Review n°83: Escapades de Gaspard Augé (2021)

Force est de constater que le temps me manque actuellement pour écrire, plus que l’envie… Mais bon, trêveGaspard Augé de ces remarques qui vous importent peu à juste titre, ici nous parlons musique et je vous ai ramené un album qui devrait permettre à votre été de démarrer sous les meilleurs auspices. Depuis leur premier album en 2007, le duo estampillé Ed Banger Justice nous propose une électro puissante et épique qui revisite avec talent les sonorités disco. En 2018, l’album live Woman Worldwide a confirmé à quel point le groupe jouit d’une réputation scénique amplement méritée et j’espère un nouvel album studio car le dernier, Woman, date déjà de 2016… L’album du jour n’appelle pas forcément à l’optimisme pour la suite de la carrière de Justice car Gaspard Augé (un des deux membres avec Xavier de Rosnay) vient de sauter le pas et de sortir son premier album solo, Escapades. Quitte à enfoncer une porte ouverte, il faut bien reconnaître que cet album est en grande partie habité par le spectre de Justice mais, une fois ce postulat accepté, il révèle un plaisir d’écoute réel tant on sent le plaisir qui anime Gaspard Augé à créer sa BO idéale. On y reviendra mais incontestablement cet Escapades a un vrai pouvoir cinématographique.

Passés les synthés spatiaux des 38 secondes de Welcome, Force majeure nous emmène d’emblée en terrain connu. Un son lourd et épique, des synthés omniprésents et des percussions percutantes, des moments d’accalmie savamment dosés, on retrouve l’électro grandiloquente digne de Justice ou des ambiances plus nocturnes de Kavinsky. Rocambole vient ensuite ouvrir le spectre en faisant les yeux doux à une électro-pop plus atmosphérique et mélancolique digne de Air pour un résultat sublimé par la montée finale. Europa  change alors totalement d’atmosphère avec ses synthés inquiétants et sa ritournelle obsédante, le morceau se déploie avec mélancolie et on a l’impression d’écouter un morceau caché de la BO de Virgin Suicides.

Passé un Pentacle qui s’appuie sur le contraste entre des sonorités plus âpres et une mélodie naïve, Hey ! s’impose comme le titre taillé pour les dance-floors. Morceau uptempo porté par ses boucles hypnotisantes (on pense à Birdy Nam Nam), ses choeurs inquiétants et ses synthés extatiques, le morceau est un uppercut instrumental savoureux. Captain change alors littéralement d’atmosphère et propose une mélodie naïve, je dois avouer que ce morceau un brin sirupeux ne me touche pas du tout. Par contre, j’aime tout particulièrement Lacrimosa porté par sa mélodie au piano qui s’impose comme le morceau le plus original de l’album. L’électro-pop discoïde et dansante de Belladone, l’ambiance hédoniste et printanière de Casablanca, le mystique Vox et la structure étonnante de Rêverie donnent une vraie valeur ajoutée à ce premier album dont certains titres feront sans aucun doute partie de ma bande-son de l’été. Et vous si faisiez une petite escapade avec Gaspard Augé? Enjoy!

 

Sylphe

Review n°82: Nouveau Genre de KLON (2021)

J’ai trouvé l’album du déconfinement, de l’absence de masque et de couvre-feu, l’album qui va te donnerKLON envie de profiter pleinement de l’été en approche. L’EP au plaisir immédiat et instantané qui se savoure sans intellectualisation excessive. Le groupe de 7 comparses qui oeuvrent sous l’étiquette KLON (clone en allemand, natürlich) vient de sortir son premier EP Nouveau Genre, on ne sait pas grand chose d’eux mais après 30 minutes on sait qu’ils vont nous accompagner dans notre été hédoniste.

Le morceau d’ouverture Nouveau Genre joue la carte d’une pop solaire et jouissive qui s’appuie sur des voix masculines et féminines qui se marient à merveille. Le refrain démontre une facilité à poser des mélodies entraînantes sur le sujet d’actualité de l’identité. On retrouvera cette pop instantanée dans 3ème piste et Santa Barbara qui te donnent envie de prendre la voiture et de filer au bord de la mer sans arrière-pensée.

