Pépite intemporelle n°24: The Rip de Portishead (2008)

Portishead ou la musique de l’humilité… Groupe phare du trip-hop avec Massive AttackPortishead et Morcheeba, le trio composé de la voix de velours Beth Gibbons et de ses deux acolytes Geoff Barrow et Adrian Utley a clairement fait le choix de la parcimonie dans sa discographie. Deux bijous d’émotion pure que sont Dummy en 1994 et Portishead en 1997 avec des morceaux de grâce comme Glory Box, Roads, ou Sour Times ont démontré toute la tension du chant de Beth Gibbons et dépeint des paysages sonores d’une beauté quasi sépulcrale. Lorsque Third paraît 11 ans après Portishead, c’est peu de dire qu’il est très attendu… et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il destabilise les fans de la première heure. Finies les ambiances brumeuses du trip-hop et place aux sonorités indus et krautrock des hangars désaffectés pour un résultat très brut et sans concession qui brille par la qualité de ses arrangements et sa production sans faille. The Rip (la déchirure) symbolise à mon sens la puissance poétique de Portishead et l’ambiance plus âpre de Third: d’un côté la douceur introvertie du chant avec des paroles aussi belles que mystérieuses accompagnées humblement par une guitare sèche et de l’autre les sonorités électriques krautrock qui viennent s’imposer dans la seconde moitié du morceau pour un résultat d’une tension extrême. Juste brillant, en parler davantage serait infâmant car il repousserait injustement pour vous le moment de l’écoute… Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°23: Wolf de Chinese Man feat. ASM (2017)

Chinese Man, collectif français originaire d’Aix -en- Provence, oeuvre pour notre plusChinese Man grand plaisir depuis leur premier opus en 2005 The Bootlegs Sessions et mêle avec virtuosité l’électro et le hip-hop. On pense à Wax Tailor, à l’école de Marseille de IAM aux trop méconnus Troublemakers.

Loin de moi la volonté de vous résumer leur carrière, je vais aujourd’hui m’intéresser à leur dernier opus sorti en 2017 Shikantaza dont est issu le bon son du jour Wolf. J’ai choisi cette vidéo postée il y a 4 jours pour des raisons que vous devriez rapidement trouver évidentes: la qualité évidente du morceau où le flow de A State of Mind se marie avec merveille avec l’électro de Chinese Man, la sublime orchestration de l’Orchestre du Grand Avignon qui magnifie le morceau et bien sûr ces sublimes paysages du parc national des Calanques. Je vous propose donc en ce début de semaine un voyage visuel et auditif de haut vol, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°22: Runaway de Yeah Yeah Yeahs (2009)

A force d’écouter le très bon premier album de Danger Mouse et Karen O, j’ai eu l’envieYeah Yeah Yeahs irrépressible de réécouter le sommet de carrière de Yeah Yeah Yeahs, It’s Blitz! Choisir une pépite intemporelle dans cet opus n’est pas une mince affaire tant les pépites foisonnent… Zero et sa lente montée toride ou l’électrique Heads Will Roll auraient pleinement mérité les honneurs de cette rubrique mais ce soir c’est la douceur sensuelle de Runaway qui remporte la palme.

Ce titre, très proche dans la démarche de l’univers de Feist, est d’une recette limpide. La voix suave et toute dans la retenue de Karen O, la ritournelle candide du clavier amènent avec brio vers une atmosphère qui gagne en tension et électricité… La batterie martèle, la basse et la guitare électrique s’unissent brillamment pour accompagner la voix qui se fait plus sauvage et indomptable, la montée est aussi brillante qu’imparable.  Tout simplement jouissif en toute subjectivité!

