Pépite intemporelle n°41: Time to Dance de The Shoes (2011)

Ils sont originaires de Reims, ils s’appellent Guillaume Brière et Benjamin Lebeau et enThe Shoes 2011 leur Crack My Bones a tourné en boucle et m’a fait perdre tout sens commun. Rock survitaminé teinté d’électro, pléthore de featuring de haut vol (Anthonin Ternant de The Bewitched Hands, Benjamin Esser, Wave Machines…) et tubes instantanés qui explosent en bouche avec une immédiateté hallucinante, 8 ans plus tard je continue à frissonner de plaisir à l’écoute de cet opus qui reste pour moi le sommet incontestable de leur carrière, Chemicals en 2015 m’ayant un peu moins convaincu.

Il y a des soirs où le corps réclame un plaisir immédiat et une forte dose d’adrénaline, un besoin d’énergie que Time to Dance offre à foison. Entre le clip où vous noterez la présence de Jake Gyllenhaal (et FKA Twigs pour les plus observateurs) et un live avec les deux percussionnistes Das Galliano, vous devriez avoir votre dose pour tenir une nouvelle semaine sans soleil, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°54: Rocket Fuel de DJ Shadow feat. De La Soul (2019)

Faut-il croire que je suis obnubilé par les tops de fin d’année? En tout cas, force est de DJ Shadowconstater que peu de nouveaux albums trouvent actuellement grâce à mes oreilles… Heureusement DJ Shadow vient m’apporter du baume au coeur avec la sortie de son sixième opus Our Pathetic Age dont est tirée la pépite du soir. On ne présente plus DJ Shadow qui a brillé à la fin des années 90 et au début des années 2000 par sa capacité à croiser le hip-hop et la musique electro. Ce roi du sample a entre autres produit un coup de maître avec son premier album, le brillantissime Endtroducing… en 1996.

Notre titre du soir Rocket Fuel est avant tout porté par le flow imparable de De La Soul qui donne une énergie folle à un morceau à la ligne mélodique jouissive. Et que dire de ce clip drôlissime qui tourne en dérision la théorie qui consiste à penser que les hommes n’ont jamais marché sur la Lune? Brillant j’vous dis, enjoy!

Sylphe

Review n°41: MAGDALENE de FKA twigs (2019)

En 2014, Tahliah Debrett Barnett alias FKA twigs, tel un papillon sortant de saFKA twigs chrysalide, se révèle au grand public avec son premier album sobrement intitulé LP1. Portée par la production léchée d’Arca, elle propose un r&b tout en émotions et s’impose comme une icone urbaine en puissance. Il aura fallu patienter cinq ans pour que FKA twigs retrouve le chemin du studio et nous offre son deuxième opus, MAGDALENE. Une volonté évidente de se renouveler apparaît, Arca ayant cédé sa place à la production à Nicolas Jaar (dont l’album Space Is Only Noise est brillant au passage) et le résultat gagne ostensiblement en émotion et subtilité.

Le morceau d’ouverture thousand eyes offre une plage de douceur initiale savoureuse avec le chant quasi incantatoire de FKA twigs au milieu d’une orchestration dépouillée et relativement sombre. Tel un cygne, le titre se déploie avec majestuosité, la voix cristalline monte dans les aigus et révèle sa puissance alors que l’instrumentation s’enrichit de multiples petits sons divers. En 5 minutes, la mue s’est brillamment opérée et je finis ce titre en pensant aux trop rares soeurs de Cocorosie. Home with you joue ensuite avec son auditeur en aimant brouiller les pistes, ce piano/voix met en scène l’affrontement entre la voix voccodée de FKA twigs et sa voix juste sublime qui ne cessera de m’évoquer dans tout l’album St Vincent. De l’autre côté le piano lutte contre les drums et diverses sonorités dubstep pour un résultat aussi beau qu’inclassable… Moment de pure magie. Sad day va faire perdurer cet ascenseur émotionnel pour un morceau plein d’émotions, tiraillé entre la voix angélique et le piano d’un côté et de l’autre ces ruptures dubstep où les drums brisent les codes. C’est jouissif et inclassable mais FKA twigs n’est pas seulement dans une démarche arty où elle cherche à briser à l’excès les codes… Ainsi holy terrain avec Future en featuring nous rappelle-t-il que cette dernière ne tourne pas le dos à ses inspirations urbaines en rendant honneur à la trap pour un résultat solide mais qui correspond moins à mes envies suscitées par les premiers morceaux.

