Pépite du moment n°117 : This Fffire (2004) de Franz Ferdinand

Franz_Ferdinand_album_cover.svgLes plus attentifs d’entre vous auront d’emblée remarqué une incohérence dans le titre de cette chronique. Comment un morceau de 2004 peut-il être pépite du moment ? En effet, nous sommes toujours bien calés en 2022, entre une pandémie covidesque qui ramène sa fraise pour la huitième édition, un conflit mondial larvé qui n’attend qu’une étincelle pour éclater et une crise économique résultant, entre autres, de la combinaison des deux événements précédents. Tout cela étant le contexte idéal pour voir proliférer théories conspirationnistes, intolérances en tout genre et connerie humaine de la pire espèce. On est pas bien là ? Paisibles ? Bref, je m’égare sur cette année 2022, mais ferait-il meilleur vivre en 2077 ? Je vous vois, le regard perplexe et inquiet. Avec l’impression que j’ai totalement basculé dans une dimension parallèle où 2004, 2022 et 2077 ne sont plus qu’un seule et même année. Pas du tout, mais la pépite musicale de cette chronique nous plonge dans ces trois années. Explication.

En cette année 2022, et très précisément depuis le 13 septembre dernier, Netflix propose dans ses programmes Cyberpunk Edgerunners, série animée américano-japonaise de dix épisodes. L’histoire se passe en 2077, dans cette bonne ville de Night City bien connue des rôlistes et des gamers. Night City, c’est la mégalopole futuriste imaginée comme terrain de jeu dans Cyberpunk 2077, jeu vidéo sorti fin 2020, lui-même inspiré du jeu de rôle sur table Cyberpunk 2020 créé par Mike Pondsmith. Vous comprenez le merdier des dates ? On ne va pas y aller par quatre chemins : Cyberpunk Edgerunners est une vraie réussite. La série reprend les codes visuels du jeu vidéo, avec de nouveaux personnages. L’ambiance crade, criminelle, sexuelle et cyberconnectée de Night City est parfaitement retranscrite. Les scènes d’ultra-violences alternent avec d’autres plus posées qui laissent entrevoir le putain de cauchemar cyberpunk de l’année 2077.

Quid de 2004 dans tout ça ? Le générique de la série Cyberpunk Edgerunners. Si la BO efficace est composée de divers titres, dont certains déjà entendus dans le jeu Cyberpunk 2077, le générique va piocher dans du bon rock qu’on aime, avec This Fffire de Franz Ferdinand. Sorti en 2004 (nous y voilà) sur le premier album du groupe, le morceau contient déjà tout le talent de la team Alex Kapranos. Mieux encore, il colle parfaitement à l’ambiance de Cyberpunk Edgerunners. A la base, je n’aurais jamais fait cette association. A l’entendre, c’est d’une évidence et d’une pertinence absolue. On s’écoute donc le This Fffire original, accompagné ensuite de quelques friandises Cyberpunkiennes. Histoire de vous donner envie de plonger dans cet univers de malade, et dans un jeu fascinant en dépit du scandale technique qu’il a représenté à sa sortie.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°105 : Somebody’s down, somebody’s name (1995/2022) de PJ Harvey

PJ-Harvey-annonce-un-coffret-de-faces-B-de-demos-9050180.Autant dire les choses directement : alors que la reprise et la rentrée nous ont déjà noyés sous des tonnes de boulot et des journées interminables, c’est sans doute la meilleure news de la semaine. Quoi donc ? L’annonce de la sortie prochaine d’un coffret PJ Harvey fait d’inédits, de démos et de faces B. Sobrement intitulé B-Sides, Demos and Rarities, l’objet contiendra pas moins de 59 titres répartis sur, au choix, 3 CD ou 6 vinyles, joliment glissés dans des pochettes avec photos inédites de Maria Mochnacz, collaboratrice de longue date. Avec cette sortie assez dantesque couvrant la totalité de sa carrière depuis Dry (1992) jusqu’à The Hope Six Demolition Project (2016), la chanteuse britannique aux multiples talents et facettes clôt son projet de longue haleine de réédition de toute son œuvre. Rappelons en effet que, depuis le printemps 2020, tous les albums ont bénéficié d’une nouvelle sortie en vinyle et CD, chacun accompagné de son jumeau miroir contenant les démos de chaque titre. On notera au passage que cette première grand annonce était intervenue en pleine première vague/confinement covidesque, ce qui n’avait pas manqué de nous redonner le sourire. Deux ans plus tard, PJ Harvey nous apporte de nouveau joie et bonheur.

