Review n°67: Better Way de Casper Clausen (2021)

Cette première chronique d’un album de 2021 nous emmènera a travers les contrées nordiques duCasper Clausen Danemark, la météo actuelle nous aidant assez aisément à partir vers ces bandes de terre balayées par un air glacial. Musicalement le Danemark m’évoque des artistes aux univers sombres et esthétiques comme Agnes Obel, le rock de The Raveonettes, l’électro cinétique de Trentemøller ou encore l’électro aérienne d’ Efterklang. Autant dire que ces représentants donnent un bien bel avant-goût de la musique au Danemark… L’album du jour a un lien évident avec Efterklang (« souvenir » en danois) car Casper Clausen en est le chanteur et ce Better Way est le premier album de sa carrière solo. Si vous ne connaissez pas Efterklang, je vous invite fortement à aller écouter un album qui m’avait beaucoup marqué à l’époque et qui a particulièrement bien subi la patine du temps, à savoir Magic Chairs (2010). Cet opus -le troisième de leur discographie – était leur premier sur le label 4AD et s’avérait véritablement magnifié par la production de Gareth Jones (producteur célèbre pour Erasure et Depeche Mode entre autres). Si vous voulez percevoir toute la richesse électronique des Danois, vous pouvez foncer sur ce bijou ou vous contentez d’écouter le dernier album Altid Sammen (2019) qui reste très consistant. Profitant de son cadre de vie idyllique au Portugal, Casper Clausen avait déjà sorti un album concept en 2016 avec Gaspar Claus mais je dois reconnaître que le son très âpre m’avait assez peu séduit… Pour en revenir à ce Better Way, je pars avec des a priori forcément très positifs, d’autant plus que c’est Peter Kember alias Sonic Boom du groupe Spacemen 3 qui est à la production. Quand on sait que ce dernier a oeuvré pour Panda Bear ou MGMT, on se retrouve dans une véritable zone de confort.

La vaste odyssée électronique du début, Used to Think et ses plus de 8 minutes, va d’emblée poser les bases du son de l’album. Les synthés sont au centre, agrémentés peu à peu de sons plus bucoliques donnant une inattendue saveur pop tant l’introduction se veut plus conceptuelle. Après 3 minutes 30 la voix très claire de Casper Clausen – qui par certains accents n’est pas sans rappeler le timbre de Bono – apporte toute sa fraicheur. Les boucles de paroles donnent un aspect quasi incantatoire à ce titre qui prend rendez-vous en ce 17 janvier avec le top titres 2021… Le traitement de la voix dans Feel It Coming est ensuite très différent avec la volonté à travers la réverb de la rendre quasi fantomatique. A travers des distorsions sonores oppressantes, une batterie finale intéressante et cette voix qui peine à prendre forme, c’est tout le travail sur la voix de Radiohead qui est ici véritablement mis à l’honneur, pour notre plus grand bonheur. Dark Heart et son titre prémonitoire ralentit alors le rythme cardiaque avec des sonorités dubstep, le rythme devient lancinant et la voix saturée au vocoder continue l’exploration du traitement de la voix. Le titre donne l’impression de stagner avec douceur dans les eaux profondes régulièrement explorées par James Blake.

Snow White et son électro tout en boucles se veut ensuite plus conceptuelle et presque décharnée, comme si l’on croisait le génie d’un Radiohead avec le psychédélisme électronique d’un Animal Collective. Je retrouve cette impression de  me trouver sur un fil, tiraillé entre angoisse latente et profonde humanité, et cette dichotomie est centrale dans l’album. Falling Apart Like You continue l’exploration avec une folk atmosphérique portée par une guitare surprenante, la voix est d’une limpidité évidente et rappelle l’univers chaleureux des trop rares Grizzly Bear. Après ce qui ressemblerait presque à une incartade folk, Little Words prolonge le plaisir dans une atmosphère plus éthérée avec cette voix à la grâce fragile. L’album se clot sur deux titres pleins de caractère: d’un côté la rythmique aux confins du rock de 8 Bit Human croisée avec une expérimentation électronique prédominante et de l’autre le tableau sombre d’Ocean Wave qui révèle les pouvoirs illimités de la musique électronique dans sa capacité à dépeindre des tableaux sonores d’un esthétisme désarmant. Il y a incontestablement une meilleure façon d’aborder le monde qui nous entoure et Casper Clausen nous le démontre avec grâce et fragilité. Si l’année musicale 2021 est à l’image de ce Better Way, nous sommes parés pour faire face à tout le reste….Enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°68 : Wake up (2004) de Arcade Fire

