Pépite du moment n°56: We Can’t Be Found d’Algiers (2020)

Dans les belles sorties de ce tout début d’année, j’avais coché depuis un petit moment leAlgiers troisième opus There Is No Year des Américains originaires d’Atlanta, Algiers. Je suis séduit par ce rock engagé et sombre qui flirte avec les sonorités indus/noisy et  qui doit beaucoup au charisme phénoménal de leur chanteur Franklin James Fisher. En attendant une possible chronique sur leur album, je vous laisse avec ce We Can’t Be Found qui transpire l’urgence… Prenez l’aura au chant d’un Lenny Kravitz, la tension palpable d’un Kele Okereke, le groove de TV on the Radio et ajoutez-y du gros riff et une ambiance sombre parfaitement illustrée par le clip et vous obtenez la première pépite estampillée 2020 avec cet excellent We Can’t Be Found, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°43: American IV: The Man Comes Around de Johnny Cash (2002)

L’histoire est bien connue, en 1994 Johnny Cash rencontre Rick Rubin, légendaireJohnny Cash producteur de rap et de métal. De cette union entre deux génies naîtra la série des American Recording, dont le premier disque sort en 1994. Il constituera la renaissance de « l’homme en noir », jusqu’à son décès en 2003.

Johnny Cash est la première rock star de l’histoire. Né le 26 février 1932 à Kingland, dans le sud des Etats-Unis, le jeune Johnny Cash grandit dans une famille pauvre qui survit en travaillant dans les champs de coton. Les chants entonnés alors avec ses frères et sœurs sont le seul moyen d’échapper à la fatigue et au désespoir. La guitare sera un vrai refuge pour lui. Il enregistre ses premières chansons dès 1955. Son succès est foudroyant mais l’alcool et la drogue révèlent vite une personnalité torturée et autodestructrice. C’est grâce à l’amour que JC se sauve de ses propres démons. C’est aussi grâce à son engagement. JC s’est toujours senti proche des voyous, des rebelles et des enfermés. Il décide d’ailleurs de consacrer de nombreux concerts et tournées aux prisons américaines. De ces concerts, il en reste un des plus grands lives de l’histoire de la musique Live at Folsom Prison.

Mais revenons aux American Recording et à cette collaboration iconoclaste qui aboutira à cinq albums et au sixième posthume. Le premier est donc enregistré dans le salon de Johnny Cash qui s’accompagne seul, à la guitare. Dans cette série le IV est le sommet de son œuvre. Johnny Cash est malade, gravement malade. Il a trop abusé des substances, de l’alcool, de la vie. Il est diabétique, n’arrive quasiment plus à marcher. Il compose alors l’une de ses plus belles chanson The Man Comes Around, inspiré du livre de Job. JC surfe avec la mort. Les reprises de Hurt et de Personnal Jesus sont des sommets d’interprétation crépusculaire. JC sait que c’est l’heure du bilan, du dernier bilan. Il rassemble toute sa souffrance dans des reprises et des compositions bouleversantes.

Dans la dernière chanson du disque JC reprend We’ll Meet Again, une chanson que chantaient les soldats anglais avant d’aller au combat pendant la deuxième guerre mondiale. Une chanson pour se donner du courage avant la mort probable. Une chanson qui évoque le paradis.

JC a cherché la rédemption toute sa vie. Il l’a trouvée dans la dernière ligne droite de sa vie. L’une des plus belles manières de dire adieu en musique.

Rage

Review n°42: Brutal de Camilla Sparksss (2019)

Voilà deux semaines qui viennent de s’écouler au rythme des tops de fin d’année ou l’artCamilla Sparksss de vouloir courir après le temps… Au milieu des belles découvertes se dresse fièrement un album qui était totalement passé sous mon radar, un album qui m’obsède littéralement par son absence totale de concession et dont le titre est plus que révélateur, Brutal de Camilla Sparksss. Je ne connaissais clairement pas le projet solo de la canadienne Barbara Lehnoff, étant passé à côté de son premier opus For You The Wild en 2014, mais par contre je savoure depuis plusieurs années le duo punk qu’elle forme avec Aris Bassetti, Peter Kernel. Peter Kernel n’est jamais très loin car c’est bien Aris qui est à la production de ce deuxième album.

