Pépite intemporelle n°69: Prayer In C de Lilly Wood & The Prick (2010)

C’est avec plaisir la semaine dernière que Lilly Wood & The Prick s’est rappelé à ma connaissance, àLilly Wood and The Prick l’occasion de la parution du titre You Want My Money  -qui me laisse cependant un sentiment partagé, je dois le reconnaître – annonciateur vraisemblablement d’un futur nouvel album. Depuis leur troisième opus Shadows en 2015, nous étions sans nouvelles du duo composé de la chanteuse à la voix d’or Nili Hadida et du guitariste Benjamin Cotto. Impossible pour moi de ne pas aller réécouter leur premier album Invincible Friends qui avait véritablement tout raflé et même une Victoire de la musique dans la catégorie Révélation du public. Cet album que je vous recommande chaleureusement m’a surpris à la réécoute, 10 ans plus tard, par sa richesse et sa grande variété. Je ne résiste bien sûr pas à la tentation de partager avec vous le titre-phare Prayer In C, sublimé par la voix chaude éraillée de Nili Hadida et cette mélodie douce-amère à la guitare. Ce bijou à la croisée de la pop et de la folk vous ramènera instantanément en 2010, on était beaux, jeunes et on vivait dans l’insouciance comme l’illustre si bien le clip. Je vous propose deux versions, la version acoustique qui correspond à celle de l’album et celle que l’on a beaucoup entendue sur toutes les ondes, remixée par Robin Schulz, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°68 : Wake up (2004) de Arcade Fire

img_4960-2Pour tous les amoureux du bon son, du sirop d’érable, du rock indé, des grands espaces et des accents chatoyants, Wake up d’Arcade Fire s’impose comme une pépite absolue. Mais pas que. Ce titre fait partie de Funeral (2004), premier album du groupe mené par Win Butler et Régine Chassagne. Premier album qui est lui-même une pépite absolue. Les puristes ne m’en voudront pas, puisque je laisse de côté Arcade Fire (2003), EP-mini album qui ne se classe donc pas dans la case albums, bien qu’il soit déjà très bon. La formation canadienne a depuis sorti plusieurs autres opus percutants et efficaces, mais rien à ce jour n’égale la claque absolue qu’est Funeral. A ce propos, un de ces jours, il ferait bon se pencher sur les premiers albums indépassables et jamais dépassés de bon nombre d’artistes qui nous tiennent à cœur chez Five-Minutes : Jeff Buckley et son Grace (1994), PJ Harvey et son Dry (1992), Oasis avec Definitely maybe (1994), Ben Harper et son Welcome to the cruel world (1994) ou encore Portishead avec Dummy (1994). Intéressant aussi de voir cette concentration mid-90’s d’albums parfaits. Je m’égare toutefois, mais je note cette piste pour le futur (s’il y en a un).

Revenons à Wake up, qui n’a rien à voir avec celui de Rage Against The Machine, à ceci près qu’il en partage le titre et la puissance. Le Wake up d’Arcade Fire fait partie de ces morceaux qui me donnent envie de sauter du haut de la falaise. Je vous rassure : pas avec l’objectif de s’écraser plus bas et de quitter ce monde en quelques secondes. Non. Juste sauter du haut de la falaise, bretonne de préférence (mais toute autre fera l’affaire), et rester en suspens, comme ça. Pour le plaisir de sentir l’air pur, la suspension, mais aussi un grand vide synonyme de champ des possibles en cette période qui nous en prive tant. Pour, aussi, la sensation d’être en vie et le super-pouvoir de se réveiller de ce putain de sommeil humain et sociétal qu’un pangolin (ou une chauve-souris, on n’est plus à ça près) nous impose depuis bientôt un an.

