Five Titles n°21: Rone & Friends de Rone (2021)

Il était temps de réparer une injustice de ce blog avec l’absence d’un article sur Erwan Castex, alias Rone. JeRone & Friends suis admiratif depuis de très nombreuses années de la production artistique du français qui nous offre une électro inventive et hédoniste. Je serais bien présomptueux de vouloir vous résumer la carrière de ce dernier ici mais je ne peux que vous inviter à aller écouter les albums Tohu Bohu (2012) ou Mirapolis (2017) entre autres… L’année dernière, Rone a mené un projet fort autour de son très riche dernier album Room with a View qui aurait amplement mérité de figurer ici: monter un ballet avec le collectif d’une vingtaine de danseurs (La) Horde sur la scène du théâtre du Châtelet. Ce spectacle qui traitait d’urgence climatique a malheureusement dû rapidement se stopper, la faute à vous savez quoi… Afin de lutter face au désoeuvrement et la solitude du confinement, Rone a fait appel à des amis ô combien prestigieux pour créer cet album sobrement nommé Rone & Friends. Peu d’artistes sont capables de réunir un tel panthéon qui va de l’écrivain et compagnon de toujours Alain Damasio au brillant Dominique A, en passant par la nouvelle scène française (Odezenne, Flavien Berger, Camelia Jordana) ou des valeurs sûres au-delà de nos frontières (Yael Naim, Georgia, Casper Clausen, Mélissa Laveaux, Roya Arab). Le résultat, en lien direct avec Room with a View, est d’une grande homogénéité dans la volonté de proposer une électro douce et propice à la rêverie, une électro nappée d’une grande humilité dans son désir de mettre en avant les différents artistes venus mettre leurs mots au service de la musique de Rone. Choisir c’est renoncer mais j’aime ce jeu de dégager 5 titres qui m’ont encore plus touché… Bien sûr, j’aurais pu sélectionner la douceur de Georgia sur Waves of Devotion qui reprend le Gingko Balboa de Room with a View ou la beauté des textes et des voix de Jehnny Beth, Laura Etchegoyhen et Yael Naim sur Et le jour commence, L’orage et Breathe In. Ou encore la savoureuse électro-pop fantasque de Flavien Berger sur Polichinelle. Ou encore m’offrir un instant de nostalgie en savourant le grain de Roya Arab (qui est la voix principale du Londinium d’Archive) sur Twenty 20. Vous voyez bien que je triche alors je m’arrête pour vous proposer ces 5 pépites…

  1. Le morceau d’ouverture Sot-L’y-Laisse, reprise du titre Room with a View, frappe fort, porté par le flow uptempo d’Odezenne. L’urgence du texte et l’explosion électro finale se marient à merveille pour un uppercut sonore qui fait vaciller de plaisir.
  2. A l’errance n’en finit plus de montrer le pouvoir d’interprète de Dominique A… Je pense que je serais capable d’acheter un album où ce dernier se contenterait de lire un dictionnaire… Je vous rassure, on est très loin du dico avec cette ode à la liberté où la grâce poétique de Dominique A fait humblement mouche.
  3. Un qui s’appuie sur un duo de voix inédit Damasio et Mood, associe avec subtilité une électro majestueuse à un texte d’une grande sensualité. Mention spéciale à Mood que je ne connaissais pas et qui m’a rappelé le timbre de Laura Smet sur Un verre à la main de Grand Corps Malade. Un hymne à l’amour imparable.
  4. La Nuit venue confirme de son côté le talent de Camelia Jordana qui est littéralement en train de rentrer dans une autre sphère. Un morceau qui se veut aussi dépouillé que les corps la nuit, sublime de simplicité.
  5. Closer reprend enfin brillamment le Human de Room with a View. Porté par le timbre en or du chanteur d’Efterklang, Casper Clausen, une montée en tension électro inarrêtable et le spoken-word de Melissa Laveaux, ce morceau brilla par sa richesse.