Ne pas se fier à la silhouette gracile et fragile de la pochette, Camilla Sparksss dégage une puissance charismatique et une féminité exacerbée d’une sensualité folle. Ce Brutal frappe fort, aussi frontalement que subtilement, et s’impose comme un exercice cathartique savoureux en ces temps mouvementés. 9 morceaux, 35 minutes sans concession où sont évoqués Xiu Xiu, Crystal Castles ou encore The Knife et l’impression d’un brûlot post-punk majeur que je vous invite modestement à découvrir.

Le morceau d’ouverture Forget part sur un univers indus très sombre avec une voix bien affirmée qui s’insinue dangereusement en nous. Les machines veulent prendre le dessus et les ruptures de rythme sont savoureuses. Camilla Sparksss laisse alors son talent exploser littéralement avec le dyptique suivant qui me sidère: d’un côté Are You Ok?, version dark de Fever Ray (oui, oui c’est possible) dont la douceur quasi angélique du chant au rythme lancinant des darboukas se densifie pour une montée en tension jouissive, de l’autre côté le single brillant Womanized qui brille par son urgence punk digne de Crystal Castles pour un résultat qui est tourné vers les dance-floors.

La tension reste incontestablement le maître-mot de cet album dont les premières écoutes peuvent même être quelque peu éprouvantes. Pas vraiment l’album que tu veux te mettre en fond au moment de servir le thé à ta belle-mère, bien que… La sensualité et les sonorités discordantes de So What (#BOdeMatrixSpirit), l’univers foisonnant de She’s a Dream qui revisite les musiques de western à base de rythmiques hip-hop et de décharges bruitistes (oui, oui je vais loin mais franchement il y a un peu de tout cela dans le titre…), le très électrique Psycho Lover font facilement mouche. Messing with You me fait ensuite penser à du Lana del Rey qui serait passée du côté obscur de la force avec cette voix angoissante finale, le titre Walt Deathney (quel choix de titre!) s’impose comme un brûlot punk aussi bruitiste qu’exigeant avant que Sorry finisse sur une relative sensation d’apaisement. Voilà en tout cas 35 minutes âpres de très haut vol qui ne devraient pas vous laisser indemnes, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°55: The Wild Rover de Lankum (2019)

C’est en Irlande que je vous propose de voyager pour ce premier son de l’année 2020, uneLankum terre que je connais assez peu musicalement parlant… Le groupe Lankum est composé des frères Lynch, Cormac MacDiarmada et Radie Peat et a sorti en octobre son troisième opus The Livelong Day sur le très respectable label Rough Trade Records. Cet album sent bon les paysages sauvages balayés par une pop-folk irlandaise tiraillée entre les valeurs ancestrales et un vent de renouveau. Le morceau du jour The Wild Rover ouvre l’album avec ses 10 minutes hypnotisantes, comme une parenthèse intemporelle au milieu d’un monde qui va toujours plus vite. Ce titre reprend une ballade irlandaise très célèbre qui raconte le retour d’un vagabond qui va dépenser tout son or au pub pour la dernière fois (#surprenantnon?). J’apprécie dans ce titre la lente construction et la douceur des sons de la cornemuse avant une surprenante montée finale toute en tension qui brise subtilement les codes. Le clip représente parfaitement l’univers du morceau avec ces magnifiques paysages et le souffle de la nouveauté perçu à travers les distorsions visuelles. Voilà en tout cas un bien bel océan de douceur pour démarrer cette année 2020 qui, espérons le, sera aussi riche musicalement que 2019, enjoy!

