Pépite du moment n°21: Maddy la nuit de Flavien Berger (2018)

La vie de bloggeur musical indépendant (#titrepompeux) demande de rudes efforts pour Flavien Bergerassister à de nombreux concerts… Ce soir, la team Five-Minutes a rendez-vous avec une soirée hybride mêlant l’électro de Léonie Pernet et la pop loufoque de Flavien Berger. Loin de moi la volonté de délaisser Léonie Pernet car j’ai bien l’intention de vous en parler ultérieurement mais aujourd’hui j’ai l’intention d’évoquer un titre qui, depuis quelques mois, me trotte dans la tête régulièrement quand je tombe dessus, Maddy la nuit de Flavien Berger.

Ce serait mentir que de vous laisser croire à ma grande connaissance de la carrière de Flavien Berger et je dois reconnaître qu’avant ce Contre-temps sorti fin 2018 je ne connaissais le garçon que de nom sans avoir laissé traîner un tympan du côté de Léviathan ou Contrebande 01. le disque de Noël tous deux sortis en 2015. Incontestablement ce Contre-temps aurait mérité une belle review ici mais je prends le pari avec vous que j’y reviendrai plus longuement suite au concert de ce soir… J’aurais pu choisir l’odyssée électronique 999999999 et ses 9 minutes addictives ou bien encore la suavité et la douceur de Brutalisme mais ce sont bien les rythmiques pop de Maddy la nuit qui me séduisent aujourd’hui en cet après-midi ensoleillé de vacances. Une voix à la diction dilettante à souhait qui m’évoque Etienne Daho, une ribambelle de sons sortis de boîtes à rythmes et un pouvoir mélodique incontestable font de ce titre une superbe mélopée intemporelle qui est illustré brillamment par un clip tout en bidouillages et poésie. Un clip à l’image de ce Contre-temps que je vous laisse découvrir quelque peu à  contre-temps… (#chutepourriequonvoyaitvenir)

Sylphe

Pépite du moment n°20 : Remains of nothing (2019) de Archive feat. Band of Skulls

Il n’aura échappé à personne que nous sommes en 2019, ce qui n’est pas pour nous déplaire tant ce début d’année fourmille de sons assez ravageurs. Après la chouette trouvaille Marvin Jouno du copain Sylphe en début de semaine, c’est à une petite célébration qu’on vous convie sur Five Minutes. Ou tout du moins un début de célébration. En 2018, mois après mois, j’ai participé aux festivités des 40 années de chansons d’Hubert-Félix Thiéfaine, au fil des rééditions d’albums et de sa tournée anniversaire. 2019 me semble bien partie pour être celle des 25 ans d’Archive.

Né en 1994, le groupe britannique s’est formé et à depuis évolué autour de ses deux membres fondateurs Darius Keeler et Danny Griffiths. En douze albums (si l’on dissocie Controlling Crowds I-III et IV (2009) et que l’on intègre la BO de Michel Vaillant (2003)), la formation nous aura emmenés du trip-hop le plus sombre avec Londinium (1996) à l’électro-rock avec The False Foundation (2016), dernier album studio à ce jour. Pourtant, la musique d’Archive est bien plus riche et variée que ce simple parcours, puisque la formation oscille en permanence entre le rock progressif, l’ambient, l’électro en exploitant synthés et samples, le trip-hop et même le rap.

Archive c’est tout cela et bien plus encore, et ça n’est pas ce Remains of nothing qui me fera mentir : en un peu plus de 7 minutes, cette joyeuse bande de lascars semble vouloir nous faire entendre un condensé de leur talent. Ouverture sur un mini coup de clavier et une nappe grésillante à souhait, pour mettre en place une boucle de synthé appuyée par la batterie et la basse. Une forme entêtante qui s’enrichit de sons de guitare, et n’est pas sans rappeler les grands moments d’improvisation construite de Pink Floyd version fin 60-début 70. Comme une montée de 2 minutes 15 en kiff total. La question étant : comment va-t-on tenir émotionnellement encore plus de 5 minutes ?

La réponse étant : on ne tiendra pas. La boucle se suspend quelques secondes, le temps de se faire cueillir par une voix venue de nulle part, haut perchée, qui vient se poser sur la trame musicale préalablement injectée dans nos oreilles. Une trame qui, entre les mots, s’enrichit en permanence de multiples petits sons et samples. Tout ça confine au délire, et alors qu’on croit le son bien installé… bim ! Une sorte de refrain avec voix supplémentaire lancinante déboule une minute plus tard. C’est du Pink Floyd encore et toujours, mâtiné de Beatles pas encore rentrés de leur trip indien. S’ajouteront ensuite des cordes dans un pont musical inattendu, avant de retourner au charbon déjà exposé.

