Pépite du moment n°128: What They Call Us de Fever Ray (2022)

Karin Dreijer, qui forme avec son frère Olof le duo électronique expérimental The Knife, a entamé en 2009 uneFever Ray - Radical Romantics carrière solo sous le nom de Fever Ray. L’album initial éponyme est assez brillant même s’il nage en eaux troubles et développe un chamanisme assez angoissant. Je dois reconnaître que Plunge en 2017 ne m’a pas particulièrement laissé un souvenir impérissable, ce qui ne m’empêche pas d’attendre avec impatience le troisième opus Radical Romantics qui sortira le 10 mars prochain. Kandy est sorti la semaine dernière mais je préfère parler aujourd’hui d’un des deux autres titres partis en éclaireur, à savoir le morceau d’ouverture du futur album What They Call Us. On retrouve les ingrédients qui séduisent tout autant qu’ils rendent mal à l’aise: cette voix androgyne qui semble sortie d’outre-tombe, des synthés omniprésents couplés avec justesse à des drums oppressants, un personnage de clip anxyogène. Désolé, je n’ai pas forcément choisi le titre le plus lumineux pour un dimanche soir de février… Enjoy !

 

Sylphe

Pépite du moment n°127: La beauté du coeur de Saez (2022)

Saez, voici un artiste qui suscite souvent des réactions épidermiques assez diverses et contradictoires. Brillant parolierSaez - Telegram capable de sublimer son spleen dans son superbe album initial Jours étranges en 1999, qu’on a la fâcheuse tendance à résumer au single d’une génération Jeune et con, capable de provoquer à l’extrême dans le plus controversé J’accuse en 2010, Saez donne l’impression d’écrire le même titre depuis des décennies et de traîner sa nonchalance mélancolique dans des albums qui passent presque inaperçus depuis quelques années. Je l’ai clairement perdu de vue, puis je suis tombé sur son EP Telegram sorti le 9 décembre dernier. 6 titres assez attendus autour de la guerre en Ukraine, mon diable intérieur avait déjà tendance à penser que Saez était de nouveau tombé dans la facilité mais j’ai choisi de dépasser ce premier sentiment. Finalement, la poésie fait son effet et certains titres comme Telegram frappent assez juste, rappelant des évidences qu’il est bon de rappeler…J’ai choisi pour aujourd’hui le dernier titre de l’EP, La beauté du coeur, qui offre un très beau texte sensible pour dénoncer les maux de notre monde et mettre l’accent sur les belles personnes qui tentent de le rendre plus lumineux. La phrase finale répétée plusieurs fois « Il n’est pas de plus grand courage qu’être gentil » fera sourire certains par son apparente naïveté mais elle reste un message qu’il est bon de rappeler, enjoy !

 

Sylphe

Pépite du moment n°126: Strung Out Johnny d’Iggy Pop (2023)

Voilà plusieurs semaines que le dernier album Every Loser d’Iggy Pop tourne en boucle chez moi et que je tente de mIggy Pop - Every Losere convaincre difficilement que l’iguane a bien 75 ans… J’ai déjà eu la chance de voir Iggy en festival au Printemps de Bourges dans une autre vie, la vie où il était torse nu et manquait à tout moment de dégainer la banane car le monsieur a une forte tendance à l’exhibitionnisme. Sa carrière avec les Stooges ou en solo est gargantuesque et je me suis littéralement perdu dans sa discographie au point d’abandonner le compte de ses albums… J’ai longtemps hésité à écrire une review sur Every Loser, puis je me suis ravisé, ne me sentant pas les épaules pour le chroniquer, par respect pour les fans de la première heure qui auraient perçu ma relative méconnaissance de la discographie de l’icône rock qu’il est.

L’homme sait s’entourer et l’on retrouve Chad Smith des Red Hot Chili Peppers, Duff McKagan des Guns N’Roses, Stone Gossard de Pearl Jam et Taylor Hawkins des Foo Fighters entre autres… Désolé pour le name-dropping mais il est bon de montrer que participer à un album d’Iggy Pop reste un graal ultime pour tout musicien rock qui se respecte. Le résultat est un condensé d’énergie rock de 11 titres et 36 minutes qui me laisse pantois, les années semblent n’avoir pas de prise sur l’iguane et cette voix tout droit sortie d’outre-tombe fait toujours le même effet… J’ai choisi le tube en puissance Strung Out Johnny qui aborde l’addiction à la drogue (oui très surprenant), les guitares sont de sortie et le chant monte en puissance, prenant presque une teinte plus pop. Le clip est barré, Iggy Pop a priori doit sa ligne à une consommation accrue de fruits, bref tout est en place, enjoy !

