Pépite intemporelle n°34 : Long way down (2013) de Tom Odell

Par ces temps de forte chaleur, pas vraiment question d’aller s’écouter du gros son qui fait bouger les corps de ouf : rien que de monter un étage au boulot ou d’aller chercher un document à l’imprimante, j’avais la sensation d’avoir couru un 100 mètres. Bref, voilà une des intros les plus pourries que j’ai pu proposer depuis les débuts de Five Minutes !

Tout ça pour dire que le son du jour est une petite pépite de calme née voici 6 ans déjà. Long way down (2013) est lovée au cœur du premier album éponyme de Tom Odell. Ce jeune auteur-compositeur-interprète anglais écrit ses premières chansons à 13 ans, avant d’expérimenter la formule groupe. Dont il se détachera finalement pour œuvrer en solo. Et livrer dès 2013, soit à l’âge de 23 ans, ce premier opus Long way down.

L’album se balade tranquillement dans la pop indé qu’on aime, avec des titres qui rappellent parfois Radiohead, Queen, ou encore Jeff Buckley. Surtout pour la voix concernant ce dernier, puisque celle de Tom Odell se paie le luxe d’avoir à la fois une tessiture relativement étendue, et un grain qui dégage d’assez fortes émotions. Et n’est donc pas sans rappeler la puissance et le frisson des titres de Grace, album référence absolue dans ma discothèque.

Long way down (le titre) est la parfaite illustration de ce frisson musical. En 2 minutes 30 (oui, cette semaine, on vous vole de la moitié des Five minutes promises… mais rassurez-vous, c’est court mais intense), Tom Odell lâche ici une véritable pépite émotionnelle. C’est juste l’histoire d’un garçon qui voit partir son amoureuse, et qui aimerait qu’il en soit autrement. C’est l’histoire d’une chute libre qui s’annonce, d’un long chemin à remonter ensuite. C’est à la fois mélancolique et d’une beauté infernale. Même sans comprendre chaque mot du texte, l’émotion à fleur de peau de ce piano-voix saura ravager toute résistance de votre part. Si vous sentez monter une larmichette, laissez la sortir. Surtout à 1’20 : bon courage pour résister à la reprise…

C’est un des morceaux-bulles dans lequel je retourne régulièrement, pour m’apaiser, échapper au tumulte du monde et à la connerie ambiante. C’est un titre que j’aime au-delà du raisonnable et qui ne m’a jamais quitté depuis ma première écoute. Au-delà de cet attachement qui n’appartient qu’à moi, j’espère que ce Long way down vous ravira et vous apportera de belles émotions.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°33: I Love You So de Cassius (2010)

Il est des journées amères où l’on a envie de s’en prendre à cette chienne de vie qui brilleCassius par son injustice et le 20 juin 2019 trône fièrement au milieu de ces jours sans saveur… Hier soir Philippe Cerboneschi connu sous le nom de Philippe Zdar est décédé accidentellement deux jours avant la sortie du cinquième album de Cassius Dreems… et derrière la tristesse engendrée j’ai plus envie de rappeler aujourd’hui à quel point cet artiste était tout simplement brillant.

Zdar a donc formé avec son ami de toujours Hubert Blanc-Francard alias Boom Bass un duo électro marquant de la french touch Cassius. Les albums 1999 avec des titres comme Cassius 1999 ou l’addictif Feeling for You et Au rêve en 2002 (The Sound of Violence, Thrilla…) ont démontré le talent des deux à aller taquiner les dance-floors… En 2006 avec 15 Again ils se tournent davantage vers un son pop-rock bien senti et je vous mets au défi de ne pas fredonner des titres comme Toop Toop ou See Me Now. J’avais pris un vrai plaisir à les retrouver en 2016 avec le jouissif et hédoniste Ibifornia chroniqué par ici qui démontrait toujours le plaisir de faire de la musique viscéralement chevillé au corps qu’avaient ces deux-là.