KLON a cependant cette tendance à aller piocher avec délices dans des genres multiples. West est un tube imparable qui s’appuie sur un univers électro plus sombre et une rythmique percutante pour célébrer l’ouest (oui, je sais, je suis assez pointu sur l’analyse). Noise creuse le sillon d’une électro-pop qui m’évoque L’Impératrice ou Agar Agar mais que dire du bijou taillé pour les dance-floors Black Suit? Electro foutraque et extatique qui montre les influences punk du groupe, ce titre est un shot de bonne humeur en intraveineuse. Sable d’Or et ses 7 minutes tout en boucles hypnotiques clot ce Nouveau Genre avec brio. Parler davantage de cet EP serait un sacrilège et puis l’ouest, la plage et ses fêtes, m’attendent, enjoy!

Je vous laisse avec les clips qui devraient vous donner le sourire, tant ces sept-là ne se prennent pas du tout au sérieux…

 

Sylphe

Five Titles n°23: Going To Where The Tea Trees Are de Peter von Poehl (2006)

La semaine dernière, le plus français de tous les Suédois Peter von Poehl a sorti son sixième album studioPeter von Poehl (sans compter les différentes BO) Memories from Saint-Forget, un album de qualité et sans véritable surprise où la pop soyeuse et sensible continue de déployer ses ailes avec subtilité. Cela faisait de nombreuses années que je n’avais pas croisé le chemin de Peter von Poehl et j’ai eu l’envie immédiate de me replonger dans les premiers albums et en particulier le tout premier Going To Where The Tea Trees Are, sorti en 2006 sur le label Tôt Ou Tard. Et ma foi bien m’en a pris tant cet opus n’a pas pris une ride et touche par sa fragilité. A l’époque, Peter von Poehl est loin d’être un inconnu et a déjà travaillé avec Bertrand Burgalat, Alain Chamfort ou encore Marie Modiano (sa future femme au passage). Ce Going To Where The Tea Trees Are va ainsi arriver en toute modestie et pudeur pour célébrer les talents de compositeur de Peter Von Poehl. Je vous propose de découvrir ce beau bijou à travers le prisme de cinq titres qui me touchent particulièrement…

  1. Le morceau d’ouverture Going To Where The Tea Trees Are nous offre d’emblée cette pop-folk savoureuse qui s’appuie sur une voix presque irréelle et translucide, une voix à la rythmique lancinante. Je pense souvent en écoutant ce titre à Sébastien Schuller  qui aurait proposé une version pop de la BO de Virgin Suicides d’Air. La fin s’appuyant sur les cuivres est émouvante et ne lève pas le voile sur ces paroles un brin mystérieuses mettant en avant la volonté d’évoluer et de s’oublier davantage, « So I will go to where the tea trees turn to wine/ I’ll be just fine/ It takes a believer sometimes ».
  2. Travelers me touche, quant à lui, par son univers instrumental. La rythmique de la guitare est touchante de simplicité et laisse peu à peu les cordes sublimer l’ensemble. La voix falsetto de Peter von Poehl traite avec subtilité le pouvoir de la musique qui permet d’ancrer l’amour dans la réalité alors que nous cherchons sans cesse à voyager et d’une certaine manière nous fuir.
  3. A Broken Skeleton Key joue sur des sonorités pop plus immédiates, comme une musique de foire jazzy digne de Jay Jay Johanson. Ce titre tranche avec l’ensemble de l’album et prend plaisir à nous surprendre par son univers faussement inquiétant.
  4. Scorpion Grass, morceau dont les paroles restent énigmatiques pour moi, me séduit lui par son combo magique: rythmique de guitare judicieuse et refrain puissant sublimé par les cordes qui donne une vraie intensité à ce morceau d’un peu plus de deux minutes.
  5. The Story of the Impossible s’est vite imposé comme le single incontournable de l’album. Repris dans la BO de L’Arnacoeur ou d’Hippocrate, la mélodie d’une grande douceur est imparable… Si tu as résisté à un début de conjonctivite inopinée avec les paroles, les sifflotements sur la fin devraient te désarmer.

Désormais tu as le choix… Ou te visionner une nouvelle fois la purge Suède-Espagne d’hier soir ou réécouter ce très beau Going To Where The Tee Trees Are. Je me doute comme ce choix est cornélien, enjoy!