 

Sylphe

Pépite du moment n°125: Weightless d’Arlo Parks (2023)

Des nouvelles aujourd’hui d’Arlo Parks qui avait illuminé mon année 2021 avec son deuxième album Collapsed In Arlo Parks - My Soft MachineSunbeams (à relire par ici)… A priori, je n’avais pas été le seul sous le charme car cette dernière avait remporté le Mercury Prize en 2021 pour cet album. Pour notre plus grand bonheur, son troisième album My Soft Machine sortira le 26 mai prochain et les premiers singles laissent augurer de bien belles choses. Vendredi dernier, c’est le titre Weightless qui est apparu sur la toile, on y retrouve cette voix chaude qui paraît immédiatement habituelle, cette pudeur à se livrer et pour couronner le tout, un refrain séduisant qui nous emporte facilement. Allez, on prend notre mal en patience, il ne reste plus que 4 mois à attendre, enjoy !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°117: Fall d’Editors (2005)

Ayant envie de douceur pour réchauffer les coeurs et oublier le spleen latent du dimanche soir, je vais miser ce soir surEditors - The Back Room une valeur sûre avec les Anglais d’Editors et en particulier leur premier album The Back Room sorti en 2005. J’ai parlé il y a peu sur le blog de leur septième et dernier album EBM sorti le 23 septembre dernier (à relire par ici) qui fait bien le boulot mais qui a tendance à manquer d’émotions. Il faut dire que le choix de travailler en étroite collaboration avec Blank Mass a tendance à radicaliser l’aspect électronique du groupe.

Il convient de se rappeler que la voix (et quelle voix…) de Tom Smith était davantage au centre des compositions au début, apportant un supplément d’âme incontestable. Fall, le quatrième titre de l’album, est ainsi un bijou d’émotions qui fait la part belle au chant, la litanie des « I wanted to see » me provoquant toujours autant de frissons 17 ans plus tard. La montée finale amène une tension supplémentaire et nous invite à réécouter avec délectation ce The Back Room, sorti le jour même de mon anniversaire. Il y a des signes qui ne trompent pas, enjoy !

 

Sylphe

Pépite du moment n°124: Nothing Left To Lose d’Everything But The Girl (2023)

Attention coup de vieux en perspective, ou douce nostalgie… Le duo anglais composé de Tracey Thorn et Ben Watt,Everything But The Girl - Fuse Everything But The Girl (nom de groupe original lié à un magasin de literie de Hull qui avait pour slogan « For your bedroom needs, we sell everything but the girl), va ressortir un album (le onzième!)  intitulé Fuse le 21 avril prochain. C’est un événement car le dernier opus du duo, Temperamental, datait de… 1999. J’ai découvert au moment d’écrire sur cette pépite que ce groupe avait eu une carrière très riche que je ne connaissais pas du tout. Je suis d’une génération qui a écouté en boucles passer à la radio le sublime titre Missing tiré de leur huitième album Amplified Heart (1994) mais je ne me suis jamais véritablement confronté à leur discographie. Tracey Thorn de son côté a mené une carrière solo mais elle a aussi collaboré avec Massive Attack, en particulier sur leur deuxième album Protection où elle pose sa voix sur le titre éponyme et Better Things.

Ce Nothing Left To Lose arrive donc en éclaireur et les premières notes m’ont instantanément ramené vers Missing. La voix de Tracey Thorn est toujours aussi belle, chaude et envoûtante, et se pose à merveille sur une instrumentation électronique, certes un peu datée mais tout de même convaincante. Un peu l’impression d’entendre les précurseurs de Jungle, rapprochement inconscient accentué peut-être par le clip qui met en scène une troupe de danseurs. Voilà en tout cas une bien belle promesse et je prends date avec le 21 avril, en attendant j’ai quelques albums d’Everything But The Girl à écouter, enjoy !

 

Sylphe

Review n°115: Cool It Down de Yeah Yeah Yeahs (2022)

Je continue de regarder 2022 dans le rétroviseur aujourd’hui avec un opus sorti le 30 septembre dernier, à savoir le cinquième album studio de Yeah Yeah Yeahs Cool It Down. Le groupe composé de Brian Chase (batterie), Nick Zinner (guitares et claviers) et surtout Karen O. au chant avait retrouvé la scène pour quelques dates en 2017 mais le dernier album Mosquito remonte déjà à 2013, une éternité dans le monde musical actuel… J’ai déjà parlé de ce groupe américain dans ce blog, en particulier de leur troisième album It’s Blitz! (2009) qui, en plus de posséder une des plus belles pochettes all-time, est un bijou d’électro-pop sensuelle et électrisante. Pendant cette pause, Karen O. n’a pas chômé et a, entre autres, marqué mon année 2019 avec Lux Prima, un album composé avec Danger Mouse (à relire par ici) qui montrait l’énergie intacte qui l’animait encore.

