Pépite du moment n°69 : Keep it movin (2020) de Wax Tailor & D Smoke

Après The light (2019), Wax Tailor poursuit son teaser au long cours autour d’un prochain album, avec un deuxième single disponible depuis quelques jours. Keep it movin est l’exact opposé de ce que pouvait proposer The light. Nous avions parlé ici (à relire d’un clic) de ce magnifique titre sombre et tendu, reflet sonore d’un monde froid, déshumanisé et apocalyptique à la croisée de Blade Runner, 1984, Black Mirror et Brazil. Bref, un univers qui ne fait pas rêver mais dans lequel, à bien y réfléchir, on vit déjà en partie.

Keep it movin prend le total contrepied de son prédécesseur, avec un son groovy et hybride comme sait si bien le faire Wax Tailor. Ici, ça sonne hip-hop, beats puissants, ligne de basse bien ronde et omniprésente. Tout ceci porté par le flow de D Smoke. Ce dernier, né Daniel Anthony Farris en 1985 à Inglewood, Californie, s’est distingué en 2019 en remportant la première saison de Rythm & Flow sur Netflix. Pas très étonnant, puisqu’on retrouve précisément chez D Smoke rythme et flow qui envoient de la bonne vibration. En résulte un titre qui pétille et ronfle, plein de soleil et de chaleur, et qui tombe à point nommé puisque l’été arrive.

Le parcours musical de Wax Tailor est ponctué de collaborations avec des pointures rap. On pense au collectif A State of Mind (ASM) sur les albums Hope & Sorrow (2007) et In the mood for life (2009), à Mattic sur Dusty rainbow from the dark (2012), ou encore à Ghostface Killah du Wu Tang Clan sur By any beats necessary (2017). A chaque fois, c’est une coloration rap différente, chacun des artistes précités apportant sa touche au panorama sonore de Wax Tailor. Ce Keep it movin et l’association avec D Smoke rappellent l’énergie d’un Say yes (feat. ASM), d’un The sound (feat. Mattic) ou d’un Worlwide (feat. Ghostface Killah), tout en introduisant une nouvelle facette du hip-hop proposé par Wax Tailor.

Titre après titre, album après album, Wax Tailor ne cesse de développer ses horizons musicaux et de nous les proposer. Ce n’est pas ce Keep it movin qui me fera mentir : un bonbon estival bourré d’énergie et de patate qui fait du bien à la tête et au corps. Et qui porte bien son titre : lancez moi ce morceau, montez bien le son et je vous défie de rester de marbre, immobile les mains dans les poches. Une énergie communicative qui fait du bien, et qui donne envie de retrouver très vite le chemin des salles de concerts pour s’inonder la tête du son Wax Tailor.

Raf Against The Machine

 

Pépite du moment n°68 : Nothing Else (1996/2020) de Archive

Voilà un moment que je ne vous ai pas parlé d’Archive, et je sens que ça vous manque ! Bien que ce soit un (le ?) groupe vers lequel je reviens le plus fréquemment, c’est à la faveur de l’actualité que l’on va évoquer la bande de Darius Keeler et Danny Griffiths.

Archive a entamé l’année dernière une longue célébration de son quart de siècle. Oui, déjà 25 ans (et même 26, on est déjà en 2020) que les Londoniens jouent et nous impressionnent de maîtrise, de virées musicales et de création de sons tous plus fous les uns que les autres. En 1996 sort Londinium, un premier album aux sonorités très trip-hop de Bristol et rap, rapidement devenu une référence absolue et un objet musical incroyable. Depuis, ce groupe à l’effectif et à la composition changeante a évolué vers du rock électro-progressif, sans jamais perdre son essence : être un véritable creuset à sonorités et ambiances.