 

 

Sylphe

Pépite du moment n°87: Ani Kuni de POLO & PAN (2021)

Envie de commencer cette semaine quasi estivale avec entrain et légèreté? J’ai ce qu’il vous faut sous monPolo & Pan grand chapeau (Annie si tu nous entends…) avec un morceau improbable sur lequel je viens à l’instant de tomber. Nous avons déjà parlé du duo français POLO & PAN à l’occasion de la sortie de leur EP Gengis en 2019 avec leur titre éponyme qui s’imposait comme une fresque épique brillante (à réécouter par ici). En 2020, Polocorp et Peter Pan ont sorti leur septième EP Feel Good au titre prémonitoire tant il donne le sourire mais c’est leur single Ani Kuni qui va nous intéresser aujourd’hui. Ce titre reprend un chant indien ani couni chaouni qui, s’il est à la base un chant de lamentation entonné lors de la cérémonie de la Danse des Esprits, devrait parler à plus d’un parent (et j’en suis!) car il est devenu une berceuse pour enfants célèbre. La recette est d’une simplicité enfantine: des sonorités électroniques représentatives du groupe, une tendance à s’appuyer sur des sons tropicaux, le choeur d’enfants et un clip coloré. Il ne m’en faut pas plus pour démarrer avec le sourire cette nouvelle semaine, enjoy!

 

Sylphe

Review n°81: Spirit Tree de Kira Skov (2021)

Le Danemark, terre de talents… Vous n’êtes pas sans savoir, si vous êtes un lecteur régulier du blog, que de Kira Skovnombreux artistes danois ont trouvé grâce à mes oreilles. Il conviendra de désormais rajouter à cette sublime liste Kira Skov dont le huitième album Spirit Tree est un véritable bijou. Je connaissais jusqu’alors Kira Skov uniquement pour sa présence sur des albums de Tricky ou Trentemøller et je regrette depuis deux bonnes semaines de méconnaître à ce point sa carrière solo. Autant vous dire que ses sept premiers opus devraient faire partie de ma playlist estivale… Cet album créé pendant le confinement (lié à vous savez quoi…) a été l’occasion pour Kira Skov de travailler avec des musiciens et interprètes dont elle est proche artistiquement.  Le résultat est aussi brillant qu’orgiaque avec 14 titres pour ne pas dire 14 duos et 56 minutes qui font chaud au coeur. Une très belle introspection où l’amour et ses fragilités ainsi que la thématique de la mort (la perte de son compagnon, le bassiste Nicolai Munch-Hansen demeure en filigranes) s’entrelacent avec douceur et subtilité pour un hymne puissant à la vie.

Le morceau d’ouverture We Won’t Go Quietly, écrite suite au meurtre de George Floyd, fait le constat amer d’une humanité qui ne cesse de reproduire les mêmes erreurs et témoigne du besoin de réagir avec force contre ces injustices. Le titre, mixé par Trentemøller himself, touche par la douceur de son univers folk sobrement illustré par une guitare sèche et cette alliance parfaite entre la voix éthérée de Kira Skov et le timbre de Bonnie Prince Billy. On retrouvera un autre titre avec ce dernier, Some Kind of Lovers, d’une grande justesse et portée par un refrain lumineux sublimée par les cordes. Le violon de Maria Jagd donne incontestablement une puissance onirique et lyrique à l’ensemble de l’album….

In the End met ensuite à l’honneur la voix de crooner de Steen Jørgensen dans un duo très intense célébrant une danse entre un homme et une femme. L’univers instrumental soigné, aux confins du baroque, n’est pas sans m’évoquer une créature hybride entre Get Well Soon et Cage The Elephant (oui, oui, à Five-Minutes on ne s’interdit pas les grands écarts artistiques…). Dusty Kane s’impose ensuite comme un hommage appuyé à deux chanteuses emblématiques, Dusty Springfield et Kate Bush, en s’appuyant sur la voix lumineuse de Mette Lindberg, la chanteuse de The Asteroids Galaxy Tour, qui distille de subtiles effluves pop au morceau sur fond de violons mélancoliques. Si vous savourez le grain de voix enfantin de Mette Lindberg, vous pourrez la retrouver sur Ode To The Poets et son dialogue fictif entre Jack Kerouac et Dylan Thomas. On aura bien compris avec l’image de l’arbre sur la pochette de l’album que Kira Skov veut rendre hommage à ses racines littéraires et musicales.