Les 59 titres composant le coffret ont tous été passés à la moulinette de John Parish, complice de longue date de notre PJ Harvey préférée, accompagné de l’ingénieur John Mitchell. En d’autres termes, la garantie d’un mastering de haute volée pour profiter de ces pépites que l’on a hâte de découvrir, à commencer par les 14 titres jamais publiés auparavant. La dame ne faisant pas les choses à moitié, trois titres sont d’ores et déjà disponibles. A la fois pour nous faire patienter, mais aussi nous allécher autour de ce coffret d’anthologie pour lequel, ne nous mentons pas, on est déjà turbo chaud. Disponibles donc dès à présent, les démos de Dry et Missed, deux titres tirés de Rid of me (1993), deuxième album studio. Petite subtilité : Dry est bien le titre du premier album studio, mais la chanson Dry n’apparait que sur Rid of me. L’occasion de redécouvrir ces deux morceaux dans des versions plus dépouillées et brutes que celles de l’album.

Trois titres avons nous dit : Somebody’s down, somebody’s name est quant à lui tiré de To bring you my love (1995), plus exactement du single Down by the water dont il était la B-side. Un son déjà en évolution par rapport aux deux première galettes, bluesy et nerveux à souhait, qui laisse entrevoir l’impressionnante carrière à venir de PJ Harvey. Après avoir dégusté chacun des albums réédités, ce coffret constituera à la fois une prolongation de ces 11 galettes et un éclairage supplémentaire en forme de visite des coulisses de la carrière d’une des artistes les plus fascinantes de notre temps. Le coffret sera disponible le 4 novembre prochain. La hype est totale, et si ce n’est pas (encore) votre cas, en écoute ci-dessous les trois premiers extraits dont on vient de parler. Le rock, c’est maintenant.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°104 : Evil eye (2013) de Franz Ferdinand

61g1JAzwCBL._SL1200_Comme un bon gros iencli que je suis, j’ai fini par lâcher ma pièce à Jeff. Pas le Jef de Brel (celui qui est tout seul mais pas tout seul). Non, celui qui pilote une partie du monde depuis son empire, et qui a glissé un paquet de méga grosses liasses de biffetons dans la production des Anneaux de Pouvoir. A moins d’avoir vécu ces derniers mois, et surtout ces derniers jours, dans une grotte au fin fond du Mordor, impossible que vous soyez passés à côté de cette série événement dont l’histoire se déroule avant Le Seigneur des Anneaux. Les deux premiers épisodes sont disponibles sur Prime Vidéo depuis quelques jours. Comme un bon gros iencli, j’ai donc glissé ma pièce dans la machine à images et je me suis jeté dessus. Bon. On pourrait parler pendant des heures du grand écart entre des décors à couper le souffle et un univers propre comme les pièces de l’oncle Picsou, arpenté par des personnages qui ont le charisme d’un paresseux sous anxiolytiques. Disons simplement que chaque plan me remet en tête la trilogie de Peter Jackson, ce qui n’est jamais très bon signe pour la série du moment.

Pourquoi donc m’égarer dans le monde des Anneaux ? Pour amener notre pépite du jour, à la faveur d’une énorme ellipse digressive. Repenser à la trilogie de Peter Jackson, c’est notamment se souvenir du visuel de Sauron, absolument flippant, sous la forme d’un œil géant. Le mal absolu, incarné par un œil terrifiant. L’œil du mal. Evil eye. Peut-être est-ce pour ça que j’ai le son de Franz Ferdinand en tête depuis deux jours ? Rien à voir entre le groupe écossais et l’œuvre de Tolkien, mais c’est l’occasion de réécouter ce titre qui envoie comme peu d’autres, sur ce qui est possiblement un des meilleurs albums de la formation. Sorti en 2013, Right thoughts, right words, right action est leur quatrième galette studio. Chacun des dix titres est une pépite rock d’énergie pure, survolée par le chant d’Alex Kapranos. Evil eye est l’exemple parfait de ce que les Franz Ferdinand savent faire de mieux. Après avoir écouté cette petite merveille, rien ne vous empêche de plonger dans le reste de l’album, pour une virée rock vivifiante et percutante. Ceux qui oseront le voyage sauront (#vousl’avez? #blaguefacile) de quoi je parle.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°83 : Highway to hell (1979) de AC/DC