Sylphe

Top de fin d’année 2019 Titres et albums

Pourquoi un top de fin d’année? Pour deux raisons principales: j’ai cette manie de faire des classements pour m’aider à visualiser et structurer mes goûts (#cestgravedocteur?) et c’est toujours un réel plaisir de passer du temps à réaliser ces tops car je peux réécouter tout ce que j’ai savouré dans l’année. Le constat de cette première année entière écoulée c’est que 2019 est une année très dense et très riche en pépites sonores, entre belles découvertes (Thylacine, Last Train, Fat White Family), confirmations de têtes bien connues (Hot Chip, Balthazar, Cage The Elephant, Metronomy, James Blake) et retours inespérés (Lamb, Kid Loco, The Cinematic Orchestra). Le deuxième constat qui vient inlassablement pointer le bout de son nez c’est la frustration de ne pas avoir assez de temps pour écouter tout ce qui s’est fait de bon en 2019 et ne pas pouvoir les partager avec vous, mais bon je ne vais pas enfoncer la porte ouverte du temps qui file trop vite(#prétérition) et vous invite juste à prendre autant de plaisir que j’en ai eu à les créer et à savourer le top 20 Albums (n’hésitez pas à cliquer sur les titres pour jeter un coup d’oeil aux reviews) et le top 50 Titres de 2019, enjoy!

Top Albums 2019:

  1. ROADS Vol.1 de Thylacine
  2. The Big Picture de Last Train
  3. Serfs Up! de Fat White Family
  4. Unfurl de RY X
  5. Lux Prima de Karen O et Danger Mouse
  6. Dune de Canine
  7. A Bath Full of Ecstasy de Hot Chip
  8. Fever de Balthazar
  9. Social Cues de Cage The Elephant
  10. MAGDALENE de FKA twigs
  11. LP5 d’Apparat
  12. The Secret of Letting Go de Lamb
  13. Drift d’Agoria
  14. Assume Form de James Blake
  15. Obverse de Trentemoller
  16. Metronomy Forever de Metronomy
  17. To Believe de The Cinematic Orchestra
  18. The Rare Birds de Kid LocoThe Rare Birds de Kid Loco
  19. Gallipoli de Beirut
  20. Buoys de Panda Bear

Top Titres 2019:  (Lecteur spotify en bas pour 4h de bon son)

  1. The Big Picture de Last Train
  2. Tastes Good With The Money de Fat White Family
  3. Untold de RY X
  4. Esseulés d’Izia feat. Dominique A
  5. Murga de Thylacine
  6. CARONTE d’Apparat
  7. On Our Knees de Last Train
  8. Barefoot In The Park de James Blake feat. ROSALIA
  9. You’re Not Alone d’Agoria feat. Blasé
  10. Ventimiglia de Canine
  11. Beograd de SebastiAn
  12. YaYaYa de RY X
  13. Feet de Fat White Family
  14. Dune de Canine
  15. Home to You de Cate le Bon
  16. Volver de Thylacine
  17. Fever de Balthazar
  18. Barricades d’Editors
  19. Melody Love de Hot Chip
  20. Body Sun de RY X
  21. Claire de Kid Loco feat. Claude Rochard
  22. Armageddon Waits de Lamb
  23. Lux Prima de Karen O et Danger Mouse
  24. The Road de Thylacine
  25. Gengis de Polo&Pan
  26. Sur Mars de Marvin Jouno
  27. Who de Modeselektor feat. Tommy Cash
  28. Turn The Light de Karen O et Danger Mouse
  29. Fever de Jay-Jay Johansson feat. Jeanne Added
  30. All Mirrors d’Angel Olsen
  31. IN GRAVITAS d’Apparat
  32. Hungry Child de Hot Chip
  33. Bienveillance de Canine
  34. On refait le monde de Marvin Jouno
  35. I See fire de Naïve New Beaters
  36. Exits de Foals
  37. 4500m de Thylacine
  38. Landslide de Beirut
  39. Le Temps est bon de Bon Entendeur
  40. Blue September de Trentemoller feat. Lisbet Fritze
  41. To Believe de The Cinematic Orchestra
  42. Santa Barbara de Thylacine
  43. Imperial Measures de Lamb
  44. fallen alien de FKA twigs
  45. Entertainment de Balthazar
  46. Hold You Now de Vampire Weekend feat. Danielle Haim
  47. The Water de RY X
  48. Alright de Stuck in the Sound
  49. T’as vu de Clio
  50. Amoureuse de Clio

Bonnes fêtes de fin d’année à tout le monde et on se retrouve en 2020!

