Pépite du moment n°114: En famille de Florent Marchet (2022)

Il serait définitivement temps que je m’intéresse à la discographie de Florent Marchet… QueFlorent Marchet Garden Party j’aille me confronter à ses nombreuses musiques de films, que je réécoute ses albums (Rio Baril en 2007 et le dernier Bambi Galaxy en 2014 me viennent immédiatement en tête) ou que je lise son premier roman Le monde du vivant publié en 2020. Florent Marchet sortira son sixième album solo Garden Party le 10 juin prochain et, depuis quelques jours, je suis obsédé par un des titres qui en est extrait Paris-Nice… Ce titre sublime qui n’a qu’un lien bien secondaire avec la course cycliste est touchant d’humanité mais malheureusement je n’ai pas trouvé de vidéo de ce titre pour illustrer l’article – mon petit doigt me dit que ce ne sera que partie remise et que je risque bien de vous parler courant juin de Garden Party.

En fouinant, je me rends compte que plusieurs titres sont déjà sortis dont le dernier En famille le 12 mai et de nouveau, dès la première écoute, c’est bingo ! La voix feutrée de Florent Marchet et l’instrumentation subtile entre les claviers et la montée finale tout en cuivres permettent de parfaitement mettre en valeur la justesse et la pudeur des paroles qui traitent d’un sujet pourtant amplement rebattu : la famille. Florent Marchet traite de ces sempiternelles réunions de famille et souligne toute la complexité de la famille, à la fois nécessaire et constructrice de l’identité, mais aussi obstacle à l’émergence du vrai moi et source de frustrations fondamentales. Ce titre est un joli clin d’œil à la pièce de théâtre que j’étudie actuellement, Juste la fin du monde de Lagarce (pièce brillamment adaptée au cinéma par Xavier Dolan en 2014), qui révèle toute la difficulté de communiquer avec ses proches. Je ne peux que vous inviter à savourer ce En famille qui me donne une farouche envie d’écouter Garden Party, enjoy !

 

Sylphe

Review n°101: Wet Leg de Wet Leg (2022)

Quand tu prends le nom de Wet Leg et que ton premier titre -au passage un énorme carton-Wet Leg s’appelle Chaise Longue c’est que vraisemblablement tu as décidé de ne pas trop te prendre au sérieux et d’aborder l’aventure musicale avec légèreté. Rhian Teasdale, la voix principale, et Hester Chambers, la blonde plus introvertie, sont toutes les deux originaires de l’île de Wight -que nous plaçons tous les yeux fermés sur un planisphère bien sûr…- et viennent de faire une vraie entrée par effraction dans le monde de la musique indépendante. Tout commence donc en juillet 2021 avec la sortie de ce single punk jouissif Chaise Longue, la voix lancinante de Rhian Teasdale dont le charme anglais est imparable laisse place à un refrain jouissif porté par un riff de guitare aussi simple qu’évident. La litanie hypnotique autour de la chaise longue sur la fin témoigne de ce goût prononcé pour le second degré et il n’en faut guère plus pour que la toile se prenne de passion pour ce duo improbable.

Au moment d’enclencher la lecture de ce premier album éponyme, je n’ai pas d’attente particulière et presque plutôt la curiosité de voir où l’humour so british de Wet Leg a tenté de nous emmener… Le morceau d’ouverture Being In Love va nous donner des réponses rapides. En à peine deux minutes, sur la thématique ressassée de la souffrance en amour, le duo nous offre une belle leçon de pop débridée où le refrain tout en guitares contraste à merveille avec la nonchalance de la voix. Chaise Longue nous surprend ensuite toujours autant par son instantanéité presqu’un an après sa sortie initiale.

Angelica va alors jouer la carte de la surf music et de la coolitude assumée avec un refrain soyeux à souhait, j’ai l’impression d’entendre une version solaire et reposée de MGMT et je commence à me dire que les deux demoiselles ont décidément plus d’une corde à leur arc musical. Voilà en tout cas un tryptique initial assez excitant ! I Don’t Wanna Go Out creuse le sillon de cette surf music en se permettant de ralentir les rythmiques comme Air le faisait si bien dans la BO de Virgin Suicides entre autres pour une deuxième partie plus planante.

