Five reasons n°25 : Delicate sound of thunder (1988/2020) de Pink Floyd

What ?! Encore une réédition estampillée Pink Floyd ? On a pourtant (largement) donné, à tous les sens du terme, il y adsot 4 ans, avec la ressortie de toute la discographie du groupe en vinyle, étalée sur plusieurs mois. Nous avions alors eu droit à de biens beaux objets et de bien belles remasterisations à partir des bandes analogiques. En d’autres termes, des pressages très aboutis et incontournables de par leur qualité et leur son. Au milieu de tout ça se trouvait Delicate sound of thunder, dans une réédition assez magique. Le 20 novembre dernier, soit 32 ans (à 2 jours près) après la sortie originale de 1988, Delicate sound of thunder revient dans tous les formats possibles et imaginables : vinyle, CD, DVD, Blu-Ray. Le jeu en vaut-il la chandelle, et faut-il repasser à la caisse ? Tentative de réponse en five reasons chrono.

  1. Delicate sound of thunder est un album majeur de la discographie de Pink Floyd. A la fois parce qu’il est le premier live officiel du groupe depuis Ummagumma (1969), et parce qu’il témoigne de la tournée qui suit A momentary lapse of reason (1987). Pink Floyd a toujours réussi la prouesse d’être à la fois un groupe de studio (pour toutes les recherches sonores et bidouillages créatifs en tout genre) et un groupe de scène (pour la puissance de ses performances). Peu de groupes peuvent revendiquer ce double titre, et Delicate sound of thunder est un témoignage éclatant de leur savoir-faire scénique. Un show irréprochable côté rythme puisqu’il n’y a pas une basse de régime : on ne s’emmerde jamais. Un concert de très haute tenue avec un savant mélange de titres récents et d’anciens.
  2. Delicate sound of thunder et son pendant studio A momentary lapse of reasons arrivent à un moment particulier de la carrière de Pink Floyd. Plus exactement, il s’agit de la renaissance réelle du groupe. L’album studio précédent The final cut (1983) est surtout un album du bassiste Roger Waters. Composé de titres écrits à l’époque de The Wall (1979), qui était déjà presque un album du seul Roger Waters, The final cut est une très bon opus mais n’a pas le goût du groupe : Waters est aux commandes, David Gilmour et Nick Mason interprètent, mais surtout il manque Rick Wright aux claviers, viré du groupe à l’époque The Wall. Ce dernier réintègre l’équipe pour l’album studio, et surtout pour la tournée qui suit et donnera lieu à Delicate sound of thunder. Autant  dire que, si on a perdu Roger Waters en route, on a gagné les retrouvailles avec la formule groupe et le son de Rick Wright.
  3. Cette version 2020 de Delicate sound of thunder fait justement la part belle au son, en étant à la fois restaurée et remixée. L’intérêt ? L’ensemble sonne nouveau et plus riche. Les titres fourmillent de détails sonores en rééquilibrant les instruments. On profite ainsi bien plus encore de l’ensemble du groupe, avec cette sensation que les claviers de Wright retrouvent leur juste place, tout du moins celle qu’ils méritent. On y gagne également un album qui devient intemporel et beaucoup moins daté années 80 que la précédente édition. A momentary lapse of reason est clairement un son fin des années 80, et sa déclinaison live avait toujours conservé cette petite touche pas désagréable, mais qui pouvait rebuter certaines oreilles sur les titres les plus récents. Tout cela est fini : avec Delicate sound of thunder 2020, on embarque dans une virée de plus de 2h qui est un album de 1988, mais qui pourrait tout aussi bien être un live contemporain.
  4. Autre atout, et pas des moindres : cette réédition est aussi augmentée et remontée. C’est à dire ? On y gagne 9 titres par rapport à l’édition de 1988. La précision est importante car, en réalité, l’exceptionnel One of these days figurait déjà en exclu sur la réédition 2016. Toutefois, le gain est très conséquent, à la fois en nombre de titres et en qualité. D’une part, ces ajouts sont essentiellement constitués de moments instrumentaux qui font le lien entre des titres chantés. L’ensemble devient cohérent et logique en formant un tout unique : une fois cette version 2020 écoutée, on se rend compte qu’il avait toujours manqué du liant dans les anciennes éditions. D’autre part, on y gagne une version démente de Welcome to the machine, dans laquelle Rick Wright s’en donne à cœur joie et fait revivre l’énergie presque oubliée du Pink Floyd des années 70. Enfin, de la première à la dernière minute, on est emporté dans ce qui semble cette fois être la version définitive et complète de ce live, sous sa forme et dans son montage originel.
  5. Ma dernière raison est totalement une raison iencli, autrement dit pour certains une fausse raison car pas directement liée au contenu. En revanche, ceux qui ont la collectionnite aiguë vont vite me comprendre. La réédition 2020 de Delicate sound of thunder, notamment dans sa version vinyle, est magnifique : trois galettes rangées dans des sous-pochettes noires et sobres, elles-mêmes chacune glissées dans des pochettes cartons aux sublimes photos. Le tout est regroupé dans un coffret carton (certes un peu léger) aux côtés d’un livret bourré, là encore, de photos et de visuels qui en jettent. A tel point que, lorsque j’ai ouvert l’objet, j’ai eu cette sensation de déballer un bien précieux, une pièce rare. Certes, il faut accepter de lâcher 60 balles dans l’affaire, mais voilà une édition qui rejoint presque en qualité P.U.L.S.E. (1995), l’autre live mythique du groupe. Autant dire que, pour tout fan absolu de Pink Floyd, il va être bien difficile de passer à côté.

Les fans hardcore de Pink Floyd n’ont donc pas à être convaincus : soit vous avez déjà craqué/écouté et possiblement racheté, soit ce Delicate sound of thunder arrivera prochainement dans votre discothèque. Pour tous ceux qui n’ont jamais mis le nez dans ce live et voudraient découvrir Pink Floyd dans sa dernière période, il va sans dire que cette réédition 2020 est la version à écouter, tant elle écrase par son contenu et sa qualité les galettes précédentes. A défaut de s’envoyer toute la discographie du groupe, c’est le live parfait pour entendre un savant mélange du vieux Pink Floyd et de son virage 80’s. Welcome my son. Welcome to the machine.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°24 : Winter is for lovers (2020) de Ben Harper

ben_harper_winter_is_for_lovers-510x510Petit décalage hebdomadaire : non, vous ne rêvez pas, nous sommes bien samedi et c’est bien la livraison habituellement postée le jeudi. Ça arrive, et il fallait bien prendre le temps nécessaire pour décortiquer ce Winter is for lovers, dernier album studio de Ben Harper. En début de mois, on s’était fait très agréablement surprendre par l’inattendu Trésors cachés & Perles rares de CharlElie Couture. En ce même mois de novembre, on se refait très agréablement surprendre par ce tout aussi inattendu 17e album studio de Ben Harper. Winter is for lovers est tombé dans les bacs voici quelques jours. Inattendu par sa venue et son contenu, renversant par sa qualité : tour du proprio en five reasons chrono.

