Pépite intemporelle n°86 : Kinky Afro (1990) des Happy Mondays

Après One de U2 et les génériques de Goldorak la semaine dernière, continuons de regarder dans le rétroviseur avec une pépite des Happy Mondays. Ce groupe britannique, en activité depuis les années 80, s’est essentiellement illustré comme représentant des années madchester, autrement dit un mélange de rock, de funk et de house. Comme une illustration parfaite, Kinky Afro est une sorte de titre un peu ovni tout droit issu de l’album Pills ‘n’ Thrills and Bellyaches (1990). Outre son refrain qui reprend allègrement le Lady Marmalade du groupe américain de R&B Labelle, Kinky Afro est un joyeux bordel musical et sonore qui prend toute sa dimension dans sa version live (tirée du live à Barcelone de 2004 Hallelujah it’s the Happy Mondays), que l’on préférera nettement à l’enregistrement studio (déjà très efficace). Ne lésinons donc pas sur les moyens de plonger dans 5 minutes de bon son, en en écoutant 10 : version live, puis version studio pour comparer (avec en prime le clip d’époque).

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°85 : Goldorak (1978) de Noam

Ce 15 octobre 2021 est à cocher d’un grand logo au marqueur indélébile : celui de Goldorak. Cette série animée japonaise a marqué à jamais les gamins de la fin des années 1970, qui découvrirent au début de l’été 1978 Goldorak dans l’émission Récré A2. Même si la série a été initialement diffusée de 1975 à 1977 au Japon, c’est bien un an plus tard que les mômes de France ont profité des aventures de ce grand robot piloté par Actarus, Prince d’Euphor. Difficile et fastidieux de lister tous ses compagnons de combat face aux forces de Véga : Alcor, le professeur Procyon, Rigel ou encore Vénusia… autant de noms qui résonnent comme des souvenirs à la fois lointains et terriblement présents.

Après 74 épisodes, la série s’achève, et laisse orphelins une génération de ceux que l’on n’appelle pas encore les geeks. Ces derniers ont pu se consoler en enchaînant sur Albator 78 en 1980, Cobra en 1985. Plus récemment au cinéma avec Pacific Rim, pour retrouver des grands robots de combat. Pourtant, Goldorak manque à jamais, ou presque. Voici 5 ans, Xavier Dorison, Denis Bajram, Brice Cossu, Alexis Sentenac et Yoann Guillo se sont lancés dans un projet assez dingue : écrire et dessiner, en BD, la suite officielle de la série animée, qui se déroule 10 années plus tard. Avec, s’il vous plait, la bénédiction de Gō Nagai, créateur de Goldorak. Après des années de travail, le résultat est là. La BD de 168 pages (184 si vous optez pour le collector grand format déjà quasi-introuvable) sort enfin ce 15 octobre 2021 chez Kana. Et c’est juste une tuerie absolue. Tout y est : le trait, l’esprit, les personnages, l’ambiance… Ruez vous dessus ! Et, si tout cela ne suffit pas à vous convaincre, remettez vous dans les oreilles notre pépite sonore : le deuxième générique (pour la diffusion française) de la série Goldorak, interprété par Noam. Le deuxième ? Oui, il y avait un premier générique, qu’on ajoute en écoute bis pour le plaisir nostalgique (et sa version japonaise pour conclure). Goldorak, GO !

Goldorak 2e générique – Noam
Goldorak 1er générique
Goldorak 1er générique version japonaise

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°84 : One (1991) de U2

Sans aucune contestation possible, One est une pépite intemporelle. En tout cas, dans ma tête, dans ma discothèque, et dans ma vie aussi. One est une sorte de balade pop-rock parfaite, dans laquelle chaque note/chaque arrangement est à sa place. Il n’y a rien à changer ou à améliorer dans ce titre de U2. La perfection. Logée au milieu de Achtung Baby, album parfait lui aussi. Sorti 18 novembre 1991, cet opus fêtera donc dans un mois ses 30 ans. Ce genre de décompte file toujours un peu le vertige du rétroviseur, lorsqu’on se remémore où on était, qui on était, et ce qu’on faisait il y a 30 ans. Pour ma part, je m’en souviens parfaitement, et je me souviens exactement aussi dans quelles conditions j’ai découvert Achtung Baby. J’ai aussi le souvenir d’avoir écouté encore et encore ce CD, en enclenchant la très pratique fonction repeat de la platine. Fonction qui permettait aussi de faire, déjà, du repeat sur un titre unique. One, en l’occurence.

