Five reasons n°5 : Danser sur la table de Vincent Delerm (2016)

Changement de dernière minute sur Five-Minutes : je pensais vous parler d’un des grands albums de l’année 2018, mais ce sera pour plus tard, genre la semaine prochaine (#l’artduteasing!). Comme la semaine passée, au fil de mes tweets, je (re)découvre des sons, dont un bien beau titre de Vincent Delerm, Danser sur la table, à la faveur d’un tweet de Vincent Dedienne. J’ai réécouté ça dans un moment de suspension, et voilà (au moins) 5 raisons pour lesquelles je vous invite à faire de même.

  1. C’est une chanson de Vincent Delerm, et si son travail vous touche, ce titre synthétise bien des choses que l’on aime chez lui : une trame musicale présente et discrète à la fois, un texte subtil, un poil mélancolique, un peu énigmatique et pourtant très clair.
  2. C’est une chanson que l’on a envie de dédier à tous ces gens qui vivent leur vie sans jamais danser sur la table, avec parfois quelques accidents de la vie, dans une discrétion mêlée de pudeur. Tous ces gens qui recèlent des trésors d’humanité et dont on ne peut plus se défaire une fois qu’on les a rencontrés.
  3. C’est une résonance avec Les gens qui doutent (1977), un titre d’Anne Sylvestre repris, justement, par Vincent Delerm sur son album live A la Cigale (2007), accompagné par Albin de la Simone et Jeanne Cherhal. « J’aime les gens qui doutent / Les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer », un texte magnifique que j’adore, qui parle de fragilité et de sensibilité humaine.
  4. Ce sont quelques minutes qui me plongent dans un état de tiédeur mentale par ce froid mercredi de décembre. Quelques minutes que j’ai écoutées un grand thé vert fumant à la main. En me disant que, sans doute, « Et ma vie passera / Et ma vie incroyable / Et je vivrai comme ça / Sans danser sur la table ». Parce que oui, on peut vivre et se satisfaire de mille et uns petits plaisirs de la vie, sans être un va-t-en guerre ou une grande gueule. Sans esbroufe.
  5. C’est une chanson qui m’a fait relancer et réécouter tout l’album A présent (2016), dont elle est tirée. Un disque où j’ai retrouvé de bien belles choses, et je vous invite à faire de même. Pour vous y inciter, je vous propose ci-dessous la version studio, mais aussi l’interprétation live piano-voix tout en nuances de Vincent Delerm et Vincent Dedienne de ce Danser sur la table.

Joyeux Noël à tous, et profitez-en bien, tout comme de la vie : nul besoin de Danser sur la table pour se sentir vivant et se laisser envahir par un certain esprit de Noël.

Bonus de Noël : Les gens qui doutent repris par le trio de rêve… parce que je ne résiste pas 🙂

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°10 : The land between solar systems (2002) de Mùm

Après la découverte Tamino de la semaine dernière, une nouvelle trouvaille piochée dans le fil de tweets de Thomas Méreur. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est possiblement parce que nous avons déjà parlé ici-bas ici même de son bel album en préparation (pour relire l’article en question, un petit clic ici vous y conduira). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que si le garçon compose de bien belles choses, il en connaît aussi un rayon et en fait profiter ses followers.

The land between solar systems constitue une de ses dernières propositions en date, que je lui emprunte donc sans vergogne, mais c’est pour le bien de tous, histoire de faire découvrir au plus grand nombre ce plaisir des oreilles. Plus de dix minutes en apnée dans un morceau totalement irréel et onirique, qui trompe d’abord un peu son auditeur en commençant sur des faux-airs de Meddle (1971) de Pink Floyd. Une sorte de mix entre le vent de démarrage de One of these days et des sonorités qui appellent le sonar d’ouverture de Echoes. Pourtant, très rapidement, c’est à un tout autre voyage que Mùm nous convie.

A propos, Mùm c’est quoi c’est qui ? Mùm est un groupe de musique expérimentale islandais qui œuvre depuis 1997. L’Islande, tiens donc… L’Islande donc, où Mùm concocte ses sons, basés sur un mélange d’électro et de mélodies planantes. Une rythmique plutôt composée de petits (voire micro) sons électroniques, parfois dissonants, parfois cliquetants comme dans certains titres d’Amon Tobin, sur laquelle viennent se poser des lignes mélodiques qui s’installent en boucle comme pour mieux nous envoûter. Nappes de synthés, instruments traditionnels aussi : Mùm mélange les genres et explore des terrains sonores où ils nous invitent.

