Pépite intemporelle n°46 : Non non non non (je ne suis plus saoul) (1995) de Miossec

La magie du monde moderne, c’est par exemple la possibilité de regarder sans attendre la semaine suivante une saison complète de ta série préférée en replay ou sur Netfloux. C’est aussi la joie et le bonheur d’avoir toujours à portée de main un smartphone qui permet de faire tout plein de trucs auxquels tu n’avais pas pensé, et que d’ailleurs tu n’as pas envie de faire. Mais comme grâce à ton smartphone tu peux les faire… bin tu les fais.

La magie du smartphone, c’est aussi les notifications qui poppent quand tu t’y attends le moins, à n’importe quel moment de la journée. Pour une info cruciale, un tweet urgent, ou un rappel de calendrier. Et justement, cet après-midi, mon smartphone à moi m’a balancé un rappel de date, que je n’ai jamais programmé mais qui, par la magie des calendriers synchronisés et pré-enregistrés, m’a sauté au visage. Qu’ai-je donc vu s’afficher ? L’incontournable et essentielle information que demain, chers lecteurs, c’est le 14 février et la Saint-Valentin.

Peut-être la date de l’année dont je n’ai absolument rien à foutre parmi toutes celles dont je n’ai rien à cirer. Mais puisque c’est mon jour de publication sur Five-Minutes, autant en profiter et, pour une fois, célébrer comme il se doit ce jour béni pour les amoureux et amoureuses. Surtout un jour béni pour le commerce, des fois qu’on aurait pas tout claqué pour Noël, après avoir déjà défoncé son compte en banque pour le Black Friday.

La meilleure façon de fêter, avec quelques heures d’avance, la Saint-Valentin, c’est de revenir sur une pépite de 1995 avec le titre d’ouverture du premier album de Miossec. Pourquoi donc ? Si vous connaissez le texte, vous savez déjà. Si vous ne l’avez pas/plus en tête, je vous laisse apprécier “comme un crabe déjà mort“. Une sorte de cynisme absolu pétrie de classe totale, qui ouvrait alors un album fulgurant et râpeux comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps. Le minimalisme de deux guitares et d’une basse pour porter les textes dépouillés de Miossec. Cette première galette est un grand album, et depuis, notre Brestois préféré a bien bourlingué en nous en a livré quelques autres tout aussi grandioses.

N’empêche que. Ce Non non non non est mon point de rencontre avec ce grand bonhomme de la chanson. Ce qui en fait un titre très cher à mon cœur. D’où la pertinence de célébrer la Saint-Valentin en l’écoutant. Saint-Valentin que, telle une ultime provocation, je passerai en tête-à-tête avec moi-même, alors que je ne m’aime pas. Un comble.

Et puisqu’à la Saint-Valentin, la société nous commande d’aller par deux, voici donc un second titre tiré du même album. Evoluer en 3e division, ou comment enfoncer le clou et rester dans l’ambiance.

Raf Against The Machine

 

Pépite intemporelle n°45: Cold Love de Ghinzu (2009)

Après avoir commencé en douceur le weekend avec le folk suave de The Innocence GhinzuMission, on va le clore avec le rock incandescent des Belges de Ghinzu et plus particulièrement le titre qui porte très mal son nom de Cold Love. Après un excellent Blow en 2004 (je ne me suis toujours pas remis de Do You Read Me), la bande autour du charismatique John Stargasm met 5 ans avant de revenir avec Mirror Mirror qui regorge de pépites rock d’une très grande intensité. J’aurais pu très bien choisir l’oppressante montée en tension de This War is Silent, la déflagration électrique de Mirror Mirror ou encore la psalmodie engagée de Dream Maker mais ce soir ce sera le rock frontal du morceau d’ouverture Cold Love qui devrait vous mettre une claque salvatrice. Voilà un titre placé sous le sceau de l’urgence avec une rythmique survitaminée, des accalmies mettant en valeur le grain sombre de la voix de John Stargasm et une montée finale juste jouissive.

