Clip n°10: Hungry Child de Hot Chip (2019)

Hot Chip est clairement un groupe marquant des années 2000 qui possède à son actif desHot Chip albums de haut vol comme The Warning en 2006 ou encore One Life Stand en 2010. Le groupe formé autour des deux têtes pensantes Alexis Taylor et Joe Goddard (dont les albums solo méritent aussi franchement le détour) a su donner ses lettres de noblesse à la synthpop pour un résultat dansant à souhait. Impossible pour moi en tout cas de ne pas me déhancher à l’écoute de How Do You Do?, Ready For The Floor, I Feel Better, Boy From School ou Over And Over, bref vous aurez parfaitement perçu mon manque total d’objectivité et la joie de savoir que leur septième opus A Bath Full of Ecstasy sortira le 21 juin. Et oui cette année l’arrivée de l’été aura une double saveur…

Pour nous permettre de tenir le coup, les anglais nous ont livré le 4 avril dernier leur titre Hungry Child dans lequel on retrouve tous les ingrédients de leur réussite, ces synthés gorgés de soleil et cette volonté de faire danser en se tenant sans cesse sur le fil où les effets un peu pompiers ne sont jamais bien loin mais sans franchir la ligne. Ce titre est brillamment mis en scène par un clip que je trouve tout simplement génial entre critique subtile du couple et second degré évident. Ce pauvre couple voit son quotidien -quotidien peu reluisant où madame passe son temps devant la télévision et monsieur est enfermé dans son bureau à jouer au solitaire dans une volonté de ne rien partager émotionnellement- exploser en vol lorsque la musique de Hot Chip vient s’immiscer dans leur vie. De manière ludique, le clip met le doigt sur la difficulté de communiquer en couple et montre à quel point la musique a un pouvoir incommensurable. Enjoy!

Sylphe

Clip du jour n°9 : Exits (2019) de Foals

On avait laissé Foals en 2015 avec What went down, un 4e album studio qui m’avait moins convaincu que ses deux prédécesseurs Holy Fire (2013) et surtout Total life forever (2010). Ajoutons à cela que le groupe avait annoncé début 2018 le départ de son bassiste, quelques semaines à peine après avoir communiqué sur un nouvel album à venir, et je dois bien dire que l’incertitude régnait quant à la suite des aventures de Foals et à ce qu’ils allaient bien pouvoir livrer.

C’est pourtant par la fenêtre que revient le désormais quatuor d’Oxford avec un single qui mérite la réécoute. Explication : au premier passage, je me suis dit « Ok, ça sonne pop-rock britannique, ça s’écoute mais c’est pas exceptionnel ». Exits est pourtant un titre qui réclame d’y revenir, pour finir par y retrouver à la fois la touche Foals, et notamment la voix si caractéristique de son chanteur Yannis Philippakis, mais aussi des sons bien travaillés qui rappellent par moments le Depeche Mode du tournant des années 80-90 (celles du siècle dernier ça va sans dire). C’est un titre qu’il faut laisser infuser en soi, dont il faut prendre le temps de rechercher les variations pour en profiter. Sous ses faux-airs un peu répétitifs et lisses, il finit par révéler quelque chose d’entêtant et loin d’être désagréable.

Là où Exits s’installe définitivement, c’est associé à son clip, notre (vrai) sujet du jour. Réalisé par Albert Moya (dont je vous invite à découvrir le travail, notamment via son Instagram), ce quasi court métrage nous emmène dans un univers assez intrigant où se croisent plusieurs lignes narratives autour d’un même personnage. Une jeune femme qui pourrait être plongée dans, ou sortie d’un Hunger Games version dépressive. Oui, dit comme ça, ça ne fait pas rêver… Et pourtant, pendant les un peu plus de six minutes que dure ce clip, impossible de détacher l’œil de l’écran. Beaucoup de questions se posent, et j’avoue ne pas avoir encore tout compris. Mais quand on vient de se binge-watcher la saison 3 de Twin Peaks, on est assez open et prêt à toutes sortes d’expériences visuelles et sonores.

La photo du clip est, quant à elle, assez incroyable, avec une mention spéciale à des moments de pure esthétique, comme les scènes d’escrime dans le silo, ou le corps plongé dans le cube de verre et d’eau. D’autres images feront inévitablement penser à l’esthétique Pink Floyd, portée pendant des années par le studio Hipgnosis , comme les plans de ces hommes costumés et austères dans un hémicycle, ou encore celui de l’homme en feu sortant d’une voiture, elle aussi en feu. Le voyage pictural proposé par Foals et Albert Moya est rapidement captivant, et appelle du revisionnage tout autant que de la réécoute.

