Pépite intemporelle n°81 : Riders on the storm (1971) de The Doors

81O496d9aTL._SL1500_A l’heure où sonne (enfin) officiellement la fin de l’année scolaire et le début de plusieurs semaines estivales, vient également le temps de clore cette nouvelle saison de Five Minutes. Après une année riche en sons que nous avons aimé écouter et vous faire partager, Sylphe et moi-même allons passer, comme les étés précédents, en formule estivale. Ce qui signifie moins de publications dans nos rubriques classiques. Toutefois, l’été étant propice à se détendre en écoutant de belles choses, nous réactivons notre rubrique « Son estival du jour », même si les plus fidèles d’entre vous savent que nous avons un peu triché ces dernières semaines. La pépite intemporelle du jour aurait pu y trouver sa place pour de multiples raisons. Mais, pour de multiples autres raisons, conservons Riders on the storm au rang de pépite intemporelle. Et voyons un peu pourquoi.

Enregistré entre décembre 1970 et janvier 1971, Riders on the storm figure sur L.A. Woman, sixième album studio du groupe de rock américain The Doors, sorti en juin 1971. Ce dernier, créé en 1965 autour de Jim Morrison au chant, est alors en pleine reconstruction et renaissance. Connue pour ses prestations scéniques hypnotiques et la personnalité incandescente de Morrison, la formation explose dès 1967 avec ses deux premiers albums The Doors et Strange Days. Mélange de rock psychédélique, de poésie, de blues, de jazz, et avec la particularité de se passer de guitare basse, la musique du quatuor fonctionne sans attendre. Ce succès immédiat propulse Morrison et sa bande dans des torrents de célébrité que le chanteur compensera par une consommation effrénée d’alcools et de drogues en tout genre. Ce qui ne l’empêchera pas de rester un immense artiste, épaulé par Ray Manzarek aux claviers, Robbie Krieger à la guitare, et John Densmore à la batterie.

Après Waiting for the sun (1968) et The lost parade (1969), The Doors vont peu à peu se faire plus remarquer pour les frasques scéniques et les provocations de Morrison que pour leur musique, qui reste pourtant de haute qualité. Le tournant des années 1970 sera pris de fort belle façon avec Morrison Hotel (1970), cinquième album très orienté blues-rock. Toutefois, cette année 1970 connait encore des hauts et des bas, entre le retour réussi sur scène du groupe (réécouter pour cela le Absolutely live, ou encore le Live in New-York – Felt Forum) et les retombées judiciaires du calamiteux concert de Miami en 1969. C’est donc en toute fin de l’année 1970 que débutent les répétitions, puis l’enregistrement, de L.A. Woman, sixième et ultime album studio des Doors avec Morrison. Ce dernier avait annoncé la couleur : après cet opus, il souhaite passer à d’autres formes artistiques en se consacrant à la production de films et à l’écriture de poèmes, tout en s’installant à Paris et en levant le pied sur la consommation d’alcools et de drogues.

L.A. Woman sonne comme le meilleur album du groupe, tout en passant pour être une forme de renaissance et de nouveau départ. Les titres sont particulièrement bien écrits et diversifiés dans leurs rythmes et influences (rock, blues, ballade…). Morrison se fend, comme à son habitude, mais en mieux encore, de textes d’une beauté et d’une poésie incroyables. L.A. Woman aligne dix titres comme dix pépites qu’il serait bien difficile de départager et de classer. J’adore cet album de la première à la dernière note. Et justement, la dernière note est aussi celle de Riders on the storm, puisque notre pépite occupe une place à la fois de choix, et totalement casse-gueule dans un album : la dernière. Ouvrir un disque est hautement risqué, puisqu’il faut que les premières secondes accrochent et donnent envie d’aller au-delà. Clore une galette est peut-être encore plus périlleux : tout le monde ne va pas au bout d’un album. Ceux qui y arrivent doivent en être récompensés et ne pas regretter le voyage. Surtout… ces dernières notes sont celles que l’oreille gardera. Le souvenir qui restera du moment passé avec l’artiste ou le groupe.

Sur ce point, Riders on the storm est un immense titre. Après neuf morceaux déjà impressionnants, la plage débute par le son de la pluie et du tonnerre au loin, sur lequel viennent se poser une rythmique batterie légère et l’orgue de Manzarek, comme d’autres gouttes d’eau. Avant d’être rejointes par la voix de Morrison et quelques notes de guitare, formant ainsi un titre totalement méta qui parle de cavaliers sous l’orage, en y intégrant des sons d’orage et des sons musicaux qui forment un orage. Des sons musicaux posés par quatre cavaliers musiciens que sont les Doors. Quatre cavaliers de l’Apocalypse sous l’orage de leur propre destinée. Avec cette impression que Riders on the storm est à la fois un testament musical, une clôture, une fin des temps, mais aussi peut-être une renaissance, notamment artistique. Après la pluie le beau temps. Une façon de dire que le meilleur est à venir.

