Pépite du moment n°31: Hold You Now (feat. Danielle Haim) de Vampire Weekend (2019)

Je me souviens d’avoir beaucoup écouté le premier album d’Ezra Koenig and co, intitulé Vampire WeekendVampire Weekend en toute simplicité en 2008. Une pop lumineuse qui affirmait sa volonté de s’inspirer de la musique populaire africaine pour un résultat aussi frais que percutant, j’en prends pour preuve le single extatique A-Punk et sa rythmique survitaminée où les drums sont martyrisés avec un plaisir d’une grande spontanéité. Un premier album de jeunesse qui en avait toutes les qualités évidentes. Contra a ensuite prolongé le plaisir en 2010 dans une veine un peu plus rock et puis nos routes ne se sont plus croisées, Modern Vampires of the City (2011) m’étant parfaitement inconnu. Father of the Bride vient donc de sortir la semaine dernière huit longues années après le dernier opus, je l’ai écouté et me suis trouvé assez destabilisé… L’impression que j’avais pris un sacré coup de vieux car je recherchais dans cet album l’insouciance juvénile de Vampire Weekend mais le son des américains a bien évolué. Incontestablement je me replongerai dans cet opus mais là n’est pas la question du jour car aujourd’hui je veux partager avec vous le très beau morceau d’ouverture Hold You Now.

Ce titre d’une grande douceur mêle avec subtilité les voix d’Ezra Koenig et de Danielle Haim (du groupe Haim, oui on est d’accord ce n’est pas très original mais ce groupe est une histoire de famille…) pour un résultat d’une grande beauté, sublimé par le sample de God yu tekkem laef blong mi par le compositeur de génie Hans Zimmer qui devrait vous rappeler les magnifiques scènes finales de La Ligne rouge de Terrence Malik. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°30: Heard Somebody Whistle de Jay-Jay Johanson (2019)

Jay-Jay Johanson trace son chemin depuis Whiskey en 1997 et construit une oeuvre Jay-Jay Johansonmonumentale avec pas moins de douze opus, sans compter les EP. Auteur très prolixe, le suédois me séduit depuis ses débuts par la grâce du spleen qu’il nous retranscrit dans une sobriété instrumentale entre jazz et trip hop. Avec la sortie de Kings Cross vendredi dernier, Jay-Jay Johanson poursuit sa sublime introspection et j’ai choisi de vous parler du single Heard Somebody Whistle qui séduit par son originalité. Ce titre qui fait partie de la BO du film Eld & Lågor surprend en effet par ses sonorités plus pop et cette ritournelle sifflotée entêtante qui se marie avec merveille à une ambiance jazzy qui m’évoque les bons albums de Saint Germain. Voilà de quoi démarrer avec grâce ce dimanche avant d’aller assister à la messe dominicale. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°29: Curls de Bibio (2019)

Stephen James Wilkinson, alias Bibio, trône fièrement depuis 10 ans et son BibioAmbivalence Avenue au sein du cultissime label électronique Warp (Aphex Twin, Boards of Canada, Autechre…). Sa musique est un subtil mélange d’électronica et de folk qui séduit par son intelligence et sa précision. Ces dernières années, j’avais perdu de vue (perdu d’ouïe?) Bibio par manque de temps car les albums de l’anglais demandent à être patiemment appréhendés pour en savourer leur richesse. Le septième album chez Warp Ribbons marquera nos retrouvailles et je vous propose aujourd’hui de savourer le titre Curls qui s’apparente à un véritable hâvre de paix pour moi depuis que je l’ai entendu. Clairement c’est la carte folk qui est humblement jouée sur ce morceau avec une ritournelle d’une grande candeur sur laquelle la voix de Bibio se pose en simplicité. Je pense aux premiers morceaux de Grizzly Bear, leurs comparses de label. Voilà en tout cas le morceau rêvé pour accompagner vos premières rêveries bucoliques printanières. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°28 : Echoes de Pink Floyd (1971) par Rodrigo Y Gabriela (2019)

Voilà une pépite pour le moins inattendue : qu’elle soit intemporelle on n’en doutait pas, qu’elle soit du moment est plus surprenant. Je m’explique : en 1971, Pink Floyd publie son album Meddle. Ce 6e album contient de bien belles choses mais surtout une pièce maîtresse qui va occuper une face complète du vinyl ainsi que nos oreilles durant des décennies. Echoes est une longue et fascinante plongée dans la quintessence de Pink Floyd, et dont on a déjà parlé voici quelques mois (ici-bas ici même un lien vers l’article).