Et que dire de ce clip orgasmique? Tout est fou, les popes invoquant les forces maléfiques, les membres du groupe littéralement possédés et se transformant en véritables torches humaines, la sensualité quasi érotique des deux jeunes danseuses qui ne peuvent pas résister à l’attraction du diable et cette fin improbable ayant pour cadre un four… Ce clip figure depuis bien longtemps dans mon panthéon – et ce n’est pas Raf Against The Machine qui me contredira – et j’espère qu’il fera une entrée remarquée dans le votre. Allez j’y retourne, tel un Faust j’ai rendez-vous avec le diable, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°44 : Should I stay or should I go (1981) de The Clash/Die Toten Hosen

Parfois, je n’écris pas mes articles à la dernière minute, mais plutôt à la dernière heure du jour, ou la première du jour suivant selon d’où on regarde la situation. C’est le cas cette semaine, avec une bonne vieille pépite ressortie de mes archives musicales et émotionnelles. Je replace le contexte.

Lumière tamisée, verres de bières sur table en bois, conversations qui se mêlent, parfums de currywurst et de Berliner Dog qui flottent : plusieurs heures déjà que je me trouve au Berliner Wunderbar, une adresse parisienne très recommandable. La soirée se déroule tranquille, qui plus est en chouette et charmante compagnie. L’idée d’explorer un peu plus la culture allemande nous vient presque naturellement.

Et notamment la culture allemande musicale, qui recèle quelques artistes hauts en couleurs. Tout se joue un peu plus tard sur le quai du métro. Je me souviens des Toten Hosen (Les Pantalons Morts), groupe de punk-rock allemand né en 1982 autour de son leader Campino. Je me rappelle cette cassette audio sur laquelle j’avais copié plusieurs de leurs morceaux. Elle tournait souvent dans ma piaule d’ado pour écouter, entre autres pépites, Hier kommt Alex et Disco in Moskau. Mais les Toten Hosen sont bien plus que ça : une carrière de maintenant 38 années, ponctuée de 30 albums en cumulant studios et lives, et des concerts à la pelle. Histoire de rappeler que le punk-rock, ça se passe avant tout sur scène avec des guitares, des gars un peu énervés et de la bière.

Au milieu de cette carrière assez improbable et néanmoins époustouflante, les lascars de Düsseldorf ont repris Should I stay or should I go, un des grands titres du Clash de Joe Strummer. Peut-être pas le meilleur morceau, mais sans doute un des plus emblématiques, aux côtés de London Calling et Rock the casbah. Histoire d’appuyer les clins d’oeil punk-rock, on se rappellera aussi que les Toten Hosen avait pondu en 1987 Never mind The Hosen, Here’s die Roten Rosen. Un album au titre plus que référence.

Et sur ce quai de métro, on écoute le Should I stay or should I go revisité par les Toten Hosen. Deux minutes et des poussières pour patienter jusqu’à l’arrivée de la rame, prévue trois minutes plus tard. Une poignée de riffs de guitare un poil plus rapides et plus aérés que l’original, pour se sentir exactement d’où on sortait tout en s’imaginant bien ailleurs. La station de métro s’efface le temps d’une bulle pépite-punk. Il ne reste plus que nous.

Quelques instants plus tard, tu me fais remarquer ce monsieur, adossé à la cloison de sécurité. Il lit un livre bien imposant et fort encombrant pour circuler dans le métro. Je trouve ça touchant et aussi un peu punk ce genre d’observation. Et je souris.

Faut-il rester ou partir ? Question de vie fondamentale et récurrente. Trouvez votre propre réponse, mais de mon côté, c’est assez clair.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°43: American IV: The Man Comes Around de Johnny Cash (2002)

L’histoire est bien connue, en 1994 Johnny Cash rencontre Rick Rubin, légendaireJohnny Cash producteur de rap et de métal. De cette union entre deux génies naîtra la série des American Recording, dont le premier disque sort en 1994. Il constituera la renaissance de « l’homme en noir », jusqu’à son décès en 2003.