ACDCVoilà que l’été touche à sa fin : pas nécessairement dans le calendrier, et pas forcément côté météo. Il n’empêche que l’esprit estival qui nous a conduit à chiller depuis plusieurs semaines s’estompe, pour faire place à la rentrée. Nous avions débuté cette période le 11 juillet avec Welcome to the jungle des Guns n’ Roses (à retrouver par ici). Trente sons estivaux plus tard, il est l’heure de refermer cette longue session. Oui trente, ce qui veut dire qu’en moyenne, nous avons partagé avec vous du son plus d’un jour sur deux. Plutôt un bon rythme, d’autant que vous avez été très nombreux à venir nous lire et passer un moment musical avec nous. On ne vous remerciera jamais assez car, sans lecteurs, Five-Minutes aurait peut-être mis la clé sous la porte depuis un moment.

Pour clore l’été, arrêtons-nous quelques minutes sur Highway to hell de AC/DC, titre sorti en 1979 sur l’album éponyme. Drôle d’idée me direz-vous : en général, l’autoroute, on la prend en début de vacances, pour partir. Certes mais, mécaniquement, on la prend aussi pour rentrer. Et puisqu’il s’agit de rentrée, on remet notre tenue d’écolier comme Angus Young. Sans oublier de lancer le disque, de monter le son, et de driver cheveux au vent sur l’autoroute de l’enfer. Que nous réserve cette nouvelle année, en attendant l’été 2023 ? On en sait foutrement rien, on verra bien. Toujours est-il qu’on a du bon son, qu’on va certainement en croiser du nouveau dans l’année, et qu’avec le copain Sylphe on poursuit l’aventure, accompagnés de vos visites toujours plus nombreuses. Quand tout va bien, on s’ambiance avec des morceaux qui font du bien. Quand ça va moins bien et/ou que plus rien ne va, il nous reste la musique. Toujours.

Highway to hell par AC/DC, suivi de deux reprises dont je vous laisse la surprise. Amis du bon son, vous êtes sur Five-Minutes, avec Sylphe et Raf aux commandes. Five-Minutes version 2.0 saison 5, c’est parti.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°81 : High life (2001) de Daft Punk

81G3AiMU+pL._SL1500_2001, année de l’odyssée de l’espace : trente trois ans après le chef-d’œuvre cinématographique créé par Stanley Kubrick, deux autres magiciens, mais du son cette fois, livrent un autre chef-d’œuvre. Discovery, deuxième album studio des Daft Punk aka Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter, tombe dans les bacs précisément le 12 mars 2001. Au menu de la galette, quatorze titres s’enchainent durant une heure pour former un ensemble piochant à la fois dans l’électro en mode french touch, mais aussi dans les ambiances disco et pop, ce qui ne manquera pas de choquer les fans de la première heure et une partie de la presse. Qu’importe, Discovery est le meilleur album du groupe, point barre. Les différents titres contiennent de nombreux samples et références aux années 80, à commencer par le long clip qui accompagne l’album. Plus exactement, sort en 2003 Interstella 5555 : The story of the secret star system, un film d’animation muet japonais de science-fiction, dont la particularité est sa BO. Cette dernière est intégralement composée de l’album Discovery, faisant du disque et du film deux objets artistiques indissociables. Interstella 5555 est drivé par Leiji Mastumoto. Qui ça ? Le papa d’Albator. Rien que ça? Question référence à la pop culture et aux années fin 70’s début 80’s, on fait difficilement mieux.

Tout comme Insterstella 5555, Discovery ne connaît aucun temps mort. Bien qu’il alterne titres énergiques taillés pour le dancefloor et moments plus intimistes, rien ne peut arrêter l’affaire lorsque vous lancez l’album. Après une ouverture sur le hit One more time, vous attendent des folies sonores comme Harder Better Faster Stronger ou encore Crescendolls, à moins que vous ne craquiez sur le groovy/funky Voyager ou le très Herbie Hancockien 80’s Short circuit. En passant, vous aurez un peu soufflé sur Digital love ou Nightvision. Et, à peu près à mi-course, notre son estival du jour. High life semble résumer en trois minutes vingt la pêche incroyable qui explose à chaque seconde de Discovery. Porté par un beat qui n’est rien d’autre que notre petit cœur de Human after all (#vousl’avez?) qui palpite de vie, chaque sample vocal explose de lumière comme un pamplemousse qui gicle à chaque cuillerée. Implacable morceau à bouger son corps sans aucun complexe en oubliant tout le reste, High life pulvérise toute grisaille et toute morosité. Discovery est un album insolent d’énergie et de lumière, un disque dont l’intelligence autant que l’accessibilité nous sautent à la tronche à chaque instant. High life est l’épicentre de cet incroyable séisme émotionnel qui me rend dingue à chaque écoute.

