Pépite du moment n°36 : Minidiscs [Hacked] (2019) de Radiohead

a2980258520_16La pépite du jour/du moment l’est à double titre : elle est disponible depuis quelques heures et ne le sera plus dans quelques jours. Tout autant qu’elle pourrait être une pépite intemporelle. Non, votre humble serviteur n’a pris aucune substance particulière, et oui j’écris à jeûn, en pleine maîtrise de mes propos. Retour quelques heures en arrière pour comprendre l’affaire.

Hier, mardi 11 juin, nous apprenons, et la planète entière avec nous, que Radiohead s’est fait hacker une pile de minidiscs contenant des sessions de la période 1995-1998. Soit, pour resituer les choses, à cheval deux ans avant et un an après la sortie de OK Computer (1997) qui reste à mes yeux un sommet du groupe. Peut-être le sommet, en tout cas un album que je n’hésite pas à classer dans la poignée d’albums parfaits. Le genre où il n’y a aucune note à retirer, aucune à ajouter, pas un mot à changer, pas un arrangement de travers. Une pépite intemporelle.

La bande à Thom Yorke s’est donc fait piquer un lot de minidiscs contenant des sessions de la période OK Computer. Pas un minidisc (sinon ça ne fait pas un lot), pas deux, pas cinq. Non. Dix-huit minidiscs, pour une durée totale de près de 18h. Petite parenthèse rétro-technologique : le minidisc, pour ceux qui l’ignorent, est une invention de Sony, qui permettait d’enregistrer 80 minutes de sons sur un support de la taille d’une disquette mais en qualité CD. Une aubaine pour tous les musicos de la Terre, car l’objet était transportable et de haute qualité.

Bref, Radiohead s’est fait piquer 18 minidiscs, pour lesquels une rançon de 150 000 $ est réclamée au groupe. Réaction des intéressés : ni une ni deux, loin de se plier à la rançon, ils ont décidé de tout balancer sur la plateforme Bandcamp, afin que tout amateur doté d’une connexion internet correcte puisse profiter de ces sessions. A l’origine, rien de ce matériel sonore n’était destiné à être rendu public, mais le groupe a fait le choix de couper l’herbe sous le pied des hackers.

Depuis hier 11 juin donc, et pour une durée de 18 jours (soit jusqu’au 29 juin), les 18 minidiscs sont librement à l’écoute sur Bandcamp sous le sobre titre Minidiscs [Hacked]. Mais ce n’est pas tout : moyennant 18 £, il est possible d’acheter, et donc de conserver à vie (notamment en les téléchargeant) ces 18 heures de sessions OK Computer. D’aucuns parleront d’un gros coup de pub, ou d’une démarche bassement commerciale. A cela, je répondrais plusieurs choses.

Primo, ce serait bien mal connaître le groupe, qui s’est par exemple déjà illustré en octobre 2007 en mettant en ligne (presque) gratuitement son album du moment In Rainbows. On pouvait alors le récupérer sans frais, tout en versant la somme à laquelle on estimait la valeur de l’opus. Deuzio, il s’agit là de sessions autour de OK Computer, album qui n’a plus rien à prouver, et qui n’a pas besoin d’un énième coup de promo pour être le bijou q’iil est déjà. Tertio, l’intégralité des fonds récoltés sera reversée à Extinction Rebellion, un « mouvement de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni ». Bénéfice financier pour Radiohead = pas un rond.

La question fondamentale reste toutefois la suivante : que valent réellement ces 18 heures de sessions ? J’avoue humblement ne pas m’être englouti les 18 minidiscs en totalité depuis hier soir, mais je suis tout de même allé y piocher des passages au hasard, pour pouvoir signaler rapidement cette news et en dire quelques mots. N’y allons pas par quatre chemins : ce matériel sonore s’adresse avant tout aux gros fans de Radiohead, lesquels y trouveront en revanche plus que leur compte. Les minidiscs sont bourrés de versions alternatives, maquettes de travail, démos déjà bien abouties, expérimentations, et aussi des moments live.

Les oreilles connaisseuses y trouveront de bien belles choses, tout en ayant sous la main de quoi mesurer les méthodes de travail et l’incroyable richesse créative du groupe. Au-delà, les oreilles clientes de bon son n’auront qu’à se laisser porter par la magie Radiohead qui opère, même sur des sessions et documents sonores non aboutis et destinés à rester dans des tiroirs. Et puis merde, 18 heures pour replonger dans l’époque OK Computer, ça ne se refuse pas. Surtout pour quelques euros destinés à des gens qui cherchent à sauver la planète.

