Son estival du jour n°35 : Penn ar Roc’h (2016) de Yann Tiersen

519f82YTOnL._SL1200_Une fois ce magnifique morceau lancé, qu’en dire de plus, à part fermer les yeux et profiter de cette putain d’émotion qui nous envahit pendant 3 minutes ? A part rappeler que Penn ar Roc’h (littéralement « La tête du Roc ») est aussi le nom d’une baie située sur l’île d’Ouessant en Bretagne. Et que ce titre est à retrouver sur l’album EUSA (2016) de Yann Tiersen. EUSA qui, en breton, signifie Ouessant. Le monde est quand même bien fait : outre le fait que tu y existes, c’est aussi un monde où on peut écouter Penn ar Roc’h. Et, en ce qui me concerne, écouter Penn ar Roc’h, c’est immédiatement écouter tout le reste de ce bouleversant et intimiste album EUSA. Dont acte. 

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°34 : Twisting (2012) de Archive

Archive-With-Us-Until-You’re-DeadVoilà un petit moment que je n’avais pas remis le couvert par ici avec Archive (aka le plus grand groupe actuel à mes yeux… avis tout à fait subjectif je vous l’accorde). Pourtant, ce n’est pas faute de revenir très régulièrement, et parfois plus que de raison, sur les différents albums de cette formation qui, décidément, n’en finit pas de m’étonner et me captiver. Aujourd’hui, à presque mi-chemin du binôme juillet-août, on s’arrête sur Twisting, un morceau de With us until you’re dead, 9e galette studio du groupe. Cet album est encadré par l’impressionnant et magistral Controlling crowds (2009), sorte de bande-son apocalyptique d’un monde cauchemardesque, et Axiom (2014), album concept qui livre sa puissance d’un seul tenant. With us until you’re dead est un disque parfois un peu délaissé dans la discographie d’Archive, en ce qu’il ne contient pas forcément les titres les plus connus.Toutefois, il suffit d’écouter Interlace, Conflict ou encore Calm now pour mesurer l’étendue musicale et émotionnelle de la bande de Danny Griffith et Darius Keeler.

Dire que je suis dingue de Twisting serait bien réducteur. Pourquoi mettre en avant ce titre là ? Pour un tas de raisons, mais parmi elles, je dirais… Parce que c’est un morceau vénéneux comme je les aime. Parce que la voix de Pollard Berrier, qui rappelle parfois celle de Robert Plant. Parce que ça balance furieusement. Parce que c’est brûlant, tendu et à vif. Parce qu’il y a dans Twisting de la rage contenue, de la sensualité extrême, de la lumière comme jamais. Parce que c’est un titre totalement déconstruit et maîtrisé à la perfection de la première à la dernière seconde. Parce qu’il donne pleinement corps et sons au titre de l’album dont il vient : With us until you’re dead (littéralement « Avec nous jusqu’à ta mort »). On est venus là pour être ensemble, voir nos lignes de vie se croiser et partager des bouts de nos existences. Une fois morts, ce ne sera plus nous, mais chacun pour soi, dans le vide et le néant. Twisting, ou le blues selon Archive. Imparable.

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Son estival du jour n°33 : Sunday morning (1967) de The Velvet Underground

VUEntre deux cafés et trois moment paresseux comme on les aime, il est temps de déposer un nouveau son pour accompagner votre journée. Sunday morning ouvre en 1967 The Velvet Underground and Nico, premier album du Velvet Underground. Le groupe américain et new-yorkais se forme autour de Lou Reed en 1965, en lien étroit avec l’aventure/expérience de la Factory d’Andy Warhol. Ce dernier produira d’ailleurs cet opus originel, avant que le groupe ne s’éloigne pour d’autres explorations musicales. The Velvet Underground and Nico est notamment connu pour sa pochette, œuvre de Warhol : une grosse banane jaune, qu’un « Peel slowly and see » invite à éplucher, découvrant ainsi un fruit nu et rose on ne peut plus équivoque. Musicalement, l’album est réputé pour son exploration de mélodies et textes vénéneux, poisseux, moites, reflétant un univers underground (ça tombe bien), souvent nocturne, parfois malsain. Une imagerie complète s’installe au fur et à mesure que l’on écoute I’m waiting for the man, Venus in furs, Heroin ou encore Black angel’s death song. Toutefois, cet album reste teinté pop, en partie grâce à la présence et au chant de Nico, plus ou moins imposée par Warhol au groupe. Cette dernière ne chante que sur trois titres : Femme fatale, All tomorrow’s parties et I’ll be your mirror. Néanmoins, sa présence pop infuse dans d’autres morceaux, comme dans notre Sunday morning du jour.