Gravé en moi depuis 30 ans, jamais très loin dans mes playlists où il figure systématiquement, One est quasiment un compagnon de vie. Un titre phare et émotionnellement chargé de 30 années de vie, qui a pris, voici presque un an, une dimension supplémentaire en résonnant d’une tout autre symbolique. One est tout autant émotions que plaisir, tout autant souvenirs que mémoire.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°83 : La rage (2006) de Keny Arkana

Retour aux affaires et à la publication de milieu de semaine, histoire de sortir d’un infernal tunnel boulot de septembre (ah, comment donc, on me dit dans l’oreillette qu’on serait déjà en octobre ? Ok, si vous le dites…) avec un son qui sent le souffre, le feu, la colère, mais aussi la lumière et l’espoir. La rage est un titre de 4 minutes seulement mais d’une puissance assez incroyable. Pour qui aime des furieux rageux comme Rage against the machine ou No one is innocent, ce titre est à ajouter à vos playlists. Niché en plein milieu d’Entre ciment et belle étoile, premier album de Keny Arkana, La rage est un brûlot intemporel : 15 ans déjà, et cruellement actuel. Son texte et son adrénaline nous chopent et nous guident sans prévenir. Le mélange d’un méga ras-le-bol de ce monde qui chie dans tous les sens, mais aussi le courage et l’énergie d’arrêter de se taire, et d’aller vers le meilleur, qui reste à venir. Ce titre ne pouvait donc pas trouver meilleure place que dans un album titré Entre ciment et belle étoile. Une quasi-profession de foi de Keny Arkana, et un titre que le copain Sylphe a mis dans mes oreilles voici quelques temps. Merci à toi mon ami.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°82: Raid The Radio de General Elektriks (2009)

La semaine dernière, General Elektriks  sortait son septième album déjà Party Like a Human. JeGeneral Elektriks dois reconnaître que ces dernières années j’ai perdu d’oreille Hervé Salters et j’ai clairement quelques albums de retard… Je compte bien rapidement me remettre à jour car j’ai pris plaisir à suivre le début de carrière de General Elektriks. Le deuxième opus Good City for Dreamers en 2009 fonctionne ainsi pour moi comme une véritable madeleine de Proust. Un funk ultra moderne et jouissif, une énergie débordante à l’image de ces pas de danse si caractéristiques d’Hervé derrière les synthés, un concert enthousiasmant à l’Astrolabe et une belle ribambelle de bombinettes croisant avec hédonisme le funk et l’électro-pop. J’aurais pu choisir le groove nocturne de Little Lady ou encore les rythmes enivrants de Take back The Instant qui n’est pas sans rappeler l’univers de Just Jack mais ce soir j’ai envie de l’instantanéité de Raid The Radio. Rythmique funk, sifflements obsédants, puissance pop incontestable, clip loufoque, tout est présent pour incruster un sourire béat sur votre visage. Allez, je vous laisse en de bonnes mains, j’ai du General Elektriks à écouter, enjoy !

Sylphe

Pépite intemporelle n°81 : Riders on the storm (1971) de The Doors

81O496d9aTL._SL1500_A l’heure où sonne (enfin) officiellement la fin de l’année scolaire et le début de plusieurs semaines estivales, vient également le temps de clore cette nouvelle saison de Five Minutes. Après une année riche en sons que nous avons aimé écouter et vous faire partager, Sylphe et moi-même allons passer, comme les étés précédents, en formule estivale. Ce qui signifie moins de publications dans nos rubriques classiques. Toutefois, l’été étant propice à se détendre en écoutant de belles choses, nous réactivons notre rubrique « Son estival du jour », même si les plus fidèles d’entre vous savent que nous avons un peu triché ces dernières semaines. La pépite intemporelle du jour aurait pu y trouver sa place pour de multiples raisons. Mais, pour de multiples autres raisons, conservons Riders on the storm au rang de pépite intemporelle. Et voyons un peu pourquoi.