Je crois que vous savez désormais ce que vous allez écouter aujourd’hui, enjoy!

 

Sylphe

Review n°78: Distractions de Tindersticks (2021)

Tindersticks vieillit comme le bon vin et j’ai pris le temps de savourer les différentes saveurs de ce treizième opus Distractions sorti en février avant de vous en partager les douces et intenses effluves. Le dernier opus No Treasure But Hope sorti en 2019 ne nous avait déjà pas déçus à Five-Minutes, porté entre autres par le sublime morceau inaugural For The Beauty dont j’avais brièvement parlé par ici. Toujours produit sur le label City Slang avec le duo Stuart Staples/ Dan McKinna à l’écriture, l’album est composé de 7 titres seulement dont 3 reprises mais 7 véritables petits bijoux qui pour certains surprendront les fans de la première heure.

En termes de surprise, le morceau d’ouverture Man Alone (Can’t Stop the Fadin’) remporte toutes les palmes de la gloire… D’une durée inhabituelle -11 minutes tout de même, soit le temps moyen pour voir planter un cours du CNED en ligne la semaine dernière, le morceau s’appuie sur une ligne de basse oppressante et la voix de baryton de Stuart Staples. Le chant sépulcral s’infiltre comme un mantra en nous, flirtant avec les frontières de l’audible à son paroxysme au bout de 4 minutes avec les bruits discordants en fond (belle litanie de klaxons). On se laisse cependant facilement envelopper par cette virée nocturne solitaire et cette pluie apaisante, comme si Tricky avait décidé de se mettre au chant… Voilà en tout cas un morceau aux saveurs électroniques particulièrement marquant dans la discographie de Tindersticks, morceau dont on ne sort pas indemnes. Il nous faudra bien le chuchotement du chant de I Imagine You pour se remettre de ce climat anxyogène, la douceur et la poésie du texte nous emportant vers l’évocation d’un fantôme désormais heureux après avoir fui notre monde si complexe, « I imagine reaching for you, touching you/ But not with tears / With the beauty of every day/ Over and over« 

Tindersticks va ensuite s’attaquer au Harvest de Neil Young en reprenant le sublime titre A Man Needs a Maid. Le piano et les cordes initiales laissent place à une version plus électronique où la voix de Stuart Staples évoque David Bowie. La chanteuse de Swing Out Sister, Gina Foster, apporte avec justesse la douceur de sa voix pour un résultat aux frontières de la pop sur la fin et d’un trip-hop à la Morcheeba. Après des débuts mitigés par rapport au titre de Neil Young, ce A Man Needs a Maid fait finalement ses preuves dans sa deuxième partie. Lady with the Braid prolonge le plaisir des covers en reprenant un titre aux influences country de Dory Previn, ce morceau est plus classique et attendu avec une utilisation subtile des cordes en fond.

C’est au morceau You’ll Have To Scream Louder que revient le mérite de refermer le trio de covers. Partant des origines post-punk de TV Personalities, le titre met en avant une guitare plus lumineuse tout en contraste avec des paroles très sombres en adéquation totale avec l’état de notre société actuelle, « I’ve got no respect for/ These people in power/ They make their decisions/ From their ivory towers / And I feel the hatred / It’s growing inside / And there’s nowhere to run to / ‘Cause there’s nowhere to hide ». Tindersticks vient ensuite prendre la langue de Molière à bras le corps avec Tue-moi, sobrement accompagné par un piano qui laisse les paroles pleines d’émotion prendre la lumière. Le résultat qui fait allusion aux attentats du Bataclan touche particulièrement par sa justesse et sa retenue. L’album se clot sur The Bough Bends, un nouveau titre riche en inventions, écho à Man Alone (Can’t Stop the Fadin’), d’une belle douceur. Après un départ bucolique avec des chants d’oiseaux, un mellotron champêtre et des paroles égrénées en spoken-word, cette voix d’or noir qui s’appuie sur un texte un brin mystérieux prend le pouvoir et permet au titre de gagner en intensité. Ce Distractions, sans forcément atteindre au sublime, réchauffe les coeurs et témoigne toujours de la puissance créatrice qui anime Tindersticks 28 ans après leur premier album, enjoy!

