Pépite du moment n°59: Duo de Philippe Katerine feat. Angèle & Chilly Gonzales (2019)

On ne présente plus Philippe Katerine qui a le mérite, depuis son premier album LesKaterine Mariages chinois en 1991 déjà, de ne pas laisser indifférent. Ce personnage redonnant ses lauriers à un sens de l’absurde prononcé a souvent suscité chez moi, il faut le reconnaître, une certaine forme d’incompréhension mais finalement depuis peu je me suis fait à cette personnalité qui s’impose au sein d’un monde de la musique de plus en plus aseptisé. Comme un pied de phallus (#vousl’avez?), il y a quelques jours, Philippe Katerine a remporté la Victoire de la musique du meilleur artiste masculin (et oui dans une époque précieuse de réhabilitation des femmes, on fait le choix de séparer les hommes -les « artistes avec quéquette » pour reprendre ses mots et les femmes… no comment…) et son Confessions le mérite amplement.

Le titre du jour Duo résume bien à mon sens ce qu’est Philippe Katerine: un clip loufoque où on chevauche des dauphins dorés dans l’espace, des paroles d’une simplicité désarmante avec un refrain « On a le même tempo mais pas le même pattern » qui mériterait une belle dissertation de 4 heures, un pouvoir mélodique réel avec des synthés 80’s enthousiasmants et des guests de haut vol avec la voix cristalline d’Angèle et Chilly Gonzales en spécialiste scientifique inattendu.

Pour reprendre les paroles de fin du morceau, le moins que l’on puisse dire c’est qu’avec Philippe Katerine la vie n’est pas terne, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°58 : Australia (2020) de Thomas Méreur

a0354549336_16Aujourd’hui, retour indirect sur Dyrhólaey de Thomas Méreur, aka Mon album de l’année 2019, et de très loin. Si vous avez oublié pourquoi, je vous invite à relire ma review d’il y a quelques semaines, disponible d’un clic juste ici. J’ai vu d’ailleurs que, période des Awards, Oscar, César et récompenses en tout genre oblige, il est question de savoir quel est le meilleur film de l’année écoulée. J’avoue que ça se joue dans un mouchoir de poche, et ça se tire la bourre sévère (en ce qui me concerne) entre Parasite, Once upon a time… in Hollywood, Ad Astra et Joker (dans l’ordre chronologique des sorties). Je ne sais pas encore qui retenir, même si Joker est tout de même au-dessus en ce qu’il triomphe à la fois sur le scénario et son propos, la réalisation, la photo, le montage, l’interprétation de Joaquin Phoenix, la BO (Hildur Gudnadóttir, pour les distraits on en a parlé ici, à retrouver d’un clic aussi). Et on n’avait jamais connu son réalisateur Todd Phillips dans ce registre.

Digression cinématographique mise à part, retrouvons donc Thomas Méreur, avec un titre composé il y a quelques jours en réaction aux incendies dantesques qui ont ravagé l’Australie, et du même coup la nature planétaire. Pas très étonnant que le garçon réagisse de la sorte, lorsqu’on connaît son attachement aux questions environnementales et humaines. Il aurait pu se contenter d’un tweet, ou de vivre ça de son côté. Mais non. A la place, et pour notre plus grand bonheur (malgré la désolation de la réalité), on a droit à un morceau inédit. Il est comme ça Thomas : un événement le touche, et bim il nous compose un titre. So classe.

Titre dans lequel on retrouve tout ce qui m’a bouleversé dans Dyrhólaey : une composition sobre et émouvante, piano-voix soutenue par un trait de guitare. Et toujours ce travail sur la voix. Et putain quelle voix. Si vous restez de marbre, je ne peux pas faire grand-chose pour vous. Ecouter Australia, c’est comme se réfugier dans un cocon musical, une sorte de bulle de sérénité qui vient contrebalancer la violence de la situation australienne et du monde en général. Ecouter Australia, c’est aussi, comme le faisait déjà l’album Dyrhólaey, ressentir à la fois la chaleur de l’isolement solitaire et l’ivresse des grands espaces et de la lumière.

En un mot comme en cent, écouter Australia c’est se sentir enveloppé et apaisé dans tous les recoins de nous tout en regardant le monde et en imaginant qu’on peut encore le rendre meilleur. Et pour joindre le geste aux idées, sachez que la totalité des ventes de ce titre ira à WIRES (Wildlife Rescue), organisation qui œuvre pour la préservation et la sauvegarde de la nature en Australie (www.wires.org.au/donate/emergency-fund). Australia est écoutable et disponible à l’achat sur Bandcamp (https://thomasmereur.bandcamp.com/track/australia) pour la très modique et minimale somme de 1 euro (mais on peut donner plus et autant qu’on veut). Je ne sais pas ce que vous attendez : pour une piécette, une magnifique chanson inédite de Thomas Méreur ET la possibilité de venir en aide à la nature, franchement ça ne se discute même pas.