Chanté par Lou Reed, Sunday morning est un titre qui se promène entre ritournelle pop et balade mélancolique. Il s’ouvre, et ouvre par la même occasion l’album, sur des notes de xylophone arpégées qui dureront tout au long de la chanson. Vient se poser dessus la voix à la fois claire, douce, et déjà un peu fatiguée de Lou Reed. Exactement l’ambiance d’un dimanche matin, lorsque se fait l’éveil à l’aube et qu’il s’agit tantôt de paresser, tantôt de se lever chercher un café pour en profiter au lit, tantôt de profiter du lit pour plonger de nouveau sous la couette, seul ou à deux. Ou encore de se lever pour profiter de la douceur de la matinée, de l’air frais et des rayons de soleil des premières heures de la journée. Rarement une chanson aura aussi bien porté son titre, et aura affiché une concordance entre ce qu’elle annonce, ce qu’elle dévoile, et ce que l’on ressent à son écoute.

Sunday morning est un titre idéal pour ces journées estivales actuelles. Parce que c’est une pépite intemporelle qui fait du bien, mais aussi parce qu’il nous plonge dans une ambiance particulière et douce. Lorsque l’on n’a pas de contraintes horaires (notamment de travail), qu’il y a du café, du soleil, et que la seule perspective est de laisser la journée se dérouler au rythme de nos envies et de notre paresse, chaque matin est un dimanche matin. Tu le sais. Je le sais. Nous le savons.

Sunday Morning, accompagnée d’une mise en images (2017) de James Eads et Chris McDaniel

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Son estival du jour n°32 : Qui sème le vent récolte le tempo (1991) de MC Solaar

mc-solaar-qui-seme-le-vent-recolte-le-tempoMême si la météo nous raconte tout le contraire, l’été est là et bien là. On est dedans et, comme annoncé, Five Minutes bascule en mode « Son estival du jour ». Toujours autant de musique, moins de bla-bla, pour (re)découvrir les sons qui accompagnent notre été. Le son estival du jour sera un album complet, qui s’apprête à fêter ses 30 années d’existence. Qui sème le vent récolte le tempo de MC Solaar sort en effet en octobre 1991. Néanmoins, pendant plus de 20 ans (2000-2021), la galette sera indisponible à la vente pour des questions de droits. Ce litige récemment réglé (que ce soit du côté des droits comme des bandes, aujourd’hui de nouveau entre les mains de Solaar), l’album a été réédité (CD, vinyle et streaming) au début de ce mois de juillet 2021. Une excellente occasion de se replonger dans ce génial album, ou tout simplement de le découvrir.

Qui sème le vent récolte le tempo contient Bouge de là, que l’on a coutume de considérer comme le premier grand tube du hip-hop français. Cependant, réduire l’album à ce single reviendrait à passer à côté d’un ensemble percutant, intelligent et terriblement efficace. Outre les autres singles Caroline, Victime de la mode et Qui sème le vente récolte le tempo, on retrouve aussi dans d’autres titres moins connus tout ce qui constitue la Solaar touch : des samples puissants, des textes finement ciselés, un flow inimitable, et une énergie sublimée par les producteurs Jimmy Jay et Boom Bass (aka Hubert Blanc-Francard, future moitié de Cassius). Matière grasse contre matière grise, Armand est mort ou encore La devise sont autant de pépites incontournables, mais aussi de souvenirs et de moments vieux de 30 ans.

Relancer Qui sème le vent récolte le tempo, c’est retrouver les origines de ce qui donnera, 3 ans plus tard, l’excellent Prose combat. Ces deux albums restant, à mon goût, les meilleurs de MC Solaar. Relancer ce premier album, c’est aussi prendre conscience de l’avance, voire de l’avant-gardisme, de cet artiste : le son est parfait et n’a pas vieilli, pas plus que les textes qui sont toujours d’une actualité criante. Relancer ce disque, c’est enfin regarder de 30 années dans le rétroviseur. Se rappeler où l’on était et ce que l’on faisait lorsque cet ovni musical a débarqué. Se souvenir aussi de qui l’on était. Ce jeune garçon que j’étais, cette jeune fille que tu étais. Que nous ne sommes plus. Les nous d’il y a 30 ans ont disparu. Plus exactement, ils se sont dissous dans nous-mêmes et nos expériences de vie, pour contribuer à ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Voilà aussi pourquoi réécouter Qui sème le vent récolte le tempo, c’est être pleinement dans le temps actuel, tout en mesurant le chemin parcouru.