Zdar était justement beaucoup trop amoureux de la musique pour ne pas se lancer dans la production… Après avoir produit les 4 premiers albums de MC Solaar, il a aidé à la naissance de sublimes albums (Wolfgang Amadeus Phoenix de Phoenix, How Deep Is Your Love de The Rapture, Hot Chip, Franz Ferdinand, Cat Power, Beastie Boys…) et permis à des titres touchés par la grâce d’occuper nos esprits. Je pense en particulier à l’un des titres qui me touchent le plus et qui était un des titres dont Zdar était le plus fier, à savoir le brillant La Ritournelle sur l’album Politics de Sébastien Tellier. Un instant de magie qui prend une saveur mélancolique inédite aujourd’hui…

Il faut toujours chercher le positif même dans les moments les plus durs et je sais qu’aujourd’hui nombreux sont ceux qui, comme moi, vont aller réécouter Cassius et retrouver le sourire… Je vous laisse avec un titre évocateur pour vous rappeler que Philippe Zdar c’était avant tout du bon son…

Sylphe

Pépite intemporelle n°32: Daniel de Bat for Lashes (2009)

Natasha Khan, alias Bat for Lashes, fait partie de ces artistes que je cite régulièrement Bat for Lashessans lui avoir dédié aucun article depuis la renaissance du blog et il est temps de réparer cette anomalie. Le cinquième opus Lost Girls sortira le 6 septembre prochain et depuis une semaine le single Kids in the Dark ravive les bons souvenirs d’une voix d’une grande douceur. Cependant, je préfère revenir en 2009 lors de la sortie du second album Two Suns qui s’impose pour moi comme son meilleur album avec Fur and Gold de 2006. Le single Daniel s’impose de loin comme son morceau le plus brillant avec ce chant habité et tout en retenue sur un univers instrumental d’une grande richesse entre violons et synthés. Le titre gagne en intensité et la rythmique s’intensifie, portée par un refrain à la mélodie imparable. A savourer sans aucune modération, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°31 : Bigmouth strikes again (1986) des Smiths

Parce que la semaine est décidément bien chargée, et aussi remplie de tout un tas de news toutes plus ahurissantes et connes les unes que les autres (#vivelesystèmeetsesaberrations), une bonne plongée dans le rock s’impose. On l’a déjà dit ici, et on ne le redira jamais assez, le rock c’est la vie, et parfois le rock peut sauver la vie. Le son du jour nous ramène 33 ans en arrière, au cœur du 3e album studio des Smiths, The Queen is dead.

Sans doute mon album préféré, même si les autres sont tout aussi recommandables, cet opus recèle 10 pépites, mais nous nous arrêterons sur Bigmouth strikes again. Littéralement, « La grande gueule frappe encore ». Il y a bien sûr ce message-titre, qui nous rappelle que, dans ce monde sans pitié (au passage, un excellent film d’Eric Rochant, de 1989, à revoir d’urgence), il vaut mieux jouer les rageux et l’ouvrir un peu et quand il le faut pour défendre ce à quoi l’on croit. Sans quoi on prend le risque de se faire croquer tout cru.

Au-delà de cette intention rageuse et de la violence des paroles, il y a surtout une énergie ahurissante, portée à la fois par la voix de Morrissey et la guitare claire et aérienne de Johnny Marr. Putain ce riff-gimmick de guitare ! Que l’on retrouvera d’ailleurs presque note pour note, comme un clin d’œil, chez l’excellent Nakhané dans son titre Clairvoyant (2017).

Je m’égare… si peu. Bigmouth strikes again et par extension The Smiths, ce sont des images du passé, des moments de vie au lycée, l’audace de la jeunesse et la timidité de l’adolescence, le goût des premières bières au bar, la fille du 3e rang en cours de philo qui me plaisait hyper de ouf et que j’ai jamais osé aborder, la fumée des premiers clopes au bord de l’eau, les interrogations sur l’avenir, le bac en approche, le départ vers les études, l’envie de bouffer le monde et, souvent, l’incapacité à le faire. Le doute à combattre jour après jour. L’enfermement dans des blocages de merde d’où seule la musique pouvait me tirer.