Enregistré entre décembre 1970 et janvier 1971, Riders on the storm figure sur L.A. Woman, sixième album studio du groupe de rock américain The Doors, sorti en juin 1971. Ce dernier, créé en 1965 autour de Jim Morrison au chant, est alors en pleine reconstruction et renaissance. Connue pour ses prestations scéniques hypnotiques et la personnalité incandescente de Morrison, la formation explose dès 1967 avec ses deux premiers albums The Doors et Strange Days. Mélange de rock psychédélique, de poésie, de blues, de jazz, et avec la particularité de se passer de guitare basse, la musique du quatuor fonctionne sans attendre. Ce succès immédiat propulse Morrison et sa bande dans des torrents de célébrité que le chanteur compensera par une consommation effrénée d’alcools et de drogues en tout genre. Ce qui ne l’empêchera pas de rester un immense artiste, épaulé par Ray Manzarek aux claviers, Robbie Krieger à la guitare, et John Densmore à la batterie.

Après Waiting for the sun (1968) et The lost parade (1969), The Doors vont peu à peu se faire plus remarquer pour les frasques scéniques et les provocations de Morrison que pour leur musique, qui reste pourtant de haute qualité. Le tournant des années 1970 sera pris de fort belle façon avec Morrison Hotel (1970), cinquième album très orienté blues-rock. Toutefois, cette année 1970 connait encore des hauts et des bas, entre le retour réussi sur scène du groupe (réécouter pour cela le Absolutely live, ou encore le Live in New-York – Felt Forum) et les retombées judiciaires du calamiteux concert de Miami en 1969. C’est donc en toute fin de l’année 1970 que débutent les répétitions, puis l’enregistrement, de L.A. Woman, sixième et ultime album studio des Doors avec Morrison. Ce dernier avait annoncé la couleur : après cet opus, il souhaite passer à d’autres formes artistiques en se consacrant à la production de films et à l’écriture de poèmes, tout en s’installant à Paris et en levant le pied sur la consommation d’alcools et de drogues.

L.A. Woman sonne comme le meilleur album du groupe, tout en passant pour être une forme de renaissance et de nouveau départ. Les titres sont particulièrement bien écrits et diversifiés dans leurs rythmes et influences (rock, blues, ballade…). Morrison se fend, comme à son habitude, mais en mieux encore, de textes d’une beauté et d’une poésie incroyables. L.A. Woman aligne dix titres comme dix pépites qu’il serait bien difficile de départager et de classer. J’adore cet album de la première à la dernière note. Et justement, la dernière note est aussi celle de Riders on the storm, puisque notre pépite occupe une place à la fois de choix, et totalement casse-gueule dans un album : la dernière. Ouvrir un disque est hautement risqué, puisqu’il faut que les premières secondes accrochent et donnent envie d’aller au-delà. Clore une galette est peut-être encore plus périlleux : tout le monde ne va pas au bout d’un album. Ceux qui y arrivent doivent en être récompensés et ne pas regretter le voyage. Surtout… ces dernières notes sont celles que l’oreille gardera. Le souvenir qui restera du moment passé avec l’artiste ou le groupe.

Sur ce point, Riders on the storm est un immense titre. Après neuf morceaux déjà impressionnants, la plage débute par le son de la pluie et du tonnerre au loin, sur lequel viennent se poser une rythmique batterie légère et l’orgue de Manzarek, comme d’autres gouttes d’eau. Avant d’être rejointes par la voix de Morrison et quelques notes de guitare, formant ainsi un titre totalement méta qui parle de cavaliers sous l’orage, en y intégrant des sons d’orage et des sons musicaux qui forment un orage. Des sons musicaux posés par quatre cavaliers musiciens que sont les Doors. Quatre cavaliers de l’Apocalypse sous l’orage de leur propre destinée. Avec cette impression que Riders on the storm est à la fois un testament musical, une clôture, une fin des temps, mais aussi peut-être une renaissance, notamment artistique. Après la pluie le beau temps. Une façon de dire que le meilleur est à venir.

