Clip du jour n°9 : Exits (2019) de Foals

On avait laissé Foals en 2015 avec What went down, un 4e album studio qui m’avait moins convaincu que ses deux prédécesseurs Holy Fire (2013) et surtout Total life forever (2010). Ajoutons à cela que le groupe avait annoncé début 2018 le départ de son bassiste, quelques semaines à peine après avoir communiqué sur un nouvel album à venir, et je dois bien dire que l’incertitude régnait quant à la suite des aventures de Foals et à ce qu’ils allaient bien pouvoir livrer.

C’est pourtant par la fenêtre que revient le désormais quatuor d’Oxford avec un single qui mérite la réécoute. Explication : au premier passage, je me suis dit « Ok, ça sonne pop-rock britannique, ça s’écoute mais c’est pas exceptionnel ». Exits est pourtant un titre qui réclame d’y revenir, pour finir par y retrouver à la fois la touche Foals, et notamment la voix si caractéristique de son chanteur Yannis Philippakis, mais aussi des sons bien travaillés qui rappellent par moments le Depeche Mode du tournant des années 80-90 (celles du siècle dernier ça va sans dire). C’est un titre qu’il faut laisser infuser en soi, dont il faut prendre le temps de rechercher les variations pour en profiter. Sous ses faux-airs un peu répétitifs et lisses, il finit par révéler quelque chose d’entêtant et loin d’être désagréable.

Là où Exits s’installe définitivement, c’est associé à son clip, notre (vrai) sujet du jour. Réalisé par Albert Moya (dont je vous invite à découvrir le travail, notamment via son Instagram), ce quasi court métrage nous emmène dans un univers assez intrigant où se croisent plusieurs lignes narratives autour d’un même personnage. Une jeune femme qui pourrait être plongée dans, ou sortie d’un Hunger Games version dépressive. Oui, dit comme ça, ça ne fait pas rêver… Et pourtant, pendant les un peu plus de six minutes que dure ce clip, impossible de détacher l’œil de l’écran. Beaucoup de questions se posent, et j’avoue ne pas avoir encore tout compris. Mais quand on vient de se binge-watcher la saison 3 de Twin Peaks, on est assez open et prêt à toutes sortes d’expériences visuelles et sonores.

La photo du clip est, quant à elle, assez incroyable, avec une mention spéciale à des moments de pure esthétique, comme les scènes d’escrime dans le silo, ou le corps plongé dans le cube de verre et d’eau. D’autres images feront inévitablement penser à l’esthétique Pink Floyd, portée pendant des années par le studio Hipgnosis , comme les plans de ces hommes costumés et austères dans un hémicycle, ou encore celui de l’homme en feu sortant d’une voiture, elle aussi en feu. Le voyage pictural proposé par Foals et Albert Moya est rapidement captivant, et appelle du revisionnage tout autant que de la réécoute.

Le son de Foals porte cette petite odyssée visuelle et il ne m’en faut, pour le coup, pas beaucoup plus pour avoir hâte d’être au 8 mars. Journée des droits des femmes (même si, on est bien d’accord, les droits des femmes c’est tous les jours qu’ils doivent être défendus et respectés), ce sera aussi la date de sortie de Everything not saved will be lost – Part 1, 5e album de Foals. Oui, vous avez bien lu : Part 1, car le groupe ne fait pas les choses à moitié, ou plutôt si, puisque ce nouvel album studio sera livré en deux temps (#vousl’avez?). Le second volet est prévu pour l’automne 2019. En attendant, nous aurons pu nous mettre sous la dent la première galette, que l’on espère aussi intrigante et passionnante que ce Exits. Cerise sur le gâteau : la pochette est assez magnifique et donne envie de choper le vinyle, rien que pour la beauté de l’image.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°20 : Remains of nothing (2019) de Archive feat. Band of Skulls

Il n’aura échappé à personne que nous sommes en 2019, ce qui n’est pas pour nous déplaire tant ce début d’année fourmille de sons assez ravageurs. Après la chouette trouvaille Marvin Jouno du copain Sylphe en début de semaine, c’est à une petite célébration qu’on vous convie sur Five Minutes. Ou tout du moins un début de célébration. En 2018, mois après mois, j’ai participé aux festivités des 40 années de chansons d’Hubert-Félix Thiéfaine, au fil des rééditions d’albums et de sa tournée anniversaire. 2019 me semble bien partie pour être celle des 25 ans d’Archive.

