Pépite du moment n°14: Knights of Malta de The Smashing Pumpkins (2018)

On ne présente plus la troupe de Billy Corgan qui s’est imposée comme un des groupesSmashing Pumpkins de rock majeurs des années 90. Pour moi, ils ont créé un des albums marquants de l’histoire du rock avec le sublime Mellon Collie and the Infinite Sadness en 1995 qui revient régulièrement sur ma platine. Le groupe a connu le quotidien des grands groupes de rock, drogue, départ de membres, split en 2000. Après un retour assez judicieux en 2007 avec l’album Zeitgeist (souvenirs d’une autre vie et d’un live particulièrement réussi à la Route du Rock…), The Smashing Pumpkins se reforme en 2018 dans sa version initiale, excepté la bassiste D’arcy Wretzsky, pour ce onzième opus, Shiny and oh so Bright, Vol.1/ LP: No Past. No Future. No Sun. (What the fuck ce titre!). 8 titres particulièrement aboutis où je me délecte de retrouver la voix nasillarde de Billy Corgan (qui au passage ressemble de plus en plus physiquement à Lord Varys) et toute l’énergie brute du groupe. Je vous ferai grâce de la nostalgie évidente qui m’anime à réécouter The Smashing Pumpkins

J’ai choisi en particulier le morceau d’ouverture Knights of Malta avec sa douce mélodie qui tisse subtilement sa toile dans nos cerveaux. Quelques riffs de guitare bien sentis et la voix de Corgan, le tour est joué! Je rassure les fans de la première heure inquiets par ce morceau relativement calme, le reste de l’album (le titre Solara en tête) envoie du bois et mérite d’être écouté.

Allez j’ai craqué et la nostalgie a pris le dessus… Je vous laisse avec 1979 tiré de Mellon Collie and the Infinitive Sadness.

Sylphe

Pépite du moment n°13: Mandalay de Amyl and The Sniffers (2018)

« On met tous les potards à fond et on joue très fort ». J’imagine ce qu’a pu dire Amy Taylor à son ingénieur du son pour enregistrer les morceaux d’Amyl and the Sniffers. Ça sonne lourd et fort ce machin et cette énergie brute, on ne l’avait pas entendu depuis pas mal de temps. Oui, c’est un peu une parole de vieux con mais je ne vous dis pas la fatigue chronique que me procurent les productions musicales hexagonales actuelles qui sonnent toutes pareilles et molasses – et j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi on n’entend pas un peu plus de musique défouloir et politiquement incorrecte ! Dans le contexte actuel, ça ferait du bien à tout le monde…

Donc ces 4 australiens se sont rencontrés dans leur co-location de Melbourne en 2016, on imagine qu’ils avaient pas mal d’énergie à dépenser et qu’ils n’avaient pas l’intention de perdre trop de temps dans la vie. Alors commençons par revenir à l’essentiel : des morceaux de 2 minutes maximum, pas d’histoire, pas de chichi, du riff, du dur, du violent, du crasseux et de l’exaltation de la jeunesse. Et puis il y a dans ce groupe le feu de la chanteuse Amy Taylor, boule d’énergie blonde, flot de paroles, qui semble tenir ses musiciens en laisse, les dominer par sa performance et son charisme naturel. Les Sniffers sont les dignes héritiers des Riot grrrl mouvement féministe et rock dont les Bikini Kill sont l’emblème. Ils jouent visiblement comme ils avalent la vie, avec bruit et fureur ; des récits simples, directs, une bombe d’énergie dont on attend impatiemment le premier album.

Parce qu’en fait ils n’ont pas encore véritablement de premier album, Big Attraction / Giddy Up dont est tiré Mandalay est la version combinée de deux EP d’Amyl and The Sniffers. L’histoire raconte que le premier a été écrit, enregistré et diffusé sur Bandcamp en douze heures seulement ! C’est une œuvre de jeunesse un peu fougueuse, un peu brouillonne mais terriblement électrisante. Depuis, ils ont sorti un 2 titres en septembre dernier, très bien produit, qui préfigure sûrement le futur véritable premier album du groupe. L’année 2019 sera celle d’Amyl and the Sniffers. Je lance les paris.