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Pépite intemporelle n°81 : Riders on the storm (1971) de The Doors

81O496d9aTL._SL1500_A l’heure où sonne (enfin) officiellement la fin de l’année scolaire et le début de plusieurs semaines estivales, vient également le temps de clore cette nouvelle saison de Five Minutes. Après une année riche en sons que nous avons aimé écouter et vous faire partager, Sylphe et moi-même allons passer, comme les étés précédents, en formule estivale. Ce qui signifie moins de publications dans nos rubriques classiques. Toutefois, l’été étant propice à se détendre en écoutant de belles choses, nous réactivons notre rubrique « Son estival du jour », même si les plus fidèles d’entre vous savent que nous avons un peu triché ces dernières semaines. La pépite intemporelle du jour aurait pu y trouver sa place pour de multiples raisons. Mais, pour de multiples autres raisons, conservons Riders on the storm au rang de pépite intemporelle. Et voyons un peu pourquoi.

Enregistré entre décembre 1970 et janvier 1971, Riders on the storm figure sur L.A. Woman, sixième album studio du groupe de rock américain The Doors, sorti en juin 1971. Ce dernier, créé en 1965 autour de Jim Morrison au chant, est alors en pleine reconstruction et renaissance. Connue pour ses prestations scéniques hypnotiques et la personnalité incandescente de Morrison, la formation explose dès 1967 avec ses deux premiers albums The Doors et Strange Days. Mélange de rock psychédélique, de poésie, de blues, de jazz, et avec la particularité de se passer de guitare basse, la musique du quatuor fonctionne sans attendre. Ce succès immédiat propulse Morrison et sa bande dans des torrents de célébrité que le chanteur compensera par une consommation effrénée d’alcools et de drogues en tout genre. Ce qui ne l’empêchera pas de rester un immense artiste, épaulé par Ray Manzarek aux claviers, Robbie Krieger à la guitare, et John Densmore à la batterie.

Après Waiting for the sun (1968) et The lost parade (1969), The Doors vont peu à peu se faire plus remarquer pour les frasques scéniques et les provocations de Morrison que pour leur musique, qui reste pourtant de haute qualité. Le tournant des années 1970 sera pris de fort belle façon avec Morrison Hotel (1970), cinquième album très orienté blues-rock. Toutefois, cette année 1970 connait encore des hauts et des bas, entre le retour réussi sur scène du groupe (réécouter pour cela le Absolutely live, ou encore le Live in New-York – Felt Forum) et les retombées judiciaires du calamiteux concert de Miami en 1969. C’est donc en toute fin de l’année 1970 que débutent les répétitions, puis l’enregistrement, de L.A. Woman, sixième et ultime album studio des Doors avec Morrison. Ce dernier avait annoncé la couleur : après cet opus, il souhaite passer à d’autres formes artistiques en se consacrant à la production de films et à l’écriture de poèmes, tout en s’installant à Paris et en levant le pied sur la consommation d’alcools et de drogues.

L.A. Woman sonne comme le meilleur album du groupe, tout en passant pour être une forme de renaissance et de nouveau départ. Les titres sont particulièrement bien écrits et diversifiés dans leurs rythmes et influences (rock, blues, ballade…). Morrison se fend, comme à son habitude, mais en mieux encore, de textes d’une beauté et d’une poésie incroyables. L.A. Woman aligne dix titres comme dix pépites qu’il serait bien difficile de départager et de classer. J’adore cet album de la première à la dernière note. Et justement, la dernière note est aussi celle de Riders on the storm, puisque notre pépite occupe une place à la fois de choix, et totalement casse-gueule dans un album : la dernière. Ouvrir un disque est hautement risqué, puisqu’il faut que les premières secondes accrochent et donnent envie d’aller au-delà. Clore une galette est peut-être encore plus périlleux : tout le monde ne va pas au bout d’un album. Ceux qui y arrivent doivent en être récompensés et ne pas regretter le voyage. Surtout… ces dernières notes sont celles que l’oreille gardera. Le souvenir qui restera du moment passé avec l’artiste ou le groupe.

Sur ce point, Riders on the storm est un immense titre. Après neuf morceaux déjà impressionnants, la plage débute par le son de la pluie et du tonnerre au loin, sur lequel viennent se poser une rythmique batterie légère et l’orgue de Manzarek, comme d’autres gouttes d’eau. Avant d’être rejointes par la voix de Morrison et quelques notes de guitare, formant ainsi un titre totalement méta qui parle de cavaliers sous l’orage, en y intégrant des sons d’orage et des sons musicaux qui forment un orage. Des sons musicaux posés par quatre cavaliers musiciens que sont les Doors. Quatre cavaliers de l’Apocalypse sous l’orage de leur propre destinée. Avec cette impression que Riders on the storm est à la fois un testament musical, une clôture, une fin des temps, mais aussi peut-être une renaissance, notamment artistique. Après la pluie le beau temps. Une façon de dire que le meilleur est à venir.