Né en 1994, le groupe britannique s’est formé et à depuis évolué autour de ses deux membres fondateurs Darius Keeler et Danny Griffiths. En douze albums (si l’on dissocie Controlling Crowds I-III et IV (2009) et que l’on intègre la BO de Michel Vaillant (2003)), la formation nous aura emmenés du trip-hop le plus sombre avec Londinium (1996) à l’électro-rock avec The False Foundation (2016), dernier album studio à ce jour. Pourtant, la musique d’Archive est bien plus riche et variée que ce simple parcours, puisque la formation oscille en permanence entre le rock progressif, l’ambient, l’électro en exploitant synthés et samples, le trip-hop et même le rap.

Archive c’est tout cela et bien plus encore, et ça n’est pas ce Remains of nothing qui me fera mentir : en un peu plus de 7 minutes, cette joyeuse bande de lascars semble vouloir nous faire entendre un condensé de leur talent. Ouverture sur un mini coup de clavier et une nappe grésillante à souhait, pour mettre en place une boucle de synthé appuyée par la batterie et la basse. Une forme entêtante qui s’enrichit de sons de guitare, et n’est pas sans rappeler les grands moments d’improvisation construite de Pink Floyd version fin 60-début 70. Comme une montée de 2 minutes 15 en kiff total. La question étant : comment va-t-on tenir émotionnellement encore plus de 5 minutes ?

La réponse étant : on ne tiendra pas. La boucle se suspend quelques secondes, le temps de se faire cueillir par une voix venue de nulle part, haut perchée, qui vient se poser sur la trame musicale préalablement injectée dans nos oreilles. Une trame qui, entre les mots, s’enrichit en permanence de multiples petits sons et samples. Tout ça confine au délire, et alors qu’on croit le son bien installé… bim ! Une sorte de refrain avec voix supplémentaire lancinante déboule une minute plus tard. C’est du Pink Floyd encore et toujours, mâtiné de Beatles pas encore rentrés de leur trip indien. S’ajouteront ensuite des cordes dans un pont musical inattendu, avant de retourner au charbon déjà exposé.

Un poil avant la 5e minute, c’est toujours sur cette même trame musicale que l’on basculera dans un presque nouveau morceau avec un flow rap qui finit de dévaster ce qui nous reste de résistance, en sachant que, pour ma part, j’ai déjà cédé depuis les premières notes. Avec une proposition initiale qui porte la totalité de cette pépite, Archive expose une palette de ce qu’il sait faire de mieux. Comme une façon de vouloir nous dire : « Voilà, notre point de départ est toujours le même. On est Archive, on fait ce son là de base mais on l’exploite de toutes les façons possibles, en l’emmenant dans de multiples recoins et styles différents sans perdre un miette de ce que l’on est ».

C’est peut-être bien ce tour de force qu’ont réussi Darius Keeler, Danny Griffiths et leur bande de potes, depuis 25 ans mais aussi en 7 minutes et des poussières. Ils se sont adjoint la collaboration de Band of Skulls, trio rock de Southampton que l’on recommande chaudement, pour un Remains of Nothing qui porte son titre avec une ironie absolument folle et provoc : appeler « Les restes de rien » un morceau aussi riche et puissant, c’est joueur. D’un côté, Remains of Nothing fait planer une sorte d’ambiance de fin du monde et de vide absolu désespérant, et en cela il porte bien son titre. De l’autre, il appelle sans délai à réécouter illico les précédents opus d’Archive, comme une rétrospective des restes de tout. Retourner se plonger tête la première dans Londinium (1996) et son trip-hop bristolien, dans You all look the same to me (2002) et son Again d’ouverture qui sonne bon comme un Animals pinkfloydien, dans le furieux et angoissant Controlling Crowds (2009) et ses Bullets et Pills, ou encore dans The False Foundation (2016) et son morceau éponyme bouillant comme de la glace.

