Pépite intemporelle n°38: Live at Leeds de The Who (1970)

Album fondateur et sûrement l’un des plus grands lives de l’histoire de la musique, leThe Who Live at Leeds est un monument. C’est pendant l’été qu’a germé l’idée de revenir sur cet album qui m’a toujours accompagné. En effet, pendant la période estivale, beaucoup d’articles, d’émissions de radio et de télé (redécouverte du documentaire sur Woodstock 3 days of peace and music) ont été consacrés aux 50 ans de Woodstock. Si j’avais les moyens, j’aurais craqué pour la réédition complète (38 cd et près de 800 euros) mais voilà, ma passion a quelques limites… En tout cas, la commémoration m’a permis de mieux comprendre à quel point ce festival reste un moment important pour la musique et la culture.

Quand j’étais jeune, j’avais emprunté à plusieurs reprises le documentaire dont Martin Scorsese est l’un des coréalisateurs et qui donne un aperçu du festival. Dans mon souvenir, on voyait 2 à 3 heures de musique mais je ne connaissais pas la moitié des groupes présents sur les éditions de l’époque. Je faisais donc beaucoup d’avance rapide. Objectivement, comme beaucoup, c’est Jimmy Hendrix que je voulais voir. On le voyait à la fin de la cassette. Il y avait quand même ce passage sur les Who

Et dieu que cela envoie du lourd! Malheureusement le concert de Woodstock des Who avait un son pourri. D’ailleurs, la rétrospective permet de se rendre compte à quel point Woodstock fut d’une grande impréparation.Quand on pense que Jimmy Hendrix joue vers 8 heures du matin alors que la plupart des spectateurs sont rentrés chez eux…

Mais revenons à nos Who. Ils avaient décidé d’enregistrer un live après la sortie de Tommy. Il faut dire que leur réputation d’énergie folle était déjà incroyable, leurs concerts duraient 3 heures et ils cassaient leur matériel sur scène une fois sur deux. De retour d’Allemagne, après une tournée extrêmement longue, les voilà à Leeds, puis à Hull. Les deux dates ont été captées sur la bande mais heureusement c’est le Live at Leeds qui est sorti en premier (Hull ça sonne vraiment con comme nom pour un concert de rock -finalement le Live at Hull sortira également bien plus tard…).

Alors ce disque c’est quoi au juste? l’énergie c’est beau quand c’est maîtrisé, c’est le premier enseignement de cette musique. Sur le Live at Leeds il suffit d’écouter l’enchaînement We’re Not Gonna Take It / See Me Feel Me / Listening To You et tous les instruments un par un pour se rendre compte que c’est tout juste incroyable.

Je ne pense pas à un musicien en particulier, ils sont tous des génies, mais c’est vrai que Keith Moon à la batterie avec ses tapotements de musicien de jazz qui semble se balader sur la rythmique, ça paraît toujours incroyable. Et puis il y a à la basse John Entwistle. Je suis bassiste et tout le monde devrait savoir qu’il a changé la perception et la place de la basse dans la musique. Bref pour revenir à cet article, je me suis rendu compte que la vraie sensation surprenante de cet album, outre qu’il est la porte d’entrée vers le punk, c’est la voix. Je n’avais pas bien compris jusqu’à maintenant qu’indépendamment d’individualités incroyables, de génies musicaux, d’énergie folle, ils avaient tous LA VOIX. Je ne parle pas uniquement de la voix de Roger Daltrey mais de cette capacité ahurissante qu’ils ont de chanter tous ensemble, de cette osmose musicale et mélodique incroyable qu’on retrouve partout sur le live et notamment sur A Quick One, While He’s Away.

Un dernier conseil, optez pour la version deluxe intégrale du live, 3 heures de musique pour ne rien rater d’un des plus grands lives de la musique rock (dans un autre genre je me garde la possibilité de parler un jour de The Youth are getting restless des Bad Brains).