Mary magdalene et son orchestration tout en subtilités nous recentre ensuite autour de cette voix capable d’alterner avec brio la douceur et la puissance pour un résultat aussi classique que beau. Mais que dire ensuite de ce fallen alien tombé du ciel? FKA twigs révèle des choses insoupçonnées en elle pour un morceau brillant qui rappelera à beaucoup la folie de Björk et la puissance émotionnelle de St Vincent. Voilà un des titres marquants de cette riche année 2019 (#topdefindanneeenapproche). Pour le coup, mirrored heart paraît ensuite très classique, dans la droite lignée de mary magdalene, en soulignant la beauté incommensurable de la voix de FKA twigs. Finalement la fin de l’album est juste sublime d’émotions en jouant moins la carte des contrastes, comme si FKA twigs assumait pleinement sa mue en une diva arty qui aurait délaissé ses oripeaux urbains. Daybed joue la carte de la sobriété avant le sommet Cellophane, ballade piano/voix à faire pleurer les pierres.

Ce MAGDALENE se sera fait attendre mais la direction choisie par FKA twigs pour sa carrière est enthousiasmante et je dois reconnaître -mea culpa- que je ne m’attendais pas du tout à tant d’émotions d’une artiste dont on avait davantage entendu parler dernièrement de sa relation avec Robert Pattinson que de son envie de composer. Mea culpa et enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°51: Fort Greene Park de Battles (2019)

Des nouvelles ce soir des Américains de Battles qui ont comme particularité de proposerBattles un rock très expérimental qui a copulé ardemment avec le math rock, tout ceci produit sur un label électronique extrêmement pointu Warp. Un groupe que j’ai découvert en 2007 avec leur album Mirrored et son titre de folie extatique pure Atlas, espèce d’ovni à la rythmique démentielle… Le deuxième Gloss Drop et sa pochette qui déclencherait des crises d’hyperglycémie à tous les diabétiques du monde m’avait lui aussi séduit avant que nous nous perdions quelque peu de vue. Heureusement pour moi nos chemins viennent de se recroiser avec la sortie de leur quatrième opus Juice B Crypts dont le titre du jour Fort Greene Park est tiré. Ce morceau dont le clip gentiment déjanté nous offre une rétrospective humoristique des moyens de locomotion est porté par son math rock d’une rigueur de métronome. Les machines, la guitare saturée et la batterie de John Stanier se répondent à merveille pour créer un paysage sonore sans cesse tiraillé entre distorsion et ligne mélodique cohérente. Voilà de quoi donner envie d’aller écouter l’opus, enjoy!

Sylphe

Review n°40: The Rare Birds de Kid Loco (2019)

Jean-Yves Prieur, alias Kid Loco, est incontestablement un des artistes-phares de laKid Loco french touch… malheureusement sa discrétion ne lui a pas offert la place médiatique qu’il aurait méritée, le duo Air nageant dans les mêmes eaux profondes et attirant davantage vers lui la lumière. L’année 1997 symbolise pleinement cette impression, on retient tous le coup de maître initial de Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin avec le bijou Moon Safari mais on oublie trop rapidement A Grand Love Story de Kid Loco qui, à mon sens, est la BO parfaite du trip-hop. Un album au pouvoir cinétique infini que je réécoute régulièrement, ovni intemporel qui résiste à toutes les modes. Kid Loco s’est montré très avare en albums par la suite et malgré un très bon Party Animals & Disco Biscuits en 2008 n’a pas surpassé le sommet initial. 8 ans après Confessions Of A Belladonna Eater, il nous revient avec un très beau The Rare Birds qui s’impose pour moi comme un véritable refuge me ramenant à la fin des années 90…