A moins que, avec Riders on the storm, le meilleur ne soit déjà présent dans les 7 minutes 15 que dure le titre. Il existe une version single de 4 minutes 35, mais nous écouterons évidemment la version complète. Celle qui s’ouvre sur le son de la pluie d’orage, puis des quatre Doors qui, chacun à leur façon, contribuent à ce chef-d’œuvre. L’intro et les premières minutes de chants sont déjà magiques, mais ce n’est rien par rapport aux chorus de Krieger à la guitare, puis de Manzarek derrière ses claviers. L’équilibre entre solos et couplets est parfait. Le solo guitare à la fois posé et présent, avec un son rond et reverb qui s’accroche à chaque seconde. Celui aux claviers est imparable et hypnotique, effleurant et dissonant parfois. Entêtant et obsédant, comme une série de caresses de pluie (ou de doigts) sur la peau, qui amène peu à peu vers un climax… puis une redescente pour finir dans une certaine idée de la douceur, où se mêlent de nouveau voix, guitare, claviers, batterie. Avant de s’achever comme on a commencé, sur le son de la pluie. Comme autant de perles délicates qui se répandent sur ce moment d’une intimité et d’une intensité absolue. Et comme une boucle qui nous ramène au début de ce moment, pour mieux le recommencer et le revivre. Avec une envie intacte et régénérée.

Riders on the storm est tout ça à la fois, et sans doute bien plus encore. Il est un des meilleurs titres des Doors, sorti il y a tout juste 50 ans en juin 1971, quelques jours à peine avant que Morrison ne meurt. On a beaucoup évoqué l’anniversaire de sa disparition le 3 juillet dernier. A cette commémoration, je préfère réécouter, 50 ans après, la pépite qu’est Riders on the storm. Un titre que, toi comme moi, nous aimons. Tout comme nous aimons entendre au travers des volets, par une chaude soirée d’été, le doux son de la pluie qui tombe.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°80 : The sound(s) of silence (1964/1965) de Simon and Garfunkel

Qu’est-ce qu’une pépite intemporelle ? Il serait temps que nous nous posions la question sur Five Minutes, alors que nous atteignons aujourd’hui la 80e pépite intemporelle (et même bien plus, si toutefois vous avez suivi nos aventures dans la version 1 du blog). Une pépite intemporelle traverse le temps et les époques, et reste efficace comme au premier jour, malgré le nombre d’écoute parfois vertigineux. C’est aussi un titre qui parle aux différentes générations, et peut se voir utilisé ou injecté dans différents univers : il fonctionne à chaque fois. Cette définition par petites touches pourrait bien durer des paragraphes entiers… Aussi est-il plus raisonnable de continuer à égrener nos pépites intemporelles, en relevant pour chacune ce qui, à nos yeux, la classe dans cette catégorie.

The sound of silence entre sans hésitation dans cette rubrique. A bientôt 60 ans d’âge, cette chanson du duo folk-rock Simon and Garfunkel n’en finit plus de hanter nos oreilles, nos mémoires, et l’inconscient collectif. Sorti en 1964 dans une version acoustique et avec un S à Sounds, ce titre est en fait né quelques mois plus tôt. Paul Simon en débute l’écriture peu après l’assassinat de Kennedy (donc fin 1963). Intégré au premier album du duo Wednesday Morning, 3 A.M., l’ensemble passe plutôt inaperçu et les deux musiciens se séparent. En 1965, Tom Wilson, producteur de l’album, sent venir la vague folk-rock et décide de réenregistrer une version électrique de The sounds of silence, sans l’autorisation du duo. Le single fonctionne, le duo se reforme, sort un second album Sounds of silence, qui s’ouvre précisément sur notre pépite.

Disons le franchement : la version acoustique a ma préférence, et de très loin. D’une part, parce qu’elle est le reflet artistique du duo Simon and Garfunkel, tel qu’ils ont souhaité leur chanson. D’autre part, parce que la version électrique amenuise la magie et l’émotion initialement souhaitée. Ce titre, qui raconte les dangers de l’indifférence et la nécessité de dire les choses et d’exprimer ses émotions/idées/pensées/intentions, n’atteint jamais aussi bien son but que lové dans un écrin acoustique et intimiste. Le simple accompagnement de guitare pose une ambiance aérienne et poétique, tout en mettant en avant les voix ô combien travaillées, et le texte. La version électrique est celle qui a popularisé le morceau, mais elle perd un peu en fragilité émotionnelle.

Dans les décennies suivantes, on retrouvera The sound of silence repris à toutes les sauces, dans différentes langues et styles : par exemple… Richard Anthony et Marie Laforêt avec La voix du silence, The Dickies pour une version punk rock, Nevermore pour une version heavy metal, Anni-Frid Lyngstad pour une version suédoise, ou encore samplé par Eminem dans Darkness. Le cinéma s’en emparera : par exemple en 1967 dans Le Lauréat (ou l’on entendra également Mrs. Robinson des mêmes Simon and Garfunkel), mais aussi dans Watchmen (2009), pour accompagner la scène des obsèques du Comédien.

