Ciné-Musique n°5 : Interstellar (2014) de Hans Zimmer

Interstellar_Bande_OriginaleBien content de vous retrouver en ce tout début d’année. La petite bafouille du jour portera sur une bande originale (BO) incontournable, d’un film non moins incontournable, dont j’ai eu envie de vous parler à la faveur de deux faits. Le premier, c’est d’avoir déniché cette BO en vinyle dans les bacs d’un de mes disquaires favoris, alors que je pensais ne jamais la trouver, du moins à un prix décent. Le second fait, c’est l’actualité et ses joyeusetés diverses et variées, qui me font une fois encore me demander si notre planète tiendra le coup, et dans combien de temps il faudra envisager d’aller voir ailleurs si l’air est plus respirable.

Interstellar (2014) de Christopher Nolan, c’est exactement ça. Pour mémoire, et en guise de pitch pour les malheureux qui n’auraient pas encore vu cette merveille, rappelons la situation de départ. Dans un futur (très) proche, la Terre crève de toutes les saloperies que ce gros con d’être humain a pu faire pendant des décennies. L’air y est lourd, la vie pesante et limitée. Tout ceci symbolisé par cette poussière qui, petit à petit, recouvre ce monde et assèche les espoirs de lendemains meilleurs. Trouvaille visuelle et narrative de génie. Dans ce contexte, une équipe d’astronautes entame un périple spatial afin de trouver une autre planète habitable pour l’homme.

Le reste appartient à un visionnage que je saurais que trop vous conseiller. Film ambitieux et intelligent d’un des grands réalisateurs de notre temps (et d’un des plus grands réalisateurs tout court), Interstellar est un moment de cinéma comme on en fait rarement. Hommage appuyé à un 2001: L’odyssée de l’espace, ou encore à Solaris, ce film traite non seulement son sujet, mais se permet aussi un voyage humain qui explore une émouvante relation père-fille. Tout comme Ad Astra l’année dernière revisitait la relation père-fils, mais c’est une autre histoire.

Et, tout comme dans le chef-d’œuvre de Kubrick, il fallait bien une BO à la hauteur des images proposées. Pour la cinquième fois de sa filmographie après Batman Begins, The Dark Knight, The Dark Knight rises et Inception, Christopher Nolan confie la baguette à Hans Zimmer. Compositeur prolifique et aujourd’hui archi-connu pour ses BO des Pirates des Caraïbes (mais pas que), Zimmer nous avait déjà impressionné les oreilles en sublimant The Dark Knight, à travers des sons et détournements d’instruments ravageurs pour accompagner notamment le Joker.

Pour Interstellar, on entre dans une autre dimension, sans aucun mauvais jeu de mots. Le score proposé par Zimmer mélange des sons incroyables, en superposant des nappes de cordes, voire de l’orchestre entier, et un piano d’une incroyable profondeur, puis introduisant des synthés et un orgue. Ce dernier constitue sans doute la trouvaille maîtresse du compositeur, en permettant d’élargir le spectre musical et en donnant à ses thèmes une ampleur et une profondeur inattendues. C’est ainsi que l’on retrouve dans la BO à la fois l’intimité et la promiscuité des relations humaines filmées, et l’immensité des profondeurs spatiales et des paysages à perte de vue.

Le film est brillant, sa BO époustouflante. Petit aperçu ci-dessous en 3 morceaux, mais ne vous privez pas d’aller en écouter d’autres, voire toute la BO. Ou de regarder le film qui va avec. Une recommandation pour finir : n’écoutez pas ça sur de malheureux haut-parleurs minuscules qui vont crachoter. Soit vous écoutez au casque, soit vous envoyez le bouzin sur des enceintes qui rendront grâce à ce score magistral. Dans un cas comme dans l’autre, fermez les yeux et laissez vous embarquer. Le voyage en vaut la peine.

Raf Against The Machine

Five reasons n°16 : Filmographie (2019) de Arthur H

Filmographie-Best-OfNon, il ne s’agit pas d’un nouvel album d’Arthur H. Disons, pas un nouvel album avec de nouvelles chansons. Filmographie n’est en fait qu’un best of, qui pourrait faire dire qu’on va le laisser de côté, parce qu’on a déjà tout Arthur H et qu’on connait (presque) par cœur. Et pourtant, il y a un paquet de bonnes raisons de se procurer cette double galette et de replonger dans le répertoire d’un des plus grands artistes français. Histoire de faire court, on en retiendra cinq.