Le morceau d’ouverture Claire et son utilisation des cordes qui n’est pas sans me rappeler le dernier opus de Thylacine nous offre une plage de douceur infinie par sa mélopée lancinante et la psalmodie de Claude Rochard. Le sourire béat se dessine déjà sur mon visage… Soft Landing on Grass part ensuite sur des landes plus désertiques balayées par un vent glacial, l’atmosphère est plus sombre et la voix de Tim Keegan se révèle d’une amplitude désarmante entre spoken word caverneux et montées cristallines. La première grosse claque ce sont les 8 minutes de The Boat Song qui vont me l’affliger, tout en douceur…Une première partie portée par une rythmique downtempo minimaliste et le chant quasi incantatoire de Crayola Lectern avec les cuivres qui ont fait le succès de A Grand Love Story et la rupture au bout de 4 minutes avec ce souffle rock qui vient distiller un sentiment d’urgence surprenant. Les deux ambiances, se mêlent à merveille pour une fausse cacophonie teintée de free-jazz d’une belle intensité.

Après un Venus Alice in Dub plus classique dans son approche downtempo et rappelant les sonorités indiennes de Big Calm de Morcheeba, Unfair Game et la voix mystique d’Olga Kouklaki obscurcit le paysage pour un résultat qui aurait pleinement eu sa place sur le dernier Trentemøller et qui brille par sa grâce. Olga Kouklaki est une belle découverte que je prendrai plaisir à retrouver dans le morceau final The Bond et son atmosphère angoissante. Passé un Yes Please, No Lord! dont l’ambiance free-jaz et les cuivres omniprésents me séduisent moins et me paraissent un peu datés, Aquarium Lovers brille par sa capacité à mettre en place un superbe tableau sonore évoquant les fonds marins, entre attraction et inquiétude. La deuxième partie du titre est particulièrement touchante avec une intensité grandissante digne des moments d’apaisement de Mogwai.

Globalement la fin de l’album me séduit un peu moins, la voix trop limpide et trop pop de Thomas Richet sur No Tether ne fonctionne pas pour moi et Blind Me n’est pas d’un intérêt vital. Heureusement, Motherspliff Connection vient distiller ses influences hip-hop pour un résultat d’une grande coolitude et me rappeler les sous-estimés Troublemakers (vite aller écouter leur album Doubts & Convictions) et Bob’s Ur Unkle aurait pleinement eu sa place sur A Grand Love Story par son pouvoir cinétique et son ambiance inquiétante.

Vous avez aimé A Grand Love Story et les différents albums de Kid Loco ? Vous pouvez foncer les yeux fermés. Pour les autres, ce The Rare Birds est une porte d’entrée de qualité pour découvrir la discographie d’un orfèvre des sons, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°50: Kyoto de HÆLOS (2019)

En cette veille de reprise, j’ai bien besoin d’un son chaud et réconfortant. Me laissant HAELOSglisser dans les méandres du trip-hop, je me retrouve à réécouter un album qui m’avait particulièrement séduit en début d’année, Any Random Kindness du groupe anglais HÆLOS. Le son est d’une limpidité évidente et, d’une manière presque anachronique, dévoile la renaissance du trip-hop. Pas de long discours ce soir mais juste un superbe Kyoto ( pendant parfait de l’ésotérique et aérien Alone In Kyoto d’Air) qui devrait vous évoquer Massive Attack et Elysian Fields par sa rythmique lancinante et la douce voix de Lotti Bernadout. Le titre a la capacité à lutter contre la torpeur par ses choeurs qui distillent avec parcimonie la sensualité du rock. C’est d’une simplicité désarmante particulièrement efficace et ça redonne une sacrée envie de réécouter l’album, enjoy!