De l’Islande à l’Australie, Thomas Méreur fait le grand écart géographique mais reste artistiquement fidèle à tout ce qu’on aime chez lui en livrant, une fois encore, un titre fin, beau, humainement et émotionnellement très riche. Pas loin de talonner A cold day in May, ma piste préférée sur son Dyrhólaey. Oui, ce morceau-là qui mériterait de figurer dans la BO de The Leftovers (Five reasons pour écouter cette BO ? Ça se relit par ici). Oui, cette série-là, au-dessus de toutes parmi les séries. On est sur du très haut niveau. Si tu me lis, d’où que tu sois, écoute Australia. Les autres aussi.

PS : Et parce qu’un plaisir ne vient jamais seul, Thomas Méreur a aussi enregistré récemment une reprise d’un très beau Yann Tiersen, Les bras de mer. C’est bonus.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°57:We Forgot Love de Nicolas Godin feat. Kadhja Bonet (2020)

On ne présente plus un des duos phare de la french touch, Air, composé de Jean-BenoîtNicolas Godin Dunckel et Nicolas Godin. Ce projet étant plus ou moins en stand-by – Le Voyage dans la lune date déjà de 2012 – les deux entités d’Air se consacrent pleinement à leurs albums solo. Après un remarqué Contrepoint en 2015 et la BO de la série française d’espionnage décalée Au service de la France en 2018, Nicolas Godin revient avec son deuxième opus Concrete and Glass qui tourne régulièrement chez moi depuis une semaine. Cet album qui brille par la multiplicité de ses featurings (même Alexis Taylor d’Hot Chip vient poser son flow sur Catch Yourself Falling) sonne résolument comme du Air et je navigue sans cesse entre la nostalgie prononcée et l’impression d’un son quelque peu suranné. Je vous ai choisi comme son du jour le titre We Forgot Love qui est illuminé par la voix gracieuse de Kadhja Bonet. L’ambiance est résolument trip-hop, oscillant entre Lamb et Elysian Fields, et le morceau aura probablement le mérite de vous donner envie de découvrir Kadhja Bonnet dont le deuxième opus Childqueen date de 2018 et mérite clairement le détour, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°56: We Can’t Be Found d’Algiers (2020)

Dans les belles sorties de ce tout début d’année, j’avais coché depuis un petit moment leAlgiers troisième opus There Is No Year des Américains originaires d’Atlanta, Algiers. Je suis séduit par ce rock engagé et sombre qui flirte avec les sonorités indus/noisy et  qui doit beaucoup au charisme phénoménal de leur chanteur Franklin James Fisher. En attendant une possible chronique sur leur album, je vous laisse avec ce We Can’t Be Found qui transpire l’urgence… Prenez l’aura au chant d’un Lenny Kravitz, la tension palpable d’un Kele Okereke, le groove de TV on the Radio et ajoutez-y du gros riff et une ambiance sombre parfaitement illustrée par le clip et vous obtenez la première pépite estampillée 2020 avec cet excellent We Can’t Be Found, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°55: The Wild Rover de Lankum (2019)

C’est en Irlande que je vous propose de voyager pour ce premier son de l’année 2020, uneLankum terre que je connais assez peu musicalement parlant… Le groupe Lankum est composé des frères Lynch, Cormac MacDiarmada et Radie Peat et a sorti en octobre son troisième opus The Livelong Day sur le très respectable label Rough Trade Records. Cet album sent bon les paysages sauvages balayés par une pop-folk irlandaise tiraillée entre les valeurs ancestrales et un vent de renouveau. Le morceau du jour The Wild Rover ouvre l’album avec ses 10 minutes hypnotisantes, comme une parenthèse intemporelle au milieu d’un monde qui va toujours plus vite. Ce titre reprend une ballade irlandaise très célèbre qui raconte le retour d’un vagabond qui va dépenser tout son or au pub pour la dernière fois (#surprenantnon?). J’apprécie dans ce titre la lente construction et la douceur des sons de la cornemuse avant une surprenante montée finale toute en tension qui brise subtilement les codes. Le clip représente parfaitement l’univers du morceau avec ces magnifiques paysages et le souffle de la nouveauté perçu à travers les distorsions visuelles. Voilà en tout cas un bien bel océan de douceur pour démarrer cette année 2020 qui, espérons le, sera aussi riche musicalement que 2019, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°54: Rocket Fuel de DJ Shadow feat. De La Soul (2019)

Faut-il croire que je suis obnubilé par les tops de fin d’année? En tout cas, force est de DJ Shadowconstater que peu de nouveaux albums trouvent actuellement grâce à mes oreilles… Heureusement DJ Shadow vient m’apporter du baume au coeur avec la sortie de son sixième opus Our Pathetic Age dont est tirée la pépite du soir. On ne présente plus DJ Shadow qui a brillé à la fin des années 90 et au début des années 2000 par sa capacité à croiser le hip-hop et la musique electro. Ce roi du sample a entre autres produit un coup de maître avec son premier album, le brillantissime Endtroducing… en 1996.