Il y a tout ça dans le Wake up d’Arcade Fire : l’ouverture sur un riff furieux, presque aussitôt illuminé de voix sorties de nulle part et projetées je ne sais où. Puis le texte en la voix de Win Butler, poussée à son presque point de rupture émotionnel entre grain rocailleux et tension à la limite de la chialade. Et toujours, en toile de fond, le riff qui revient, enrobé de nappes de synthés et de cordes. Le petit pont à 3 minutes 25, pour aller vers une sorte de ritournelle pépouze à partir de 4 minutes, se pose comme un signe que le meilleur est à venir. Le meilleur, c’est peut-être à partir de 4 minutes 40, cette reprise du thème initial, allégé musicalement, qui s’embellit d’un retour de tous les instruments du départ pour clore le titre dans un climax d’énergie assez imparable.

Ce titre est assez dantesque en lui-même, et s’inscrit dans une proposition musicale absolument vertigineuse. Lorsqu’on écoute Funeral en totalité, Wake up arrive en 7e position, après une première face d’album qui nous laisse déjà littéralement exsangue : les quatre Neighbourhood entrecoupés de Une année sans lumière (qui a parlé de 2020 ?). Face B, c’est tout aussi puissant avec donc notre Wake up, qui nous prépare au ravageur Rebellion (Lies) à venir. Tout est parfait dans cette galette, et si Wake up est une pépite dans la pépite, c’est qu’il tombe, comme chacun des 10 titres, à l’endroit parfait de l’écoute, en plus d’avoir toutes les qualités émotionnelles et de suggestion évoquées plus haut.

A toi qui est confiné-e dès 18 heures chaque soir et que je vais possiblement rejoindre sous peu par la magie de la conférence de presse gouvernementale du jeudi… A toi qui, comme moi, crève d’envie d’aller faire un ciné ou de boire une bière en écoutant un concert… A toi que je crève d’envie d’emmener pour un verre ou un resto, pour le plaisir de ta compagnie et d’un bon moment partagé sans contrainte… A toi qui, comme moi, regarde ce monde en espérant qu’il se réveille, et se dit que 2020 c’était vraiment une fucking year… A toi qui espère chaque minute que 2021 nous verra revivre et qui répète que le meilleur est à venir… Je t’envoie cette pépite intemporelle qu’est Wake up pour l’écouter et le partager, sentir l’air frais caresser la peau de nos visages et regarder au loin en y voyant enfin quelque chose. Puis, s’approcher du bord de la falaise, surtout sans regarder en bas parce que ce n’est pas là qu’on va. La destination c’est droit devant, en suspension, main dans la main. Parce que sauter de la falaise seul, c’est bien. Ensemble, c’est (évidemment) mieux. Tu sautes avec moi ? Chiche.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°67: Into the Galaxy de Midnight Juggernauts (2007)

La musique est une longue chaîne ininterrompue de correspondances… Après avoir chroniqué leMidnight Juggernauts dernier bijou de The Avalanches, le nom profondément enfoui depuis leur troisième et dernier album Uncanny Valley en 2013 des Midnight Juggernauts a retrouvé l’air libre à travers la production d’Andrew Szekeres. Il faut dire que ce groupe australien -et là on comprend que la connection australienne a pleinement fonctionné sur We Will Always Love You – m’a particulièrement marqué avec ses deux premiers opus Dystopia en 2007 et The Crystal Axis en 2010 (chroniqués sur l’ancienne version du blog, dans ce qui paraît être une autre vie, mais bon ceci doit être logiquement le cadet de vos soucis). Au rayon des souvenirs fondateurs trône aussi une très belle performance scénique au Printemps de Bourges, bref je ne résiste pas aujourd’hui à la tentation de nous ramener plus de 13 ans en arrière… Réécouter Dystopia relève presque du parcours du combattant car ce dernier est introuvable sur Spotify ou Deezer, ce qui demeure un mystère pour moi. Heureusement, à Five-Minutes, on a les dieux de Koh-Lanta dans les veines (en plus d’une melonite aiguë qui vient de me faire passer à ce fichu pronom impersonnel) et on a persévéré pour dénicher la perle devenue soudainement rare. Après deux-trois coups de téléphone en Australie financés par le lectorat de Five-Minutes, j’ai pu embarquer sur la navette spatiale menant vers Dystopia. La recette est assez claire pour faire voyager: des synthés omniprésents que je qualifie volontiers de spatiaux, une électro toute en ruptures de rythme et la voix de Vincent Vendetta qui semble avoir beaucoup écouté David Bowie. L’album a particulièrement bien fonctionné, profitant entre autres d’un parrainage marquant  avec Justice, et a raflé de nombreux prix en Australie.

