Clip du jour n° 16 : Grandiose (2020) de Pomme/Ambivalently Yours

Il y a quelques mois, au début de mars, juste avant de plonger dans d’innombrables semaines de confinement et d’isolement, on avait parlé ici de Grandiose, un des titres du deuxième album de Pomme. J’en avais dit du bien, et c’est un doux euphémisme. Avec quelques mois de recul, Les failles cachées (version augmentée du LP original) vieillit bien, et très bien même. Chacun des titres se patine, et révèle à chaque écoute de nouvelles pointes émotionnelles.

Notamment Grandiose, qui se pare depuis quelques jours d’un clip transperçant de beauté. Co-réalisée par Pomme elle-même et Ambivalently Yours (à qui l’on doit déjà tous les visuels de l’album), cette mise en images d’un des plus beaux et bouleversants morceaux du disque transcende la composition. Au point d’en faire quasiment un court-métrage à la bande-son ravageuse, à moins que ce ne soit l’inverse. Ou les deux.

Je ne me lasse pas de la poésie mélancolique et onirique de ce clip. Sorti voici à peine quelques jours, je l’ai déjà visionné moult fois, et si ce n’est déjà fait de votre côté, je vous invite à vous y précipiter sans tarder. Comme les choses sont bien faites sur Five-Minutes (à défaut de l’être dans le monde), c’est visible directement ci-dessous. Dernière précision : on n’interdit pas la chialade, qui serait même assez normale. Si ça monte, laissez sortir. C’est humain, c’est la vie, c’est Pomme et Ambivalently Yours qui nous racontent un truc de dingue en quelques minutes. Magistral.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°15 : Funky Junky Monkey (2020) de Shaka Ponk

Trois ans après The Evol’, le groupe de rock alternatif geek touche-à-tout Shaka Ponk remet le couvert en fêtant ses 15 années de carrière : une anthologie à venir le 6 novembre prochain, sobrement intitulée Apelogies, qui regroupera des titres réenregistrés, un live et quelques pépites. Dont ce Funky Junky Monkey, qui est en fait un des premiers morceaux du groupe, énergique, furieux et sans aucun répit. Titre que l’on peut apprécier aujourd’hui accompagné de son clip.

Et quel clip ! Goz, le singe/membre virtuel du groupe, accompagne la joyeuse bande depuis ses débuts. Quoi de plus évident, pour une célébration, que de revenir aux origines (de la formation, comme de nous-mêmes) ? Funky Monkey Junky est un clip complètement dingue, qui balance à tour de bras des images de pop culture dans lesquels le singe remplace l’Homme. La liste des multiples références serait bien trop longue à dérouler. Autant vous laisser le plaisir de la découverte, de la recherche et de l’identification. Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles.

Chaque clip de Shaka Ponk est une petite merveille. Ici-même, nous avions déjà parlé, par exemple, du génial clip accompagnant leur reprise de Smells like Teen Spirit. Ce Funky Junky Monkey ne déroge pas à la règle, avec un sens du graphisme et de la dynamique de montage qui colle à la peau ruisselante de sueur de tout fan du groupe. Ce clip-là, toutefois, a une petite dose d’un je-ne-sais-quoi en plus. Peut-être du côté du communiqué de presse qui accompagne sa sortie : un titre qui « raconte l’histoire de ce singe très punk, post humain, qui vient reprendre sa place dans un monde d’où les Hommes l’ont exclu ». Et un clip qui « a pour ambition de défendre et d’étendre ce propos : le singe envahit notre culture, rappelle à l’Homme d’où il vient, Il impose un recul sur notre monde superficiel et nos préoccupations égocentriques ».

Vous suivez mon regard ? César, Cornélius, Zira, Zaïus… La Planète des Singes, comme une évidence. Pour moi qui suis un client total de pop culture, mais aussi un fan absolu de cet univers et des questionnements qu’il porte, ce clip résonne parfaitement. L’ironie (ou pas) du calendrier veut qu’il soit sorti le 18 juin dernier. Une sorte d’appel version Planet of the Apes.