img_4960-2Pour tous les amoureux du bon son, du sirop d’érable, du rock indé, des grands espaces et des accents chatoyants, Wake up d’Arcade Fire s’impose comme une pépite absolue. Mais pas que. Ce titre fait partie de Funeral (2004), premier album du groupe mené par Win Butler et Régine Chassagne. Premier album qui est lui-même une pépite absolue. Les puristes ne m’en voudront pas, puisque je laisse de côté Arcade Fire (2003), EP-mini album qui ne se classe donc pas dans la case albums, bien qu’il soit déjà très bon. La formation canadienne a depuis sorti plusieurs autres opus percutants et efficaces, mais rien à ce jour n’égale la claque absolue qu’est Funeral. A ce propos, un de ces jours, il ferait bon se pencher sur les premiers albums indépassables et jamais dépassés de bon nombre d’artistes qui nous tiennent à cœur chez Five-Minutes : Jeff Buckley et son Grace (1994), PJ Harvey et son Dry (1992), Oasis avec Definitely maybe (1994), Ben Harper et son Welcome to the cruel world (1994) ou encore Portishead avec Dummy (1994). Intéressant aussi de voir cette concentration mid-90’s d’albums parfaits. Je m’égare toutefois, mais je note cette piste pour le futur (s’il y en a un).

Revenons à Wake up, qui n’a rien à voir avec celui de Rage Against The Machine, à ceci près qu’il en partage le titre et la puissance. Le Wake up d’Arcade Fire fait partie de ces morceaux qui me donnent envie de sauter du haut de la falaise. Je vous rassure : pas avec l’objectif de s’écraser plus bas et de quitter ce monde en quelques secondes. Non. Juste sauter du haut de la falaise, bretonne de préférence (mais toute autre fera l’affaire), et rester en suspens, comme ça. Pour le plaisir de sentir l’air pur, la suspension, mais aussi un grand vide synonyme de champ des possibles en cette période qui nous en prive tant. Pour, aussi, la sensation d’être en vie et le super-pouvoir de se réveiller de ce putain de sommeil humain et sociétal qu’un pangolin (ou une chauve-souris, on n’est plus à ça près) nous impose depuis bientôt un an.

Il y a tout ça dans le Wake up d’Arcade Fire : l’ouverture sur un riff furieux, presque aussitôt illuminé de voix sorties de nulle part et projetées je ne sais où. Puis le texte en la voix de Win Butler, poussée à son presque point de rupture émotionnel entre grain rocailleux et tension à la limite de la chialade. Et toujours, en toile de fond, le riff qui revient, enrobé de nappes de synthés et de cordes. Le petit pont à 3 minutes 25, pour aller vers une sorte de ritournelle pépouze à partir de 4 minutes, se pose comme un signe que le meilleur est à venir. Le meilleur, c’est peut-être à partir de 4 minutes 40, cette reprise du thème initial, allégé musicalement, qui s’embellit d’un retour de tous les instruments du départ pour clore le titre dans un climax d’énergie assez imparable.

Ce titre est assez dantesque en lui-même, et s’inscrit dans une proposition musicale absolument vertigineuse. Lorsqu’on écoute Funeral en totalité, Wake up arrive en 7e position, après une première face d’album qui nous laisse déjà littéralement exsangue : les quatre Neighbourhood entrecoupés de Une année sans lumière (qui a parlé de 2020 ?). Face B, c’est tout aussi puissant avec donc notre Wake up, qui nous prépare au ravageur Rebellion (Lies) à venir. Tout est parfait dans cette galette, et si Wake up est une pépite dans la pépite, c’est qu’il tombe, comme chacun des 10 titres, à l’endroit parfait de l’écoute, en plus d’avoir toutes les qualités émotionnelles et de suggestion évoquées plus haut.

A toi qui est confiné-e dès 18 heures chaque soir et que je vais possiblement rejoindre sous peu par la magie de la conférence de presse gouvernementale du jeudi… A toi qui, comme moi, crève d’envie d’aller faire un ciné ou de boire une bière en écoutant un concert… A toi que je crève d’envie d’emmener pour un verre ou un resto, pour le plaisir de ta compagnie et d’un bon moment partagé sans contrainte… A toi qui, comme moi, regarde ce monde en espérant qu’il se réveille, et se dit que 2020 c’était vraiment une fucking year… A toi qui espère chaque minute que 2021 nous verra revivre et qui répète que le meilleur est à venir… Je t’envoie cette pépite intemporelle qu’est Wake up pour l’écouter et le partager, sentir l’air frais caresser la peau de nos visages et regarder au loin en y voyant enfin quelque chose. Puis, s’approcher du bord de la falaise, surtout sans regarder en bas parce que ce n’est pas là qu’on va. La destination c’est droit devant, en suspension, main dans la main. Parce que sauter de la falaise seul, c’est bien. Ensemble, c’est (évidemment) mieux. Tu sautes avec moi ? Chiche.

