Pépite intemporelle n°9: Sum de Loney Dear (2017)

Je vous parlais, il y a encore peu de temps, d’un album de Loney Dear intitulé Dear John Loney Dearqui m’avait particulièrement marqué et que je prenais toujours autant de plaisir à réécouter (voir ici ). A l’occasion de cet article, j’ai pu prendre conscience à quel point nous croulons sans cesse sous les sorties musicales car j’ai -honte à moi- raté la sortie du dernier opus de Loney Dear en 2017, sobrement intitulé Loney Dear. Vous vous doutez bien que je me suis empressé de corriger cette énorme faute de goût et bien m’en a pris, tant cet album est dans la droite lignée de Loney, noir et Dear John.

Il est toujours difficile de distinguer un titre mais Sum s’impose néanmoins pour moi comme le sommet de l’album. Un refrain faussement naïf qu’il est au-dessus de mes forces de ne pas fredonner longtemps après l’écoute, la beauté du chant et de ce falsetto émouvant, l’ambiance instrumentale vaporeuse et tendant subtilement vers une certaine distorsion sonore me désarment et me donnent foi en l’humanité. Tout simplement…

En prime je vous laisse avec un très beau live plein d’émotions…

Sylphe

Pépite intemporelle n°8: Aux nomades de l’intérieur de Rocé feat. Antoine Paganotti (2006)

J’en suis un peu près sûr, un jour on redécouvrira cet album  Identité en crescendo  et on rendra à Rocé toute la notoriété qu’il mérite, en attendant je n’avais plus de nouvelle du meilleur rappeur français depuis quelque temps et en apprenant, il y a quelques jours, que mon rappeur préféré prépare un nouvel album, je me suis dit : il faut absolument que Five-minutes parle de ça ! Donc j’y arrive enfin, pour mettre un peu de hip hop sur ce blog ! j’aurai l’occasion de parler plus tard de musique country mais un peu de patience… (YYYaaahhhh !) Alors ok, certes, ce blog est animé par des (bientôt) quarantenaires mais enfin, il ne faut pas oublier que le hip hop est apparu en France à la fin des année 80, en gros quand on était jeunes… et que c’est en partie cette musique qui m’a formé et bercé (bon il y a aussi Benny B qui m’a bercé mais ça j’assume moins). D’ailleurs, Orelsan dans un article du Monde du 29 novembre dernier, décrivait très bien les raisons du succès actuel de sa musique et de du hip hop en général : « Par mon âge tout simplement : je ne suis pas encore assez vieux pour être trop vieux, je ne suis plus assez jeune pour être complètement déconnecté de ce que vivent les adultes (…) les gens de mon âge ont grandi avec du rap et ont un vrai pouvoir d’achat, et les très jeunes en écoutent encore beaucoup ». Donc, je récapitule les quarantenaires comprennent les jeunes, sont dans la fleur de l’âge et sont « pleins aux as » (exactement comme moi !).

Bon, je dirai que Rocé, lui il a toujours été un cran au-dessus des autres notamment sur les questions d’analyse sociologique à deux balles, d’ailleurs il a fait une fac de socio… ceci explique peut-être cela. Donc, il sort prochainement  Par les damné.e.s de la Terre –  Des voix de luttes 1969-1988  et je me dis que c’est vraiment le disque idéal à mettre dans la hotte du père Noël pour un quarantenaire (comme moi, au cas où vous ne l’auriez pas compris !) bon j’ai déjà une liste longue comme le bras de disques pour Noël donc on verra bien ce qu’il me réserve celui-là. Autant le dire tout de suite, l’album sera un recueil de morceaux rares et engagés, donc pas de Rocé sur cet album mais une direction artistique, qui, comme à son habitude, nous questionne. Parce qu’on a tendance à croire que le Hip hop vient uniquement des Etats Unis, oui ça vient de là… et je ne vais pas contredire la fantastique BD Hip Hop Family Tree d’Ed Piskor (que je recommande aussi pour Noël) mais on a, en France, une longue tradition de musique engagée « J’ai voulu creuser au-delà du rap, fouiller les artistes de la langue française qui véhiculent la poésie de l’urgence, la poésie à fleur de peau, engagée malgré elle parce que le contexte ne lui donne pas le choix ».