Un poil avant la 5e minute, c’est toujours sur cette même trame musicale que l’on basculera dans un presque nouveau morceau avec un flow rap qui finit de dévaster ce qui nous reste de résistance, en sachant que, pour ma part, j’ai déjà cédé depuis les premières notes. Avec une proposition initiale qui porte la totalité de cette pépite, Archive expose une palette de ce qu’il sait faire de mieux. Comme une façon de vouloir nous dire : « Voilà, notre point de départ est toujours le même. On est Archive, on fait ce son là de base mais on l’exploite de toutes les façons possibles, en l’emmenant dans de multiples recoins et styles différents sans perdre un miette de ce que l’on est ».

C’est peut-être bien ce tour de force qu’ont réussi Darius Keeler, Danny Griffiths et leur bande de potes, depuis 25 ans mais aussi en 7 minutes et des poussières. Ils se sont adjoint la collaboration de Band of Skulls, trio rock de Southampton que l’on recommande chaudement, pour un Remains of Nothing qui porte son titre avec une ironie absolument folle et provoc : appeler « Les restes de rien » un morceau aussi riche et puissant, c’est joueur. D’un côté, Remains of Nothing fait planer une sorte d’ambiance de fin du monde et de vide absolu désespérant, et en cela il porte bien son titre. De l’autre, il appelle sans délai à réécouter illico les précédents opus d’Archive, comme une rétrospective des restes de tout. Retourner se plonger tête la première dans Londinium (1996) et son trip-hop bristolien, dans You all look the same to me (2002) et son Again d’ouverture qui sonne bon comme un Animals pinkfloydien, dans le furieux et angoissant Controlling Crowds (2009) et ses Bullets et Pills, ou encore dans The False Foundation (2016) et son morceau éponyme bouillant comme de la glace.

A moins que l’on ne réécoute le Live at the Zénith (2007) et son hypnotique version de Lights, ses rageuses interprétations de Noise et Sane, et son désespéré Fuck U. Oui, voilà une partie de ce que ce Remains of Nothing d’Archive a fait sur moi ces derniers jours. Je ne suis toujours pas redescendu, et j’attends maintenant avec une impatience non dissimulée la suite de ces 25 ans. Au programme, un album-compilation augmenté d’inédits (dont notre pépite du moment) prévu pour le 10 mai prochain (pas moins de 4 CD ou 6 vinyles) et sobrement intitulé 25, quelques jours à peine avant une prestation à la Seine Musicale (16 mai 2019) qui s’annonce d’ores et déjà dantesque, mais surtout complète. Pas trop grave : la bande entamera ensuite à l’automne une tournée européenne 25 qui passera par bon nombre de villes en France (il reste des places mais ça part très vite !), non sans avoir livré en septembre un Live in Paris, captation du 16 mai parisien.

On suit ça de près et on en reparle bientôt. Pour le moment, je crois que dans ce rien sidérant qui nous entoure, il y a encore quelques beaux restes à écouter. J’y retourne.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°19: Sur Mars de Marvin Jouno (2019)

Après un premier opus Intérieur nuit séduisant en 2017 (ne pas hésiter à réécouter QuitteMarvin Jouno.jpg à me quitter ou encore L’Avalanche), Marvin Jouno vient de sortir Sur Mars qui confirme pleinement les belles promesses d’Intérieur nuit. Voilà quelques jours que je suis sous le charme de cette voix qui me rappelle par sa nonchalance Eddy de Pretto et Benjamin Biolay… voix brillamment mise en valeur dans des compositions rythmées qui savent faire les beaux yeux à une électro mélancolique comme savait si bien le faire Arman Méliès dans IV.

Plusieurs titres se distinguent et restent bien vrillés au coeur de mon cerveau et sur mes lèvres. J’aurais pu très bien sélectionner Clap de fin, Danse! ou encore On refait le monde mais je vais vous parler du titre éponyme dont j’aime particulièrement les contrastes. D’un côté cette voix mélancolique tout en dépouillement et retenue et de l’autre ce refrain addictif qui laisse la part belle aux sonorités électroniques. Le clip est juste, quant à lui, et résume parfaitement la vie avec tous ses instantanés de bonheur.

Pour l’anecdote vous entendrez un inattendu saxophone sur la fin du morceau… après Balthazar et Thylacine on ne peut désormais plus parler de coincidence, il y a bien une vaste conspiration internationale qui vise à réhabiliter cet instrument en 2019… Gardez les oreilles ouvertes, ils sont parmi nous… Trève de plaisanterie, j’ai succombé à cette perfide tentation et je vous laisse aussi On refait le monde, titre obsédant et angoissant qui s’impose un peu comme la version 2.0 de Respire de Mickey 3D.