Raf Against The Machine

Pépites du moment n°79: Dry Fantasy et Ritchie Sacramento (2020/21)

Des nouvelles aujourd’hui de notre groupe écossais préféré Mogwai qui sortira son dixième albumMogwai studio As The Love Continues le 19 février prochain. On ne présente plus un des plus grands groupes de post-rock du XXème avec des albums mythiques (Come On Die Young en 1999, Mr. Beast en 2006 ou encore Hardcore Will Never Die, But You Will en 2011) et des BO à faire vibrer. Difficile de rester de marbre et de ne pas frissonner d’angoisse en écoutant la bande-son de la série Les Revenants… Depuis fin octobre, deux titres ont été lancés en éclaireurs pour rassurer sur la capacité de Mogwai à toujours produire des ambiances prenantes. Impossible pour moi de choisir entre ces deux plages assez différentes, mais finalement pourquoi choisir? Le premier morceau Dry Fantasy  et son clip tout en graphismes et images de synthèse nous ramène vers les terres habituellement explorées par les Ecossais en dressant un paysage sonore planant où les synthés sont rois. On ne retrouve pas la tension sous-jacente propre à Mogwai mais on se laisse porter par cette mélodie entêtante d’une grande luminosité. Le deuxième morceau Ritchie Sacramento sorti hier est, quant à lui, plus surprenant par sa capacité à placer les voix au coeur du morceau, ce qui est assez inhabituel. On retrouve néanmoins avec délices un post-rock plus affirmé, la batterie et les guitares apportant cette tension qui fait leur charme. Voilà en tout cas deux titres complémentaires qui me font attendre avec impatience ce As The Love Continues au titre prémonitoire, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°67: Into the Galaxy de Midnight Juggernauts (2007)

La musique est une longue chaîne ininterrompue de correspondances… Après avoir chroniqué leMidnight Juggernauts dernier bijou de The Avalanches, le nom profondément enfoui depuis leur troisième et dernier album Uncanny Valley en 2013 des Midnight Juggernauts a retrouvé l’air libre à travers la production d’Andrew Szekeres. Il faut dire que ce groupe australien -et là on comprend que la connection australienne a pleinement fonctionné sur We Will Always Love You – m’a particulièrement marqué avec ses deux premiers opus Dystopia en 2007 et The Crystal Axis en 2010 (chroniqués sur l’ancienne version du blog, dans ce qui paraît être une autre vie, mais bon ceci doit être logiquement le cadet de vos soucis). Au rayon des souvenirs fondateurs trône aussi une très belle performance scénique au Printemps de Bourges, bref je ne résiste pas aujourd’hui à la tentation de nous ramener plus de 13 ans en arrière… Réécouter Dystopia relève presque du parcours du combattant car ce dernier est introuvable sur Spotify ou Deezer, ce qui demeure un mystère pour moi. Heureusement, à Five-Minutes, on a les dieux de Koh-Lanta dans les veines (en plus d’une melonite aiguë qui vient de me faire passer à ce fichu pronom impersonnel) et on a persévéré pour dénicher la perle devenue soudainement rare. Après deux-trois coups de téléphone en Australie financés par le lectorat de Five-Minutes, j’ai pu embarquer sur la navette spatiale menant vers Dystopia. La recette est assez claire pour faire voyager: des synthés omniprésents que je qualifie volontiers de spatiaux, une électro toute en ruptures de rythme et la voix de Vincent Vendetta qui semble avoir beaucoup écouté David Bowie. L’album a particulièrement bien fonctionné, profitant entre autres d’un parrainage marquant  avec Justice, et a raflé de nombreux prix en Australie.

Je ne vous cache pas qu’il m’a été particulièrement ardu de choisir un titre mais il a fallu se rendre à l’évidence et abandonner Shadows entre autres, pour plus facilement savourer Into the Galaxy. Une batterie omniprésente, des synthés intersidéraux et tournant en boucle, le grain rocailleux de Vincent Vendetta, des ruptures rock m’évoquant Poni Hoax, voilà le titre qui donne envie de fuir la Terre. Rarement une dystopie ne m’aura autant donné envie de m’exiler, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°66 : Sphynx (2016) de La Femme