Mettons sans plus attendre dans nos oreilles cette pépite absolue. Puis, pour maintenir l’énergie et la vibe, on vous ajoute le spiralesque Crescendolls, avant de glisser Voyager. Y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? One more time qui ouvre l’album, mais qui peut aussi clore notre petite brochette musicale : sitôt arrivés à la fin de Discovery, vous vous direz « On se le remet encore une fois ? » Go. Faites vous plaisir et relancez autant que vous le voulez ce son estival par excellence.

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Son estival du jour n°79 : Peace and tranquility to Earth (1998) de Roudoudou

811n3txeagL._SL1404_Malgré un ciel un peu gris et des températures en baisse (mais largement agréables, bref des températures de saison comme on dit), l’été n’est pas terminé. Pas plus que notre longue balade au milieu de son estivaux du jour, que l’on poursuit aujourd’hui avec Roudoudou. Projet solo du musicien et DJ français Laurent Etienne passé par la case Radio Nova des années 1980, Roudoudou est avant tout une musique expérimentale que l’on classerait aujourd’hui dans l’électro. C’est en fait bien plus que ça, puisque le son Roudoudou est fait de collages sonores de thèmes plus ou moins connus, de sons divers et variés et d’ambiance tantôt dub, funk, disco ou house. En bref, c’est de la création inventive à l’état pur, comme en témoigne Tout l’univers : Listener’s digest, brillant premier album sorti en 1998. Suivront deux autres galettes au succès moindre, et il faudra attendre 2006 pour retrouver l’artiste aux commandes d’un nouvel opus.

C’est pourtant Tout l’univers : Listener’s digest qui retient notre attention. Tout Roudoudou est dans ces 16 pistes totalement foutraques et délicieusement captivantes. Peace and tranquility to Earth s’impose comme son estival du jour. D’une part, en raison de son aspect ritournelle légère et addictive qu’on écoute avec plaisir en sirotant un mojito bien frais. D’autre part, vu son titre dont on a bien besoin ces temps-ci : tous les furieux du monde là, claquez vous Peace and tranquility to Earth en intraveineuse, ça nous fera du bien à tous. Un morceau déjà connu pour avoir également accompagné le documentaire Les yeux dans les Bleus, qui retraçait le parcours de l’équipe de France de Football lors de la Coupe du Monde victorieuse de 1998.

Écoutons donc cette petite merveille, accompagnée d’un second titre extrait du même album : Du monde au balcon clôt la galette de façon un peu plus vénère, mais tout aussi roudoudienne. Ensuite, lancez tout le disque et laissez la journée estivale se terminer. Vous êtes sur Five-Minutes. C’est l’été, et on vous remercie d’en passer régulièrement quelques minutes avec nous.

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Son estival du jour n°77 : Lose yourself (2002) de Eminem

R-4407037-1567219126-9335Se réveiller avec dans la tête un son énorme, qui ne quitte jamais ton esprit. Lose yourself, chanson composée et interprétée par Eminem, fait partie de ce qu’on fait de mieux dans le genre. Sorti en 2002, le titre est tiré de la BO du film 8 Mile. Le long métrage, réalisé par Curtis Hanson, retrace la vie et les débuts de Jimmy « B-Rabbit » Smith Jr. : employé dans une usine automobile à Detroit, le garçon est surtout passionné par la musique et le rap, tout en étant empêtré dans une existence assez pénible et un manque de confiance. Film en partie biographique autour de Mashall Bruce Matters III aka Eminem qui interprète B-Rabbit, c’est une vraie réussite narrative et de réalisation, qui alterne moments d’introspection et battles rap. La BO n’est d’ailleurs pas pour rien dans le succès de 8 Mile.