Je ne vous cache pas qu’il m’a été particulièrement ardu de choisir un titre mais il a fallu se rendre à l’évidence et abandonner Shadows entre autres, pour plus facilement savourer Into the Galaxy. Une batterie omniprésente, des synthés intersidéraux et tournant en boucle, le grain rocailleux de Vincent Vendetta, des ruptures rock m’évoquant Poni Hoax, voilà le titre qui donne envie de fuir la Terre. Rarement une dystopie ne m’aura autant donné envie de m’exiler, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°66 : Sphynx (2016) de La Femme

R-9021264-1526724107-2841A peine 2021 débutée et déjà un gros besoin d’évasion, qui ne date finalement pas de ces derniers jours. Heureusement, comme toujours, la musique est là. Du gros son pour se vider la tête, du plus intimiste pour plonger introspectivement en soi-même ou juste se reposer du monde, ou encore du son un peu fifou et psyché-tourbillonnant pour partir loin tout en restant confiné. Sphynx fait partie de cette dernière catégorie, et c’est presque sans prévenir que ce titre s’est invité dans ma tête au cours de la journée. Il ouvre en 2016 Mystère, le deuxième album de La Femme, groupe officiellement créé en 2010. Après un premier album Psycho Tropical Berlin (2013) qui avait enflammé la presse spécialisée (mais pas moi, en effet, je reconnais être totalement passé à côté de ce premier opus pourtant pas dénué de qualités), la formation revient sur le devant de la scène en mars 2016 avec Sphynx, premier single du nouveau LP prévu pour l’automne de la même année. Un second single Où va le monde ? suivra en juin, et me convaincra beaucoup moins. Ce qui ne nous empêchera pas, avec le poto Sylphe, de nous déplacer pour voir le phénomène La Femme sur scène. Si l’on garde une impression un peu confuse de la conclusion du set, l’ouverture (précisément sur Sphynx) et le premier quart d’heure de la prestation nous ont en revanche laissé un certain souvenir (voire un souvenir certain) assez impérissable.

Sphynx est une plongée électro de presque six minutes dans un univers sonore vaporeux et totalement répétitif jusqu’à l’obsession et au vertige. Jusqu’à l’obsession, parce que si vous lancez l’écoute ci-dessous, je vous souhaite bien du courage pour vous défaire dans les heures qui suivent de l’entêtante boucle de synthé qui lance le morceau. La rythmique juste derrière n’y est pas pour rien non plus. Avec Sphynx, le groupe affiche clairement ses influences 80’s en mixant intelligemment cold wave et pop. La voix de Clémence Quélennec, presque venue d’une autre dimension tant elle est aérienne et hypnotique, renforce le côté mystérieux et obsédant du titre. Jusqu’au vertige parce que, précisément, l’obsession contenue dans Sphynx nous plonge dans un état de transe sensuelle qui ferait oublier tout ce qui nous entoure pour nous mener jusqu’à un climax à donner le tournis. Et ce n’est pas le clip, réalisé par Marlon Magnée (un des membres de La Femme), qui va atténuer cette sensation. Difficile d’imaginer, en le visionnant, qu’on est à jeûn. Et pourtant !

Ces derniers mois, La Femme est de retour avec plusieurs singles dont Cool Colorado, en annonce d’un nouvel album à paraître en cette année 2021. Affaire à suivre donc, même si, sur l’ensemble de la production du groupe à ce jour, Sphynx reste pour moi le morceau au-dessus de tous. Il est temps de me taire et de vous laisser découvrir ou réécouter cette magique pépite obsessionnelle.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°65: Frontier Psychiatrist de The Avalanches (2000)

