Pépite intemporelle n°110 : The Letter (1970) par Joe Cocker

76255507Nous nous faisons un peu rares ces derniers jours sur Five-Minutes. Rien à lire et/ou écouter depuis la chouette review du dernier Phoenix publiée voici dix jours par le copain Sylphe. La faute à des journées sans fin, donc sans commencement, sans fond. Une sorte de tunnel de boulot et de préoccupations qui restreint le temps disponible pour se plonger pleinement dans du bon son avec l’objectif de vous le partager et de vous en dire sérieusement quelques mots. Ici, on s’est toujours donné pour objectif avec mon ami Sylphe de faire les choses bien, ou de ne pas les faire. Cela explique parfois de petites périodes de silence. Toutefois, silence ne veut pas dire qu’on ne met rien dans nos oreilles. L’un comme l’autre, on est musico-dépendants. Il pourrait bien ne plus rien rester en ce monde qu’on aurait encore toutes les minutes cinq minutes de bon son  en tête. Tout ça pour vous dire qu’on est toujours là, toujours vivants, toujours debouts. Et qu’on le sera encore en 2023.

En attendant les traditionnels tops de fin d’année, et le passage à 2023 qu’on espère moins craignos que 2022 (rappelez-vous, ça fait quelques années qu’on dit ça ^^), un son sorti tout droit de la toute fin des années 1960. The Letter est initialement un titre du groupe The Box Tops sorti en août 1967. Tout le monde connaît cette petite merveille pop, mais tout le monde connaît aussi la relecture qu’en fera Joe Cocker quelques années plus tard. En 1970, le bouillonnant chanteur sort en single une reprise blues/soul qui déchire le bouzin (#commediraitSylphe), mais on lui préfèrera encore la version live disponible sur Mad Dogs & Englishmen. Cet enregistrement live capté les 27 et 28 mars 1970 au Fillmore East de New York constitue un témoignage majeur de l’énergie et de la folie scéniques de Joe Cocker. On trouve aussi sur cette galette d’anthologie des versions dingues de Honky Tonk Women et Cry me a river, tout en passant d’une merveille à l’autre.

Ce triple LP live reste fascinant plus de 50 ans après sa parution. Puissance live et émotions intactes, en voici un aperçu avec The Letter par Joe Cocker. Version après laquelle vous trouverez l’originale, histoire de comparer. Si toutefois l’original soutient la comparaison avec la reprise. Phrase rhétorique : vous avez déjà compris le verdict.

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Pépite intemporelle n°109 : Grandma (Destruction) (2017) de Keiichi Okabe

artworks-000209408336-k2r2z9-t500x500On retiendra de ce jeudi 17 novembre 2022 la fin annoncée de Gamekult pour le 7 décembre prochain après 22 ans d’existence. Suite au rachat du groupe Unify par Reworld Media, la rédaction du site de presse spécialisée jeux vidéo a annoncé ce soir son départ collectif dans les prochains jours. On est apparemment bien éloignés de Five-Minutes. Pas tant que ça. Gamekult c’est avant tout une passion partagée. C’est aussi une rigueur journalistique, une éthique, et une équipe investie pour ses lecteurs et abonnés. Si Gamekult n’avait pas existé, je ne serais pas devenu le modeste gamer que je suis, à dévorer par dizaines les contenus publiés et à me faire embarquer hors de ma zone de confort dans des terres vidéoludiques où je ne serais jamais allé sans cette fine bande. Si Gamekult n’avait pas existé, je n’aurais sans doute pas la modeste mais passionnée culture musicale et vidéoludique qui est la mienne. Grâce à leur travail, ces journalistes m’ont appris à écouter les jeux autant qu’à les jouer. En point d’orgue, sans Gamekult, je n’aurais pas mis un jour la main sur le jeu parmi les jeux, le chef-d’œuvre absolu à mes yeux. NieR: Automata de Yoko Taro, porté par sa BO incroyable composée sous la direction de Keiichi Okabe.

Impossible de choisir un autre son que celui-là : un des titres de NieR: Automata, que j’avais déjà chroniqué il y a quelques temps mais qui reste une merveille absolue. Grandma (Destruction) est un condensé de Keiichi Okabe dont je ne me lasse pas, comme l’entièreté de la BO d’ailleurs. Ecoutez-moi ça d’urgence, montez bien fort le son, plongez vous là-dedans. Avec une énorme pensée pour cette rédaction Gamekult de rêve et de passion qui reste digne jusqu’au bout. Chapeau bas, merci pour tout ce que vous avez fait. Et, bien évidemment, #Merde.