Pick Me Up fait appel, quant à lui, à Stine Grøn (du duo Irah que je ne connais pas) pour un résultat tout en langueur d’une grande émotion. Les violons et les envolées lyriques rappelant les Balkans piquent les yeux et donnent une place à part à ce bijou. Idea of Love vient ensuite s’appuyer sur le timbre à la Johnny Cash de Mark Lanegan avec un univers musical de nouveau digne de Get Well Soon alors que Horses met à l’honneur les voix de John Parish et Jenny Wilson pour un résultat puissant et un brin inquiétant qui pourra rappeler la folie habitée de St. Vincent. L’univers instrumental de ce titre est assez insaisissable tant on sent la tentation pop ne jamais prendre totalement le dessus.

Sur la deuxième partie de l’album, on retrouve l’amie de longue date Marie Frisker sur l’émouvant Tidal Heart qui traite de la difficulté de pleinement se donner en amour et Burn Down The House qui traite de l’amour brisé sur des sonorités plus jazzy dignes de Jay-Jay Johanson. Bill Calahan sur le très sombre Love is a Force, Lionel Limiñana (en mode Gainsbourg) et ses paroles en français taillées à la serpe sur le très beau Deep Poetry ou encore Lenny Kaye sur Lenny’s Theme et sa trompette qui mériterait de figurer sur les premiers albums de Yann Tiersen, toutes les collaborations apportent ce supplément d’âme à cet album qui marquera cette année musicale. Pour finir sur des notes plus légères, Kira Skov fait penser à un nom de vodka mais l’addiction à son univers est bien plus forte. Sur ce, j’ai sept albums à aller écouter en m’enfilant une vodka, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°78: Budapest et Antibodies de Poni Hoax (2006 et 2008)

Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax entre autres, a fui définitivement ses démons en début de semaine et je ne doute pas une seule seconde que les anges là-haut prendront plaisir à se dévergonder au son de ce rock habité et intense. Je ne vais pas me lancer dans un panégyrique exalté car d’autres maîtrisent bien mieux que moi la plume hyperbolique mais plutôt évoquer humblement mes souvenirs de Poni Hoax. Poni Hoax pour moi c’est donc ce concert de novembre 2018 au Chato Do à Blois où j’avais littéralement été estomaqué par ce chanteur habité par la musique, d’une intensité folle… On sentait que cet homme avait passé sa vie sur un fil, prenant plaisir à jouer avec les interdits et n’ayant connu que tardivement une vraie reconnaissance. Au moment du premier album éponyme en 2006, Nicolas Ker a déjà toute une vie derrière lui et 36 ans bien tassés. Ce succès tardif explique peut-être ce sentiment d’urgence qui perce dans les textes et que l’on retrouvera aussi dans le deuxième album Images of Sigrid en 2008. Ces deux premiers albums sont très puissants et méritent de figurer dans les discographies les mieux senties… Autant dire que je les ai beaucoup réécoutés cette semaine et qu’ils se sont bonifiés avec le temps. Je ne résiste pas à la tentation de vous partager deux titres rendant hommage à Nicolas Ker et à feu Poni Hoax, deux titres qui me font frissonner presque 15 ans après leur sortie. A ma gauche Budapest présent sur le premier album est un hymne vénéneux et glaçant à la ville de Budapest. La voix sombre et mystérieuse d’Olga Kouklaki dresse un sublime portrait angoissant et se marie avec délices à cet univers instrumental lorgnant vers les sonorités froides de l’italo disco. On retrouve la patte électronique de Joakim, le patron de leur label Tigersushi, avec la rythmique oppressante en fond, ces violons comme tant de coups de poignard dans le coeur et cette montée rock finale portée par la batterie. Une perle aussi noire que sublime. A ma droite, Antibodies apparaît sur Images of Sigrid. Plus lumineux et plus rock, il démontre la capacité de Poni Hoax à faire bouger les corps. Il demeure le single le plus immédiat du groupe et démontre la richesse du son de ce groupe qui aura offert le plus bel écrin à l’esprit torturé de Nicolas Ker.