Archive a donc entamé 2019 sur le mode célébration des 25 ans, avec la sortie d’un coffret de 4CD ou 6LP + 2EP, sobrement intitulé 25, dans lequel le groupe a compilé 42 titres de son répertoire. Bonne pioche dans la totalité des albums de la discographie, augmentée de quelques inédits dont le brillant Remains of nothing dont on avait parlé par ici (à relire d’un clic). Année 2019 poursuivie par une tournée, sobrement intitulée 25 Tour. J’ai eu la chance de vivre un de ces concerts dantesques et, n’y allons pas par quatre chemins, la prestation 25 Live est sans doute un des meilleurs (sinon le meilleur) concerts que j’ai pu vivre. Prestation que l’on a pu retrouver en ligne, généreusement offerte par le groupe à son public (on en avait fait un papier aussi à relire).

Arrive 2020, les 25 ans sont passés, et on se dit qu’il faudra maintenant attendre les 50 balais de la formation, ou tout du moins les 30 pour une nouvelle fiesta. Et puis non ! A la surprise générale, Archive annonce il y a quelques jours la sortie d’un nouveau disque le 28 août prochain : Versions sera le point de clôture des célébrations 25, et regroupera des réinterprétations des propres titres du groupe. Là, deux écoles s’affrontent. Soit on se dit « C‘est facile, les mecs s’emmerdent pas quand même, en rejouant leurs propres morceaux ». Soit on passe en mode surexcité et impatient hyper, en se disant « Qui de mieux placé pour revisiter un répertoire ? Le créateur de ce même répertoire ». Je vous renvoie pour ça au récent Portrait de Yann Tiersen, il y a vraiment des choses démentes dans ses réinterprétations.

Mais revenons à ce Versions en approche, que l’on va attendre encore quelques semaines. Archive sait prendre soin de son public, tout en faisant monter la tension. Un premier titre est donc disponible à l’écoute, et c’est le grand écart temporel : Nothing Else, tout droit sorti du premier album Londinium précédemment évoqué. Qu’est-ce qui change d’une version à l’autre, à 26 années d’écart ? Beaucoup de choses, et presque rien.

Beaucoup de choses, parce que la voix n’est plus la même : Holly Martin, présente au chant depuis 2012 au sein du groupe, reprend le texte magnifié à l’époque par Roya Arab, la chanteuse qui incendiait Londinium. A l’éternelle question « Alors laquelle chante le mieux ? », je répondrai aucune : l’une et l’autre portent le texte vers une dimension qui n’existe pas. L’une ou l’autre, peu importe. Les deux voix me filent des frissons de dingue. Autre changement non négligeable : si la version de 1996 est portée par les synthés et les rythmes trip-hop, celle de 2020 est plus construite sur les guitares, et sans aucune section rythmique. Relecture de taille donc, mais les deux versions font le taf, et pas qu’un peu. Celle de 1996 pose une mélancolie et une tension propres au trip-hop. Celle de 2020 apporte une balade sur le fil du rasoir, une virée qui peut basculer à chaque instant ponctuée de quelques touches inquiétantes dans une ambiance apparemment plus apaisée.

Presque rien, parce que de 1996 à 2020, c’est du Archive et rien d’autre. Aucun doute là-dessus, le groupe est resté le même en se réinventant en permanence. A l’image de The empty bottle version studio/version 25 Live qui donnait à voir deux facettes complémentaires d’un même titre, ce double Nothing Else 1996/2020 montre que le groupe est loin d’avoir révélé tout son potentiel. Il ne revisite pas son morceau, mais en livre une vision augmentée. Archive a encore bien des choses à nous raconter, et ça tombe bien, on est prêts.

Encore un peu de patience, disons deux mois et demi pour pouvoir mettre la main sur Versions. La galette est déjà en précommande pou les plus accros, qui plus est dans différentes versions (#vousl’avez?) : un vinyle blanc en édition limitée à la Fnac, mais aussi une version vinyle augmentée d’un EP 2 titres exclusif sur le site officiel du groupe. Inutile de dire que, pour clore les festivités 25, on a le droit de s’offrir les deux éditions. A moins que, dans un ultime tour de passe-passe, Archive nous gratifie d’une édition vinyle de l’ensemble de sa discographie. Vous savez quoi ? Là aussi, je suis prêt. Turbo chaud même. Hyper.