 

 
Sylphe

Pépite intemporelle n°75: Hollow Talk de Choir Of Young Believers (2008)

Pour fêter ces vacances scolaires (youhou, 10 kms, youhou…), je vous propose un nouveau titre qui entretient un rapport avec une série vue sur Arte. Après En Thérapie qui m’avait donné envie de me replonger dans la discographie de Yuksek, c’est la très recommandable série suédo-danoise The Bridge (qui sera plus tard adaptée dans une version franco-britannique The Tunnel) et son sublime générique qui m’ont amené à découvrir un groupe danois qui m’était totalement inconnu Choir Of Young Believers (non, non ce n’est pas du rock évangélique). Formé autour du compositeur/chanteur/guitariste Jannis Noya Makrigiannis (oui le gars doit avoir des origines grecques assez incontestablement), ce groupe a sorti 3 albums studio dont le dernier Grasque en 2016.  Ce soir, c’est leur premier album This Is for the White in Your Eyes sorti en 2008 qui m’intéresse et plus particulièrement le morceau d’ouverture Hollow Talk. Ce morceau colle à merveille avec l’univers anxyogène et nocturne de The Bridge et s’inscrit dans une belle lignée de génériques quasi-parfaits (je suis le seul à penser directement à Game of Thrones?). Morceau d’une grande douceur où le violoncelle accompagne avec grâce la voix pleine d’émotion de Makrigiannis, le titre nage avec humilité dans les eaux troubles. Il sait cependant se faire plus incisif sans renier ses émotions inaugurales avec cette batterie judicieuse, la montée est imparable et désarme les derniers récalcitrants. Après Agnes Obel et Trentemoller, Choir Of Young Believers vient en toute simplicité prendre sa place au milieu de mon panthéon des artistes danois, enjoy!

Une version studio et une version live avec une belle explosion finale vous attendent désormais parce qu’à Five-Minutes on est généreux!

 

Sylphe

Review n°76: New Fragility de Clap Your Hands Say Yeah (2021)

Voilà un album marquant de ce premier tiers de l’année 2021 en approche… En 2005, vous avez dû être submergés, tout comme moi, par la vague de fraîcheur indie-rock d’un album autoproduit sans titre d’un groupe au nom à rallonge Clap Your Hands Say Yeah. Porté en particulier par la voix nasillarde et prenante du chanteur Alec Ounsworth ainsi qu’une instrumentation animée d’un souffle énergisant, des titres comme Over and over Again (Lost and Found) ou The Skin of My Yellow Country Teeth se sont irrémédiablement incrustés dans mon ADN musical. On était en droit d’imaginer pour ces Américains issus de New-York une carrière à la Arcade Fire tant les promesses initiales de ce premier opus laissaient augurer le meilleur… mais les opus suivants Some Loud Thunder en 2007 et Hysterical en 2011 ne retrouvèrent pas le souffle des débuts. En 2012, le groupe se sépara et seul le chanteur Alec Ounsworth fait désormais vivre le groupe CYHSY avec deux albums Only Run en 2014 et The Tourist en 2017 que j’ai littéralement ratés. Au moment d’écouter ce New Fragility, je suis donc animé par une simple curiosité polie teintée d’une douce nostalgie, peut-être le meilleur état d’esprit pour se faire cueillir… Le constat est d’une simplicité imparable, je bénis les Dieux de la musique qui ont donné envie à Alec Ounsworth de prolonger l’aventure CYHSY, tant ce New Fragility, produit par John Agnello (Dinosaur Jr, Kurt Vile) est un bijou introspectif loin des explosions colorées des débuts.