Le son de Foals porte cette petite odyssée visuelle et il ne m’en faut, pour le coup, pas beaucoup plus pour avoir hâte d’être au 8 mars. Journée des droits des femmes (même si, on est bien d’accord, les droits des femmes c’est tous les jours qu’ils doivent être défendus et respectés), ce sera aussi la date de sortie de Everything not saved will be lost – Part 1, 5e album de Foals. Oui, vous avez bien lu : Part 1, car le groupe ne fait pas les choses à moitié, ou plutôt si, puisque ce nouvel album studio sera livré en deux temps (#vousl’avez?). Le second volet est prévu pour l’automne 2019. En attendant, nous aurons pu nous mettre sous la dent la première galette, que l’on espère aussi intrigante et passionnante que ce Exits. Cerise sur le gâteau : la pochette est assez magnifique et donne envie de choper le vinyle, rien que pour la beauté de l’image.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°8: All Directions de Son Lux (2018)

En écoutant hier l’EP Yesterday’s Wake de Son Lux sorti début septembre en complément Son Luxdu bijou Brighter Wounds (chroniqué succinctement sur le site de mon établissement ici) qui a illuminé mon début d’année je me suis surpris à éprouver une tension bien palpable à l’écoute des violons de All Directions II et III. Sentiment ambigu d’anxiété et de plaisir qui découle bien sûr de la beauté du titre All Directions… La voix angoissante et extrêmement sensible de Ryan Lott, l’ambiance musicale qui entrecroise subtilement des drums entêtants et des violons d’une beauté à faire pleurer, le résultat d’une beauté subtile se situe entre l’énergie de Foals et le sens de la distorsion d’Alt-J. Il est incontestable que ce morceau a un fort pouvoir cinématographique que Nathan Johnson a su parfaitement percevoir pour créer un clip (court-métrage devrais-je même plutôt dire) oppressant et sublime.

Il y a tellement à dire sur ce bijou visuel…  Ce noir et blanc  donne tout d’abord une valeur picturale à l’ensemble, le doré apportant une référence subtile à la pochette de l’album. Celui-là permet de jouer sur les contrastes saisissants comme dans la scène de repas où le personnage semble touché par la lumière de la révélation. Les mouvements de caméra sont précis et d’une grande richesse d’interprétation, on va des mouvements saccadés de la scène finale qui soulignent le paroxysme de la tension et de la souffrance ressentie par le père au magnifique traveling de la naissance du fils qui fait écho à celui du tout début. On peut aussi penser à ce zoom sur le cadre de photo brisé qui par sa lenteur acquiert une symbolique aussi forte qu’évidente.

Mais que serait la beauté graphique d’un clip sans la parfaite interprétation de Tom Cullen et Tatiana Maslany? L’évolution de ce père qui s’enferme peu à peu dans une solitude pathologique destructrice sur fond religieux est brillante et j’en veux pour preuve ce zoom sur le personnage désincarné au milieu de ses moutons. Tatiana Maslany véhicule aussi des émotions très fortes, de l’amour qui illumine son visage lors des flash-backs à la détresse ressentie lorsqu’elle comprend tout et remarque l’absence de la hache….

Ce clip est un très bel écrin pour le diamant All Directions qui, je l’espère, illuminera votre dimanche pluvieux.

Sylphe

Clip du jour n°7 : Smell like teen spirit (2018) de Shaka Ponk

Les plus pertinents et réactifs d’entre vous me diront : « Smell like teen spirit de Shaka Ponk ? N’importe quoi, c’est le méga tube de Nirvana ! » C’est pas faux et c’est même très vrai, mais le clip du jour est une bonne occasion de prolonger le sujet de la semaine dernière (faut-il préférer l’original à la copie ?), en une déclinaison : faut-il préférer l’original à une reprise ? Nous en avons d’ailleurs déjà parlé avec Paco Ibañez et Brassens sur El testamento/Le testament. Nouvelle exploration de la question donc, avec Shaka Ponk qui largue ici une véritable reprise tueuse de Smell like teen spirit (1991) de Nirvana.