 

Sylphe

Review n°80: Sixty Summers de Julia Stone (2021)

Le duo australien Angus et Julia Stone -un frère et une soeur au passage – brille depuis une dizaine d’années et quatre albums dont le dernier Snow en 2017. Je vous invite en particulier à vous laisser bercer par la douceur de A Book Like This (2007) ou la puissance plus pop de Down the Way (2010) qui méritent de figurer dans les discographies les plus respectables. J’ai beau me montrer particulièrement sensible au timbre de voix de Julia Stone, je dois reconnaître que je n’ai jamais été très attentif à sa carrière solo et ne peux mettre que des bribes de souvenirs d’écoute de The Memory Machine (2010) et By the Horns (2012). Peut-être la fâcheuse impression inconsciente que le projet solo n’est pas une véritable valeur ajoutée au projet en duo, qui sait? Toujours est-il qu’il m’a été impossible de n’écouter qu’une fois, ce troisième opus Sixty Summers, neuf ans après le dernier album solo, tant on tient là un bijou d’émotion… Un album qui prend humblement rendez-vous avec les tops de fin d’année où il devrait brillamment figurer. Je vous invite à parcourir avec moi cette exploration torturée des méandres de l’amour, sujet central de ce Sixty Summers.

Le morceau d’ouverture Break se place d’emblée sous le sceau d’une pop uptempo d’une grande fraîcheur avec ses clochettes en fond, sa batterie si juste et ses cuivres. Le refrain rappelant la fragilité du timbre de Julia Stone évoque l’intensité de l’amour. Sixty Summers, un des titres les plus marquants de l’album, va ensuite nous rappeler, à travers la thématique de la nostalgie amoureuse, la puissance de la voix de Julia Stone. L’ambiance instrumentale est plus sombre, même si les cuivres tentent désespérément d’apporter des touches de lumière. Le résultat est d’une très grande intensité… Et que dire de la douceur de We All Have qui nous enveloppe de son voile fragile pour souligner le besoin de relativiser les échecs dans la quête de bonheur? Pour les fans de The National dont je suis, Matt Berninger vient apporter son grain de voix si reconnaissable pour un duo de voix aussi contrasté qu’évident. Voilà en tout cas un trio de titres initial qui place ce Sixty Summers sous l’égide du talent et de la sensibilité.

Nous pouvons globalement distinguer deux directions dans cet album, ayant pour point de rencontre la sublime voix de Julia Stone. Désolé de souligner avec une certaine platitude la beauté de la voix et d’enfoncer d’une certaine manière une porte ouverte mais certaines évidences méritent tout de même d’être rappelées. D’un côté nous retrouverons donc des titres plus classiques dans l’approche instrumentale, lorgnant vers les plaines de la pop-folk et mettant la voix au centre de tout. Je pense au sublime Dance brillamment illustré par un clip de Jessie Hill et le couple Danny Glover/ Susan Sarandon (cette dernière a 74 ans… mon Dieu quelle belle femme…) qui aborde la difficulté d’aimer avec une certaine poésie, à la notion de coup de foudre abordée dans Heron ou encore l’écrin de douceur I Am No One. Au passage, on notera à la fin de l’album une version française de Dance tout aussi touchante avec le refrain toujours en anglais et des couplets très beaux (et non de simples traductions des paroles initiales) où l’artiste Pomme a été mise à contribution.

D’un autre côté, nous pouvons ressentir le besoin d’explorer et de sortir des sentiers battus. Who part par exemple sur un univers plus électronique particulièrement entraînant -ce qui au passage me fait penser au dernier album de Georgia – avec une attirance pour les sonorités dance du début des années 90 (toute proportion gardée, ne vous attendez pas à un 2 Unlimited hein? ). On retrouvera cette attirance électronique avec Unreal et son refrain qui utilise l’autotune avec justesse.  Fire In Me, le morceau le plus sensuel écouté depuis longtemps, me séduit quant à lui par sa rythmique obsédante et ses sons plus sombres. Vous imaginez l’univers tout en ruptures de Sneaker Pimps et la sensualité exacerbée de Goldfrapp et vous obtenez ce Fire In Me follement excitant. Enfin Julia Stone a aussi cette capacité à donner un grain soul à sa voix dans l’excellent Queen qui souligne avec subtilité la dépendance à l’être amoureux quand tout semble pourtant s’effondrer. Je ne vais pas faire un parallèle facile sur la dépendance mais vous voyez bien où je veux en venir, ce Sixty Summers est dangereux mais que serait la vie sans cette pointe de danger que notre vie de confiné(e)s a tenté d’écarter? Enjoy!