Côté histoire musicale, The sound of silence pointe en 2001 à la 79e place du classement des chansons du XXe siècle de la RIAA (Recording Industry Association of America), et en 2010 à la 157e place du classement Rolling Stone des 500 plus grandes chansons de tous les temps. Côté histoire tout court, Paul Simon en fera une interprétation acoustique solo le 11 septembre 2011 lors de la cérémonie commémorative des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Enfin, en mars 2013, The sound of silence est retenue pour intégrer le registre national des enregistrements, conservé à la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis.

Un sacré pedigree pour une seule petite (mais grande) chanson de 3 minutes. Pourtant, au-delà de ces multiples reprises, utilisations, mises à l’honneur, ce qui fait de The sound of silence une pépite intemporelle est peut-être bien plus simple que ça. Et se trouve en chacun de nous. Réécouter The sound of silence, c’est convoquer des souvenirs. Des images mentales. D’un disque qui tournait sur la chaine hi-fi parentale (qu’on avait interdiction de toucher), dans le salon au papier peint fleuri et orange. De soirées avec du monde dans la maison, ou au contraire de journées familiales et silencieuses. De la pochette du Concert in Central Park, un des rares disques de la maison, précieusement rangé sous ladite chaîne. D’un temps passé mais ancré en nous.

Ecouter The sound of silence, c’est frissonner de la sérénité que ces 3 minutes nous apportent après une journée dense et chargée. C’est aussi te remercier. D’avoir choisi ce son, pour se retrouver et pour se poser ensemble un moment. Et d’avoir fait germer cette chronique.

Version acoustique (1964)
Version électrique (1965)

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°79 : Snow (2017) de Angus & Julia Stone

SnowSi vous parcourez régulièrement, ou même de temps en temps, nos pages sur Five Minutes, il y a fort à parier que vous connaissez notre goût pour la famille Stone : mon ami Sylphe avait récemment chroniqué Sixty Summers (2021), le nouvel album solo de Julia Stone. De mon côté, j’ai déjà mis en avant des titres comme Baudelaire (2017) ou And the boys (2010), tout en me référant parfois au travail d’Angus & Julia Stone au cours d’une chronique. Leurs albums en solo sont plutôt bons, notamment The Memory Machine (2010) de Julia Stone, mais j’avoue un plaisir particulier à plonger dans la folk-rock du duo. Le savant dosage de guitares folk (et parfois électriques) dont ils ont le secret me transporte à chaque fois dans des images mentales de leurs grands espaces australiens. Rajoutons à cela le mélange de leurs deux voix, et s’installe alors une tranquillité à profiter de chacun de leur titre.

Snow, notre pépite du jour tout en étant intemporelle, n’échappe pas à cette règle. Pour restituer l’action, nous sommes en 2017, en ouverture de Snow, album éponyme et quatrième disque d’Angus & Julia Stone. Leur dernier en date à ce jour. Le plus connu étant Down the way (2010), notamment pour son single Big jet plane, sans oublier qu’il contient des petites merveilles comme For you, Yellow brick road ou encore And the Boys. Si vous aimez ce son Stonien, n’hésitez pas à découvrir (si ce n’est déjà fait) A book like this (2007) et Angus & Julia Stone (2014), deux excellents albums eux aussi.

L’album Snow est dans la droite ligne de ces trois premières productions. De ces disques qui peuvent tourner en boucle chez moi, ou simplement dans ma tête pour accompagner tel ou tel moment de la journée. Bourré de titres tous meilleurs les uns que les autres, il se clôt sur l’intimiste Sylvester Stallone, précédé de la pépite absolue Baudelaire, chef-d’œuvre total de composition et d’émotions. Deux pépites finales qui font écho à l’ouverture de l’album par Snow (le titre).

Tout est parfait dans Snow. L’ouverture, sur quelques notes presque comme un accordage d’instrument, puis la musique qui se met en place, très vite accompagnée des « la la la la la » de Julia Stone, avant les premières paroles qu’elle et son frère vont se partager, une phrase sur deux. Deux voix qui se posent, s’écoutent, se répondent. La douceur qu’elles apportent est contrebalancée et soutenue par l’intensité grandissante de la plage instrumentale. Que ce soit Julia ou Angus, ils jouent de leur voix comme de vrais instruments, et exploitent toute une gamme d’émotions en contact permanent avec les instruments mis plus ou moins en avant. Quatre minutes de magie musicale, qui se terminent presque comme un murmure minimaliste chargé de la richesse du moment passé.