A moins que l’on ne réécoute le Live at the Zénith (2007) et son hypnotique version de Lights, ses rageuses interprétations de Noise et Sane, et son désespéré Fuck U. Oui, voilà une partie de ce que ce Remains of Nothing d’Archive a fait sur moi ces derniers jours. Je ne suis toujours pas redescendu, et j’attends maintenant avec une impatience non dissimulée la suite de ces 25 ans. Au programme, un album-compilation augmenté d’inédits (dont notre pépite du moment) prévu pour le 10 mai prochain (pas moins de 4 CD ou 6 vinyles) et sobrement intitulé 25, quelques jours à peine avant une prestation à la Seine Musicale (16 mai 2019) qui s’annonce d’ores et déjà dantesque, mais surtout complète. Pas trop grave : la bande entamera ensuite à l’automne une tournée européenne 25 qui passera par bon nombre de villes en France (il reste des places mais ça part très vite !), non sans avoir livré en septembre un Live in Paris, captation du 16 mai parisien.

On suit ça de près et on en reparle bientôt. Pour le moment, je crois que dans ce rien sidérant qui nous entoure, il y a encore quelques beaux restes à écouter. J’y retourne.

Raf Against The Machine

Review n°20 : Les rescapés (2018) de Miossec

miossec_lesrescapesPetit retour quelques mois en arrière pour profiter encore un peu de 2018, avec un des albums majeurs de l’année écoulée. On avait laissé Miossec en 2016 avec Mammifères, un bien bel album qui sonnait (re)nouveau, tant par sa couleur musicale que par les paroles. Après l’intimiste et bouleversant Ici-bas, ici même (2014), notre brestois préféré avait réuni autour de lui un drôle de trio de saltimbanques pour un opus hautement chaleureux et lumineux. Violon, accordéon et guitare acoustique portaient alors des titres poétiques que Miossec et sa bande avaient sublimés dans une tournée acoustique des plus émouvantes.

Album après album, la qualité première de Miossec est de nous attendre là où on ne l’attend pas. Les rescapés ne déroge pas à la règle : à la tiédeur cosy de Mammifères succède une galette bâtie sur des sonorités synthétiques et électriques. Une suite de partitions qui semblent aller fouiller au plus profond de nous-mêmes pour des compositions organiques, tendues, très dépouillées aussi. Le minimalisme musical règne en maître, sans toutefois céder à la simplicité ou la facilité. On trouvera même au cœur des Rescapés des sons quasi Blade-Runneriens, comme en ouverture des Infidèles ou de La mer. Par touches inattendues, le violon de Mirabelle Gilis fait de véritables miracles de douceur pour répondre à des textes toujours finement ciselés.

Parce que oui, le grand pouvoir de cette cuvée 2018 de Miossec, c’est d’avoir fait le choix musical le plus pertinent qui soit pour mettre en avant et en valeur les textes. Les différentes pistes musicales ne se font pas oublier et ne s’oublient pas, loin de là. Pourtant, elles ne font que servir d’écrins aux mots. Ce qui m’a obsédé pendant des semaines, c’est bien plus des phrases et des propos que les compositions en elles-mêmes. Miossec explore une nouvelle fois des sujets intemporels et ses obsessions. Et ça fonctionne plus que jamais, parce que ça a toujours fonctionné et parce que, une nouvelle fois, le poète a trouvé comment trousser 11 titres de la plus belle des manières pour nous embarquer et nous faire cogiter sans en avoir l’air.

Nous sommes : pas éternellement, comme nous le rappellera le On meurt deux pistes plus loin. Mais Nous sommes, malgré tout. « Nous sommes de ceux qui ne sont pas passés de loin à côté », ou comment faire écho, dans un sentiment d’urgence, au On y va de l’album précédent. Pour ne pas oublier non plus qu’on est tous des rescapés de quelque chose. Nous sommes, avant de partir un jour puisqu’On meurt. « On meurt du pire, on meurt d’un rien / On meurt n’importe comment ou de façon extraordinaire / On meurt dans le vide, on meurt trop plein / On meurt en voulant s’envoyer en l’air ».

