Pépite du moment n°28 : Echoes de Pink Floyd (1971) par Rodrigo Y Gabriela (2019)

Voilà une pépite pour le moins inattendue : qu’elle soit intemporelle on n’en doutait pas, qu’elle soit du moment est plus surprenant. Je m’explique : en 1971, Pink Floyd publie son album Meddle. Ce 6e album contient de bien belles choses mais surtout une pièce maîtresse qui va occuper une face complète du vinyl ainsi que nos oreilles durant des décennies. Echoes est une longue et fascinante plongée dans la quintessence de Pink Floyd, et dont on a déjà parlé voici quelques mois (ici-bas ici même un lien vers l’article).

C’est avec un étonnement mêlé d’une curiosité sans nom que j’ai appris l’immense défi que Rodrigo Y Gabriela se sont mis dans les doigts : reprendre Echoes équipés de leurs seuls instruments habituels, à savoir des guitares acoustiques et rien d’autre, pas même des voix. Comment restituer l’ambiance des claviers de Rick Wright, la ligne de basse de Roger Waters, la voix planante et les sons de guitares de David Gilmour ? Comment nous entraîner dans cette folle virée sans dénaturer ni le morceau ni les émotions originelles ? Comment réinventer un chef-d’œuvre pareil ? Le scepticisme me gagnant (Echoes étant un de mes titres préférés de tous les temps), j’ai filé écouter cette reprise.

C’est réussi, et plutôt deux fois qu’une. Rodrigo Y Gabriela relèvent haut la main ce challenge ultra casse-gueule en prenant un parti audacieux mais intelligent. Leur interprétation reste fidèle à l’original en conservant globalement la structure des chapitres. Leur intelligence, c’est de ne pas chercher à reproduire les sons de Pink Floyd, mais d’utiliser la charpente ainsi conservée pour y déposer leurs propres sonorités et émotions, fabriquées à partir de leurs seules guitares. Et ça fonctionne diablement bien, puisque le duo nous balade pendant presque 19 minutes dans une suite ininterrompue d’environnements sonores qui mêlent astucieusement certaines lignes mélodiques inventées par Pink Floyd et leur propres sons.

Rodrigo y Gabriela avaient déjà expérimenté la reprise de classiques du rock avec par exemple Stairway to heaven sur leur premier album en 2006, avec succès il faut bien le dire. La tâche est ici d’une tout autre ampleur : de par la durée du morceau, de par les environnements sonores d’origine, de par l’aura de ce Echoes. A la fois reprise, réinterprétation et hommage, Echoes version Rodrigo y Gabriela fait un bien fou aux oreilles. Avec une subtile pirouette de fin de reprise : ce que l’on entend pendant les 30 dernières secondes, c’est bien le sonar originel de l’ouverture d’Echoes version Pink Floyd. Comme une façon de boucler la boucle, de rendre à Pink Floyd ce qui lui appartient tout en nous invitant à réécouter l’original. Une sorte de classe totale de la part de Rodrigo Y Gabriela, mêlée d’une humilité sans mesure. Chapeau bas et respect total.

Petit clin d’œil supplémentaire : le morceau est placé en face B de la prochaine galette du duo intitulée Mettavolution, à sortir le 26 avril prochain, occupant ainsi l’exacte même place que sur Meddle en 1971. Cette brillante et flamboyante revisite tease de la meilleure des façons l’album à venir, que je trépigne d’impatience de découvrir (et les mots sont faibles). D’ici là, il aura été possible au public français d’aller écouter Rodrigo y Gabriela à l’Olympia (Paris) le 25 avril (pour qui a déjà son billet car c’est complet), ou encore le 27 avril au festival Musilac de Chamonix (et là, à cette heure, il reste des places). A moins que vous ne choisissiez une date à l’étranger (la liste est longue comme le bras), ou la 3e date possible sur le sol français : mercredi 17 avril au Printemps de Bourges, pour une soirée au W qui réunira, en plus de nos deux chouchous du jour, Gaëtan Roussel, Beirut et Thiéfaine. Il reste des places là aussi, et autant dire qu’un quarté pareil c’est inratable : si vous avez la possibilité, foncez !