Donc pour revenir à Rocé et à ce morceau Aux nomades de l’intérieur  tiré de son deuxième album, moi ce qui me fascine avant tout c’est l’ambiance, le son, les beats extrêmement saturés, prononcés, le texte percutant, porté haut et fièrement énoncé et cette phrase qui revient en leitmotiv « doute de ton pouvoir, tu donnes pouvoir à tes doutes » et enfin, il y a cette apothéose du morceau… l’improvisation d’Antoine Paganotti, comme sur un morceau de free jazz. Ben ouep, parce que Rocé, il est comme ça, il invite le batteur de Magma, puis Archie Shepp, convoque la figure de Léon-Gontran Damas et rend hommage aux engagés, aux insurgés, à ceux qui se sont sacrifiés pour une cause, à ceux qui luttent et « aux nomades de l’intérieur ». C’est sûr, ce n’est pas très vendeur dans une société rongée par l’économie marchande et l’individualisme… alors sur les conseils d’Orelsan et comme j’ai la quarantaine, que je comprends bien le jeune et que je suis « plein aux as », je vais de ce pas m’offrir un bon disque de hip hop : Par les damné.e.s de la Terre – Des voix de luttes 1969-1988.

Rage

Pépite intemporelle n°7: It’s Love de Get Well Soon (2016)

Quand le temps nous malmène en nous fuyant inlassablement entre les doigts, quand les It's Lovedernières sorties musicales nous laissent de marbre, il est toujours rassurant de se tourner vers ces artistes avec lesquels nous entretenons une relation aussi durable qu’intime. J’ai ainsi une admiration sans bornes pour l’allemand Konstantin Gropper qui illumine de son génie le groupe Get Well Soon depuis son tout premier coup de maître en 2008 Rest Now! Weary Head, You Will Get Well Soon. Cet album trône désormais fièrement dans mon panthéon musical et je vous invite à découvrir la richesse de cette pop baroque et symphonique si vous n’avez pas la chance de connaître cet opus. Je ne vais pas vous résumer la discographie brillante de Get Well Soon car ce n’est pas véritablement l’objectif de cette chronique même si je garde dans un coin de la tête cette idée… Aujourd’hui, je nous emmène en 2016 avec la parution du septième opus LOVE (je fais le choix de comptabiliser les 3 EP de 2014) qui s’impose peut-être comme le plus pop des albums de l’allemand et tiens à vous présenter le single It’s Love.

On retrouve dans ce titre tous les éléments qui me touchent chez Get Well Soon, cette voix noire comme l’encre de Konstantin Gropper et la précision métronomique de l’orchestration (#lescuivresitslove). Le refrain entêtant porté par les choeurs vient distiller une touche d’originalité plus pop qui contraste merveilleusement avec la voix principale. De contraste il en est aussi question dans ce très beau clip qui illustre parfaitement le morceau. On est partis sur un reportage digne du 13h de Pernaut nous montrant le rapport qu’entretiennent nos retraités avec la gastronomie du quotidien et on aboutit, dans une sorte de logique imparable, au glauque de la séquestration de Natascha Kampusch… C’est brillant, c’est Get Well Soon.

Sylphe

Pépite intemporelle n°6 : El testamento (1979) de Georges Brassens/Paco Ibañez

Ces derniers jours nous rappellent, si besoin en était, que tout a une fin en ce bas monde. Pas seulement ces derniers jours d’ailleurs. Disons plutôt que les exemples ne manquent pas : la disparition de Stan Lee, la rentrée scolaire, la sortie de Fallout 76, le claquage de ma cafetière, le silence après les 2h40 de concert de Thiéfaine (soirée de ouf !), ou bien encore le 29 octobre dernier, anniversaire de la disparition de Georges Brassens.

Il est donc de bon ton d’être prévoyant, et de ne pas être pris de court. Une fois entre quatre planches (cette expression m’a toujours étonnée car en fait, il faut bien six planches pour faire un cercueil et non quatre), il sera bien difficile de faire part de ses dernières volontés. D’où l’intérêt de rédiger un testament. Ce qu’avait bien compris l’ami Georges en sortant, en 1955, Le testament. Un titre que je vous invite à découvrir, et puisque sur Five-Minutes nous faisons les choses bien, vous le trouverez juste après ces lignes, ici-bas ici même.

Pourtant, la pépite qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas tant Le testament dans sa version originale que sa reprise en espagnol par Paco Ibañez, publiée en 1979 et sobrement traduite El testamento. Quoi de plus naturel que la rencontre de ces deux monstres sacrés de la chanson, et plus largement de l’humanité et de la vie ? Paco Ibañez, pour celles et ceux qui l’ignoreraient, est un chanteur espagnol catalan, né en 1934, engagé et libertaire, dont la famille a fui l’Espagne en 1937 pendant la guerre civile. Il a construit son œuvre en mettant en musique des textes de poètes espagnols ou latino américains tels que Rafael Alberti, Federico Garcia Lorca ou Pablo Neruda. Farouche opposant à Franco et à toute forme de dictature et d’autoritarisme, il rencontrera la notoriété et le succès en France en 1969, après une double prestation : la célébration des événements de mai 68, en mai 1969 où il chante dans la cour de la Sorbonne, puis un concert à l’Olympia en décembre 1969. Concert devenu mythique à plus d’un titre, puisqu’il y interprètera notamment, pour la première fois, La mala reputaciòn, version en espagnol de La mauvaise réputation de Brassens.