Tout le reste de l’album va ensuite remettre sur le métier les préoccupations miosseciennes et humaines qui me travaillent tant. Les infidèles questionne les failles humaines et les tentations de la vie : qu’est-ce qui fait qu’un.e infidèle l’est un jour, puis ne l’est plus ? L’aventure énumère, par petits moments et par touches, ce qui forme cette grande aventure qu’est la vie. Pour fait plus loin écho en listant, dans une urgence rock, ce qui fait qu’il est bon d’être là malgré tout, ce qui fait que cette putain de vie mérite d’être vécue. Et La ville blanche clôturera l’opus par une nouvelle variation sur la vie qui passe et ses aléas : d’où on vient, où on va, pourquoi, comment, avec qui parfois… de quoi est-on faits, qu’est-ce qui importe et qu’est-ce qui nous fonde.

Mais avant cela, on aura aussi replongé dans le pourquoi/comment des relations humaines/sexuelles avec Les gens (quand ils sont les uns dans les autres) : qu’est-ce qui fait que ça matche ? Il se passe quoi dans ces moments-là ? Et après ? Un titre qui nous rappelle tant d’autres, comme Quand je fais la chose, Tant d’hommes, Des moments de plaisirLa vie sentimentale se demande quelle place on lui accorde dans nos existences, et comment ça peut prendre une place parfois démesurée, aux dépens même de tout le reste. Que choisit-on d’en faire, et par rebonds, que choisit-on de faire de sa vie ? Un gouffre à sentiments qui nous rongeront, ou un subtil dosage pour une vie dont on aura profité sans regrets d’être passé à côté ? Imparable Son homme, où comment regarder l’avant pour parler du présent et de ce qui n’est plus. Miossec revisite cette thématique du temps qui passe, des sentiments et relations qui évoluent, parfois se distendent et se dégradent, voire s’éteignent. L’impensable, à un moment du passé, peut pourtant arriver : comment ça peut finir par s’éteindre un putain de feu ? C’est Je plaisante, c’est Au haut du mât. Ce sont les rencontres et les fantômes du passé qui nous hantent, nous construisent aussi et nous accompagnent à vie, quoiqu’il arrive, sans qu’on ne les oublient jamais. Gravés dans des recoins de nous. A en chialer quand on y repense, et parfois sans y penser.

Les rescapés, c’est aussi La mer quand elle mord c’est méchant : sous un faux air de « Le feu ça brûle et l’eau ça mouille », on a ici un titre à la fois pesant et imposant, brut de décoffrage et absolument imparable. Enfin (et dans le désordre depuis le début de cette review), Les rescapés c’est aussi Je suis devenu. Un titre en forme de bilan, sur un air presque pop qui pourrait surprendre au milieu de cet opus résolument rock et rude. Un bilan serein, lucide et limpide, fait de réussites, d’échecs et de failles aussi. Un bilan profondément réaliste et humain, que je ne peux que partager et auquel je ne peux que souscrire et m’identifier : « Je suis devenu ce que j’ai récolté / Ce qui m’est tombé dessus / Et ce que j’ai bien pu ramasser / Je suis devenu ce que je redoutais / Mais je ne m’en suis aperçu qu’une fois le mal déjà fait ».

Respect total pour ce grand album. Immense merci à Miossec.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°16 : Bloom (2011) de Radiohead/par Thom Yorke

A peine 24 heures après l’énergique article du copain Rage autour de Fred Poulet, retour à une ambiance plus feutrée avec une réinterprétation par Thom Yorke de Bloom, titre d’ouverture de The king of limbs (2011), avant-dernier album studio en date de Radiohead.

C’est exactement le genre de son dont j’ai besoin ces jours-ci : après la patate Lazy Boy de la semaine dernière, quelque chose de plus cotonneux, de plus apaisé aussi. Les oreilles qui connaissent déjà le Bloom originel se rappelleront de cet incroyable morceau d’ouverture d’album, très électro-organique et constitué de milliers de petites bulles de son qui s’entrechoquent et éclosent. Normal pour un morceau qui se traduit en floraison. Cette même version d’antan fait le nécessaire pour nous emmener, dès les premières notes, dans un amas jamais pesant de sons, une sorte de bouillonnement de vie synthétique.