  1. En 2015 était sortie Mouvement perpétuel, une intégrale CD (qui ne l’est plus depuis la sortie d’Amour Chien Fou début 2018) de fort belle facture : tous les albums studio et live du garçon, augmentés de 3 CD bourrés d’inédits, reprises et autres moments jouissifs. Une intégrale pas comme les autres pour un artiste pas comme les autres. Cette année, Filmographie joue le jeu du best of en l’adaptant à la sauce Arthur H. Point de tubes (l’artiste n’en a pas au sens tubesque et commercial), ni d’ordre chronologique, mais 17 titres piochés dans les 10 albums publiés depuis 1990. Une poignée de pépites organisées en 4 thématiques qui occupent chacune une face de vinyle. Autant dire que l’objet prend tout son sens sous cette forme, plutôt qu’en CD.
  2. Filmographie est donc un voyage dans quatre univers : Film noir, Comédie dramatique, Comédie musicale, Aventure psychédélique. A bien y réfléchir, quatre dimensions qui résument bien les pistes artistiques suivies par Arthur H depuis une trentaine d’années. Voilà donc un best of intelligent qui ne se contente pas d’aligner des morceaux connus, mais qui cherche à faire la synthèse d’une carrière protéiforme et riche au point de toujours surprendre même les fans les plus assidus.
  3. Forcément, sur la totalité des chansons enregistrées par Arthur H au cours de sa carrière, il manquera sans doute à Filmographie celle que vous auriez aimée voir figurer dans telle ou telle catégorie. Par exemple, me concernant, il n’y a pas Assassine de la nuit, peut-être ma chanson préférée parce que je la trouve magnifiquement écrite (et aussi pour une raison bien plus intime et personnelle). Il n’y a pas non plus Je rêve de toi. En revanche, il y a ces 17 titres soigneusement choisis et ordonnés, qu’il est absolument génial de redécouvrir avec l’éclairage thématique proposé. Le baron noir et Cool jazz liés dans un Film noir, La chanson de Satie et Lily Dale qui composent une Comédie dramatique, La caissière du Super et Moonlove déesse unies dans une Comédie musicale ou encore Mystic rumba et The Hypno – Techno – Gypsie – Queen dans une tourbillonnante Aventure psychédélique.
  4. Filmographie réussit également un joli double tour : réunir à la fois les fans hardcore d’Arthur H et les personnes qui le découvriraient. Les premiers (je n’y reviens pas) redécouvriront de chouettes titres sous un nouvel éclairage et, pour la plupart, inédits en vinyle. Les seconds trouveront là une porte d’entrée tout à fait pertinente pour s’aventurer dans l’univers créatif d’un grand bonhomme de la chanson française. Filmographie est un best of qui n’a rien de commercial. Je ne suis généralement pas client du tout de ce genre d’objet, qui donne à entendre des titres sortis du contexte album tel que l’artiste l’a pensé. Toutefois, ici c’est, précisément, pensé par l’artiste. Et c’est une chouette chose.
  5. Filmographie est bien nommé. Chacune des chansons d’Arthur H est souvent très cinématographique et convoque des images mentales assez puissantes, comme autant de courts-métrages à déguster un par un au gré des humeurs du moment. Parcourir ce best of, c’est revisiter une filmographie au sein de laquelle chacun pourra attribuer sa récompense, dans chacune des catégories proposées. Et si parmi les nominés il manque des chansons, libre à vous de les rajouter en réécoutant, seul ou à plusieurs, la discographie complète de ce sacré personnage artistique.

(Et, parmi les nominés, mes gagnants à moi sont…)

Raf Against The Machine

Ciné – Musique n°4 : Peaky Blinders – The Official Soundtrack (2019)

81tQd0EHs9L._SS500_Cette fois-ci, c’est bon : alors que la semaine dernière j’avais attendu désespérément mon disque, je l’ai désormais en mains et en oreilles, et peux donc vous en parler ! Vous parler de quoi exactement ?

D’un côté, Peaky Blinders la série TV. Apparue en 2013 et créée par Steven Knight, cette audacieuse série est visible dans nos contrées sur ARTE (et aussi sur Netflix pour les plus dépensiers). Avec au compteur 5 saisons de 6 épisodes chacun, voilà de quoi plonger dans le Birmingham de 1919, et des années qui suivent. Au menu : les aventures et magouilles en tout genre de Thomas Shelby, dangereux et magnétique chef du gang familial des Peaky Blinders, brillamment interprété par Cillian Murphy.