R-9021264-1526724107-2841A peine 2021 débutée et déjà un gros besoin d’évasion, qui ne date finalement pas de ces derniers jours. Heureusement, comme toujours, la musique est là. Du gros son pour se vider la tête, du plus intimiste pour plonger introspectivement en soi-même ou juste se reposer du monde, ou encore du son un peu fifou et psyché-tourbillonnant pour partir loin tout en restant confiné. Sphynx fait partie de cette dernière catégorie, et c’est presque sans prévenir que ce titre s’est invité dans ma tête au cours de la journée. Il ouvre en 2016 Mystère, le deuxième album de La Femme, groupe officiellement créé en 2010. Après un premier album Psycho Tropical Berlin (2013) qui avait enflammé la presse spécialisée (mais pas moi, en effet, je reconnais être totalement passé à côté de ce premier opus pourtant pas dénué de qualités), la formation revient sur le devant de la scène en mars 2016 avec Sphynx, premier single du nouveau LP prévu pour l’automne de la même année. Un second single Où va le monde ? suivra en juin, et me convaincra beaucoup moins. Ce qui ne nous empêchera pas, avec le poto Sylphe, de nous déplacer pour voir le phénomène La Femme sur scène. Si l’on garde une impression un peu confuse de la conclusion du set, l’ouverture (précisément sur Sphynx) et le premier quart d’heure de la prestation nous ont en revanche laissé un certain souvenir (voire un souvenir certain) assez impérissable.

Sphynx est une plongée électro de presque six minutes dans un univers sonore vaporeux et totalement répétitif jusqu’à l’obsession et au vertige. Jusqu’à l’obsession, parce que si vous lancez l’écoute ci-dessous, je vous souhaite bien du courage pour vous défaire dans les heures qui suivent de l’entêtante boucle de synthé qui lance le morceau. La rythmique juste derrière n’y est pas pour rien non plus. Avec Sphynx, le groupe affiche clairement ses influences 80’s en mixant intelligemment cold wave et pop. La voix de Clémence Quélennec, presque venue d’une autre dimension tant elle est aérienne et hypnotique, renforce le côté mystérieux et obsédant du titre. Jusqu’au vertige parce que, précisément, l’obsession contenue dans Sphynx nous plonge dans un état de transe sensuelle qui ferait oublier tout ce qui nous entoure pour nous mener jusqu’à un climax à donner le tournis. Et ce n’est pas le clip, réalisé par Marlon Magnée (un des membres de La Femme), qui va atténuer cette sensation. Difficile d’imaginer, en le visionnant, qu’on est à jeûn. Et pourtant !

Ces derniers mois, La Femme est de retour avec plusieurs singles dont Cool Colorado, en annonce d’un nouvel album à paraître en cette année 2021. Affaire à suivre donc, même si, sur l’ensemble de la production du groupe à ce jour, Sphynx reste pour moi le morceau au-dessus de tous. Il est temps de me taire et de vous laisser découvrir ou réécouter cette magique pépite obsessionnelle.

Raf Against The Machine

Review n°66: We Will Always Love You de The Avalanches (2020)

Afin de conjurer le sort, cette première review de 2021 sera placée sous le signe de l’optimisme avecThe Avalanches 2 l’album remède ultime, le troisième opus des Australiens de The Avalanches We Will Always Love You. Heureusement il n’aura fallu attendre que 4 ans après le second album Wildflower pour avoir des nouvelles de Robbie Chater et Tony Diblasi… En termes de patience, nous avions d’ailleurs déjà beaucoup donné puiqu’il avait fallu attendre 16  ans pour avoir un successeur au bijou inaugural Since I Left You. La pochette de l’album assez angoissante représente le visage d’Ann Druyan, la directrice artistique du Voyager Golden Record, disque destiné aux éventuels êtres extraterrestres afin de leur donner un aperçu sonore de notre Terre. La notion de voyage sonore demeure centrale dans cet album et ce n’est pas un hasard si le producteur Andy Szekeres (moitié de Midnight Juggernauts) est aux commandes tant les sonorités « spatiales » sont sa marque de fabrique. Pour la présentation globale, l’ensemble constitué de 25 titres (mais beaucoup de morceaux extrêmement courts) nous propose plus de 70 minutes de musique avec une multitude de guests, les samples laissant plus leur place aux interprètes, pour ce qui s’apparente à un mix jouissif et hédoniste prenant plaisir à entrecroiser l’électro, la disco, le funk et la pop indie.