En décembre 2018, soit il y a à peine quelques semaines, Thom Yorke fait un passage aux Electric Lady Studios de New York, dans le cadre de l’émission Morning Becomes Eclectic pour la radio KCRW. Oui, la radio qui, déjà en 2013 par exemple, avait permis le Live from KCRW de Nick Cave & The Bad Seeds, une excellente captation de la formation sur scène. Thom Yorke, donc, a profité de ce moment radio pour revisiter quelques titres live et acoustiques de Suspiria, son dernier album solo qui n’est autre que la BO de Suspiria (le film), remake 2018 du film d’horreur éponyme de 1977 réalisé par Dario Argento.

Quelques titres de Suspiria, mais aussi notre Bloom du jour, dans une version épurée qui ne mêle que piano, sample minimaliste et voix de Thom Yorke. C’est diablement plus beau que la version studio de Radiohead, qui était déjà diablement envoûtante. Bloom se retrouve comme dépouillée du superflu, qui ne l’est pas dans la version originelle mais qui nous saute au visage avec cette relecture. C’est une re-floraison qui gagne encore en efficacité et en émotions, un titre qui me transperce et place, si besoin en était, Thom Yorke tout en haut du haut des musicos.

Qu’il soit entouré de Radiohead ou seul à ses propres commandes, le garçon écrit et interprète une musique absolument incroyable. Là où il se produit (trop rarement !), on a envie d’aller l’écouter. Et ça tombe bien puisque l’on a appris ces derniers jours que Thom Yorke jouera le 7 avril prochain à la Philarmonie de Paris, pour la Minimalist Dream House des sœurs Katia et Marielle Labèque, avec des pièces composées spécialement pour l’occasion, augmentées d’une nouvelle chanson. On se détend tout de suite : c’est malheureusement déjà complet, en revanche le lendemain 8 avril c’est encore jouable (à l’heure où j’écris ces lignes) à Lyon. Si vous êtes dans les parages…

Nous reste donc à replonger dans ce que nous avons sous la main et à en profiter… Ici-bas ici même.

Et en bonus pour comparer…

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°16 : Lazy Boy (2018) de Franz Ferdinand

L’heure venue de la livraison hebdomadaire sur Five-Minutes, plusieurs titres et albums ont prétendu à la place… Mais ce Lazy Boy de Franz Ferdinand s’est quasiment imposé au saut du lit.

Parce que, précisément, le saut du lit, laborieux et embrumé, qui appelle un son à faire trembler le bouzin. Oui, je sais pas pour vous mais de mon côté les matins sont en général compliqués, et encore plus dans cette période où se cumulent les misères du monde, l’absence de dialogue dans le pays, le temps dégueulasse (même si un rayon de soleil se pointe enfin aujourd’hui), l’absence de Nutella® dans le placard et l’approche du lundi le plus déprimant de l’année. Le Blue Monday (ou lundi blues), qui correspond au lundi le plus pesant de l’année : c’est un début de semaine, la météo est souvent exécrable, la paye n’est pas tout à fait prête à tomber encore malgré le beau découvert à la banque dû (notamment) aux fêtes et (aussi un peu) à des rattrapages de cotisations en tout genre… Bref, il s’agit de lutter contre la morosité ambiante par des moyens simples et à la portée de tous.

Franz Ferdinand fait partie de ces choses qui font du bien au corps et à la tête un peu aussi. Leur dernier album Always Ascending (2018) envoie plutôt du bon son rock efficace, mais j’avoue que ce Lazy Boy me fait particulièrement de l’effet. Ses sons de guitare assez incroyables et la basse bien présente et ronronnante dès les premières secondes portent une mélodie en boucle, assez minimaliste finalement, mais terriblement efficace. Si on ajoute à ça la voix d’Alex Kapranos, qui débute sur des airs de Bowie et poursuit dans une énergie assez communicative, on obtient 3 minutes de pur bonheur revitalisant qui font passer mes boîtes de Vitamine C et de Magnésium pour un violent somnifère.

Preuve s’il en était besoin de l’excellente santé du rock d’Outre-Manche avec donc cette pilule de pep’s qu’est Lazy Boy, fabriquée de main de maître par les écossais de Franz Ferdinand.