A moins que, avec Riders on the storm, le meilleur ne soit déjà présent dans les 7 minutes 15 que dure le titre. Il existe une version single de 4 minutes 35, mais nous écouterons évidemment la version complète. Celle qui s’ouvre sur le son de la pluie d’orage, puis des quatre Doors qui, chacun à leur façon, contribuent à ce chef-d’œuvre. L’intro et les premières minutes de chants sont déjà magiques, mais ce n’est rien par rapport aux chorus de Krieger à la guitare, puis de Manzarek derrière ses claviers. L’équilibre entre solos et couplets est parfait. Le solo guitare à la fois posé et présent, avec un son rond et reverb qui s’accroche à chaque seconde. Celui aux claviers est imparable et hypnotique, effleurant et dissonant parfois. Entêtant et obsédant, comme une série de caresses de pluie (ou de doigts) sur la peau, qui amène peu à peu vers un climax… puis une redescente pour finir dans une certaine idée de la douceur, où se mêlent de nouveau voix, guitare, claviers, batterie. Avant de s’achever comme on a commencé, sur le son de la pluie. Comme autant de perles délicates qui se répandent sur ce moment d’une intimité et d’une intensité absolue. Et comme une boucle qui nous ramène au début de ce moment, pour mieux le recommencer et le revivre. Avec une envie intacte et régénérée.

Riders on the storm est tout ça à la fois, et sans doute bien plus encore. Il est un des meilleurs titres des Doors, sorti il y a tout juste 50 ans en juin 1971, quelques jours à peine avant que Morrison ne meurt. On a beaucoup évoqué l’anniversaire de sa disparition le 3 juillet dernier. A cette commémoration, je préfère réécouter, 50 ans après, la pépite qu’est Riders on the storm. Un titre que, toi comme moi, nous aimons. Tout comme nous aimons entendre au travers des volets, par une chaude soirée d’été, le doux son de la pluie qui tombe.

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Pépite intemporelle n°80 : The sound(s) of silence (1964/1965) de Simon and Garfunkel

Qu’est-ce qu’une pépite intemporelle ? Il serait temps que nous nous posions la question sur Five Minutes, alors que nous atteignons aujourd’hui la 80e pépite intemporelle (et même bien plus, si toutefois vous avez suivi nos aventures dans la version 1 du blog). Une pépite intemporelle traverse le temps et les époques, et reste efficace comme au premier jour, malgré le nombre d’écoute parfois vertigineux. C’est aussi un titre qui parle aux différentes générations, et peut se voir utilisé ou injecté dans différents univers : il fonctionne à chaque fois. Cette définition par petites touches pourrait bien durer des paragraphes entiers… Aussi est-il plus raisonnable de continuer à égrener nos pépites intemporelles, en relevant pour chacune ce qui, à nos yeux, la classe dans cette catégorie.

The sound of silence entre sans hésitation dans cette rubrique. A bientôt 60 ans d’âge, cette chanson du duo folk-rock Simon and Garfunkel n’en finit plus de hanter nos oreilles, nos mémoires, et l’inconscient collectif. Sorti en 1964 dans une version acoustique et avec un S à Sounds, ce titre est en fait né quelques mois plus tôt. Paul Simon en débute l’écriture peu après l’assassinat de Kennedy (donc fin 1963). Intégré au premier album du duo Wednesday Morning, 3 A.M., l’ensemble passe plutôt inaperçu et les deux musiciens se séparent. En 1965, Tom Wilson, producteur de l’album, sent venir la vague folk-rock et décide de réenregistrer une version électrique de The sounds of silence, sans l’autorisation du duo. Le single fonctionne, le duo se reforme, sort un second album Sounds of silence, qui s’ouvre précisément sur notre pépite.

Disons le franchement : la version acoustique a ma préférence, et de très loin. D’une part, parce qu’elle est le reflet artistique du duo Simon and Garfunkel, tel qu’ils ont souhaité leur chanson. D’autre part, parce que la version électrique amenuise la magie et l’émotion initialement souhaitée. Ce titre, qui raconte les dangers de l’indifférence et la nécessité de dire les choses et d’exprimer ses émotions/idées/pensées/intentions, n’atteint jamais aussi bien son but que lové dans un écrin acoustique et intimiste. Le simple accompagnement de guitare pose une ambiance aérienne et poétique, tout en mettant en avant les voix ô combien travaillées, et le texte. La version électrique est celle qui a popularisé le morceau, mais elle perd un peu en fragilité émotionnelle.