C’est parti pour la double version de Nothing Else : 2020 (et son mortel clip) puis 1996

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°67: Mars on Earth 2020 d’Emilie Simon (2020)

Au milieu de la multitude de mails que la rédaction de Five-Minutes reçoit quotidiennement, certains de nos lecteurs nous tiennent au courant de sorties en rapport avec des artistes fortement appréciés dans ces contrées. C’est le cas pour moi d’Emilie Simon pour laquelle j’ai un attachement tout particulier depuis son bijou de douceur trip-hop initial en 2003, suivi d’albums très beaux comme Végétal en 2006. Je reconnais volontiers m’être arrêté à un Franky Knight plus inégal en 2011 et il sera temps pour moi d’aller écouter Mue et The Jesus Rolls afin de percevoir si l’inspiration d’Emilie Simon a ravivé sa flamme.

Emilie Simon, comme nombre d’artistes, a eu besoin d’exprimer son ressenti face au confinement -à Los Angeles pour la montpelliéraine de naissance – à travers sa musique et s’est lancée dans un EP Mars on Earth, 2020. L’objectif était, entre autres, de sortir chaque semaine un titre. Après les titres Cette ombre et En attendant l’Aurore, c’est le titre Mars on Earth 2020 que je vous propose de savourer aujourd’hui. Simplicité de l’accompagnement au piano, voix de cristal et émotion sont au rendez-vous et nous donnent envie de vivre notre déconfinement aux côtés d’Emilie Simon, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°66: Life de Kwoon (2020)

Voilà une nouvelle très belle découverte aujourd’hui qui tourne en boucles depuis Kwoonplusieurs jours chez moi… Je dois reconnaître ma méconnaissance totale du groupe Kwoon (depuis pour expier cette faute je porte une ceinture de cilice…) au moment d’écouter ce Life. Le coup de coeur étant total, j’ai depuis écouté leur discographie composée de deux albums Tales And Dreams en 2006 et When the Flowers Were Singing en 2009 ainsi qu’un EP en 2011 The Guillotine Show, des albums que je vous conseille fortement car ils mettent à l’honneur un genre qui m’est très cher, le post-rock. Pour simplifier, si vous aimez le lyrisme de Sigur Ros et la puissance d’un Mogwai vous devriez être facilement séduits. Ne doutant pas des aptitudes au calcul mental de nos lecteurs, cela fait donc 9 ans que Kwoon fait attendre son public. Le guitariste et chanteur Sandy Lavallart partage depuis le 29 avril un titre sobrement intitulé Life en l’honneur de sa fille qui le rejoint sur la fin du morceau. Le morceau est tout simplement sublime, jouant la carte de la mélancolie par les cordes qui se marient à merveille avec le chant emprunt d’émotions de Sandy Lavallart. La deuxième partie nous offre une montée en intensité imparable, la voix de sa fille apportant un supplément d’âme. Certains sons me touchent particulièrement et m’évoquent la puissance émotionnelle d’Arcade Fire, ils me font espérer une suite rapide et un album servant d’écrin à ce bijou.

Sous le titre Life, je partage avec vous un live solo issu de son Volcano Tour Sandy Lavallart joue seul au sommet des volcans de par le monde. Une musique envoûtante et des paysages à couper le souffle, on est dans la droite lignée d’un projet artistique à la Thylacine. Comme on ne fait pas les choses à moitié chez Five-Minutes, la semaine prochaine nous vous proposons de faire plus ample connaissance avec Sandy Lavallart dans une interview (#teasingdefolie), enjoy et bon déconfinement en approche!