  1. Winter is for lovers est une forme de retour aux sources dans la discographie de Ben Harper. On a découvert le garçon au début des années 1990 avec deux albums exceptionnels, à savoir Pleasure and Pain (1992) et Welcome to the cruel world (1994). Deux galettes quasi-acoustiques dans lesquelles l’artiste met très en avant sa voix, mais surtout sa maîtrise déjà dingue de la guitare folk, qu’elle soit classique ou lap-steel. La lap-steel guitare, autrement dit l’équivalent d’une pedal-steel sans pédale : une slide guitare qui se joue posée à plat sur les genoux. On y reviendra. Pour qui a aimé Pleasure and Pain et Welcome to the cruel world, impossible de rater ce Winter is for lovers. Istanbul en ouverture des 15 titres donnent les mêmes émotions que The three of us en 1994. De l’instrumental solo, comme une invitation intime et frissonnante.
  2. La différence entre les deux albums de 1992 et 1994 et celui du jour, c’est que l’instrumental ne s’arrête pas là. Winter is for lovers est un disque exclusivement instrumental et solo. Aucune voix, aucun autre instrument. Ben Harper déroule 15 titres uniquement interprétés sur sa fameuse lap-steel guitare Weissenborn. Une marque de guitares hawaïennes qu’il connaît bien, puisqu’il en joue depuis son enfance californienne, aidé en cela par la petite entreprise familiale de magasin d’instruments de musique dans laquelle il a passé pas mal de temps. Jouer de la Weissenborn, c’est ce que Ben Harper fait de mieux. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il est bon sur d’autres instruments, et il chante terriblement bien. Néanmoins, la Weissenborn c’est son ADN musical : la maîtrise impressionnante qu’il en a dès qu’il en joue en est la preuve éclatante.
  3. Less is more : cet adage est le fil rouge de Winter is for lovers. Dépouillé de tout autre instrument, de toute voix et de tout arrangement, l’album est également minimaliste au cœur de ses compositions. Un dépouillement total qui permet de se recentrer sur l’essentiel. Avec la sensation d’un Ben Harper dans son salon (ou dans le nôtre), les 32 minutes de cette galette invitent à l’introspection. Cette évidence d’un retour aux sources (musicales) pour mesurer le chemin parcouru saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles. Mais loin de faire du réchauffé, Ben Harper livre un éventail de tout ce qu’il sait faire, et de ses différentes influences musicales. Blues, soul et folk se mêlent pour une démonstration d’un des plus grands musicos/guitaristes de l’histoire. Pas tant dans sa technicité que dans sa sensibilité à nous emmener très loin.
  4. C’est précisément l’autre versant de Winter is for lovers. Dans une période où l’on passe de confinement en confinement, d’une pièce à l’autre et du lit au boulot, Ben Harper envoie 15 titres qui portent tous le nom d’un endroit du monde : ville, quartier, lieu, pays, tout est bon pour nous balader à travers la planète au travers de diverses ambiances. Que l’on soit à Istanbul, Inland Empire, London, Verona, Montreal ou Paris, on est avec Ben Harper pour un mini tour du monde au travers de lieux qui comptent pour lui, et parfois pour nous. Difficile de distinguer plus un titre d’un autre, et de l’isoler, tant la demi-heure de l’album s’enchaine comme un seul et même long morceau composé de mouvements. Alors que Ben Harper avait déjà ajouté le jazz dans sa musique en construisant des titres alternant thèmes et chorus libres (réécoutez ses lives, c’est monstrueux de maîtrise), il y ajoute la sensation de musique classique en proposant un album bâti comme un seul titre de 32 minutes qui varie les tempos et les mélodies.
  5. Faut-il une raison supplémentaire ? Non, mais je rajoute une couche. La pochette est sublime, avec une photo de rue sous la neige qui me rappelle immanquablement la pochette de The Freewheelin’ Bob Dylan, deuxième album de Dylan, sur laquelle on le voit marcher dans la rue avec à son bras Suze Rotolo, sa petite amie de l’époque. Comment ne pas faire le rapprochement ? Enfin, pour disséquer un peu son titre, Winter is for lovers est le disque qu’il nous faut. Pour toutes les raisons déjà évoquées, parce que c’est un album qui fait un bien de dingue et qui apaise. Et parce que, même sans Winter (je sais pas chez vous, mais on est fin novembre et il fait encore tranquilloum 15 degrés en journée…) et même sans lover, ce nouvel opus de Ben Harper vous remplira de douces sensations.

Vous l’avez compris, je suis plus que totalement conquis par Winter is for lovers. Pendant longtemps, et au gré de la carrière de Ben Harper et des différentes formations dans lesquelles il a évolué, j’ai toujours trouvé que la meilleure formule (hors le solo) était celle des Innocent Criminals. En témoignent le retour de ce groupe en 2015 et les quatre soirées au Fillmore de San Francisco en mars 2015, enregistrées et mises en ligne gratuitement à l’époque par Ben Harper himself. Quatre soirées d’anthologie avec des versions démentes de presque toute la disco de la formation. Je maintiens mon avis sur les Innocent Criminals, mais franchement, ce Winter is lovers constitue la quintessence de ce j’aime dans le son Ben Harper.

Après S16 de Woodkid et Trésors cachés & Perles rares de CharlElie Couture, cette fin 2020 est riche en grands albums avec le Winter is for lovers du jour. L’automne 2020 est puissant musicalement, avec en plus quelques rééditions de folie qui viennent se greffer. On a de quoi faire pour les semaines à venir, et on en reparle très bientôt.

Raf Against The Machine

Five reasons n°23 : Trésors cachés & Perles rares (2020) de CharlElie Couture

Tresors-caches-et-perles-raresVoilà un album auquel on ne s’attendait pas vraiment, et qui nous attrape de façon un peu inattendue. Quoique. Pas tout à fait. Je m’explique. Un an après Même pas sommeil (2019), CharlElie Couture est déjà de retour dans les bacs avec un disque annoncé l’été dernier, pour une sortie la semaine dernière. Trésors cachés & Perles rares est un assemblage de titres peu connus et réarrangés, ou inédits. J’avoue avoir déclenché direct (et un peu automatiquement) la précommande, mais après plusieurs écoutes en boucle, cette galette me procure bien plus de sensations que je ne l’avais imaginé. Pourquoi foncer sur ce Trésors cachés & Perles rares ? Explication en five reasons chrono.