Visuels Square Enix

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Pépite intemporelle n°108 : Untitled #1 (Vaka) (2002) de Sigur Rós

R-69857-1505864447-6375Une chronique Five-Minutes peut tenir à peu de choses. Parfois longuement mûrie et réfléchie, parfois plus spontanée, elle a toujours pour objectif de partager un moment et un bon son. Celle d’aujourd’hui n’échappe pas à la règle et, si elle aurait pu relever de la catégorie « mûrement pensée », elle s’inscrit toutefois dans la seconde. Notre son du jour est d’un intemporalité évidente, mais il m’est revenu dans les oreilles de façon un peu inattendue alors que j’échangeais quelques messages avec un copain sur la beauté de ce monde (non). Spoiler : nous étions en train de discuter de toutes les tristes immondices qui nous entourent, entre la nature dont tout le monde semble se contrefoutre et préférer la saloper, le racisme ouvertement exprimé dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, ou encore la connerie humaine en général. Vaste programme dépressif à nous rendre plus asociaux et misanthropes qu’on ne l’est déjà. Nous avons cherché une lueur d’espoir, que j’ai modestement résumé par un « Heureusement qu’il y a la musique ». Ce à quoi le garçon m’a répondu par l’envoi d’un lien simplement ponctué d’un « Genre ça ».

Le lien en question, c’était cette pépite totale du jour. Untitled #1 est le titre d’ouverture du troisième album de Sigur Rós nommé (). Pas vraiment de titre pour cet opus qui fait suite au déjà excellent Ágætis byrjun (1999), en relevant encore le niveau. Si le groupe islandais s’était déjà montré on ne peut plus créatif, cette troisième galette enfonce le clou de la poésie sonore et de l’évasion maximale. Sur de grandes nappes sonores quasi hors du temps, le chanteur Jónsi pose sa voix de falsetto pour des mélodies qui défient les lois du temps et de l’espace. Sans doute un des plus beaux albums au monde, () est une claque absolue autant qu’une bulle pour se réfugier du monde et arriver à le supporter.

Le titre d’ouverture Untitled #1 illustre brillamment ce constat, en se faisant mélange de douceur et de mystère porté par les mots de Jónsi. Mots que l’on ne cherchera pas à comprendre, puisque l’album tout entier est enregistré en Vonlenska, une langue inventée en totalité par le chanteur. Est-ce essentiel de comprendre le texte ? Non, pas quand la voix et les sons qui l’entourent portent autant d’émotions. Le morceau se suffit à lui-même, et sans plus tarder nous allons en profiter dans une version live quelque peu différente de l’enregistrement originel, mais tout aussi envoûtante. Puisque le bonheur des oreilles est total, on vous drope les deux version, histoire de comparer et de doubler le plaisir.

Et, si l’ambiance vous attrape autant que nous chez Five-Minutes (Sigur Rós figure vraiment très haut dans notre panthéon musical), courez donc écouter la totalité de (). Un album qui ressort d’ailleurs pour ses 20 ans, en version remasterisée et augmentée de 3 B-sides et 3 démos. Ne vous privez pas de cet album hors du temps qui nous permet de continuer à vivre dans ce temps.

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Pépite intemporelle n°107 : Say yes (2009) de Wax Tailor feat. ASM

51gHjSK0AGLQuand, à quelques minutes de rédiger et publier sa chronique hebdomadaire, on n’a eu le temps de rien et pas de nouveauté particulière en tête, il faut se mettre un petit coup de pied au cul pour trouver une idée. Qui ne tarde pas à arriver, en allant vous chercher un son qui tabasse toujours autant près de 15 ans après sa sortie. Introduction meta, pour amener la pépite intemporelle du jour que l’on doit à Wax Tailor. Compositeur, DJ, producteur français, le garçon a toute notre attention chez Five-Minutes, et ce depuis son tout premier opus Tales of the forgotten melodies sorti en 2005. Rien à jeter depuis. Les albums se succèdent et se ressemblent, tout en cultivant chacun une couleur musicale différente. In the mood for life est son troisième album studio et tombe dans les bacs en septembre 2009. C’est toutefois dès l’été 2009 que Wax Tailor donne un premier aperçu de cette galette réjouissante, avec le single Say yes.

