Live n°1 : Gaëtan Roussel + Beirut + Rodrigo y Gabriela + Thiéfaine au Printemps de Bourges (2019)

PDB19_FESTICKET_1400x800-GENChez Five-Minutes, on est joueurs, et peut-être aussi un peu inconscients. Puisque la team complète se déplace ce soir à Bourges pour une soirée au Printemps, on tente une expérience : un article écrit en direct, au long de la soirée. Une sorte de reportage au fil de nos pérégrinations et de nos émotions musicales. Pour vous faire partager ce moment, on viendra mettre à jour régulièrement cette page, mais vous pourrez également nous suivre sur Twitter via le compte de Sylphe (@sylphe45) et/ou le mien (@BatRafATM).

Bref, c’est nouveau, c’est expérimental. Peut-être que ça fonctionnera, peut-être pas. Si on fait un truc tout pourri, vous pourrez nous le dire… Si on fait un truc sympa, vous pourrez le dire aussi ! Pour donner un avant-goût (en dehors de la merguez-frites de festoche qui nous attend), on sera principalement au W pour la soirée Gaëtan Roussel + Beirut + Rodrigo y Gabriela + Thiéfaine. Juste pour le clin d’œil, et pour patienter… vous pouvez retrouver des articles sur ces quatre artistes, que nous avons tous à un moment chroniqués ici-bas ici même (les titres conduisent direct aux articles d’un seul clic) :

Comme quoi, on ne pouvait décidément pas être ailleurs ce soir.

Comme expliqué plus bas, la soirée s’est finalement faite sans Beirut, annulé à la presque dernière minute : on laisse quand même cette chouette formation dans l’ouverture d’article ci-dessus, histoire de découvrir ou réécouter.

Fin des opérations ! On espère que cet article à la forme originale vous aura plu, et aussi donné envie de plonger dans l’univers de chacun de ces artistes, si ce n’est déjà fait. À bientôt pour de nouvelles minutes de bon son !

[MàJ 00:36] Et voilà ! La soirée au W du Printemps de Bourges c’est terminé ! En résumé : une très chouette et surprenante prestation de Gaëtan Roussel, suivie d’une assez impressionnante démonstration technique de Rodrigo y Gabriela autour de leur nouvelle pièce maîtresse qu’est leur reprise assez folle de Echoes. Enfin une version raccourcie des 40 ans de chansons de Thiéfaine, mais toujours aussi efficace et chargée de la poésie vénéneuse de ce grand bonhomme. Il ne nous aura manqué que Beirut, que l’on espère voir de nouveau sur scène très bientôt. On repart de Bourges des sons plein la tête !

[MàJ 00:07] À l’heure de James Bond et alors qu’on n’a plus vraiment de voix… en trouver encore un peu pour gueuler Sweet amanite phalloïde queen avec tout le W ! Et mettre une dernière fois le feu avec La fille du coupeur de joints évidemment.

[MàJ 23:58] Et que de lieux fantastiques visités ! Après une virée dans L’ascenseur de 22h43Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs) ! C’est surtout une virée dans le Thiéfaine des premières années… et putain que c’est bon ! Allez on poursuit avec Alligators 427, autre pièce maîtresse de l’œuvre Thiéfaine.

[MàJ 23:45] Quelle énorme version très rock d’Un vendredi 13 à 5h ! C’est un sacré pied de réentendre ça, avec toujours un super son dans le W : on profite un maximum des textes de Thiéfaine, ce qui est complètement essentiel pour apprécier ce grand auteur. Et maintenant… Je t’en remets au vent et, une fois encore, les frissons, comme depuis plusieurs décennies avec cette ballade.

[MàJ 23:30] « Ça sent la vieille guenille et l’épicier cafard dans ce chagrin des glandes qu’on appelle l’Amour » : on est en plein dans les Confessions d’un never been, à mes yeux un des morceaux majeurs de Thiéfaine, que j’ai écouté jusqu’à la corde. Je ne me lasse pas de la tension de ce titre et de la beauté ténébreuse de son texte torturé.