Rage

Pépite du moment n°12 : Indigo Night (2018) de Tamino

La vie est faite de rencontres, parfois anecdotiques, parfois renversantes. C’est dans cette seconde catégorie que je classe illico et sans réserve la pépite du jour, Indigo night par Tamino.

Du haut de ses 22 ans, cet auteur compositeur interprète belge d’origine égyptienne semble avoir déjà avalé une putain de collection de disques, mais aussi les avoir absorbés, digérés et synthétisés, pour s’en faire un son rien qu’à lui. Sa musique est faite de Leonard Cohen et de Radiohead, qui auraient lentement infusé dans le génie de Jeff Buckley. Oui, rien que ça. Leonard Cohen, pour la voix mélancolique et ténébreuse posée sur quelques notes, façon Suzanne (1968). Radiohead, pour la voix qui sait aussi partir ailleurs, dans quelque ligne mélodique et mélancolique que ne renierait pas Thom Yorke. Jeff Buckley, pour la surprise de nous asséner, dès un premier album, du génie à l’état pur comme avait pu l’être le choc Grace (1994). Tout ça porté par une trame musicale minimaliste et pourtant d’une richesse déconcertante, qui oscille entre ambiances feutrées et sonorités orientales.

Là où il se pose, le son de Tamino est tout autant ténébreux que lumineux, crépusculaire que solaire. Ça sent à la fois la sensualité, la fin de toute chose, la solitude moderne, le coin du feu à deux, la noirceur de ce monde mais aussi sa potentielle lumière. L’envie de dire merde à cette putain de vie tout en se la goinfrant par tous les bouts. Bien en peine de dire si c’est du rock, de la pop, de la chanson. A moins que ça ne soit tout ça à la fois, pour n’être finalement que du Tamino. C’est retournant, c’est bouleversant, c’est à se faire dresser les poils à chaque instant, c’est à en pleurer à chaque détour de piste et dans chaque recoin de l’album. Oui, car le garçon a pondu un album complet de douze pépites imparables. Il n’y a rien à jeter dans ces 52 minutes de bon son, sur lesquelles nous reviendrons sans doute.

Pour le moment, en guise d’échantillon(s), laissez donc couler en vous ce Indigo night, qui résume à merveille tout ce que l’on vient d’évoquer. Si une drôle de sensation vous attrape le fond du bide, pour remonter le long de votre peau tout le long du corps jusqu’au cerveau dans une explosion de lumière cérébrale accompagnée d’une vieille envie de chialer… lâchez-vous et laissez tout sortir. Vous ne serez pas les premiers.

Et s’il fallait vous convaincre encore un peu plus, sur Five Minutes on vous propose un deuxième échantillon avec Cigar, autre titre de Tamino, dans une version voix-guitare à laquelle il n’est pas nécessaire d’ajouter le moindre mot.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°11: The One de Jorja Smith (2018)

En juin dernier, vous êtes peut-être agréablement tombés sur une voix chaude à la Amy Winehouse ou Adèle qui s’épanouissait au sein d’un R&B old-school vous rappelant vos émois de lycéens quand vous écoutiez Lauryn Hill. Vous ne le saviez pas mais vous deviez écouter un morceau du premier opus de Jorja Smith,une anglaise de 21 ans originaire de Walsall, intitulé Lost & Found. Cet album particulièrement abouti qui compte de fervents admirateurs comme Drake possède de nombreuses pépites dont le titre du jour The One.

J’ai choisi ce titre car son clip particulièrement soigné vient tout juste de sortir mais aussi parce que je retrouve dans ce morceau tout ce qui me séduit chez Jorja Smith: la voix chaude et sensuelle, la mélancolie de l’univers avec les violons et cette rythmique trip-hop, le sens de la mélodie avec le refrain qui ne dénature pas le morceau. Voilà de quoi réchauffer les coeurs…

 

Sylphe

Pépite du moment n°10: Minus de Daniel Blumberg (2018)

Comme beaucoup, je suis relativement déçu par l’évolution du traitement de la musique des Inrocks mais leurs compilations restent pour moi des mines d’or. Au printemps dernier, une de ces précieuses compilations m’a permis de faire connaissance avec Daniel Blumberg. Ex-membre du groupe d’indie-rock Yuck, ce dernier a commencé une carrière solo sous son nom en 2015 et a sorti début mai son premier opus intitulé Minus.