Raf Against The Machine

Review n°27: Lux Prima de Karen O et Danger Mouse (2019)

Après avoir pleinement savouré le single Turn The Light (voir ici ), il est plus que temps

Karen O - Danger Mouse
de parler de ce Lux Prima, rencontre magique entre deux orfèvres que sont l’excentrique Karen O et le producteur aux mains dorées Danger Mouse. A vrai dire, je me trouvais dans la situation optimale d’écoute car je n’avais pas véritablement d’attente à l’écoute de cet opus, m’appuyant davantage sur les souvenirs de la pépite It’s Blitz ( 10 ans déjà…) que sur le plus mitigé Mosquito. Karen O donnait l’impression de s’essouffler avec Yeah Yeah Yeahs et Danger Mouse a tout simplement réussi à sublimer cette artiste pour créer un album majeur de 2019. Suivez-moi lors de ce périple nocturne envoûtant…

Le morceau d’ouverture Lux Prima et ses 9 minutes qui contiennent plus de bonnes idées que certains albums va d’emblée poser les choses: le duo se montre ambitieux… On part sur 3 minutes de synthés spatiaux qui nous enveloppent et diffusent une douceur nostalgique qui m’évoque de manière évidente la BO de Virgin Suicid par Air avant que les choeurs et la voix de Karen O, soutenus par des violons judicieux qui seront très présents sur l’album, viennent nous offrir une saveur plus pop suintant par tous les pores le trip-hop sensuel de Massive Attack ou Morcheeba. Troisième mouvement du morceau avec la voix se retirant et laissant de nouveau les synthés du début reprendre le pouvoir, le morceau surprend et envoûte, suscitant de vraies interrogations… Ministry va vite nous aider à trouver des réponses avec sa guitare tout en douceur et son intro digne du chef d’oeuvre de Morcheeba Big Calm, Karen O paraît plus apaisée et maîtrise avec subtilité sa voix pour nous offrir une plage de douceur sublime. Ce morceau contraste brillamment avec le single Turn The Light dont la basse sensuelle imprime un groove addictif se mariant parfaitement à la voix plus « nasillarde » (#riendenegatifhein) de Karen O.

Le trio d’ouverture m’a déjà clairement désarmé et ce n’est pas la suite qui m’aidera à reprendre contact avec la réalité. La batterie martiale, les choeurs inquiétants et le chant sauvage de Karen O sur Woman d’un côté et le space-rock affûté de Redeemer de l’autre me replongent dans cette urgence sensuelle qui me plaît tant chez Yeah Yeah Yeahs… Un Drown tout en retenue et reverb dont l’ambiance fait écho à celle de Ministry avec un soin de l’orchestration évident (humm le travail de Danger Mouse…), un Leopard’s Tongue plus pop dans l’approche avec son refrain addictif, un Reveries tout en dépouillement, les morceaux s’enchaînent et empilent avec une rigueur de métronome les bonnes idées jusqu’à ce Nox Lumina qui referme brillamment la boucle entamée par Lux Prima. On finit sur un morceau binaire avec un chant mélancolique qui laisse peu à peu les synthés oniriques reprendre le dessus.

Le retour à la réalité est difficile mais c’est incontestablement un moment fort de la discographie de Karen O et Danger Mouse que viennent de nous offrir ces deux orfèvres. L’album en tout cas prend note pour les tops de fin d’année en toute simplicité.

Le live brillant de Woman au Late Show mis en scène par Spike Jonze himself…

Sylphe

Pépite du moment n°26: Into The Fire de These New Puritans (2019)

Les frères Jack et George Barnett sont désormais seuls à mener le groupe These NewThese New Puritans Puritans et viennent de sortir leur quatrième opus Inside The Rose. Un album qu’en toute franchise je n’ai pas encore pris le temps d’écouter entièrement mais dont j’ai pu savourer quelques fulgurances déjà sorties comme le titre du jour Into The Fire dont la recette fonctionne à merveille et devrait vous permettre d’aborder cette semaine avec une bonne dose d’énergie.

Prenez l’énergie rock de The Foals ou Breton, la qualité du chant de David Tibet (Current 93) et ajoutez une batterie addictive qui rappelle les plus belles heures du math-rock à la Battles et vous obtenez une belle pépite à fort pouvoir mélodique. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°25: Turn The Light de Karen O et Danger Mouse (2019)

D’un côté Karen O, chanteuse orgasmique du groupe Yeah Yeah Yeahs, groupe certes un Karen O - Danger Mousepeu au ralenti après son dernier album  mitigé Mosquito mais qui a créé le chef d’oeuvre It’s Blitz en 2009 (#pochetted’anthologie) qui justifierait à lui seul n’importe quelle discographie… De l’autre le producteur talentueux Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, Beck, The Black Keys…) qui sait parfaitement mettre en valeur les artistes…

Le résultat, l’album Lux Prima, est sorti hier et devrait tourner en boucle cette semaine tant la première écoute m’a confirmé tous les espoirs mis en ce duo séduisant. Aujourd’hui, je vous mets l’eau à la bouche (#expressionestampillée90s) avec le titre Turn The Light dont les ingrédients sont évidents: la voix de Karen O qui sait toujours se faire sensuelle et une ambiance groovy à souhait. Le résultat reste bien en tête et me donne une furieuse envie d’écouter Lux Prima.

Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°24: House of Glass de Cage The Elephant (2019)

Ma rencontre avec Cage The Elephant a été aussi intense que tardive lorsqu’en 2017 j’ai Cage The Elephantécouté le live Unpeeled qui, pour moi, reste un des plus beaux albums live jamais écoutés au côté du Alive 2007 des Daft Punk ou le Live from Mars de Ben Harper… L’émotion du chant de Matthew Shultz, ce blues rock assez intemporel capable de générer des pépites à foison (Sweetie Little Jean,Too Late To Say Goodbye, Trouble, Aberdeen, Cold Cold Cold, Cigarette Daydreams et j’en passe…) méritent d’être savourés et écoutés régulièrement comme remède contre la sinistrose.

Du coup, j’attends impatiemment depuis 2 ans de pouvoir savourer un album dès sa sortie et ce sera chose faite le 19 avril avec la sortie de Social Cues dont est tiré le son du jour, House of Glass. Après un Ready To Let Go très bon et somme toute assez classique dans la discographie des américains, House of Glass vient davantage brouiller les pistes avec ses 2 minutes 35 intenses. Rythmique uptempo tournée vers le dance-floor et chant tout en retenue et intériorité sur les couplets, le morceau suinte le stupre et l’angoisse. C’est électrique et électrisant et ça j’achète! (#gimmickdemerde)

Sylphe

Pépite du moment n°23:Alright de Stuck in the Sound (2019)

Hier vient de sortir le sixième opus des français de Stuck in The Sound, Billy Believe, et Stuck in the Soundavoir des nouvelles de José Reis Fontão a souvent le mérite de me donner le sourire. Après des albums mettant en avant un rock assez énervé, Pursuit m’a filé une claque monumentale en 2012 avec des pépites comme Tender, l’addictif Brother ou Let’s go qui mettaient à l’honneur un rock d’une intensité rare m’évoquant des groupes comme Ghinzu.

Flirtant de plus en plus avec la pop, Stuck in the Sound avait envoyé il y a trois mois Alright en éclaireur qui mérite amplement d’être savouré avant l’opus que je risque fort de chroniquer ici. On retrouve l’intensité du chant, l’énergie communicative des guitares et ce rythme survolté qui fait tout le charme du groupe. En plus, le clip est un bijou d’animation sous-titré en japonais qui se marie parfaitement au titre. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°22: Who de Modeselektor feat. Tommy Cash (2019)

Gernot Bronsert et Sebastian Szary, alias Modeselektor, savent se faire attendre et Modeselektordistillent avec parcimonie les albums studio. Hier est sorti leur troisième opus Who Else qui fait suite à l’excellent Monkeytown en 2011… et oui seulement troisième opus pour ce duo allemand passionné d’électro et de techno qui, en plus des nombreuses compilations, oeuvre avec Sascha Ring alias Apparat pour former le cultissime combo Moderat. Bon je vois que certains peinent à suivre et je vais la faire simple, une sortie de Modeselktor c’est de l’or brut qu’il convient de savourer comme un mets exquis…

Je serai bien présomptueux d’avoir déjà un avis sur l’album que je découvre à peine mais par contre rien ne m’interdit de dire tout le bien que je pense du single Who… Certes, le clip est quelque peu inquiétant et je prendrai sur moi de ne pas y repenser la prochaine fois que je me raserai ou que j’aurai mal à une dent mais aujourd’hui c’est bien le son qui m’importe, et quel son! Un kick obsédant, des sonorités indus, une montée étouffante magnifiée par le flow du rappeur estonien Tommy Cash, des ruptures acérées font de ce titre un hymne au dance-floor avant une fin plus surprenante où les choeurs enfantins nous assènent des blabla qui restent bien en tête. En tout cas pas de blabla avec ce Who qui nous file une claque magistrale qui devrait me permettre d’aborder plein d’énergie le dur lundi de rentrée. Humm j’ai presque du plaisir à penser à la douleur du réveil à 6h… (#contaminéparleclipsm)

Sylphe