Depuis sa sortie, le 11 décembre dernier, le troisième opus We Will Always Love You des AustraliensThe Avalanches de The Avalanches ne cesse de tourner chez moi tant il me donne le sourire par son vent d’optimisme et son aspect volontiers foutraque. Ce n’est pas un hasard s’il fait partie de mes 20 albums préférés de 2020 et j’ai bien sûr prévu de vous en parler incessamment sous peu (#teasingdefolie). Comme souvent, la sortie d’un nouvel album c’est aussi l’occasion d’aller se replonger dans une discographie et c’est avec grand plaisir que je suis allé réécouter le premier album Since I Left You sorti il y a 20 ans déjà… En une heure et 3500 samples de vinyles, The Avalanches donne ses lettres de noblesse au sampling et crée un mix gargantuesque et jouissif, indétrônable au pays du sample. J’aurais pu très bien choisir le morceau d’ouverture Since I Left You dont la mélodie printanière centrale est particulièrement addictive mais, pour démarrer cette nouvelle année, j’avais envie d’un véritable vent de folie. Dans la catégorie « Folie pure et débauche de samples », le titre Frontier Psychiatrist est un bijou du genre qui s’apparente à une vraie déclaration d’amour pour le son sous toutes ses formes. Le résultat paradoxalement d’une grande homogénéité est percutant à souhait et j’ai très envie de placer l’année 2021 sous le sceau de Frontier Psychiatrist. Le clip qui semble donner accès au rêve le plus fou est juste jouissif et drôle. A vous de plonger dans les méandres de l’inconscient de The Avalanches, enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°64 : Calm like a bomb (1999) de Rage Against The Machine

RAtM-BattleofLosAngelesNous aurions pu, en ce jeudi, nous faire un petit Five titles qui va bien, pour parcourir un album qui va bien aussi. Toutefois, la semaine ayant été ce qu’elle a été, cette virée en cinq titres sera pour plus tard. Le mood du moment m’amène plutôt à réécouter du son qui déboîte, à l’image de notre pépite intemporelle du jour. Nous sommes en 2020 (peu de chance qu’on l’oublie, et qu’on oublie cette année semblable à une gigantesque bouse), mais nous sommes aussi en 1999 tant Calm like a bomb est un titre intemporelle. Et donc pépite, puisque sorti de la tête et de l’énergie de Rage Against The Machine, autour d’un Zach de la Rocha super vénère.

Calm like a bomb, c’est le troisième titre du troisième album du groupe. The Battle of Los Angeles fait suite à Evil Empire (1996), qui contenait certes de pures pépites là aussi (je pense à Bulls on parade, Vietnow ou encore Year of the boomerang), mais qui reste, à mon goût, en deçà de l’incendiaire et parfait premier album Rage Against The Machine (1992). En 1999 débarque donc la troisième galette des rageux, qui renoue avec une cohérence et une puissance imparable. Pensez donc : alors que sonnent les premières notes de Calm like a bomb, on a traversé seulement deux titres sur douze, et on s’est déjà pris en pleine face Testify et Guerilla Radio.

Calm like a bomb porte bien son nom, et est construit comme tel. Démarrant sur une douce et ronde ligne de basse, tempo plutôt lent et murmures de Zach de la Rocha, on se dirait presque qu’on s’est fait avoir. Quoi ? Comment ça ? C’est ça le son 1999 de Rage Against The Machine ? Oui, c’est ça, et il faut laisser au titre le temps de se dérouler, pour en saisir toute l’énergie contenue. Jamais le tempo ne va s’accélérer, jamais non plus ça va partir dans tous les sens. En revanche, par un savant empilement de la rythmique de plus en plus lourde, d’une guitare de folie sous les doigts de Tom Morello et du flow furieux de Zach de la Rocha, on part direct sur cinq minutes incandescentes que rien n’éteindra. Et surtout pas le refrain, qui défonce vraiment tout. La bombe n’explosera jamais, mais on sent que tout est à fleur de peau et qu’il suffirait d’un rien. Au bord de la crise de nerfs.