A moins que, avec Riders on the storm, le meilleur ne soit déjà présent dans les 7 minutes 15 que dure le titre. Il existe une version single de 4 minutes 35, mais nous écouterons évidemment la version complète. Celle qui s’ouvre sur le son de la pluie d’orage, puis des quatre Doors qui, chacun à leur façon, contribuent à ce chef-d’œuvre. L’intro et les premières minutes de chants sont déjà magiques, mais ce n’est rien par rapport aux chorus de Krieger à la guitare, puis de Manzarek derrière ses claviers. L’équilibre entre solos et couplets est parfait. Le solo guitare à la fois posé et présent, avec un son rond et reverb qui s’accroche à chaque seconde. Celui aux claviers est imparable et hypnotique, effleurant et dissonant parfois. Entêtant et obsédant, comme une série de caresses de pluie (ou de doigts) sur la peau, qui amène peu à peu vers un climax… puis une redescente pour finir dans une certaine idée de la douceur, où se mêlent de nouveau voix, guitare, claviers, batterie. Avant de s’achever comme on a commencé, sur le son de la pluie. Comme autant de perles délicates qui se répandent sur ce moment d’une intimité et d’une intensité absolue. Et comme une boucle qui nous ramène au début de ce moment, pour mieux le recommencer et le revivre. Avec une envie intacte et régénérée.

Riders on the storm est tout ça à la fois, et sans doute bien plus encore. Il est un des meilleurs titres des Doors, sorti il y a tout juste 50 ans en juin 1971, quelques jours à peine avant que Morrison ne meurt. On a beaucoup évoqué l’anniversaire de sa disparition le 3 juillet dernier. A cette commémoration, je préfère réécouter, 50 ans après, la pépite qu’est Riders on the storm. Un titre que, toi comme moi, nous aimons. Tout comme nous aimons entendre au travers des volets, par une chaude soirée d’été, le doux son de la pluie qui tombe.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°80 : The sound(s) of silence (1964/1965) de Simon and Garfunkel

Qu’est-ce qu’une pépite intemporelle ? Il serait temps que nous nous posions la question sur Five Minutes, alors que nous atteignons aujourd’hui la 80e pépite intemporelle (et même bien plus, si toutefois vous avez suivi nos aventures dans la version 1 du blog). Une pépite intemporelle traverse le temps et les époques, et reste efficace comme au premier jour, malgré le nombre d’écoute parfois vertigineux. C’est aussi un titre qui parle aux différentes générations, et peut se voir utilisé ou injecté dans différents univers : il fonctionne à chaque fois. Cette définition par petites touches pourrait bien durer des paragraphes entiers… Aussi est-il plus raisonnable de continuer à égrener nos pépites intemporelles, en relevant pour chacune ce qui, à nos yeux, la classe dans cette catégorie.

The sound of silence entre sans hésitation dans cette rubrique. A bientôt 60 ans d’âge, cette chanson du duo folk-rock Simon and Garfunkel n’en finit plus de hanter nos oreilles, nos mémoires, et l’inconscient collectif. Sorti en 1964 dans une version acoustique et avec un S à Sounds, ce titre est en fait né quelques mois plus tôt. Paul Simon en débute l’écriture peu après l’assassinat de Kennedy (donc fin 1963). Intégré au premier album du duo Wednesday Morning, 3 A.M., l’ensemble passe plutôt inaperçu et les deux musiciens se séparent. En 1965, Tom Wilson, producteur de l’album, sent venir la vague folk-rock et décide de réenregistrer une version électrique de The sounds of silence, sans l’autorisation du duo. Le single fonctionne, le duo se reforme, sort un second album Sounds of silence, qui s’ouvre précisément sur notre pépite.

Disons le franchement : la version acoustique a ma préférence, et de très loin. D’une part, parce qu’elle est le reflet artistique du duo Simon and Garfunkel, tel qu’ils ont souhaité leur chanson. D’autre part, parce que la version électrique amenuise la magie et l’émotion initialement souhaitée. Ce titre, qui raconte les dangers de l’indifférence et la nécessité de dire les choses et d’exprimer ses émotions/idées/pensées/intentions, n’atteint jamais aussi bien son but que lové dans un écrin acoustique et intimiste. Le simple accompagnement de guitare pose une ambiance aérienne et poétique, tout en mettant en avant les voix ô combien travaillées, et le texte. La version électrique est celle qui a popularisé le morceau, mais elle perd un peu en fragilité émotionnelle.

