Clip du jour n°6: Withorwithout de Parcels (2018)

Qu’on se le dise d’emblée, le premier opus des australiens de Parcels est un véritable bijou que je ne cesse d’écouter en boucle depuis quelques jours. Le temps de m’en imprégner pleinement et d’en savourer toutes les saveurs et je le chroniquerai avec plaisir sur Five-Minutes. Néanmoins, je ne résiste pas aujourd’hui à vous envoyer un flash étincelant en attendant le probable aveuglement futur avec le clip brillantissime de Withorwithout.

Le titre en lui-même a le pouvoir de figer mon visage et d’y inscrire un sourire béat impossible à réprimer. En cette période un brin chaotique, il est toujours plaisant de trouver une petite plage déserte où brille un soleil réconfortant et c’est exactement le paysage qui me vient à l’esprit en écoutant Withorwithout. Le morceau est un très bel exemple de pop solaire marquée par la douceur des guitares et la suavité des voix. C’est d’une évidence imparable et ça rappelle le sentiment intense de coolitude ressentie sur certains titres du Random Access Memories des Daft Punk. Vous ne serez pas surpris quand je vous dirai que les Daft Punk en personne soutiennent les Australiens depuis le début de leur carrière…

Ce qui est jouissif avec un clip c’est l’art du contrepied et là on touche au sublime avec cette scène de film d’horreur qui va illustrer le morceau. Tous les éléments sont présents, l’ambiance nocturne, le jeu sur le hors-champ et les bruits, les silences angoissants brisés par une respiration haletante, l’inquiétude déclenchée par les membres du groupe qui paraissent déshumanisés sous leur masque bleu et le talent incontestable de Milla Jovovich qui incarne avec brio le personnage central. Interpol avait donné dernièrement à Kristen Stewart un rôle en or pour le titre If You Really Love Nothing, Parcels a offert un rôle brillant pour l’ancienne actrice fétiche de Luc Besson.

En parlant de contrepied, vous ne pourrez que savourer la chute de ce clip… The cherry on the cake…

Sylphe

Clip du jour n°5: Last Dance de Scratch Massive (2018)

Le duo français composé de Maud Geffray et Sébastien Chenut, alias Scratch Massive, a sorti il y a deux jours son nouvel opus Garden of Love, 7 ans après Nuit de Rêve. Je ne vous cache pas que depuis il tourne régulièrement dans mon antre et il est fort possible que je vous en reparle ici-même. Comme toute sortie d’album, un single était déjà parti en éclaireur afin de titiller les papilles auditives et développer en nous une impatience viscérale.

Ce Last Dance est un superbe morceau d’électro sombre, au pouvoir cinétique incontestable, sur lequel la douce voix de Maud Geffray se pose comme un papillon de nuit. La rythmique est assez lente et confirme la volonté de ce Garden of Love de s’éloigner quelque peu des dance-floors. Les spécialistes du virtuose danois Trentemøller trouveront des similitudes évidentes et n’en savoureront que davantage ce titre qui est brillamment illustré par un clip soigné.

Ce clip tourné en Thaïlande est facile d’accès et révèle une puissance narrative évidente. Nous suivons un jeune homme faisant partie d’un gang qui rencontre une jeune fille passionnée de danse, cette rencontre décisive va être l’élément délencheur qui va inciter notre jeune yakuza à fuir cette vie de violence qui le répugne en compagnie de cette ballerine. La rencontre est sublimée par la seule puissance des regards, comme si ces derniers exprimaient plus que la parole et la danse s’impose comme l’échappatoire qui permet aux deux protagonistes de fuir un quotidien décevant. La scène où le jeune homme danse sur le toit est particulièrement touchante car c’est le seul moment où l’on voit la joie et l’innocence se dessiner sur le visage du personnage.

Outre le charisme évident du duo, certains éléments subliment ce clip comme les ambiances nocturnes qui se marient parfaitement à la musique, l’aspect cyclique du clip avec cette route que les fugitifs empruntent à la fin et ce couloir qui revient de manière récurrente comme pour symboliser que les êtres suivent un avenir tout tracé. Heureusement pour le héros, une porte était ouverte….

A savourer sans modération…

Sylphe

Clip du jour n°4 : Le café (2006) de Oldelaf & Monsieur D

En ces temps quelque peu troublés où nous manquons tout à la fois d’un ministre de l’Intérieur et de miel à cause des frelons asiatiques qui dévorent nos chères abeilles (aucun lien de parenté), un aliment ne nous fait, lui, pas défaut : le café. Ce breuvage qui, chaque matin, sauve des milliers d’entre nous incapables de s’arracher à la tiédeur d’un lit pour aller s’enfiler des journées de boulot interminables. Alors que, Five-minuteurs que nous sommes, nous pourrions aisément nous contenter de partager du bon son avec vous !

Justement, petit retour en 2006 avec ce Café d’Oldelaf et Monsieur D : un sympathique titre survitaminé qui accompagne parfois mon réveil, ou éventuellement mon trajet maison-boulot. Un texte plutôt bien enlevé et interprété, soutenu par une petite guitare rythmique qui fait du bien à la plante des pieds. A la plante des pieds ? Oui, parce que ce genre de son à la fois léger et sautillant me fait l’effet d’un coussin d’air à ressorts qu’on glisserait sous moi pour m’alléger le pas.

Les plus attentifs d’entre vous auront noté que nous sommes dans la catégorie « Clips ». Non content de livrer une chansonnette bien troussée et terriblement drôle, Oldelaf y adjoint un clip que j’adore : court métrage d’animation, dans un style graphique rappelant Les triplettes de Belleville qui auraient sniffé de la coke et bouffé des amphétamines à tour de bras. Mais non, notre personnage n’a finalement pris que du café, en quantité certes déraisonnable.