Sylphe

Pépite du moment n°18: The Soleil de Fred Poulet (2018)

Fred Poulet a sorti un nouvel album en fin d’année 2018 ! et j’ai failli passer à côté. Il fred pouletfaut dire que depuis 2005 on n’avait pas entendu parler du bonhomme, préférant le cinéma à la musique, Fred Poulet n’était plus dans les bacs. Le voici revenir avec The Soleil, album solaire (un peu facile celle-là), lumineux, direct, rock et épuré.

Fred Poulet démarre sa carrière en 1995 avec Mes plus grands succès signé chez le label Saravah (la classe… Higelin, Brigitte Fontaine), on peut dire qu’il part avec un bon alignement de planètes. Il enchaine alors cinq disques, tous très bons. Il aurait pu devenir une sorte de « notable » du rock français mais voilà, en 2006, il a la très bonne idée, de donner, à Vikash Dhorasoo, une caméra super 8 pour qu’il filme sa coupe du monde de remplaçant. On le voit d’ailleurs au début du documentaire confier au footballeur les caméras, le résultat sera Substitute, film incomparable et réflexion profonde sur le décalage, la déception et l’ennui. S’ensuivra alors un livre et pour Fred Poulet, la suite sera faite de nombreuses collaborations cinématographiques (Making Fuck off notamment).

Alors nous voilà revenus à The Soleil et son titre d’ouverture Tout scintille. Le morceau est un bon résumé de l’album : un bien- être matinal s’installe, le soleil pointe le bout de son nez, les amis sont là (au passage on voit Rodolphe Burger saluer Fred dans le clip), on lui sert un verre, on trinque, on s’embrasse, la musique est bonne, atmosphérique, perchée, les paroles parlent du sentiment de bien-être amoureux, d’aimer. On imagine qu’elle lui a dit le matin même regarde comme tout scintille, voyons la vie du bon côté, nous sommes amoureux, nous sommes beaux, la vie est belle, alors ouvre tes yeux et regarde…

Ce disque est un parfait remède à la mélancolie de ce début d’année.

Rage

Pépite du moment n°17: Silence In The Dark de Curses feat. Jennifer Cardini (2018)

Je ne vais pas vous mentir, je n’avais jamais entendu parler de Luca Venezia aliascurses Curses jusqu’à une compilation Tsugi particulièrement bien sentie pour le hors-série 2018. Le morceau Silence In The Dark m’obsède depuis et finalement je prends un grand plaisir à partager mes obsessions sur Five-Minutes. Sans en être particulièrement amateur ça fait de très nombreuses années que j’entends parler de la DJ française Jennifer Cardini qui vient collaborer sur ce morceau tiré du premier album de Curses Romantic Fiction, opus d’une noirceur crépusculaire qui sied parfaitement à la saison actuelle…

Le titre Silence in the Dark n’est en rien trompeur et je ne vous propose pas de commencer la semaine dans une ambiance printanière et légère… Le morceau est porté par une rythmique envoûtante qui fleure bon le rock à la Depeche Mode et le krautrock, c’est pesant et volontiers anxyogène. La voix sombre se marie parfaitement à l’univers et le titre tourne en rond comme une obsession, à peine entrecoupé par des riffs de guitares inquiétants. Voilà en tout cas un bien beau morceau d’une électro racée comme j’aime!

Sylphe

Pépite du moment n°16 : Lazy Boy (2018) de Franz Ferdinand

L’heure venue de la livraison hebdomadaire sur Five-Minutes, plusieurs titres et albums ont prétendu à la place… Mais ce Lazy Boy de Franz Ferdinand s’est quasiment imposé au saut du lit.

Parce que, précisément, le saut du lit, laborieux et embrumé, qui appelle un son à faire trembler le bouzin. Oui, je sais pas pour vous mais de mon côté les matins sont en général compliqués, et encore plus dans cette période où se cumulent les misères du monde, l’absence de dialogue dans le pays, le temps dégueulasse (même si un rayon de soleil se pointe enfin aujourd’hui), l’absence de Nutella® dans le placard et l’approche du lundi le plus déprimant de l’année. Le Blue Monday (ou lundi blues), qui correspond au lundi le plus pesant de l’année : c’est un début de semaine, la météo est souvent exécrable, la paye n’est pas tout à fait prête à tomber encore malgré le beau découvert à la banque dû (notamment) aux fêtes et (aussi un peu) à des rattrapages de cotisations en tout genre… Bref, il s’agit de lutter contre la morosité ambiante par des moyens simples et à la portée de tous.