Et on les suit volontiers, notamment au cœur de The land between solar systems qui constitue un des titres les plus aériens de l’album Finally we are no one (2002) dont il est issu, et qu’il clôt de cette dizaine de minutes illuminée par une voix hors du temps et de l’espace. C’est une descente au fin fond d’un lac islandais, à moins que ce ne soit une virée dans les cieux les plus perchés. Difficile de savoir où l’on en est au bout de quelques minutes. Quelques minutes ou quelques heures car, une fois immergé dans ce son, il est bien difficile de savoir à quel endroit du titre on se trouve. Une sorte de perte de repères temporels accompagne The land between solar systems, qui semble tout autant durer quelques secondes que des heures entières, sans jamais lasser.

Un morceau fascinant que l’on peut d’ailleurs laisser tourner en boucle pour s’y abandonner. Titre d’album de circonstances : Finally we are no one. Une sensation d’être personne, tout du moins une insignifiante poussière dans l’univers, entre plusieurs systèmes solaires. Une poussière qui retournera poussière, un amas de grains qui, là où il sera passé, aura essayé d’être et de vivre, tout en profitant de moments de lumière comme celui-ci, que je vous invite à partager. Thanks pour la découverte Thomas M.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°12 : Indigo Night (2018) de Tamino

La vie est faite de rencontres, parfois anecdotiques, parfois renversantes. C’est dans cette seconde catégorie que je classe illico et sans réserve la pépite du jour, Indigo night par Tamino.

Du haut de ses 22 ans, cet auteur compositeur interprète belge d’origine égyptienne semble avoir déjà avalé une putain de collection de disques, mais aussi les avoir absorbés, digérés et synthétisés, pour s’en faire un son rien qu’à lui. Sa musique est faite de Leonard Cohen et de Radiohead, qui auraient lentement infusé dans le génie de Jeff Buckley. Oui, rien que ça. Leonard Cohen, pour la voix mélancolique et ténébreuse posée sur quelques notes, façon Suzanne (1968). Radiohead, pour la voix qui sait aussi partir ailleurs, dans quelque ligne mélodique et mélancolique que ne renierait pas Thom Yorke. Jeff Buckley, pour la surprise de nous asséner, dès un premier album, du génie à l’état pur comme avait pu l’être le choc Grace (1994). Tout ça porté par une trame musicale minimaliste et pourtant d’une richesse déconcertante, qui oscille entre ambiances feutrées et sonorités orientales.

Là où il se pose, le son de Tamino est tout autant ténébreux que lumineux, crépusculaire que solaire. Ça sent à la fois la sensualité, la fin de toute chose, la solitude moderne, le coin du feu à deux, la noirceur de ce monde mais aussi sa potentielle lumière. L’envie de dire merde à cette putain de vie tout en se la goinfrant par tous les bouts. Bien en peine de dire si c’est du rock, de la pop, de la chanson. A moins que ça ne soit tout ça à la fois, pour n’être finalement que du Tamino. C’est retournant, c’est bouleversant, c’est à se faire dresser les poils à chaque instant, c’est à en pleurer à chaque détour de piste et dans chaque recoin de l’album. Oui, car le garçon a pondu un album complet de douze pépites imparables. Il n’y a rien à jeter dans ces 52 minutes de bon son, sur lesquelles nous reviendrons sans doute.

Pour le moment, en guise d’échantillon(s), laissez donc couler en vous ce Indigo night, qui résume à merveille tout ce que l’on vient d’évoquer. Si une drôle de sensation vous attrape le fond du bide, pour remonter le long de votre peau tout le long du corps jusqu’au cerveau dans une explosion de lumière cérébrale accompagnée d’une vieille envie de chialer… lâchez-vous et laissez tout sortir. Vous ne serez pas les premiers.