Ecouter Snow, c’est choisir d’entrer de la meilleure des façons dans un album plein de promesses et de jolis moments. C’est aussi se plonger dans une bulle de douceur et de sérénité très vivifiante où il fait bon être. Ce titre apporte du calme, de la lumière, du soleil. Et des images mentales de décor qui vont avec : un coin de nature verdoyant, un bord d’océan breton, une terrasse au soleil pas trop bondée et, de préférence, partagée… Les possibilités sont nombreuses, et les occasions d’écouter Snow aussi. Je ne m’en prive jamais… mais merci de me l’avoir glissé aux oreilles voici quelques jours, et d’avoir, du même coup, fait naître cette chronique.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°78: Budapest et Antibodies de Poni Hoax (2006 et 2008)

Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax entre autres, a fui définitivement ses démons en début de semaine et je ne doute pas une seule seconde que les anges là-haut prendront plaisir à se dévergonder au son de ce rock habité et intense. Je ne vais pas me lancer dans un panégyrique exalté car d’autres maîtrisent bien mieux que moi la plume hyperbolique mais plutôt évoquer humblement mes souvenirs de Poni Hoax. Poni Hoax pour moi c’est donc ce concert de novembre 2018 au Chato Do à Blois où j’avais littéralement été estomaqué par ce chanteur habité par la musique, d’une intensité folle… On sentait que cet homme avait passé sa vie sur un fil, prenant plaisir à jouer avec les interdits et n’ayant connu que tardivement une vraie reconnaissance. Au moment du premier album éponyme en 2006, Nicolas Ker a déjà toute une vie derrière lui et 36 ans bien tassés. Ce succès tardif explique peut-être ce sentiment d’urgence qui perce dans les textes et que l’on retrouvera aussi dans le deuxième album Images of Sigrid en 2008. Ces deux premiers albums sont très puissants et méritent de figurer dans les discographies les mieux senties… Autant dire que je les ai beaucoup réécoutés cette semaine et qu’ils se sont bonifiés avec le temps. Je ne résiste pas à la tentation de vous partager deux titres rendant hommage à Nicolas Ker et à feu Poni Hoax, deux titres qui me font frissonner presque 15 ans après leur sortie. A ma gauche Budapest présent sur le premier album est un hymne vénéneux et glaçant à la ville de Budapest. La voix sombre et mystérieuse d’Olga Kouklaki dresse un sublime portrait angoissant et se marie avec délices à cet univers instrumental lorgnant vers les sonorités froides de l’italo disco. On retrouve la patte électronique de Joakim, le patron de leur label Tigersushi, avec la rythmique oppressante en fond, ces violons comme tant de coups de poignard dans le coeur et cette montée rock finale portée par la batterie. Une perle aussi noire que sublime. A ma droite, Antibodies apparaît sur Images of Sigrid. Plus lumineux et plus rock, il démontre la capacité de Poni Hoax à faire bouger les corps. Il demeure le single le plus immédiat du groupe et démontre la richesse du son de ce groupe qui aura offert le plus bel écrin à l’esprit torturé de Nicolas Ker.

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°77 : Trouble (2015) de Cage The Elephant

Comme une coïncidence, je me retrouve dans la même situation que le copain Sylphe voici quelques jours : alors que j’avais prévu de vous parler d’un album live assez exceptionnel, brillant et bourré de pépites émotionnelles (#artduteasing), voilà que le temps m’a manqué pour préparer une chronique digne de ce nom. Tout comme il a manqué à mon ami bloguesque dimanche dernier pour vous parler du dernier album de Loney Dear. Je reporte donc de quelques jours, histoire de vous parler correctement de ce magnifique live que je ne me lasse pas d’écouter (d’où, peut-être, le manque de temps pour écrire). Pour néanmoins patienter avec un bon son, poussons plus loin la copie un peu éhontée de Sylphe. Dimanche dernier, il nous a ressorti une très jolie pépite nommée Trouble, par l’excellent Ray LaMontagne (à retrouver d’un clic par ici). Quant à moi, je me suis tourné vers une autre pépite portant exactement le même titre. Vous pouvez continuer à lire, la similitude s’arrête là, et nous allons bien écouter ensemble un morceau différent.

Oui, il existe plusieurs Trouble. Celui du jour nous vient du groupe américain Cage The Elephant, que nous aimons particulièrement chez Five-Minutes, et que nous avons déjà plusieurs fois mis en avant. Notamment au travers de leur live acoustique Unpeeled, un enregistrement assez exceptionnel, mais qui n’a rien à voir avec l’album live que je voulais chroniquer. J’espère que vous suivez, c’est un peu labyrinthique mais c’est pour mieux brouiller les pistes. Je m’égare. Cage The Elephant, ou ce groupe actif depuis maintenant 15 années, c’est donc un live exceptionnel, mais aussi cinq albums studio dont Tell me I’m pretty (2015), le quatrième en date dont est extrait notre Trouble.

Le Trouble de Cage The Elephant est une balade rock qui s’ouvre sur une guitare légère et des choeurs haut perchés, presque éthérés, comme pour mieux nous placer dans une dimension hors de tout. Puis vient le couplet, posé par le chanteur Matthew Shultz dans un minimalisme qui contraste avec la montée vers le refrain. Un refrain fait de mélancolie sereine. Oui, ça existe : une sorte de mélange de résignation et, malgré tout, d’espoir, de lumière et d’une forme d’énergie tranquille qui n’est pas pour me déplaire.