Franz Ferdinand fait partie de ces choses qui font du bien au corps et à la tête un peu aussi. Leur dernier album Always Ascending (2018) envoie plutôt du bon son rock efficace, mais j’avoue que ce Lazy Boy me fait particulièrement de l’effet. Ses sons de guitare assez incroyables et la basse bien présente et ronronnante dès les premières secondes portent une mélodie en boucle, assez minimaliste finalement, mais terriblement efficace. Si on ajoute à ça la voix d’Alex Kapranos, qui débute sur des airs de Bowie et poursuit dans une énergie assez communicative, on obtient 3 minutes de pur bonheur revitalisant qui font passer mes boîtes de Vitamine C et de Magnésium pour un violent somnifère.

Preuve s’il en était besoin de l’excellente santé du rock d’Outre-Manche avec donc cette pilule de pep’s qu’est Lazy Boy, fabriquée de main de maître par les écossais de Franz Ferdinand.

Avant de vous laisser bouger votre corps sur ce Lazy Boy au titre rigolard (le morceau n’a rien de paresseux, mais il semble pile poil être fait pour les lady boys à tendance oisive dans mon genre), un groupe de rock écossais en appelle un autre, anglais cette fois. Breaking News ! Foals fait son grand retour en 2019, avec un double album publié en deux temps : Everything not saved will be lost Part 1 sortira le 8 mars prochain, Everything not saved will be lost Part 2 à l’automne 2019. Voilà une nouvelle qui fait plaisir ! Bien que leur meilleur album à ce jour reste Total Life Forever (2010), on guette avec une certaine impatience ce nouvel opus, dont on reparlera certainement ici-bas ici même, parce que Foals est un groupe qu’on kiffe.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°15: Landslide de Beirut (2019)

S’il existe une période morne en termes de sorties musicales c’est bien la période beirutqui englobe la deuxième quinzaine de décembre et la première quinzaine de janvier. Les artistes doivent nous juger inaptes à savourer du nouveau son, happés que nous serions par la préparation des festivités de fin d’année ou biologiquement bouleversés par les excès culinaires. J’ai tendance aussi à penser qu’il y a comme une trêve implicitement signée afin de voir fleurir les tops de fin d’année et que tout un chacun puisse vainement tenter de rattraper son retard en début d’année. Ce vendredi, je n’ai pas constaté de grandes sorties et j’ai farfouiné par hasard, me laissant séduire par le premier album de Saint Mela, First Bloom, dont je devrais vous parler ultérieurement…. Je me dirigeais donc vers une nouvelle pépite intemporelle – et alors là le choix est vertigineux…- quand je suis tombé sur le clip d’un nouveau titre de Beirut, Landslide.

Quand je vois le nom de Beirut, pour moi le monde s’arrête tout simplement de tourner. Avec Zach Condon, nous avons déjà de très nombreux souvenirs communs depuis le coup de maître du premier opus Gulag Orkestar en 2006. The Flying Club Cup et The Rip Tide résonnent pour moi comme des moments fondateurs de ma culture musicale indé. Beirut est tout simplement devenu pour moi le symbole de la folk intelligente qui a su subtilement remettre au goût du jour la mélancolie slave. Beirut ce sont ces cuivres qui désarment, qui donnent un souffle épique et les talents d’interprète de Zach Condon. Des cuivres bien sentis dans un morceau désormais, c’est pour moi la tentation de glisser le nom de Beirut, une espèce d’addiction contre laquelle je n’essaie même plus de lutter.

Le 1er février, Beirut sortira donc son cinquième album studio Gallipoli et ce 10 janvier Landslide vient jouer les éclaireurs. Ce serait bien bête de ne pas savourer immédiatement ce cadeau de fin de semaine, un Don Quichotte nous attend et je n’ai pas pour habitude de refuser les invitations. Le clip entre le Don Quichotte de Terry Gilliam et les Monty Python entrecroise avec délectation les codes de l’absurde et de la parodie pour illustrer de manière originale un morceau porté par le chant de Zach Condon. L’orgue Farfisa, utilisé sur Gulag Orkestar et The Flying Club Cup, est de retour et apporte une teinte de mélancolie subtile pour un résultat tout en retenue et poésie. Pas un cuivre à l’horizon de ce joli ciel bleu qu’est Landslide. Le seul nuage finalement c’est de devoir attendre presque  trois semaines avant de pouvoir écouter Gallipoli

Sylphe