1. En premier lieu, on ne va pas se priver d’un album de CharlElie Couture. Discographiquement actif depuis 1978, à la tête de 23 albums studio et 17 BO de films, le garçon est une valeur sûre pour qui accroche un minimum à son univers et son approche artistique. Depuis ses Poèmes rock (1981) à l’excellent Lafayette (2016) enregistré en Louisiane, en passant par Solo Boys (1987) ou encore Casque nu (1997), aucun album n’est à jeter, et tous sont mêmes hautement recommandables. Certains plus que d’autres encore, mais peu importe. A intervalles réguliers, CharlElie Couture crée et offre de nouveaux titres qui font du bien. En d’autres termes, l’assurance de ne pas tomber dans une soupe insipide.

2. Plonger dans un album de CharlElie, c’est croiser des personnages vivants des tranches de vie, mais également explorer des moments suspendus en vue multi-angles. Trésors cachés & Perles rares n’échappe pas à la règle. Qui je suis, qui je fuis narre l’après d’une errance post-adultère sans avant, sans lendemain et sans engagement. Plus tôt, Goodnight Esmeralda #2 nous embarque dans une chronique nocturne faite d’images mentales et de clichés pris au hasard de la nuit. Avec un énorme clin d’œil à Keep on movin’ (Esmeralda 2nd) de l’album Solo Boys, ou la même nuit vue par un autre personnage. CharlElie est un génial conteur d’histoires, qui sait, en quelques mots et parfois peu de notes, faire apparaître des scènes tantôt photographiées, tantôt dessinées, tantôt sculptées. Plutôt logique pour un artiste multi-supports qui se définit comme multiste et à la recherche de l’Art total.

3. Un album de CharlElie, c’est aussi se livrer à des regards sur le monde du moment et sur soi-même. Faits divers et autres histoires renvoie, avec son texte presque récité, à la litanie des actualités égrenées sur nos multiples chaines d’info, tandis que Nés trop loin #2 raconte la quête et l’espoir d’un monde d’égalité(s). L’introspection personnelle est de mise avec Retourne-toi (#2), sorte de chronique douce-amère de l’adolescence et de sa part d’insouciance, ou Une main dans la mienne qui décrypte en mode piano blues ce que peut être le péril de la solitude et le besoin de l’autre pour ne pas s’égarer soi-même. Quant à Ecrire (littérature), c’est un véritable texte méta récité sur des samples et nappes électros. Une réflexion sur la création doublée d’une sensualité vénéneuse et torride. Sans doute mon titre préféré de cet opus.

4. Musicalement, où en est CharlElie sur ce 23e album ? Clairement dans le blues rock plutôt minimaliste, d’autant que ces versions sont faites pour partir en tournée Solo+ (si c’est possible un jour) sous un format piano-guitare (et parfois quelques invités au gré des dates et lieux de concerts). Du piano blues, du blues rock tendance Chicago blues, mais aussi du blues limite poisseux et ténébreux, à travers notamment Ecrire (littérature) et la nouvelle version de La ballade de Serge K : la déambulation en mode no future du désespéré et nihiliste Serge K qui renvoie autant au Quoi faire ? (1982) qu’à la BO et à l’univers de Tchao Pantin (1983). C’est clairement très bon, les arrangements sont hypnotiques et les 10 titres de l’album sont, textuellement comme musicalement, d’une résonance étonnamment actuelle et contemporaine.

5. Dix titres : tout à une fin, même les meilleures choses, et ce Trésors cachés & Perles rares en fait partie. Il se clôt avec Il neige sur Oxford, une sorte de profession de foi/manuel d’utilisation de l’album qui n’arrive qu’à la fin. Les 9 morceaux précédents dessinent, sans que l’on s’y attende au départ, une vision globale et cohérente de notre époque. Néanmoins, chacun d’eux nous sort de cette réalité par touches poétiques, comme autant de moments d’évasion pour mieux supporter le monde actuel tout en le regardant à travers le prisme CharlElie. Dans cette chanson, le personnage qui s’éveille en hiver, alors qu’il pensait être en juillet, c’est chacun de nous : l’auditeur de ce disque est rattrapé par ce « Me revoilà dans la réalité » : « On sait tous que la raison peut tuer l’imagination / Alors inventons des poèmes à tiroirs / Des morceaux de musique en forme de poire / Des histoires pleines d’espoir / Pour faire s’envoler l’esprit des grands et des petits ». Avec Lewis Carroll en référence appuyée, ce titre referme intelligemment et avec grande élégance Trésors cachés & Perles rares. En donnant immédiatement envie d’y retourner.

Après un mois d’octobre musicalement marqué par le brillant S16 de Woodkid, novembre et son flot de sorties débute de la plus belle des façons avec ce nouvel album de CharlElie. Trésors cachés & Perles rares porte bien son titre. Cette galette tombe à point nommé et réussit la double performance de parler pleinement des sensations de notre époque tout en nous permettant de nous en extraire. C’est assez brillant, et il n’y a aucune raison que cet album perde en qualité avec le temps, puisqu’il s’agit justement de titres parfois anciens repris/remaniés qui affichent toujours une sensibilité très actuelle. En attendant les (possibles) autres pépites à venir dans le mois, on remet CharlElie sur la platine et on s’évade. Sans retenue.

Raf Against The Machine

Five reasons n° 22 : Gainsbourg en public au Palace (1980/2020) de Serge Gainsbourg

Retour aux affaires après la période estivale et en pleine rentrée yolo pour des retrouvailles au rythme d’un post hebdomadaire, aux côtés de mes gars sûrs Sylphe et Rage. Et question rythme, vous allez être servis avec la galette du jour. Je vous propose de remettre sur la platine le live de Gainsbourg au Palace en 1979 (publié en 1980), en égrenant 5 bonnes raisons de le faire.