C’est d’ailleurs ce que raconte le texte de Trouble. La chanson raconte une vie faite de soucis et de problèmes à gérer (les Trouble du titre), dont même un doux amour ne ferait pas sortir. Mais (car il y a un mais, évidemment), le morceau raconte aussi une déclaration cachée derrière une phrase à double sens : « Everywhere I look I catch a glimpse of you / I said it was love and I did it for life, do do for you » (N’importe où où je regarde j’attrape une lueur de toi / J’ai dit que c’était l’amour et je l’ai fait pour toi, fait fait pour toi). Un constat du passé, mais aussi la possibilité que, justement, tout est possible et que c’est peut-être bien cette « lueur de toi », au creux de la bulle, qui permettra de dépasser les soucis en tout genre, pour aller vers une douce vie auprès de l’amoureux/se en question. Cette lecture positive est renforcée par un autre bout de texte : « You can have my heart any place any time » (Tu peux avoir mon cœur n’importe où, n’importe quand). Une façon détournée mais élégante de dire que c’est déjà fait.

Une jolie musique, un texte bien ficelé pour 3 minutes 45 de bon son : il ne m’en faut pas plus pour craquer et tomber sous le charme de cette pépite. Vous me direz qu’il y a tromperie sur la marchandise, avec seulement 3 minutes 45 de musique sur Five-Minutes, le blog qui promet 5 minutes de bon son par article ? Je rétorque que, d’une part, la qualité est préférable à la quantité, et que, d’autre part, rien n’interdit d’écouter la version studio puis la version Unpeeled (live), encore plus sublime. Cette fois, le compte y est. J’ai déjà bien trop parlé. Place à la musique.

Trouble version studio
Trouble version live

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°76: Trouble de Ray LaMontagne (2004)

Le temps m’aura finalement manqué et il faudra attendre le début de la semaine prochaine pour parler duRay LaMontagne dernier album de Loney Dear… Un soir précédant une rentrée, on se sent toujours un peu mélancoliques même si, au fond de nous, on n’est pas totalement mécontents de reprendre. Pour le coup, j’ai besoin de réconfort et je sais d’emblée vers quel titre me tourner avec ce bijou de douceur qu’est Trouble de Ray LaMontagne. Ce titre est le morceau d’ouverture du premier album Trouble et on ne sera pas surpris que cette pépite ait donné son nom à l’album. Superbe ballade folk à la guitare acoustique avec ses cordes judicieuses en fond, on se laisse envelopper par la voix chaude et éraillée de Ray LaMontagne qui s’immisce par tous les pores de notre peau. Le texte, véritable hymne à l’amour et à cette femme qui a sauvé le chanteur de son inquiétude lancinante, me donne le sourire et foi en l’humanité. Les années ont beau passer, ce Trouble ne perd rien de son pouvoir salvateur et me fait toujours autant de bien au coeur, enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°75: Hollow Talk de Choir Of Young Believers (2008)

Pour fêter ces vacances scolaires (youhou, 10 kms, youhou…), je vous propose un nouveau titre qui entretient un rapport avec une série vue sur Arte. Après En Thérapie qui m’avait donné envie de me replonger dans la discographie de Yuksek, c’est la très recommandable série suédo-danoise The Bridge (qui sera plus tard adaptée dans une version franco-britannique The Tunnel) et son sublime générique qui m’ont amené à découvrir un groupe danois qui m’était totalement inconnu Choir Of Young Believers (non, non ce n’est pas du rock évangélique). Formé autour du compositeur/chanteur/guitariste Jannis Noya Makrigiannis (oui le gars doit avoir des origines grecques assez incontestablement), ce groupe a sorti 3 albums studio dont le dernier Grasque en 2016.  Ce soir, c’est leur premier album This Is for the White in Your Eyes sorti en 2008 qui m’intéresse et plus particulièrement le morceau d’ouverture Hollow Talk. Ce morceau colle à merveille avec l’univers anxyogène et nocturne de The Bridge et s’inscrit dans une belle lignée de génériques quasi-parfaits (je suis le seul à penser directement à Game of Thrones?). Morceau d’une grande douceur où le violoncelle accompagne avec grâce la voix pleine d’émotion de Makrigiannis, le titre nage avec humilité dans les eaux troubles. Il sait cependant se faire plus incisif sans renier ses émotions inaugurales avec cette batterie judicieuse, la montée est imparable et désarme les derniers récalcitrants. Après Agnes Obel et Trentemoller, Choir Of Young Believers vient en toute simplicité prendre sa place au milieu de mon panthéon des artistes danois, enjoy!

