Five Titles n°12: Sixteen Oceans de Four Tet (2020)

Voilà ce dimanche un orfèvre de la folktronica qui me tient tout particulièrement àFour Tet coeur, en la personne de Kieran Hebden, alias Four Tet. Sixteen Oceans est déjà le onzième opus de l’Anglais, auquel il faut rajouter six EP et une multitude de remixes de haut vol. Son dernier opus New Energy que je n’ai écouté que d’une oreille dilettante date de  3 ans et je reste éternellement sur les impressions ressenties face au sommet musical There Is Love in You en 2010 (chroniqué dans une autre vie par ici ). Four Tet, c’est une véritable signature musicale, un son reconnaissable entre tous qui mixe les rythmes de la house avec les sonorités faussement angéliques de l’électronica. Le résultat est une subtile alliance de pouvoir cinétique, d’ambient contemplatif et de folk rêveur mais c’est avant tout une bouffée d’air frais dans notre air confiné…

Sixteen Oceans offre 16 pistes et 54 minutes de plaisir, avec néanmoins 5 intermèdes (Hi Hello, ISTM, 1993 Band Practice, Bubbles at Overlook 25th March 2019 et This Is for You) de moins de 2 minutes qui n’apportent pas véritablement grand chose. En même temps, si vous êtes lecteurs assidus dans ces contrées, vous commencez à connaître mon peu d’intérêt pour les intermèdes… Vous savourerez peut-être le piano d’ISTM ou les bulles aquatiques de Bubbles… mais mon plaisir personnel se porte ailleurs. Pour une perception globale de l’album, ce dernier part très fort sur des rythmiques house et le premiers tiers est brillant. Les deux tiers suivants jouent davantage la carte de l’ambient et demeurent savoureux, même s’il faut reconnaître une certaine forme de lassitude polie. Je reste persuadé de mon côté que l’album aurait mérité d’être plus court car il reste exigeant. Ce Sixteen Oceans mérite en tout cas d’être amplement savouré et je vous propose cinq titres qui ne devraient pas vous laisser de marbre…

1. Le morceau d’ouverture School qui sonne comme une résurgence des productions de Pantha du Prince nous invite à prendre place sur le dance-floor. Des beats house viennent rythmer le morceau et une petite ritournelle addictive vient se greffer dans le cerveau pour démontrer tout le pouvoir mélodique de Four Tet. C’est bien le contraste entre les influences house et folk qui me séduit autant chez l’Anglais…

2. Baby ne nous laisse pas reprendre notre souffle dans une atmosphère plus electronica et plus aérienne. Une voix féminine en boucle (Ellie Goulding au passage), des beats qui rythment l’ensemble dans la droite lignée d’un dubstep à la Burial et ces sons plus feutrés et plus ambient. Le résultat est brillant, à l’image du superbe clip ci-dessous qui met parfaitement en valeur la pause centrale avec le bruit des oiseaux.

3. Harpsichord nous offre ensuite une plage contemplative digne de Boards of Canada pour un résultat éthéré et poétique qui nous coupe de tout.

4. Teenage Birdsong clot ce quatuor brillant (je vous avais prévenu que l’album démarrait fort!) dans la droite lignée de School. Une ritournelle addictive s’appuyant sur la flûte de pan vient magnifier une instrumentation extrêmement riche.

5. La sensualité de Romantics ou les billes de sons qui explosent de Love Salad auraient mérité leur place mais je vais choisir le bijou Insect Near Piha Beach pour finir. Pour illustrer cette plage de Nouvelle-Zélande, on retrouve du gros beat house dans une rythmique uptempo peu habituelle mais aussi des cordes qui nous rappellent les origines indiennes de Kieran Hebden. Le résultat est assez inclassable, comme si Animal Collective avait découvert les rythmiques house…

Finalement tout est dit dans cette dernière phrase, j’aime avant tout Four Tet car il est d’une inventivité sans bornes et s’avère inclassable…Bonne écoute à tous, enjoy!

Sylphe

Interview n°6: Sandy Lavallart (Kwoon)

Il y a quelques jours  je vous faisais part de ma très belle découverte de Kwoon et d’un nouveau titre au pouvoir cinétique incontestable Life que je vous invite à réécouter par ici. Chose promise, chose dûe, je vous propose de faire connaissance avec Sandy Lavallart, le coeur de Kwoon...