Exemple typique du groove hip-hop waxtailorien, Say yes est une vraie petite bombe qui fera bouger vos têtes et vos corps. Le son est intelligent, fluide, riche, accessible sans être jamais simpliste. Sur la globalité de In the mood for life, Wax Tailor explore différentes pistes, entre chansons portées notamment par la géniale Charlotte Savary, mixs downtempo, et hip-hop groovy mâtiné de trip-hop. Say yes appartiendrait plutôt à la troisième catégorie, mais le talent du garçon réside dans sa capacité à mélanger les genres, brouiller les frontières et abolir les distinctions. Tout cela pour aboutir à un son qui n’appartient qu’à lui, et dont on ne se lasse jamais.

Petite cerise : Say yes est partagé avec ASM. Rien à voir avec l’ASM Clermont Auvergne, pas plus qu’avec la SM (je vous vois du coin de l’œil). Génial collectif de hip-hop britannique regroupant des artistes canadiens, allemands et anglais, ASM aka A State of Mind a collaboré plusieurs fois avec Wax Tailor. Say yes est un parfait exemple de l’alchimie entre les deux. Assez parlé, il est grand temps de découvrir cette pépite. Comme on est généreux par ici, en bonus, on s’écoute aussi Positively inclined, autre collaboration Wax Tailor/ASM, disponible sur l’album précédent Hope and Sorrow (2007).

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Pépite intemporelle n°106: Gangsta’s Paradise de Coolio feat. L.V. (1995)

Il y a deux jours Coolio nous quittait et allait rejoindre là-haut une autre figure marquante duCoolio Gangsta's Paradise hip-hop des années 90, 2Pac. Le hip-hop n’est pas particulièrement mon domaine de prédilection mais c’est une figure marquante de mon adolescence qui s’en va… Certes, à la fin des années 90, j’écoutais davantage en boucle L’Ecole du micro d’argent d’IAM mais l’album Gangsta’s Paradise m’a néanmoins régulièrement accompagné, illuminé par son morceau éponyme.

A moins de vivre dans une grotte isolée au milieu de la forêt, tout le monde a déjà entendu ce bijou qu’est Gangsta’s Paradise, morceau culte qui était le titre phare de la BO du film Esprits rebelles -film très romancé autour de l’éducation aux Etats-Unis, sublimé par la magnifique Michelle Pfeiffer. Reprise du Pastime Paradise de Stevie Wonder sorti en 1976, le morceau aborde la vie des gangs et s’appuie sur un duo de flows percutants, Coolio et L.V. L’instru, les choeurs et le refrain donnent un supplément d’âme à ce titre d’une grande beauté qui s’impose pour moi comme un des titres marquants des années 90. Je vous laisse avec le clip officiel et la superbe prestation live aux Grammy Awards, magnifiée par la participation de Stevie Wonder. Enjoy !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°105 : Somebody’s down, somebody’s name (1995/2022) de PJ Harvey

PJ-Harvey-annonce-un-coffret-de-faces-B-de-demos-9050180.Autant dire les choses directement : alors que la reprise et la rentrée nous ont déjà noyés sous des tonnes de boulot et des journées interminables, c’est sans doute la meilleure news de la semaine. Quoi donc ? L’annonce de la sortie prochaine d’un coffret PJ Harvey fait d’inédits, de démos et de faces B. Sobrement intitulé B-Sides, Demos and Rarities, l’objet contiendra pas moins de 59 titres répartis sur, au choix, 3 CD ou 6 vinyles, joliment glissés dans des pochettes avec photos inédites de Maria Mochnacz, collaboratrice de longue date. Avec cette sortie assez dantesque couvrant la totalité de sa carrière depuis Dry (1992) jusqu’à The Hope Six Demolition Project (2016), la chanteuse britannique aux multiples talents et facettes clôt son projet de longue haleine de réédition de toute son œuvre. Rappelons en effet que, depuis le printemps 2020, tous les albums ont bénéficié d’une nouvelle sortie en vinyle et CD, chacun accompagné de son jumeau miroir contenant les démos de chaque titre. On notera au passage que cette première grand annonce était intervenue en pleine première vague/confinement covidesque, ce qui n’avait pas manqué de nous redonner le sourire. Deux ans plus tard, PJ Harvey nous apporte de nouveau joie et bonheur.