 

Sylphe

Reprise du jour n°8: Nightcall de Kavinsky par London Grammar (2013)

Il faut se rendre à l’évidence, je n’arrive pas à m’ôter de la tête la reprise de Nightcall par London Grammar, présente sur leur premier album If You Wait… Ce n’est pas une forme de paresse intellectuelle ou de manque d’inspiration car j’ai de nombreuses idées en stock, en particulier les derniers albums de Julia Stone ou Kira Skov, enfin je vais m’arrêter là car c’est manquer de respect à ce superbe Nightcall qui se suffit amplement à lui-même. Nous connaissons forcément tous le titre initial de Kavinsky artiste du très recommandable label Record Makers, qui a eu le bonheur d’être le titre-phare de la BO du film Drive sorti en 2011. Thriller porté par le duo Ryan Gosling/ Carey Mulligan et ses ambiances nocturnes citadines d’une grande beauté, Drive est sublimé par sa bande-son et son compositeur Cliff Martinez. C’est au peu connu Kavinsky que revient l’honneur d’offrir ce Nightcall qui me file des frissons à chaque écoute presque 10 ans plus tard. Une ambiance électro avec un son lourd et une boîte à rythmes imparable, cet appel téléphonique entre le héros en fuite à la voix robotisée et la voix fragile de la chanteuse de CSS, Lovefoxxx, qui souligne avec simplicité l’attirance incontrôlable qui l’anime. La ligne mélodique de fond est addictive et ce titre touche au sublime, ce qui n’empêche pas London Grammar d’oser s’attaquer à ce bijou dès son premier album. Une reprise d’une grande douceur et d’un esthétisme saisissant s’appuyant sur un piano central et la voix poignante d’Hannah Reid. Ce Nightcall nous emmène dans un ailleurs poétique sans renier l’univers sombre du titre original, je crois sans trop m’avancer que cela représente la recette ultime d’une reprise, donner un second souffle pour un titre qui n’en manquait déjà pas… Voilà un duo parfait pour illuminer ce début de weekend prolongé bien sombre, enjoy!

 

Sylphe

Five Titles n°22: Californian Soil de London Grammar (2021)

Des nouvelles aujourd’hui des Anglais de London Grammar, trio composé de Dominic « Dot » Major (clavier,London Grammar percussions), Dan Rothman (guitare) et la chanteuse à la voix de velours Hannah Reid. C’est en 2013 (et oui, ma bonne dame, ça file…) avec leur premier opus If You Wait que l’on a fait connaissance avec ce groupe proposant un trip-hop moderne ayant batifolé avec la dream pop. Je vous invite à aller réécouter des titres comme Wasting My Young Years et Strong qui devraient réveiller en vous des réminiscences d’émotions fortes ou savourer la sublime reprise de Nightcall de Kavinsky. En 2017, je suis littéralement passé à côté de leur deuxième album Truth Is a Beautiful Thing mais ce Californian Soil est arrivé à bon port. Sur la base du hasard (j’ai regardé l’album dans une liste de sorties, cet album m’a regardé, bref j’ai écouté cet album…) j’ai écouté sans aucune attente particulière, si ce n’est une curiosité polie, cet album qui m’a totalement emporté dès la première écoute… Vous me direz que les textes ne sont pas les plus originaux du monde, que l’évolution du son de London Grammar est très prudente et que l’album est un peu trop homogène. Sans nier ces arguments, je vous répondrai juste que la voix d’Hannah Reid me transperce par sa douceur. La recette est donc d’une simplicité imparable: cette voix centrale qui a la capacité de porter à elle seule certains morceaux, des ambiances instrumentales entre le trip-hop de Massive Attack, l’électro d’un Thylacine et le lyrisme des cordes. Je vous invite à découvrir cinq titres qui s’imposent comme une porte d’entrée majestueuse de ce Californian Soil.

1. Le morceau d’ouverture sobrement intitulé Intro et ses deux petites minutes au pouvoir cinétique évident donne une leçon de grâce mystérieuse. Une mélopée irréelle qui vient remplacer ces cloches en fond et des violons/violoncelles qui viennent faire souffler un son épique, voilà la bande-son parfaite pour illustrer l’arrivée d’un héros solitaire au milieu d’une lande nappée de brouillard.