En un mot comme en cent : foncez sur ces Minidiscs [Hacked] et goinfrez vous de tout ce bon son. Il vous reste 17 jours, et plus si affinités.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°35: Home to You de Cate Le Bon (2019)

Voilà deux semaines que ce titre m’obsède avec sa ritournelle candide et je vous invite à Cate Le Bonfaire la connaissance de Cate Le Bon. Je dois reconnaître que cette galloise m’était absolument inconnue avant la parution de son quatrième opus Reward… En même temps lorsque l’on a accompagné en tournée St Vincent, John Grant ou Perfume Genius et que l’on vient de signer sur le label Mexican Summer (Ariel Pink ou Connan Mockasin ) ça dresse un personnage…

Pour en revenir au sujet du jour, ce Home to You est juste superbe avec sa ritournelle imparable et la beauté de la voix de Cate Le Bon. Voilà un titre d’une douceur incommensurable qui m’évoque les grands moments d’émotion de Bat for Lashes ou de Joan as Police Woman. Et que dire de ce clip d’une grande humanité qui sublime par les images le titre? On suit des roms qui vivent à part dans le quartier Lunik IX de Košice en Slovaquie, loin de vouloir mettre le doigt sur la misère sous-jacente ce clip montre toute la cohésion de cette communauté et le bonheur qu’ils ont à vivre ensemble. Une bien belle leçon d’humanité à savourer… Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°34: Sleeper de Trentemøller (2019)

On ne présente plus le compositeur danois de musique électronique Trentemøller (#prétéritionenapproche) qui s’est imposé depuis une grosse dizaine d’années comme un des orfèvres d’une électro à l’éventail très large, allant de l’ambient aérien de Boards of Canada au bruitisme d’Amon Tobin. Au milieu de la discographie gargantuesque du dj danois, je retiens trois albums véritablement fondateurs de ma culture électronique avec le bijou inquiétant qui s’apparente à une promenade nocturne en forêt The Last Resort (2006), mon préféré Into The Great Wide Yonder (2010) qui regorge de diamants sonores ( Sycamore Feeling, Past The Beginning Of The End, ...Even Though You’re With Another Girl, Häxan) et le cinétique Lost dont les titres The Dream et Gravity ont le potentiel à illuminer vos jours les plus sombres par leur grâce.

Il ne sera pas difficile de comprendre ma tendance à être à l’affût de toute nouvelle concernant Anders Trentemøller et, il y a tout juste trois jours, le single Sleeper vient de sortir, annonçant un futur successeur au Fixion de 2016. Le clip en slow-motion dans un noir et blanc tellement esthétique résume à lui seul le titre, un morceau très cinétique qui se déploie aussi majestueusement que ce pigeon avec une palette de sons assez habituelle. Une énième preuve de la richesse incommensurable de la musique électronique, enjoy!

Pour mémoire Trentemøller c’est aussi ce genre de bijou…

Sylphe

Pépite du moment n°33: Mayans de Zimmer (2019)

Dans la famille Zimmer, nous connaissons tous Hans, sûrement l’un des plus grands compositeurs de musiques de film de ces dernières décennies… Je pense avoir usé jusqu’à la corde la sublime BO de Gladiator mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, regardez sa page Wikipédia et vous hallucinerez sur la quantité monstrueuse de films qui ont eu la chance de profiter de ses talents… Le Zimmer qui m’intéresse aujourd’hui doit maudire les personnes dont je fais partie (#meaculpaquimangepasdepain) qui lui parlent de son compagnon de patronyme et je vais donc rapidement me faire excuser en vous faisant découvrir cet artiste signé sur le label Roche Musique. Adepte d’une house aérienne, je n’ai été aucunement surpris en voyant qu’il avait composé de nombreux remixes de … Après un EP Ceremony en 2016, son premier album sortira en septembre prochain. Le premier single Wildflowers, en featuring avec Jarrah McCleray du groupe Panama est déjà judicieusement parti en éclaireur mais aujourd’hui c’est le deuxième extrait Mayans  qui a su charmer mes oreilles… Un beat de fond addictif, une longue montée, des sonorités envoûtantes, la recette de ce morceau est d’une limpidité désarmante avec une atmosphère se faisant de plus en plus oppressante, atmosphère parfaitement illustrée par le clip de Claire Pallissier du studio H5. Voilà en tout cas le morceau de house que j’ai envie de me repasser en boucle ce samedi soir, enjoy!

En live ça donne ça!