Alors oui, on est en plein monde télé, alors que j’annonce un Ciné-Musique. Arnaque ? Mensonge ? Non, parce que Peaky Blinders pourrait bien être une suite de 5 films de 6 heures chacun, ou bien encore un très long métrage de 30 heures. La série est ambitieuse, brillamment tournée, magnifiquement interprétée. Chaque plan et chaque scène sont cinématographiques. Du niveau d’un Gangs of New York, Peaky Blinders brouille les frontières et nous embarque sur le petit écran là où bien des films ont du mal à nous traîner.

De l’autre côté, Peaky Blinders la BO. L’autre moyen très malin pour la série de brouiller les pistes. Où comment claquer régulièrement des morceaux hors du temps, en tout cas hors du temps contemporain des événements narrés. Autrement dit, Peaky Blinders ne s’illustre pas musicalement par des morceaux début 20e siècle, mais en allant piocher dans le répertoire blues-rock des années 90 à aujourd’hui. C’est extrêmement malin : la série et ses personnages sont rock à souhait, avec parfois une noirceur vénéneuse qui confine à une sensualité moite qu’on ne ressent que dans les bons concerts qui font bander la vie.

Cette BO de rêve dure depuis 5 saisons donc, et il est désormais possible d’en retrouver un large éventail avec la sortie de Peaky Blinders – The Official Soundtrack, à la fois en double CD et triple LP. A notre que la version vinyle part très vite chez tous les bons disquaires, et qu’il ne vous faut pas tarder si l’objet vous tente. Objet de fort belle facture d’ailleurs, avec une pochette gatefold au graphisme magnifique, emplie de 3 galettes bourrées d’excellents sons. Trois catégories : des extraits de dialogues (façon BO de Tarantino) entre les morceaux, des compositions tirées du score original et pléthore de morceaux rock qui apportent leur pierre à l’édifice.

Tout ce qu’on aime y passe : je ne reviendrai pas sur le Red Right Hand de Nick Cave qui ouvre chaque épisode, et dont j’avais dit un mot voici quelques semaines (à relire d’un clic ici). Outre Nick Cave, on retiendra du PJ Harvey avec notamment son To bring you my love d’outre-tombe, Radiohead et Pyramid Song, Dan Auerbach avec The Prowl ou encore Joy Division et le renversant Atmosphere. Bien sûr il y a un tas d’autres choses à écouter, et si ce premier aperçu ne vous suffit pas, dites-vous qu’il y a aussi du Anna Calvi, du Queens of the Stone Age, du Black Sabbath, du Black Rebel Motorcycle ou du Idles.

J’avoue que ce gros disque tourne beaucoup en ce moment. Autant Peaky Blinders a été un fucking great moment of TV pour moi, autant cette BO est jouissive à souhait et possède cette faculté des grandes BO de vous ramener directement dans le film rien qu’en l’écoutant. Voilà donc une Official Soundtrack explosive, au moins autant qu’un Thomas Shelby à qui on aurait fait un coup pourri. Voilà une bande son que je trouve tout aussi efficace que celles de Tarantino, pour ce qu’elle colle à la peau de la pellicule qu’elle accompagne. Avec en plus un anachronisme qui, loin d’être un gadget attirant qui retombe comme un soufflé, se révèle être une trouvaille diablement efficace pour soutenir un propos entêtant et venimeux.

Ultime pirouette et argument définitif : la BO s’ouvre sur le Red Right Hand de Nick Cave, pour se clore sur une fiévreuse et désabusée reprise de Ballad of a thin man (initialement écrite et interprétée par Bob Dylan) par Richard Hawley. D’un titre à l’autre, de Dylan à Cave, il n’y a qu’un pas, tant  l’un pourrait piquer des choses à l’autre, et réciproquement. Une façon de boucler la boucle, pour un univers et une série pas tout à fait achevés : deux saisons restent à venir, pour emmener nos yeux et nos oreilles jusqu’en 1939. D’ici là, jetez vous sur les cinq premières saisons (si ce n’est déjà fait), et, évidemment, listen to this fucking record, by order of the Peaky fucking Blinders 🤘 !

Raf Against The Machine

Clip du jour n°14 : Le Perv (2012) de Carpenter Brut

Cette semaine, j’ai failli vous parler de la BO de Peaky Blinders, très grande série autour de la vie, de la famille et des magouilles de Thomas Shelby. J’ai failli, mais ledit album n’est pas arrivé à temps chez moi. On en reparle très bientôt. Pour patienter, je vous ai dégoté un clip tout public et d’une fraîcheur printanière.