[MàJ 23:26] Sans oublier l’excellent Yan Péchin qui vient de faire son apparition sur le fond de la scène 😀! Pendant ce temps ça déroule avec Crépuscule Transfert et La ruelle des morts… puis à présent La vierge au Dodge 51 : un grand retour en arrière dans le temps pour un de mes morceaux préférés de la discographie de Thiéfaine. Et on enchaine avec Lorelei Sebasto Cha! La sensation de refaire un saut à l’automne dernier sur cette tournée anniversaire que j’ai eu la chance de vivre… Magique !

[MàJ 23:08] Confirmation de Thiéfaine : on va avoir droit à des extraits du spectacle 40 ans de chansons sur scène… dans un esprit donc très rock avec Stalag-tilt puis l’Eloge de la tristesse, d’une actualité assez affolante. Côté musicos, on retrouve en effet des têtes connues, à commencer par Lucas Thiéfaine et Alice Botté aux guitares 🤘

[MàJ 22:58] HFT entre en scène sur 22 mai, comme en ouverture des 40 ans de chanson sur scène. C’est parti pour 1h30 de Thiéfaine 🤘🖤!

[MàJ 22:27] Après une magistrale interprétation de Echoes et une clôture de set survitaminée, Rodrigo y Gabriela quittent la scène pour laisser la place d’ici une demi-heure à Hubert-Félix Thiéfaine ! On se remet de nos émotions (car il y en a eu… décidément quelle relecture de Pink Floyd !) et on se retrouve avec HFT d’ici peu.

[MàJ 21:56] Contre toute attente compte-tenu de la longueur du morceau et de la petite heure de concert… Rodrigo y Gabriela entament leur relecture du Echoes de Pink Floyd… On va se poser un moment et juste écouter cette merveille 🖤

[MàJ 21:46] Rodrigo y Gabriela poursuivent leur impressionnante démonstration technique et de maîtrise de leurs 6 cordes. Après 20 minutes de pure folie, un moment de relative accalmie… on continue à profiter !

[MàJ 21:27] Et c’est parti avec le duo de guitaristes qu’on attendait ! Une entrée en matière qui envoie du bois ! C’est comme sur les disques… mais en vivant et sur scène, avec un W chauffé à blanc 🤘 C’est dingue comment deux musicos seuls en scène peuvent galvaniser une salle entière.

[MàJ 21:17] Après une sympathique pause repas festoche très diététique, reprise des activités musicales dans quelques minutes avec Rodrigo y Gabriela !

[MàJ 20:40] Après une grosse reprise de Bashung, on sait que l’on s’achemine (déjà ?) vers la fin du concert, et pourtant l’énergie ne faiblit pas, ni sur scène ni sous le chapiteau W ! Help myself (Nous ne faisons que passer)… peut-être bien mais on a rarement eu droit à une version aussi vitaminée ! Suivie de Léa… encore une chouette surprise de ce chouette concert 🙂 Et la clôture de cette bien belle prestation avec Hope, titre phare et efficace tiré du dernier album en date.

[MàJ 20:20] Un concert de Gaëtan Roussel résolument rock, avec en ce moment une version musclée de Clap Hands, tirée du 1er album Ginger. Une ouverture de soirée sans faute qui envoie le bouzin (#commediraitSylphe)

[MàJ 20:00] Gaëtan Roussel, ça envoie bien : le son est excellent dans le W, et le garçon est particulièrement investi ! Une version nerveuse et efficace de Dedans il y a de l’or, suivie d’une magnifique interprétation de Il y a… Grave !!! Ton invitation de l’époque Louise Attaque 😀!!! Et… Si l’on marchait jusqu’à demain ! Tiré de l’excellent 3e album À plus tard crocodile… Géniale prestation pour le moment !