  1. Revenons en arrière de quelques décennies, précisément en 1979. Serge Gainsbourg a cartonné dans les 60’s et les a clôturées par ses Initials B. B. (1968) et Jane Birkin – Serge Gainsbourg (1969) chargés de pépites. Les années 70 se présentent différemment. Gainsbourg se lance dans des albums plus conceptuels et moins grand public, mais néanmoins brillants et de haute volée : Histoire de Melody Nelson (1971), Vu de l’extérieur (1973), Rock around the bunker (1975) et L’homme à tête de chou (1976). Les ventes sont basses, notamment pour Vu de l’extérieur et L’Homme à tête de chou (respectivement 20 600 et 55 800 exemplaires). Gainsbourg se lance alors dans une période reggae, un genre musical qu’il va chercher à la Jamaïque. Il y enregistre Aux armes et cætera, qui sera un carton ventes avec 575 600 exemplaires écoulés. Autrement dit, en 1979-1980 et avec la période reggae, on est à une charnière de la carrière et de l’œuvre de Gainsbourg.
  2. Double charnière, puisque la série de concerts au Palace en décembre 1979 marque le retour sur scène de Gainsbourg. On peut voir ce live au Palace comme une renaissance scénique, qui amènera par la suite l’artiste à renouveler ses passages sur scène. Après cet album en 1980 viendront l’excellent Gainsbourg live (1985) enregistré au Casino de Paris après la sortie de Love on the beat (1984) et Le Zénith de Gainsbourg (1989). Si le live au Casino contient de purs moments d’extase (surtout dans sa réédition de 2015 gratifiée d’un nouveau mixage), ce live au Palace révèle une réelle spontanéité et un côté faussement artisanal très savoureux, avec des musicos et un Gainsbourg qui semblent vraiment s’éclater.
  3. Les musiciens justement, parlons-en : tout comme pour son enregistrement studio, Gainsbourg s’est entouré de musicos jamaïquains pure souche qui maitrisent le reggae comme personne. Et ça s’entend. Si vous voulez de la ligne de basse qui envoie, des percus qui racontent des histoires à chaque son et une guitare rythmique imparable, c’est ici et nulle part ailleurs qu’il faut poser vos oreilles. Le genre d’album qui donne l’impression d’être super facile à jouer, parce que fluide à l’écoute, sans temps mort, et qui pose son ambiance à la fois cool et sensuelle. Voilà du son juste moite comme il faut, avec sa dose de sensualité et de sexualité qui transpire de chaque note, renforcée par la puissance de certains textes comme Lola Rastaquouère ou Marilou Reggae Dub.
  4. Le petit plus de cet enregistrement (et sans doute son coup de génie), c’est d’intégrer d’anciens titres réarrangés à la sauce reggae. Gainsbourg et ses musicos balancent des réinterprétations de Docteur Jekyll et Mister Hyde, Harley Davidson et Bonnie and Clyde. Histoire de rappeler à tout le monde le génial musicien qu’était Gainsbourg, ainsi que l’universalité de ses chansons. Un titre comme Harley Davidson acquiert alors une puissance encore inconnue, tandis que Bonnie and Clyde s’habille d’une nonchalance crépusculaire assez ravageuse.
  5. Tout ça vous a donné envie de réécouter cette pépite ? Ça tombe bien : l’album, réédité dans un nouveau mixage, sera disponible demain 11 septembre chez tous les bons disquaires (et dès aujourd’hui à domicile pour les adeptes de la précommande ^^), en CD comme en vinyle. Du côté du contenu, rien de plus que la réédition double CD de 2006 (indisponible depuis). Le communiqué de presse parlait de deux inédits, qui figuraient en fait déjà dans la galette de 2006. Toutefois, cette nouvelle version est particulièrement indispensable, notamment en vinyle : le nouveau mixage met encore plus en valeur ce qui fait le cœur palpitant du reggae et de ces sessions live de Gainsbourg. A savoir la basse, ronde comme jamais, et des percus qui se détachent magnifiquement. Sans compter les textes et la voix de Gainsbourg bien mis en avant.

En résumé, si vous aimez Gainsbourg, si vous aimez le reggae, si vous aimez le bon son, voilà un (r)achat assez incontournable. Pour les collectionneurs, mentionnons des éditions vinyles colorées bleu-blanc-rouge (FNAC) ou vert-jaune-rouge (Vinyl Collector). Et si, en cette pleine période de rentrée, votre banquier/banquière vous fait les gros yeux, portez le coup de grâce à vos finances en vous offrant aussi la réédition de To bring you my love de PJ Harvey, et de la galette bis de Demos. Ça sort demain aussi. Et au moins, les choses seront claires !

Raf Against The Machine

Five Reasons n°21 : Dry (1992) de PJ Harvey

DryC’est l’heure de la livraison hebdomadaire, et même de la grosse livraison ce jeudi. Puisqu’on est un peu moins actifs par ici ces derniers temps (mais ce n’est que passager, rassurez-vous !), ça mérite qu’on charge un peu la mule à chaque passage. La semaine dernière, on était sur du lourd avec le Gimme Shelter des Stones. On jour les prolongations avec un retour en 5 actes sur ce qui est sans aucun doute l’un des meilleurs albums rock de l’univers : Dry de PJ Harvey.

