Pépite intemporelle n°41: Time to Dance de The Shoes (2011)

Ils sont originaires de Reims, ils s’appellent Guillaume Brière et Benjamin Lebeau et enThe Shoes 2011 leur Crack My Bones a tourné en boucle et m’a fait perdre tout sens commun. Rock survitaminé teinté d’électro, pléthore de featuring de haut vol (Anthonin Ternant de The Bewitched Hands, Benjamin Esser, Wave Machines…) et tubes instantanés qui explosent en bouche avec une immédiateté hallucinante, 8 ans plus tard je continue à frissonner de plaisir à l’écoute de cet opus qui reste pour moi le sommet incontestable de leur carrière, Chemicals en 2015 m’ayant un peu moins convaincu.

Il y a des soirs où le corps réclame un plaisir immédiat et une forte dose d’adrénaline, un besoin d’énergie que Time to Dance offre à foison. Entre le clip où vous noterez la présence de Jake Gyllenhaal (et FKA Twigs pour les plus observateurs) et un live avec les deux percussionnistes Das Galliano, vous devriez avoir votre dose pour tenir une nouvelle semaine sans soleil, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°40 : Je ne peux plus dire je t’aime (1979) de Jacques Higelin

Y a des jours comme ça, où on imagine livrer son article de la semaine sur une nouveauté, un coup de cœur déniché au fond des bacs d’un disquaire, une pépite inattendue. Mais la vie réserve parfois des surprises, et ce 28 novembre je me suis fait (r)attraper au réveil et au saut du lit par ce magnifique Je ne peux plus dire je t’aime du grand Jacques Higelin.

Voilà une chanson qui atteint cette année ses 40 ans. Quarante années qu’elle se promène au milieu d’un album charnière dans la carrière d’Higelin. Champagne pour tout le monde… Caviar pour les autres (1979) est un double album, initialement sorti en deux disques séparés, avant qu’ils ne soient regroupés en un seul volume. Il n’y a rien à jeter dans ces multiples pistes, que l’on débute avec Champagne ou Cayenne, c’est fini, ou bien que l’on poursuive avec Tête en l’air, L’attentat à la pudeur, ou encore Le fil à la patte du caméléon.

Un double opus charnière qui va à la fois faire passer Higelin des années 70 aux années 80, et ouvrir sa musique sur une nouvelle dimension. Les années 60 ont été synonymes d’expérimentations en tout genre avec Areski et Brigitte Fontaine. Les années 70 ajoutent à ce matériau de départ du rock et un grain de folie supplémentaire et bienvenu. Les années 80 seront celles d’un certaine idée de la chanson française, à la fois pop et de très haute volée.

Champagne/Caviar est donc le témoignage de cette évolution musicale. Un album dont je ne me lasse pas, que je peux écouter en boucle comme d’ailleurs à peu près tout Higelin, d’un disque à l’autre selon mon humeur du moment. Toutefois, cet album a une saveur particulière, peut-être à cause de (ou grâce à) ce Je ne peux plus dire je t’aime, niché à mi-chemin de Caviar et aux trois quarts de Champagne/Caviar, comme une dernière respiration avant la clôture de la fête.

Car il s’agit bien là d’un titre de clôture de fête, tant par son texte finement ciselé et d’une simplicité magnifique, que par sa musique, sorte de murmure intime et profondément humain. Une sorte de constat doux-amer, honnête et aussi plein de promesses. Une résignation tout autant qu’une proposition. Je ne peux plus dire je t’aime donnera lieu, par la suite, à de nombreuses versions en duo et reprises en tout genre. Comme un titre universel, que tout le monde voudrait savoir chanter. Comme une façon de dire les choses que toute personne normalement constituée aimerait maîtriser.

Dernière reprise en date, et pas des moindres : 8 février 2019, Izïa et Arthur H (fille et fils de, faut-il le rappeler ?), rendent hommage au grand Jacques lors de la cérémonie des Victoires de la musique. Comme on est généreux sur Five-Minutes, et que j’ai envie de l’écouter plusieurs fois encore, voici à la fois la version originale par Higelin, suivie de cette magnifique et imparable reprise par les enfants de, avec la charge émotionnelle qui va bien.