Dès le morceau d’ouverture Hesitating Nation qui fait un bilan amer des Etats-Unis post Trump, on comprend que le message va être plus engagé. Je retrouve avec plaisir la voix nasillarde d’Alec dans un chant uptempo séduisant avec cette tension sous-jacente qui ne va pas cesser de monter tout au long du morceau. Thousand Oaks, titre faisant référence à une fusillade en 2018 dans un « Bar & Grill » de Thousand Oaks en Californie, dresse ensuite un constat pessimiste sur la montée de la violence et la difficulté de la contrecarrer « And we’re reasoning with messengers/ Who try to pass for grown men »… La batterie donne une ambiance rock à l’ensemble et je me surprends à penser au dernier album de The Killers car j’y retrouve cette même intensité. La ballade plus dépouillée Dee, Forgiven, qui s’appuie sur un piano et un harmonica d’une grande justesse favorise l’introspection même si je trouve que le chant tombe un peu trop dans le pathos. Le morceau éponyme New Fragility (oui ça ressemble fort à un pléonasme) m’évoque l’univers de The Cure et brille par la force de son refrain. C’est au précieux Innocent Weight que revient la chance de clore cette première partie de l’album particulièrement belle, sublimé par un violon qu’on croirait tout droit sorti d’un album d’Owen Pallett pour un résultat d’une grande grâce.

La deuxième partie de l’album est plus homogène et tend davantage vers l’introspection comme l’illustre si bien la ballade piano/voix Mirror Song. CYHSY, 2005 et ses violons ainsi que If I Were More Like Jesus et son étonnante reverb continueront à creuser ce sillon, avec une originalité moindre. Je préfère retenir la guitare folk et l’univers digne de Ray Lamontagne de Where They Perform Miracles mais surtout le bijou Went Looking For Trouble… On a l’impression d’accéder au lyrisme d’un Thom Yorke à travers un univers instrumental très riche et insaisissable où les violons jouent un rôle central, le genre de morceau qui montre qu’Alec Ounsworth a encore beaucoup à nous offrir.

Tu es déprimé parce que tu viens de t’enfiler tout le chocolat offert pour Pâques alors qu’il te reste 3 semaines à tirer pour le sacrosaint confinement? J’ai ce qu’il te faut, enfin Clap Your Hands Say Yeah plutôt, enjoy!

 

Sylphe

Five Titles n°20: Humor de Russell Louder (2021)

Découverte totale au programme en cette fin de weekend ensoleillé…. Russell Louder, signé(e) chez LisbonRussell Louder Lux Records, est originaire de l’Ile du Prince-Edouard et vit désormais à Montréal. Son premier opus Humor vient de sortir avec ses 9 titres pour une petite trentaine de minutes mais il n’en faut pas plus long pour prendre conscience que l’on tient ici une vraie voix et un univers dans lequel on a envie de se poser. Concernant l’univers instrumental, il est teinté d’électro rappelant le trip-hop sensuel des premiers albums de Goldfrapp, les synthés et la boîte à rythmes tenant une place importante même si la guitare fait une apparition remarquée sur la fin de l’album. On retrouve rapidement la filiation avec des artistes comme Florence and the Machine ou Austra mais ce qui m’a tout de suite désarmé c’est cette voix qui m’a paru instantanément familière. Une voix puissante et chaude qui m’évoque Annie Lennox de Eurythmics, alliant la puissance plus contenue d’une Beth Ditto à l’émotion d’une Jeanne Added. Je vous propose cinq titres qui vous donneront un bref aperçu de l’univers de notre Canadien(enne) [l’artiste est transgenre, d’où le masculin et le féminin qui se marient, mais j’ai envie de dire que le talent n’a pas de sexe ici].