Wet Dream et ses connotations mutines pleinement assumées sous le voile du flegme britannique s’impose comme le deuxième single jouissif de l’album. Un sens inné de la mélodie et de ce genre de refrain addictif, l’humour décalé teinté d’une certaine provocation, tout fonctionne à merveille ! Après un Convincing qui m’évoque la sensualité de Goldfrapp et Loving You qui, sous des airs angéliques, exécute l’ancien amoureux en lui refusant une amitié factice, Ur Mom s’impose comme une version débridée de The XX qui aurait débauché Alison Goldfrapp au chant.

Une fois passée la rythmique plus saccadée et un brin agaçante de Oh No qui, pour moi, est le titre le plus faible de l’album dans cette envie punk un peu caricaturale, Piece of Shit introduit des sonorités électroniques judicieuses pour un résultat qui n’est pas sans rappeler l’univers de The Pixies auquel se serait greffé le démon de la pop. L’album tient la longueur de ses 36 minutes haut la main avec deux derniers titres séduisants : Supermarket flirte avec la tentation de la britpop et Too Late Now nous assène une belle montée rock finale digne de Clap Your Hands Say Yeah et ouvre un champ de possibilités infinies.

Voilà en tout cas un premier album de très grande qualité qui confirme que le buzz autour de Wet Leg est amplement mérité, ce Wet Leg a pris possession de mes futures playlists estivales et j’espère que nos deux Anglaises vont vite nous concocter une suite, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 2. Chaise Longue – 5. Wet Dream – 12. Too Late Now – 3. Angelica

 

Sylphe

Pépite du moment n°113: Reclaim Your Heart de Daniel Johns (2022)

Avant de vous parler de deux coups de coeurs récents -le premier album de Wet Leg et leDaniel Johns - FutureNever sixième opus d’Arcade Fire – je vais faire une excursion en terrain totalement inconnu pour moi avec ce titre de Daniel Johns tiré de son deuxième album solo, FutureNever. L’Australien s’est fait connaître à la fin des années 90 en tant que chanteur et guitariste du groupe de rock Silverchair (groupe dont je n’ai jamais croisé le chemin), depuis il a sorti son premier album solo Talk en 2015 et a collaboré avec Paul Mac (sous le nom de groupe The Dissociatives) sur deux albums. Désolé pour ce retour biographique mais je reconnais bien aimer connaître les origines musicales d’un artiste.

Ce FutureNever regorge de très beaux moments, en particulier dans sa deuxième partie riche en featurings féminins. Néanmoins, c’est bien le morceau d’ouverture Reclaim Your Heart qui me scotche littéralement à chaque écoute…Superbe voix grave qui t’enveloppe immédiatement par sa chaleur et sa propension à chercher les notes plus hautes à la manière d’Hayden Thorpe (le chanteur de Wild Beasts), violons soyeux en fond et explosion finale épique digne de Woodkid sublimée par un solo de guitare assez jouissif, en 4 minutes Daniel Johns me transperce le coeur à chaque fois. Juste savourer, enjoy !

 

Sylphe

Five Titles n°27: Never Let Me Go de Placebo (2022)