Pour l’anecdote, nous retrouvons dans les paroliers de ce Cool It Down le leader charismatique de TV on the Radio, David Sitek… a priori tous les voyants sont au vert pour passer un bon moment qui risque cependant d’être un peu court (8 titres et seulement 32 minutes). Le morceau d’ouverture Spitting Off the Edge of the World va nous rassurer d’emblée avec sa basse pachydermique et ses synthés omniprésents, la rythmique tout en langueur sublimée par la voix de Perfume Genius, dont le featuring apporte une vraie plus-value au morceau, nous envoûte et laisse avec délices la place à un refrain électrisant qui donne plus de complexité au titre. Lovebomb va ensuite surfer sur un empilement de nappes de synthés contemplatives, Karen O joue la carte d’une sensualité digne d’Alison Goldfrapp avec ses interjections (ses ah quoi !) avant de démontrer une belle sérénité sur une fin mettant en avant le spoken word. Le morceau laisse entrevoir une fragilité qui n’est pas sans me laisser insensible, pour rester dans l’euphémisme. Wolf referme brillamment le tryptique initial dans une veine plus habituelle qui rappelle It’s Blitz!, le refrain addictif est puissant et cette bombinette électro-pop fait mouche avec une grande facilité. En un peu plus de 12 minutes, Yeah Yeah Yeahs vient de réanimer toute sa palette d’influences et la pause de 9 ans paraît déjà un bien lointain souvenir.

Fleez et sa guitare électrique plus rock est peut-être le morceau de l’album qui me touche le moins, j’ai du mal à percevoir la ligne directrice et le chant paraît un brin facile… Heureusement, Burning ne va pas me laisser le temps de cogiter bien longtemps en restant dans la veine électro-pop de Wolf, le titre est tout en contrastes et ruptures tout en débordant d’énergie, plus subtil qu’il n’y paraît avec des cordes bien senties. La sensualité à fleur de peau de Blacktop offre une belle plage de sérénité, Different Today propose une électro-pop primesautière et plus légère qui illumine la fin de l’album avant de finir sur un très beau moment d’émotion, Mars, dont le spoken word nous transperce. En 32 petites minutes, ce Cool It Down vient de prendre place aux côtés de It’s Blitz! pour enrichir une discographie déjà bien séduisante, enjoy!

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 1. Spitting Off the Edge of the World – 5. Burning – 3. Wolf

Sylphe

Pépite du moment n°123: what is keeping you alive makes me want to kill them for de Kathryn Joseph (2022)

Belle découverte pour moi que ce titre de Kathryn Joseph qui a été une très belle porte d’entrée pour écouter sonKathryn Joseph - for you who are the wronged dernier album, For You Who Are The Wronged sorti en avril dernier sur le label Rock Action Records, label écossais créé par Mogwai (excusez du peu). Cet album est son troisième opus après Bones You Have Thrown Me and Blood I’ve Spilled en 2016 et From When I Wake The Want Is en 2018. Je ne peux que vous inviter à aller vous plonger dans une discographie d’une très grande sensibilité que je ne regrette pas d’avoir découverte.

Pour en revenir au titre du jour what is keeping you alive makes me want to kill them (oui l’artiste est fâchée avec les majuscules), c’est bien la voix de Kathryn Joseph qui m’a touché en plein coeur. D’une sensibilité exacerbée, toujours sur le point de se briser, évoquant Björk, la chanteuse de Lamb Lou Rhodes ou bien encore Julia Stone, cette sublime voix est magnifiquement mise en valeur par une orchestration qui rappelle les plus belles heures du trip-hop. Un dépouillement plein de grâce qui se passerait presque des mots, tant les paroles sont minimalistes, un moment suspendu tout simplement, enjoy !