 

Rage

Pépite intemporelle n°37: Hands Around My Throat de Death In Vegas (2002)

Voilà un nom de groupe que j’ai toujours trouvé séduisant par ses sonorités et je ne peuxDeath In Vegas que remercier les héritiers d’Elvis Presley qui ont poussé le groupe formé autour de Richard Fearless à quitter son ancien nom de Dead Elvis. Une fois passées ces considérations étymologiques bien secondaires, Death In Vegas représente dans mon panthéon musical la transition entre le trip-hop et les groupes dominants de l’électro autour de 2000 comme Fat Boy Slim ou encore The Chemical Brothers. J’aime tout particulièrement la sensualité et le parfum de stupre qui parcourt cette musique, un son qui prend aux tripes. Ce n’est pas le clip de Hands Around My Throat, tiré du troisième opus du groupe Scorpio Rising, que je découvre à l’occasion de cette publication qui brisera ces impressions, tant Emmanuelle Seigner met brillammment au service du titre son érotisme déviant… Le beat électro de fond qui traverse avec puissance le morceau est obsédant et inquiétant et se marie parfaitement au chant, les sonorités rock luttent pour prendre le pouvoir pour un résultat noir comme l’encre… Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°36: In Every Dream Home a Heartache de Roxy Music (1973)

On ne va pas se mentir, je ne connais que trop peu le glam rock de Roxy Music et je sais Roxy Musicjuste que ce groupe a permis l’éclosion de deux grands talents que sont Bryan Ferry et Brian Eno. Je suis tombé par le plus pur des hasards sur ce titre présent sur le deuxième album For Your Pleasure grâce à la brillante ouverture de la saison 2 de Mindhunter. Le long monologue de Bryan Ferry est habité et angoissant avec ces synthés envoûtants en fond, l’atmosphère est étouffante, se mariant parfaitement avec la série produite par David Fincher… L’explosion instrumentale permet une véritable libération avec des riffs aiguisés comme des couteaux, la construction de ce morceau est juste brillante et cela me permet de repartir sur les chapeaux de roues après la trêve estivale, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°35 : Red right hand (1994) de Nick Cave & The Bad Seeds

Livraison du mercredi à une heure tardive, soit, mais à cela deux raisons principales. D’une part, mes journées de boulot sont actuellement dantesques. A l’heure où une partie de la France se repose déjà, une autre partie continue le taf. C’est mon cas, et je vous assure que j’aimerais que ça lève (un peu) le pied. D’autre part, je passe mon temps libre plongé dans les séries TV pour décompresser, ce qui nous amène directement au sujet du jour.

Oui, tout simplement parce que je découvre avec quelques années de retard la série Peaky Blinders. Depuis 2013, les magouilles et filouteries en tout genre de Thomas Shelby et de sa bande se racontent à coup d’épisodes à la fois poisseux et réalistes, tout en étant accompagnées d’une bande son complètement anachronique. La série se déroule en 1919 à Birmingham, mais le son est volontairement rock, âpre et chargé de guitares des années 1990 et 2000.

A commencer par le générique, qui n’est autre qu’un de mes titres préférés de Nick Cave. Red right hand, sorti en 1994 sur l’album Let love in, crache une ambiance tendue, vénéneuse, pleine de colère rentrée qui annonce parfaitement la couleur de l’épisode qui arrive. Rarement une série aura eu l’intelligence de balancer en ouverture un morceau qui pose aussi parfaitement et simplement le climat qui va nous envelopper.

Et comme je voudrais que vous découvriez sans tarder cette pépite de 25 ans d’âge, je m’efface pour vous laisser avec ces quelques minutes de très bon son. Ce qui me permettra, quant à moi, de retourner à un nouvel épisode des Peaky Blinders.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°34 : Long way down (2013) de Tom Odell

Par ces temps de forte chaleur, pas vraiment question d’aller s’écouter du gros son qui fait bouger les corps de ouf : rien que de monter un étage au boulot ou d’aller chercher un document à l’imprimante, j’avais la sensation d’avoir couru un 100 mètres. Bref, voilà une des intros les plus pourries que j’ai pu proposer depuis les débuts de Five Minutes !

Tout ça pour dire que le son du jour est une petite pépite de calme née voici 6 ans déjà. Long way down (2013) est lovée au cœur du premier album éponyme de Tom Odell. Ce jeune auteur-compositeur-interprète anglais écrit ses premières chansons à 13 ans, avant d’expérimenter la formule groupe. Dont il se détachera finalement pour œuvrer en solo. Et livrer dès 2013, soit à l’âge de 23 ans, ce premier opus Long way down.

L’album se balade tranquillement dans la pop indé qu’on aime, avec des titres qui rappellent parfois Radiohead, Queen, ou encore Jeff Buckley. Surtout pour la voix concernant ce dernier, puisque celle de Tom Odell se paie le luxe d’avoir à la fois une tessiture relativement étendue, et un grain qui dégage d’assez fortes émotions. Et n’est donc pas sans rappeler la puissance et le frisson des titres de Grace, album référence absolue dans ma discothèque.