Certaines critiques musicales sur le dernier album de Placebo sont particulièrement âpres et j’avouePlacebo Never Let Me Go 2 avoir difficilement résisté à la tentation de commenter certains articles les traitant de papys qui mériteraient de prendre leur retraite… Ici à Five-Minutes notre ligne éditoriale (#payetonnompompeux) consiste à aborder essentiellement les artistes et albums qui trouvent grâce à nos oreilles -même si le plaisir n’est pas toujours total ou à la hauteur de nos attentes. L’offre musicale est tellement large que certains critiques feraient mieux de garder leur énergie pour de belles découvertes plutôt que de dézinguer sans argumenter. La nature humaine est particulière et se montre souvent plus habile lorsqu’il faut justifier une déception qu’un coup de coeur, du coup laminer Never Let Me Go, le huitième album de Placebo, ne relèverait-il finalement pas d’une certaine paresse intellectuelle? De mon côté je regrette évidemment le départ du batteur Steve Forrest en 2008 et constate que Battle for the Sun en 2009 et Loud Like Love en 2013 sont des albums mineurs d’une discographie que de nombreux groupes de rock envieraient. 9 ans après, je suis donc avant tout agréablement surpris que Brian Molko et Stefan Olsdal aient retrouvé l’envie d’enregistrer un album studio et je tente de ne pas avoir des espérances trop élevées, Without You I’m Nothing a déjà 30 ans faut-il le rappeler… 13 titres et 57 minutes plus tard, j’ai le sourire et ce Never Let Me Go est pour moi le meilleur album du groupe depuis qu’il est devenu duo. Certes, j’ai tout de même conscience des limites de l’opus : l’album est un peu trop long et la deuxième partie s’essouffle et se montre moins puissante. De plus, les prises de risque sont mesurées mais avais-je envie d’un véritable renouveau…?

Je vous propose 5 jolies pépites qui ne feront pas de vous des has-been parce que vous prenez encore du plaisir à écouter Placebo en 2022…

  1. Le morceau d’ouverture Forever Chemicals avec ses sonorités discordantes, sa batterie puissante et le chant lancinant de Brian Molko – dont la voix reconnaissable entre toutes demeure un argument de poids – fait preuve d’une belle énergie rock et lance l’album de manière solide.
  2. Le single Beautiful James qui inonde les dernières radios qui osent passer du rock fait bien le job avec ses influences plus électroniques. Pas foncièrement original, je suis tout de même happé par la belle intensité.
  3. The Prodigal est peut-être le morceau le plus original, porté par… ses cordes. Le résultat est un joli bijou d’émotions qui met à l’honneur un texte fort.
  4. Surrounded By Spies (dont j’avais déjà parlé par ici) fonctionne à merveille grâce à sa rythmique tout en tension et ses paroles obsédantes répétées deux fois.
  5. Twin Demons est le titre de la deuxième partie de l’album qui me séduit le plus. Du pur rock frontal avec une rythmique addictive.

Merci à Brian Molko et Stefan Olsdal de continuer à faire vivre leur son rock, sur ce je retourne réécouter la playlist de leurs meilleurs morceaux (à retrouver ici), enjoy!

 

Sylphe

Review n°99: Amen de Get Well Soon (2022)

Il est temps aujourd’hui de prendre des nouvelles d’un artiste qui me tient particulièrement àGet Well Soon Amen coeur, Konstantin Gropper, qui est la tête pensante des Allemands de Get Well Soon. Je ne reviendrai pas sur leur très riche carrière qui redonne ses lettres de noblesse à une pop baroque mâtinée de tendances électro assez romantiques mais leur premier album Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon possède une place de choix dans mon panthéon musical. Leur dernier album The Horror sorti en 2018 (et chroniqué par ici pour les curieux) jouait la carte de la sobriété pour un résultat assez grave qui m’avait moins séduit que l’excellent LOVE qui l’avait précédé. Alors qu’en est-il de ce sixième album studio?

A première vue la pochette semble mettre l’accent sur une ambiance plutôt pesante avec ce Amen apposé sur une tombe -peut-on raisonnablement parler d’une borne kilométrique? Le vinyle amène à s’interroger avec la présence d’un personnage mystérieux, un Mickey Mouse possédant trois yeux et des dents de vampire qui se montre souriant en prononçant Amen. Vous avez 4h pour analyser cet univers extrêmement coloré où le rose du costume de Konstantin Gropper a pris le pouvoir. Le morceau d’ouverture A Song For Myself va nous ramener d’emblée en terrain conquis avec une pop orchestrée de haut vol qui se marie à merveille avec la voix caverneuse, les cuivres sont omniprésents même si les synthés pointent le bout de leurs touches et les choeurs féminins donnent encore plus d’ampleur au titre. Voilà une ouverture classique mais bien inspirée. Une ouverture qui va contraster avec My Home Is My Heart qui affiche avec clarté un autre objectif principal de l’album: s’adresser aux corps et faire danser. La rythmique uptempo est jouissive et pop jusqu’au bout des ongles, les synthés prennent le pouvoir pour un résultat hybride entre la tension d’un Depeche Mode et l’intensité d’un Arcade Fire. Les références sont élevées mais le résultat est aussi surprenant -quand on connaît la gravité de Get Well Soon depuis les débuts – qu’enthousiasmant. Cette tendance à allier deux pôles opposés, la mélancolie de la pop baroque et le besoin de laisser s’exprimer les corps à travers des sonorités plus électroniques, est la clé de voûte de cet album. Même si cette dichotomie peut à juste titre déstabiliser, le résultat est assez brillant.