Un titre donc moins calme qu’il n’y paraît, et finalement encore bien plus explosif qu’il ne l’est déjà par son climax démentiel. Calm like a bomb est un titre énorme. Il vend de l’espoir là où il n’y en a plus. Il donne l’énergie de tout foutre en l’air pour tout changer. Mais tout foutre en l’air avec intelligence car, rappelons-le, le groupe est bien loin d’être un quatuor de cons. Militants, engagés, avec une vraie réflexion sur le monde dans lequel on survit. Ces quatre là ont changé tout autant mes jeunes années que la face d’un rock qui s’avérait à la fois nerveux, de très haute tenue, puissant et intelligent. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce même Calm like a bomb clôt la fin inattendue de Matrix Reloaded et son cliffhanger total barge. Dans le travail des Wachowski et dans l’univers de Matrix, on n’est finalement pas loin de la dinguerie du monde actuel qui m’a fait ressortir mon Calm like a bomb.

Faites ce que vous voulez. Pour ma part, je retourne à mon auto-confinement histoire d’échapper au COVID mais aussi à l’auto-connerie ambiante d’un monde qui, manifestement, a décidé de s’auto-détruire avant même d’atteindre le full high-level Idiocracy (grand film visionnaire). Quoique. Peut-être est on déjà dans la Matrice, et peut-être que le monde réel est déjà à un stade avancé d’Idiocracy. Dans un cas comme dans l’autre, Calm like a bomb s’impose comme le son du moment. A écouter en boucle. Et (très) fort.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°63 : Golden brown (1982/2017) de The Stranglers par Cage the Elephant

5898976-lSi vous êtes des Five Minuteurs réguliers et assidus, vous savez comment on aime, parfois, regarder dans le rétro pour le plaisir de nos oreilles, et accessoirement pour alimenter cette rubrique des pépites intemporelles. Et vous savez également la place de choix qu’occupe dans nos cœurs de mélomanes le groupe américain Cage the Elephant. Mon bon ami Sylphe en a d’ailleurs parlé à plusieurs reprises, notamment lors de la sortie en 2019 du 5e et dernier album studio en date Social Cues. C’est également lui qui m’avait mis dans les oreilles, un beau jour de 2017, le live acoustique du groupe sobrement titré Unpeeled. Claque musicale pour l’un comme pour l’autre, on peut dire que cette galette a tourné en boucle tout l’été, et bien plus car affinités.

Pas un morceau à jeter dans cet enregistrement qui dégueule la classe rock à chaque instant. Les premiers titres sonnent comme du rock seventies, alors que la voix et l’énergie du chanteur Matthew Shultz rappellent parfois Mick Jagger. C’est pourtant un groupe tout à fait de son époque, qui officie depuis 2008 et propose un son à la croisée des classiques rocks et d’une touche années 2000. De plus, ce Unpeeled est savamment construit, en alternant titres rocks et balades sans aucun temps mort. Un live d’anthologie on vous dit.

Golden brown résume plutôt bien l’essence de cet captation live, tout en étant un excellent titre en lui-même. J’aime le son du clavier arythmique qui ouvre le morceau, tout autant que la voix qui démarre tranquillement pour se poser sur une trame musicale qui s’enrichit et s’amplifie mesure après mesure. Plus loin, je craque sur les solos de guitare acoustique. Aux deux tiers, impossible pour moi de résister à l’osmose totale qui se crée entre voix et instruments avec chant et contrechant, dans une classe absolument folle. 

Bref, j’aime beaucoup trop ce morceau pour le gâcher en écrivant trop de mots dessus. La meilleure façon de le valoriser, c’est de l’écouter, tout simplement. Il ne dure qu’à peine 4 minutes, mais soyez rassurés. Si vous aimez, vous pouvez le réécouter en boucle. Mais vous pouvez également élargir votre écoute à tout l’album, que je m’en vais réécouter de ce pas.

[Edit/MàJ 26/12] : Le commentaire de Sprecks (ci-dessous) apporte une précision d’importance, en ce que Golden Brown est avant tout un titre de The Stranglers, paru en 1982. Trente-cinq ans plus tard, Cage the Elephant en livre donc une reprise magique, tout comme ils n’ont pas à rougir de la brillante réinterprétation sur ce même album de Instant Crush, initialement dû à Daft Punk. Il était indispensable de rendre aux Stranglers ce qui leur appartient, et merci pour la contribution !