Avant de vous laisser bouger votre corps sur ce Lazy Boy au titre rigolard (le morceau n’a rien de paresseux, mais il semble pile poil être fait pour les lady boys à tendance oisive dans mon genre), un groupe de rock écossais en appelle un autre, anglais cette fois. Breaking News ! Foals fait son grand retour en 2019, avec un double album publié en deux temps : Everything not saved will be lost Part 1 sortira le 8 mars prochain, Everything not saved will be lost Part 2 à l’automne 2019. Voilà une nouvelle qui fait plaisir ! Bien que leur meilleur album à ce jour reste Total Life Forever (2010), on guette avec une certaine impatience ce nouvel opus, dont on reparlera certainement ici-bas ici même, parce que Foals est un groupe qu’on kiffe.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°14 : September Song (2013) d’Agnès Obel

Se réveiller avec un morceau en tête, c’est une chose. Savoir quoi en faire en est une autre. En ce qui me concerne, ça tombe pile un jour de Five-Minutes : c’est, en l’occurrence, September Song d’Agnès Obel qui me tient par la barbichette depuis la sonnerie du réveil.

Un titre qui clôt Aventine (2013), le deuxième album de cette artiste danoise qui ne cesse de me fasciner. Dès son Philarmonics en 2010, les mélodies épurées, aériennes et parfois minimalistes d’Agnès Obel m’ont toujours fait un effet inédit et incomparable, que je n’ai jamais retrouvé ailleurs. Rien ne ressemble à la musique de cette artiste, bien que l’on y retrouve des influences telles qu’Erik Satie ou Claude Debussy. J’avoue que c’est aussi et surtout la pochette de Philarmonics qui avait attiré mon attention au départ : un visuel captivant et hypnotique qui n’est pas sans rappeler Les Oiseaux d’Hitchcock.

C’est pourtant à une tout autre ambiance que nous convie Agnès Obel, et ce September Song en est une parfaite illustration. Une mélodie jouée en boucle avec d’infimes variations de composition ou d’interprétation à chaque reprise. Une ambiance cotonneuse à souhait, qui nous inciterait tour à tour à flâner sous la couette, ou encore à observer le froid du matin depuis la fenêtre, un grand thé en main… à moins qu’on ne choisisse de déambuler, l’esprit en suspension et le cœur en bandoulière, dans quelque ville d’Europe du Nord. Ce qui est une sacrée coïncidence (vraiment ?) pour une artiste native du Danemark (où je m’arrêterais bien le jour où je rentrerai d’Islande). Comble du bon goût : elle a choisi de s’installer depuis quelques années à Berlin, sans doute une des villes les plus agréables et sereines à visiter et/ou à vivre, tous continents confondus (où je m’arrêterais bien tout court).

Je m’égare, mais pas tant que ça : ces sensations géographiques sont présentes et bien présentes dans September Song, un titre qui ne cesse de m’apaiser. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille et le monde est parfois plein de tristesses en tout genre ? Pas de souci, vous me prendrez une bonne dose d’Agnès Obel trois fois par jour, matin midi et soir, et autant que cela sera nécessaire. L’excès de bon son ne peut pas nuire à la santé.

Par extension, une fois September Song écouté, le reste de l’album est chaudement recommandé. D’autant que notre pépite du jour n’est disponible que sur certaines éditions d’Aventine (notamment Deluxe et numérique), et donc pas toujours simple à dénicher. Comme on fait les choses bien par chez nous, vous pourrez l’écouter ici-bas, ici même, avant de vous ruer sur les 11 autres titres de cette fabuleuse galette. Qui vous permettront de profiter également de la voix incroyable d’Agnès Obel, puisque, oui, elle a une voix renversante, en plus d’être une compositrice hors pair.

Dernière chose, et pas des moindres : ce September Song fait aussi partie de la BO de Big Little Lies, l’excellente mini-série réalisée par Jean-Marc Vallée. Ce nom vous parle ? C.R.A.Z.Y., Wild, Dallas Buyers Club, Demolition, et côté série Sharp Objects. Digression ciné/séries, car ce formidable réalisateur concocte toujours ses BO avec soin et goût, ce qui mérite d’être signalé. Sans parler de sa mise en images, absolument incroyable. Mais c’est une autre histoire.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°6: The Big Bad Blues (2018) de Billy F Gibbons

Nous voilà déjà arrivés en 2019, sans presque que l’on s’en rende compte. Et je m’aperçois que c’est moi qui ai l’honneur et le privilège d’ouvrir cette nouvelle année sur Five-Minutes. Mes camarades de jeu Sylphe et Rage sauront vous le dire à leur façon, mais d’ores et déjà on souhaite à tous nos Five-Minuteurs préférés que vous êtes tout plein de bonnes choses pour 2019.