Il y a eu une palanquée de sons accompagnants et salvateurs comme ça. Le Velvet, les Stones, Pink Floyd, Led Zep, les Doors, et bien d’autres. Les Smiths en font partie. Et ce titre-là n’y est pas étranger.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°30 : Mars balnéaire (2014) de Flavien Berger

Amis lecteurs, que faites-vous donc par ce beau et chaud week-end ? Les possibilités ne manquent pas, et selon où vous vous trouvez actuellement, les occupations peuvent être diverses et variées. Une pétanque à l’ombre des platanes, un coup de pêche à la ligne, une sortie vélo, une séance shopping dans l’ambiance climatisée des grands magasins, une séance lecture de Vernon Subutex dans le jardin avec un thé (vert, on ne le dira jamais assez) à portée de main, une sieste (crapuleuse ou pas) au creux du canapé tous volets tirés… D’autres encore seront les pieds dans l’eau océanique, ou bien à savourer des températures moins harassantes à proximité de chez nos amis belges avec, cette fois, une bonne bière fraîche (ambrée, on ne le dira jamais assez) à portée de main.

En ce qui me concerne, j’ai une furieuse envie qui pourrait regrouper à peu près tout ça, et bien plus si affinités. Envie d’ailleurs, de grand air, il me semble que c’est le moment de se faire une virée sur Mars Balnéaire. Voilà un lieu à la fois étrange et captivant d’où Flavien Berger nous a envoyé une carte postale voilà déjà 5 ans. C’est un coin que j’ai déjà parcouru à plusieurs reprises, un endroit auquel je repense régulièrement. Où je me transporte quand j’ai besoin de me retrouver dans ma bulle. Dont j’ai envie de vous parler.

Accueillis par des sonorités électro et simili-tibétaines, on y entre en tongs, en baskets, ou tout simplement pieds nus, parce qu’après tout pieds nus on est bien. Il suffit ensuite de se laisser glisser sur les mots de Flavien Berger : « Plus de Lune, juste une Terre / Dans le ciel, face au désert / Mille dunes, sous la mer / Artificielle et circulaire ». Une ambiance irréelle, surréaliste, d’une autre dimension et à la fois très palpable, portée par des boucles qui sentent un peu le dub, mais un dub en apesanteur. Normal, on est sur Mars.

Et, clairement, aucune envie d’être ailleurs. Je vous encourage à aller tremper vos corps échauffés et vos oreilles impatientes (et inversement) dans le liquide de cette station balnéaire pas comme les autres. Difficile de retranscrire les sensations qu’on trouve sur place. C’est à la fois de l’excitation, de l’incrédulité, de la fascination, un incroyable univers des possibles. Une attraction encore jamais connue qui changera votre vie pour toujours. Une sorte de truc qui fait bander la vie. Moi aussi, « J’aime Mars pour sa lumière, pour toutes les choses que je peux y faire / Me baigner dans les cratères sous la tempête de poussière / Me délecter de ta chair à l’ombre des panneaux solaires ».

Il y a tout ça à faire sur Mars balnéaire. Tout ça et bien plus. Il y avait un bon moment que je voulais vous parler, sans réussir à trouver les bons mots, de cet incroyable petit coin du monde auquel je ne connais aucun équivalent. Je ne sais si j’y suis parvenu, par ces quelques touches verbales, mais j’espère que le message est passé et que vous oserez franchir le pas et découvrir ce bon son. Que dis-je, cette exquise bulle sonore et vitale dont je ne suis, manifestement, jamais vraiment revenu.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°29 : Infinie solitude (2004) de Bazbaz

Après le Massive Attack ressorti des années passées par Sylphe, on continue notre balade dans le rétroviseur avec un titre de Bazbaz qui affiche déjà 15 années au compteur. Pourquoi cette Infinie solitude (2004) m’est remontée à la surface soudainement ? Je n’en sais rien, même si j’en ai en fait une petite idée.