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°62 : Heela (1996) de PJ Harvey & John Parish

PJLa semaine passée, nous avons écouté et aimé le dernier Ben Harper, empli de douceurs et d’émotions. Changement de décor ce jeudi avec PJ Harvey et une furieuse pépite de 24 ans d’âge : Heela n’a pas vieilli d’un poil et reste d’un efficacité redoutable.

Resituons l’action : en un peu plus de 3 ans (soit depuis 1992), PJ Harvey a dégainé 3 albums d’une puissance folle. Dry (1992) a posé les bases d’un rock sec et intense, Rid of me (1993) s’enrichit du son noisy de Steve Albini, et To bring you my love (1995) enfonce le clou d’une démarche artistique faite à la fois de fureur (contenue ou pas) et de fragilité tendue. Après ces trois opus, la grande question était de savoir où la Britannique du Dorset allait nous emmener, et surtout s’il y aurait une suite aussi captivante que ces premiers albums studios assez imparables. Il faudra attendre 1998 et Is this desire ? pour avoir la réponse. Toutefois, entre-temps, il se passe quelque chose : un album écrit et interprété à 4 mains qui va rapidement trouver sa place sur les platines.

Dance hall at Louse Point tombe dans les bacs en 1996. Avec une surprise : PJ Harvey ne bosse pas en solo. Elle s’est adjoint les services de John Parish. Pas tout à fait un inconnu, tant auprès de PJ que dans le monde musical. Ce musicien et producteur anglais était déjà dans l’aventure To bring you my love comme musicos et producteur, ainsi que sur la tournée qui suit. Au cours des années suivantes, il produira d’autres galettes de PJ Harvey, mais contribuera aussi à la conception de divers albums aux côtés de 16 Horsepower, Eels, Goldfrapp, Dominique A, Dionysos, Arno ou encore Rokia Traoré. Sacrée carte de visite à venir.

Voilà donc les 4 mains qui vont composer, élaborer, fabriquer, interpréter Dance hall at Louse Point. Le résultat est tout simplement excellent. A l’origine composé pour servir de bande-son à une chorégraphie de Mark Bruce, ce LP réussit la prouesse de vivre par lui-même et de se suffire à lui-même. J’ai déjà évoqué ce point par le passé : lorsqu’une bande-son (film, chorégraphie, jeu vidéo) existe par elle-même et s’écoute comme une composition originale à part entière, elle bascule dans la catégorie des pépites que l’on n’hésite pas à faire tourner en boucle. Dance hall at Louse Point est un album de rock plutôt épuré. Pas de grosse fioritures ou d’arrangements pompeux. Ça sent le disque enregistré avec simplicité, sincérité, en mélangeant sons bruts et émotions.

Heela est le 9e titre de cet album, et l’illustration parfaite de cette vision des choses : un morceau clairement blues-rock, mais du blues-rock façon PJ Harvey & John Parish : ça commence avec du riff de guitare qui tape, ça se poursuit avec la voix inimitable de PJ Harvey (bordel cette voix !) posée sur une ligne de basse lourde et ronflante. Tout ceci parsemé de touches de guitare cristallines, pour en arriver au refrain balancé à deux voix décalées. Pile à la moitié, le coup de grâce avec PJ qui perche sa voix très haut pour une boucle vocale qui rappelle direct le « Lick my legs / I’m on fire / Lick my legs / Of desire » de la fin de Rid of me. L’ensemble est à la fois totalement électrique et purement inflammable. Un des titres les plus fiévreux et bandants de PJ Harvey pour une sensualité vénéneuse qui ne laisse pas de marbre malgré les années d’écoute. Heela fonctionne toujours aussi bien et fait partie de ces pépites intemporelles qui ont gardé leurs propriétés incendiaires.

