. Interstellar Love de The Avalanches et Leon Bridges
  41. Los Angeles d’Octave Noire
  42. Comme une voiture volée de Benjamin Biolay
  43. My God de The Killers, Weyes Blood et Lucius
  44. Prisoner of Love de NZCA Lines
  45. Never Let You Go de Georgia
  46. Fall Please de Tricky et Marta
  47. La fin du monde de Terrenoire et Barbara Pravi
  48. Le désert de Sonora de Chapelier Fou
  49. Brasil d’EOB
  50. Chemins de traverse de Grand Corps Malade, Julie et Camille Berthollet
  51. Isba de Jean-Baptiste Soulard et Blick Bassy
  52. Ces mains-là d’Arandel et Areski
  53. Fine de Will Butler
  54. Rent Boy de Toxic Avenger et Jay-Jay Johanson
  55. C’est cool de Gaël Faye
  56. Une soeur de Grand Corps Malade et Véronique Sanson
  57. Jade de Milo Gore
  58. Truth Nugget d’Helena Deland
  59. New Jade de Caribou
  60. On Your Side de The Innocence Mission

Bon réveillon à toutes et à tous, on se retrouve en 2021, enjoy!

Sylphe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Five Titles n°16: Inner Song de Kelly Lee Owens (2020)

Deuxième belle découverte féminine en cette fin d’année avant la dernière ligne droite, les tops deKelly Lee Owens fin d’année et le plaisir de réécouter tout ce qu’on a savouré, en vérifiant si la patine du temps a embelli ou atténué l’éclat des pépites. L’artiste du jour, Kelly Lee Owens, est galloise et a sorti son deuxième opus Inner Song fin août. Après un premier opus éponyme sorti en 2017 et passé sous mon radar, cette dernière a décidé d’allier sa belle voix de falsetto et son électro-techno pour un résultat percutant tout en contrastes. La preuve en cinq instantanés menés tambour battant…

  1. Après le morceau d’ouverture Arpeggi, reprise instrumentale aux confins du dubstep du titre de Radiohead, On nous permet de découvrir la voix d’une très grande suavité de Kelly Lee Owens. Le résultat d’une grande luminosité est d’une très belle richesse: une dream-pop aérienne, illuminée par des synthés en arrière-plan m’évoquant le Loops from the bergerie de Swayzak avant que la fin plus techno révèle la puissance plus sombre sous-jacente.
  2. Après un Melt! sans concession par sa techno martiale sur laquelle des paroles chuchotées tournent en boucle, je choisis le trip-hop moderne de Re-Wild. On sent rapidement le potentiel illimité du chant, une voix qu’on aimerait voir illuminer les productions d’un James Blake
  3. Jeanette s’impose ensuite comme le sommet lumineux de l’album. Les synthés primesautiers évoquent Pantha du Prince ou les dernières productions de Four Tet, le pouvoir cinétique du titre est incontestable et le paysage sonore du morceau se dessine avec minutie. Le résultat démontre bien la double volonté de l’album: parler au corps avec cette tentation du dance-floor et satisfaire l’esprit par la capacité à mettre en place des atmosphères suggestives.
  4. L.I.N.E s’impose ensuite comme le morceau le plus accessible de l’album. Une voix et une mélodie d’une grande innocence font de ce titre un superbe condensé de dream-pop sucrée et gourmande.
  5. Même si Night ou Wake-Up auraient mérité de figurer ici, je ne résiste pas à la tentation de partager Corner Of My Sky, titre plus oppressant et sombre qui met à l’honneur un autre Gallois en featuring, John Cale en toute simplicité. Le résultat évoque les bouges enfumés de Bristol et le ton rocailleux de Tricky.

Sur ce, je vous laisse savourer ce Inner Song à sa juste mesure et me mets désormais en mode Top de fin d’année, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°15: Someone New d’Helena Deland (2020)