 

Sylphe

Review n°114: Reset de Panda Bear & Sonic Boom (2022)

Les premières semaines de janvier ou l’art de revenir sur les albums oubliés de l’année précédente… A ma gauche, nousPanda Bear & Sonic Boom - Reset avons Noah Lennox, alias Panda Bear, connu pour sa carrière solo mais aussi pour son projet collectif hallucinogène Animal Collective. A ma droite, trône Peter Kember alias Sonic Boom qui a formé avec Jason Pierce le groupe Spacemen 3 avant une rupture assez brutale. Alors que ce dernier a trouvé le succès à travers le projet Spiritualized, Peter Kember s’est davantage tourné vers la production pour des groupes comme Beach House, MGMT (époque Congratulations) ou encore Panda Bear lui-même pour ses albums Tomboy (2011) et Meets The Grim Reaper (2015). Les accointances musicales entre les deux sont évidentes et vont se matérialiser dans un projet commun sous le soleil réconfortant du Portugal où ils résident désormais.

Ce premier opus commun Reset semble avoir pour objectif de réactualiser la pop californienne des années 60 voire le doo-wop. On retrouve ainsi de nombreux samples dans cet album, le Three Steps To Heaven d’Eddie Cochran pour Gettin’ to the Point, Denise de Randy & The Rainbows pour Edge of the Edge ou The Drifters pour Livin’ in the after. Le résultat est un subtil mélange entre aspirations électroniques et une pop solaire qui réchauffera les coeurs des plus frileux. Le morceau d’ouverture Gettin’ to the Point avec sa guitare psyché initiale résume finalement assez bien le projet avec l’impression qu’Animal Collective aurait mis ses synthés au service d’une pop toujours sur un fil, entre nostalgie évidente et volonté de reconstruction. Go on creuse le même sillon et on ne peut qu’être sous le charme de la voix de Panda Bear qui me rappellera à de nombreuses reprises dans l’album la voix d’un autre ours, Daniel Rossen, le chanteur de Grizzly Bear.

Everyday joue la carte d’une pop faite de bric et de broc avec une collection de sons en arrière-fond avant que Edge of the Edge frappe fort. Les choeurs sont bien sentis, les harmonies vocales justes et le résultat pourrait s’apparenter à ce morceau feel-good qui pourrait t’aider à entrer pleinement dans cette nouvelle année 2023. Un In My Body à l’instrumentation plus dépouillée, un Whirlpool qui fait davantage la part belle à des synthés aquatiques qui donnent envie de se baigner et de tout oublier (les influences d’Animal Collective sont ici évidentes), un Danger lumineux et d’une grande simplicité, l’album se déroule sans anicroche. Livin’ in the After est ensuite pour moi un des titres majeurs de l’album avec cette plongée surprenante dans le mariachi, les guitares donnant une énergie supplémentaire particulièrement savoureuse. Everything’s Been Leading To This clôt enfin l’album sur une note plus électronique bien sentie.

Sans réelle prise de risque, cette collaboration entre Panda Bear et Sonic Boom fonctionne à merveille et nous permet d’entamer 2023 avec le sourire (oui bon ok on a 5 mois de retard…), enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés) : 4. Edge of the Edge – 8. Livin’ in the After – 6. Whirlpool – 3. Everyday

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°114: Les jours heureux de Ben Mazué (2020)

Allez, rendons honneur à la carrière solo de Ben Mazué qui le mérite amplement pour commencer avec subtilité etBen Mazué - Paradis grâce ce début de nouvelle année bloguesque. J’ai déjà beaucoup parlé ici de sa participation avec Gaël Faye et Grand Corps Malade au superbe projet collectif qui a abouti au non moins superbe EP Ephémère. Je plaide néanmoins coupable et reconnais volontiers ne pas être très connaisseur de ses albums -se confronter à sa plume sensible et ses cinq albums fait partie de mes modestes objectifs de 2023- même si certains titres me viennent immédiatement en tête… J’aurais donc pu choisir aujourd’hui la facilité de La résiliation qui est, pour moi, la plus belle et plus humaine chanson sur la séparation amoureuse.

Cependant, j’ai préféré me tourner vers son dernier album Paradis sorti en 2020 et réédité en 2022. Le très beau clip de Les jours heureux est sorti il y a dix jours et je me suis tout de suite fait happer par les images et la justesse du texte. Orchestration dépouillée, violons bien sentis, les mots précis qui claquent fort, ce titre traitant du besoin d’amour qui nous anime toutes et tous révèle une belle sensibilité et une forme de spontanéité séduisante. Quitte à enfoncer une porte ouverte, je vais tout de même prendre le risque de la facilité… Je ne peux que souhaiter à tous nos lecteurs une année riche en jours heureux, de notre côté à Five-Minutes nous allons tout faire pour enrichir votre bande-son de 2023 pour qu’elle se marie à merveille avec ce désir de jours heureux. Je vous laisse avec Les jours et heureux et La résiliation car je suis une âme faible incapable de choisir ou soucieuse de partager, enjoy !

 

Sylphe