  1. Dry est le premier album de PJ Harvey (Polly Jean Harvey en version complète). La galette qui nous permet, en 1992, de découvrir ce petit bout de femme sorti du Dorset. Du haut de ses 23 balais, elle balance alors ces 11 titres qui marquent le début d’une carrière assez oufissime : 9 excellents albums au compteur, 11 si on ajoute les 2 en collaboration avec John Parish, 13 si on ajoute les 4-track Demos (1993, du 2e album Rid of me) et les Peel Sessions 1991-2004, 14 si on ajoute encore All about Eve, BO de l’adaptation scénique en 2019 du film éponyme de Mankiewicz sorti en 1950. Dry ouvre donc cette riche discographie avec 41 minutes d’un rock sec, tendu, vénéneux, sans aucune concession et malgré tout riche d’une énergie maboule.
  2. Ouverture des hostilités avec Oh my lover, sorte de lamentation rock désespérée qui pourrait donner envie de ne pas aller plus loin. C’est torturé et d’une noirceur impénétrable, mais c’est porté par une basse sonore bien mise en avant, des riffs de guitare rageux, et une batterie qui sait raconter les choses. Et surtout, c’est emmené par la voix de PJ Harvey qui, en un seul et premier titre, expose le matos : voilà, je sais monter dans les aigus, je sais rester dans les graves en allant y chercher le petit grain râpeux quant il faut. Et cette voix, j’en fais un peu ce que je veux, en jouant avec les lignes mélodiques. C’est brillant, ça dure 3 minutes 57 et c’est le premier titre en écoute ci-dessous.
  3. Au milieu de la virée Dry, nous tombe dessus le 6e titre Sheela-Na-Gig. On a déjà pris bien cher tellement l’énergie rock des cinq premiers morceaux nous a éprouvés mais hypnotisés. Et voilà que PJ Harvey lâche un titre d’apparence plus pop dans sa construction : petit intro, couplets, refrain. Titre qui n’est pop que dans sa construction, et encore. Une putain de déferlante rockeuse oui : ça tabasse à la rythmique, ça riffe à la six cordes et, encore, la voix de PJ Harvey, dont on pensait avoir tout découvert en 5 titres. Erreur fatale ! Les choses ne font que commencer, dans cet album comme pour les années à venir. Sheela-Na-Gig est le 2e titre à écouter.
  4. On reprend à peine son souffle avec Plants and Rags, rythmiquement parlant, parce que côté ambiance du morceau c’est loin d’être la joie et la sérénité, comme viendra le confirmer le violon torturé qui accompagne la fin du morceau. Et juste derrière, Foutain aurait pu être le titre de fin. Il ressemble à une fin d’album. Mais non : PJ Harvey choisit de nous achever avec Water, démentielle conclusion d’un album de folie et 3e morceau en écoute. Et de l’eau, on en a besoin après cette traversée aride d’une contrée rock inconnue, terriblement novatrice et hyper bandante. En plus, c’est drôle de finir par Water un album qui s’appelle Dry.
  5. Combien de fois j’ai écouté cet album ? Aucune idée, mais j’y reviens régulièrement depuis sa sortie. Peut-être le PJ Harvey que j’écoute le plus. Et aussi un des rares albums parfaits à mes yeux : pas une seconde à jeter. Un album à retrouver très prochainement en réédition vinyle. Oui, c’est l’annonce musicale du mois (easy) : toute la discographie de PJ Harvey rééditée en vinyles dans les 12 prochains mois. Les originaux étant introuvables, ou à des prix insaisissables, voilà une occasion rêvée pour (re)découvrir cette exceptionnelle musicos. Mais ce n’est pas tout : chaque album sera accompagné d’un second contenant les démos de chaque titre. Une sorte de galette miroir qui donne la fringale. Surtout lorsqu’on découvre la démo de Sheela-Na-Gig (4e titre à écouter), voix/guitare folk, qui donne à la fois une nouvelle couleur et une autre énergie à ce morceau. Et cette voix putain !

Autant dire que tout ça est attendu de pied ferme : Dry et son Dry – Demos sont annoncés pour le 24 juillet, Rid of Me et son 4-Track Demos pour le 21 août. Et tous quatre en précommande à ce jour. C’est de la bonne came, c’est du lourd, c’est du rock. C’est la vie. Foncez.

 

 

 

Raf Against The Machine

 

Five Reasons n°20 : Lucky Peterson

Le 18 mai dernier, nous avons appris, émus, la mort de Michel Piccoli. Ce géant du cinéma français, du cinéma tout court, s’est éteint quelques jours plus tôt, après une carrière jalonnée de grands films mais aussi d’engagements politiques et humains. Les hommages pleuvent depuis, comme pour compenser l’absence de toute distinction officielle des professionnelles de la profession. Ce grand monsieur fera peut-être l’objet d’une séquence souvenirs/émotions posthume lors des prochains César. On n’y sera pas. La dernière fois, on s’est levés et on s’est cassés.

Le même jour, ce même 18 mai, nous avons aussi appris la soudaine disparition de Lucky Peterson. Ce même lundi 18 mai 2020 où nous nous sommes souvenus que 40 ans plus tôt, Ian Curtis mettait fin à ses jours, et par la même occasion à Joy Division. Sale date pour les talents et les grands artistes. Oui, parce que Lucky Peterson faisait partie de ceux-là. Il en fait partie : écrivons ça au présent, et égrenons quelques bonnes raisons d’écouter ce grand musicos qui, l’an dernier encore, parcourait les scènes pour une tournée anniversaire d’un demi-siècle de carrière.

  1. Lucky Peterson est parti trop tôt. 55 ans au compteur, dont 50 de carrière, pour ce sacré personnage né Judge Kenneth Peterson. Oui, vous avez bien lu, tout a commencé à l’âge de 5 ans pour lui, et tout à même commencé dès la naissance. Son daron James Peterson, chanteur et guitariste, tenait un club de blues dans lequel le futur Lucky a croisé des pointures comme Buddy Guy ou Muddy Waters. L’opportunité de tâter du blues dès le berceau, et de commencer l’orgue à l’âge de 5 ans, avant d’être repéré par Willie Dixon himself.
  2. Lucky Peterson était avant tout organiste. Il a fait des merveilles derrière le mythique orgue Hammond, dont il a exploité toutes les légendaires possibilités sonores pour explorer toutes les émotions du blues. C’est en écoutant Lucky Peterson que j’ai découvert cet orgue, c’est en faisant tourner en boucle ses enregistrements que j’ai appris à l’aimer. Et si, de votre côté, l’orgue Hammond vous emmerde, prenez quand même le temps d’écouter Lucky en jouer, en plongeant par exemple dans ses Organ soul sessions sorties en 2009. Le bonhomme semble aller chercher au fond de la bête tout ce qu’elle peut cracher de sensualité groovy.
  3. Lucky Peterson était aussi guitariste. Bien qu’il n’ait approché la six cordes que plusieurs années après le Hammond, il maîtrisait aussi de ce côté-là. Si j’ai (re)découvert l’orgue en l’écoutant, je l’ai lui en revanche découvert à la guitare, à un âge où précisément je me fantasmais guitariste rock, en mode ado le manche à la main. Lucky Peterson rappelle à beaucoup un certain B.B. King par son style et son toucher. C’est pas faux comme dirait l’autre, mais il avait aussi son propre style qui faisait la synthèse de nombreux artistes et courants du blues.
  4. Le blues de Lucky Peterson, c’est quoi ? C’est une musique qui n’oublie jamais d’où elle vient, tout en évitant la tristesse. Evidemment, parfois, il y a soudainement, au détour de quelques accords ou d’un chorus, une sorte d’émotion qui te fait dresser les poils et te colle le frisson ou une poussière dans l’œil. Mais ce que je retiens moi du Lucky blues, c’est précisément ce que je viens d’écrire : un blues heureux, apaisé, accessible et terriblement groovy. Que le tempo soit lent ou plus boosté, bonnes ondes et bien-être déferlent de la tête aux pieds.
  5. Le blues de Lucky Peterson, c’est aussi un savant mix fait de compositions originales et de reprises innombrables. Sur ce dernier point, les Organ Soul Sessions en sont un bon exemple avec des relectures de I walk the line (Johnny Cash), Rehab (Amy Winehouse) ou encore Me and Bobby McGee (Janis Joplin). Oui, vous avez remarqué vous aussi : le hasard m’a fait prendre en exemples 3 autres musicos qui ont, toute leur carrière durant, entretenu un étroit rapport avec le blues. Le blues de Lucky Peterson, c’est donc l’essence même du blues et du jazz : apporter sa pierre à l’édifice avec des compos personnelles, tout en revisitant un répertoire commun et partagé toujours plus grand et inépuisable.

