Pépite intemporelle n°49 : Atmosphere (1980) de Joy Division

Il y a quelques chroniques et quelques semaines, on se souvenait ensemble de la disparition de Kurt Cobain (à relire par ici). Aujourd’hui, au cœur de mars 2020, ce sera un retour de 40 ans en arrière pour se rappeler que, en mars 1980, sortait Atmosphere de Joy Division. A l’époque, on ne le sait pas encore mais on est en train de vivre les derniers mois du quatuor fondé quatre années plus tôt. Récapitulons.

Courant 1976, le punk britannique fleurit et s’en donne à cœur joie autour des Sex Pistols, fondés en 1975 et emmenés par Johnny Rotten. Au cours d’un de leur concert sont semées les premières graines de Joy Division avec la rencontre de Bernard Sumner (guitariste), Peter Hook (bassiste) et Terry Mason (batteur). La formation from Manchester évoluera dans son nom et sa composition musicos, avec plusieurs changements de batteurs, mais surtout avec l’arrivée de LA voix du groupe, Ian Curtis.

Le premier concert de Joy Division sous ce nom et dans sa composition définitive date de janvier 1978. Si les garçons se sont trouvés lors d’un concert punk (on rappelle que les Pistols c’était pas tout à fait de la variétoche), début 1978 le punk a déjà vécu ses heures de gloire. Ce sont d’autres courants musicaux qui prennent la suite, dont le post-punk et la cold-wave à venir. Et la fine équipe de Ian Curtis s’inscrit complètement dans cette double mouvance, en mélangeant intelligemment l’énergie punk et des prestations scéniques incendiaires et agressives à un son studio plus léché annonciateur de la cold-wave.

Illustration de ce savant mix, Atmosphere déroule en 4 minutes une ambiance ambivalente et paradoxale. Comme une superposition de noirceur désespérée et de lumière froide. Rien que l’intro du morceau est un bijou : association basse/batterie qui pose d’entrée une rythmique inquiétante tout autant que minimaliste, brute et sèche. La bouffée d’air vient seulement quelques secondes plus tard avec le synthé, instrument totalement absent du courant punk, qui apporte un horizon. Mais un horizon bien indéfini et incertain, vers lequel on se demande franchement si on a envie d’aller. C’est l’hésitation totale, tiraillés que l’on est entre l’envie d’avancer et la conviction qu’il n’y a rien au bout.

En fait, il n’y a presque rien, si ce n’est la voix sortie de nulle part de Ian Curtis. Enveloppante, mystérieuse, sépulcrale, hypnotique : les qualificatifs sont nombreux mais réussissent à manquer pour définir cette voix-là et ce qu’elle a apporté à la musique ainsi qu’à tous ceux qui, un jour, sont tombés dans Joy Division. Comme une prémonition, Ian Curtis chante l’enfermement mais aussi la libération et l’envie de respirer ailleurs, enfin, sans plus rendre de compte à personne, à commencer par lui-même. Comme une prémonition parce que, pour nos lecteurs-trices qui l’ignoreraient, ce grand garçon de 23 ans choisira en mai 1980 de quitter ce monde, à la veille d’une tournée américaine pour le groupe.

Quelques semaines plus tard, sortiront le single Love will tear us apart, puis Closer, second album du groupe qui porte en lui les germes du rock gothique, comme Atmosphere le fait déjà. Cette pépite âgée d’aujourd’hui 40 ans a poursuivi son existence, y compris en dehors des sillons musicaux. On l’entend notamment en générique de fin de l’excellent biopic de Ian Curtis Control (2007), réalisé dans un splendide noir et blanc par Anton Corbijn. On retrouve aussi Atmosphere dans des séries TV comme Misfits ou Peaky Blinders. Ce qui, dans ces deux cas, est complètement logique : en les visionnant, il revient cette sensation de noirceur désespérée et de lumière froide au bout d’un tunnel qu’on n’a pas choisi, mais dans lequel on entre quand même, comme hypnotisés, en sachant qu’il n’y a pas grand-chose au bout. Une allégorie de l’existence en somme.