Je plaisante. S’il y a des enfants, c’est le moment de les éloigner de l’écran. Les images du jour accompagnent Le Perv, morceau composé par Carpenter Brut en 2012. Rien que le titre, ça met un peu la puce à l’oreille non ? Pour les étourdis ou les rêveurs qui seraient passés à côté de Carpenter Brut (aka Franck Huesco), rappelons qu’il s’agit d’un des plus grands musicos électro français. Le garçon nous inonde de bon son depuis 2012 et connait un succès assez retentissant par chez nous, mais aussi à l’étranger et notamment aux Etats-Unis.

La recette ? Une bonne dose de synthwave (combo influence films et musiques des années 80), saupoudrée de darksynth (un mix de sonorités sombres, de métal et de BO de films d’horreur). Et, comment vous dire, ça fonctionne extrêmement bien, à l’image de ce Perv qui synthétise (#vousl’avez?) tous les bons ingrédients du Carpenter Brut. Le son est volontairement dark et inquiétant, tout autant que lourd et pesant. Et surtout, le son est gros, craché par des synthés de l’époque.

Pour accompagner ce morceau de dingue, un clip en forme de vraie-fausse bande-annonce d’un vrai-faux film d’horreur 80’s. Sur la forme, c’est bluffant de talent. Tous les codes du genre et de l’époque sont présents : tenues vestimentaires, coiffures, qualité de l’image, cadrages, titres… Sur le fond, c’est à la fois excitant et dérangeant à souhait, avec des femmes peu vêtues, des seins dénudés, des corps qui suent et des positions suggestives et lascives, que vient troubler une espèce de pervers malaisant équipé d’une longue aiguille, substitut phallique et expression perturbante d’une pulsion de pénétration .

J’avoue avoir galéré un moment à vous trouver un lien accessible pour visionner cette petite merveille : sur Youtube, par exemple, il faut s’identifier pour justifier de son âge ^^ Voilà qui donne une autre idée de l’objet ! Je vous propose donc la version son, avec juste au-dessus un lien pour aller directement se balader sur le site de Carpenter Brut (page vidéos) et visionner notre clip du jour.

Je vous laisse savourer ce moment de douceur et de sérénité, en vous donnant deux conseils ultimes. Premièrement, n’hésitez pas à écouter le reste des compos de Carpenter Brut, c’est jouissif et d’une intelligence folle. Deuxièmement, n’écoutez surtout pas ça sur de minuscules enceintes. Faites moi le plaisir de dégainer ce Perv (et autres titres) sur une bonne grosse chaine, avec le son qui envoie. Une dernière chose : ce titre a été utilisé il y a quelques années dans un publicité Adopte un mec. On peut parler de sens de l’humour assez avancé.

Lien Page Vidéos de Carpenter Brut

Raf Against The Machine

Five reasons n°15 : Where is my mind ?(1988/2010) des Pixies / Reprise Maxence Cyrin

Réveil laborieux, brouillard matinal dans le ciel comme dans la tête embrouillée de pensées… Il n’en fallait pas plus pour aller se réfugier dans un endroit qui fait du bien. Where is my mind ? est l’un de ces lieux, où j’aime aller me recroqueviller sur moi-même pour ramasser les morceaux. Et pour (au moins) ces 5 autres raisons.