Une fois que tout ça est dit, que reste-t-il à faire ? Continuer à écouter Lucky Peterson qui a su, au long de ces 50 années de carrière et au cours de prestations inoubliables, nous raconter à sa façon les choses de la vie.

Raf Against The Machine

Five reasons n°19 : Quarantine Phone Sessions (2020) de Pomme

Comment ça va par chez vous ? Pas trop mal au confinement ? Parce que je vais vous en remettre une petite couche cette semaine, mais néanmoins avec de la bienveillance et du bon son. Vous allez voir, ça va bien se passer. Très bien même.

Passé le Carpenter Brut de la semaine dernière, j’ai failli retourner dans mes références musicales de base, lorsque m’est tombé dessus un nouveau EP de Pomme. Nous avons déjà parlé ici de cette jeune chanteuse, en mettant au rang de pépite son Grandiose, extrait de son deuxième album Les failles cachées. Si vous êtes passés à côté, il faut vous rattraper sans tarder en suivant ce lien. Et comme ça va vous plaire beaucoup beaucoup, vous allez enchaîner sur le nouveau mini-album de Pomme Quarantine Phone Sessions. Et s’il vous faut une bonne raison, en voilà cinq.

  1. Les chansons de Pomme sont vraiment très jolies et font du bien. Cet EP ne déroge pas à la règle. Composé de 5 titres, vous allez voyager pendant 8 minutes dans un univers de sérénité mélancolique, accompagné par une voix toujours aussi incroyable. Je vous vois d’ici : 8 minutes pour 5 titres ? Oui, ce sont en fait 5 petites chansons de 1 minutes 30, comme 5 touches de folk dépaysantes, entre douceur et mélancolie.
  2. Oui, parce que ces 5 titres relèvent de la folk épurée, dans le plus simple appareil guitare folk-voix. Forcément, si des artistes comme Joan Baez, Bob Dylan (en version folk) ou Angus & Julia Stone vous gonflent, pas la peine de vous arrêter : je vous suggère plutôt d’attendre le prochain passage du copain Sylphe sous peu (#l’artduteasing). Pomme caresse ses cordes et pose dessus sa voix qui nous caresse, avec des mots en anglais dont on se moque un peu. Ce qui compte c’est l’effet que ça nous fait.
  3. Des paroles dont on se moque… pas tout à fait quand même, puisque le 3e titre No kids est tendre dans sa musique, cruel dans ses mots : « I don’t want no kids anymore / When I see the harm that we’ve done / I don’t want them to live in this crazy world ». Besoin de traduction ? L’idée, c’est finalement de ne pas/plus vouloir d’enfants quand on voit le monde tout salopé par l’Homme dans lequel on les ferait venir et grandir. Oui, ça me cause total, et en plus ça fait d’une certaine façon écho au titre Grandiose évoqué plus haut. D’ailleurs, y aurait comme un air de famille dans la mélodie, non ?
  4. En parlant de monde tout salopé, ça nous ramène un peu tout de même au confinement, et il y a un rapport très direct : ce EP est éphémère, tout comme le confinement (enfin, on va se dire ça). Pomme a enregistré ses chansons confinée chez elle, direct sur son téléphone. D’où le titre du EP Quarantine Phone Sessions. Un EP qui disparaîtra sitôt le confinement levé. Aux dernières nouvelles, il vous resterait donc une dizaine de jours pour profiter de ces petites perles musicales. Je serais vous, je ne trainerais pas.
  5. Sauf si vous décidez de l’acheter ! Puisque oui, Quarantine Phone Sessions est disponible à l’achat sur toutes les bonnes plateformes pour à peine 3 balles. J’entends déjà du « 3 euros pour 5 titres et 8 minutes de musique, ça abuse ». Pourtant, ça choque personne de claquer 20 balles dans des albums de merde qui durent bien trop longtemps et dont on ne se souviendra plus dans quelques mois (non, je ne citerai aucun artiste, sur Five-Minutes on ne dégomme personne…^^) Alors que là, c’est 3 balles pour de la jolie musique. Et puis après tout merde : il serait temps de se souvenir que la culture et l’art ça a un prix, vous pouvez quand même bien soutenir les artistes non ?

Cinq bonnes raisons, c’est déjà six de trop. J’aurais pu gagner du temps en vous disant que ce sont cinq chansons de Pomme, et que ça ne se discute pas. Ça s’achète et ça s’écoute, point. La musique de Pomme, ça fait du bien au confinement. Ça fait du bien tout court, et en même temps ça fait réfléchir et ça remue l’humanité sensible qui est en nous. Vous êtes encore là ? Mais vous attendez quoi pour filer acheter cet EP ? Foncez !

Raf Against The Machine

Five reasons n°18 : 25 Live (2020) de Archive

Retour sur un des plus grands moments musicaux de ces dernières années : après 25 ans d’une magnifique carrière, le groupe anglais Archive choisit de célébrer ce quart de siècle avec son public. D’abord avec la parution, en 2019, d’un coffret anniversaire bourré de bon son : 4 CD ou 8 vinyles, histoire de retrouver une palanquée de titres exceptionnels, assortis de quelques inédits. Inutile de dire que je me suis jeté dessus, puisqu’inutile de préciser aussi la place qu’occupe Archive dans ma discothèque et dans ma vie. Les plus assidu-e-s d’entre vous le savent déjà, puisque j’y ai consacré ici plusieurs publications.