Faite à la fois de titres rap des années 90 et de compositions originales d’Eminem, on y retrouve des pointures comme le Wu-Tang Clan ou The Notorious B.I.G., et du Eminem pur jus. A commencer par Lose Yourself et son très haut pouvoir énergétique et émotionnel. Le titre condense en quelques minutes les doutes, les espoirs, les craintes, les rêves d’un garçon qui bouillonne de rage intérieure de s’accomplir et d’être pleinement lui-même. Saisir la chance qui se présente en se lâchant totalement, c’est le sens du Lose yourself (Laisse toi emporter), explicité dans le refrain : « You better lose yourself in the music, the moment / You own it, you better never let it go ». Eminem suit le précepte et y met tout son cœur et son énergie. Lose yourself n’est sans doute pas le titre où il déploie au maximum son légendaire flow (qui fait toujours pâlir le copain Sylphe), mais c’est assurément un de ses titres les plus ravageurs et explosifs.

On écoutera donc la version originale (accompagnée d’images du film), avant de passer 18 ans plus tard au même Eminem qui réinterprète Lose yourself lors des Oscars 2020, dans une version un poil plus rock. L’énergie est la même, voire plus intense. La salle est on fire. Le game est plié direct. Le patron est sur scène.

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Son estival du jour n°75 : For my next trick, I’ll need a volunteer (2000) de Warren Zevon

71vMHHdLH-L._SL1200_La saison estivale est parfois le bon moment pour plonger dans une série TV, ou la redécouvrir. Avoir le temps de binge-watcher les épisodes par poignées est un luxe, qu’il faut savoir saisir lorsque le timing des journées le permet. Au planning des séries mémorables dans lesquelles se r(e)plonger, se trouvent en vrac Mr. Robot, Lost, The Leftovers, Westworld, ou encore Californication. Créée par Tom Kapinos et diffusée de 2007 à 2014, cette dernière suit, en 84 épisodes au format 25 minutes répartis sur 7 saisons, les tribulations et les déboires de Hank Moody, romancier new-yorkais exilé à Los Angeles. Séparé de sa femme Karen, également mère de sa fille Becca, Hank Moody est un écorché. Perturbé par sa situation personnelle et le syndrôme de la page blanche, le garçon s’abandonne dans divers alcools et drogues, mais aussi dans à peu près toutes les femmes qui, un instant ou plus durablement, sont partantes pour coucher avec lui. Comme tout écorché, Moody est au fond un grand tendre qui n’aspire qu’à reconquérir sa femme et reconstruire sa famille.

Grande série sous-côtée, Californication raconte la vie, nos questionnements et nos errances, nos erreurs et parfois nos réussites, ainsi que les relations humaines. A certains moments, il y a presque du Cassavetes dans le propos. Sous couvert d’une série facile et provoc, Californication est une vraie bouffée de vie et une profonde introspection pour le spectateur. L’ensemble est porté par la prestation de David Duchovny. Ce dernier aura réussi la prouesse d’être d’abord indissociable de Fox Mulder durant des années dans les X-Files, avant de devenir pleinement Hank Moody pour Californication. Chapeau l’artiste.

Pour accompagner cette virée destroy et tendre à la fois, les épisodes sont accompagnés d’une BO à tomber qui ravira tous les amateurs de rock. Californication tire sa force de son scénario, de ses acteurs, mais aussi de ses sons totalement raccords avec le propos. On passe ainsi de titres assez rageux à d’autres plus folk et touchants. En témoigne ce For my next trick, I’ll need a volunteer entendu dans la saison 6 et concocté par Warren Zevon. Décédé en 2013 à l’âge de 56 ans, il aura connu une carrière faite de hauts et de bas, mais a travaillé avec les plus grands dont Bob Dylan, Neil Young ou R.E.M. For my next trick est issu de Life’ll kill ya (2000) et l’ambiance qu’il dégage colle parfaitement à Hank Moody en pleine saison 6. Sorte de mélange d’influences entre Dylan, les Stones et Bowie, le titre transcrit en quelques minutes la psyché de Moody à cette étape de la série.

Foncez découvrir tout ça, non sans avoir écouté For my next trick, mais aussi une reprise par les Shaw Blades de California Dreamin’ (créée par The Mammas and the Pappas en 1965) et entendue dans la saison 2. Avant de finir avec New situation de The Stereotypes. Un tiercé qui vous donnera un aperçu de la couleur musicale de la série et (peut-être, je l’espère) l’envie de vous y abandonner.