Ci-dessous le clip, réalisé par Anton Corbijn en 1988 pour la réédition du titre.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°48 : Mon ami (2007) de Bertrand Betsch

la-chaleur-humaine-b.betsch-pias-france-zoomLa pépite du jour aurait pu rester de moi longtemps inconnue, si je n’avais pas eu la chance qu’elle me soit indiquée par une fidèle lectrice Five-Minuteuse. Après discussions, bières et filtres Snapchat, lorsqu’est venu le temps de regagner nos chez nous respectifs, elle m’a conseillé ce Mon ami de Bertrand Betsch, sans doute guidée par une intuition après nos conversations. Et quelle intuition ! J’avoue, presque honteusement, que je n’avais jamais écouté le travail de ce garçon, à la discographie pourtant bien remplie. Depuis ses débuts en 1997, il totalise pas moins d’une quinzaine d’albums studios, pour un parcours musical et textuel en constante évolution.

La chanson du jour est nichée dans La chaleur humaine (2007), son quatrième album. Un titre  qui est déjà tout un programme en soi, et que ce Mon ami illustre parfaitement. Sur un faux-air de balade légère, Bertrand Betsch propose une définition de ce qu’est un ami. Sans grandiloquence, sans effets inutiles, sans emphase, mais à travers des phrases et un vocabulaire simple : « Quand la pluie aura cessé / Tu viendras me visiter / Tu n’auras rien à me dire / Tu n’as jamais su mentir / On se sourira en buvant du muscat / En picorant des cacahuètes / En grillant quelques cigarettes / On regardera la télé / la tête penchée sur le côté. »

Une vision des choses que je valide sans réserve. Parce que oui, un ami, ça n’est (presque) rien d’autre que ça. Un ami, c’est celui qu’on peut voir quotidiennement, puis ne plus voir pendant des mois, et revoir sans que rien ne change. Ni reproches pour ce temps d’absence, ni altération du lien. Juste le plaisir de (re)passer un moment ensemble. Comme le dit le refrain : « Mon ami, tu n’es pas sans savoir / Mon ami, que j’aime bien te voir. » On aime voir un ami parce que chaque moment passé avec lui rend ce monde insupportable plus supportable, cette existence parfois invivable plus vivable.

L’ami se suffit à lui-même. Nul besoin de programmer de grandes festivités onéreuses ou un voyage lointain rempli d’activités pour alimenter et consolider le lien. Qu’il y ait entre nous un café, une bière, une tablette de chocolat, une bouteille de rhum, une currywurst… ou simplement du temps partagé, c’est amplement suffisant. Le plaisir de voir un ami, c’est ce moment passé ensemble à discuter, à refaire le monde, et parfois à se taire. Oui, un ami sait aussi le prix des silences et des moments suspendus.

Un ami écoutera blagues, confidences, propos insignifiants. Je ferai de même car il a mon entière attention. Nous rirons ensemble, nous pleurerons ensemble parfois. Il saura, car il l’a déjà fait, me laisser pleurer en silence ma tristesse, sans jugement, sans pitié détestable, sans complaisance non plus. Le moment venu, cet ami trouvera les mots et les gestes qu’il faut pour me redonner l’envie et l’espoir. Je lui rendrai la pareille, puisque la vie nous en donnera inévitablement l’occasion. Un ami est une lumière.

Un ami ne demande jamais rien. Il ne réclame pas qu’on se voit plus souvent, il ne demande aucune aide, et n’en propose pas non plus. Et il a raison : nous n’avons pas besoin de ça. Nous savons, l’un comme l’autre, que si besoin ou envie il y a, nous nous proposerons mutuellement ce qui sera le plus approprié. Il ne s’agit pas d’une quelconque télépathie fantasmée qui nous épargnerait les paroles. Non, il s’agit juste d’un ami. Tout ça ne s’explique pas, mais se ressent et se vit. Sans jacasser à tout vent « Mon ami ceci… mon ami cela… mes amis savent que… mes amis seront là… » Non, les amis ne seront pas là. Ils sont déjà là. Même absents.