Sylphe

Pépite du moment n°32: Barricades d’Editors (2019)

Après le détour par Fuck Buttons,  je vous avais promis de parler du dernier album Editorsd’Editors The Blanck Mass Sessions et je le fais car on est comme ça chez Five-Minutes on tient ses promesses (#maisbiensur…). Cet album, sorti à la base pour le Record Store Day 2019, est une édition alternative du sixième album Violence sorti en mars 2018 passé à la moulinette électronique de Blanck Mass, alias Benjamin John Power (une des deux têtes pensantes de Fuck Buttons, voir ici ). Je voue clairement un culte aux anglais d’Editors dont le rock viscéral d’albums comme The Back Room en 2005 et An End Has a Start en 2007 me subjugue et je dois reconnaître que la voix de Tom Smith est une des voix  qui me touchent le plus (#instantmidinette). Plus sérieusement, dans mon imaginaire musical, j’ai toujours eu tendance à placer Editors juste aux pieds de The National, ce qui devrait permettre aux connaisseurs de juger mon intérêt pour ce groupe…

Loin de moi la volonté de chroniquer The Blanck Mass Sessions ou de me lancer dans une périlleuse comparaison avec Violence, je suis guidé par la volonté de vous laisser savourer le morceau d’ouverture (et le clip sublime l’accompagnant) Barricades qui est un titre inédit. On retrouve la voix puissante de Tom Smith, une ambiance sombre et rock accentuée par les sonorités électroniques et les drums frappant tels des métronomes au service de montées imparables. Ce morceau d’une grande intensité mérite de trôner fièrement à côté des bijoux de la discographie des anglais que sont An End Has a Start, The Racing Rats, Munich, Blood, Fall et Bullets… Enjoy!

Allez hop pour la nostalgie! (#rockalaBlocParty)

Sylphe

Pépite du moment n°31: Hold You Now (feat. Danielle Haim) de Vampire Weekend (2019)

Je me souviens d’avoir beaucoup écouté le premier album d’Ezra Koenig and co, intitulé Vampire WeekendVampire Weekend en toute simplicité en 2008. Une pop lumineuse qui affirmait sa volonté de s’inspirer de la musique populaire africaine pour un résultat aussi frais que percutant, j’en prends pour preuve le single extatique A-Punk et sa rythmique survitaminée où les drums sont martyrisés avec un plaisir d’une grande spontanéité. Un premier album de jeunesse qui en avait toutes les qualités évidentes. Contra a ensuite prolongé le plaisir en 2010 dans une veine un peu plus rock et puis nos routes ne se sont plus croisées, Modern Vampires of the City (2011) m’étant parfaitement inconnu. Father of the Bride vient donc de sortir la semaine dernière huit longues années après le dernier opus, je l’ai écouté et me suis trouvé assez destabilisé… L’impression que j’avais pris un sacré coup de vieux car je recherchais dans cet album l’insouciance juvénile de Vampire Weekend mais le son des américains a bien évolué. Incontestablement je me replongerai dans cet opus mais là n’est pas la question du jour car aujourd’hui je veux partager avec vous le très beau morceau d’ouverture Hold You Now.

Ce titre d’une grande douceur mêle avec subtilité les voix d’Ezra Koenig et de Danielle Haim (du groupe Haim, oui on est d’accord ce n’est pas très original mais ce groupe est une histoire de famille…) pour un résultat d’une grande beauté, sublimé par le sample de God yu tekkem laef blong mi par le compositeur de génie Hans Zimmer qui devrait vous rappeler les magnifiques scènes finales de La Ligne rouge de Terrence Malik. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°30: Heard Somebody Whistle de Jay-Jay Johanson (2019)

Jay-Jay Johanson trace son chemin depuis Whiskey en 1997 et construit une oeuvre Jay-Jay Johansonmonumentale avec pas moins de douze opus, sans compter les EP. Auteur très prolixe, le suédois me séduit depuis ses débuts par la grâce du spleen qu’il nous retranscrit dans une sobriété instrumentale entre jazz et trip hop. Avec la sortie de Kings Cross vendredi dernier, Jay-Jay Johanson poursuit sa sublime introspection et j’ai choisi de vous parler du single Heard Somebody Whistle qui séduit par son originalité. Ce titre qui fait partie de la BO du film Eld & Lågor surprend en effet par ses sonorités plus pop et cette ritournelle sifflotée entêtante qui se marie avec merveille à une ambiance jazzy qui m’évoque les bons albums de Saint Germain. Voilà de quoi démarrer avec grâce ce dimanche avant d’aller assister à la messe dominicale. Enjoy!

Sylphe