Alors que je tente de lutter contre l’appel du top de fin d’année -je préfère taire les tops de finHelena Deland d’année qui sortent depuis 2 semaines et oublient qu’il existe un douzième mois, enfin bref…- je fais actuellement de bien belles découvertes d’artistes féminines. Je n’avais jusqu’à maintenant jamais croisé la route de la Canadienne Helena Deland malgré plusieurs EP, Drawing Room en 2016 et From The Series of Songs « Altogether Unaccompanied » (en quatre volumes pour 9 titres) en 2018. Voilà qui est désormais chose faite avec ce premier opus Someone New sorti le 16 octobre dernier… Un album plein de grâce et de sensibilité dont je sais d’emblée que je vais peiner à en exprimer la quintessence par mes mots maladroits, #meaculpainitial. J’ai malheureusement la fâcheuse tendance à ne pas totalement refuser l’obstacle et je vais choisir le confort du 5 titles pour vous donner l’aperçu le plus juste de cet album. Pour vous donner une idée générale de l’album de celle qui a fait la première partie de Weyes Blood ou encore Connan Mockasin (excusez du peu), imaginez une très belle voix qui tente d’exprimer l’indicible avec humilité et sans aucune trace de démonstration. L’atmosphère instrumentale, quant à elle, est au service de la voix et esquisse des univers feutrés propices à l’introspection et à la rêverie. Le jeu sur une rythmique downtempo quelquefois aux frontières d’un certain dépouillement m’évoque souvent les cendres du trip-hop et Helena Deland, par certains aspects, dessine les traits d’une créature hybride entre la chanteuse de The Dø Olivia Merilahti et Beth Gibbons de Portishead. Voici cinq titres qui, je l’espère, vous inciteront à aller écouter les 13 créatures fragiles qui peuplent ce Someone New.

  1. Someone New, le morceau d’ouverture éponyme, offre d’emblée un univers aride où seule la voix amène sa douceur. Peu à peu, l’univers s’étoffe avec les cordes et la guitare très Portishead, le morceau s’affirme avec la boîte à rythmes à l’image des paroles qui évoquent la renaissance « I’ll stay in this room/ Where again I want to lay/ Kissing someone new/Who tells me/ Something pretty / So that I too/ Can Feel like someone new ».

  2. On retrouve cette notion centrale d’introspection avec le titre suivant Truth Nugget. Helena Deland évoque ce tiraillement entre le besoin de sincérité et la difficulté de se livrer pleinement à l’autre, semblant aboutir à un constat d’échec « I am another solid mystery when it comes to you/ Michael, I’m the puzzle in the other room ». J’aime tout particulièrement la rythmique affirmée de la guitare et la montée finale.
  3. Pour finir le tryptique initial de haut vol, Dog propose des sonorités plus âpres pour souligner l’influence de l’autre qui veut sans cesse dominer et réduire à néant « Who gets to be your mirror/ If I’m the nail on the wall? ». Le titre s’illumine peu à peu avec la guitare pour aboutir à la libération et au refus du reniement de soi-même « I hate to be your dog. »
  4. Après un Pale presque psyché, Comfort, Edge démontre tout le pouvoir de la dream-pop que recèle ce Someone New.
  5. Smoking at the Gas Station et son univers instrumental sur le fil du rasoir évoquant Portishead est tout simplement d’une grande beauté et cette phrase se suffit à elle-même…

Sur ce, je vous laisse en la charmante compagnie d’Helena Deland, enjoy!

 

 

Sylphe

Review n°65: Mesdames de Grand Corps Malade (2020)

Décidément cette fin d’année est bien riche… Voilà bien 2 mois (l’album date du 11 septembre) queGrand Corps Malade cet album tourne en boucle à la maison, mes filles étant sous le charme de ce Mesdames de Grand Corps Malade. J’ai toujours aimé le flow rocailleux et le slam de Grand Corps Malade depuis ses premiers albums Midi 20 en 2006 et Enfant de la ville en 2008, slam d’autant plus brillant qu’il est porté par des textes finement ciselés… Ce n’est pas un hasard s’il m’est déjà arrivé dans mon travail (#mysteredutravail) d’étudier la richesse de titres comme Saint-Denis.

Malgré tout mon intérêt pour Grand Corps Malade, je dois reconnaître que je n’ai pas écouté avec attention un de ses albums depuis longtemps. J’avoue avoir trouvé quelque peu facile de prime abord de faire un album mettant à l’honneur les femmes en cette période de lutte pour leurs droits  (que je soutiens au passage bien sûr, évitons donc le procès d’intention) et restais circonspect face au principe des duos étendu à tout l’album… et puis j’ai véritablement pris le temps d’écouter ce septième opus. On retrouve la justesse des textes, entre poésie et humour décalé, avec un petit quelque chose en plus d’indéfinissable. Les femmes qui ont collaboré apportent toutes une sensibilité qui donne du caractère à l’ensemble et Quentin Mosimann, entre piano et synthés, sublime le tout par sa production musicale. On se retrouve avec 10 titres d’une grande beauté, 10 tranches de vie, 10 perles à assembler pour créer le plus beau collier à offrir. Je vous invite à me suivre dans cette expédition aux confins de la joaillerie.