Un ami, c’est un peu tout ça à la fois, et encore bien d’autres choses indicibles. On pourrait en parler et en écrire des tonnes, on pourrait relire aussi le chapitre 4 du merveilleux livre Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal, dont ces lignes : « Mon ami fait écran, mon ami me protège, il me maintient provisoirement dans une région où aucune de mes silhouettes familières ne peut me rejoindre. Il oppose sa présence à mon passé. Il m’emmène dans des espaces vierges, des lieux où mes crimes sont abolis, mes fautes ignorées, où aucun des membres de ma famille n’a le droit d’entrer. Il m’offre un refuge, il me fournit un alibi, il cautionne et justifie mon silence, je me tais parce qu’il parle et il parle parce que je me tais. Il est mon nouveau foyer ».

Au final, peut-être est-ce Bertrand Betsch qui résume le mieux les choses, en quelques lignes, dans ce très beau et émouvant Mon ami. Inutile de préciser que, si la chanson et mes lignes sont écrites au masculin, tout cela fonctionne aussi très bien avec une amie.

Et puisqu’arrive l’heure du muscat, des cacahuètes et du grillage de cigarettes, je m’en vais vous laisser, en réécoutant, une fois encore, cette pépite déjà intemporelle. Mes amis, que vous soyez là ou pas ce soir, vous avez toute mon amitié et ma chaleur humaine (on y revient), tant il est bon de vous savoir en vie et jamais bien loin. Quant à toi, chère fidèle lectrice, merci du fond du cœur pour cette chouette découverte artistique, mais aussi pour notre belle rencontre faite de moments et rires partagés.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°47 : Lithium (1991) de Nirvana

Oh le Raf Against The Machine, il s’emmerde pas cette semaine : il nous ressort un Nirvana, c’est pas vraiment une découverte ! Non, je confirme, c’est une pépite intemporelle. Et il y a une excellente raison à se refaire un peu de Nirvana aujourd’hui, même si, on est bien d’accord, il y a toujours une bonne raison pour écouter le trio de Seattle : aujourd’hui 20 février 2020, Kurt Cobain aurait eu 53 balais.

Cette date anniversaire, loin de toute commémoration mortifère, mérite bien un petit clin d’œil à ce sacré bonhomme qui a chamboulé le rock des années 90, et qui a aussi marqué à jamais nos jeunes années. Les miennes tout du moins, vous je ne sais pas, mais puisque vous nous lisez sur Five Minutes, on peut supposer que vous avez bon goût, et donc que Nirvana ça vous cause un peu. Il faut se souvenir de Bleach (1989), le premier des trois albums studios du groupe, qui tombe dans les bacs alors qu’on se tape de la bonne daube musicale depuis quelques années. Les branches créatives du rock du début des 80’s sont un lointain souvenir. En cette fin de décennie, dominent plutôt la dance, la house et autres sons qui me laissent indifférents.

Mais voilà que, telle une tête de pont pour le rock râpeux et torturé qui va marques les 90’s, Nirvana pose sa bombe (aucune blague scatophile là-dedans, promis). Cette première galette reste confidentielle, contrairement à la mienne (là en revanche, il y a bien une blague pas finaude ^^). Puis c’est l’explosion Nevermind en 1991, avec le surdiffusé et surexploité Smells like Teen Spirit, bien qu’excellent titre. C’est pourtant oublier un peu vite que ce LP contient 12 autres morceaux, pour un total donc de 13 pépites (c’est pour voir si tout le monde suit). Dont ce fameux Lithium, qui respire autant la joie de vivre que le reste du répertoire du groupe.