  1. Le morceau d’ouverture Home est celui qui m’évoque le plus l’univers de Goldfrapp à qui je voue un vrai attachement. Des sonorités électro downtempo et un brin bruitistes, une voix puissante qui nous enveloppe langoureusement et qui prend le dessus sur les synthés, on savoure cette réminiscence du trip-hop qui arrive 20 ans plus tard.
  2. Après le traitement de la voix digne de Jeanne Added dans Cost of Living, Light of the Moon confirme que la voix de Russell Louder mérite d’être au centre de tout. Le groove du titre est imparable tant au niveau de la voix que des synthés. Morceau aussi brillant que la lumière de la lune…
  3. Vow est, quant à lui, porté par sa ligne rythmique et sa boîte à rythmes épileptique qui n’arrive pas à destabiliser la puissance tranquille de la voix de Russell Louder. Ce premier opus surprend véritablement tant la voix fait preuve d’une maturité hallucinante.
  4. Hello Stranger brille de son côté par son univers électronique qui me ferait penser à une formule extravertie et quasi-pop de The XX et par la douceur cristalline de la voix. Ce titre démontre tout le potentiel à faire bouger les corps.
  5. Je finirai avec Know the Game qui fait preuve d’un certain dépouillement pour un résultat empreint d’émotions.

On ne tombe pas tous les jours amoureux d’une voix dès un premier album, malheureusement ou plutôt heureusement, et Russell Louder, avec une retenue charmante, vient de me retourner en 30 petites minutes. Et vous, si vous preniez le risque d’être touché(e)s? Enjoy!

 

Sylphe

Pépite du moment n°83: Ride Or Die de Boys Noize & Kelsey Lu feat. Chilly Gonzales (2021)

Attention claque sonore et graphique en approche…Le trio à l’origine de ce morceau nous inspire déjà une totale confiance avec le producteur électronique Boys Noize, la violoncelliste et vocaliste Kelsey Lu, ainsi que l’inclassable et brillant Chilly Gonzales. Trois artistes que je vous invite d’emblée à aller (ré)écouter mais aujourd’hui c’est bien leur collaboration qui nous réunit. Tout part d’une mélodie jouée par Chilly Gonzales sur un clavecin particulier, une épinette, sur laquelle vient se poser la belle voix de Kelsey Lu, entre douceur et distorsion. Le début pop se déploie avec majestuosité quand une tension sous-jacente entre en jeu… Les machines font monter le morceau en tension et la fin électro de Boys Noize emmène le titre vers des contrées inattendues. L’ensemble est brillant et d’une grande homogénéité, d’un grand pouvoir cinétique, ce que confirme le brillant clip produit par le studio Art Camp. Je l’ai découvert il y a quelques heures et je ne peux déjà plus m’en passer, vous tentez l’expérience? Enjoy!

 

Sylphe

Five Titles n°19: Yol d’Altin Gün (2021)

Voyageons aujourd’hui vers les sonorités orientales d’Altin Gün (âge d’or en turc) qui, comme son nom l’indique peu, Altin Günest un groupe néerlandais. Même s’ils se plaisent à rappeler qu’un seul membre du sextuor est d’origine turque, le groupe créée par des collaborateurs de Jacco Gardner s’inspire pleinement des sonorités orientales et le saz (sorte de luth) tient une place centrale dans les deux premiers albums On en 2018 et Gece en 2019. Certes les voix de Merve Dasdemir et Erdinç Ecevit Yıldız me séduisent mais je dois reconnaître que ces deux premiers albums ne me touchent pas plus que ça, même si je reconnais leur cohérence. Du coup, je n’ai pas particulièrement d’attente en écoutant ce troisième opus Yol et je suis juste curieux de voir l’évolution du son d’Altin Gün. Certes, on retrouve cette langue turque aux accents chantants et les influences orientales mais quelle évolution et ouverture vers une synthpop 80’s qui me séduit pleinement. La curiosité polie laisse ainsi place à un vrai plaisir, ce Yol est brillant et fait parfaitement le lien entre Orient et Occident, tel une Istanbul placée sur le détroit du Bosphore entre Europe et Asie. Je vous propose de découvrir 5 titres marquants de ce Yol (route en turc), qui vous permettront de voyager.