Dans les décennies suivantes, on retrouvera The sound of silence repris à toutes les sauces, dans différentes langues et styles : par exemple… Richard Anthony et Marie Laforêt avec La voix du silence, The Dickies pour une version punk rock, Nevermore pour une version heavy metal, Anni-Frid Lyngstad pour une version suédoise, ou encore samplé par Eminem dans Darkness. Le cinéma s’en emparera : par exemple en 1967 dans Le Lauréat (ou l’on entendra également Mrs. Robinson des mêmes Simon and Garfunkel), mais aussi dans Watchmen (2009), pour accompagner la scène des obsèques du Comédien.

Côté histoire musicale, The sound of silence pointe en 2001 à la 79e place du classement des chansons du XXe siècle de la RIAA (Recording Industry Association of America), et en 2010 à la 157e place du classement Rolling Stone des 500 plus grandes chansons de tous les temps. Côté histoire tout court, Paul Simon en fera une interprétation acoustique solo le 11 septembre 2011 lors de la cérémonie commémorative des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Enfin, en mars 2013, The sound of silence est retenue pour intégrer le registre national des enregistrements, conservé à la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis.

Un sacré pedigree pour une seule petite (mais grande) chanson de 3 minutes. Pourtant, au-delà de ces multiples reprises, utilisations, mises à l’honneur, ce qui fait de The sound of silence une pépite intemporelle est peut-être bien plus simple que ça. Et se trouve en chacun de nous. Réécouter The sound of silence, c’est convoquer des souvenirs. Des images mentales. D’un disque qui tournait sur la chaine hi-fi parentale (qu’on avait interdiction de toucher), dans le salon au papier peint fleuri et orange. De soirées avec du monde dans la maison, ou au contraire de journées familiales et silencieuses. De la pochette du Concert in Central Park, un des rares disques de la maison, précieusement rangé sous ladite chaîne. D’un temps passé mais ancré en nous.

Ecouter The sound of silence, c’est frissonner de la sérénité que ces 3 minutes nous apportent après une journée dense et chargée. C’est aussi te remercier. D’avoir choisi ce son, pour se retrouver et pour se poser ensemble un moment. Et d’avoir fait germer cette chronique.

Version acoustique (1964)
Version électrique (1965)

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°79 : Snow (2017) de Angus & Julia Stone

SnowSi vous parcourez régulièrement, ou même de temps en temps, nos pages sur Five Minutes, il y a fort à parier que vous connaissez notre goût pour la famille Stone : mon ami Sylphe avait récemment chroniqué Sixty Summers (2021), le nouvel album solo de Julia Stone. De mon côté, j’ai déjà mis en avant des titres comme Baudelaire (2017) ou And the boys (2010), tout en me référant parfois au travail d’Angus & Julia Stone au cours d’une chronique. Leurs albums en solo sont plutôt bons, notamment The Memory Machine (2010) de Julia Stone, mais j’avoue un plaisir particulier à plonger dans la folk-rock du duo. Le savant dosage de guitares folk (et parfois électriques) dont ils ont le secret me transporte à chaque fois dans des images mentales de leurs grands espaces australiens. Rajoutons à cela le mélange de leurs deux voix, et s’installe alors une tranquillité à profiter de chacun de leur titre.

Snow, notre pépite du jour tout en étant intemporelle, n’échappe pas à cette règle. Pour restituer l’action, nous sommes en 2017, en ouverture de Snow, album éponyme et quatrième disque d’Angus & Julia Stone. Leur dernier en date à ce jour. Le plus connu étant Down the way (2010), notamment pour son single Big jet plane, sans oublier qu’il contient des petites merveilles comme For you, Yellow brick road ou encore And the Boys. Si vous aimez ce son Stonien, n’hésitez pas à découvrir (si ce n’est déjà fait) A book like this (2007) et Angus & Julia Stone (2014), deux excellents albums eux aussi.

