Clip du jour n°3: Queens de The Blaze (2018)

Cette nouvelle semaine débutera sous le sceau de l’image et de la perle sonore qui l’accompagne, à savoir le titre Queens de The Blaze. Ce groupe français, composé de deux cousins, a sorti en 2017 un EP Territory qui propose une musique électronique originale et particulièrement cinématographique. Le duo s’est rapidement illustré par la qualité de ses clips qui révèlent un intérêt primordial dans la mise en images de leur univers. Lorsque l’on sait que Jonathan a fait une école de cinéma à Bruxelles, il y a comme une évidence qui pointe son nez…

Le 7 septembre dernier le duo vient de sortir son premier album studio Dancehall dont je vous parlerai peut-être ultérieurement s’il arrive à se démarquer définitivement de ma déjà très longue liste d’albums prétendant à une review sur Five-Minutes… C’était l’occasion pour eux de nous offrir un nouveau clip brillantissime, illustrant avec talent et émotion le titre Queens. Le titre en lui-même est déjà sublime, la voix éraillée, la rythmique obsédante qui laisse place à des moments de répit empreints d’émotion. Mon addiction à ce morceau est totale et l’addiction n’en devient que plus forte à la vue de clip.

Ce clip volontiers réaliste présente le milieu gitan sans idéalisation aucune. On retrouve ainsi le désoeuvrement général de tous ces jeunes entre runs de voiture et armes à feu. Cette toile de fond devient un écrin pour le couple central qui illumine ce clip, deux jeunes femmes qui possèdent un lien aussi évident que suggestif (deux amies? deux amantes qui se cachent aux yeux de leur communauté?). Le clip nous offre toute une série d’instants volés qui soulignent la violence et la force de ce duo fusionnel. Ces instants n’en rendent que plus poignante la douleur du deuil vécu brillamment illustrée par la scène de la jeune femme au milieu des hommes. Ce deuil permet aussi de mettre en valeur la force de la communauté gitane avec ce début majestueux mettant en valeur le deuil collectif.

Pour finir, j’aime particulièrement la rapidité des mouvements de caméra à l’épaule qui permettent de prendre conscience du tourbillon émotionnel que vivent ces deux jeunes femmes, tourbillon qui monte en puissance jusqu’à son dénouement funeste et pudique. L’enchaînement des scènes de la piscine et de la caravane est juste magnifique…

Je crains d’avoir été trop bavard alors je vous laisse en charmante compagnie avec Queens de The Blaze

Sylphe

Clip du jour n°2:If You Really Love Nothing d’Interpol (2018)

Au début des années 2000, les critiques musicaux ont constaté un véritable renouveau du rock, porté par des groupes jeunes ayant pour certains connu un succès d’estime considérable. Au milieu de The Strokes, Kasabian, Bloc Party, The Killers ou encore Franz Ferdinand, Interpol a su s’imposer dans une veine plus post-punk.  Hier est sorti leur cinquième album Marauder toujours signé sur le label Matador Records, ainsi que le clip du morceau If You Really Love Nothing. Le morceau percutant se situe dans la lignée des albums précédents et s’avère brillamment illustré par un clip réalisé par Halla Matar. Ce clip tout en noir et rouge -clin d’oeil aux premières pochettes du groupe- est porté par Kristen Stewart qui incarne avec brio une jeune femme hédoniste qui prend avec légèreté le monde qui l’entoure. Les mouvements de caméra rapides et le goût prononcé pour les plans-séquence épousent avec merveille l’impossibilité de la jeune femme à se poser, guidée qu’elle est par son envie de ne pas respecter les codes. Une surenchère perpétuelle qui laisse le spectateur tout aussi conquis que médusé, à l’image du jeune homme du début. Voilà finalement en Kristen Stewart une belle métaphore du groupe (n’oublions pas qu’elle sort du coffre du taxi amenant Interpol) qui se vante de ne rien respecter, sauf nos oreilles pleines de gratitude de ce morceau.

Sylphe

Clip du jour n°1 On the nature of daylight de Max Richter (2018)

Parce que c’est l’occasion de retrouver Max Richter, aux commandes notamment de la BO de The Leftovers, sans doute la plus grande et bouleversante série TV de ces dernières années. Histoire de s’en persuader, si ce n’est déjà fait, on (re)verra à volonté ces 28 épisodes incroyables sublimés par le son de Max Richter.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver Elizabeth Moss, sans doute une des plus grandes et bouleversantes actrices de notre époque. Histoire de s’en persuader, si ce n’est déjà fait, on (re)verra Mad Men, Top of the Lake ou encore La servante écarlate.

Parce que, parfois, il faut savoir se taire et laisser parler musique et images. Dont acte.

Raf Against The Machine