[MàJ 19:46] Et c’est parti avec Mister Roussel, et une version particulièrement enlevée de Dis-moi encore que tu m’aimes ! La classe, le W est déjà bien rempli, tout comme nos gobelets 😉

[MàJ 19:00] Après un léger retard sur la route, on arrive sur Bourges ! Le temps de se poser et de rejoindre le W, on devrait entrer sous peu dans la soirée… mais il faudrait prévenir Gaëtan Roussel que nous ne ferons que passer à sa prestation (#vousl’avez?)

[MàJ 16:32] On apprend l’annulation de la prestation de Beirut, pour raisons de santé… C’est bien triste car on se faisait une joie de les découvrir sur scène. Avant tout on souhaite repos et prompt rétablissement aux cordes vocales incriminées. Et on va se consoler avec les 3 artistes restants, qui formeront malgré tout une belle soirée.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°28 : Echoes de Pink Floyd (1971) par Rodrigo Y Gabriela (2019)

Voilà une pépite pour le moins inattendue : qu’elle soit intemporelle on n’en doutait pas, qu’elle soit du moment est plus surprenant. Je m’explique : en 1971, Pink Floyd publie son album Meddle. Ce 6e album contient de bien belles choses mais surtout une pièce maîtresse qui va occuper une face complète du vinyl ainsi que nos oreilles durant des décennies. Echoes est une longue et fascinante plongée dans la quintessence de Pink Floyd, et dont on a déjà parlé voici quelques mois (ici-bas ici même un lien vers l’article).

C’est avec un étonnement mêlé d’une curiosité sans nom que j’ai appris l’immense défi que Rodrigo Y Gabriela se sont mis dans les doigts : reprendre Echoes équipés de leurs seuls instruments habituels, à savoir des guitares acoustiques et rien d’autre, pas même des voix. Comment restituer l’ambiance des claviers de Rick Wright, la ligne de basse de Roger Waters, la voix planante et les sons de guitares de David Gilmour ? Comment nous entraîner dans cette folle virée sans dénaturer ni le morceau ni les émotions originelles ? Comment réinventer un chef-d’œuvre pareil ? Le scepticisme me gagnant (Echoes étant un de mes titres préférés de tous les temps), j’ai filé écouter cette reprise.

C’est réussi, et plutôt deux fois qu’une. Rodrigo Y Gabriela relèvent haut la main ce challenge ultra casse-gueule en prenant un parti audacieux mais intelligent. Leur interprétation reste fidèle à l’original en conservant globalement la structure des chapitres. Leur intelligence, c’est de ne pas chercher à reproduire les sons de Pink Floyd, mais d’utiliser la charpente ainsi conservée pour y déposer leurs propres sonorités et émotions, fabriquées à partir de leurs seules guitares. Et ça fonctionne diablement bien, puisque le duo nous balade pendant presque 19 minutes dans une suite ininterrompue d’environnements sonores qui mêlent astucieusement certaines lignes mélodiques inventées par Pink Floyd et leur propres sons.

Rodrigo y Gabriela avaient déjà expérimenté la reprise de classiques du rock avec par exemple Stairway to heaven sur leur premier album en 2006, avec succès il faut bien le dire. La tâche est ici d’une tout autre ampleur : de par la durée du morceau, de par les environnements sonores d’origine, de par l’aura de ce Echoes. A la fois reprise, réinterprétation et hommage, Echoes version Rodrigo y Gabriela fait un bien fou aux oreilles. Avec une subtile pirouette de fin de reprise : ce que l’on entend pendant les 30 dernières secondes, c’est bien le sonar originel de l’ouverture d’Echoes version Pink Floyd. Comme une façon de boucler la boucle, de rendre à Pink Floyd ce qui lui appartient tout en nous invitant à réécouter l’original. Une sorte de classe totale de la part de Rodrigo Y Gabriela, mêlée d’une humilité sans mesure. Chapeau bas et respect total.