  1. Where is my mind ? est, à la base, un titre des Pixies. Sorti en 1988 (oui, 31 ans déjà) sur l’excellent Surfer Rosa, ce morceau contient tout ce que j’aime chez ce groupe. Un côté un peu perturbé et torturé, porté par les chœurs obsédants et la guitare lancinante, que vient transpercer la voix de Frank Black. Faut-il préciser que je l’ai écouter des centaines de fois ? Oui. Faut-il ajouter que je l’ai fait tourner jusqu’à l’ivresse dans mes années lycée/ados coincé entre 4 murs ? Oui. Faut-il dire que je n’ai jamais cessé d’y revenir ? Oui.
  2. Where is my mind ? a été utilisée dans deux des plus grands moments d’écran que je connaisse. Ce morceau clôt le vertigineux Fight Club, brûlot halluciné et dérangeant qui raconte le monde de consommation de merde dans lequel on est plongé, pour le meilleur et surtout pour le pire. Mais on l’entend également dans la saison 2 de The Leftovers, magistrale série TV dont j’ai déjà eu l’occasion de parler et qui reste un objet télévisuel et émotionnel indépassable à mes yeux.
  3. Where is my mind ? a fait l’objet de nombreuses reprises, par des artistes d’horizons divers Nada Surf, James Blunt, M.I.A., ou encore Maxence Cyrin. Comme une preuve de l’universalité du titre, et d’une sorte de reconnaissance tout style musical confondu. Maxence Cyrin, donc, qui donne à entendre une version piano solo sur son album Növo Piano (2010). Version que je vous propose de réécouter ou découvrir un peu plus bas, après la version originale.
  4. Where is my mind ? en version piano solo, qui débarque aussi dans une autre grande série TV malade jusqu’à l’os, à savoir Mr. Robot. Putain de coup de pied dans la fourmilière capitaliste, énorme performance de Rami Malek et interrogation globale sur notre monde numérique, Mr. Robot défonce toutes les règles et, oui, à un moment on finit tous par se demander si on ne perd pas la boule. Avec, en plus de ce Where is my mind ?, une bande son de dingue pondue par Mac Quayle. Mais c’est une autre histoire.
  5. Where is my mind ? pourrait être ma toupie. Mon Inception totem. Le truc que je fais tourner, comme DiCaprio dans le film, et qui me permet de savoir où j’en suis, et si je suis éveillé ou endormi. Parfois, c’est rassurant parce que je réalise que je suis bien là où je crois être. Parfois, je me rends compte que je rêve alors que je crois être éveillé (et réciproquement), et là ça peut se compliquer.

Je vous laisse écouter et profiter, j’y retourne pour vérifier que j’ai bien écrit cet article. Parce que, en toute honnêteté, je ne suis pas totalement certain d’être vraiment là.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°40 : Je ne peux plus dire je t’aime (1979) de Jacques Higelin

Y a des jours comme ça, où on imagine livrer son article de la semaine sur une nouveauté, un coup de cœur déniché au fond des bacs d’un disquaire, une pépite inattendue. Mais la vie réserve parfois des surprises, et ce 28 novembre je me suis fait (r)attraper au réveil et au saut du lit par ce magnifique Je ne peux plus dire je t’aime du grand Jacques Higelin.

Voilà une chanson qui atteint cette année ses 40 ans. Quarante années qu’elle se promène au milieu d’un album charnière dans la carrière d’Higelin. Champagne pour tout le monde… Caviar pour les autres (1979) est un double album, initialement sorti en deux disques séparés, avant qu’ils ne soient regroupés en un seul volume. Il n’y a rien à jeter dans ces multiples pistes, que l’on débute avec Champagne ou Cayenne, c’est fini, ou bien que l’on poursuive avec Tête en l’air, L’attentat à la pudeur, ou encore Le fil à la patte du caméléon.

Un double opus charnière qui va à la fois faire passer Higelin des années 70 aux années 80, et ouvrir sa musique sur une nouvelle dimension. Les années 60 ont été synonymes d’expérimentations en tout genre avec Areski et Brigitte Fontaine. Les années 70 ajoutent à ce matériau de départ du rock et un grain de folie supplémentaire et bienvenu. Les années 80 seront celles d’un certaine idée de la chanson française, à la fois pop et de très haute volée.

Champagne/Caviar est donc le témoignage de cette évolution musicale. Un album dont je ne me lasse pas, que je peux écouter en boucle comme d’ailleurs à peu près tout Higelin, d’un disque à l’autre selon mon humeur du moment. Toutefois, cet album a une saveur particulière, peut-être à cause de (ou grâce à) ce Je ne peux plus dire je t’aime, niché à mi-chemin de Caviar et aux trois quarts de Champagne/Caviar, comme une dernière respiration avant la clôture de la fête.

Car il s’agit bien là d’un titre de clôture de fête, tant par son texte finement ciselé et d’une simplicité magnifique, que par sa musique, sorte de murmure intime et profondément humain. Une sorte de constat doux-amer, honnête et aussi plein de promesses. Une résignation tout autant qu’une proposition. Je ne peux plus dire je t’aime donnera lieu, par la suite, à de nombreuses versions en duo et reprises en tout genre. Comme un titre universel, que tout le monde voudrait savoir chanter. Comme une façon de dire les choses que toute personne normalement constituée aimerait maîtriser.