Et s’il fallait vous convaincre encore un peu plus, sur Five Minutes on vous propose un deuxième échantillon avec Cigar, autre titre de Tamino, dans une version voix-guitare à laquelle il n’est pas nécessaire d’ajouter le moindre mot.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°7 : Smell like teen spirit (2018) de Shaka Ponk

Les plus pertinents et réactifs d’entre vous me diront : « Smell like teen spirit de Shaka Ponk ? N’importe quoi, c’est le méga tube de Nirvana ! » C’est pas faux et c’est même très vrai, mais le clip du jour est une bonne occasion de prolonger le sujet de la semaine dernière (faut-il préférer l’original à la copie ?), en une déclinaison : faut-il préférer l’original à une reprise ? Nous en avons d’ailleurs déjà parlé avec Paco Ibañez et Brassens sur El testamento/Le testament. Nouvelle exploration de la question donc, avec Shaka Ponk qui largue ici une véritable reprise tueuse de Smell like teen spirit (1991) de Nirvana.

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas choisi entre les deux versions. Tout comme je ne choisirai jamais entre Leonard Cohen et Sixteen Horsepower sur The Partisan, ou entre Alizé et Julien Doré sur Moi Lolita. En fait si, dans ce dernier cas je tranche nettement. Bref. Nirvana, c’est du gros son grunge que l’on connaît, la voix d’écorché vif de Kurt Cobain et une énergie que l’on n’attendait pas vraiment à l’époque. Smell like teen spirit en est l’exemple parfait, bien qu’on l’ait sur-entendu et qu’on nous l’ait sur-diffusé jusqu’à l’overdose (#sansmauvaisjeudemots #moiaussijesaism’amuseravecleshashtagcommemoncopainSylphe), tel un single de Jul.

Presque 30 ans après ce boulet de canon sonore, Shaka Ponk choisit de le revisiter dans une reprise absolument renversante d’énergie. Energie mélancolique et contenue pendant la première partie, avant de se libérer totalement pour une explosion de saveurs qui fait frétiller les papilles. Une reprise maîtrisée de bout en bout qui me fait dire que, si j’ai laissé Shaka Ponk un peu de côté depuis The black pixel ape (2014) et The white pixel ape (2014), il est grand temps de les retrouver. Surtout quand la formation est capable, comme à son habitude, d’exceller à la fois sur le plan musical et sur le plan visuel et vidéo.

Le clip du jour est tout simplement fou comme Shaka Ponk peut l’être, et les images se déroulent à un rythme qui colle à la note près à ce putain de morceau qui n’a jamais cessé de me hanter. Tantôt j’ai l’impression de regarder un générique de James Bond by Maurice Binder, tantôt on bascule dans l’univers onirique geek du groupe. C’est bien simple : j’adore cette reprise, et j’adore ce clip, qui me fait adorer encore plus la reprise. Let’s bang, en plongeant dans 5 minutes (Five minutes… vous l’avez ? #j’aimangéduclown) de bon son et d’images ouf de dingue.

Raf Against The Machine

Five reasons n°4 : Anthem of the peaceful army (2018) de Greta Van Fleet

Faut-il préférer la copie à l’original ? Voilà bien une éternelle question, qui ne trouvera sans doute jamais une réponse unique, tant elle dépend d’un facteur absolument pas évoqué dans cette formulation : tout dépend de la qualité de la copie et du plaisir qu’on y prend par rapport à l’original. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, ma réponse est claire : le son de Greta Van Fleet, s’il ne m’est pas aussi jouissif que celui de Led Zeppelin, me file tout de même quelques sacrées bonnes vibrations dans le soubassement. Pourquoi écouter Greta Van Fleet alors qu’on peut s’enfiler du Led Zeppelin ? Réponse en 5 actes.