Ça raconte quoi Lithium ? Déjà, musicalement, ça raconte un titre construit sur une rupture, avec intro et couplet à suivre presque tranquillou en mode guitare propre, ligne de basse sympa et batterie juste dosée comme il faut. Sauf que le refrain : riffs furieux, basse vénère de Krist Novoselic et batterie bûcheronnée par Dave Grohl comme au bon vieux temps de Led Zep et John Bonham ou The Who avec Keith Moon. On se souviendra d’ailleurs d’une phrase de ce dernier : « Pour avoir un jeu plus rock, frappez la batterie plus fort ». What else ?

Et bien sinon, Lithium, textuellement, ça parle de Cobain lui-même, et d’un autre jeune homme, déprimé et assez tabassé par la folie, qui choisit de se tourner vers la religion. Un choix que notre Kurt ne valide pas, lui qui préfère gérer ses douleurs existentielles en optant pour les drogues. On connaît la suite : la dépendance, l’enfermement, pour finir ce triste 5 avril 1994 où le garçon décide de partir voir ailleurs si l’existence est plus paisible. On se souvient tous de ce qu’on faisait quand on a appris la mort de Cobain, trois jours plus tard. On se souvient tous aussi de comment on a encaissé la nouvelle. Je suis resté longtemps incrédule, dans l’incompréhension aussi. Puis, j’ai fait ce qu’il y avait de mieux à faire (à mon sens) : j’ai écouté Lithium en mettant le son très fort, et ça une bonne partie de la journée.

Alors aujourd’hui, j’ai remis ça, et je vous invite à faire de même. Une fois que vous aurez pris votre dose de Lithium, rien ne vous empêche de vous injecter quelques autres titres, voire un album entier. Histoire de se rappeler de ce drôle de rocker blond écorché qui a secoué le rock et nos vies à jamais. Et qui a choisi, dans sa lettre d’adieu, de citer des paroles du grand Neil Young : « Mieux vaut brûler franchement que s’éteindre à petit feu ». So long boy.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°46 : Non non non non (je ne suis plus saoul) (1995) de Miossec

La magie du monde moderne, c’est par exemple la possibilité de regarder sans attendre la semaine suivante une saison complète de ta série préférée en replay ou sur Netfloux. C’est aussi la joie et le bonheur d’avoir toujours à portée de main un smartphone qui permet de faire tout plein de trucs auxquels tu n’avais pas pensé, et que d’ailleurs tu n’as pas envie de faire. Mais comme grâce à ton smartphone tu peux les faire… bin tu les fais.

La magie du smartphone, c’est aussi les notifications qui poppent quand tu t’y attends le moins, à n’importe quel moment de la journée. Pour une info cruciale, un tweet urgent, ou un rappel de calendrier. Et justement, cet après-midi, mon smartphone à moi m’a balancé un rappel de date, que je n’ai jamais programmé mais qui, par la magie des calendriers synchronisés et pré-enregistrés, m’a sauté au visage. Qu’ai-je donc vu s’afficher ? L’incontournable et essentielle information que demain, chers lecteurs, c’est le 14 février et la Saint-Valentin.

Peut-être la date de l’année dont je n’ai absolument rien à foutre parmi toutes celles dont je n’ai rien à cirer. Mais puisque c’est mon jour de publication sur Five-Minutes, autant en profiter et, pour une fois, célébrer comme il se doit ce jour béni pour les amoureux et amoureuses. Surtout un jour béni pour le commerce, des fois qu’on aurait pas tout claqué pour Noël, après avoir déjà défoncé son compte en banque pour le Black Friday.

La meilleure façon de fêter, avec quelques heures d’avance, la Saint-Valentin, c’est de revenir sur une pépite de 1995 avec le titre d’ouverture du premier album de Miossec. Pourquoi donc ? Si vous connaissez le texte, vous savez déjà. Si vous ne l’avez pas/plus en tête, je vous laisse apprécier “comme un crabe déjà mort“. Une sorte de cynisme absolu pétrie de classe totale, qui ouvrait alors un album fulgurant et râpeux comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps. Le minimalisme de deux guitares et d’une basse pour porter les textes dépouillés de Miossec. Cette première galette est un grand album, et depuis, notre Brestois préféré a bien bourlingué en nous en a livré quelques autres tout aussi grandioses.