L’album Snow est dans la droite ligne de ces trois premières productions. De ces disques qui peuvent tourner en boucle chez moi, ou simplement dans ma tête pour accompagner tel ou tel moment de la journée. Bourré de titres tous meilleurs les uns que les autres, il se clôt sur l’intimiste Sylvester Stallone, précédé de la pépite absolue Baudelaire, chef-d’œuvre total de composition et d’émotions. Deux pépites finales qui font écho à l’ouverture de l’album par Snow (le titre).

Tout est parfait dans Snow. L’ouverture, sur quelques notes presque comme un accordage d’instrument, puis la musique qui se met en place, très vite accompagnée des « la la la la la » de Julia Stone, avant les premières paroles qu’elle et son frère vont se partager, une phrase sur deux. Deux voix qui se posent, s’écoutent, se répondent. La douceur qu’elles apportent est contrebalancée et soutenue par l’intensité grandissante de la plage instrumentale. Que ce soit Julia ou Angus, ils jouent de leur voix comme de vrais instruments, et exploitent toute une gamme d’émotions en contact permanent avec les instruments mis plus ou moins en avant. Quatre minutes de magie musicale, qui se terminent presque comme un murmure minimaliste chargé de la richesse du moment passé.

Ecouter Snow, c’est choisir d’entrer de la meilleure des façons dans un album plein de promesses et de jolis moments. C’est aussi se plonger dans une bulle de douceur et de sérénité très vivifiante où il fait bon être. Ce titre apporte du calme, de la lumière, du soleil. Et des images mentales de décor qui vont avec : un coin de nature verdoyant, un bord d’océan breton, une terrasse au soleil pas trop bondée et, de préférence, partagée… Les possibilités sont nombreuses, et les occasions d’écouter Snow aussi. Je ne m’en prive jamais… mais merci de me l’avoir glissé aux oreilles voici quelques jours, et d’avoir, du même coup, fait naître cette chronique.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°78: Budapest et Antibodies de Poni Hoax (2006 et 2008)

Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax entre autres, a fui définitivement ses démons en début de semaine et je ne doute pas une seule seconde que les anges là-haut prendront plaisir à se dévergonder au son de ce rock habité et intense. Je ne vais pas me lancer dans un panégyrique exalté car d’autres maîtrisent bien mieux que moi la plume hyperbolique mais plutôt évoquer humblement mes souvenirs de Poni Hoax. Poni Hoax pour moi c’est donc ce concert de novembre 2018 au Chato Do à Blois où j’avais littéralement été estomaqué par ce chanteur habité par la musique, d’une intensité folle… On sentait que cet homme avait passé sa vie sur un fil, prenant plaisir à jouer avec les interdits et n’ayant connu que tardivement une vraie reconnaissance. Au moment du premier album éponyme en 2006, Nicolas Ker a déjà toute une vie derrière lui et 36 ans bien tassés. Ce succès tardif explique peut-être ce sentiment d’urgence qui perce dans les textes et que l’on retrouvera aussi dans le deuxième album Images of Sigrid en 2008. Ces deux premiers albums sont très puissants et méritent de figurer dans les discographies les mieux senties… Autant dire que je les ai beaucoup réécoutés cette semaine et qu’ils se sont bonifiés avec le temps. Je ne résiste pas à la tentation de vous partager deux titres rendant hommage à Nicolas Ker et à feu Poni Hoax, deux titres qui me font frissonner presque 15 ans après leur sortie. A ma gauche Budapest présent sur le premier album est un hymne vénéneux et glaçant à la ville de Budapest. La voix sombre et mystérieuse d’Olga Kouklaki dresse un sublime portrait angoissant et se marie avec délices à cet univers instrumental lorgnant vers les sonorités froides de l’italo disco. On retrouve la patte électronique de Joakim, le patron de leur label Tigersushi, avec la rythmique oppressante en fond, ces violons comme tant de coups de poignard dans le coeur et cette montée rock finale portée par la batterie. Une perle aussi noire que sublime. A ma droite, Antibodies apparaît sur Images of Sigrid. Plus lumineux et plus rock, il démontre la capacité de Poni Hoax à faire bouger les corps. Il demeure le single le plus immédiat du groupe et démontre la richesse du son de ce groupe qui aura offert le plus bel écrin à l’esprit torturé de Nicolas Ker.