Johnny Cash est la première rock star de l’histoire. Né le 26 février 1932 à Kingland, dans le sud des Etats-Unis, le jeune Johnny Cash grandit dans une famille pauvre qui survit en travaillant dans les champs de coton. Les chants entonnés alors avec ses frères et sœurs sont le seul moyen d’échapper à la fatigue et au désespoir. La guitare sera un vrai refuge pour lui. Il enregistre ses premières chansons dès 1955. Son succès est foudroyant mais l’alcool et la drogue révèlent vite une personnalité torturée et autodestructrice. C’est grâce à l’amour que JC se sauve de ses propres démons. C’est aussi grâce à son engagement. JC s’est toujours senti proche des voyous, des rebelles et des enfermés. Il décide d’ailleurs de consacrer de nombreux concerts et tournées aux prisons américaines. De ces concerts, il en reste un des plus grands lives de l’histoire de la musique Live at Folsom Prison.

Mais revenons aux American Recording et à cette collaboration iconoclaste qui aboutira à cinq albums et au sixième posthume. Le premier est donc enregistré dans le salon de Johnny Cash qui s’accompagne seul, à la guitare. Dans cette série le IV est le sommet de son œuvre. Johnny Cash est malade, gravement malade. Il a trop abusé des substances, de l’alcool, de la vie. Il est diabétique, n’arrive quasiment plus à marcher. Il compose alors l’une de ses plus belles chanson The Man Comes Around, inspiré du livre de Job. JC surfe avec la mort. Les reprises de Hurt et de Personnal Jesus sont des sommets d’interprétation crépusculaire. JC sait que c’est l’heure du bilan, du dernier bilan. Il rassemble toute sa souffrance dans des reprises et des compositions bouleversantes.

Dans la dernière chanson du disque JC reprend We’ll Meet Again, une chanson que chantaient les soldats anglais avant d’aller au combat pendant la deuxième guerre mondiale. Une chanson pour se donner du courage avant la mort probable. Une chanson qui évoque le paradis.

JC a cherché la rédemption toute sa vie. Il l’a trouvée dans la dernière ligne droite de sa vie. L’une des plus belles manières de dire adieu en musique.

Rage

Pépite intemporelle n°42: Natural Blues de Moby (1999)

Voilà peut-être un de mes 10 meilleurs albums de tous les temps que ce sublime Play qui Mobyaura irradié de mille feux mes belles années d’étudiant. Avant cette déflagration sonore de 1999, je ne connais pas grand chose des belles années electro/techno de Richard Melville Hall à part I Like to Score et sa version du thème de James Bond qui m’avait alors marqué. Rien ne m’avait donc préparé à ce Play et sa ribambelle de titres qui me font briller les yeux de plaisir (Porcelain, Why Does My Heart Feel so Bad?, Natural Blues, Everloving, My Weakness…). Plus d’une 1 heure inspirée par les dieux, un moment de magie plein d’émotions assez indescriptible et que, tout du moins, je ne souhaite pas tenter de décrire par peur de dénaturer l’ensemble.

Le titre du jour Natural Blues qui reprend les paroles de Trouble so hard de Vera Hall (1937) s’impose comme un morceau incantatoire, espèce de blues désincarné né sur les cendres d’un XXème siècle vivant ses derniers instants. Voilà un morceau addictif qui me donne la furieuse envie de réécouter  Play, sommet d’une carrière très riche, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°41: Time to Dance de The Shoes (2011)

Ils sont originaires de Reims, ils s’appellent Guillaume Brière et Benjamin Lebeau et enThe Shoes 2011 leur Crack My Bones a tourné en boucle et m’a fait perdre tout sens commun. Rock survitaminé teinté d’électro, pléthore de featuring de haut vol (Anthonin Ternant de The Bewitched Hands, Benjamin Esser, Wave Machines…) et tubes instantanés qui explosent en bouche avec une immédiateté hallucinante, 8 ans plus tard je continue à frissonner de plaisir à l’écoute de cet opus qui reste pour moi le sommet incontestable de leur carrière, Chemicals en 2015 m’ayant un peu moins convaincu.