Dans les décennies suivantes, on retrouvera The sound of silence repris à toutes les sauces, dans différentes langues et styles : par exemple… Richard Anthony et Marie Laforêt avec La voix du silence, The Dickies pour une version punk rock, Nevermore pour une version heavy metal, Anni-Frid Lyngstad pour une version suédoise, ou encore samplé par Eminem dans Darkness. Le cinéma s’en emparera : par exemple en 1967 dans Le Lauréat (ou l’on entendra également Mrs. Robinson des mêmes Simon and Garfunkel), mais aussi dans Watchmen (2009), pour accompagner la scène des obsèques du Comédien.

Côté histoire musicale, The sound of silence pointe en 2001 à la 79e place du classement des chansons du XXe siècle de la RIAA (Recording Industry Association of America), et en 2010 à la 157e place du classement Rolling Stone des 500 plus grandes chansons de tous les temps. Côté histoire tout court, Paul Simon en fera une interprétation acoustique solo le 11 septembre 2011 lors de la cérémonie commémorative des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Enfin, en mars 2013, The sound of silence est retenue pour intégrer le registre national des enregistrements, conservé à la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis.

Un sacré pedigree pour une seule petite (mais grande) chanson de 3 minutes. Pourtant, au-delà de ces multiples reprises, utilisations, mises à l’honneur, ce qui fait de The sound of silence une pépite intemporelle est peut-être bien plus simple que ça. Et se trouve en chacun de nous. Réécouter The sound of silence, c’est convoquer des souvenirs. Des images mentales. D’un disque qui tournait sur la chaine hi-fi parentale (qu’on avait interdiction de toucher), dans le salon au papier peint fleuri et orange. De soirées avec du monde dans la maison, ou au contraire de journées familiales et silencieuses. De la pochette du Concert in Central Park, un des rares disques de la maison, précieusement rangé sous ladite chaîne. D’un temps passé mais ancré en nous.

Ecouter The sound of silence, c’est frissonner de la sérénité que ces 3 minutes nous apportent après une journée dense et chargée. C’est aussi te remercier. D’avoir choisi ce son, pour se retrouver et pour se poser ensemble un moment. Et d’avoir fait germer cette chronique.

Version acoustique (1964)
Version électrique (1965)

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°79 : Snow (2017) de Angus & Julia Stone

SnowSi vous parcourez régulièrement, ou même de temps en temps, nos pages sur Five Minutes, il y a fort à parier que vous connaissez notre goût pour la famille Stone : mon ami Sylphe avait récemment chroniqué Sixty Summers (2021), le nouvel album solo de Julia Stone. De mon côté, j’ai déjà mis en avant des titres comme Baudelaire (2017) ou And the boys (2010), tout en me référant parfois au travail d’Angus & Julia Stone au cours d’une chronique. Leurs albums en solo sont plutôt bons, notamment The Memory Machine (2010) de Julia Stone, mais j’avoue un plaisir particulier à plonger dans la folk-rock du duo. Le savant dosage de guitares folk (et parfois électriques) dont ils ont le secret me transporte à chaque fois dans des images mentales de leurs grands espaces australiens. Rajoutons à cela le mélange de leurs deux voix, et s’installe alors une tranquillité à profiter de chacun de leur titre.

Snow, notre pépite du jour tout en étant intemporelle, n’échappe pas à cette règle. Pour restituer l’action, nous sommes en 2017, en ouverture de Snow, album éponyme et quatrième disque d’Angus & Julia Stone. Leur dernier en date à ce jour. Le plus connu étant Down the way (2010), notamment pour son single Big jet plane, sans oublier qu’il contient des petites merveilles comme For you, Yellow brick road ou encore And the Boys. Si vous aimez ce son Stonien, n’hésitez pas à découvrir (si ce n’est déjà fait) A book like this (2007) et Angus & Julia Stone (2014), deux excellents albums eux aussi.

L’album Snow est dans la droite ligne de ces trois premières productions. De ces disques qui peuvent tourner en boucle chez moi, ou simplement dans ma tête pour accompagner tel ou tel moment de la journée. Bourré de titres tous meilleurs les uns que les autres, il se clôt sur l’intimiste Sylvester Stallone, précédé de la pépite absolue Baudelaire, chef-d’œuvre total de composition et d’émotions. Deux pépites finales qui font écho à l’ouverture de l’album par Snow (le titre).

Tout est parfait dans Snow. L’ouverture, sur quelques notes presque comme un accordage d’instrument, puis la musique qui se met en place, très vite accompagnée des « la la la la la » de Julia Stone, avant les premières paroles qu’elle et son frère vont se partager, une phrase sur deux. Deux voix qui se posent, s’écoutent, se répondent. La douceur qu’elles apportent est contrebalancée et soutenue par l’intensité grandissante de la plage instrumentale. Que ce soit Julia ou Angus, ils jouent de leur voix comme de vrais instruments, et exploitent toute une gamme d’émotions en contact permanent avec les instruments mis plus ou moins en avant. Quatre minutes de magie musicale, qui se terminent presque comme un murmure minimaliste chargé de la richesse du moment passé.