NB : Pour les gros clients de La Planètes des Singes, ce 26 juin marque la sortie chez Vestron du comics La Planète des Singes par Rod Serling – Le scénario oublié. Ou comment, en 128 pages, découvrir (enfin) la première version du scénario, mise en images. Monkeys over the world.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°14 : Le Perv (2012) de Carpenter Brut

Cette semaine, j’ai failli vous parler de la BO de Peaky Blinders, très grande série autour de la vie, de la famille et des magouilles de Thomas Shelby. J’ai failli, mais ledit album n’est pas arrivé à temps chez moi. On en reparle très bientôt. Pour patienter, je vous ai dégoté un clip tout public et d’une fraîcheur printanière.

Je plaisante. S’il y a des enfants, c’est le moment de les éloigner de l’écran. Les images du jour accompagnent Le Perv, morceau composé par Carpenter Brut en 2012. Rien que le titre, ça met un peu la puce à l’oreille non ? Pour les étourdis ou les rêveurs qui seraient passés à côté de Carpenter Brut (aka Franck Huesco), rappelons qu’il s’agit d’un des plus grands musicos électro français. Le garçon nous inonde de bon son depuis 2012 et connait un succès assez retentissant par chez nous, mais aussi à l’étranger et notamment aux Etats-Unis.

La recette ? Une bonne dose de synthwave (combo influence films et musiques des années 80), saupoudrée de darksynth (un mix de sonorités sombres, de métal et de BO de films d’horreur). Et, comment vous dire, ça fonctionne extrêmement bien, à l’image de ce Perv qui synthétise (#vousl’avez?) tous les bons ingrédients du Carpenter Brut. Le son est volontairement dark et inquiétant, tout autant que lourd et pesant. Et surtout, le son est gros, craché par des synthés de l’époque.

Pour accompagner ce morceau de dingue, un clip en forme de vraie-fausse bande-annonce d’un vrai-faux film d’horreur 80’s. Sur la forme, c’est bluffant de talent. Tous les codes du genre et de l’époque sont présents : tenues vestimentaires, coiffures, qualité de l’image, cadrages, titres… Sur le fond, c’est à la fois excitant et dérangeant à souhait, avec des femmes peu vêtues, des seins dénudés, des corps qui suent et des positions suggestives et lascives, que vient troubler une espèce de pervers malaisant équipé d’une longue aiguille, substitut phallique et expression perturbante d’une pulsion de pénétration .

J’avoue avoir galéré un moment à vous trouver un lien accessible pour visionner cette petite merveille : sur Youtube, par exemple, il faut s’identifier pour justifier de son âge ^^ Voilà qui donne une autre idée de l’objet ! Je vous propose donc la version son, avec juste au-dessus un lien pour aller directement se balader sur le site de Carpenter Brut (page vidéos) et visionner notre clip du jour.

Je vous laisse savourer ce moment de douceur et de sérénité, en vous donnant deux conseils ultimes. Premièrement, n’hésitez pas à écouter le reste des compos de Carpenter Brut, c’est jouissif et d’une intelligence folle. Deuxièmement, n’écoutez surtout pas ça sur de minuscules enceintes. Faites moi le plaisir de dégainer ce Perv (et autres titres) sur une bonne grosse chaine, avec le son qui envoie. Une dernière chose : ce titre a été utilisé il y a quelques années dans un publicité Adopte un mec. On peut parler de sens de l’humour assez avancé.

Lien Page Vidéos de Carpenter Brut

Raf Against The Machine

Clip du jour n°13 : Apex (2019) de Thomas Méreur by FKY

Si toutefois je ne vous avais pas suffisamment donné l’info, sachez que nous sommes à J-8 de la sortie du nouveau Foals (pépite single à relire ici), de Still Life de Maud Geffray (autre pépite à relire par là), ainsi que du premier album Dyrhólaey de Thomas Méreur. Et c’est précisément de ce dernier dont on va écouter quelques notes et regarder des images.