Les 59 titres composant le coffret ont tous été passés à la moulinette de John Parish, complice de longue date de notre PJ Harvey préférée, accompagné de l’ingénieur John Mitchell. En d’autres termes, la garantie d’un mastering de haute volée pour profiter de ces pépites que l’on a hâte de découvrir, à commencer par les 14 titres jamais publiés auparavant. La dame ne faisant pas les choses à moitié, trois titres sont d’ores et déjà disponibles. A la fois pour nous faire patienter, mais aussi nous allécher autour de ce coffret d’anthologie pour lequel, ne nous mentons pas, on est déjà turbo chaud. Disponibles donc dès à présent, les démos de Dry et Missed, deux titres tirés de Rid of me (1993), deuxième album studio. Petite subtilité : Dry est bien le titre du premier album studio, mais la chanson Dry n’apparait que sur Rid of me. L’occasion de redécouvrir ces deux morceaux dans des versions plus dépouillées et brutes que celles de l’album.

Trois titres avons nous dit : Somebody’s down, somebody’s name est quant à lui tiré de To bring you my love (1995), plus exactement du single Down by the water dont il était la B-side. Un son déjà en évolution par rapport aux deux première galettes, bluesy et nerveux à souhait, qui laisse entrevoir l’impressionnante carrière à venir de PJ Harvey. Après avoir dégusté chacun des albums réédités, ce coffret constituera à la fois une prolongation de ces 11 galettes et un éclairage supplémentaire en forme de visite des coulisses de la carrière d’une des artistes les plus fascinantes de notre temps. Le coffret sera disponible le 4 novembre prochain. La hype est totale, et si ce n’est pas (encore) votre cas, en écoute ci-dessous les trois premiers extraits dont on vient de parler. Le rock, c’est maintenant.

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Pépite intemporelle n°104 : Evil eye (2013) de Franz Ferdinand

61g1JAzwCBL._SL1200_Comme un bon gros iencli que je suis, j’ai fini par lâcher ma pièce à Jeff. Pas le Jef de Brel (celui qui est tout seul mais pas tout seul). Non, celui qui pilote une partie du monde depuis son empire, et qui a glissé un paquet de méga grosses liasses de biffetons dans la production des Anneaux de Pouvoir. A moins d’avoir vécu ces derniers mois, et surtout ces derniers jours, dans une grotte au fin fond du Mordor, impossible que vous soyez passés à côté de cette série événement dont l’histoire se déroule avant Le Seigneur des Anneaux. Les deux premiers épisodes sont disponibles sur Prime Vidéo depuis quelques jours. Comme un bon gros iencli, j’ai donc glissé ma pièce dans la machine à images et je me suis jeté dessus. Bon. On pourrait parler pendant des heures du grand écart entre des décors à couper le souffle et un univers propre comme les pièces de l’oncle Picsou, arpenté par des personnages qui ont le charisme d’un paresseux sous anxiolytiques. Disons simplement que chaque plan me remet en tête la trilogie de Peter Jackson, ce qui n’est jamais très bon signe pour la série du moment.

Pourquoi donc m’égarer dans le monde des Anneaux ? Pour amener notre pépite du jour, à la faveur d’une énorme ellipse digressive. Repenser à la trilogie de Peter Jackson, c’est notamment se souvenir du visuel de Sauron, absolument flippant, sous la forme d’un œil géant. Le mal absolu, incarné par un œil terrifiant. L’œil du mal. Evil eye. Peut-être est-ce pour ça que j’ai le son de Franz Ferdinand en tête depuis deux jours ? Rien à voir entre le groupe écossais et l’œuvre de Tolkien, mais c’est l’occasion de réécouter ce titre qui envoie comme peu d’autres, sur ce qui est possiblement un des meilleurs albums de la formation. Sorti en 2013, Right thoughts, right words, right action est leur quatrième galette studio. Chacun des dix titres est une pépite rock d’énergie pure, survolée par le chant d’Alex Kapranos. Evil eye est l’exemple parfait de ce que les Franz Ferdinand savent faire de mieux. Après avoir écouté cette petite merveille, rien ne vous empêche de plonger dans le reste de l’album, pour une virée rock vivifiante et percutante. Ceux qui oseront le voyage sauront (#vousl’avez? #blaguefacile) de quoi je parle.