Le morceau d’ouverture Mesdames explicite le projet en dressant un véritable éloge des femmes et en saluant leur courage. Les mots sont justes -« Et si j’apprécie des deux yeux quand tu balances ton corps/ J’applaudis aussi des deux mains quand tu balances ton porc » – et le piano de Mosimann accompagne avec pudeur le chant de Grand Corps Malade. Seul titre sans voix féminine, on peut néanmoins savourer sur la fin le chant plein d’émotions de MosimannDerrière le brouillard vient ensuite souligner le besoin viscéral de chanter pour surmonter les épreuves de la vie. Le flow percutant de GCM qui contraste délicieusement avec les qualités d’interprète de Louane (qui se révèle à mes oreilles), l’ambiance plus électro, tout est précis et d’une grande justesse. Chemins de traverse, en featuring avec Julie et Camille Berthollet, creusera plus tard dans l’album le même sillon en montrant que le métier de chanteur s’impose presque plus qu’il ne se choisit. Un de mes morceaux préférés de l’album tant le violon et le violoncelle des deux prodiges illuminent le titre en se mariant parfaitement aux sonorités électros… Le message final comme un clin d’oeil -« Si tu te sens enrôlé par le système/N’oublie pas que c’était juste un chemin de traverse » – rappelle l’humilité qui définit si bien Grand Corps Malade.

Après Louane, c’est la voix sensuelle de Laura Smet qui va illuminer Un verre à la main. Ce titre au pouvoir narratif incontestable, nous raconte avec pudeur un instant fugitif, une rencontre avortée entre deux êtres. Les synthés sont inquiétants, le tempo ralenti avant le riff de la guitare électrique final et l’ensemble n’est pas sans m’évoquer un certain Benjamin Biolay. Le morceau retranscrit brillamment ces ambiances nocturnes entre interdit et frustration, comme le fera le titre final Je ne serai que de trop en featuring avec Amuse Bouche qui magnifie la rencontre d’un soir… Passé Un verre à la main, Une soeur offre un bel instant dédié à la relation frère-soeur. Certes je ne suis pas le premier admirateur du timbre de Véronique Sanson mais je ne peux que m’incliner face à la beauté du texte plein d’humanité, « Dans la famille on parle pas beaucoup mais on s’aime solide l’air de rien » ou encore « Il paraît qu’on choisit pas sa famille, moi je la choisirai elle sans hésitation ».

Pour limiter l’excès d’émotions, Pendant 24h vient enfoncer les stéréotypes hommes-femmes en jonglant entre dénonciation et humour décalé. Je suis séduit par l’ambiance électro et le flow hip-hop de Suzane. Je ne résiste pas à la tentation de vous donner 2-3 extraits: « Je serai romantique avec les meufs/ Sur tinder/Pas de dick pick/Des coeurs de toutes les couleurs », « Je veux découvrir enfin le singulier bonheur/De réussir à faire un créneau en une demi-heure/Comprendre enfin la passion sincère, sans censure/ De regarder sur internet pendant des heures des chaussures. », « J’pisserai sur le trottoir/ Comme le p’tit chien de la voisine/ C’est l’avantage/ De la physiologie masculine ». Voilà un morceau à l’humour décapant qui contraste avec le bijou d’émotion qui suit Mais je t’aime. Ce morceau touchant sobrement accompagné par le piano qui révèle les talents d’interprète de Camille Lellouche montre avec simplicité et retenue à quel point l’amour est un sentiment complexe, puissant et fragile à la fois. Je vous invite à savourer à leur juste mesure les paroles de ce titre…

Il me reste deux perles aux couleurs opposées pour finir ce collier… D’un côté la noirceur d’Enfants du désordre qui s’impose comme un Petit Frère du XXIème siècle, morceau dénonçant les conditions de vie difficiles vécues par les enfants porté par l’âpreté du chant d’Alicia. Ce « Tais-toi et bouffe » acéré que n’aurait pas renié Gaël Faye résonne fort et fait vaciller… A côté de cette perle noire, c’est le blanc cassé de Confinés qui nous rappelle avec humour l’épisode du premier confinement en confrontant l’expérience du père quarantenaire à celle de sa fille adolescente représentée par Manon Roquera, la lauréate 2019 du Trophée Slam à l’école.

Vous aimez les textes d’une grande humanité et humilité? Mesdames vous attend désormais… Ne les faites pas trop attendre, sous peine de finir seul le verre à la main…Enjoy!

 

Sylphe