Petit clin d’œil supplémentaire : le morceau est placé en face B de la prochaine galette du duo intitulée Mettavolution, à sortir le 26 avril prochain, occupant ainsi l’exacte même place que sur Meddle en 1971. Cette brillante et flamboyante revisite tease de la meilleure des façons l’album à venir, que je trépigne d’impatience de découvrir (et les mots sont faibles). D’ici là, il aura été possible au public français d’aller écouter Rodrigo y Gabriela à l’Olympia (Paris) le 25 avril (pour qui a déjà son billet car c’est complet), ou encore le 27 avril au festival Musilac de Chamonix (et là, à cette heure, il reste des places). A moins que vous ne choisissiez une date à l’étranger (la liste est longue comme le bras), ou la 3e date possible sur le sol français : mercredi 17 avril au Printemps de Bourges, pour une soirée au W qui réunira, en plus de nos deux chouchous du jour, Gaëtan Roussel, Beirut et Thiéfaine. Il reste des places là aussi, et autant dire qu’un quarté pareil c’est inratable : si vous avez la possibilité, foncez !

Raf Against The Machine

Review n°26 : Deal with it (2019) de Paillette

Elle s’appelle Marie Robert, mais aussi Paillette. Cette jeune auteure-compositrice lyonnaise a livré en février dernier son deuxième EP Deal with it, empli de bonnes ondes et de frissons. Un 5 titres découvert au (heureux) hasard des réseaux sociaux, qui fait du bien aux oreilles et au corps. Comme un plaisir ne vient pas seul, nous avons eu la chance d’être en contact avec Paillette durant la préparation de cette review, et d’échanger sur son travail, d’où un exercice un peu inhabituel et inédit sur Five-Minutes : une chronique mêlée de questions-réponses.

a2524734725_16Découvrir Deal with it, c’est entrer dans un monde musical tout à la fois familier et un peu mystérieux. Les 5 titres forment un ensemble cohérent tout en possédant chacun une coloration spécifique : Blunt fait penser à Tori Amos (notamment son album Boys for Pele), A better version of me sonne très diva jazz, Morning évoque New soul de Yaël Naïm, Something (mon titre préféré parmi les 5) rappelle Agnès Obel… pour finir sur un Rain a capella qui serait une synthèse minimaliste des influences de Paillette. On vise juste ? « A part Tori Amos, que je n’écoute jamais (mais je vais m’y mettre tiens !), tout ce que tu évoques fait partie de mes influences effectivement. Agnès Obel est une référence évidente, qui revient constamment. C’est flatteur, et en même temps je sais qu’il faut que j’arrive à m’en décoller, pour trouver un univers encore plus personnel. »

L’univers musical de Paillette est pourtant déjà bien affirmé, tant ces moments passés avec sa musique m’ont fait voyager dans le calme, la légèreté, la sensualité, la mélancolie aussi. Une sorte de virée au fin fond d’une petite salle de concert intimiste, très lumière tamisée, où l’on viendrait se réchauffer à la fois le corps et le cœur. Un moment d’apaisement, une bulle frissonnante dans ce monde insensé qui manque cruellement de sérénité et de lumières en tout genre, et que la musique de Paillette nous apporte. Le coton des compositions piano, parfois soutenu par la magie d’un violoncelle, sert d’écrin à sa voix assez incroyable et pénétrante. Quelle voix ! Un très haut potentiel émotionnel, à mes yeux du même calibre que celles d’Agnès Obel, ou de Jeanne Added dans un autre genre musical. Paillette sait surtout faire ce qui manque cruellement à une partie de la scène musicale actuelle :  utiliser sa voix comme un instrument à part entière, auquel elle offre des lignes mélodiques en adéquation avec ses trames musicales. 