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas choisi entre les deux versions. Tout comme je ne choisirai jamais entre Leonard Cohen et Sixteen Horsepower sur The Partisan, ou entre Alizé et Julien Doré sur Moi Lolita. En fait si, dans ce dernier cas je tranche nettement. Bref. Nirvana, c’est du gros son grunge que l’on connaît, la voix d’écorché vif de Kurt Cobain et une énergie que l’on n’attendait pas vraiment à l’époque. Smell like teen spirit en est l’exemple parfait, bien qu’on l’ait sur-entendu et qu’on nous l’ait sur-diffusé jusqu’à l’overdose (#sansmauvaisjeudemots #moiaussijesaism’amuseravecleshashtagcommemoncopainSylphe), tel un single de Jul.

Presque 30 ans après ce boulet de canon sonore, Shaka Ponk choisit de le revisiter dans une reprise absolument renversante d’énergie. Energie mélancolique et contenue pendant la première partie, avant de se libérer totalement pour une explosion de saveurs qui fait frétiller les papilles. Une reprise maîtrisée de bout en bout qui me fait dire que, si j’ai laissé Shaka Ponk un peu de côté depuis The black pixel ape (2014) et The white pixel ape (2014), il est grand temps de les retrouver. Surtout quand la formation est capable, comme à son habitude, d’exceller à la fois sur le plan musical et sur le plan visuel et vidéo.

Le clip du jour est tout simplement fou comme Shaka Ponk peut l’être, et les images se déroulent à un rythme qui colle à la note près à ce putain de morceau qui n’a jamais cessé de me hanter. Tantôt j’ai l’impression de regarder un générique de James Bond by Maurice Binder, tantôt on bascule dans l’univers onirique geek du groupe. C’est bien simple : j’adore cette reprise, et j’adore ce clip, qui me fait adorer encore plus la reprise. Let’s bang, en plongeant dans 5 minutes (Five minutes… vous l’avez ? #j’aimangéduclown) de bon son et d’images ouf de dingue.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°6: Withorwithout de Parcels (2018)

Qu’on se le dise d’emblée, le premier opus des australiens de Parcels est un véritable bijou que je ne cesse d’écouter en boucle depuis quelques jours. Le temps de m’en imprégner pleinement et d’en savourer toutes les saveurs et je le chroniquerai avec plaisir sur Five-Minutes. Néanmoins, je ne résiste pas aujourd’hui à vous envoyer un flash étincelant en attendant le probable aveuglement futur avec le clip brillantissime de Withorwithout.

Le titre en lui-même a le pouvoir de figer mon visage et d’y inscrire un sourire béat impossible à réprimer. En cette période un brin chaotique, il est toujours plaisant de trouver une petite plage déserte où brille un soleil réconfortant et c’est exactement le paysage qui me vient à l’esprit en écoutant Withorwithout. Le morceau est un très bel exemple de pop solaire marquée par la douceur des guitares et la suavité des voix. C’est d’une évidence imparable et ça rappelle le sentiment intense de coolitude ressentie sur certains titres du Random Access Memories des Daft Punk. Vous ne serez pas surpris quand je vous dirai que les Daft Punk en personne soutiennent les Australiens depuis le début de leur carrière…

Ce qui est jouissif avec un clip c’est l’art du contrepied et là on touche au sublime avec cette scène de film d’horreur qui va illustrer le morceau. Tous les éléments sont présents, l’ambiance nocturne, le jeu sur le hors-champ et les bruits, les silences angoissants brisés par une respiration haletante, l’inquiétude déclenchée par les membres du groupe qui paraissent déshumanisés sous leur masque bleu et le talent incontestable de Milla Jovovich qui incarne avec brio le personnage central. Interpol avait donné dernièrement à Kristen Stewart un rôle en or pour le titre If You Really Love Nothing, Parcels a offert un rôle brillant pour l’ancienne actrice fétiche de Luc Besson.

En parlant de contrepied, vous ne pourrez que savourer la chute de ce clip… The cherry on the cake…

Sylphe

Clip du jour n°5: Last Dance de Scratch Massive (2018)

Le duo français composé de Maud Geffray et Sébastien Chenut, alias Scratch Massive, a sorti il y a deux jours son nouvel opus Garden of Love, 7 ans après Nuit de Rêve. Je ne vous cache pas que depuis il tourne régulièrement dans mon antre et il est fort possible que je vous en reparle ici-même. Comme toute sortie d’album, un single était déjà parti en éclaireur afin de titiller les papilles auditives et développer en nous une impatience viscérale.