Jacques, tu nous manques chaque jour, mais loin de toute commémoration larmoyante, la meilleure chose que l’on puisse faire c’est continuer à écouter tes disques. Et notamment ce Je ne peux plus dire je t’aime qui, paradoxalement, est peut-être la plus belle déclaration d’amour qui soit.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°37 : 40 ans de chansons sur scène (2019) de Hubert-Félix Thiéfaine

40-Ans-de-chansons-sur-scene-Coffret-Inclus-DVDC’était il y a un an. Pas la sortie de cet album, mais la série de concerts qui en est à l’origine. Nous étions donc en 2018, et Hubert-Félix Thiéfaine (HFT) avait choisi de fêter avec son public ses 40 ans de chansons. D’une part, avec la réédition en vinyles de la totalité de sa discographie studio. D’autre part, avec une mini-tournée anniversaire 40 ans de chansons sur scène : 12 concerts à travers la France, dont un Bercy parisien plein à craquer le 9 novembre, et un Zénith dijonnais le lendemain tout aussi plein. Un 10 novembre donc, qui me revient en pleine mémoire quasiment jour pour jour un an après.

Quelques mois plus tard, est sorti ce double CD/quadruple vinyle, pour nous replonger dans l’intégralité de ce mémorable concert de près de 3 heures. Moi qui écoute Thiéfaine depuis mes années lycée, moi qui trépignait de le revoir sur scène après le Vixi Tour en 2015, bien évidemment j’ai sauté sur cet enregistrement, et bien évidement j’ai revécu cette soirée ponctuée de moments inoubliables. La tracklist est inattendue, intelligente, et faite pour combler tout le monde en balayant effectivement les 40 années de chansons de HFT. J’ai vérifié pour vous : il y a au moins un titre de chacun des albums studio du bonhomme. Et donc pas tricherie sur la marchandise : on revisite bien la totalité de la carrière.

Double revisite de la discographie d’ailleurs. Par la présence de morceaux très anciens, parfois jamais ou rarement joués sur scène, comme de titres plus récents. J’avoue que j’ai frétillé de plaisir en entendant HFT ouvrir sa soirée avec 22 mai, et plus tard envoyer La dèche, le twist et le reste ou encore Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs). Dans les titres moins anciens, on trouve aussi Eloge de la tristesse, Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable, ou encore l’exceptionnel Confessions d’un never been. C’est une vraie balade au cœur d’une carrière que je ne cesse d’admirer qui nous était proposée à l’automne dernier, et qui est retranscrite ici.

Double revisite disais-je, parce que la tracklist n’oublie pas de rappeler que Thiéfaine, c’est tout une somme d’émotions et de sentiments mélangés, mixés, imbriqués entre eux. Entre spleen rimbaldien et grain de folie, regards sur le monde et sexualité vénéneuse, j’enfonce des portes ouvertes en disant que les textes de Thiéfaine sont tous de petites merveilles qui sont capables de faire sourire et pleurer en même temps, de partir dans un autre monde en ne perdant jamais de vue qu’on est là et bien là, jusqu’à ce que la faucheuse nous attrape tout du moins. C’est aussi pour cet éventail intarissable de sentiments que j’écoute HFT depuis maintenant plusieurs décennies, sautant allègrement de L’agence des amants de Madame Müller à Sweet amanite phalloïde queen, en passant par La maison Borniol, Mathématiques souterraines, Soleil cherche futur ou Les dingues et les paumés.

C’est donc peu dire que cet album live est une pépite intemporelle. S’il n’invente rien de bien nouveau, il est un magnifique moment pour retrouver Thiéfaine dans ses œuvres et son talent. Il a aussi la vertu de donner immédiatement l’envie de se retaper tous les albums, pour en réécouter un texte, un arrangement, un riff de guitare. Pour comparer les versions de tel ou tel titre, tantôt rock, tantôt plus reggae teinté de synthés et guitare 80’s.