En préambule à l’arrivée de Dyrhólaey, nous avons pu découvrir cette semaine, via les réseaux sociaux, le clip qui accompagne Apex, titre d’ouverture de la galette. Thomas Méreur nous fait partager ces 4 minutes d’apesanteur, histoire de patienter et d’avoir un avant-goût de l’ensemble. Le titre Apex, que l’on avait déjà pu découvrir il y a quelques mois, est ici rehaussé et embelli par une bien belle mise en images.

Aux commandes de ce noir et blanc méchamment maîtrisé, on trouve FKY, qui se présente lui-même comme « Filmmaker / Editor / Graphic designer » sur son compte Instagram. Je vous conseille ardemment d’y faire un tour (@fky_pictures). Il y a de bien belles choses : qu’il s’agisse de photos de paysages ou incluant des personnes, je suis frappé par l’énorme travail sur les lumières. Les prises de vue sont saisissantes de clair-obscur et d’émotions.

C’est exactement ce que l’on retrouve dans ce clip concocté pour Thomas Méreur : sur un titre atmosphérique, FKY a posé des images très esthétiques, avec une recherche sur la symétrie. Ce qui nous entraîne tantôt dans des visions de voyage, tantôt dans des projections à la Rorschach comme autant de plongées introspectives au plus profond de nous. Une autre forme de voyage en quelque sorte.

Il est temps pour moi de me taire et de vous laisser apprécier ce bel objet sonore et visuel, d’autant que la livraison de la semaine prochaine devrait être assez bavarde. D’ici là, plongez, écoutez, savourez. Fermez les yeux… ou plutôt non, gardez les grands ouverts pour découvrir ce Apex version clip.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°12 : Bétonneuse (2010) de Nicolas Jules / Emilie Sandoval

Planqué au cœur de Shaker (2010), 3e album studio de Nicolas Jules (et 4e album si on compte l’excellent live A l’Atelier (2005), enregistré à Orléans), il y a une pépite dont je ne me lasse pas. Bétonneuse est un de ces morceaux qui pourrait ne faire que passer, mais qui se loge dans un recoin de nous pour pousser tranquillement et s’y enraciner à jamais.

Nicolas Jules, aujourd’hui 5 albums au compteur (et 6 si on compte… bref), c’est un drôle de personnage dans la chanson française. Une sorte de lutin un peu facétieux qui rappelle tantôt Thomas Fersen, tantôt Higelin, mais qui cultive sa propre personnalité musicale. Pince-sans-rire doté d’un humour assez ravageur, cet auteur-compositeur-interprète est aussi capable d’injecter dans ses morceaux une poésie surréaliste et mélancolique, ce qui n’est pas non plus sans rappeler Boris Vian.

Poésie que l’on retrouve dans cette Bétonneuse, aussi bien dans le titre lui-même que dans le clip qui l’accompagne. Réalisé par Emilie Sandoval, ce petit bijou d’images sent le Michel Gondry à plein nez pour les trouvailles et bidouilles visuelles. Chaque plan est une parfaite mise en images de l’univers Nicolas Jules et de ce qui se passe dans ma tête à l’écoute de ce titre. Ce clip accompagne surtout à merveille un texte bien plus bouleversant qu’une écoute distraite pourrait le laisser penser, livré sur une musique où il n’y a rien de trop, rien de pas assez.

Une fois que vous aurez apprécié, vous pourrez, par extension, écouter tout l’album Shaker de Nicolas Jules, à commencer par le titre d’ouverture L’amicale des joueurs de luth. Et une fois Shaker savouré, il reste d’autres opus que je vous laisse découvrir. Pour ma part, je retourne profiter encore un peu de la Bétonneuse, parce que « Dans le grand ravalement des nébuleuses / Mon cœur tourne tourne dans la bétonneuse ».