C’est avec un étonnement mêlé d’une curiosité sans nom que j’ai appris l’immense défi que Rodrigo Y Gabriela se sont mis dans les doigts : reprendre Echoes équipés de leurs seuls instruments habituels, à savoir des guitares acoustiques et rien d’autre, pas même des voix. Comment restituer l’ambiance des claviers de Rick Wright, la ligne de basse de Roger Waters, la voix planante et les sons de guitares de David Gilmour ? Comment nous entraîner dans cette folle virée sans dénaturer ni le morceau ni les émotions originelles ? Comment réinventer un chef-d’œuvre pareil ? Le scepticisme me gagnant (Echoes étant un de mes titres préférés de tous les temps), j’ai filé écouter cette reprise.

C’est réussi, et plutôt deux fois qu’une. Rodrigo Y Gabriela relèvent haut la main ce challenge ultra casse-gueule en prenant un parti audacieux mais intelligent. Leur interprétation reste fidèle à l’original en conservant globalement la structure des chapitres. Leur intelligence, c’est de ne pas chercher à reproduire les sons de Pink Floyd, mais d’utiliser la charpente ainsi conservée pour y déposer leurs propres sonorités et émotions, fabriquées à partir de leurs seules guitares. Et ça fonctionne diablement bien, puisque le duo nous balade pendant presque 19 minutes dans une suite ininterrompue d’environnements sonores qui mêlent astucieusement certaines lignes mélodiques inventées par Pink Floyd et leur propres sons.

Rodrigo y Gabriela avaient déjà expérimenté la reprise de classiques du rock avec par exemple Stairway to heaven sur leur premier album en 2006, avec succès il faut bien le dire. La tâche est ici d’une tout autre ampleur : de par la durée du morceau, de par les environnements sonores d’origine, de par l’aura de ce Echoes. A la fois reprise, réinterprétation et hommage, Echoes version Rodrigo y Gabriela fait un bien fou aux oreilles. Avec une subtile pirouette de fin de reprise : ce que l’on entend pendant les 30 dernières secondes, c’est bien le sonar originel de l’ouverture d’Echoes version Pink Floyd. Comme une façon de boucler la boucle, de rendre à Pink Floyd ce qui lui appartient tout en nous invitant à réécouter l’original. Une sorte de classe totale de la part de Rodrigo Y Gabriela, mêlée d’une humilité sans mesure. Chapeau bas et respect total.

Petit clin d’œil supplémentaire : le morceau est placé en face B de la prochaine galette du duo intitulée Mettavolution, à sortir le 26 avril prochain, occupant ainsi l’exacte même place que sur Meddle en 1971. Cette brillante et flamboyante revisite tease de la meilleure des façons l’album à venir, que je trépigne d’impatience de découvrir (et les mots sont faibles). D’ici là, il aura été possible au public français d’aller écouter Rodrigo y Gabriela à l’Olympia (Paris) le 25 avril (pour qui a déjà son billet car c’est complet), ou encore le 27 avril au festival Musilac de Chamonix (et là, à cette heure, il reste des places). A moins que vous ne choisissiez une date à l’étranger (la liste est longue comme le bras), ou la 3e date possible sur le sol français : mercredi 17 avril au Printemps de Bourges, pour une soirée au W qui réunira, en plus de nos deux chouchous du jour, Gaëtan Roussel, Beirut et Thiéfaine. Il reste des places là aussi, et autant dire qu’un quarté pareil c’est inratable : si vous avez la possibilité, foncez !

Raf Against The Machine

Review n°27: Lux Prima de Karen O et Danger Mouse (2019)

Après avoir pleinement savouré le single Turn The Light (voir ici ), il est plus que temps

Karen O - Danger Mouse
de parler de ce Lux Prima, rencontre magique entre deux orfèvres que sont l’excentrique Karen O et le producteur aux mains dorées Danger Mouse. A vrai dire, je me trouvais dans la situation optimale d’écoute car je n’avais pas véritablement d’attente à l’écoute de cet opus, m’appuyant davantage sur les souvenirs de la pépite It’s Blitz ( 10 ans déjà…) que sur le plus mitigé Mosquito. Karen O donnait l’impression de s’essouffler avec Yeah Yeah Yeahs et Danger Mouse a tout simplement réussi à sublimer cette artiste pour créer un album majeur de 2019. Suivez-moi lors de ce périple nocturne envoûtant…