Et, pour tous ceux qui, comme moi, ont eu le bonheur d’assister à ces soirées anniversaires l’an dernier, c’est la garantie de revivre à jamais les frissons qui ont ponctué ce concert. On a coutume de dire que chaque chanson ou chaque album nous ramène inlassablement à un moment de notre vie. C’est on ne peut plus vrai avec cet enregistrement, qui me renvoie à un moment scénique et musical incroyable. J’aurais rêvé de le partager, je l’ai vécu seul. Comme une préfiguration de ma solitude à venir. J’y repense à chaque fois que j’enfile ce t-shirt kaki, floqué du corbeau de Thiéfaine, que j’ai acheté ce soir-là. Une sorte d’oiseau qui veille, comme une âme. Ils sont encore nombreux les petits matins où je me réveille autour de 4h10. Dans ces moments d’insomnie, je pose ce disque de Thiéfaine sur la platine, et je replonge dedans. Comme dirait Hubert, « je n’ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments », ce qui ne m’empêche pas d’entretenir la mémoire des moments passés, le souvenir des orgasmes de vie et de me frayer un chemin dans les affres de cette existence pour aller, le moins vite possible, vers l’inévitable fin. Mood Thiéfaine pur jus.

Raf Agent The Machine

Pépite intemporelle n°38: Live at Leeds de The Who (1970)

Album fondateur et sûrement l’un des plus grands lives de l’histoire de la musique, leThe Who Live at Leeds est un monument. C’est pendant l’été qu’a germé l’idée de revenir sur cet album qui m’a toujours accompagné. En effet, pendant la période estivale, beaucoup d’articles, d’émissions de radio et de télé (redécouverte du documentaire sur Woodstock 3 days of peace and music) ont été consacrés aux 50 ans de Woodstock. Si j’avais les moyens, j’aurais craqué pour la réédition complète (38 cd et près de 800 euros) mais voilà, ma passion a quelques limites… En tout cas, la commémoration m’a permis de mieux comprendre à quel point ce festival reste un moment important pour la musique et la culture.

Quand j’étais jeune, j’avais emprunté à plusieurs reprises le documentaire dont Martin Scorsese est l’un des coréalisateurs et qui donne un aperçu du festival. Dans mon souvenir, on voyait 2 à 3 heures de musique mais je ne connaissais pas la moitié des groupes présents sur les éditions de l’époque. Je faisais donc beaucoup d’avance rapide. Objectivement, comme beaucoup, c’est Jimmy Hendrix que je voulais voir. On le voyait à la fin de la cassette. Il y avait quand même ce passage sur les Who

Et dieu que cela envoie du lourd! Malheureusement le concert de Woodstock des Who avait un son pourri. D’ailleurs, la rétrospective permet de se rendre compte à quel point Woodstock fut d’une grande impréparation.Quand on pense que Jimmy Hendrix joue vers 8 heures du matin alors que la plupart des spectateurs sont rentrés chez eux…

Mais revenons à nos Who. Ils avaient décidé d’enregistrer un live après la sortie de Tommy. Il faut dire que leur réputation d’énergie folle était déjà incroyable, leurs concerts duraient 3 heures et ils cassaient leur matériel sur scène une fois sur deux. De retour d’Allemagne, après une tournée extrêmement longue, les voilà à Leeds, puis à Hull. Les deux dates ont été captées sur la bande mais heureusement c’est le Live at Leeds qui est sorti en premier (Hull ça sonne vraiment con comme nom pour un concert de rock -finalement le Live at Hull sortira également bien plus tard…).

Alors ce disque c’est quoi au juste? l’énergie c’est beau quand c’est maîtrisé, c’est le premier enseignement de cette musique. Sur le Live at Leeds il suffit d’écouter l’enchaînement We’re Not Gonna Take It / See Me Feel Me / Listening To You et tous les instruments un par un pour se rendre compte que c’est tout juste incroyable.

Je ne pense pas à un musicien en particulier, ils sont tous des génies, mais c’est vrai que Keith Moon à la batterie avec ses tapotements de musicien de jazz qui semble se balader sur la rythmique, ça paraît toujours incroyable. Et puis il y a à la basse John Entwistle. Je suis bassiste et tout le monde devrait savoir qu’il a changé la perception et la place de la basse dans la musique. Bref pour revenir à cet article, je me suis rendu compte que la vraie sensation surprenante de cet album, outre qu’il est la porte d’entrée vers le punk, c’est la voix. Je n’avais pas bien compris jusqu’à maintenant qu’indépendamment d’individualités incroyables, de génies musicaux, d’énergie folle, ils avaient tous LA VOIX. Je ne parle pas uniquement de la voix de Roger Daltrey mais de cette capacité ahurissante qu’ils ont de chanter tous ensemble, de cette osmose musicale et mélodique incroyable qu’on retrouve partout sur le live et notamment sur A Quick One, While He’s Away.