1/ Bonjour Sandy, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi et ta carrière ?Kwoon

 Guitariste depuis l’âge de 17ans où j’écoutais tantôt NIRVANA, RHSCP, RATM ou Jean Michel Jarre et la B.O du Grand Bleu d’Eric Serra. Quelques groupes punk rock / pop rock et mini tournées dans les cafés concert de ma région picarde. Puis j’ai travaillé, j’ai donné naissance à KWOON en 2005. Premiers concerts plus sérieux entre Paris, puis dans toute l’Europe, U.K, Russie avec des jauges de 50 à 300 personnes, voire 2.000 quand on faisait la première partie de MOGWAÏ en Grèce.

Quelques années plus tard, je quitte mon boulot pour me consacrer à la composition musicale à 100%. J’ai écrit pas mal de musique plus orientées T.V, pub, documentaires, courts et moyen métrages, séries…

Puis 6 ans plus tard, j’ai eu envie de faire ce qui sort du ventre sans passer par des D.A de la pub qui veulent une musique « bleue », ou « sucrée » 🙂 J’ai une looooongue liste de mots loufoques qui m’ont fait à la fois beaucoup rire et rendu fou tellement ça n’avait aucun sens.

2/ Pourquoi avoir choisi Kwoon comme nom d’artiste ?

Kwoon, c’est la planète d où je viens. La planète que j ai probablement inventée pour pouvoir m’y réfugier. 

Le nom m’est venu comme ça. Il ne veut rien dire…

 

3/ Comment définirais-tu ta musique ?

Atmospheric & poetic music for dreamers

 

4/ Peux-tu me dire quelles sont tes influences et quels artistes/groupes tu aimes?

Pink Floyd chez les Anglais

RATM, TOOL, Marilyn Manson côté U.S

THE DO pour la french touch 

Hans Zimmer pour les B.O de film

 

5/ Quel titre représente le mieux ta musique et pourquoi?

 WARK. Ambiance générale et montée en puissance. Et parce que c’est ma préférée à jouer en live même si ce n’est pas la plus connue 🙂

 

6/ Quel est en ce moment ton groupe/artiste préféré?

 Bon Iver

 

7/ Si nous devions détruire tous les albums musicaux sur Terre lequel sauverais-tu?

 Meddle de Pink Floyd

 

8/ Et si tu devais ne sauver qu’un titre lequel serait-ce?

 Echoes

 

9/ Une question qui ne t’a jamais été posée et que tu aimerais que l’on te pose?

 Quelle est ton adresse postale pour que je te fasse livrer une caisse de champagne ?

 

10/ Et maintenant un peu de place pour dire quelques mots à propos de Life, le nouveau titre que tu viens de sortir, si cela te tente !

En 2006, lorsque j’avais écrit I lived on the Moon, je parlais à un enfant imaginaire qui pouvait être celui de tout le monde et j’évoquais le pouvoir extraordinaire du rêve qu’il avait entre ses mains. Le rêve, nous l’avons tous, peut être immense et un magnifique refuge.

Aujourd’hui, je suis papa et j’avais envie d’écrire une chanson pour ma fille, en résumant ce que je lui apprends chaque jour à travers une rêverie musicale. Il y a des éléments de notre vie dans la pochette que j’ai voulu imprimer. Nous avions un magnifique chaton Maynecoon que nous avions appelé Lion qui est parti rejoindre les étoiles après un malheureux épisode, il est représenté tel le roi des animaux sur la couv. C’est un petit clin d’oeil personnel…Pour plus de chaleur et pour que les souvenirs soient imprimés à vie, j’ai fait chanter ma fille Margot sur le refrain final, ce sera son titre.

 

Sylphe

Pépite du moment n°67: Mars on Earth 2020 d’Emilie Simon (2020)

Au milieu de la multitude de mails que la rédaction de Five-Minutes reçoit quotidiennement, certains de nos lecteurs nous tiennent au courant de sorties en rapport avec des artistes fortement appréciés dans ces contrées. C’est le cas pour moi d’Emilie Simon pour laquelle j’ai un attachement tout particulier depuis son bijou de douceur trip-hop initial en 2003, suivi d’albums très beaux comme Végétal en 2006. Je reconnais volontiers m’être arrêté à un Franky Knight plus inégal en 2011 et il sera temps pour moi d’aller écouter Mue et The Jesus Rolls afin de percevoir si l’inspiration d’Emilie Simon a ravivé sa flamme.