Bazbaz, c’est Camille Bazbaz, qui fut initialement organiste du Cri de la Mouche, un groupe actif entre la fin des années 80 et le milieu des années 90. Avec des titres comme J’aime les escalators ou Les seins de ma femme, la formation se fait une place dans la scène rock française de l’époque, et dans nos oreilles aussi. C’était cool Le cri de la Mouche. C’est moins cool que ça se soit définitivement arrêté en 1996 avec le décès du chanteur, Thomas Kuhn.

Bazbaz, c’est ensuite une carrière solo, entre BO de films pour Pierre Salvadori et albums studios. Ces derniers étant en solo, ou accompagnés de bien belle manière par Winston Mc Anuff, musicien reggae trop méconnu à mon goût. Infinie solitude ouvre Sur le bout de la langue, 3e opus de Bazbaz qui recèle bien d’autres titres assez ouf : pour ne citer que ceux-là, allez aussi écouter Tutto va bene, Crocodile, ou encore l’excellent Psychologie féminine qui clôt la galette.

Infinie solitude, c’est quoi ? Un parfait morceau d’ouverture d’album et d’entrée dans l’univers doux-amer de Bazbaz. Porté par un orgue omniprésent, le texte donne le ton : « Puisque qu’on a fait c’que l’on a pu / Puisqu’on n’a plus c’que l’on avait / C’qu’on a vécu, on l’a perdu / Dans notre infinie solitude ». Sur le fond, puisque Bazbaz, au fil de ses morceaux, interroge la vie, le temps qui passe, ce qui reste, ce qui s’en va, et finalement ce qui nous reste et nous constitue. Sur la forme aussi, avec cet incessant travail sur les sonorités des mots et sur les boucles verbales. Tout ceci dans une fausse nonchalance teintée de nostalgie mais aussi d’une furieuse tendance à glander, à jouir de la vie et à jouir tout court.

Infinie solitude, c’est le parfait morceau qui va tout à la fois gratter un peu là où ça démange quand tu te réveilles seul et étaler un baume apaisant sur ces constats et questionnements de l’esprit. C’est la force de cette pépite intemporelle. Une sorte de son à double effet qui accompagne ta propre solitude pour le meilleur et pour le pire, pour le pire et pour le meilleur.

Pourquoi cette Infinie solitude m’est remontée à la surface soudainement ? J’en ai une petite idée. En fait, je sais très exactement pourquoi.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°28: A New Error de Moderat (2009)

Lorsque Gernot Bronsert et Sebastian Szary de Modeselektor et Sascha RingModerat d’Apparat décident d’unir leurs talents pour créer le groupe Moderat, c’est peu dire que les attentes sont grandes… Il ne faudra pas longtemps pour prouver que le résultat de cette association est brillant avec le premier album Moderat en 2009 et le morceau d’ouverture A New Error que je veux partager avec vous aujourd’hui. Ce titre est venu raviver mes souvenirs par le plus grand des hasards à travers le final riche en émotions de la série Vernon Subutex (pour la série en elle-même j’ai un avis plus mitigé mais là n’est pas la question) qui vient clore une BO rock d’une très grande qualité.

Rarement une erreur ne m’aura à ce point rendu dépendant, on fait difficilement mieux dans la catégorie électro hypnotique. Un son bien lourd qui vient superposer sa rythmique martiale sur des sons plus aériens pour faire frissonner et réveiller le démon de la danse, ce morceau parle aussi bien à l’esprit par la richesse de sa construction qu’au corps. Je vous mets tout simplement au défi de ne pas abuser du repeat et de ne pas hocher la tête de manière incontrôlable… Enjoy!

En cadeau le clip réalisé par Xavier Dolan et un live transcendental…

Sylphe