I Love Humans -on retrouve beaucoup de considérations philosophiques dans cet album composé pendant le confinement – prolonge l’intensité mélancolique de A Song For Myself dans un dialogue touchant entre le chanteur et les choeurs féminins, sublimé par ces cuivres toujours aussi désarmants. A peine le temps de contrôler les picotements au coin des yeux que This Is Your Life nous tire par la manche pour nous lancer dans une danse échevelée avec sa rythmique âpre obsédante. Ce morceau démontre la capacité de Konstantin Gropper à faire ce qu’il veut de sa voix en utilisant à bon escient ici sa sublime voix de tête. Le duo Our Best Hope / One For Your Workout résume finalement assez bien l’album: d’un côté le lyrisme assez épique qui fait mouche tant le talent d’interprétation de Konstantin Gropper est incontestable et de l’autre cette envie inédite de créer une bombinette électro imparable. La rythmique de One For Your Workout est juste jouissive et le morceau ouvre un champ de possibilités infini.

La première moitié de ce Amen est particulièrement aboutie et donnerait presque envie en ce 1er mai de filer poser un cierge de remerciement à l’église -euh non finalement, je vais me contenter d’acheter un brin de muguet. La deuxième partie prolonge le plaisir mais je dois reconnaître qu’il y a moins de moments très marquants. La pop ambient aquatique de Mantra, le funk de Chant & Disenchant ou la mélancolie dépouillée de Richard, Jeff And Elon nous amènent vers Us vs Evil qui illumine la deuxième partie de l’album. Morceau plus sombre porté par les percussions et des sonorités plus discordantes, son refrain n’est pas sans évoquer la puissance rock des Belges de Balthazar. Ce titre est en tout cas inclassable dans la discographie de Get Well Soon et c’est ce qui le rend encore plus jouissif. La pop baroque de Golden Days et le vent d’optimisme qui transporte le morceau final Accept Cookies permettent à ce Amen de finir de manière plus (trop?) classique.

Ce Amen nous permet de croire encore et toujours dans le talent de Get Well Soon qui a pris le risque de faire évoluer son univers pour déserter ponctuellement la pop baroque. Le résultat est brillant et donne envie de réécouter la discographie brillante d’un groupe qui mériterait une plus grande reconnaissance encore, enjoy!

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 6. One For Your Workout – 2. My Home Is My Heart – 10. Us vs Evil – 3. I Love Humans – 4. This Is Your Life

 

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°94: 100 Other Lovers de DeVotchKa (2011)

Voilà un album qui m’aura marqué et un groupe qui, à mon sens, n’a pas eu le succès qu’il auraitDeVotchKa 100 Lovers mérité. Comme son nom l’indique de manière si évidente, DeVotchKa (« jeune fille » en russe) est un groupe indé américain construit autour du chanteur Nick Urata… Leur quatrième album How It Ends reçoit un joli accueil critique et leur permettra de créer la BO de Little Miss Sunshine, road-movie émouvant et plein d’humanité qui dénonce avec subtilité la mode des concours de beauté pour les enfants aux Etats-Unis. Si vous avez envie de voir Paul Dano en adolescent torturé proche de l’autisme ou Toni Colette en mère prête à tout pour sa fille, vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire. J’aurais pu choisir pour cette chronique le titre How It Ends  qui est le sublime thème principal du film (sous le titre The Winner Is), titre qui aura été aussi choisi pour la publicité du jeu vidéo Gears of War 2 (oui, on est sur un tout autre registre je vous l’accorde) mais c’est bien le septième album 100 Lovers qui me désarme littéralement à chaque écoute…