Autour de Heela, l’album Dance Hall at Louse Point contient 11 autres pépites. PJ Harvey, c’est un peu le système des poupées russes : des morceaux pépites rassemblés dans des albums pépites, eux-mêmes contenus dans la carrière pépite d’une artiste pépite. Je vous l’accord, ça ne sent pas l’objectivité. Mais filez écouter Heela et le reste de l’album, vous ne le regretterez pas si vous appréciez ce son. Autre bonne raison de reparler de ce disque : longtemps indisponible, il l’est de nouveau à la faveur de la réédition progressive de toute la discographie de PJ Harvey, en CD comme en vinyle. Vous n’avez donc plus aucune excuse si la tentation vous saisit. Et si vous venez d’écouter le dernier album de NZCA LINES, chroniqué récemment par l’ami Sylphe et que vous avez terminé en dansant nus chez vous comme sa chronique le suggérait, restez à poil et lancez Heela avec le son à fond. Et profitez.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°61: Daydream In Blue de I Monster (2003)

Un petit son tout en douceur et en contrastes aujourd’hui avant de parler demain du dernier albumI Monster de NZCA Lines. Le groupe I Monster, composé de Dean Honer et Jarrod Gosling, n’a pas forcément eu la carrière qu’il méritait et peut probablement regretter que les talentueux Air aient attiré sur eux les projecteurs d’une musique électronique aérienne et cinématique. Leur deuxième opus Neveroddoreven sorti en 2003 restera le sommet de leur carrière et regorge de jolies trouvailles sonores. Le titre du jour Daydream In Blue devrait immédiatement parler à vos oreilles averties car il a figuré dans de nombreuses pubs. Ce titre est une reprise de Daydream des Belges de Wallace Collection, plage finale de leur album Laughing Cavalier enregistré aux studios d’Abbey Road et sorti en 1969. Le morceau de base qui s’appuie sur le final du Lac des Cygnes de Tchaikovski met à l’honneur cette mélodie touchante d’ingénuité avec cet art des choeurs propres aux années 60-70. La reprise d’I Monster brille par la volonté d’insuffler un souffle électronique et surtout une dichotomie séduisante avec ces poussées électriques qui révèlent l’évolution de ce rêve devenant « dirty ». Le clip vous éclairera assez limpidement sur les paroles si vous avez laissé votre anglais en confinement… Voilà en tout cas un album qui mérite amplement d’être réécouté ou découvert (on a un peu de temps devant nous les weekend non?), enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°60: Everything In Its Right Place de Radiohead (2000)

Comme mon ami Raf Against The Machine, je n’ai pas pu m’empêcher de savourer les teintes grises Radiohead Kid Ade la nostalgie en réécoutant le troisième album de Radiohead, Kid A, qui vient d’avoir 20 ans… Radiohead est une des pierres angulaires de ma modeste culture musicale et la voix de Thom Yorke sait toucher en moi les cordes les plus profondes de ma sensibilité. Après deux albums rock plus classiques dans leur approche Pablo Honey (1993) dont est tiré le single imparable Creep et The Bends (1995), les Anglais sortent un des albums les plus marquants et intenses émotionnellement OK Computer (1997) pour lequel les mots manquent tout simplement…

Kid A a donc pour rude tâche en 2000 de faire suite à un véritable coup de maître. L’orientation de l’album est très claire, les guitares vont laisser leur place aux machines (synthés et samplers) pour accompagner la voix de Thom Yorke qui va devenir encore plus centrale. L’album va pleinement relever le défi et nous infliger une nouvelle énorme claque musicale, 3 ans après OK Computer. Le titre du jour, Everything In Its Right Place, et ses paroles pour le moins minimalistes (mais pourquoi ce citron?) est le morceau d’ouverture de Kid A. Une vaste lande désertique d’un minimalisme désarmant où la voix de Thom Yorke nous hante au milieu des synthés inquiétants, les samplers prenant un malin plaisir à expérimenter, à briser les codes pour mettre à jour une litanie aussi obsédante qu’angoissante. Voilà un titre à l’image de la pochette de l’album, beau et anxiogène… A savourer en réécoutant en entier ce sublime Kid A, enjoy!

Sylphe