Justement… comment naît un titre de Paillette ? « C’est aléatoire ! Pas de secret de fabrication sinon je pourrais faire des chansons à la chaîne ! Ce qui est loin d’être le cas, l’inspiration est volatile. » Autant dire qu’on est, fort heureusement, bien loin des productions standardisées, mécaniques et autotunées. « Parfois je me mets à mon piano, j’avance sur un thème, et quand ça me plait, ça a tendance à m’évoquer une ligne de chant et un sujet à aborder en même temps. Et d’autres fois, j’ai une phrase qui me vient en tête n’importe quand dans la journée, des mots qui tournent en boucle, un truc que j’ai envie ou besoin de dire, et de là nait une chanson. »

Un univers musical foisonnant

Et pour ce qui est de se construire un univers encore plus personnel, pas d’inquiétude, compte-tenu des influences multiples et diverses affichées, que ce soit à travers cet EP ou au-delà : « J’écoute de tout, vraiment. Au quotidien principalement des artistes folk, pop, mais aussi du R’n’B, du rap, du rock, du jazz… Assez peu de musique classique, ça m’arrive occasionnellement. Et je vais aussi énormément en concert, au moins une fois par semaine je dirais. » Une démarche musicophile (voire musicovore !) et mélomane à laquelle je ne peux qu’adhérer… surtout avec ces quelques exemples : « Dans mes favoris Deezer on navigue entre Little Dragons, Mary J. Blige, Camille, Alicia Keys, James Blake, Pomme, Ibeyi, Liane La Havas, The Do, Drake, Baloki, Dosseh, Sampha, Albin de la Simone, etc. Enfin il y a plein de choses différentes. » Plein de choses différentes pour nourrir la créativité.

Autre preuve, si besoin en était, de la richesse de la discothèque Paillette, son album de chevet actuel : « J’ai énormément écouté The Love Album, de Adam Naas, ces derniers temps et On Hold de Fenne Lily ». Et lorsqu’on l’interroge sur l’album à emporter sur une île déserte, ou au fin fond de la campagne : « J’adore la mer mais déjà je pense que ce serait au fin fond de la campagne. Et je prendrais un Best Of de Nougaro. » N’en jetez plus !

Goldfish, extrait du 1er EP To Hide (2018)

 

La musique depuis toujours

Bien que les deux EP soient récents, et malgré ses (seulement) 26 années au compteur, Paillette et la musique, c’est une longue histoire. Conservatoire en piano classique dès 5-6 ans à Saint-Etienne, tout en étant scolarisée en classes musicales à horaires aménagés à l’école primaire et au collège. « A mes 18 ans », poursuit-elle, « j’ai commencé mes études à Chambéry, et j’ai repris en cursus aménagé pour la musique. J’ai continué le conservatoire pendant 2 ans en piano classique, toujours à Chambéry, puis je me suis orientée sur une formation en chant musiques actuelles. » Et les premières compositions ? « J’ai commencé à écrire mes propres chansons vers 17 ans, en anglais et à la guitare (mais je jouais plutôt mal !). Une fois à Chambéry, j’ai fait évoluer ça en duo avec une violoncelliste. Puis nos chemins se sont séparés, j’ai poursuivi mes études à Arles pendant 2 ans et j’ai complètement arrêté la scène (par peur de me produire à nouveau toute seule !). J’ai continué à composer, mûri un peu et décidé de me lancer à nouveau dans un projet solo, puis j’ai déménagé à Lyon (toujours pour mes études, en dernière année de master), et c’est là qu’est né le projet Paillette, avec une quinzaine de concerts la première année. »

L’étape suivante sera l’envie d’aller au-delà des seules prestations scéniques, avec l’enregistrement de deux EP : « La première année de Paillette, je l’ai vécue sans vraiment avoir d’objectif je crois. En tout cas, pas d’autre objectif que celui de jouer devant un public. Je suis restée uniquement dans ma région, j’avais une démo, home made, qui n’est plus dispo mais qui donnait déjà le ton de mon univers. Puis j’ai eu envie d’aller un peu plus loin, d’avoir un son plus abouti, d’être dans une démarche plus globale de ”projet” musical et donc de sortir un premier EP, en janvier 2018. S’en est suivi un 2ème EP, sorti lui en février dernier. »