Dernière reprise en date, et pas des moindres : 8 février 2019, Izïa et Arthur H (fille et fils de, faut-il le rappeler ?), rendent hommage au grand Jacques lors de la cérémonie des Victoires de la musique. Comme on est généreux sur Five-Minutes, et que j’ai envie de l’écouter plusieurs fois encore, voici à la fois la version originale par Higelin, suivie de cette magnifique et imparable reprise par les enfants de, avec la charge émotionnelle qui va bien.

Jacques, tu nous manques chaque jour, mais loin de toute commémoration larmoyante, la meilleure chose que l’on puisse faire c’est continuer à écouter tes disques. Et notamment ce Je ne peux plus dire je t’aime qui, paradoxalement, est peut-être la plus belle déclaration d’amour qui soit.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°53 : Radiate (Live) (2019) de Jeanne Added

QTB4cQ3H_400x400On me signale dans l’oreillette que Jeanne Added fera son retour dans les bacs dès demain 22 novembre avec une réédition de Radiate (2018). En d’autres termes son deuxième album studio, jadis chroniqué de fort belle façon par le copain Sylphe (et c’est à relire d’un clic ici). Certains pesteront contre cette mode des rééditions d’albums avec des titres inédits, un nouveau packaging ou encore des remixes.

Point de tout ça demain : Radiate (Live) sort en CD (pas de vinyle annoncé à ce jour), augmenté d’une deuxième galette contenant 14 titres live issus de la tournée de Jeanne Added. Des tournées pourrait-on dire : après avoir écumé le pays en formation quatuor rock pendant des mois, notre rémoise préférée est en virée jusque mi-décembre avec « Both sides », une tournée revisitée en mode seule en scène. Une réinterprétation de son répertoire que je n’ai d’ailleurs pas eu la chance d’aller écouter. Jeanne, si tu nous lis, tu peux nous contacter, on t’indiquera quelques salles possibles par chez nous !

Je m’avance pourtant un peu sur le contenu, ne sachant pas exactement de quoi ce disque live sera fait : partie 1 ou partie 2 de la tournée ? Five-Minutes ne fait pas (encore) partie de ceux qui reçoivent les exemplaires promo/presse pour les écouter avant tout le monde. La tracklist laisse tout de même voir un savant mélange de titres des deux albums studios, dont le redoutable et PJHarvien A war is coming. A ce jour, seul Mutate est disponible à l’écoute, mais ce seul titre en version live suffit à m’emballer au-delà du raisonnable. La voix, première arme fatale de Jeanne Added, est très en avant, pénétrante et imparable. Petit plus par rapport à la version studio : la spontanéité live, les légères écorchures au milieu de la clarté qui font se dresser encore un peu plus les poils. Et monter l’émotion.

D’autant que cette pépite live sera disponible, à quelques jours près, un an après avoir vu Jeanne Added sur scène avec la team Five-Minutes. Un souvenir inaltérable. C’était fin novembre 2018 donc, et on avait passé une soirée absolument magique, bouleversante d’émotions et de talent musical. Tout ça avant de croiser Jeanne Added à la sortie de scène. Pour échanger quelques mots, les yeux plein d’étoiles. Pour une photo souvenir très gentiment accordée, avec le sourire s’il vous plait malgré la fatigue du concert, d’une énergie et d’une intensité folles. Pour une dédicace sur le vinyle qui passe et repasse depuis sur ma platine.

C’était fin novembre 2018, presque une autre vie. C’était quelques jours, souviens-toi si tu me lis, après t’avoir fait découvrir Fargo sous la couette qui sent bon. Porté par une espèce d’énergie sereine, je me goinfrais ces heures-là avec une fringale de vie que toi seule avait trouvé le moyen de rassasier. Ce concert de Jeanne Added ne pouvait pas avoir lieu à un meilleur moment pour en ressentir toute la lumière et l’apesanteur. J’ai bu chacune des minutes de Jeanne live comme j’ai dégusté chacun des moments partagés ensemble. Une sorte de moment d’existence ou tout est simple, serein, évident et naturel.

Puis… « Tu n’étais plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis » (piqué à Victor Hugo). La vie joue parfois quelques tours, et ne se ressemble pas toujours d’une année à l’autre. Il faut faire avec. Et, si possible, avec du son qui accompagne tout ça. C’est bien pour cette raison que la réédition Radiate (Live) sera Day One dans ma platine demain, histoire de replonger en musique dans cette douce énergie rock que je ne retrouve nulle part. Un dernier argument ? Radiate, en français, ça donne « Rayonner ».

Raf Against The Machine