Deuxième temps de la célébration, le 25 Tour, une tournée européenne dantesque comprenant plusieurs dates françaises. Avec la team Five-Minutes, on a eu la chance de pouvoir vivre une de ces soirées, grâce à la vigilance et la rapidité à choper des places de notre gars sûr Sylphe (#merciàjamais). Pour l’anecdote, Archive avait lancé une souscription pour financer l’édition vinyle du concert parisien de mai 2019 à la Seine Musicale. Projet finalement tombé à l’eau… mais rebond du groupe, avec la mise en ligne gratuite fin janvier 2020 de l’intégralité d’un album sobrement intitulé 25 Live. Oui, vous avez bien lu, la galette complète est offerte. La classe totale by Archive, et le respect complet pour le public. Pourquoi ne faut-il pas s’en priver, toute gratuité mise à part ? On voit ça en 5 raisons chrono.

  1. Archive en concert c’est magnifique. On le savait déjà pour avoir fait tourner en boucle le Live at the Zénith (2007), ou encore pour les avoir vus sur la tournée Controlling Crowds en 2010. La formation envoie le bouzin (comme dirait Sylphe) et sait exploiter chaque minute disponible. Pas un seul temps mort, et dans le cas du 25 Tour, plus de deux heures de tension émotionnelle. On est sortis de ce concert sonnés, gavés, heureux, sur une autre planète.
  2. La captation proposée en téléchargement par Archive est de très haute volée. Cerise sur le gâteau, c’est dispo en mp3, mais surtout en .wav ! Le son est parfait, les mix super équilibrés, les voix pénétrantes et présentes comme ce soir-là dans la salle. J’ai récupéré les tracks, branché tout ça sur mon bon vieil ampli, monté le son et fermé les yeux. Et, dès les premières notes du premier titre (You make me feel en l’occurence), ce sont les mêmes frissons qui me sont remontés des pieds à la tête. Et j’étais parti pour 2h40 de folie sonore.
  3. Deux heures et quarante minutes pour balayer la tracklist de ouf retenue par Archive. L’occasion de retrouver en live des titres monstrueux comme Fuck U, System, Controlling Crowds, Lights ou Again. L’occasion aussi d’entendre, pour la première fois en live, l’incroyable Remains of nothing, qui se trouve être un des inédits du coffret 25, et dont j’avais déjà dit tout le bien possible ici bas ici-même (à relire d’un clic juste là !). Archive, c’est un éventail de sons, d’ambiances, un voyage démentiel dans l’univers d’un groupe dont je n’arrive pas à me lasser.
  4. Se plonger dans ce 25 Live d’Archive, c’est aussi (re)découvrir la puissance de chacun des membres de ce groupe pas comme les autres, à géométrie variable, dans lequel aucun problème d’ego individuel ne semble ronger la carrière. Les fondateurs Darius Keeler et Danny Griffiths posent leurs bases et leurs boucles, discrets et présents à la fois comme ils savent le faire sur scène, chacun à une extrémité du plateau. Par-dessus, les différents musicos posent des sons improbables, pour soutenir les voix de Maria Q, Pollard Berrier ou Dave Pen. Mention spéciale à ce dernier, qui pose une version quasi acoustique et a capella de The Empty Bottle, sans doute un de mes titres préférés d’Archive. Et une des versions live qui m’a le plus impressionné. Bouleversé aussi. Putain quelle version !
  5. Et puisqu’on est dans mes titres majeurs du répertoire des londoniens, comment ne pas citer la vertigineuse version de Bullets ? Là encore, un des morceaux qui me chavire le plus par ses boucles répétitives jusqu’à l’ivresse, son ambiance hors du temps, son urgence, sa puissance évocatrice, son tempo, sa transe. Je suis absolument dingue de ce Bullets (et de son clip, si vous n’avez rien de mieux à faire, prenez le temps de le visionner). Un morceau écouté des centaines de fois, partout et n’importe quand : en allant bosser le matin, en revenant, en me baladant, en restant au fond de mon canapé, perché sur des rochers en Bretagne, blotti sous la couette pour éloigner les démons, au cœur de la nuit dans un hôtel parisien à repenser à cette bouteille : elle était à moitié vide, ou à moitié pleine (#vousl’avez? #theemptybottle #hashtagetliensfaciles).

La régie me dit dans l’oreillette que mes cinq raisons sont épuisées. Vous l’aurez compris, je pourrai dérouler encore un bon moment les bonnes raisons pour vous convaincre de filer récupérer et surtout écouter ce 25 Live. Cependant, puisque je suis aux commandes de ce papier, j’en ajouterai une sixième, juste pour mon plaisir : Archive fait partie des groupes avec lesquels j’ai une histoire particulière. C’est du coup très personnel, mais je n’oublie pas qu’il y a quelques années, l’écoute intensive de ce groupe m’a quasiment sauvé la vie. Et que ça continue, jour après jour. Sans aller jusque là, je vous souhaite à toutes et tous qu’Archive vous fasse voyager et vous fasse du bien. Go, listen, enjoy !

L’album 25 Live est téléchargeable via ce lien : https://show.co/n7vbXO4

Et pour les courageux, le film de la tournée by Archive 😉 (1h15 tout de même)

Raf Against The Machine

Five reasons n°17 : L’amour à l’hôtel Ibis (2018) de Oldelaf

Tu aimes la bonne musique ? Tu aimes quand ça chante en français ? Tu aimes le bon goût et la finesse d’esprit ? Alors… reste là surtout, lis ce qui suit et écoute ce disque comme disait Sheila ^^. Notre son du jour est sobrement titré L’amour à l’hôtel Ibis (tout un programme en somme) et nous le devons à Oldelaf. Pas suffisamment intrigué ni convaincu ? On fait le tour du propriétaire (de l’hôtel Ibis) en 5 points.