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Son estival du jour n°74 : Rough and rowdy ways (2020) de Bob Dylan

Bob-Dylan-Rough-and-Rowdy-WaysUne fois n’est pas coutume : le son estival du jour sera fait d’un album entier. Soixante dix minutes de musique à se caler entre les oreilles, pour ce qui est sans doute un des plus beaux disques de ces dernières années. Rough and rowdy ways est le trente-neuvième (et dernier en date) album studio de Bob Dylan. Sortie en 2020, la galette renoue avec ce que le poète et prix Nobel de littérature a fait de mieux. Dans un savant mix de blues et folk à la fois crépusculaire et intimiste, Dylan apporte la preuve que, à presque quatre-vingt ans alors (il en a quatre-vingt-un aujourd’hui), il est encore largement capable de nous surprendre. Sa voix, horripilante pour certains mais magique pour moi et bien d’autres, n’a pas été aussi magnétique depuis des années. Elle se pose sur des balades dépouillées, ou encore sur du rythm and blues plus marqué.

Rough and rowdy ways oscille constamment entre ces deux ambiances. D’un côté False prophet, Goodbye Jimmy Reed ou encore Crossing the Rubicon. De l’autre, My own version of you, Black rider ou Key West (Philosopher pirate). Au milieu, somme de ces deux facettes, un album diablement envoûtant qui peut s’écouter le matin avec le café du réveil, en journée dans la torpeur estivale, ou le soir au soleil couchant avec une bière fraîche. Cerise sur le gâteau déjà délicieux : Rough and rowdy ways est construit comme jadis Highway 61 revisited (1965) ou Blonde on blonde (1966), à savoir une flopée de titres tous plus réussis les uns que les autres, avant de se conclure sur un long morceau de plus de dix minutes. Le génial Desolation row sur Highway 61 revisited, le bouleversant Sad-eyed lady of the lowlands pour Blonde on blonde, et ici Murder most foul, long poème musical de dix-sept minutes faisant référence à l’assassinat du président Kennedy.

Chaque titre de Rough and rowdy ways peut s’apprécier isolément, comme autant de sons estivaux du jour. C’est pourtant en écoutant l’intégralité de l’album qu’on apprécie le mieux les dix pépites livrées par Dylan. Histoire de vous mettre un peu l’eau à la bouche, on écoute le très bluesy False prophet, suivi de Key West (Philosopher pirate), avant de revenir au rythm and blues de Goodbye Jimmy Reed, un titre qui rappelle les plus belles heures de Blonde on blonde, et notamment Leopard-skin pill-box hat. C’est juste ci-dessous. Montez le son et profitez. Vous êtes sur Five-Minutes (et merci une nouvelle fois de venir nous visiter et nous lire).

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Son estival du jour n°73 : Heart beats slow (2014) de Angus & Julia Stone

513AEbMaYALIl arrive toujours un moment où l’on réécoute Angus & Julia Stone. Notamment l’été, saison qui se prête plutôt bien aux sonorités folk-rock du duo. Si vous fréquentez régulièrement ces pages, ce son estival n’est pas vraiment une surprise. A plusieurs reprises, nous avons mis sur la platine un titre du binôme Stone. Rebelote ce 10 août, avec Heart beats slow, tiré du troisième album d’Angus & Julia Stone sobrement titré Angus & Julia Stone. Coincé entre un Down the way (2010) bourré de pépites telles que Big jet plane, Yellow brick road ou encore And the boys, et Snow (2017) qui contient notamment la merveille Baudelaire, Angus & Julia Stone est lui aussi  un bien bel album.

Enregistré alors que le duo ne jouait plus ensemble, Angus & Julia Stone est l’album des retrouvailles entre le frère et la sœur Stone, poussés par le producteur Rick Rubin. Il en résulte un opus un poil plus électrique que les deux précédents, mais qui conserve toutefois la Stone touch avec une toile de fond folk. Le public ne s’y trompera pas, en faisant d’Angus & Julia Stone le plus gros succès du groupe. Histoire de se donner un aperçu de la galette, on écoute Heart beats slow, balade faussement sereine mais qui fait un bien fou. Puisqu’on ne sait pas trop se limiter sur ce blog, ajoutons My word for it, ainsi que le très joli Get home. Comme toujours, rien ne vous empêche ensuite d’aller écouter tout l’album, voire toute la discographie d’un des duos les plus réjouissants et émouvants de ces dernières années.

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