Le contenu et le contenant

L’univers de Paillette passe aussi par les pochettes de ses disques, qui intriguent l’œil et accompagnent le contenu par une jolie créativité dans le contenant. C’est important cea2696871283_2 lien contenu/contenant ? « Oui, j’ai travaillé avec Anne-Laure Etienne pour ces 2 pochettes, et elle a aussi coréalisé mon dernier clip, Blunt, avec Peter The Moon. Pour la première pochette, celle de To hide, on ne se connaissait pas du tout, j’étais venue avec des idées qu’on a finalement pas du tout utilisé, et la pochette est arrivée un peu au hasard, même si ça restait dans un esprit délicat, fin, que je souhaitais. Pour la deuxième, celle de Deal with it, on avait des idées un peu plus précises (travailler sur la matière, au départ on pensait à des collages, à des déchirures), et Anne-Laure est finalement partie sur de la broderie. Ça colle vraiment bien à ce que je souhaitais, ça montre une évolution sans trancher complètement avec l’esprit du premier. »

Reste une question qui me taraude depuis que j’ai découvert le son de Paillette : d’où peut bien venir l’idée de ce pseudo, tant sa musique et son univers sont délicats, fins, subtils, sans fioritures inutiles et aux antipodes de tout esprit strass et bling-bling ? « C’est parti d’une blague au départ… Et puis je me suis dit que je voulais quelque chose qui détonne un peu avec mon univers, effectivement loin des boules disco et des paillettes. Et en y repensant je me dis que dans un sens, ça colle. Car j’associe Paillette au fait de refléter la lumière, de pouvoir être visible si on l’éclaire. » Ce qui tombe très bien, puisqu’on avait envie (modestement) de rendre visible Paillette en orientant sur elle et son travail les projecteurs de Five-Minutes. Et ça fonctionne chez vous aussi : éclairez sa musique en la mettant dans vos oreilles, vous verrez qu’elle vous le rendra bien.

Blunt, extrait du 2e EP Deal with it (2019)

Ce deuxième EP étant sorti, quels sont les projets de Paillette pour 2019, et au-delà bien sûr ? « Quelques jolies dates en perspectives, je ne peux pas tout citer pour l’instant, mais il y a des belles choses à venir. Travailler avec un.e autre musicien.ne est aussi dans mes projets, mais ça demande du temps. J’espère quand même pouvoir présenter quelque chose dans ce sens à l’automne 2019. Et surtout prendre du temps pour moi, pour savoir ce dont j’ai envie, pour composer et pour aller plus loin artistiquement. J’aimerais sortir un album, mais ce ne sera pas pour 2019, car je veux faire les choses bien et être fière de ce prochain disque. »

Fière, Paillette peut déjà l’être de ce qu’elle nous a livré jusqu’à présent. Les deux EP sont disponibles à l’écoute sur les plateformes de streaming, mais aussi à l’achat en support CD sur Bandcamp. Foncez découvrir cette jeune artiste sensible, envoûtante et généreuse, à qui on souhaite le meilleur et que l’on va suivre de près. En forme de conclusion, j’ai envie de rebondir sur le deuxième titre, A better version of me : cette version actuelle de Paillette nous convient déjà très bien, mais si elle veut faire encore mieux, on est évidemment preneurs.

Un grand merci à Marie/Paillette pour sa disponibilité, et à Thomas Méreur pour la découverte

Raf Against The Machine

Five reasons n°9 : Wish it was true (2012) de The White Buffalo

Par le plus pur des hasards télévisuels, j’ai découvert voici quelques jours Jake Smith, également connu sous le nom de The White Buffalo. Où précisément ai-je fait cette rencontre ? En regardant l’excellente saison 1 de The Punisher, qui jusque là n’avait pas quitté l’énorme pile de (bonnes) choses à visionner. Sur la toute fin d’un épisode (j’y reviendrai), ce Wish it was true a résonné comme sorti d’ailleurs. Il ne m’en a pas fallu plus pour avoir envie de partager cette pépite, en 5 raisons chrono.