  1. Oldelaf, c’est Olivier Delafosse. Un garçon qu’on suit depuis plusieurs années maintenant. L’aventure a commencé en 2000, en duo avec Monsieur D. Un duo qui a la particularité que le Monsieur D soit successivement divers artistes. Une dizaine d’années plutôt prolifique, avec un répertoire plein d’humour (parfois grinçant), de créativité et de liberté. C’est par exemple à cette période qu’on doit Le café, Raoul mon pitbull, Pas de bras ou encore Nathalie (mon amour des JMJ). C’est drôle, ça se prend pas la tête et c’est aussi très intelligent et humain.
  2. Oldelaf, c’est juste Oldelaf en solo à partir de 2010. Et, dès le premier album Le monde est beau (2011), un carton avec La tristitude. Si vous êtes passés à côté, allez donc m’écouter ça. Un bijou d’humour grinçant arrosé d’un regard réaliste sur la vie. Oldelaf sera ensuite recruté comme chroniqueur sur Europe 1, en faisant de sa Tristitude une revisite chantée de l’actualité hebdomadaire. On aura aussi droit au concours Chante ta Tristitude sur internet, ou tout un chacun pouvait proposer sa version/vision de la Tristitude. Classe.
  3. Deux albums solos plus loin (il y eut Dimanche en 2013), Oldelaf publie Goliath en 2018, où l’on trouve donc cet Amour à l’hôtel Ibis. Ou l’occasion de retrouver le ton doux-amer décalé d’Oldelaf. Une banale et mille fois entendue histoire de relation extra-conjugale. Un plan cul au boulot. Un 5 à 7 qui se transforme en pause déjeuner sans déjeuner, à l’exception des mises en bouche de circonstances. Un jeu de dupes et de faux-semblants. Une tranche de vie humaine, sur une mélodie simple mais qui vous restera dans le crâne des heures durant. Avec des mots simples mais qui ont une putain de classe folle.
  4. L’amour à l’hôtel Ibis bénéficie d’un clip qui déchire et donne toute sa dimension à la chanson. Déjà efficace et ravageuse en elle-même, elle part dans une autre dimension avec sa mise en images, dont je ne peux pas déflorer grand-chose sous peine de casser l’effet de surprise. Disons simplement que, si tous les séminaires d’entreprises étaient aussi rock et bandants que ça, ils auraient peut-être bien plus de succès. Autre indice : impossible de regarder ce clip sur Youtube sans se connecter pour justifier son âge. Manifestement interdit au moins de 18 ans (pour des images pas si scandaleuses que ça), forcément ça attise la curiosité. Un clip qui rappelle les grandes heures de délire des Nuls et autres humoristes débridés et intelligents.
  5. Ce génial titre nous permet de patienter tranquillement jusqu’au 28 février prochain, date de la sortie du nouvel album d’Oldelaf. Le premier extrait C’est Michel laisse penser qu’on aura encore droit à un bien bel album, qui mèlera avec finesse humour et sensibilité, rires et humanité, intelligence et blagues parfois grasses et cons (parce que oui ça fait du bien aussi !) En attendant, on se remet un petit coup à l’hôtel Ibis. Parce que, quand c’est bon, on en redemande et on y retourne. A l’hôtel Ibis ou ailleurs, tout les lieux étant bons pour faire l’amour. Mais après ça, vous ne regarderez plus jamais un hôtel Ibis de la même façon. Ni un Formule 1 d’ailleurs.

Et en bonus, un coup de Tristitude pour le plaisir !

Raf Against The Machine

Five reasons n°16 : Filmographie (2019) de Arthur H

Filmographie-Best-OfNon, il ne s’agit pas d’un nouvel album d’Arthur H. Disons, pas un nouvel album avec de nouvelles chansons. Filmographie n’est en fait qu’un best of, qui pourrait faire dire qu’on va le laisser de côté, parce qu’on a déjà tout Arthur H et qu’on connait (presque) par cœur. Et pourtant, il y a un paquet de bonnes raisons de se procurer cette double galette et de replonger dans le répertoire d’un des plus grands artistes français. Histoire de faire court, on en retiendra cinq.

  1. En 2015 était sortie Mouvement perpétuel, une intégrale CD (qui ne l’est plus depuis la sortie d’Amour Chien Fou début 2018) de fort belle facture : tous les albums studio et live du garçon, augmentés de 3 CD bourrés d’inédits, reprises et autres moments jouissifs. Une intégrale pas comme les autres pour un artiste pas comme les autres. Cette année, Filmographie joue le jeu du best of en l’adaptant à la sauce Arthur H. Point de tubes (l’artiste n’en a pas au sens tubesque et commercial), ni d’ordre chronologique, mais 17 titres piochés dans les 10 albums publiés depuis 1990. Une poignée de pépites organisées en 4 thématiques qui occupent chacune une face de vinyle. Autant dire que l’objet prend tout son sens sous cette forme, plutôt qu’en CD.
  2. Filmographie est donc un voyage dans quatre univers : Film noir, Comédie dramatique, Comédie musicale, Aventure psychédélique. A bien y réfléchir, quatre dimensions qui résument bien les pistes artistiques suivies par Arthur H depuis une trentaine d’années. Voilà donc un best of intelligent qui ne se contente pas d’aligner des morceaux connus, mais qui cherche à faire la synthèse d’une carrière protéiforme et riche au point de toujours surprendre même les fans les plus assidus.
  3. Forcément, sur la totalité des chansons enregistrées par Arthur H au cours de sa carrière, il manquera sans doute à Filmographie celle que vous auriez aimée voir figurer dans telle ou telle catégorie. Par exemple, me concernant, il n’y a pas Assassine de la nuit, peut-être ma chanson préférée parce que je la trouve magnifiquement écrite (et aussi pour une raison bien plus intime et personnelle). Il n’y a pas non plus Je rêve de toi. En revanche, il y a ces 17 titres soigneusement choisis et ordonnés, qu’il est absolument génial de redécouvrir avec l’éclairage thématique proposé. Le baron noir et Cool jazz liés dans un Film noir, La chanson de Satie et Lily Dale qui composent une Comédie dramatique, La caissière du Super et Moonlove déesse unies dans une Comédie musicale ou encore Mystic rumba et The Hypno – Techno – Gypsie – Queen dans une tourbillonnante Aventure psychédélique.
  4. Filmographie réussit également un joli double tour : réunir à la fois les fans hardcore d’Arthur H et les personnes qui le découvriraient. Les premiers (je n’y reviens pas) redécouvriront de chouettes titres sous un nouvel éclairage et, pour la plupart, inédits en vinyle. Les seconds trouveront là une porte d’entrée tout à fait pertinente pour s’aventurer dans l’univers créatif d’un grand bonhomme de la chanson française. Filmographie est un best of qui n’a rien de commercial. Je ne suis généralement pas client du tout de ce genre d’objet, qui donne à entendre des titres sortis du contexte album tel que l’artiste l’a pensé. Toutefois, ici c’est, précisément, pensé par l’artiste. Et c’est une chouette chose.
  5. Filmographie est bien nommé. Chacune des chansons d’Arthur H est souvent très cinématographique et convoque des images mentales assez puissantes, comme autant de courts-métrages à déguster un par un au gré des humeurs du moment. Parcourir ce best of, c’est revisiter une filmographie au sein de laquelle chacun pourra attribuer sa récompense, dans chacune des catégories proposées. Et si parmi les nominés il manque des chansons, libre à vous de les rajouter en réécoutant, seul ou à plusieurs, la discographie complète de ce sacré personnage artistique.

(Et, parmi les nominés, mes gagnants à moi sont…)

Raf Against The Machine