Raf Against The Machine

Clip n°11: Voodoo In My Blood de Massive Attack feat. Young Fathers (2016)

Attention titre et clip brillants de noirceur et étouffants à souhait… découverts par le plusMassive Attack pur des hasards dans le puits sans fond qu’est Youtube… Je devais vivre dans une grotte mais en 2016 j’ai totalement raté l’EP de Massive Attack Ritual Spirit où les invités de marque abondaient, Tricky, Roots Manuva et Young Fathers qui m’avaient filé une gifle monumentale en 2014 avec DEAD.

Voodoo In My Blood, le titre du jour, voit donc Young Fathers poser son flow acéré sur un univers torturé et angoissant où les sonorités électroniques tissent un univers anxyogène qui vient nous écraser et nous oppresser. Aucune touche d’espoir, le morceau nous impose une véritable apnée électronique et nous laisse brisés… mais que dire du sublime clip qui l’accompagne? Dans un univers futuriste où l’on sent d’emblée la notion de danger avec ce couloir souterrain et ce thème habituel du bruit angoissant des talons sur le sol, une machine vient littéralement prendre le pouvoir de la brillante et horriblement séduisante Rosamund Pike pour une scène d’une rare violence physique et psychologique qui aurait pleinement mérité de figurer dans Black Mirror. Parabole évidente montrant à quel point les machines aliènent les hommes, le clip est porté par la performance majuscule de Rosamund Pike qui joue à merveille la volonté de s’opposer à cette créature et la soumission qui lui est imposée… Tout simplement brillant!

Sylphe

Clip n°10: Hungry Child de Hot Chip (2019)

Hot Chip est clairement un groupe marquant des années 2000 qui possède à son actif desHot Chip albums de haut vol comme The Warning en 2006 ou encore One Life Stand en 2010. Le groupe formé autour des deux têtes pensantes Alexis Taylor et Joe Goddard (dont les albums solo méritent aussi franchement le détour) a su donner ses lettres de noblesse à la synthpop pour un résultat dansant à souhait. Impossible pour moi en tout cas de ne pas me déhancher à l’écoute de How Do You Do?, Ready For The Floor, I Feel Better, Boy From School ou Over And Over, bref vous aurez parfaitement perçu mon manque total d’objectivité et la joie de savoir que leur septième opus A Bath Full of Ecstasy sortira le 21 juin. Et oui cette année l’arrivée de l’été aura une double saveur…

Pour nous permettre de tenir le coup, les anglais nous ont livré le 4 avril dernier leur titre Hungry Child dans lequel on retrouve tous les ingrédients de leur réussite, ces synthés gorgés de soleil et cette volonté de faire danser en se tenant sans cesse sur le fil où les effets un peu pompiers ne sont jamais bien loin mais sans franchir la ligne. Ce titre est brillamment mis en scène par un clip que je trouve tout simplement génial entre critique subtile du couple et second degré évident. Ce pauvre couple voit son quotidien -quotidien peu reluisant où madame passe son temps devant la télévision et monsieur est enfermé dans son bureau à jouer au solitaire dans une volonté de ne rien partager émotionnellement- exploser en vol lorsque la musique de Hot Chip vient s’immiscer dans leur vie. De manière ludique, le clip met le doigt sur la difficulté de communiquer en couple et montre à quel point la musique a un pouvoir incommensurable. Enjoy!

Sylphe

Clip du jour n°9 : Exits (2019) de Foals

On avait laissé Foals en 2015 avec What went down, un 4e album studio qui m’avait moins convaincu que ses deux prédécesseurs Holy Fire (2013) et surtout Total life forever (2010). Ajoutons à cela que le groupe avait annoncé début 2018 le départ de son bassiste, quelques semaines à peine après avoir communiqué sur un nouvel album à venir, et je dois bien dire que l’incertitude régnait quant à la suite des aventures de Foals et à ce qu’ils allaient bien pouvoir livrer.