 

  1. Ordunun Dereleri, après les trente secondes du morceau d’ouverture, frappe fort et révèle d’emblée la révolution sonore. Sur fond de circulation automobile, un synthé puissant vient prendre le pouvoir et marteler avec une certaine douceur le titre. La voix de Erdinç Ecevit Yıldız apporte sa grâce pour un résultat de synthpop séduisant et entraînant où les gimmicks sonores s’épanouissent en fond.
  2. Yüce Dağ Başinda joue de son côté la carte de la pop à fond. Les synthés sont omniprésents (j’y ai reconnu des sons présents chez Gorillaz …) et la voix de Merve Dasdemir porte le titre pour un résultat d’une grande spontanéité particulièrement communicative.
  3. Une guitare d’une grande justesse et des synthés? J’ai ce qu’il vous faut avec Kara Toprak qui est sublimé par la voix de Merve Dasdemir. Je dois reconnaître que mes mots peinent à retranscrire mon plaisir d’écoute et je ne peux que vous inviter à me faire confiance…
  4. Maçka Yollari rappelle, quant à lui, l’univers des deux premiers albums. Le saz est omniprésent mais le contraste avec la boîte à rythmes lui donne encore plus de poids et le voyage est garanti. Ce morceau me donne une furieuse envie de danser dans mon salon.
  5. Le morceau final Esmerim Güzelim clot l’album avec douceur par un jeu subtil de ruptures de rythme et un vent pop qui souffle avec justesse.

C’est avec une certaine frustration que je finis cette brève chronique qui ne rend pas assez honneur à ce Yol, je compte sur vous pour que votre plaisir d’écoute compense tout, enjoy!

 

 

 

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°74: Always On The Run de Yuksek (2011)

Et tout est parti d’un générique de série qui me déçoit…Je m’explique. J’ai depuis peu cédé à la tentation de regarder la série En thérapie qui est véritablement brillante, porté par la performance magistrale de Frédéric Pierrot (déjà touchant de sincérité dans Polisse) et de tous les autres comédiens, Mélanie Thierry en tête. Je ne peux que vous inviter à savourer le travail d’Eric Toledano et Olivier Nakache qui ne nous déçoivent jamais dans leur approche de l’humanité et ses fragilités. Le bémol minime, me concernant, c’est ce générique et la musique qui l’accompagne qui peinent à me convaincre, et ceci est un doux euphémisme. Je suis d’autant plus déçu que ce générique est l’oeuvre d’un artiste que j’apprécie particulièrement, Yuksek. Du coup, j’ai eu envie de contrebalancer cette « déception » en me replongeant dans les premiers albums du Rémois de naissance, Away From The Sea (2009) et Living on the Edge of  Time (2011)… De nombreuses pépites électro-pop jalonnent ces deux petits bijoux d’une grande instantanéité et le choix d’un titre n’a pas été aisé. J’espère que la pépite du jour, en l’occurrence le morceau d’ouverture de Living on the Edge of Time à savoir le susnommé (non, non, ce n’est pas une insulte) Always On The Run, vous donnera envie de parcourir les albums. Des synthés obsédants qui ne sont pas sans rappeler ceux de leurs potes rémois de The Shoes, un refrain addictif qui gicle littéralement, un intermède digne de Justice au niveau des voix, une électricité sous-jacente que ne renierait pas Birdy Nam Nam et ce clip brillant dont la chute est particulièrement inattendue suffisent à me donner le sourire. Et vous, si vous écoutiez les premiers albums de Yuksek ? Voilà une thérapie qui porte rapidement ses fruits, enjoy!