Ecouter Snow, c’est choisir d’entrer de la meilleure des façons dans un album plein de promesses et de jolis moments. C’est aussi se plonger dans une bulle de douceur et de sérénité très vivifiante où il fait bon être. Ce titre apporte du calme, de la lumière, du soleil. Et des images mentales de décor qui vont avec : un coin de nature verdoyant, un bord d’océan breton, une terrasse au soleil pas trop bondée et, de préférence, partagée… Les possibilités sont nombreuses, et les occasions d’écouter Snow aussi. Je ne m’en prive jamais… mais merci de me l’avoir glissé aux oreilles voici quelques jours, et d’avoir, du même coup, fait naître cette chronique.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°17 : Ghost (2012) de Skip The Use

GhostVoilà presque dix années que le groupe français Skip The Use a décoché la flèche de son brillant album Can be late (2012). A l’intérieur se trouvent des pépites qui se ramassent à la pelle, comme les feuilles mortes mais en plus vivifiant. Album tout à la fois pop, rock, electro, funk, punk, Can be late raflera dès l’année 2013 la Victoire de la musique « Groupe ou artiste révélation scène de l’année ». Plutôt pas mal, pour une formation née à peine 4 années plus tôt dans le département du Nord, qui n’a donc pas comme unique intérêt ses bières et sa proximité avec la Belgique (#seconddegré bien évidemment, car chacun de mes passages dans le Nord m’a laissé d’excellents souvenirs). Emmené par son chanteur Mat Bastard (aka Mathieu-Emmanuel Mollaert), Skip The Use dynamite les frontières musicales pour mélanger dans ses compositions différentes influences qui font la richesse de leur son. Ghost en est la parfaite illustration, en reposant sur une trame musicale rock teinté d’un flow rap et de touches électro bien senties.

Pourtant, Ghost n’est pas qu’un son. C’est aussi de l’image et un clip. Tout a commencé par une devinette, ou plutôt une recherche d’un clip « qui se passe dans un château, avec une chanson un peu électro-rock, c’est un groupe qui chante en anglais ». Inutile de dire que ma mémoire s’est vite mise en route, pour t’aider à retrouver ce clip dont tu te souvenais mais dont le titre t’échappait. Un peu comme un moteur de recherche qui fonctionnerait correctement avec les bons mots-clés, Ghost m’est arrivé en tête, après quelques tentatives malheureuses… « Ouiiii !! C’est ça ! » Le plaisir d’avoir trouvé, mais aussi et surtout celui de voir le tien. Et le plaisir de revisionner cette pépite accompagnant la pépite.

Ghost fonctionne en tant que son par un métissage de genres musicaux qui se combinent à merveille. S’y rajoute un élément décisif : les chœurs qui viennent chanter le refrain, rappelant ainsi Another brick in the wall (part 2) de Pink Floyd, un autre titre pop-rock entendu et usé jusqu’à la corde, mais toujours aussi efficace et désormais ancré dans l’inconscient collectif. Comme en écho dans le clip, on replonge dans l’imagerie The Wall avec des adolescents regroupés dans un château-centre d’éducation. Y sévit un éducateur bien peu éducatif, tentant de contrôler ces jeunes gens. Ces derniers sont manifestement dans d’autres préoccupations et un autre univers.

Plus tard dans le clip, on retrouvera tout ce beau monde au réfectoire, dans des uniformes d’écoliers anglais qui rappelleront Harry Potter aux plus jeunes, mais surtout les écoliers de The Wall aux autres. La scène se termine d’ailleurs sur le cauchemar (ou peut-être une forme de secret espoir) de tout CPE/éducateur : les élèves envoient tout balader (au sens propre comme au figuré), pour prendre en main leur existence et profiter par eux-mêmes d’un moment hors de tout carcan normatif. « Teachers leave the kids alone » : notre rôle d’adulte et d’éducateur n’est pas de mouler les jeunes générations dans des cases sociétales toutes faites, pas plus que de les laisser faire librement ce qui leur passe par la tête. Laissons-les expérimenter tout en étant à leurs côtés, pour les accompagner et les guider à devenir ce qu’ils sont. En gardant à l’esprit que parfois, pour eux, bronzer dans le jardin ou au bord de la piscine est plus important et intéressant que la perspective de retourner en cours le lendemain.