Une version studio et une version live avec une belle explosion finale vous attendent désormais parce qu’à Five-Minutes on est généreux!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°74: Always On The Run de Yuksek (2011)

Et tout est parti d’un générique de série qui me déçoit…Je m’explique. J’ai depuis peu cédé à la tentation de regarder la série En thérapie qui est véritablement brillante, porté par la performance magistrale de Frédéric Pierrot (déjà touchant de sincérité dans Polisse) et de tous les autres comédiens, Mélanie Thierry en tête. Je ne peux que vous inviter à savourer le travail d’Eric Toledano et Olivier Nakache qui ne nous déçoivent jamais dans leur approche de l’humanité et ses fragilités. Le bémol minime, me concernant, c’est ce générique et la musique qui l’accompagne qui peinent à me convaincre, et ceci est un doux euphémisme. Je suis d’autant plus déçu que ce générique est l’oeuvre d’un artiste que j’apprécie particulièrement, Yuksek. Du coup, j’ai eu envie de contrebalancer cette « déception » en me replongeant dans les premiers albums du Rémois de naissance, Away From The Sea (2009) et Living on the Edge of  Time (2011)… De nombreuses pépites électro-pop jalonnent ces deux petits bijoux d’une grande instantanéité et le choix d’un titre n’a pas été aisé. J’espère que la pépite du jour, en l’occurrence le morceau d’ouverture de Living on the Edge of Time à savoir le susnommé (non, non, ce n’est pas une insulte) Always On The Run, vous donnera envie de parcourir les albums. Des synthés obsédants qui ne sont pas sans rappeler ceux de leurs potes rémois de The Shoes, un refrain addictif qui gicle littéralement, un intermède digne de Justice au niveau des voix, une électricité sous-jacente que ne renierait pas Birdy Nam Nam et ce clip brillant dont la chute est particulièrement inattendue suffisent à me donner le sourire. Et vous, si vous écoutiez les premiers albums de Yuksek ? Voilà une thérapie qui porte rapidement ses fruits, enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°73 : When the levee breaks (1971) de Led Zeppelin

LEDCD004Nous sommes fin 1971, le 8 novembre très exactement. Tombe dans les bacs le quatrième album de Led Zeppelin, généralement nommé Led Zeppelin IV, en continuité des 3 précédents, bien que la pochette de ce nouvel opus soit totalement dénuée de toute inscription. Le groupe britannique, emmené par Jimmy Page à la guitare, Robert Plant au chant, John Paul Jones à la basse et John Bonham à la batterie, vient de pondre 3 albums incroyables entre 1969 et 1970 : Led Zeppelin (1969), Led Zeppelin II (1969) et Led Zeppelin III (1970). Trois galettes qui posent les bases d’un son nouveau en explorant des choses bien connues : le blues, le rock, le folk, mais tout ceci à la sauce Led Zeppelin. Autrement dit, un son fait d’une voix assez incroyables, de riffs et de solos de guitares ravageurs et démentiels, et d’une section rythmique apportant un groove assez inattendu, pour ce qui deviendra les origines du hard rock. La grande question avant de se plonger dans ce Led Zeppelin IV, c’est de savoir ce que le groupe peut apporter de plus et de mieux après 3 disques où il n’y a pas une seconde à jeter. La réponse ? Un quatrième album de nouveau parfait, une sorte de condensé de tout ce que le quatuor sait faire.

Led Zeppelin IV est construit autour de 8 titres, chacun plus efficace que le précédent et que le suivant. C’est bien simple : quelle que soit la porte d’entrée sur cet album, ça fonctionne. Que l’on commence avec les très rock Black dog ou Rock and roll, que l’on poursuive avec le folk celtique The battle of evermore ou que l’on plonge dans l’incontournable Stairway to heaven, la première face de l’ascension est ponctuée de frissons et d’une pêche assez folle. Seulement voilà, il reste l’autre face de l’aventure. Un second temps qui s’ouvre sur le groovy Misty mountain hop, pour enchaîner sur l’excellent blues folk incandescent Four sticks. En 7e position, Going to California la joue balade folk intimiste. Ne reste qu’un morceau pour boucler cet incroyable galette. Un dernier morceau de 7 minutes qui nous prend par surprise, tant on pensait finir en douceur.

When the levee breaks ne pardonne pas. Nos oreilles et nos corps sont arrivés exsangues et ravis à la fin de Going to California. Ravis de cette virée musicale multi-influences et pensant avoir tout entendu. Ce n’est évidemment pas le cas, avec cette reprise d’un vieux titre blues écrit en 1927 par Kansas Joe McCoy et Memphis Minnie. Le morceau, dont le titre signifie « Quand la digue se rompt », fait référence à la grande crue du Mississippi de 1927 qui ravagea l’Etat éponyme et les régions voisines. De nombreuses habitations furent détruites, tout comme l’économie agricole locale. Ces lourdes conséquences poussèrent des familles entières à partir chercher du travail dans les villes industrielles du Midwest, et contribuèrent à la grande migration des Afro-Américains en ce début de XXe siècle. Voilà pour l’acte de naissance, et voilà également, en pépite bis, la version originale.