Notre titre du soir Rocket Fuel est avant tout porté par le flow imparable de De La Soul qui donne une énergie folle à un morceau à la ligne mélodique jouissive. Et que dire de ce clip drôlissime qui tourne en dérision la théorie qui consiste à penser que les hommes n’ont jamais marché sur la Lune? Brillant j’vous dis, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°53 : Radiate (Live) (2019) de Jeanne Added

QTB4cQ3H_400x400On me signale dans l’oreillette que Jeanne Added fera son retour dans les bacs dès demain 22 novembre avec une réédition de Radiate (2018). En d’autres termes son deuxième album studio, jadis chroniqué de fort belle façon par le copain Sylphe (et c’est à relire d’un clic ici). Certains pesteront contre cette mode des rééditions d’albums avec des titres inédits, un nouveau packaging ou encore des remixes.

Point de tout ça demain : Radiate (Live) sort en CD (pas de vinyle annoncé à ce jour), augmenté d’une deuxième galette contenant 14 titres live issus de la tournée de Jeanne Added. Des tournées pourrait-on dire : après avoir écumé le pays en formation quatuor rock pendant des mois, notre rémoise préférée est en virée jusque mi-décembre avec « Both sides », une tournée revisitée en mode seule en scène. Une réinterprétation de son répertoire que je n’ai d’ailleurs pas eu la chance d’aller écouter. Jeanne, si tu nous lis, tu peux nous contacter, on t’indiquera quelques salles possibles par chez nous !

Je m’avance pourtant un peu sur le contenu, ne sachant pas exactement de quoi ce disque live sera fait : partie 1 ou partie 2 de la tournée ? Five-Minutes ne fait pas (encore) partie de ceux qui reçoivent les exemplaires promo/presse pour les écouter avant tout le monde. La tracklist laisse tout de même voir un savant mélange de titres des deux albums studios, dont le redoutable et PJHarvien A war is coming. A ce jour, seul Mutate est disponible à l’écoute, mais ce seul titre en version live suffit à m’emballer au-delà du raisonnable. La voix, première arme fatale de Jeanne Added, est très en avant, pénétrante et imparable. Petit plus par rapport à la version studio : la spontanéité live, les légères écorchures au milieu de la clarté qui font se dresser encore un peu plus les poils. Et monter l’émotion.

D’autant que cette pépite live sera disponible, à quelques jours près, un an après avoir vu Jeanne Added sur scène avec la team Five-Minutes. Un souvenir inaltérable. C’était fin novembre 2018 donc, et on avait passé une soirée absolument magique, bouleversante d’émotions et de talent musical. Tout ça avant de croiser Jeanne Added à la sortie de scène. Pour échanger quelques mots, les yeux plein d’étoiles. Pour une photo souvenir très gentiment accordée, avec le sourire s’il vous plait malgré la fatigue du concert, d’une énergie et d’une intensité folles. Pour une dédicace sur le vinyle qui passe et repasse depuis sur ma platine.

C’était fin novembre 2018, presque une autre vie. C’était quelques jours, souviens-toi si tu me lis, après t’avoir fait découvrir Fargo sous la couette qui sent bon. Porté par une espèce d’énergie sereine, je me goinfrais ces heures-là avec une fringale de vie que toi seule avait trouvé le moyen de rassasier. Ce concert de Jeanne Added ne pouvait pas avoir lieu à un meilleur moment pour en ressentir toute la lumière et l’apesanteur. J’ai bu chacune des minutes de Jeanne live comme j’ai dégusté chacun des moments partagés ensemble. Une sorte de moment d’existence ou tout est simple, serein, évident et naturel.

Puis… « Tu n’étais plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis » (piqué à Victor Hugo). La vie joue parfois quelques tours, et ne se ressemble pas toujours d’une année à l’autre. Il faut faire avec. Et, si possible, avec du son qui accompagne tout ça. C’est bien pour cette raison que la réédition Radiate (Live) sera Day One dans ma platine demain, histoire de replonger en musique dans cette douce énergie rock que je ne retrouve nulle part. Un dernier argument ? Radiate, en français, ça donne « Rayonner ».

Raf Against The Machine