Sylphe

Pépite intemporelle n°21 : Far from any road (2003) de The Handsome Family

Alors que la saison 3 de True Détective vient de s’achever (#maisnospoilc’estpromis), il me revient l’effet incroyable que m’a fait cette série en 2014, lorsque j’ai découvert sa saison 1. Et peut-être encore plus les sensations ressenties à l’écoute du générique : Far from any road, ou la pépite country qui résonne à l’ouverture de chaque épisode, nous est livrée par The Handsome Family en 2003… 2003, l’année où le grand Johnny Cash nous a quittés. Une sorte de coïncidence qui se prolonge en musique, tant Far from any road rappelle les derniers enregistrements de Cash, les fameux American Recordings.

C’est ténébreux, crépusculaire et sidérant, comme une déambulation dans les bois et marécages fiévreux et sombres, là où sont passés avant nous Dale Cooper, Rust Cohle et bien d’autres cow-boys solitaires en quête d’un sens à leur existence et à ce monde qui nous entoure. C’est beau, prenant et imparable comme les 8 épisodes de la série. On ne pouvait rêver plus belle ouverture musicale. Même pas Johnny Cash. C’est dire.

Dernière chose : si vous n’avez pas encore vu True Detective – Saison 1, il est grand temps de vous rattraper. C’est sans doute une des plus grandes séries de ces dernières années et n’est pas loin, tout au fond de moi, d’égaler Twin Peaks. C’est dire.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°20 : On her Majesty’s Secret Service (1998) de Propellerheads

Son nom est Bond, James Bond, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les BO du célèbre agent secret ont toujours été de grands moments. Oui mais… Pourquoi diable n’avons-nous jamais été gratifiés dans un des films de ce bon gros remix ? Les Propellerheads ont pourtant mis du coeur à l’ouvrage, et ce On her Majesty’s Secret Service le prouve haut la main. Tout Bond se retrouve condensé en un peu plus de 9 minutes : action, suspense, glamour, saupoudrés d’electro big-beat classe comme on l’aime.

Les plus gourmands d’entre vous pourront d’ailleurs se goinfrer de tout l’album Decksanddrumsandrocknroll (1998), qui vient de fêter ses 20 ans, et dont ce morceau est tiré : les 13 titres sont tous excellents, et comme un autre clin d’œil, on retrouve la voix de Shirley Bassey sur un autre titre du LP, History repeating. Cette même Shirley Bassey qui enregistra jadis Diamonds are forever. Oui, encore un Bond. Et puisque la boucle est bouclée, passez vous donc cette galette en boucle (#vousl’avez?), vous ne le regretterez pas.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°19 : Outro (2011) de M83

Envie d’air et d’évasion ? On a ce qu’il vous faut sur Five-Minutes, avec une pépite déjà intemporelle malgré son jeune âge. Retour il y a moins de dix ans en 2011 avec Outro de M83.

Outro est tout simplement une petite merveille de 4 minutes qui étale plusieurs phases d’émotions en un seul titre. Tout commence avec une minute pile d’intro planante qui expose le thème principal, qu’on se prendra un peu plus tard en pleine tête, totalement étourdi (mais ça on ne le sait pas encore). Suivent 20 secondes de blanc et de silence absolu : faut quand même oser, en plein titre, planter son auditoire sans un son. Pourtant, le silence ça fait du bien parfois. Et ce que l’on comprendra, c’est le génie de ces 20 secondes de silence, pour mieux nous faire jouir de la suite.

La suite, c’est le thème principal déjà savouré dans l’intro avec d’infimes variations, et surtout une voix et du texte. Un texte si court et si puissant qu’on ne peut que le rapporter ici : « I’m the king of my own land / Facing tempests of dust, I’ll fight until the end / Creatures of my dreams, raise up and dance with me / Now and forever / I’m your king ». Une déclaration de combat à la réalité, qui passe par une volonté affirmée et absolue de prendre les choses en mains en convoquant tout ce qui peuple nos rêves pour s’en entourer et s’en faire un monde.