Evidemment, la revisite de Led Zeppelin ne va pas laisser ce titre au rang de sympathique et tranquille blues acoustique. Le groupe retouchera les paroles, mais défenestrera surtout la partie musicale : une ouverture de bucheron à la batterie, vite rejointe par un chant d’harmonica vibrant et saturé, et une guitare entêtante. Pour une introduction démentielle de presque 1 minutes 30, avant que Robert Plant ne vienne planter sa voix stratosphérique au milieu de cette jungle bluesy. S’ensuit alors une virée hypnotique et vénéneuse dans laquelle sont injectés des sons à l’envers (harmonica et écho), du phasing (technique consistant à répéter un court motif musical en le décalant, tout en augmentant et diminuant ce décalage) et du flanging (effet sonore obtenu en ajoutant au signal d’origine ce même signal, légèrement retardé). When the levee breaks par Led Zeppelin, c’est tout autant une affaire d’interprétation que de techniques sonores nouvelles que le groupe explore pour notre plus grand bonheur.

Il en résulte un titre poisseux directement sorti du bayou, terriblement obsédant et sensuel et d’une efficacité assez rare, surtout lorsqu’il s’agit de refermer un album. Là où certains artistes négligent les fins de disques (et notamment à l’époque du tout vinyle où la face B pouvait se voir sacrifiée en contenant des B-sides et morceaux secondaires), Led Zeppelin soigne sa sortie. Comme pour récompenser les fans et les courageux qui se sont aventurés jusque là. Mais aussi pour montrer que, de la première à la dernière note, ce groupe de légende ne vole ni sa réputation ni son talent. When the levee breaks met un point final à quatre albums, eux aussi de légende. Led Zeppelin poursuivra ensuite sa carrière tout au long des années 70, avec encore de bien belles choses à venir. Pourtant, aucun album futur n’égalera ces quatre premiers. Et aucune fin d’aucun album de Led Zeppelin ne possède cette intensité et cette puissance qu’apporte When the levee breaks.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°72 : The lonesome death of Hattie Carroll (1963/1964) de Bob Dylan

Bob_Dylan_-_The_Times_They_Are_a-Changin'Poursuite de la balade dans les années 1960 : après Feeling Goodrelire/réécouter ici), remontons un peu plus loin dans le temps, plus précisément en 1963/1964 pour (re)découvrir une pépite absolue et intemporelle du répertoire de Bob Dylan. The lonesome death of Hattie Carroll fait partie de mes titres préférés, dont je ne me lasse jamais et que je peux écouter en boucle. Que ce soit pour ce que la chanson raconte ou pour la façon dont elle est écrite et la manière dont Dylan l’interprète, tout me renverse dans Hattie Carroll. Si vous avez quelques minutes devant vous, je vous explique tout ça.

Que raconte The lonesome death of Hattie Carroll ? Dylan écrit et enregistre ce titre en octobre 1963, suite à un fait de violence et la mort d’une femme, le 9 février de la même année à l’hôtel Emerson de Baltimore (Maryland). Hattie Carroll, serveuse de 51 ans, meurt suite à des coups portés par William Devereux Zantzinger, client et riche propriétaire terrien de 24 ans. La première est noire, le second est blanc. Tout ceci en 1963, dans des Etats-unis très marqués par la ségrégation raciale, et qui voient émerger le combat pour les droits civiques des Noirs américains que porteront des figures comme Martin Luther King, Medgar Evers, Malcolm X ou encore James Baldwin. William Zantzinger, passablement alcoolisé ce 9 février 1963, commande à Hattie Carroll un énième verre qui n’arrive pas assez vite à son goût. Il l’insulte de « négresse » et s’en prend à elle verbalement et à coups de canne, tout comme à deux autres personnes présentes. Hattie Carroll meurt le lendemain matin. Une mort causée par une hémorragie cérébrale liée à des problèmes de santé, et sans doute déclenchée par les injures et la brutalité de Zantzinger plus que par sa canne. Il n’empêche : le mal est fait. Un homme a tué une femme. Un homme blanc a tué une femme noire, dans le contexte sociétal tendu et explosif évoqué plus haut. Fin août 1963, après une requalification des faits de meurtre en homicide et coups et blessures, Zantzinger, qui admet avoir été tellement ivre qu’il ne se souvient de rien, est condamné à six mois de prison.

A peine deux mois plus tard, en octobre 1963, Dylan enregistre The lonesome death of Hattie Carroll. Et raconte cette histoire, avec quelques ajustements : William Devereux Zantzinger devient William Zanzinger, celui qui a battu à mort Hattie Carroll à coups de canne. Le titre ne dit jamais que l’une est noire et l’autre blanc, mais le talent d’écriture de Dylan est de nous le faire comprendre entre les lignes, si toutefois on ne connaît pas le fait. Ce que raconte aussi cette chanson, c’est l’incroyable bienveillance (pour ne pas dire privilège et favoritisme) dont Zantzinger a bénéficié de la part de la justice, à la fois de par sa classe sociale mais aussi de par sa couleur de peau. Six mois pour avoir causé la mort d’une femme, c’est dérisoire et révoltant. Surtout lorsque l’on sait que cette durée de détention permet à l’intéressé de purger sa peine dans la prison du comté et non la prison d’Etat, où sont alors détenus des prisonniers en majorité noirs, qui n’auraient pas manqué de s’en prendre à lui. Comble du cynisme ? Zantzinger versa 25 000 dollars à la famille d’Hattie Carroll, de sa propre initiative. 25 000 dollars, le coût d’une vie arrachée ? Les questions d’argent et de racisme poursuivront Zantzinger : en 1991, la justice découvrira qu’il loue des logements en violation de la loi du comté. Des logements qu’ils ne possède plus. A des locataires poursuivis en justice lorsqu’il étaient défaillants, et contre lesquels il a gagné ses procès. Des locataires noirs. Un portrait édifiant et abject de ce que l’humanité peut faire de plus crasse, au panthéon de la négation de l’Autre.