Le morceau d’ouverture Lux Prima et ses 9 minutes qui contiennent plus de bonnes idées que certains albums va d’emblée poser les choses: le duo se montre ambitieux… On part sur 3 minutes de synthés spatiaux qui nous enveloppent et diffusent une douceur nostalgique qui m’évoque de manière évidente la BO de Virgin Suicid par Air avant que les choeurs et la voix de Karen O, soutenus par des violons judicieux qui seront très présents sur l’album, viennent nous offrir une saveur plus pop suintant par tous les pores le trip-hop sensuel de Massive Attack ou Morcheeba. Troisième mouvement du morceau avec la voix se retirant et laissant de nouveau les synthés du début reprendre le pouvoir, le morceau surprend et envoûte, suscitant de vraies interrogations… Ministry va vite nous aider à trouver des réponses avec sa guitare tout en douceur et son intro digne du chef d’oeuvre de Morcheeba Big Calm, Karen O paraît plus apaisée et maîtrise avec subtilité sa voix pour nous offrir une plage de douceur sublime. Ce morceau contraste brillamment avec le single Turn The Light dont la basse sensuelle imprime un groove addictif se mariant parfaitement à la voix plus « nasillarde » (#riendenegatifhein) de Karen O.

Le trio d’ouverture m’a déjà clairement désarmé et ce n’est pas la suite qui m’aidera à reprendre contact avec la réalité. La batterie martiale, les choeurs inquiétants et le chant sauvage de Karen O sur Woman d’un côté et le space-rock affûté de Redeemer de l’autre me replongent dans cette urgence sensuelle qui me plaît tant chez Yeah Yeah Yeahs… Un Drown tout en retenue et reverb dont l’ambiance fait écho à celle de Ministry avec un soin de l’orchestration évident (humm le travail de Danger Mouse…), un Leopard’s Tongue plus pop dans l’approche avec son refrain addictif, un Reveries tout en dépouillement, les morceaux s’enchaînent et empilent avec une rigueur de métronome les bonnes idées jusqu’à ce Nox Lumina qui referme brillamment la boucle entamée par Lux Prima. On finit sur un morceau binaire avec un chant mélancolique qui laisse peu à peu les synthés oniriques reprendre le dessus.

Le retour à la réalité est difficile mais c’est incontestablement un moment fort de la discographie de Karen O et Danger Mouse que viennent de nous offrir ces deux orfèvres. L’album en tout cas prend note pour les tops de fin d’année en toute simplicité.

Le live brillant de Woman au Late Show mis en scène par Spike Jonze himself…

Sylphe

Pépite du moment n°26: Into The Fire de These New Puritans (2019)

Les frères Jack et George Barnett sont désormais seuls à mener le groupe These NewThese New Puritans Puritans et viennent de sortir leur quatrième opus Inside The Rose. Un album qu’en toute franchise je n’ai pas encore pris le temps d’écouter entièrement mais dont j’ai pu savourer quelques fulgurances déjà sorties comme le titre du jour Into The Fire dont la recette fonctionne à merveille et devrait vous permettre d’aborder cette semaine avec une bonne dose d’énergie.

Prenez l’énergie rock de The Foals ou Breton, la qualité du chant de David Tibet (Current 93) et ajoutez une batterie addictive qui rappelle les plus belles heures du math-rock à la Battles et vous obtenez une belle pépite à fort pouvoir mélodique. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°25: Turn The Light de Karen O et Danger Mouse (2019)

D’un côté Karen O, chanteuse orgasmique du groupe Yeah Yeah Yeahs, groupe certes un Karen O - Danger Mousepeu au ralenti après son dernier album  mitigé Mosquito mais qui a créé le chef d’oeuvre It’s Blitz en 2009 (#pochetted’anthologie) qui justifierait à lui seul n’importe quelle discographie… De l’autre le producteur talentueux Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, Beck, The Black Keys…) qui sait parfaitement mettre en valeur les artistes…

Le résultat, l’album Lux Prima, est sorti hier et devrait tourner en boucle cette semaine tant la première écoute m’a confirmé tous les espoirs mis en ce duo séduisant. Aujourd’hui, je vous mets l’eau à la bouche (#expressionestampillée90s) avec le titre Turn The Light dont les ingrédients sont évidents: la voix de Karen O qui sait toujours se faire sensuelle et une ambiance groovy à souhait. Le résultat reste bien en tête et me donne une furieuse envie d’écouter Lux Prima.

Enjoy!

Sylphe