  1. Greta Van Fleet, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une chanteuse mais un quatuor de loustics rocks sortis tout droit du Michigan : les trois frangins Kiszka, accompagnés de Danny Wagner. Quatre garçons dans le vent qui s’organisent exactement comme le quatuor Led Zep, à savoir chant/guitare/basse/batterie. Outre le fait de retrouver la composition exacte de son modèle, Greta Van Fleet a pigé que, pour faire du bon son rock-blues, c’est une des formations idéales, avec une section rythmique de bucheron pour porter une six cordes en avant. Et une putain de voix.
  2. La voix justement : celle de Josh Kiszka. Haut perchée, puissante, légèrement rocailleuse, qui, sans égaler celle d’un certain Robert Plant, ferait tout de même bander un Whole lotta love sur Lover, Leaver, ou nous baladerait un Your time is gonna come sur You’re the one. Cerise sur le gâteau, le garçon reprend parfois le phrasé exact de son modèle, à tel point que j’ai pu avoir l’impression d’écouter des inédits du Zeppelin.
  3. D’aucuns me diront que le guitariste n’atteint en revanche pas le génie de Jimmy Page. C’est pas faux mon cher Perceval, mais Jake Kiszka gère quand même pas trop mal son manche, entre bonnes rythmiques qui groovent et quelques solos bien lâchés. Côté batterie, le Danny Wagner tabasse ses fûts comme un sourd furieux. Que cela soit réellement dû à ses petits bras musclés ou aux facilités d’un mixage avantageux, j’avoue que je m’en moque un peu : ça bûcheronne à l’arrière, comme ça bûcheronnait du temps de John Bonham.
  4. On pourra faire toutes les analyses techniques possibles et imaginables, la musique est avant tout une affaire de sensations. Le son de Greta Van Fleet me file cent fois plus de frissons que d’innombrables daubes. Ça ne s’explique pas : on y est ou on y est pas. Ici, pas de vocodeur ou de boucles sans âme. Le quatuor a certainement beaucoup écouté Led Zep, mais aussi tout ce qui s’est fait de meilleur en rock et folk entre 1965 et 1975. Beaucoup écouté mais surtout assimilé et digéré, pour pondre un son qui finalement leur est propre, alors qu’on pourrait penser qu’ils n’ont rien inventé.
  5. Le dernier argument, et peut-être le plus imparable, vient directement de Robert Plant (excusez du peu) qui déclarait voici quelques mois : « Il y a un groupe à Detroit qui s’appelle Greta Van Fleet : ils sont les Led Zeppelin I ». C’est pas la classe ça, d’être adoubé par son inspirateur direct ? Et en effet, l’écoute de Anthem of the Peaceful Army revient à parcourir la diversité que la bande à Plant/Page exposait dès son Led Zeppelin I (1969).

On pourrait terminer en se disant que le titre de l’album est une 6e raison de plonger dans cette galette. Anthem of the Peaceful Army se traduirait littéralement par Hymne de l’Armée Pacifique. Perso, je trouve que ça fait pas de mal de faire un petit pied de nez à un monde qui pue les envies de violences et de conflits guerriers en tout genre.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°6 : El testamento (1979) de Georges Brassens/Paco Ibañez

Ces derniers jours nous rappellent, si besoin en était, que tout a une fin en ce bas monde. Pas seulement ces derniers jours d’ailleurs. Disons plutôt que les exemples ne manquent pas : la disparition de Stan Lee, la rentrée scolaire, la sortie de Fallout 76, le claquage de ma cafetière, le silence après les 2h40 de concert de Thiéfaine (soirée de ouf !), ou bien encore le 29 octobre dernier, anniversaire de la disparition de Georges Brassens.

Il est donc de bon ton d’être prévoyant, et de ne pas être pris de court. Une fois entre quatre planches (cette expression m’a toujours étonnée car en fait, il faut bien six planches pour faire un cercueil et non quatre), il sera bien difficile de faire part de ses dernières volontés. D’où l’intérêt de rédiger un testament. Ce qu’avait bien compris l’ami Georges en sortant, en 1955, Le testament. Un titre que je vous invite à découvrir, et puisque sur Five-Minutes nous faisons les choses bien, vous le trouverez juste après ces lignes, ici-bas ici même.

Pourtant, la pépite qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas tant Le testament dans sa version originale que sa reprise en espagnol par Paco Ibañez, publiée en 1979 et sobrement traduite El testamento. Quoi de plus naturel que la rencontre de ces deux monstres sacrés de la chanson, et plus largement de l’humanité et de la vie ? Paco Ibañez, pour celles et ceux qui l’ignoreraient, est un chanteur espagnol catalan, né en 1934, engagé et libertaire, dont la famille a fui l’Espagne en 1937 pendant la guerre civile. Il a construit son œuvre en mettant en musique des textes de poètes espagnols ou latino américains tels que Rafael Alberti, Federico Garcia Lorca ou Pablo Neruda. Farouche opposant à Franco et à toute forme de dictature et d’autoritarisme, il rencontrera la notoriété et le succès en France en 1969, après une double prestation : la célébration des événements de mai 68, en mai 1969 où il chante dans la cour de la Sorbonne, puis un concert à l’Olympia en décembre 1969. Concert devenu mythique à plus d’un titre, puisqu’il y interprètera notamment, pour la première fois, La mala reputaciòn, version en espagnol de La mauvaise réputation de Brassens.