2. Le titre éponyme part lui sur une rythmique trip-hop digne du Teardrop de Massive Attack avec la voix aussi douce que puissante d’Hannah Reid. L’alliance entre la boîte à rythmes et les violons est subtile pour une superbe revisite moderne du trip-hop.

3. Lord It’s a Feeling joue quant à lui davantage la carte de l’électronica. L’instrumentation me fait fortement penser aux premiers albums de Moby pour un résultat qui gagne au fur et à mesure en complexité. Une des vraies prises de risques de l’album.

4. How Does It Feel aborde ensuite le thème de la rupture amoureuse en jouant davantage sur la fibre pop. Le refrain joue sur des sonorités aux frontières du disco pour un résultat plus dansant et particulièrement savoureux.

5. Baby It’s You brille enfin par son électro un brin nostalgique à la Thylacine qui contraste avec la puissance du chant. De la joaillerie musicale…

 

Pour commencer sous les meilleurs auspices ce weekend ensoleillé, si vous savouriez le cocktail doux et intense de ce Californian Soil? Enjoy!

Sylphe

Review n°79: A Lantern and a Bell de Loney Dear (2021)

Comme c’était annoncé dès ce dimanche, nous allons commencer la semaine avec la douceur mélancolique et le spleen du dernier opus A Lantern and a Bell d’Emil Svanängen alias Loney Dear. Si vous êtes un compagnon de route assidu du blog (#expressionrappelantlecommunisme), vous savez que je suis très sensible à l’écriture et à l’univers de Loney Dear, que ce soit à travers la chronique de son brillant Dear John ou du titre Sum tiré de son dernier opus Loney Dear de 2017. Pour ce nouvel album signé sur le label Real World Records fondé par WOMAD et Peter Gabriel, Loney Dear a choisi de se centrer encore davantage sur sa sublime voix de falsetto, sobrement accompagnée par un piano la plupart du temps. Les machines s’estompent peu à peu pour laisser place à une véritable introspection intérieure rattachée à sa thématique habituelle de la mer. Le spleen plus dépouillé et moins jazzy qu’un Jay-Jay Johanson  fait ainsi mouche en 27 petites minutes très homogènes et je regrette seulement l’absence d’une vraie pépite qui se démarque de l’ensemble.

Le morceau d’ouverture Mute / All things pass et ses mouettes inaugurales en fond s’appuie sans surprise sur l’alliance piano/voix. La voix fragile et pleine d’émotions me touche particulièrement ici et dans l’intégralité de l’album, ce A Lantern and a Bell plaira incontestablement à ceux et celles qui se trouvent désarmé(e)s en écoutant ce falsetto émouvant. L’instrumentation prend de l’ampleur au fur et à mesure et la fin instrumentale atteint une intensité savoureuse. Les deux morceaux suivants, Habibi (A clear black line) et Trifles resteront sur cette ambiance intimiste du piano/voix avec une préférence pour le deuxième cité et son intensité ascendante finale révélant la puissance de la voix de Loney Dear.

Go Easy on Me Now (Sirens + emergencies) s’appuie ensuite sur une mélodie en déconstruction au piano qui accentue le pouvoir lyrique du morceau avant Last night/ Centurial Procedures (the 1900s)  qui, à l’image de Darling par la suite, ne dépasse pas les deux minutes. Libres à vous de considérer ces titres comme des intermèdes, de mon côté j’ai choisi de ne pas choisir. Oppenheimer en l’honneur du scientifique tristement célèbre à l’origine de la bombe nucléaire -j’en profite au passage pour vous conseiller très fortement la lecture du brillant roman graphique La Bombe de Rodier, Alcante et Bollée – est ensuite un sommet d’intensité et d’émotion digne de Jay-Jay Johanson. On retrouvera cette intensité dans le morceau final A House and a Fire qui se montrerait presque pop dans son approche.

Sans atteindre les sommets d’un Dear John, ce huitième album confirme le talent de songwriting de Loney Dear qui mériterait une plus grande reconnaissance dans notre contrée. Avec modestie, chez Five-Minutes, nous tentons de lui offrir une place plus en adéquation avec la valeur de sa musique, enjoy!

 

Sylphe