N’empêche que. Ce Non non non non est mon point de rencontre avec ce grand bonhomme de la chanson. Ce qui en fait un titre très cher à mon cœur. D’où la pertinence de célébrer la Saint-Valentin en l’écoutant. Saint-Valentin que, telle une ultime provocation, je passerai en tête-à-tête avec moi-même, alors que je ne m’aime pas. Un comble.

Et puisqu’à la Saint-Valentin, la société nous commande d’aller par deux, voici donc un second titre tiré du même album. Evoluer en 3e division, ou comment enfoncer le clou et rester dans l’ambiance.

Raf Against The Machine

 

Pépite intemporelle n°45: Cold Love de Ghinzu (2009)

Après avoir commencé en douceur le weekend avec le folk suave de The Innocence GhinzuMission, on va le clore avec le rock incandescent des Belges de Ghinzu et plus particulièrement le titre qui porte très mal son nom de Cold Love. Après un excellent Blow en 2004 (je ne me suis toujours pas remis de Do You Read Me), la bande autour du charismatique John Stargasm met 5 ans avant de revenir avec Mirror Mirror qui regorge de pépites rock d’une très grande intensité. J’aurais pu très bien choisir l’oppressante montée en tension de This War is Silent, la déflagration électrique de Mirror Mirror ou encore la psalmodie engagée de Dream Maker mais ce soir ce sera le rock frontal du morceau d’ouverture Cold Love qui devrait vous mettre une claque salvatrice. Voilà un titre placé sous le sceau de l’urgence avec une rythmique survitaminée, des accalmies mettant en valeur le grain sombre de la voix de John Stargasm et une montée finale juste jouissive.

Et que dire de ce clip orgasmique? Tout est fou, les popes invoquant les forces maléfiques, les membres du groupe littéralement possédés et se transformant en véritables torches humaines, la sensualité quasi érotique des deux jeunes danseuses qui ne peuvent pas résister à l’attraction du diable et cette fin improbable ayant pour cadre un four… Ce clip figure depuis bien longtemps dans mon panthéon – et ce n’est pas Raf Against The Machine qui me contredira – et j’espère qu’il fera une entrée remarquée dans le votre. Allez j’y retourne, tel un Faust j’ai rendez-vous avec le diable, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°44 : Should I stay or should I go (1981) de The Clash/Die Toten Hosen

Parfois, je n’écris pas mes articles à la dernière minute, mais plutôt à la dernière heure du jour, ou la première du jour suivant selon d’où on regarde la situation. C’est le cas cette semaine, avec une bonne vieille pépite ressortie de mes archives musicales et émotionnelles. Je replace le contexte.

Lumière tamisée, verres de bières sur table en bois, conversations qui se mêlent, parfums de currywurst et de Berliner Dog qui flottent : plusieurs heures déjà que je me trouve au Berliner Wunderbar, une adresse parisienne très recommandable. La soirée se déroule tranquille, qui plus est en chouette et charmante compagnie. L’idée d’explorer un peu plus la culture allemande nous vient presque naturellement.

Et notamment la culture allemande musicale, qui recèle quelques artistes hauts en couleurs. Tout se joue un peu plus tard sur le quai du métro. Je me souviens des Toten Hosen (Les Pantalons Morts), groupe de punk-rock allemand né en 1982 autour de son leader Campino. Je me rappelle cette cassette audio sur laquelle j’avais copié plusieurs de leurs morceaux. Elle tournait souvent dans ma piaule d’ado pour écouter, entre autres pépites, Hier kommt Alex et Disco in Moskau. Mais les Toten Hosen sont bien plus que ça : une carrière de maintenant 38 années, ponctuée de 30 albums en cumulant studios et lives, et des concerts à la pelle. Histoire de rappeler que le punk-rock, ça se passe avant tout sur scène avec des guitares, des gars un peu énervés et de la bière.