C’est à la fois naïf et audacieux, et c’est surtout un bel exemple de clip s’accordant parfaitement avec l’univers musical du titre. Faut-il voir dans la journée de notre héros une lecture cynique et critique d’un monde moderne où tout n’est plus qu’urgence et hommes pressés ? Un monde où l’on passe pour de dangereux oisifs dès lors que l’on laisse de côté productivité, rentabilité et suractivité ?

Pour ma part, je préfère imaginer une autre façon de boire mon café que comme un stimulant permettant de bosser et tenir le coup jusqu’au pétage de plombs intégral : un café lentement passé, servi dans un mug (rouge de préférence, c’est plus joli) et tranquillement dégusté. Là où il s’écoule, le café plaisir donne à la vie une saveur qui ne ressemble à aucune autre. Note : le joli mug rouge pourra aussi servir à boire un thé vert (à l’amande par exemple), autre petit plaisir simple de la vie.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°3: Queens de The Blaze (2018)

Cette nouvelle semaine débutera sous le sceau de l’image et de la perle sonore qui l’accompagne, à savoir le titre Queens de The Blaze. Ce groupe français, composé de deux cousins, a sorti en 2017 un EP Territory qui propose une musique électronique originale et particulièrement cinématographique. Le duo s’est rapidement illustré par la qualité de ses clips qui révèlent un intérêt primordial dans la mise en images de leur univers. Lorsque l’on sait que Jonathan a fait une école de cinéma à Bruxelles, il y a comme une évidence qui pointe son nez…

Le 7 septembre dernier le duo vient de sortir son premier album studio Dancehall dont je vous parlerai peut-être ultérieurement s’il arrive à se démarquer définitivement de ma déjà très longue liste d’albums prétendant à une review sur Five-Minutes… C’était l’occasion pour eux de nous offrir un nouveau clip brillantissime, illustrant avec talent et émotion le titre Queens. Le titre en lui-même est déjà sublime, la voix éraillée, la rythmique obsédante qui laisse place à des moments de répit empreints d’émotion. Mon addiction à ce morceau est totale et l’addiction n’en devient que plus forte à la vue de clip.

Ce clip volontiers réaliste présente le milieu gitan sans idéalisation aucune. On retrouve ainsi le désoeuvrement général de tous ces jeunes entre runs de voiture et armes à feu. Cette toile de fond devient un écrin pour le couple central qui illumine ce clip, deux jeunes femmes qui possèdent un lien aussi évident que suggestif (deux amies? deux amantes qui se cachent aux yeux de leur communauté?). Le clip nous offre toute une série d’instants volés qui soulignent la violence et la force de ce duo fusionnel. Ces instants n’en rendent que plus poignante la douleur du deuil vécu brillamment illustrée par la scène de la jeune femme au milieu des hommes. Ce deuil permet aussi de mettre en valeur la force de la communauté gitane avec ce début majestueux mettant en valeur le deuil collectif.

Pour finir, j’aime particulièrement la rapidité des mouvements de caméra à l’épaule qui permettent de prendre conscience du tourbillon émotionnel que vivent ces deux jeunes femmes, tourbillon qui monte en puissance jusqu’à son dénouement funeste et pudique. L’enchaînement des scènes de la piscine et de la caravane est juste magnifique…

Je crains d’avoir été trop bavard alors je vous laisse en charmante compagnie avec Queens de The Blaze

Sylphe

Clip du jour n°2:If You Really Love Nothing d’Interpol (2018)

Au début des années 2000, les critiques musicaux ont constaté un véritable renouveau du rock, porté par des groupes jeunes ayant pour certains connu un succès d’estime considérable. Au milieu de The Strokes, Kasabian, Bloc Party, The Killers ou encore Franz Ferdinand, Interpol a su s’imposer dans une veine plus post-punk.  Hier est sorti leur cinquième album Marauder toujours signé sur le label Matador Records, ainsi que le clip du morceau If You Really Love Nothing. Le morceau percutant se situe dans la lignée des albums précédents et s’avère brillamment illustré par un clip réalisé par Halla Matar. Ce clip tout en noir et rouge -clin d’oeil aux premières pochettes du groupe- est porté par Kristen Stewart qui incarne avec brio une jeune femme hédoniste qui prend avec légèreté le monde qui l’entoure. Les mouvements de caméra rapides et le goût prononcé pour les plans-séquence épousent avec merveille l’impossibilité de la jeune femme à se poser, guidée qu’elle est par son envie de ne pas respecter les codes. Une surenchère perpétuelle qui laisse le spectateur tout aussi conquis que médusé, à l’image du jeune homme du début. Voilà finalement en Kristen Stewart une belle métaphore du groupe (n’oublions pas qu’elle sort du coffre du taxi amenant Interpol) qui se vante de ne rien respecter, sauf nos oreilles pleines de gratitude de ce morceau.

Sylphe

Clip du jour n°1 On the nature of daylight de Max Richter (2018)

Parce que c’est l’occasion de retrouver Max Richter, aux commandes notamment de la BO de The Leftovers, sans doute la plus grande et bouleversante série TV de ces dernières années. Histoire de s’en persuader, si ce n’est déjà fait, on (re)verra à volonté ces 28 épisodes incroyables sublimés par le son de Max Richter.

Parce que c’est aussi l’occasion de retrouver Elizabeth Moss, sans doute une des plus grandes et bouleversantes actrices de notre époque. Histoire de s’en persuader, si ce n’est déjà fait, on (re)verra Mad Men, Top of the Lake ou encore La servante écarlate.

Parce que, parfois, il faut savoir se taire et laisser parler musique et images. Dont acte.

Raf Against The Machine