Comment Dylan raconte-t-il The lonesome death of Hattie Carroll ? D’une part, en écrivant sa chanson sans attendre, presque dans le feu des événements. Hattie Carroll meurt en février 1963, le procès de Zantzinger se tient en août de la même année, et il ne faut pas deux mois à Dylan pour écrire et enregistrer son titre. Cette réaction immédiate l’est pourtant moins qu’on pourrait le penser : le morceau ne débarque pas dès février, ou même au moment du procès. C’est le juste délai pour porter une révolte, des émotions et un engagement, tout en laissant mûrir un propos qui ne prend que plus de poids. Ici, rien d’explosif mais plutôt un engagement profond, extrêmement solide et hautement convaincant. D’autre part, les choix musicaux de Dylan sont parfaits : la trame musicale est dépouillée (guitare folk et quelques pointes d’harmonica). C’est sa marque de fabrique de l’époque. La chanson sortira en janvier 1964 sur The times they are a-Changin’, son 3e album studio. Ce n’est qu’en 1965 avec Bringing it all back home (5e album) qu’apparaitront des instruments électriques. Nous n’en sommes pas là : Dylan porte ses mélodies folk épurées, et The lonesome death of Hattie Carroll l’est encore plus. Par exemple, la piste précédente When the ship comes in sur The times they are a-Changin’ enchaine les accords avec un certain rythme. Pour Hattie Carroll, Dylan ne se sert de sa guitare que pour gratter quelques trames d’accord qui servent de support musical à son phrasé.

La voix de Dylan est la dernière pièce à cet édifice. Une voix nasillarde, reconnaissable entre toutes, qui raconte l’histoire et la mort de Hattie Carroll, plus qu’elle ne les chante. Dylan est observateur engagé de son temps et nous conte Hattie Carroll comme écrivaient et lisaient à l’époque les poètes de la Beat Generation. Allen Ginsberg, Jack Kérouac ou encore William Burroughs (pour ne citer qu’eux) ont toujours savamment mélangé musiques, rythmes et textes. Avec Hattie Carroll, Bob Dylan est dans cette droite lignée, en y ajoutant une dimension protest-song dont il est un des meilleurs représentants. Son texte prend rapidement le dessus sur la grille musicale, mais il n’aurait pas cette force et cette puissance sans le rythme apporté par ses cordes qu’il semble gratter à la cadence de son texte, et réciproquement.

The lonesome death of Hattie Carroll poursuivra son chemin au répertoire de Dylan, et trouvera son écho protest-song dans la décennie suivante avec Hurricane, parue sur l’album Desire (1976) : un titre qui revient sur la condamnation à perpétuité et l’emprisonnement du boxeur Rubin “Hurricane“ Carter pour un triple meurtre en 1966, dans lequel l’implication de ce dernier n’a jamais été prouvée. Carter sera libéré en 1985 après cassation du verdict et bénéficiera d’un non-lieu en 1988. Témoins peu fiables et approximations en tout genre : une controverse judiciaire de plus sur fond de racisme et d’inégalités sociales, qui sera l’occasion pour Dylan d’écrire une nouvelle petite merveille. The lonesome death of Hattie Carroll et Hurricane font d’ailleurs l’objet d’un judicieux segment dans l’excellent film Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan story (2019) qui suit la tournée du même nom entamée en 1975. Une passionnante virée dans l’univers dylannien par Martin Scorsese, qui avait déjà réalisé le très chouette No direction home (2005) sur les années 1961-1966 de Dylan. Rolling Thunder Revue est disponible sur Netflix : vous y entendrez Hattie Carroll et y trouverez plein d’autres bien belles choses, dans une “atmosphère douce, feutrée, intimiste, poétique“, teintée d’un “profond engagement“ (des guillemets car je n’ai pas trouvé mieux que ces jolis mots de la personne de très bon goût qui m’a emmené sur ce film). Des mots qui, pour boucler la boucle, qualifient parfaitement aussi la pépite qu’est The lonesome death of Hattie Carroll.

Source : la partie sur l’histoire de Hattie Carroll a été en grande partie écrite à l’aide de la page Wikipédia dédiée https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Lonesome_Death_of_Hattie_Carroll.

The lonesome death of Hattie Carroll : la version studio (1963/1964)
The lonesome death of Hattie Carroll : la version live « Rolling Thunder Revue » (1975)

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