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Pépite intemporelle n°102 : Je rêve de toi (1990/2002) de Arthur H

71NFjSDnCaL._SL1400_A presque l’heure de filer se coucher comme une pauvre loque tellement les journées sont harassantes et n’ont plus aucun sens, il m’a pris l’envie de ressortir quelques sons d’Arthur H. Histoire de faire couler en douceur cette soirée… et de me rendre compte que nous sommes jeudi et qu’il est grand temps d’apporter ma contribution hebdomadaire au blog. Le hasard faisant bien les choses, ma petite playlist aléatoire est allée piocher dans Piano solo, album live piano solo (comme l’indique son titre) sorti en 2002 et retraçant la tournée solo dudit Arthur H. Pour moi qui ait eu la chance de le voir deux fois sur ce tour, je peux vous dire que ce furent deux bien belles soirées, dont l’enregistrement restitue assez fidèlement l’ambiance feutrée et tout en proximité avec le public. Le hasard faisant encore mieux que bien les choses, est sortie du chapeau Je rêve de toi, titre initialement présent sur Arthur H (1990), premier album du garçon

Je rêve de toi fait partie des plus belles déclarations qui ne disent pas leur nom. Déjà magnifiquement interprétée dans sa version d’origine, la reprise piano solo se pare d’un intimisme qui confine à l’indécence. Le titre exprime des sentiments et une sensualité à fleur de peau dont le souvenir du simple frôlement de ma main contre ton bras donne un aperçu. Le texte est d’une beauté transperçante, et peut-être encore plus mis en valeur par le seul piano ajouté à la voix. Et, puisque c’est donc mon jour de contribution à Five-Minutes, le son partagé est tout trouvé. Je drope ces presque quatre minutes dans vos oreilles, et même deux fois quatre minutes puisque je vous dépose aussi la version originale, tout aussi envoûtante. Quant à moi, je m’en retourne écouter une énième fois cette pépite. En fermant les yeux. En laissant filer mes pensées vers toi, « suspendue au plafond ».

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Pépite intemporelle n°101 : Basket case (1994) de Green Day

91YyfXFsTtL._SL1425_Le son idéal pour ce week-end de trois jours c’est bien évidemment Chaise longue de Wet Leg, dont le copain Sylphe a parlé dans sa review de l’album (à relire par ici). Toutefois, s’il vous faut un peu plus qu’une langoureuse session de jambes mouillées sur chaise longue, voici un autre son qui invite à se vider cette fois la tête. Basket case est possiblement le single le plus connu de Green Day, groupe de punk rock américan formé en 1987 sous le nom de Sweet Children autour de son chanteur Billie Joe Armstrong. Devenu Green Day dès 1989, le trio guitare-basse-batterie sort deux albums en 1990 et 1992 sur le label indépendant Lookout! Records, avant de rejoindre Reprise, un label musical appartenant à Warner. Certains fans crieront à la trahison. Peu nous importe, vu les bons albums à suivre. A commencer par Dookie en 1994, qui contient les singles Longview, When I come around, et notre Basket case du jour.

Que raconte Basket case ? Les problèmes d’attaques de panique dont souffre alors le chanteur. Et dont souffrent bon nombre de personnes et d’adolescents. Plutôt que d’en faire un titre dépressif et de tomber dans le pathos, Billie Joe Armstrong pond une chanson de trois minutes de pure énergie, de bordel musical qui reflète le bordel sous le crâne. Il y raconte les médecins rencontrés, les diagnostics foireux, et aussi les auto-interrogations : « Sometimes I give myself the creeps / Sometimes my mind plays tricks on me / It all keeps adding up / I think I’m craking up / Am I just paranoid / Or am I just stoned ? » Ça vous parle ? Moi aussi. Ça me renvoie aussi à quelques poignées d’années en arrière, où on écoutait Green Day et des groupes jumeaux tels que The Offspring, insouciants et pourtant soucieux, en sirotant une bière les pieds glissés dans nos Docs. On glandait, entre un Nirvana et un Pearl Jam, avant de se lever pour danser comme des cons sur Basket case, parfois en renversant ladite bière sur une fille qui nous disait « C’est pas grave, t’inquiète, t’es pardonné si tu m’en roules une ». Une clope le plus souvent, mais parfois plus si affinités.

Basket case c’est tout ça à la fois, et bien plus, avec en appui un clip total barré très 90’s comme on n’en fait plus. L’insouciance tout autant que les tourments de l’adolescence concentrés en trois minutes de feu qui ne cherchent rien d’autre que l’efficacité. Suis-je nostalgique ? Non, sauf peut-être de l’insouciance de l’époque. Ai-je évolué ? Oui nécessairement, et non incontestablement. Est-ce un samedi #regressivemood ? Assurément, puisqu’après avoir publié ces lignes, je vais me remettre sur un vieux Zelda que je n’interromprai que pour avaler en vitesse une pizza ou un grand bol de céréales.

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