Sylphe

Five Titles n°8: Aller-retour de Bon Entendeur (2019)

Au rayon des plus belles escroqueries musicales de cette année 2019 trônera fièrementBon Entendeur en haut le premier opus de Bon Entendeur, Aller-retour. Le trio français composé de Nicolas Boisseleau, Arnaud Bonet et Pierre Della Monica a trouvé une recette imparable qui fonctionne à merveille pour moi (bah oui, une escroquerie certes mais particulièrement réussie): se faire les porte-parole d’une musique française de qualité mais quelque peu surannée en allant déterrer de vieux titres et y apporter une touche de modernité en les remixant à coups de synthés et de sonorités disco. Le résultat c’est un album résolument feel good qui viendra réchauffer ardemmement les coeurs avant la dernière ligne droite de 2019 et ses tops de fin d’année. Je me suis permis de parler d’escroquerie car il faut reconnaître que certains titres ne diffèrent pas énormément des originaux… mais bon voilà déjà deux semaines que cet Aller-retour va régulièrement sur ma platine et ne retourne que rarement dans sa pochette… Je vous propose de découvrir 5 titres (sur les 18 titres et la bonne heure de l’album) de ce projet pour bobos parisiens (#rooquilestmechant) qui, en plus de réveiller les démons des albums de Nouvelle Vague, devrait imprimer sur votre visage un sourire béat indélébile.

1. Le morceau d’ouverture Coup de tête de Pierre Bachelet, BO du film de Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dewaere, fonctionne à merveille. La rythmique a été quelque peu accélérée et on se laisse porter par ces sifflements que n’aurait pas renié Peter Bjorn And John et une belle montée portée par la douceur des synthés. Un souffle printanier illumine ce morceau intemporel.

2. Le temps est bon s’impose ensuite comme un single éblouissant. Reprenant le titre d’Isabelle Pierre de 1971, il nous offre une belle leçon de nostalgie avec sa mélodie joliment désuète et ses cordes et démontre la justesse des choix de Bon Entendeur.

3. La Rua Madureira de Nino Ferrer séduit par sa douceur estivale et ses sonorités entre jazz et rumba. Un titre qui fait écho au très bon Vive nous de Louis Chedid et que l’on verrait parfaitement apparaître sur la BO d’un OSS 117.

4. Dans le même registre que Le temps est bon, L’amour, l’amour, l’amour de Mouloudji brille par la beauté de ses textes et ses sonorités sépia. La puissance de la nostalgie nous étreint tout en douceur.

5. J’aime tout particulièrement pour finir les trois entrevues qui jalonnent l’album. Le concept s’appuie sur des interviews dont les textes sont extrêmement touchants et cette musique douce-amère qui les accompagne. On retrouvera ainsi la voix d’encre de Patrick Poivre d’Arvor nous dresser un tableau plein d’optimisme de la France, Beigbeder souligner avec dérision et humour l’évolution de la société et sa nouvelle vie de cinquantenaire alors que le brillant Pierre Niney regrette la force de ses amours adolescentes.

Allez je retourne écouter ce bien bel Aller-retour, Mes amis, mes copains d’Annie Philippe nourri aux sonorités électro-jazz de Gotan Project ou encore le si moderne Monaco que n’aurait pas renié Charlotte Gainsbourg m’appellent, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°42: Natural Blues de Moby (1999)

Voilà peut-être un de mes 10 meilleurs albums de tous les temps que ce sublime Play qui Mobyaura irradié de mille feux mes belles années d’étudiant. Avant cette déflagration sonore de 1999, je ne connais pas grand chose des belles années electro/techno de Richard Melville Hall à part I Like to Score et sa version du thème de James Bond qui m’avait alors marqué. Rien ne m’avait donc préparé à ce Play et sa ribambelle de titres qui me font briller les yeux de plaisir (Porcelain, Why Does My Heart Feel so Bad?, Natural Blues, Everloving, My Weakness…). Plus d’une 1 heure inspirée par les dieux, un moment de magie plein d’émotions assez indescriptible et que, tout du moins, je ne souhaite pas tenter de décrire par peur de dénaturer l’ensemble.

Le titre du jour Natural Blues qui reprend les paroles de Trouble so hard de Vera Hall (1937) s’impose comme un morceau incantatoire, espèce de blues désincarné né sur les cendres d’un XXème siècle vivant ses derniers instants. Voilà un morceau addictif qui me donne la furieuse envie de réécouter  Play, sommet d’une carrière très riche, enjoy!

Sylphe