Un dernier conseil, optez pour la version deluxe intégrale du live, 3 heures de musique pour ne rien rater d’un des plus grands lives de la musique rock (dans un autre genre je me garde la possibilité de parler un jour de The Youth are getting restless des Bad Brains).

 

Rage

Pépite intemporelle n°37: Hands Around My Throat de Death In Vegas (2002)

Voilà un nom de groupe que j’ai toujours trouvé séduisant par ses sonorités et je ne peuxDeath In Vegas que remercier les héritiers d’Elvis Presley qui ont poussé le groupe formé autour de Richard Fearless à quitter son ancien nom de Dead Elvis. Une fois passées ces considérations étymologiques bien secondaires, Death In Vegas représente dans mon panthéon musical la transition entre le trip-hop et les groupes dominants de l’électro autour de 2000 comme Fat Boy Slim ou encore The Chemical Brothers. J’aime tout particulièrement la sensualité et le parfum de stupre qui parcourt cette musique, un son qui prend aux tripes. Ce n’est pas le clip de Hands Around My Throat, tiré du troisième opus du groupe Scorpio Rising, que je découvre à l’occasion de cette publication qui brisera ces impressions, tant Emmanuelle Seigner met brillammment au service du titre son érotisme déviant… Le beat électro de fond qui traverse avec puissance le morceau est obsédant et inquiétant et se marie parfaitement au chant, les sonorités rock luttent pour prendre le pouvoir pour un résultat noir comme l’encre… Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°36: In Every Dream Home a Heartache de Roxy Music (1973)

On ne va pas se mentir, je ne connais que trop peu le glam rock de Roxy Music et je sais Roxy Musicjuste que ce groupe a permis l’éclosion de deux grands talents que sont Bryan Ferry et Brian Eno. Je suis tombé par le plus pur des hasards sur ce titre présent sur le deuxième album For Your Pleasure grâce à la brillante ouverture de la saison 2 de Mindhunter. Le long monologue de Bryan Ferry est habité et angoissant avec ces synthés envoûtants en fond, l’atmosphère est étouffante, se mariant parfaitement avec la série produite par David Fincher… L’explosion instrumentale permet une véritable libération avec des riffs aiguisés comme des couteaux, la construction de ce morceau est juste brillante et cela me permet de repartir sur les chapeaux de roues après la trêve estivale, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°35 : Red right hand (1994) de Nick Cave & The Bad Seeds

Livraison du mercredi à une heure tardive, soit, mais à cela deux raisons principales. D’une part, mes journées de boulot sont actuellement dantesques. A l’heure où une partie de la France se repose déjà, une autre partie continue le taf. C’est mon cas, et je vous assure que j’aimerais que ça lève (un peu) le pied. D’autre part, je passe mon temps libre plongé dans les séries TV pour décompresser, ce qui nous amène directement au sujet du jour.

Oui, tout simplement parce que je découvre avec quelques années de retard la série Peaky Blinders. Depuis 2013, les magouilles et filouteries en tout genre de Thomas Shelby et de sa bande se racontent à coup d’épisodes à la fois poisseux et réalistes, tout en étant accompagnées d’une bande son complètement anachronique. La série se déroule en 1919 à Birmingham, mais le son est volontairement rock, âpre et chargé de guitares des années 1990 et 2000.

A commencer par le générique, qui n’est autre qu’un de mes titres préférés de Nick Cave. Red right hand, sorti en 1994 sur l’album Let love in, crache une ambiance tendue, vénéneuse, pleine de colère rentrée qui annonce parfaitement la couleur de l’épisode qui arrive. Rarement une série aura eu l’intelligence de balancer en ouverture un morceau qui pose aussi parfaitement et simplement le climat qui va nous envelopper.

Et comme je voudrais que vous découvriez sans tarder cette pépite de 25 ans d’âge, je m’efface pour vous laisser avec ces quelques minutes de très bon son. Ce qui me permettra, quant à moi, de retourner à un nouvel épisode des Peaky Blinders.

Raf Against The Machine