C’est pourtant par la fenêtre que revient le désormais quatuor d’Oxford avec un single qui mérite la réécoute. Explication : au premier passage, je me suis dit « Ok, ça sonne pop-rock britannique, ça s’écoute mais c’est pas exceptionnel ». Exits est pourtant un titre qui réclame d’y revenir, pour finir par y retrouver à la fois la touche Foals, et notamment la voix si caractéristique de son chanteur Yannis Philippakis, mais aussi des sons bien travaillés qui rappellent par moments le Depeche Mode du tournant des années 80-90 (celles du siècle dernier ça va sans dire). C’est un titre qu’il faut laisser infuser en soi, dont il faut prendre le temps de rechercher les variations pour en profiter. Sous ses faux-airs un peu répétitifs et lisses, il finit par révéler quelque chose d’entêtant et loin d’être désagréable.

Là où Exits s’installe définitivement, c’est associé à son clip, notre (vrai) sujet du jour. Réalisé par Albert Moya (dont je vous invite à découvrir le travail, notamment via son Instagram), ce quasi court métrage nous emmène dans un univers assez intrigant où se croisent plusieurs lignes narratives autour d’un même personnage. Une jeune femme qui pourrait être plongée dans, ou sortie d’un Hunger Games version dépressive. Oui, dit comme ça, ça ne fait pas rêver… Et pourtant, pendant les un peu plus de six minutes que dure ce clip, impossible de détacher l’œil de l’écran. Beaucoup de questions se posent, et j’avoue ne pas avoir encore tout compris. Mais quand on vient de se binge-watcher la saison 3 de Twin Peaks, on est assez open et prêt à toutes sortes d’expériences visuelles et sonores.

La photo du clip est, quant à elle, assez incroyable, avec une mention spéciale à des moments de pure esthétique, comme les scènes d’escrime dans le silo, ou le corps plongé dans le cube de verre et d’eau. D’autres images feront inévitablement penser à l’esthétique Pink Floyd, portée pendant des années par le studio Hipgnosis , comme les plans de ces hommes costumés et austères dans un hémicycle, ou encore celui de l’homme en feu sortant d’une voiture, elle aussi en feu. Le voyage pictural proposé par Foals et Albert Moya est rapidement captivant, et appelle du revisionnage tout autant que de la réécoute.

Le son de Foals porte cette petite odyssée visuelle et il ne m’en faut, pour le coup, pas beaucoup plus pour avoir hâte d’être au 8 mars. Journée des droits des femmes (même si, on est bien d’accord, les droits des femmes c’est tous les jours qu’ils doivent être défendus et respectés), ce sera aussi la date de sortie de Everything not saved will be lost – Part 1, 5e album de Foals. Oui, vous avez bien lu : Part 1, car le groupe ne fait pas les choses à moitié, ou plutôt si, puisque ce nouvel album studio sera livré en deux temps (#vousl’avez?). Le second volet est prévu pour l’automne 2019. En attendant, nous aurons pu nous mettre sous la dent la première galette, que l’on espère aussi intrigante et passionnante que ce Exits. Cerise sur le gâteau : la pochette est assez magnifique et donne envie de choper le vinyle, rien que pour la beauté de l’image.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°8: All Directions de Son Lux (2018)

En écoutant hier l’EP Yesterday’s Wake de Son Lux sorti début septembre en complément Son Luxdu bijou Brighter Wounds (chroniqué succinctement sur le site de mon établissement ici) qui a illuminé mon début d’année je me suis surpris à éprouver une tension bien palpable à l’écoute des violons de All Directions II et III. Sentiment ambigu d’anxiété et de plaisir qui découle bien sûr de la beauté du titre All Directions… La voix angoissante et extrêmement sensible de Ryan Lott, l’ambiance musicale qui entrecroise subtilement des drums entêtants et des violons d’une beauté à faire pleurer, le résultat d’une beauté subtile se situe entre l’énergie de Foals et le sens de la distorsion d’Alt-J. Il est incontestable que ce morceau a un fort pouvoir cinématographique que Nathan Johnson a su parfaitement percevoir pour créer un clip (court-métrage devrais-je même plutôt dire) oppressant et sublime.