 

 

Sylphe

Pépite du moment n°65: Goliath de Woodkid (2020)

Voilà déjà 7 ans que nous attendons fébrilement des nouvelles de Yoann Lemoine, alias Woodkid, qui nous a littéralement soufflés avec son coup de maître The Golden Age… Un album que je vous invite régulièrement à réécouter tant le souffle épique et la puissance lyrique se sont rarement aussi judicieusement entrelacés. Des titres comme Iron, Run Boy Run, I Love You ou encore The Shore touchent au sublime et, pour certains, sont illustrés par de brillants clips, écrins graphiques en noir et blanc. Je me suis permis de vous mettre en lien son concert à Fourvière en 2013 pour ceux qui sont en manque de frissons…

Il y a une petite semaine, Woodkid a lancé son premier éclaireur d’un deuxième album dont le nom n’a pas encore filtré. Ce Goliath illustré pour la première fois par un clip en couleurs est très sombre, les envolées au chant de Woodkid tentant désespérément de trouer ce ciel noir comme la cendre. On retrouve toute la puissance cinétique propre au lyonnais qui amène à s’interroger sur le rôle de l’Homme qui se trouve dépassé par sa volonté de maîtriser les éléments… L’Age d’or est fini, mais pour Woodkid il ne fait que perdurer pour notre plus grand plaisir, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°64: For The Beauty de Tindersticks (2019)

Voilà déjà presque 20 ans que les Anglais de Tindersticks nous offrent leur rockTindersticks empreint d’émotions et ce serait bien vain de ma part de vouloir résumer leur carrière ici, de toute façon ce n’est clairement pas mon objectif du jour… Le groupe redevenu trio au milieu des années 2000 avec le chanteur Stuart Staples, Neil Fraser et David Boulter a sorti en fin d’année dernière son douzième opus No Treasure But Hope sur le label City Slang et le moins que l’on puisse dire c’est que sacrément bon et que c’est une superbe porte d’entrée pour moi afin de véritablement les découvrir… Quelques titres écoutés par ci par là mais le hasard et le maelstrom de la production musicale font que je n’avais jamais écouté un album de la bande formée autour de Stuart Staples. Faute avouée, faute à moitié pardonnée dit-on…

Le morceau du jour For The Beauty a l’immense honneur d’ouvrir brillamment l’album. Le choix du titre de ce morceau est particulièrement judicieux tant ce dernier nous propose une belle leçon de douceur majestueuse. Porté par une instrumentation toute en grâce et subtilité, le piano en fond s’apparentant à une infime respiration qui parcourt tout le morceau et les violons sur la fin donnant encore plus d’ampleur à l’ensemble, la voix de Stuart Staples est juste sublime de retenue et d’émotion. Une voix qui ne cesse d’évoquer chez moi par certaines de ses inflexions un certain David Bowie qui nous manque toujours autant… Voilà un instant de grâce divine qui devrait illuminer votre journée, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°63: Restless de Cocorosie (2020)

Je vous parlais il y a peu du deuxième opus Noah’s Ark des soeurs de Cocorosie (voir Cocorosie 2par ici ) alors que leur septième album Put the Shine On venait tout juste de sortir… Un album pour le coup assez inconstant, brillant et rappelant les débuts flamboyants du groupe sur sa première partie mais connaissant une deuxième partie plus banale malheureusement. Cocorosie me surprend néanmoins par sa capacité à se rendre plus facile d’accès et, j’oserais même dire, plus pop sur certains morceaux dont la pépite du jour, Restless. Prenez un clip 80’s qui vous fera regretter la belle époque des patins à roulettes, le superbe chant mélodieux de Sienna, le rap de Bianca, un coq et des grenouilles improbables en fond, une mélodie imparable et vous vous retrouvez avec une très belle pop lo-fi, assez éloignée des standards habituels de Cocorosie, et ma foi c’est savoureux, enjoy!

Sylphe