Il y a des soirs où le corps réclame un plaisir immédiat et une forte dose d’adrénaline, un besoin d’énergie que Time to Dance offre à foison. Entre le clip où vous noterez la présence de Jake Gyllenhaal (et FKA Twigs pour les plus observateurs) et un live avec les deux percussionnistes Das Galliano, vous devriez avoir votre dose pour tenir une nouvelle semaine sans soleil, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°40 : Je ne peux plus dire je t’aime (1979) de Jacques Higelin

Y a des jours comme ça, où on imagine livrer son article de la semaine sur une nouveauté, un coup de cœur déniché au fond des bacs d’un disquaire, une pépite inattendue. Mais la vie réserve parfois des surprises, et ce 28 novembre je me suis fait (r)attraper au réveil et au saut du lit par ce magnifique Je ne peux plus dire je t’aime du grand Jacques Higelin.

Voilà une chanson qui atteint cette année ses 40 ans. Quarante années qu’elle se promène au milieu d’un album charnière dans la carrière d’Higelin. Champagne pour tout le monde… Caviar pour les autres (1979) est un double album, initialement sorti en deux disques séparés, avant qu’ils ne soient regroupés en un seul volume. Il n’y a rien à jeter dans ces multiples pistes, que l’on débute avec Champagne ou Cayenne, c’est fini, ou bien que l’on poursuive avec Tête en l’air, L’attentat à la pudeur, ou encore Le fil à la patte du caméléon.

Un double opus charnière qui va à la fois faire passer Higelin des années 70 aux années 80, et ouvrir sa musique sur une nouvelle dimension. Les années 60 ont été synonymes d’expérimentations en tout genre avec Areski et Brigitte Fontaine. Les années 70 ajoutent à ce matériau de départ du rock et un grain de folie supplémentaire et bienvenu. Les années 80 seront celles d’un certaine idée de la chanson française, à la fois pop et de très haute volée.

Champagne/Caviar est donc le témoignage de cette évolution musicale. Un album dont je ne me lasse pas, que je peux écouter en boucle comme d’ailleurs à peu près tout Higelin, d’un disque à l’autre selon mon humeur du moment. Toutefois, cet album a une saveur particulière, peut-être à cause de (ou grâce à) ce Je ne peux plus dire je t’aime, niché à mi-chemin de Caviar et aux trois quarts de Champagne/Caviar, comme une dernière respiration avant la clôture de la fête.

Car il s’agit bien là d’un titre de clôture de fête, tant par son texte finement ciselé et d’une simplicité magnifique, que par sa musique, sorte de murmure intime et profondément humain. Une sorte de constat doux-amer, honnête et aussi plein de promesses. Une résignation tout autant qu’une proposition. Je ne peux plus dire je t’aime donnera lieu, par la suite, à de nombreuses versions en duo et reprises en tout genre. Comme un titre universel, que tout le monde voudrait savoir chanter. Comme une façon de dire les choses que toute personne normalement constituée aimerait maîtriser.

Dernière reprise en date, et pas des moindres : 8 février 2019, Izïa et Arthur H (fille et fils de, faut-il le rappeler ?), rendent hommage au grand Jacques lors de la cérémonie des Victoires de la musique. Comme on est généreux sur Five-Minutes, et que j’ai envie de l’écouter plusieurs fois encore, voici à la fois la version originale par Higelin, suivie de cette magnifique et imparable reprise par les enfants de, avec la charge émotionnelle qui va bien.

Jacques, tu nous manques chaque jour, mais loin de toute commémoration larmoyante, la meilleure chose que l’on puisse faire c’est continuer à écouter tes disques. Et notamment ce Je ne peux plus dire je t’aime qui, paradoxalement, est peut-être la plus belle déclaration d’amour qui soit.

Raf Against The Machine