 

Sylphe

Review n°75: Sand de Balthazar (2021)

Une solution face au blues du dimanche soir? J’ai ce qu’il vous faut avec le cinquième opus des Belges deBalthazar Sand Balthazar, Sand, sorti le 26 février dernier. J’avoue avec sincérité avoir découvert ce groupe formé autour du duo Maarten Devoldere / Jinte Deprez assez tardivement mais je reste sous le charme du dernier album Fever, chroniqué par ici. Deux ans plus tard, nous arrive donc cette créature pour le moins surprenante et mystérieuse, espèce d’Alf 2.0 ou personne déprimée car le couvre-feu vient de lui ruiner sa soirée déguisée? Bref, je vous laisse méditer sur cette pochette ouverte à tous les vents de l’interprétation. Je ne vais pas tourner autour du pot (belge… blague pour les cyclistes), cet album s’inscrit dans la droite lignée de Fever et fonctionne à merveille. Les ingrédients sont limpides: des voix rocailleuses et sensuelles à souhait qui te feraient virer ta cuti en deux temps trois mouvements, des lignes de basse d’un groove indéniable, des rythmiques qui se prélassent avec dépouillement et douceur même si les boîtes à rythme prennent avec justesse une place plus importante, un sens de la mélodie imparable qui pousse de plus en plus les Belges à aller explorer le pays plat de l’électro-pop. Si tu as 43 minutes devant toi (la même durée que le dernier Django Django, coïncidence ou complot, toutes les hypothèses demeurent…), installe toi une bière à la main et savoure la future défaite de ton blues dominical…

Le morceau d’ouverture Moment introduit avec classe et majestuosité dépouillée l’album à travers sa boîte à rythme et sa ligne de basse qui sentent bon la sueur. Les cuivres, les choeurs, on retrouve toute la richesse de l’univers de Balthazar. Ce Moment amène sur un plateau d’argent le bijou Losers qui brille par la puissance électro-pop de son refrain et de ses choeurs, sublime contraste avec le groove downtempo des couplets. On A Roll fonctionne ensuite sur la même recette, d’un côté cette ligne de basse toujours sur le fil et de l’autre ce refrain plus lumineux qui n’est pas sans m’évoquer le pouvoir pop de MGMT. I Want You avec sa boîte à rythme obsédante et sa litanie finale ainsi que You Won’t Come Around et sa douceur d’une grande sensualité qui sort l’atout caché des cordes sur la fin font parfaitement le job avant la nouvelle pépite Linger On d’inspiration plus électro qui brille par sa rythmique addictive. Ce morceau est imparable et réveille en moi ce déhanché démoniaque qui fait succomber toutes les femmes… dans mes rêves.

L’électro-pop et les choeurs féminins de Hourglass paraissent en comparaison un brin faciles par la suite et je préfère dans ce registre Passing Through qui est sublimée par les cordes finales si représentatives du son de Balthazar. Il faut reconnaître que la fin de l’album est plus classique et déclenche moins de soubresauts, les mauvaises langues y déceleront une certaine paresse en rapport avec cette créature sur la pochette. Le saxo et les cordes de Leaving Antwerp apportent cependant un supplément d’âme savoureux, Halfway n’est pas une valeur ajoutée évidente et Powerless mise sur un piano fragile qui se marie parfaitement à la douceur finale. Voilà 43 minutes qui devraient être déclarées d’utilité publique tout simplement, enjoy!