Ghost et son clip ne racontent pas que cela. Au-delà de l’éducation et de la posture d’éducateur, il est ici question de vie, du sens de l’existence et de ce qui nous y maintient. Les premiers mots sont cinglants « Time is running out / Ghost keeping me alive / I get what it means / You have to survive » (Le temps est compté / Un fantôme qui me tient en vie / Je sais ce que ça signifie / Tu dois survivre). Percutants aussi, en rappelant le défilement du temps, qui à la fois nous maintient vivant tout en nous pressant de ne rien rater. Ghost raconte la nécessité d’être en prise sur son époque, sur les moments qui se présentent. Etre en éveil face à sa propre existence pour appréhender celle des autres. Ce sont les écoliers du clip qui renversent les règles et les conventions dans la dernière partie. C’est aussi nos yeux et nos sens grand ouverts sur le monde qui nous entoure et l’endroit de notre existence où nous sommes à chaque minute, chaque heure et chaque jour.

Le temps est un fantôme qui nous tient en vie, mais au-delà du maintien, ce qui réellement nous fait vivre se trouve dans le monde qui vibre à chaque seconde. Dans les autres en interaction avec nous. Et dans l’autre, qui alimente notre lumière, nos moments, nos envies et notre énergie.

Raf Against The Machine

Ecoute ce jeu n°1 : To be me / Facettes OST (2021) de Thomas Méreur

Voilà un certain temps que chez Five Minutes nous tournons autour de l’idée d’une nouvelle rubrique « Musique de jeu vidéo ». Quand je dis nous, c’est plutôt moi il faut l’avouer. Non pas pour m’attribuer la paternité de cette catégorie, mais parce que ça fait des mois que j’épuise mon ami Sylphe avec cette idée, sans jamais concrétiser. Deux raisons à ce nouveau terrain d’écriture. D’une part, les BO (ou OST pour Original SoundTrack) de jeux vidéo peuvent être au moins aussi fabuleuses et puissantes que celles des films. L’avenir et les futures chroniques en donneront des exemples, en s’attachant au son, bien plus qu’au jeu en lui-même, tout en montrant les liens entre les deux. D’autre part, je suis très fan de ce qui est fait depuis longtemps sur Gamekult.com dans ce domaine par les très talentueux Gauthier Andres (aka Gautoz ex-Gamekult), Pierre-Alexandre Rouillon (aka Pipomantis) et Valentin Cebo (aka Noddus). Gros clin d’œil et hommage donc à ces pères fondateurs et inspirateurs, qui m’ont appris à jouer autant avec les mains qu’avec les oreilles. Le jour est venu de se lancer sur Five Minutes, avec ce Ecoute ce jeu n°1.

8b9574dc68b939722d130e846523cee7_originalLe hasard (qui, soit dit en passant, n’existe pas) faisant bien les choses, nous inaugurons nos Ecoute ce jeu avec un morceau de Thomas Méreur. Un artiste dont nous avons déjà parlé ici à plusieurs reprises, et notamment pour la sortie de son premier album Dyrhólaey en octobre 2019, qui fut tout simplement mon album de cette année-là. Pourquoi parlais-je de hasard ? Parce que Thomas Méreur, c’est aussi Amaebi, qui nous régale de ses contributions régulières sur Gamekult.com. Tout autant musicien que passionné de jeux vidéo, ce dernier se lance dans un nouveau projet artistique qui combine ces deux domaines. En effet, le studio indépendant OtterWays travaille sur un projet de jeu intitulé Facettes, que l’on pourrait résumer ainsi : « Facettes est un simulateur de création de personnages RPG, une expérience narrative autobiographique fantasmée. Il est inspiré par l’esthétique et la symbolique du tarot. Le jeu raconte ce moment suspendu dans la vie d’une femme qui découvre son identité queer. Elle se retrouve face à une infinité de possibilités, comme autant de facettes de sa personnalité. » Pour plus de détails sur ce développement, le studio et les membres d’OtterWays, je vous invite à consulter le KickStarter du jeu à cette adresse (d’où est d’ailleurs tiré le rapide descriptif précédent) : https://www.kickstarter.com/projects/otterways/facettes-a-queer-story-driven-game-experience?ref=thanks-tweet (pour celles et ceux qui l’ignorent, KickStarter est une plateforme de crowfunding, qui permet un financement participatif). Autrement dit, si ce projet vous parle ou vous séduit, vous pourrez, via ce lien, le découvrir et y contribuer.