Sylphe

Review n°39: Obverse de Trentemøller (2019)

Les vers tirés du « Spleen » de Baudelaire « Quand le ciel bas et lourd pèse comme unTrentemoller couvercle/ Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,/ Et que de l’horizon embrassant tout le cercle/ Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits; » ont une résonnance toute particulière actuellement avec cette météo d’une tristesse monolithique où la luminosité semble avoir été bannie, sans aucun espoir de retour. Dans ces situations, la musique s’impose souvent comme un havre de paix et l’on ne s’étonnera pas que le nouvel album Obverse de Trentemøller soit sorti en cette période automnale qui colle parfaitement à son univers.

Depuis de nombreuses années, je suis totalement acquis à la cause de l’électronica esthétique teintée de krautrock du danois Trentemøller et c’est plutôt surprenant que je n’ai jamais été amené à illustrer la rubrique des pépites intemporelles par ses grandioses pièces. Au milieu de ses multiples lives, participations et playlists, je ne peux que vous recommander chaudement l’écoute de ses quatre opus, The Last Resort (2006), Into The  Great Wide Yonder (2010), Lost (2013) et Fixion (2016). Afin de parfaitement percevoir son univers, sa compilation pour Late Night Tales de 2011 est juste sublime…

Que ce soit à travers cette pochette digne d’un test de Rorschach ou les clips des singles déjà sortis illustrés par un noir et blanc très froid, Trentemøller ne cherche pas à nous illusionner et c’est bien le côté face (obverse en anglais) empreint de mélancolie qu’il cherche à nous montrer… Le morceau d’ouverture Cold Comfort et ses 8 minutes majestueuses va ainsi d’emblée nous plonger dans un univers sombre où la douce voix de Rachel Goswell (Slowdive) apporte sa grâce et semble vouloir lutter face à des sonorités noisy étouffantes. Ce morceau n’est pas sans me rappeler l’univers âpre du Third de Portishead pour un résultat d’un esthétisme chirurgical.

Trentemøller fait incontestablement la part belle à des voix féminines en featuring mais sait aussi proposer des morceaux plus arides et plus durs d’abord où les divers synthés et drones prennent le pouvoir. Church Of Trees célèbre le pouvoir des machines avec ses synthés répétitifs et hypnotiques, sorte de Rencontre du troisième type du XXIème siècle qui vers la fin ferait les yeux doux à Boards of Canada. Cet aspect de l’album n’est pas forcément celui qui me séduit le plus et je dois reconnaître que j’aime les voix qui contrebalancent ces atmosphères oppressantes et sans concession. Foggy Figures prolongera le sillon de Church Of Trees dans sa volonté de donner le pouvoir aux synthés même si la rythmique uptempo sur les 2 dernières minutes donne une saveur plus rock assez savoureuse. Le morceau final Giants restera dans cette volonté de peindre des tableaux sans lumière et sans concession.

Revenons à ces morceaux illuminés par des voix féminines avec In The Garden Lina Tullgren se déploie avec majestuosité sur une ligne de basse obsédante, pour un résultat oscillant entre Interpol et The Dø. Néanmoins, je dois reconnaître que ce sont les morceaux avec Lisbet Fritze au chant qui me séduisent le plus. Blue September et sa voix hantée tiraillée entre beauté angélique et mystère anxyogène est ainsi d’une beauté à couper le souffle qui devrait séduire tous les fans – dont je suis! – de Soap&Skin. One Last Kiss To Remember fonctionne à merveille, quant à lui, grâce à son contraste entre des sonorités noisy et cette voix sortie d’outre-tombe (#Lisbetveuxtumepouser). Le dernier featuring mettra à l’honneur la voix  de jennylee de Warpaint pour un résultat plus rock aussi surprenant que séduisant dont la ligne de basse vous évoquera probablement Joy Division.

Les deux extrêmes de l’album se résument finalement dans le duo restant. A ma gauche, les 8 minutes de Trnt et son krautrock extatique très sombre pour un résultat cinétique à vous filer des frissons et à ma droite le sommet de l’album Sleeper qui nous donne une véritable leçon d’électronica suave et éthérée. Voilà en tout cas un tableau de Trentemøller qui a parfaitement sa place au milieu d’une galerie déjà riche de chefs d’oeuvre intemporels, enjoy!

Sylphe