Dix années plus tard, tombera dans les bacs une magnifique galette de onze reprises de Brassens en langue espagnole, interprétée de voix de maître par Paco Ibañez. Tous les titres sont brillants, mais El testamento a une saveur particulière en ce que je trouve la reprise supérieure à l’originale. Est-ce lié à la voix de Paco Ibañez, que je trouve particulièrement chaude et mise en valeur ? Est-ce lié au rythme du texte tel qu’il est chanté, légèrement différent de l’interprétation originale ? Ou bien encore à la magie de la langue espagnole (que je ne parle ni ne comprends) et qui crée une sorte de faux mystère, puisque je connais néanmoins le texte en français ? Impossible à dire. Toujours est-il que je vous convie à écouter tranquillement et au chaud cette magnifique interprétation, et à vous échapper ensuite sur les dix autres titres qui sont autant de merveilles pour les oreilles et le corps.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°5 : Echoes (1971) de Pink Floyd

Le 31 octobre de chaque année, on peut faire tout un tas de choses pour s’occuper : aller acheter des chrysanthèmes, découper une citrouille, regarder un programme télé confondant de connerie ou un film d’horreur, cuisiner des spaghetti, entasser des kilos de bonbons qu’on finira par s’engloutir puisque finalement aucun enfant n’est venu sonner chez nous, écrire un article sur Five-Minutes (oui, pour les distraits, j’écrivais pile la semaine dernière une pépite du moment)… Bref, les activités ne manquent pas, mais en 1971, les clients de bon son avaient bien autre chose à faire le 31 octobre que de se fringuer en monstre pour fêter l’Hallouine !

Oui, le 31 octobre 1971 est tombé dans les bacs le sixième album studio des Pink Floyd, sobrement intitulé Meddle. Si la galette s’ouvre par l’excellent One of these days et se poursuit par quelques titres sympathiques (dont l’insolite Seamus, co-interprété avec un chien), il faut néanmoins retourner le disque et lancer sa face B pour plonger dans la pépite du jour.

Echoes s’ouvre sur un bip de sonar qui annonce un incroyable chef-d’œuvre. Construit comme une odyssée sonore dans tout ce que les Pink Floyd savent faire à l’époque, le titre est planant à souhait et se déguste la tête entre deux enceintes ou couronnée d’un casque pour en profiter pleinement. Décomposé en quatre temps, Echoes s’ouvre donc sur un sonar des fonds marins tout autant que sur la guitare et les claviers aériens de David Gilmour et Rick Wright, portés par l’incroyable ligne de basse de Roger Waters et les fûts de Nick Mason. Avant de se poursuivre sur un dialogue guitare-claviers dont je ne me remets toujours pas, pour ensuite s’abandonner dans un mouvement psychédélique que n’aurait sans doute pas renié Syd Barrett. Pour s’achever sur un retour au premier thème, bouclant ainsi la boucle.

Echoes dure 23 minutes et une poignée de secondes. Tout autant que la dernière partie de 2001, l’odyssée de l’espace, le film-bijou de Stanley Kubrick. On l’a dit et redit. Il n’empêche que l’expérience est absolument bluffante : lancez votre film et, à l’entrée de la dernière partie, coupez le son côté film pour lancer Echoes et recevoir plein la rétine l’incarnation visuelle du son des Pink Floyd. C’est à la fois d’une évidence flagrante et totalement vertigineux. La quintessence du Pink Floyd.

Là où il s’est posé, Echoes a sans doute marqué à jamais et comme personne ni rien d’autre le 31 octobre. Tout à la fois achèvement d’une époque, moment de jouissance XXL et point de départ d’une nouvelle histoire qui conduira aux quatre albums de folie à venir (Dark side of the moon en 1973, Wish you were here en 1975, Animals en 1977 et The wall en 1979), notre pépite du jour est à écouter sans aucune modération et sans attendre.

Raf Against The Machine