Emilie Simon, comme nombre d’artistes, a eu besoin d’exprimer son ressenti face au confinement -à Los Angeles pour la montpelliéraine de naissance – à travers sa musique et s’est lancée dans un EP Mars on Earth, 2020. L’objectif était, entre autres, de sortir chaque semaine un titre. Après les titres Cette ombre et En attendant l’Aurore, c’est le titre Mars on Earth 2020 que je vous propose de savourer aujourd’hui. Simplicité de l’accompagnement au piano, voix de cristal et émotion sont au rendez-vous et nous donnent envie de vivre notre déconfinement aux côtés d’Emilie Simon, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°66: Life de Kwoon (2020)

Voilà une nouvelle très belle découverte aujourd’hui qui tourne en boucles depuis Kwoonplusieurs jours chez moi… Je dois reconnaître ma méconnaissance totale du groupe Kwoon (depuis pour expier cette faute je porte une ceinture de cilice…) au moment d’écouter ce Life. Le coup de coeur étant total, j’ai depuis écouté leur discographie composée de deux albums Tales And Dreams en 2006 et When the Flowers Were Singing en 2009 ainsi qu’un EP en 2011 The Guillotine Show, des albums que je vous conseille fortement car ils mettent à l’honneur un genre qui m’est très cher, le post-rock. Pour simplifier, si vous aimez le lyrisme de Sigur Ros et la puissance d’un Mogwai vous devriez être facilement séduits. Ne doutant pas des aptitudes au calcul mental de nos lecteurs, cela fait donc 9 ans que Kwoon fait attendre son public. Le guitariste et chanteur Sandy Lavallart partage depuis le 29 avril un titre sobrement intitulé Life en l’honneur de sa fille qui le rejoint sur la fin du morceau. Le morceau est tout simplement sublime, jouant la carte de la mélancolie par les cordes qui se marient à merveille avec le chant emprunt d’émotions de Sandy Lavallart. La deuxième partie nous offre une montée en intensité imparable, la voix de sa fille apportant un supplément d’âme. Certains sons me touchent particulièrement et m’évoquent la puissance émotionnelle d’Arcade Fire, ils me font espérer une suite rapide et un album servant d’écrin à ce bijou.

Sous le titre Life, je partage avec vous un live solo issu de son Volcano Tour Sandy Lavallart joue seul au sommet des volcans de par le monde. Une musique envoûtante et des paysages à couper le souffle, on est dans la droite lignée d’un projet artistique à la Thylacine. Comme on ne fait pas les choses à moitié chez Five-Minutes, la semaine prochaine nous vous proposons de faire plus ample connaissance avec Sandy Lavallart dans une interview (#teasingdefolie), enjoy et bon déconfinement en approche!

 

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°55: Hygiaphone de Téléphone (1977)

Partout des gens marchent dans la rue avec des masques, font des écarts de deux mètresTéléphone pour t’éviter, passent leur temps à se frictionner les mains avec du gel hydroalcoolique, on entre dans un magasin de première nécessité et là derrière un hygiaphone, on s’adresse à un vendeur. Nous sommes confinés, sans pouvoir aller et sortir, sans remplir la moindre autorisation, sans pouvoir échanger, retrouver des amis dans un bar, drôle d’époque… je suis sûr que cette période sera très créative, fera naître d’autres musiques, d’autres sensations. En attendant on prend son mal en patiente et on écoute de vieux disques.

J’étais à peine né en 1977, quand sort Anna, le premier disque du groupe Téléphone. Téléphone (Les Insus maintenant) ce n’est pas vraiment ma génération. J’ai toujours vu ça comme la musique de mes parents et donc avec une certaine retenue, mais j’avoue que, comme tout le monde, je peux fredonner la plupart des tubes de Téléphone.

Alors voilà, se replonger dans la musique qui agitait l’année 1977 est toujours instructif 43 ans après…Les paroles nous en disent beaucoup sur la torpeur de l’époque, la crise économique, les galères d’argent, les besoins de liberté, « Laisse-moi vivre ma vie ! » crie Jean Louis Aubert sur Dans ton lit. « Metro c’est trop » dans l’un des morceaux les plus connus de l’album.

Enfin, il y a  Hygiaphone . J’ai connu ça à la fin des années 80, début 90. Pour acheter un timbre à la poste, ou un ticket à la Sncf… on s’approchait d’un comptoir et on parlait dans l’hygiaphone. Disons que dans les années 90, on a commencé à retirer les hygiaphones. On a sûrement  considéré l’objet un peu inutile, pas très commercial. Fallait-il une nouvelle relation client ? Vendre plus ? Mettre l’acheteur en proximité avec le vendeur… bref, je ne sais pas, aujourd’hui, après des semaines de confinement, je repense aux paroles de la chanson :

« Comme ça à s’regarder, chacun de chaque côté, on a l’air de mérous coincés dans l’aquarium. Mais faudra qu’entre nous je casse le plexiglas ».