  1. Ça sonne comme une partie de l’album Trouble de Ray LaMontagne, ou encore comme si le fantôme de Tom Joad revenait hanter nos esprits. Mais surtout ça pourrait être sur la BO de Into the Wild, tant le climat musical est similaire et la voix se confond avec celle d’Eddie Vedder. Et d’ailleurs dans le clip (visible ci-dessous), notre bonhomme ne chanterait-il pas (notamment) depuis un vieux bus qui nous en rappelle un autre ?
  2. Wish it was true est tiré de l’album Once upon a time in the West : quand on a l’audace de titrer ainsi une galette, mieux vaut être sûr de son coup et envoyer de l’émotion… et c’est le cas : il y en a de toute sorte dans ces quelques minutes de bon son.
  3. Plusieurs titres de The White Buffalo ont été repris dans des séries TV comme Sons of Anarchy, Californication ou Punisher : trois séries à la fois rock, irrévérencieuses mais aussi terriblement touchantes, trois qualificatifs que l’on pourrait copier-coller sur ce Wish it was true et qui me séduisent tout à fait.
  4. Précisément, ce titre accompagne l’hallucinante fin de l’épisode 3 saison 1 de The Punisher. A la fois à contre-emploi (la violence des images vs. la sérénité apparente du morceau) et totalement raccord (le titre évoquant tout à la fois désillusion et rédemption pétries d’une colère sourde).
  5. Un petit morceau guitare folk-voix qui sent les grandes étendues, l’évasion au milieu de nulle part (voir de nouveau certains plans du clip ci-dessous), le coin du feu d’où l’on va s’autoriser un peu à regarder passer le temps… ça fait jamais de mal dans ce monde qui, décidément, va bien trop vite pour moi. Into the Wild. CQFD.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°21 : Far from any road (2003) de The Handsome Family

Alors que la saison 3 de True Détective vient de s’achever (#maisnospoilc’estpromis), il me revient l’effet incroyable que m’a fait cette série en 2014, lorsque j’ai découvert sa saison 1. Et peut-être encore plus les sensations ressenties à l’écoute du générique : Far from any road, ou la pépite country qui résonne à l’ouverture de chaque épisode, nous est livrée par The Handsome Family en 2003… 2003, l’année où le grand Johnny Cash nous a quittés. Une sorte de coïncidence qui se prolonge en musique, tant Far from any road rappelle les derniers enregistrements de Cash, les fameux American Recordings.

C’est ténébreux, crépusculaire et sidérant, comme une déambulation dans les bois et marécages fiévreux et sombres, là où sont passés avant nous Dale Cooper, Rust Cohle et bien d’autres cow-boys solitaires en quête d’un sens à leur existence et à ce monde qui nous entoure. C’est beau, prenant et imparable comme les 8 épisodes de la série. On ne pouvait rêver plus belle ouverture musicale. Même pas Johnny Cash. C’est dire.

Dernière chose : si vous n’avez pas encore vu True Detective – Saison 1, il est grand temps de vous rattraper. C’est sans doute une des plus grandes séries de ces dernières années et n’est pas loin, tout au fond de moi, d’égaler Twin Peaks. C’est dire.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°20 : On her Majesty’s Secret Service (1998) de Propellerheads

Son nom est Bond, James Bond, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les BO du célèbre agent secret ont toujours été de grands moments. Oui mais… Pourquoi diable n’avons-nous jamais été gratifiés dans un des films de ce bon gros remix ? Les Propellerheads ont pourtant mis du coeur à l’ouvrage, et ce On her Majesty’s Secret Service le prouve haut la main. Tout Bond se retrouve condensé en un peu plus de 9 minutes : action, suspense, glamour, saupoudrés d’electro big-beat classe comme on l’aime.