C’est justement le single et titre éponyme Minus que je souhaite vous faire découvrir aujourd’hui, histoire d’apporter un peu de douceur en cette journée mouvementée… Ce morceau brille littéralement par l’émotion à fleur de peau du chanteur qui nous distille pudiquement une mélancolie obsédante. L’ambiance downtempo se marie parfaitement à cette mélancolie paralysante, le piano et surtout ce violon me touchent en plein coeur par leur grâce désarmante. Le dénuement de ce titre m’obsède depuis quelques mois et je partage en toute modestie cette obsession qui, je l’espère, deviendra la vôtre…

Sylphe

Pépite du moment n°9: For All People With Broken Hearts de Long Arm(2018)

Nous ne sommes plus à l’époque du rideau de fer et mettons toujours en avant la mondialisation de la musique, cependant ce serait vous mentir que prétendre connaître beaucoup de groupes ou artistes russes… Je vois bien Motorama et…. désormais je pourrai briller en société en citant d’un air entendu Long Arm. Derrière Long Arm se cache Georgy Kotunov qui a sorti le 2 novembre dernier un album juste somptueux, intitulé Darkly sur le label Project Mooncircle. Cet album dont je pourrais très bien vous parler plus en détails ultérieurement fait partie de ces objets rares touchés par la grâce, rencontre irréelle entre le piano et une électronica subtile et volontiers aventureuse. Un album au pouvoir cinématographique incontestable qui ne laisse pas indifférent et dont le plaisir ne cesse de croître au fil des écoutes…

Pour démarrer cette nouvelle semaine en votre compagnie sur Five-Minutes, j’ai donc dû prendre sur moi pour ne pas garder égoïstement pour moi le single For All People With Broken Hearts qui devrait logiquement vous donner envie d’écouter Darkly. Après un début bruitiste, une petite mélodie à base de « sonnettes » vient contraster avec l’âpreté de l’atmosphère. Les violons viennent accentuer ce contraste et permettent au titre de gagner en douceur. Toute la deuxième partie du morceau défie les lois de l’attractivité et nous enveloppe de son électronica soyeuse et mélancolique qui me rappelle un album oublié de 2005 qui m’a profondément marqué, Monstrueuse normalité de Fumuj. Quand musique rime avec orfèvrerie… L’esthétique du clip en noir et blanc est, de plus, un superbe écrin pour ce joyau que je vous invite à savourer comme un grand cru.

Sylphe

Pépite du moment n°8: Fever de Balthazar (2018)

Le plat pays n’est pas avare en groupes de rock de très grande qualité, on pense très souvent aux ouvreurs de piste dEUS ou encore aux brillants Ghinzu dont certains titres (Do You Read Me, Cold Love et son clip incandescent, Take it easy ou encore l’anxyogène This war is silent) me font perdre tout contact avec la réalité. Balthazar trace de son côté son sillon depuis le premier opus Applause en 2010 et ne demande qu’à exploser comme ses compatriotes. Le quatrième album intitulé Fever sortira le 25 janvier 2019 et le titre éponyme vient de sortir. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce titre a pleinement sa place dans les pépites du moment.

Illustré par un clip soigné mettant en scène un road-trip des deux têtes pensantes du groupe Maarten Devoldere et Jinte Deprez au milieu d’un paysage sauvage, le morceau dégage un puissant sentiment de coolitude qui s’exprime à travers cette ligne de basse chaude et lancinante qui imprime brillamment le rythme du titre. Ajoutons la voix caverneuse, un refrain entêtant avec ses choeurs, des violons aussi discrets que séduisants et vous obtenez 6 minutes de très haut vol qui m’obsèdent depuis sa première écoute il y a deux jours.

Toutes mes plus plates excuses, addiction en vue, et ceci n’est pas une blague…

Sylphe