Au milieu de cette carrière assez improbable et néanmoins époustouflante, les lascars de Düsseldorf ont repris Should I stay or should I go, un des grands titres du Clash de Joe Strummer. Peut-être pas le meilleur morceau, mais sans doute un des plus emblématiques, aux côtés de London Calling et Rock the casbah. Histoire d’appuyer les clins d’oeil punk-rock, on se rappellera aussi que les Toten Hosen avait pondu en 1987 Never mind The Hosen, Here’s die Roten Rosen. Un album au titre plus que référence.

Et sur ce quai de métro, on écoute le Should I stay or should I go revisité par les Toten Hosen. Deux minutes et des poussières pour patienter jusqu’à l’arrivée de la rame, prévue trois minutes plus tard. Une poignée de riffs de guitare un poil plus rapides et plus aérés que l’original, pour se sentir exactement d’où on sortait tout en s’imaginant bien ailleurs. La station de métro s’efface le temps d’une bulle pépite-punk. Il ne reste plus que nous.

Quelques instants plus tard, tu me fais remarquer ce monsieur, adossé à la cloison de sécurité. Il lit un livre bien imposant et fort encombrant pour circuler dans le métro. Je trouve ça touchant et aussi un peu punk ce genre d’observation. Et je souris.

Faut-il rester ou partir ? Question de vie fondamentale et récurrente. Trouvez votre propre réponse, mais de mon côté, c’est assez clair.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°43: American IV: The Man Comes Around de Johnny Cash (2002)

L’histoire est bien connue, en 1994 Johnny Cash rencontre Rick Rubin, légendaireJohnny Cash producteur de rap et de métal. De cette union entre deux génies naîtra la série des American Recording, dont le premier disque sort en 1994. Il constituera la renaissance de « l’homme en noir », jusqu’à son décès en 2003.

Johnny Cash est la première rock star de l’histoire. Né le 26 février 1932 à Kingland, dans le sud des Etats-Unis, le jeune Johnny Cash grandit dans une famille pauvre qui survit en travaillant dans les champs de coton. Les chants entonnés alors avec ses frères et sœurs sont le seul moyen d’échapper à la fatigue et au désespoir. La guitare sera un vrai refuge pour lui. Il enregistre ses premières chansons dès 1955. Son succès est foudroyant mais l’alcool et la drogue révèlent vite une personnalité torturée et autodestructrice. C’est grâce à l’amour que JC se sauve de ses propres démons. C’est aussi grâce à son engagement. JC s’est toujours senti proche des voyous, des rebelles et des enfermés. Il décide d’ailleurs de consacrer de nombreux concerts et tournées aux prisons américaines. De ces concerts, il en reste un des plus grands lives de l’histoire de la musique Live at Folsom Prison.

Mais revenons aux American Recording et à cette collaboration iconoclaste qui aboutira à cinq albums et au sixième posthume. Le premier est donc enregistré dans le salon de Johnny Cash qui s’accompagne seul, à la guitare. Dans cette série le IV est le sommet de son œuvre. Johnny Cash est malade, gravement malade. Il a trop abusé des substances, de l’alcool, de la vie. Il est diabétique, n’arrive quasiment plus à marcher. Il compose alors l’une de ses plus belles chanson The Man Comes Around, inspiré du livre de Job. JC surfe avec la mort. Les reprises de Hurt et de Personnal Jesus sont des sommets d’interprétation crépusculaire. JC sait que c’est l’heure du bilan, du dernier bilan. Il rassemble toute sa souffrance dans des reprises et des compositions bouleversantes.

Dans la dernière chanson du disque JC reprend We’ll Meet Again, une chanson que chantaient les soldats anglais avant d’aller au combat pendant la deuxième guerre mondiale. Une chanson pour se donner du courage avant la mort probable. Une chanson qui évoque le paradis.

JC a cherché la rédemption toute sa vie. Il l’a trouvée dans la dernière ligne droite de sa vie. L’une des plus belles manières de dire adieu en musique.

Rage