Long way down (le titre) est la parfaite illustration de ce frisson musical. En 2 minutes 30 (oui, cette semaine, on vous vole de la moitié des Five minutes promises… mais rassurez-vous, c’est court mais intense), Tom Odell lâche ici une véritable pépite émotionnelle. C’est juste l’histoire d’un garçon qui voit partir son amoureuse, et qui aimerait qu’il en soit autrement. C’est l’histoire d’une chute libre qui s’annonce, d’un long chemin à remonter ensuite. C’est à la fois mélancolique et d’une beauté infernale. Même sans comprendre chaque mot du texte, l’émotion à fleur de peau de ce piano-voix saura ravager toute résistance de votre part. Si vous sentez monter une larmichette, laissez la sortir. Surtout à 1’20 : bon courage pour résister à la reprise…

C’est un des morceaux-bulles dans lequel je retourne régulièrement, pour m’apaiser, échapper au tumulte du monde et à la connerie ambiante. C’est un titre que j’aime au-delà du raisonnable et qui ne m’a jamais quitté depuis ma première écoute. Au-delà de cet attachement qui n’appartient qu’à moi, j’espère que ce Long way down vous ravira et vous apportera de belles émotions.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°33: I Love You So de Cassius (2010)

Il est des journées amères où l’on a envie de s’en prendre à cette chienne de vie qui brilleCassius par son injustice et le 20 juin 2019 trône fièrement au milieu de ces jours sans saveur… Hier soir Philippe Cerboneschi connu sous le nom de Philippe Zdar est décédé accidentellement deux jours avant la sortie du cinquième album de Cassius Dreems… et derrière la tristesse engendrée j’ai plus envie de rappeler aujourd’hui à quel point cet artiste était tout simplement brillant.

Zdar a donc formé avec son ami de toujours Hubert Blanc-Francard alias Boom Bass un duo électro marquant de la french touch Cassius. Les albums 1999 avec des titres comme Cassius 1999 ou l’addictif Feeling for You et Au rêve en 2002 (The Sound of Violence, Thrilla…) ont démontré le talent des deux à aller taquiner les dance-floors… En 2006 avec 15 Again ils se tournent davantage vers un son pop-rock bien senti et je vous mets au défi de ne pas fredonner des titres comme Toop Toop ou See Me Now. J’avais pris un vrai plaisir à les retrouver en 2016 avec le jouissif et hédoniste Ibifornia chroniqué par ici qui démontrait toujours le plaisir de faire de la musique viscéralement chevillé au corps qu’avaient ces deux-là.

Zdar était justement beaucoup trop amoureux de la musique pour ne pas se lancer dans la production… Après avoir produit les 4 premiers albums de MC Solaar, il a aidé à la naissance de sublimes albums (Wolfgang Amadeus Phoenix de Phoenix, How Deep Is Your Love de The Rapture, Hot Chip, Franz Ferdinand, Cat Power, Beastie Boys…) et permis à des titres touchés par la grâce d’occuper nos esprits. Je pense en particulier à l’un des titres qui me touchent le plus et qui était un des titres dont Zdar était le plus fier, à savoir le brillant La Ritournelle sur l’album Politics de Sébastien Tellier. Un instant de magie qui prend une saveur mélancolique inédite aujourd’hui…

Il faut toujours chercher le positif même dans les moments les plus durs et je sais qu’aujourd’hui nombreux sont ceux qui, comme moi, vont aller réécouter Cassius et retrouver le sourire… Je vous laisse avec un titre évocateur pour vous rappeler que Philippe Zdar c’était avant tout du bon son…

Sylphe

Pépite intemporelle n°32: Daniel de Bat for Lashes (2009)

Natasha Khan, alias Bat for Lashes, fait partie de ces artistes que je cite régulièrement Bat for Lashessans lui avoir dédié aucun article depuis la renaissance du blog et il est temps de réparer cette anomalie. Le cinquième opus Lost Girls sortira le 6 septembre prochain et depuis une semaine le single Kids in the Dark ravive les bons souvenirs d’une voix d’une grande douceur. Cependant, je préfère revenir en 2009 lors de la sortie du second album Two Suns qui s’impose pour moi comme son meilleur album avec Fur and Gold de 2006. Le single Daniel s’impose de loin comme son morceau le plus brillant avec ce chant habité et tout en retenue sur un univers instrumental d’une grande richesse entre violons et synthés. Le titre gagne en intensité et la rythmique s’intensifie, portée par un refrain à la mélodie imparable. A savourer sans aucune modération, enjoy!

Sylphe