Et pour bien commencer, voilà une bonne chose que je vous propose de partager : le second album solo de Billy F Gibbons, intitulé The Big Bad Blues, et qui succède à l’étonnant Perfectamundo (2015). Etonnant car les sonorités afro-cubaines de la galette nous avaient quelque peu pris par surprise venant du guitariste-chanteur de ZZ Top. Pas si étonnant que ça, si l’on sait que dans ses jeunes années, le bonhomme a tâté de la percussion avec Tito Puente. Mais revenons à cet opus 2018 qui, comme son nom l’indique, taquine le blues, et plus si affinités. Démonstration en 5 actes de l’absolue nécessité d’écouter cet album.

  1. Comme on le rappelait, Billy F Gibbons est le guitariste-chanteur de ZZ Top. Pour qui aime le rock gras et généreux, binaire, teinté de Delta blues et saupoudré de Howlin’ Wolf, impossible de passer à côté de ce groupe légendaire qui écume le monde depuis 1969. Oui, le trio va célébrer ses 50 ans d’existence, une longévité qui fait du bien à l’heure des artistes éphémères et de la guimauve musicale qui se dissout sans saveur à la première dégustation.
  2. Chacun des 11 titres de ce Big Bad Blues respire la route poussiéreuse, les grands espaces, et le roadhouse enfumé qui sert des pintes de mousse. A l’heure où le monde semble drastiquement se réduire à des chaines lisses de coffee-shops, de fast-foods, de boutiques de fringues et à des voies propres, goudronnées et dépoussiérées jusque dans les coins, j’ai jamais eu autant envie de me barrer au fin fond de terres arides. Et que ce soit en Islande, en Nouvelle-Zélande ou dans les fjords norvégiens, c’est à coup sûr ce genre de son que j’emporterai pour faire la route. Sur place, j’écouterai Mùm, Sigur Rós et Thomas Méreur, mais c’est une autre histoire.
  3. Billy F Gibbons est un sacré renard de la six cordes. Doit-on rappeler qu’il a fondé ZZ Top avec à la main une Fender Stratocaster rose offerte par Jimi Hendrix, qui l’avait embauché pour ses premières parties ? Du haut de ses presque 70 ans, Billy F Gibbons gratte depuis des décennies et ce florilège blues est une petite démonstration de ce qu’il sait faire, six cordes à l’appui. Et comme dirait Sylphe, le garçon envoie le bouzin !
  4. Ça sent le blues à plein nez, à grand renfort d’harmonica saturé dans le micro et de piano bar qui pointe le bout de son nez entre deux riffs. A grand renfort aussi de guitare Gibson, qui reste à mon goût la meilleure des marques de guitare pour honorer le blues. Le son gras et rugueux de cette marque, modèle Les Paul en tête, ne cesse de me transporter. En France, notre Paul Personne se sert de ses Gibson comme personne (vous l’avez ?). Sur la galette du jour, c’est Billy F Gibbons. En plus, à peu de chose près, il aurait pu s’appeler Gibson. Un signe ?
  5. Toute la musique qu’on aime, elle vient de là… Bref, mon pays c’est le blues : à partir du moment où il y en a quelque part, là où il se manifeste, ça fonctionne. Pour peu que ça soit bien emmené et bien mené, interprété avec les tripes et que ça joue sans complexe. Ce qui est le cas dans ce Big Bad Blues assez monstrueux. Tous les tempos sont proposés, et c’est à un furieux voyage, depuis le blues le plus lent et lourd avec My Baby She Rocks jusqu’à quelques titres rocks endiablés comme Rollin’ and Tumblin’, que nous convie Billy F Gibbons. Avec en conclusion du disque, une petite fantaisie blues-rock aux accents fifties qui glisse même un peu de fraîcheur et d’humour dans tout ça.

What else ?

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