Entre le morceau d’ouverture The Alley dont les premières minutes semblent tout droit sorties de la discographie de Sigur Ros, All the Sand in all the Sea dont les violons ne sont pas sans évoquer les premiers opus d’Arcade Fire et le rock balkanique The Common Good se trouve la pépite intemporelle du jour, 100 Other Lovers. Dans un univers plus fantasque à la Yeasayer, le morceau déroule son charme slave et la justesse de son orchestration tout en cordes. Un bijou parfait pour aborder la discographie de DeVotchKa, enjoy !

 

Sylphe

Review n°98: If Words Were Flowers de Curtis Harding (2021)

Au lendemain d’une soirée électorale quelque peu difficile qui confirme l’inéluctable montée enCurtis Harding If Words Were Flowers puissance des extrêmes et de ce spectre de la peur qui alimente le racisme, le besoin de la musique-refuge se fait profondément ressentir… Cela fait plusieurs mois que je suis obsédé par un titre rencontré au gré du hasard des playlists, Can’t Hide It pour ne pas le citer, single de power-pop imparable mâtinée de soul qui me file une sacrée patate digne de l’explosion positive qui m’anime à écouter un Crazy de Gnarls Barkley. Je ne connais pas du tout son interprète originaire d’Atlanta, Curtis Harding, un ancien choriste de CeeLo Green, qui a déjà sorti deux albums, Soul Power en 2014 et Face Your Fear en 2017. La soul n’est pas mon domaine d’écoute et encore moins d’écriture (si tant est que je possèderai vraiment un domaine d’écriture) mais je ne peux pas laisser passer ce troisième opus sorti en novembre dernier If Words Were Flowers tant il me fait chaud au coeur, et la chaleur humaine fait clairement défaut quand on voit les résultats de l’extrême-droite… Oublions cette politique pour le moins nauséabonde et saisissons la main tendue pleine d’espoir de Curtis Harding qui continue à donner toutes ses lettres de noblesses à la soul-music en 2022.

Le morceau d’ouverture If Words Were Flowers met d’emblée en avant les cuivres qui se verront utilisés toujours à juste titre dans l’album. La mélodie de la trompette, la rythmique soul et les choeurs dignes d’Harlem nous offrent un premier instant de poésie apaisée, pour le seul morceau de l’opus où Curtis Harding ne chante pas. Hopeful nous ramène alors davantage sur les traces de la Motown avec son chant engagé à la Curtis Mayfield, les choeurs ne cessant de nous inviter à l’optimisme et les cordes qui viennent s’inviter avec justesse avant la guitare électrique finale. Ce morceau réussit le tour de passe-passe de reprendre les codes de la soul-music des années 60/70 tout en restant résolument moderne. Passée l’incandescente déclaration d’amour Can’t Hide It qui mérite de trôner dans toutes les meilleures playlists, With You nous ramène vers la douceur downtempo avec une véritable ode à la sensualité sublimée par la voix de Sasami Ashworth.

Explore démontre l’amplitude vocale hallucinante de Curtis Harding et lance une deuxième partie d’album très puissante. Entre le phrasé plus hip-hop de Where’s The Love qui contraste à merveille avec le refrain cuivré, la sensualité soul de The One qui semble ressusciter le Curtis qu’on ne présente plus et le bijou So low qui sublime le topos du chagrin d’amour en se permettant d’utiliser avec brio l’auto-tune, je ne sais plus à quel saint me vouer et j’ai envie de me réécouter en boucle la BO de Shaft et d’enfiler un cuir de justicier. La soul mid-tempo de Forever More qui montre la facilité de Curtis Harding à tutoyer les sommets vocaux et l’intemporel  It’s A Wonder qui donne l’impression que Balthazar a momentanément déposé les guitares électriques nous amènent vers le brillant morceau final I Won’t Let You Down, ode célèbrant la puissance de l’amour tout en dessinant les contours de la soul du XXIème siècle. Curtis Harding vient de faire une entrée tonitruante dans mon ADN musical avec ce sublime If Words Were Flowers, j’aurais bien été égoïste de garder cela pour moi, enjoy !