Il y a tellement à dire sur ce bijou visuel…  Ce noir et blanc  donne tout d’abord une valeur picturale à l’ensemble, le doré apportant une référence subtile à la pochette de l’album. Celui-là permet de jouer sur les contrastes saisissants comme dans la scène de repas où le personnage semble touché par la lumière de la révélation. Les mouvements de caméra sont précis et d’une grande richesse d’interprétation, on va des mouvements saccadés de la scène finale qui soulignent le paroxysme de la tension et de la souffrance ressentie par le père au magnifique traveling de la naissance du fils qui fait écho à celui du tout début. On peut aussi penser à ce zoom sur le cadre de photo brisé qui par sa lenteur acquiert une symbolique aussi forte qu’évidente.

Mais que serait la beauté graphique d’un clip sans la parfaite interprétation de Tom Cullen et Tatiana Maslany? L’évolution de ce père qui s’enferme peu à peu dans une solitude pathologique destructrice sur fond religieux est brillante et j’en veux pour preuve ce zoom sur le personnage désincarné au milieu de ses moutons. Tatiana Maslany véhicule aussi des émotions très fortes, de l’amour qui illumine son visage lors des flash-backs à la détresse ressentie lorsqu’elle comprend tout et remarque l’absence de la hache….

Ce clip est un très bel écrin pour le diamant All Directions qui, je l’espère, illuminera votre dimanche pluvieux.

Sylphe

Clip du jour n°7 : Smell like teen spirit (2018) de Shaka Ponk

Les plus pertinents et réactifs d’entre vous me diront : « Smell like teen spirit de Shaka Ponk ? N’importe quoi, c’est le méga tube de Nirvana ! » C’est pas faux et c’est même très vrai, mais le clip du jour est une bonne occasion de prolonger le sujet de la semaine dernière (faut-il préférer l’original à la copie ?), en une déclinaison : faut-il préférer l’original à une reprise ? Nous en avons d’ailleurs déjà parlé avec Paco Ibañez et Brassens sur El testamento/Le testament. Nouvelle exploration de la question donc, avec Shaka Ponk qui largue ici une véritable reprise tueuse de Smell like teen spirit (1991) de Nirvana.

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas choisi entre les deux versions. Tout comme je ne choisirai jamais entre Leonard Cohen et Sixteen Horsepower sur The Partisan, ou entre Alizé et Julien Doré sur Moi Lolita. En fait si, dans ce dernier cas je tranche nettement. Bref. Nirvana, c’est du gros son grunge que l’on connaît, la voix d’écorché vif de Kurt Cobain et une énergie que l’on n’attendait pas vraiment à l’époque. Smell like teen spirit en est l’exemple parfait, bien qu’on l’ait sur-entendu et qu’on nous l’ait sur-diffusé jusqu’à l’overdose (#sansmauvaisjeudemots #moiaussijesaism’amuseravecleshashtagcommemoncopainSylphe), tel un single de Jul.

Presque 30 ans après ce boulet de canon sonore, Shaka Ponk choisit de le revisiter dans une reprise absolument renversante d’énergie. Energie mélancolique et contenue pendant la première partie, avant de se libérer totalement pour une explosion de saveurs qui fait frétiller les papilles. Une reprise maîtrisée de bout en bout qui me fait dire que, si j’ai laissé Shaka Ponk un peu de côté depuis The black pixel ape (2014) et The white pixel ape (2014), il est grand temps de les retrouver. Surtout quand la formation est capable, comme à son habitude, d’exceller à la fois sur le plan musical et sur le plan visuel et vidéo.

Le clip du jour est tout simplement fou comme Shaka Ponk peut l’être, et les images se déroulent à un rythme qui colle à la note près à ce putain de morceau qui n’a jamais cessé de me hanter. Tantôt j’ai l’impression de regarder un générique de James Bond by Maurice Binder, tantôt on bascule dans l’univers onirique geek du groupe. C’est bien simple : j’adore cette reprise, et j’adore ce clip, qui me fait adorer encore plus la reprise. Let’s bang, en plongeant dans 5 minutes (Five minutes… vous l’avez ? #j’aimangéduclown) de bon son et d’images ouf de dingue.

Raf Against The Machine