Difficile de chroniquer cet album tant il fonctionne comme un mix faussement débridé mais en réalité volontiers homogène. Je vous propose donc plutôt quelques planètes marquantes de cette odyssée musicale spatiale… La planète We Will Always Love You propose une alliance subtile entre une mélodie lumineuse et un son électro lorgnant vers l’urbain à travers la voix de Blood Orange, cette planète toute en clair-obscur contraste avec la lumière aveuglante de The Divine Chord, véritable étoile filante qui célèbre une pop instantanée où la guitare de Johnny Marr et les voix de MGMT nagent dans leur élément. Et que dire du satellite Interstellar qui ne cesse de tourner sur lui-même, porté par le sample obsédant d’Eye In The Sky d’Alan Parsons Project et la voix chaude de Leon Bridges? Un bel instant de poésie spatiale mais nous voilà déjà repartis, nous laissant porter par la poussière d’étoiles de Reflecting Light où la voix de crooner de Sananda Maitreya nous fait fondre de désir quand elle se confronte à la fragilité de Vashti Bunyan

Le voyage spatial se déroule sans accroc et les différents intermèdes donnent du lien à cet enchaînement de paysages variés. Au loin on surprend même une énigme spatiale avec une planète qui danse littéralement Oh The Sunn!, portée par des choeurs extatiques et le funk de Perry Farrell. Cette petite planète enjouée se marie pleinement à l’électro de We Go On, sa ritournelle entêtante et les voix de Cola Boyy et Mick Jones (je vous avais prévenus qu’on croule avec délices sous la multitude de featuring…) On croise un navire allié qui passe à la vitesse de l’éclair, Star Song.IMG, avant de passer dans un tunnel magnétique Until Daylight Comes où l’on perçoit la voix intersidérale et viscérale de Tricky. Nous apercevons au loin trois planètes particulièrement liées: Wherever You Go  et sa structure extrêmement riche où l’on peut croiser Jamie XX à la production, Neneh Cherry et CLPYSO, l’électro/disco de Music Makes Me High qui fait vibrer les parois de notre vaisseau et le bijou Take Care In Your Dreaming, son piano lumineux, son autotune et le rap incisif de Denzel Curry et Sampa The Great qui donne une intensité folle à cette planète tellurique.

Le voyage s’étire et on perd peu à peu conscience du temps qui passe. Les planètes, les sons se percutent, l’électro d’Overcome laisse la place à l’indie-pop de Kurt Vile sur Gold Sky et on se retrouve pris dans un véritable maëlstrom musical. Des flashs nous traversent, le piano d’Always Black et la voix torturée de Pink Siifu, les effluves pop de Running Red Lights où le chanteur de Weezer Rivers Cuomo pose son flow toujours aussi précis, l’électro planante de Born To Lose, tout nous amène vers une chute inéluctable, tant l’attraction terrestre est puissante. Le vaisseau se pose abruptement et on se retrouve sonnés et désemparés, seules les notes de Weightless nous rappellent  que le voyage interstellaire était bien réel… Besoin de fuir notre planète Terre où les brillants pro-Trump s’illustrent encore ce soir par leur vide intersidéral? Il ne vous reste plus qu’à lancer les moteurs de We Will Always Love You, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°65: Frontier Psychiatrist de The Avalanches (2000)

Depuis sa sortie, le 11 décembre dernier, le troisième opus We Will Always Love You des AustraliensThe Avalanches de The Avalanches ne cesse de tourner chez moi tant il me donne le sourire par son vent d’optimisme et son aspect volontiers foutraque. Ce n’est pas un hasard s’il fait partie de mes 20 albums préférés de 2020 et j’ai bien sûr prévu de vous en parler incessamment sous peu (#teasingdefolie). Comme souvent, la sortie d’un nouvel album c’est aussi l’occasion d’aller se replonger dans une discographie et c’est avec grand plaisir que je suis allé réécouter le premier album Since I Left You sorti il y a 20 ans déjà… En une heure et 3500 samples de vinyles, The Avalanches donne ses lettres de noblesse au sampling et crée un mix gargantuesque et jouissif, indétrônable au pays du sample. J’aurais pu très bien choisir le morceau d’ouverture Since I Left You dont la mélodie printanière centrale est particulièrement addictive mais, pour démarrer cette nouvelle année, j’avais envie d’un véritable vent de folie. Dans la catégorie « Folie pure et débauche de samples », le titre Frontier Psychiatrist est un bijou du genre qui s’apparente à une vraie déclaration d’amour pour le son sous toutes ses formes. Le résultat paradoxalement d’une grande homogénéité est percutant à souhait et j’ai très envie de placer l’année 2021 sous le sceau de Frontier Psychiatrist. Le clip qui semble donner accès au rêve le plus fou est juste jouissif et drôle. A vous de plonger dans les méandres de l’inconscient de The Avalanches, enjoy!

 

Sylphe