Les plus gourmands d’entre vous pourront d’ailleurs se goinfrer de tout l’album Decksanddrumsandrocknroll (1998), qui vient de fêter ses 20 ans, et dont ce morceau est tiré : les 13 titres sont tous excellents, et comme un autre clin d’œil, on retrouve la voix de Shirley Bassey sur un autre titre du LP, History repeating. Cette même Shirley Bassey qui enregistra jadis Diamonds are forever. Oui, encore un Bond. Et puisque la boucle est bouclée, passez vous donc cette galette en boucle (#vousl’avez?), vous ne le regretterez pas.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°19 : Outro (2011) de M83

Envie d’air et d’évasion ? On a ce qu’il vous faut sur Five-Minutes, avec une pépite déjà intemporelle malgré son jeune âge. Retour il y a moins de dix ans en 2011 avec Outro de M83.

Outro est tout simplement une petite merveille de 4 minutes qui étale plusieurs phases d’émotions en un seul titre. Tout commence avec une minute pile d’intro planante qui expose le thème principal, qu’on se prendra un peu plus tard en pleine tête, totalement étourdi (mais ça on ne le sait pas encore). Suivent 20 secondes de blanc et de silence absolu : faut quand même oser, en plein titre, planter son auditoire sans un son. Pourtant, le silence ça fait du bien parfois. Et ce que l’on comprendra, c’est le génie de ces 20 secondes de silence, pour mieux nous faire jouir de la suite.

La suite, c’est le thème principal déjà savouré dans l’intro avec d’infimes variations, et surtout une voix et du texte. Un texte si court et si puissant qu’on ne peut que le rapporter ici : « I’m the king of my own land / Facing tempests of dust, I’ll fight until the end / Creatures of my dreams, raise up and dance with me / Now and forever / I’m your king ». Une déclaration de combat à la réalité, qui passe par une volonté affirmée et absolue de prendre les choses en mains en convoquant tout ce qui peuple nos rêves pour s’en entourer et s’en faire un monde.

Puis, à 2’28, c’est la baffe imparable avec le thème principal qui prend toute son ampleur et bouffe tout sur son passage. Une minute pendant laquelle le monde s’ouvre enfin. L’esprit et l’horizon se libèrent, la vie devient possible et ce monde qui sait être dégueulasse et vilain ressemble enfin à quelque chose. Plus rien n’est une frontière, les limites de la réalité explosent en vol et ça brasse au fond des tripes comme jamais. On se sentirait capable de faire à peu près n’importe quoi pendant cette minute. Mais un n’importe quoi qui aurait de la gueule, genre sauter d’une falaise et rester en suspension, à se sentir juste exister. Avant de redescendre et finir dans la plus infime des douceurs d’un piano qui égrène une dernière fois cette mélodie, comme pour se glisser définitivement dans un rêve dont on ne voudra plus jamais sortir.

Outro de M83 c’est tout ça à la fois, et encore un peu plus. On rappellera que M83 est un groupe français fondé par Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau, le premier étant toujours aux commandes après 20 ans d’existence. Puisque oui, M83 a débuté ses activités en 1999. On dira encore que Outro a le bon goût de clore de la plus belle et logique des façons Hurry up, we’re dreaming (2011), l’excellent 6e album du groupe. On rappellera aussi que ce Outro, tout comme bien d’autres titres de M83, a été réutilisé et réentendu dans de nombreux films, séries TV ou encore bande-annonces. Mis à part être le jingle d’entrée des invités sur le plateau de Quotidien chez Yann Barthès, on retiendra que Outro éclaire la fin du trailer de Cloud Atlas (2012), l’absolue merveille cinématographique des Wachowski et de Tom Tykwer. Au passage, si ce n’est déjà fait, jetez-vous sur ce film incroyable qui, lui aussi , redonne espoir en l’homme et la civilisation par son message altruiste et tolérant qui fait voler en éclat toutes les barrières.

Dépêchez-vous de savourer tout ça, on est en plein rêve. Faites profiter vos oreilles et vos yeux. Ne lâchez rien, n’abandonnez jamais rien ni personne à la médiocrité et à la connerie, soyez vous et soyez en vie ! Moi, je retourne sauter de la falaise.

Raf Against The Machine