Ce Last Dance est un superbe morceau d’électro sombre, au pouvoir cinétique incontestable, sur lequel la douce voix de Maud Geffray se pose comme un papillon de nuit. La rythmique est assez lente et confirme la volonté de ce Garden of Love de s’éloigner quelque peu des dance-floors. Les spécialistes du virtuose danois Trentemøller trouveront des similitudes évidentes et n’en savoureront que davantage ce titre qui est brillamment illustré par un clip soigné.

Ce clip tourné en Thaïlande est facile d’accès et révèle une puissance narrative évidente. Nous suivons un jeune homme faisant partie d’un gang qui rencontre une jeune fille passionnée de danse, cette rencontre décisive va être l’élément délencheur qui va inciter notre jeune yakuza à fuir cette vie de violence qui le répugne en compagnie de cette ballerine. La rencontre est sublimée par la seule puissance des regards, comme si ces derniers exprimaient plus que la parole et la danse s’impose comme l’échappatoire qui permet aux deux protagonistes de fuir un quotidien décevant. La scène où le jeune homme danse sur le toit est particulièrement touchante car c’est le seul moment où l’on voit la joie et l’innocence se dessiner sur le visage du personnage.

Outre le charisme évident du duo, certains éléments subliment ce clip comme les ambiances nocturnes qui se marient parfaitement à la musique, l’aspect cyclique du clip avec cette route que les fugitifs empruntent à la fin et ce couloir qui revient de manière récurrente comme pour symboliser que les êtres suivent un avenir tout tracé. Heureusement pour le héros, une porte était ouverte….

A savourer sans modération…

Sylphe

Clip du jour n°4 : Le café (2006) de Oldelaf & Monsieur D

En ces temps quelque peu troublés où nous manquons tout à la fois d’un ministre de l’Intérieur et de miel à cause des frelons asiatiques qui dévorent nos chères abeilles (aucun lien de parenté), un aliment ne nous fait, lui, pas défaut : le café. Ce breuvage qui, chaque matin, sauve des milliers d’entre nous incapables de s’arracher à la tiédeur d’un lit pour aller s’enfiler des journées de boulot interminables. Alors que, Five-minuteurs que nous sommes, nous pourrions aisément nous contenter de partager du bon son avec vous !

Justement, petit retour en 2006 avec ce Café d’Oldelaf et Monsieur D : un sympathique titre survitaminé qui accompagne parfois mon réveil, ou éventuellement mon trajet maison-boulot. Un texte plutôt bien enlevé et interprété, soutenu par une petite guitare rythmique qui fait du bien à la plante des pieds. A la plante des pieds ? Oui, parce que ce genre de son à la fois léger et sautillant me fait l’effet d’un coussin d’air à ressorts qu’on glisserait sous moi pour m’alléger le pas.

Les plus attentifs d’entre vous auront noté que nous sommes dans la catégorie « Clips ». Non content de livrer une chansonnette bien troussée et terriblement drôle, Oldelaf y adjoint un clip que j’adore : court métrage d’animation, dans un style graphique rappelant Les triplettes de Belleville qui auraient sniffé de la coke et bouffé des amphétamines à tour de bras. Mais non, notre personnage n’a finalement pris que du café, en quantité certes déraisonnable.

C’est à la fois naïf et audacieux, et c’est surtout un bel exemple de clip s’accordant parfaitement avec l’univers musical du titre. Faut-il voir dans la journée de notre héros une lecture cynique et critique d’un monde moderne où tout n’est plus qu’urgence et hommes pressés ? Un monde où l’on passe pour de dangereux oisifs dès lors que l’on laisse de côté productivité, rentabilité et suractivité ?

Pour ma part, je préfère imaginer une autre façon de boire mon café que comme un stimulant permettant de bosser et tenir le coup jusqu’au pétage de plombs intégral : un café lentement passé, servi dans un mug (rouge de préférence, c’est plus joli) et tranquillement dégusté. Là où il s’écoule, le café plaisir donne à la vie une saveur qui ne ressemble à aucune autre. Note : le joli mug rouge pourra aussi servir à boire un thé vert (à l’amande par exemple), autre petit plaisir simple de la vie.

Raf Against The Machine