Facettes repose donc sur l’idée d’explorer sa propre personne et de la découvrir, au travers de Potentielles, autrement dit différentes facettes de sa personnalité. Voilà qui renvoie par exemple à la série des Persona (où les personnages explorent et révèlent leur vraie personnalité, pour faire très court), ou à l’excellent Disco Elysium : un jeu de rôle narratif dans lequel le personnage principal se réveille post-cuité et amnésique, et va devoir reconstituer qui il est, au travers de différents traits de caractères qui sont en lui et que le joueur fera évoluer au gré de ses choix de jeu.

J’avoue être assez fasciné, au-delà de ce type de jeu, par cette recherche introspective de personnalité. Sans doute parce que c’est un moyen actif de se connaître de mieux en mieux au fil des années. Mais aussi parce que c’est, finalement, la quête d’une vie. Du moins, la recherche qui étaye une existence construite, maîtrisée, et de plus en plus au fur et à mesure que l’on se connaît mieux soi-même. Avoir une fine connaissance de ce que l’on est et de notre fonctionnement, pour aller de plus en plus vers ce qui nous convient et nous fait du bien, en évitant certaines erreurs ou errances passées. La recherche d’une forme de sérénité, pour minimiser les mauvaises claques de la vie et leurs effets, qui ont le chic pour frapper nos fragilités aux pires endroits, et aux pires moments. Rien n’est écrit et rien n’est inéluctable. Être soi, pour être en vie.

Être soi, cela tombe bien puisque c’est précisément le titre du morceau inédit de Thomas Méreur que l’on écoute aujourd’hui. To be me lui a été inspiré par Facettes. Un jeu écrit par la narrative designer Pia Jaqmart. Inspirée elle-même par Apex, titre d’ouverture du Dyrhólaey de Thomas Méreur, en commençant à travailler sur Facettes, elle a proposé à ce dernier de rejoindre le projet pour en travailler la bande son. Le premier résultat disponible est ce To be me, dans lequel on retrouve tout ce qu’on aime dans la musique de Thomas Méreur. Un piano-voix finement arrangé, une introspection poétique et sonore qui transpire de ces 3 minutes. Comme toujours, c’est une composition qui se dévoile avec une grande pudeur, tout en s’installant immédiatement et durablement en nous. Une sorte de son parfait qui sait exactement où venir s’incruster pour émouvoir nos points les plus sensibles. C’est à la fois lumineux, contemplatif et d’une douceur absolue. En écoutant To be me, j’ai eu des sensations similaires à l’exceptionnel If you could let me be de Jeanne Added, entendu sur Air, son dernier EP. If you could let me be… To be me… Non, il n’y a pas de hasard. Une claque émotionnelle directe, qui n’assomme pas, mais invite au contraire à cette démarche instropective que proposera Facettes. Tout en retenue, mais avec conviction, en se donnant le temps.

Si vous avez besoin de calme, d’une bulle, de sérénité, de vous retrouver avec vous-même ou de partager certaines interrogations existentielles mais terriblement humaines, To be me est un des titres de la bande-son idéale pour ces moments. Il accompagne aussi Facettes, un titre vidéoludique qui sera une autre façon de s’auto-explorer. Human after all.

Le visuel en tête d’article est tiré du KickStarter Facettes (c)OtterWays

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°31 : Getcho money ready (2003) de Fred Wesley

5159GHOCzXLSur Five Minutes, nous prenons goût à une certaine percée des sons estivaux avec quelques semaines d’avance. Et ce n’est pas la journée d’aujourd’hui qui me fera mentir, tant elle ressemblait à un moment loin de tous les tracas du monde. Sous le soleil, à profiter du temps qui passe en savourant un café, dans une douceur d’après-midi qu’absolument rien n’était en mesure de venir perturber. La vie dans les grandes largeurs tout autant que dans sa simplicité la plus extrême. Histoire de clôturer ce week-end en surfant sur les bouts d’été qu’on y a trouvé, voilà un son qui, je l’espère, égaiera les dernières heures de ce dimanche.

En piochant dans la grande marmite des sons de chez Five Minutes, nous avons trouvé ce Getcho money ready de Fred Wesley. Un titre de 2003, qui approche donc la vingtaine d’années, pour un musicien qui approche lui la quatre-vingtaine. Tromboniste de son état (et quel tromboniste), Fred Wesley s’est surtout fait connaître pour avoir joué aux côtés de James Brown, tout en ayant été son directeur musical. Il a également sévi aux côtés de Maceo Parker, sax alto de James Brown. Le monde est petit, et les talents se regroupent. Depuis 1988, le « Funkiest Trombone Player Ever » a livré une jolie poignées d’albums solo, ou plus exactement en leader. Comme vous le constaterez en écoutant Getcho money ready, ce grand monsieur sait s’entourer d’une troupe fort efficace, et sait mener la danse. Il est temps de vérifier tout cela : let’s go maestro !

Raf Against The Machine