 

 

Sylphe

Review n°74: Glowing in the Dark de Django Django (2021)

Retour aux affaires blogesques aujourd’hui après deux semaines de vacances, coupé d’internet maisDjango Django pas de l’actualité musicale très riche du moment où des grands noms comme Tindersticks, Altin Gün ou Balthazar ont sorti des albums qui font chaud au coeur. Vous vous doutez bien que Django Django va venir enrichir cette belle litanie avec son quatrième album Glowing in the Dark sur le label très recommandable Because Music… Après un premier album éponyme  particulièrement enthousiasmant en 2012 dans sa volonté de proposer une pop hédoniste brisant les frontières et croisant avec succès le rock psyché et les sonorités électroniques, les Anglais de Django Django ont tranquillement tracé leur sillon au rythme d’un album tous les trois ans avec Born Under Saturn en 2015 et Marble Skies en 2018. C’est donc sans surprise, après trois nouvelles années bien longues (la dernière paraît s’écouler lentement non?) que ce Glowing in the Dark, composé dans son intégralité pendant le confinement, va venir nous apporter sa touche lumineuse. Si vous avez besoin d’un album qui vous imprime un sourire perpétuel sur le visage, cet album est fait pour vous tant il revient à  l’hédonisme des débuts!

Le morceau d’ouverture Spirals va nous offrir d’emblée 5 minutes très riches, comme la BO d’un western psychédélique. Une boucle électro qui s’accélère et fait monter une tension presque palpable, la batterie qui entre en jeu et la voix si caractéristique de Vincent Neff qui sublime un refrain pop addictif, font de ce titre une pépite qui fonctionne immédiatement. Les pisse-froid diront que la recette est un brin éculée mais elle est appliquée à la perfection! Right the Wrongs et Got Me Worried jouent ensuite la carte d’une pop solaire et sans retenue, nourrie à la fontaine du psychédélisme et lorgnant vers ses compères d’Hop Chip. J’aime bien les rythmiques uptempo mais ces deux titres restent un peu trop linéaires et classiques à mon goût pour me renverser totalement, même si le kitsch des applaudissements live sur la fin de Got Me Worried n’est pas pour me déplaire. Je me laisse plus facilement toucher par la voix mystérieuse de Charlotte Gainsbourg, leur compagne de label, sur Waking Up,qui prouve au passage que la pop lui va à merveille et la rythmique ralentie de Free from Gravity. Quelques sonorités spatiales et un refrain entêtant suffisent à mon plaisir car je suis un homme facile.

Headrush vient alors proposer un croisement original entre psychédélisme et expérimentation électronique. Une ligne de basse qui s’imprime en toi et fait vibrer ta colonne vertébrale, des choeurs un peu kitsch qui se marient à merveille avec l’instrumentation très riche, je n’arrive pas à me retirer de la tête en écoutant ce morceau que les Américains d’Animal Collective viennent de vriller et se mettent à composer de la pop accessible… Cet album regorge de vraies surprises comme ce surprenant The Ark inquiétant qui propose une revisite électro- SF (oui je trippe totalement sur ce nom) de krautrock. Bref, vous l’aurez compris, c’est joliment inclassable. Un Night of the Buffalo séduisant par son sentiment d’urgence sous-jacent et sa guitare en arrière-plan (et ce, malgré des violons improbables sur la fin qui montrent que le confinement n’a pas laissé de marbre nos amis Anglais) et la douceur de The World Will Turn où l’association voix/guitare sèche nous donne l’impression que Jean-Baptiste Soulard s’est mis à l’anglais une bonne fois pour toute nous amènent vers une fin d’album particulièrement réussie.

Kick the Devil Out tout d’abord et sa sonnette inaugurale surprenante prolonge la veine de la pop hédoniste  avant l’électro séduisante de Glowing in the Dark qui lorgne avec envie vers le dance-floor et les Anglais de Hot Chip et le bijou Hold Fast, superbe épopée électronique au pouvoir pop incontestable… La voix de Vincent Neff révèle amplement toutes ses qualités, je dois reconnaître que je suis sous le charme de ce morceau et regrette presque qu’Asking for More, morceau classique plus pop, vole à Hold Fast la place finale de cet album qui vous permettra d’aborder sereinement la dernière ligne droite de cet hiver, enjoy!

 

 

Sylphe