 

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 3. Can’t Hide It – 8. So Low – 11. I Won’t Let You Down – 4. With You

 

Sylphe

Review n°96: Reborn de Kavinsky (2022)

9 ans, il aura bien fallu attendre 9 longues années pour que Vincent Belorgey, alias Kavinsky, Kavinsky Rebornarrive à donner un successeur à son premier opus, OutRun. Comme beaucoup, je me suis fait happer par la BO de Drive et son titre-phare si emblématique du film Nightcall (dont j’ai déjà parlé par ici pour les curieux) qui a apporté un succès aussi intense qu’annihilant pour la suite de la carrière de Kavinsky. Il aura fallu attendre 3 ans après la sortie de Drive pour le premier opus OutRun qui, à l’époque, m’avait certes séduit mais pas complètement retourné (même si un bon Roadgame me donne toujours autant envie de mordre la vie à pleines dents avec son souffle épique purement jouissif). 9 ans en musique c’est sacrément long -espérons que nous n’attendrons pas 27 ans pour le prochain – et j’ai de plus en plus l’impression que Kavinsky a malheureusement raté le coche pour décrocher la lune. Passé derrière les intouchables Daft Punk, grillé sur la ligne d’arrivée par le succès instantané du duo Justice et pillé par le plus mainstream The Weeknd, il s’adresse désormais à un public plus restreint et nostalgique du son des années 80 qui aime sa patte électronique, tout comme il savoure le son plus brut de Carpenter Brut. Je suis ce public et ce Reborn est une excellente nouvelle pour moi !

Autant se dire les choses en toute franchise, le début de l’album est plutôt laborieux. Pulsar et ses pulsations cardiaques en fond ne brille pas par son inventivité, sa débauche de synthés rappelle certes le potentiel cinétique de Kavinsky mais j’ai l’impression d’écouter une face D de Daft Punk. La production de Gaspard Augé et de Victor Le Masne (Housse de Racket) se fait davantage ressentir sur Reborn qui, pour le clin d’oeil, fait appel à Romuald Lauverjon qui chantait déjà sur Woman de Justice. Très axé électro-pop -marque de fabrique de l’album – le titre peine à décoller. Renegade avec Cautious Clay au chant fonctionne davantage dans cette veine électro-pop avec un refrain qui fonctionne à merveille pour un résultat hybride entre The Shoes et The Weeknd.

Heureusement le duo Trigger/ Goodbye va entrer en scène de manière magistrale. A ma gauche Trigger et ce son électro percutant anxyogène tout droit sorti d’Escapades de Gaspard Augé qui me hérisse le poil, à ma droite le bijou de douceur électronique mélancolique Goodbye sublimé par le chant de l’inusable Sébastien Tellier, époque La Ritournelle. Ce Goodbye me désarme littéralement par sa simplicité et sa pureté… Plasma nous ramène ensuite de nouveau sur les terres de l’électro-pop et Morgan Phalen, le chanteur de Diamond Nights, n’a franchement rien à envier à The Weeknd et démontre une belle énergie communicative. On le retrouvera sur le plus oppressant Vigilante et sa rythmique angoissante pour un morceau qui m’évoque le souffre d’Algiers ainsi que sur l’excellent Zenith où sa voix se marie à merveille avec la voix vocodée à mort de Prudence (ex moitié de The Dø) dans un morceau qui prend le risque de balancer du saxo.