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°77 : Trouble (2015) de Cage The Elephant

Comme une coïncidence, je me retrouve dans la même situation que le copain Sylphe voici quelques jours : alors que j’avais prévu de vous parler d’un album live assez exceptionnel, brillant et bourré de pépites émotionnelles (#artduteasing), voilà que le temps m’a manqué pour préparer une chronique digne de ce nom. Tout comme il a manqué à mon ami bloguesque dimanche dernier pour vous parler du dernier album de Loney Dear. Je reporte donc de quelques jours, histoire de vous parler correctement de ce magnifique live que je ne me lasse pas d’écouter (d’où, peut-être, le manque de temps pour écrire). Pour néanmoins patienter avec un bon son, poussons plus loin la copie un peu éhontée de Sylphe. Dimanche dernier, il nous a ressorti une très jolie pépite nommée Trouble, par l’excellent Ray LaMontagne (à retrouver d’un clic par ici). Quant à moi, je me suis tourné vers une autre pépite portant exactement le même titre. Vous pouvez continuer à lire, la similitude s’arrête là, et nous allons bien écouter ensemble un morceau différent.

Oui, il existe plusieurs Trouble. Celui du jour nous vient du groupe américain Cage The Elephant, que nous aimons particulièrement chez Five-Minutes, et que nous avons déjà plusieurs fois mis en avant. Notamment au travers de leur live acoustique Unpeeled, un enregistrement assez exceptionnel, mais qui n’a rien à voir avec l’album live que je voulais chroniquer. J’espère que vous suivez, c’est un peu labyrinthique mais c’est pour mieux brouiller les pistes. Je m’égare. Cage The Elephant, ou ce groupe actif depuis maintenant 15 années, c’est donc un live exceptionnel, mais aussi cinq albums studio dont Tell me I’m pretty (2015), le quatrième en date dont est extrait notre Trouble.

Le Trouble de Cage The Elephant est une balade rock qui s’ouvre sur une guitare légère et des choeurs haut perchés, presque éthérés, comme pour mieux nous placer dans une dimension hors de tout. Puis vient le couplet, posé par le chanteur Matthew Shultz dans un minimalisme qui contraste avec la montée vers le refrain. Un refrain fait de mélancolie sereine. Oui, ça existe : une sorte de mélange de résignation et, malgré tout, d’espoir, de lumière et d’une forme d’énergie tranquille qui n’est pas pour me déplaire.

C’est d’ailleurs ce que raconte le texte de Trouble. La chanson raconte une vie faite de soucis et de problèmes à gérer (les Trouble du titre), dont même un doux amour ne ferait pas sortir. Mais (car il y a un mais, évidemment), le morceau raconte aussi une déclaration cachée derrière une phrase à double sens : « Everywhere I look I catch a glimpse of you / I said it was love and I did it for life, do do for you » (N’importe où où je regarde j’attrape une lueur de toi / J’ai dit que c’était l’amour et je l’ai fait pour toi, fait fait pour toi). Un constat du passé, mais aussi la possibilité que, justement, tout est possible et que c’est peut-être bien cette « lueur de toi », au creux de la bulle, qui permettra de dépasser les soucis en tout genre, pour aller vers une douce vie auprès de l’amoureux/se en question. Cette lecture positive est renforcée par un autre bout de texte : « You can have my heart any place any time » (Tu peux avoir mon cœur n’importe où, n’importe quand). Une façon détournée mais élégante de dire que c’est déjà fait.

Une jolie musique, un texte bien ficelé pour 3 minutes 45 de bon son : il ne m’en faut pas plus pour craquer et tomber sous le charme de cette pépite. Vous me direz qu’il y a tromperie sur la marchandise, avec seulement 3 minutes 45 de musique sur Five-Minutes, le blog qui promet 5 minutes de bon son par article ? Je rétorque que, d’une part, la qualité est préférable à la quantité, et que, d’autre part, rien n’interdit d’écouter la version studio puis la version Unpeeled (live), encore plus sublime. Cette fois, le compte y est. J’ai déjà bien trop parlé. Place à la musique.

Trouble version studio
Trouble version live

Raf Against The Machine