Sylphe

Pépite du moment n°65: Goliath de Woodkid (2020)

Voilà déjà 7 ans que nous attendons fébrilement des nouvelles de Yoann Lemoine, alias Woodkid, qui nous a littéralement soufflés avec son coup de maître The Golden Age… Un album que je vous invite régulièrement à réécouter tant le souffle épique et la puissance lyrique se sont rarement aussi judicieusement entrelacés. Des titres comme Iron, Run Boy Run, I Love You ou encore The Shore touchent au sublime et, pour certains, sont illustrés par de brillants clips, écrins graphiques en noir et blanc. Je me suis permis de vous mettre en lien son concert à Fourvière en 2013 pour ceux qui sont en manque de frissons…

Il y a une petite semaine, Woodkid a lancé son premier éclaireur d’un deuxième album dont le nom n’a pas encore filtré. Ce Goliath illustré pour la première fois par un clip en couleurs est très sombre, les envolées au chant de Woodkid tentant désespérément de trouer ce ciel noir comme la cendre. On retrouve toute la puissance cinétique propre au lyonnais qui amène à s’interroger sur le rôle de l’Homme qui se trouve dépassé par sa volonté de maîtriser les éléments… L’Age d’or est fini, mais pour Woodkid il ne fait que perdurer pour notre plus grand plaisir, enjoy!

Sylphe

Review n°54: Earth d’EOB (2020)

On ne présente plus le grand groupe Radiohead dont les membres, depuis quelques EOBannées, se lancent dans des projets solos. Thom Yorke que ce soit en solo depuis Eraser en 2006 ou dans le groupe Atoms for Peace avec Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers, continue à partager avec brio son sens de l’interprétation. Le batteur Phil Selway  a sorti deux albums, Jonny Greenwood s’épanouit en parallèle dans les musiques de film (There Will Be Blood en 2007  par exemple). Il ne manquait plus jusqu’à maintenant qu’à voir Colin Greenwood et Ed O’Brien sauter le pas… Vous aurez bien compris, subtils lecteurs que vous êtes, que derrière ce sobre et mystérieux EOB se cache donc le guitariste Ed O’Brien qui nous offre son premier opus tant attendu, Earth. Nous sommes bien sûr en droit de nous demander si cet album sera ou non dans la droite lignée des albums de Radiohead… Modeste tentative d’explication en approche…

Le morceau d’ouverture Shangri-La (du nom d’une cité imaginaire inventée par James Hilton dans son roman Lost Horizon en 1933) nous ramène en terrain connu. La voix douce est très convaincante, le morceau se déploie gracieusement avec une ritournelle quelquefois électrisée par les riffs de guitare bien sentis d’Adrian Utley de Portishead pour un résultat qui sonne comme du Radiohead. La comparaison n’a rien de négatif et on ne peut pas reprocher à Ed O’Brien de ne pas tourner le dos à son ADN musical. Les 8 bonnes minutes de Brasil rappellent que EOB a posé les bases de son album lorsqu’il est parti vivre quelques années avec sa famille au Brésil. Ce morceau d’une grande douceur voit EOB sobrement accompagné de sa guitare pour une belle complainte autour de la fin d’une relation amoureuse mais la basse de Colin Greenwood et les sonorités électroniques au bout de 3 minutes viennent donner une savoureuse envie de danser. La montée est séduisante et la construction de ce morceau d’une grande précision et d’une grande richesse.

Le trio suivant va ensuite mettre l’accent sur une douceur folk prédominante, Deep Days et sa guitare acoustique témoigne des qualités du chant d’EOB, Long Time Coming m’évoque un croisement entre Peter von Poehl et Devendra Banhart tout en rappelant à quel point EOB est un grand guitariste alors que Mass tente par quelques déflagrations sonores de briser la douceur pour un résultat tout en tensions. Banksters vient alors avec justesse redonner un supplément d’intensité, on savoure cet art de la réverb propre à Radiohead et la parenté s’avère incontestable. Le désincarné et dépouillé Sail On évoquant la mort de son cousin touche au sublime et nous amène avec délicatesse vers les 8 minutes d’Olympik qui donnent une furieuse envie de bouger son corps et évoquent Depeche Mode qui aurait rêvé de faire du Pink Floyd (#payetoncroisementfumeux). L’album se clot sur une note de douceur folk bien sentie avec Cloak of the Night en duo avec Laura Marling.

Fans ou non de Radiohead, je ne peux que vous inviter à savourer la subtilité de ce très beau Earth qui réchauffera les coeurs, enjoy!

Sylphe