Puis, à 2’28, c’est la baffe imparable avec le thème principal qui prend toute son ampleur et bouffe tout sur son passage. Une minute pendant laquelle le monde s’ouvre enfin. L’esprit et l’horizon se libèrent, la vie devient possible et ce monde qui sait être dégueulasse et vilain ressemble enfin à quelque chose. Plus rien n’est une frontière, les limites de la réalité explosent en vol et ça brasse au fond des tripes comme jamais. On se sentirait capable de faire à peu près n’importe quoi pendant cette minute. Mais un n’importe quoi qui aurait de la gueule, genre sauter d’une falaise et rester en suspension, à se sentir juste exister. Avant de redescendre et finir dans la plus infime des douceurs d’un piano qui égrène une dernière fois cette mélodie, comme pour se glisser définitivement dans un rêve dont on ne voudra plus jamais sortir.

Outro de M83 c’est tout ça à la fois, et encore un peu plus. On rappellera que M83 est un groupe français fondé par Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau, le premier étant toujours aux commandes après 20 ans d’existence. Puisque oui, M83 a débuté ses activités en 1999. On dira encore que Outro a le bon goût de clore de la plus belle et logique des façons Hurry up, we’re dreaming (2011), l’excellent 6e album du groupe. On rappellera aussi que ce Outro, tout comme bien d’autres titres de M83, a été réutilisé et réentendu dans de nombreux films, séries TV ou encore bande-annonces. Mis à part être le jingle d’entrée des invités sur le plateau de Quotidien chez Yann Barthès, on retiendra que Outro éclaire la fin du trailer de Cloud Atlas (2012), l’absolue merveille cinématographique des Wachowski et de Tom Tykwer. Au passage, si ce n’est déjà fait, jetez-vous sur ce film incroyable qui, lui aussi , redonne espoir en l’homme et la civilisation par son message altruiste et tolérant qui fait voler en éclat toutes les barrières.

Dépêchez-vous de savourer tout ça, on est en plein rêve. Faites profiter vos oreilles et vos yeux. Ne lâchez rien, n’abandonnez jamais rien ni personne à la médiocrité et à la connerie, soyez vous et soyez en vie ! Moi, je retourne sauter de la falaise.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°18: Firestarter de The Prodigy (1997)

Il est des fois des situations tristes qui me guident dans mes choix de pépites

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intemporelles, c’est le cas aujourd’hui avec la mort à 49 ans seulement du chanteur de The Prodigy, Keith Flint… Afin de rendre un modeste hommage à ce chanteur habité et littéralement possédé par une rage inextinguible, je vous ramène en 1997 avec un album qui m’a particulièrement marqué, The Fat of the Land. Porté par un nombre hallucinant de titres hautement addictifs ( Smack My Bitch Up, Breathe, Funky Shit, Firestarter ou Mindfields présent aussi sur la sublime BO de Matrix), cet album est une vraie déflagration sonore qui donne l’impression d’avoir été composé dans un sentiment intense d’urgence vitale. Les sonorités électroniques sont âpres et agressives, le chant est ravageur et vient nous vriller les tympans. Album cathartique et exutoire à ne pas écouter à toute heure de la journée, il m’a toujours fasciné par sa rage sauvage mais pourtant tellement bien maîtrisée. Il mérite d’être réécouté inlassablement tant il recèle des cadeaux surprenants comme la douceur des choeurs féminins de Smack My Bitch Up ou les 9 minutes angoissantes de Narayan. Ce soir, j’ai choisi de vous parler de Firestarter qui résume parfaitement tout ce qui me plaisait chez The Prodigy et Keith Flint, on retrouve le flow aiguisé à la serpe et ces sonorités électroniques qui nous vrillent par vagues inlassables. Des boucles qui s’abattent avec force, qui font vaciller de plaisir… Keith Flint restera pour moi une représentation tutélaire de la rage qu’il aura su brillamment magnifier, à lui seul un véritable firestarter jamais rassasié… qui devrait allumer d’autres feux incandescents là-haut…

Sylphe