Vous rajoutez l’électro-pop de Cameo et la voix convaincante de Kareen Lomax (déjà entendue dans ses collaborations avec Diplo), le son plus sombre de Zombie (en même temps tu n’imagines pas un titre de pop solaire s’appeler Zombie…), la douceur estampillée Air d’Outsider qui fait écho à Goodbye et l’inclassable Horizon final (ce serait vraisemblablement la voix de Thomas Mars de Phoenix passée à la moulinette du vocoder) et vous obtenez un album qui tient assez bien la route. Kavinsky restera un outsider que je prendrai plaisir à réécouter régulièrement, ce Reborn sans être transcendant regorge de beaux moments, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 5. Goodbye – 4. Trigger – 8. Zenith – 6. Plasma

 

Sylphe

Review n°95: As I Try Not To Fall Apart de White Lies (2022)

Au moment d’écouter ce sixième opus des Anglais de White Lies, ce serait vous mentir que White Lies As I Try Not To Fall Apartd’insister sur mes grandes attentes. Après un premier opus brillant que je vous recommande chaudement, To Lose My Life… en 2009, nos chemins ne se sont presque plus croisés et c’est par le plus pur des hasards que je suis tombé sur ce As I Try Not To Fall Apart dont la pochette m’a fait penser à un vieil album de Coldplay. Oui, lecteur perdu en cette contrée, tu te soucies assez peu de toutes ces considérations et te doutes bien de la venue du célèbre dicton : Pas de vraie attente, mais de fortes chances que tu y plantes ta tente. (#desoleLaFontaine)

Nous retrouvons Ed Buller à la production, la voix sombre et puissante de Harry McVeigh, ce rock entêtant qui est né sur les plaines venteuses de Joy Division pour évoquer désormais davantage Depeche Mode ou Poni Hoax, si on cherche une référence française. Cet album, et en particulier la première partie, file une belle claque salvatrice et jouissive. Le morceau d’ouverture Am I Really Going To Die? qui aborde le thème central de l’album la mort, frappe fort avec ses synthés, ses sonorités urbaines et la déflagration électrique qui parcourt le titre. L’impression que Nicolas Ker aurait abandonné les étoiles pour un dernier baroud d’honneur. As I Try Not To Fall Apart prolonge le plaisir dans une version un peu plus pop-rock et plus lisse avant le tourmenté Breathe. J’aime le contraste entre une instrumentation presque contemplative et volontiers apaisée avant ce refrain rock qui donne du caractère au titre. Le rock puissant digne d’Editors de I Don’t Want To Go To Mars et les synthés omniprésents de Step Outside soulignent toute la palette de White Lies qui réalise une première partie d’album de très haut vol.

La deuxième partie de l’album reste cohérente et garde sa ligne directrice d’un son qui se veut frontal, même si je peux regretter la présence d’un titre imparable. Roll December fait preuve d’une belle intensité et surprend par sa montée finale extatique, le début de The End lorgnerait presque sur l’electronica alors que There Is No Cure For It clot avec beauté l’album , le thème de la mort fermant la boucle. Ce sixième album de White Lies est en tout cas une bien belle réussite et je ne vous mens pas, enjoy !

 

 

Sylphe

Pépite du moment n°111: The Lightning I, II d’Arcade Fire (2022)

Une année où est prévu un nouvel album d’Arcade Fire, à savoir WE qui sortira dans les bacs le 6Arcade Fire WE mai prochain, est forcément une belle année musicale. La troupe formée autour de Win Butler et Régine Chassagne trône au sommet de mon panthéon, même s’il faut reconnaître que le dernier album Everything Now (4 ans déjà) montrait quelques signes d’essoufflement… La formation canadienne semble être à un tournant de sa carrière, le frère Will Butler qui s’épanouit dans sa carrière solo (relire par ici la chronique de son sublime dernier album Generations) vient tout juste d’annoncer qu’il arrêtait l’aventure Arcade Fire. Ce premier extrait The Lightning I, II ne demande bien sûr qu’à être scruté à la loupe pour percevoir les grandes lignes de WE. Le morceau se compose de deux parties claires et distinctes : une entame pop assez posée où on retrouve avec plaisir la voix envoûtante de Will Butler qui, s’il semble se revisiter capillairement parlant, n’a rien perdu de sa superbe vocale et une deuxième partie enlevée où le souffle épique (au propre comme au figuré à la vue du clip) vient traverser avec brio le morceau. Plus qu’à attendre le 6 mai désormais, et ça va être long, enjoy !

 

Sylphe