Dix années plus tard, tombera dans les bacs une magnifique galette de onze reprises de Brassens en langue espagnole, interprétée de voix de maître par Paco Ibañez. Tous les titres sont brillants, mais El testamento a une saveur particulière en ce que je trouve la reprise supérieure à l’originale. Est-ce lié à la voix de Paco Ibañez, que je trouve particulièrement chaude et mise en valeur ? Est-ce lié au rythme du texte tel qu’il est chanté, légèrement différent de l’interprétation originale ? Ou bien encore à la magie de la langue espagnole (que je ne parle ni ne comprends) et qui crée une sorte de faux mystère, puisque je connais néanmoins le texte en français ? Impossible à dire. Toujours est-il que je vous convie à écouter tranquillement et au chaud cette magnifique interprétation, et à vous échapper ensuite sur les dix autres titres qui sont autant de merveilles pour les oreilles et le corps.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°5 : Echoes (1971) de Pink Floyd

Le 31 octobre de chaque année, on peut faire tout un tas de choses pour s’occuper : aller acheter des chrysanthèmes, découper une citrouille, regarder un programme télé confondant de connerie ou un film d’horreur, cuisiner des spaghetti, entasser des kilos de bonbons qu’on finira par s’engloutir puisque finalement aucun enfant n’est venu sonner chez nous, écrire un article sur Five-Minutes (oui, pour les distraits, j’écrivais pile la semaine dernière une pépite du moment)… Bref, les activités ne manquent pas, mais en 1971, les clients de bon son avaient bien autre chose à faire le 31 octobre que de se fringuer en monstre pour fêter l’Hallouine !

Oui, le 31 octobre 1971 est tombé dans les bacs le sixième album studio des Pink Floyd, sobrement intitulé Meddle. Si la galette s’ouvre par l’excellent One of these days et se poursuit par quelques titres sympathiques (dont l’insolite Seamus, co-interprété avec un chien), il faut néanmoins retourner le disque et lancer sa face B pour plonger dans la pépite du jour.

Echoes s’ouvre sur un bip de sonar qui annonce un incroyable chef-d’œuvre. Construit comme une odyssée sonore dans tout ce que les Pink Floyd savent faire à l’époque, le titre est planant à souhait et se déguste la tête entre deux enceintes ou couronnée d’un casque pour en profiter pleinement. Décomposé en quatre temps, Echoes s’ouvre donc sur un sonar des fonds marins tout autant que sur la guitare et les claviers aériens de David Gilmour et Rick Wright, portés par l’incroyable ligne de basse de Roger Waters et les fûts de Nick Mason. Avant de se poursuivre sur un dialogue guitare-claviers dont je ne me remets toujours pas, pour ensuite s’abandonner dans un mouvement psychédélique que n’aurait sans doute pas renié Syd Barrett. Pour s’achever sur un retour au premier thème, bouclant ainsi la boucle.

Echoes dure 23 minutes et une poignée de secondes. Tout autant que la dernière partie de 2001, l’odyssée de l’espace, le film-bijou de Stanley Kubrick. On l’a dit et redit. Il n’empêche que l’expérience est absolument bluffante : lancez votre film et, à l’entrée de la dernière partie, coupez le son côté film pour lancer Echoes et recevoir plein la rétine l’incarnation visuelle du son des Pink Floyd. C’est à la fois d’une évidence flagrante et totalement vertigineux. La quintessence du Pink Floyd.

Là où il s’est posé, Echoes a sans doute marqué à jamais et comme personne ni rien d’autre le 31 octobre. Tout à la fois achèvement d’une époque, moment de jouissance XXL et point de départ d’une nouvelle histoire qui conduira aux quatre albums de folie à venir (Dark side of the moon en 1973, Wish you were here en 1975, Animals en 1977 et The wall en 1979), notre pépite du jour est à écouter sans aucune modération et sans attendre.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°4 : Louise (my girl looks like David Bowie) (2015) de Papooz

Chers Five-Minuteurs, je vois déjà poindre sur vos visages inquiets une lourde interrogation : mais où sont donc passés les deux tauliers depuis une semaine ? Oui, une semaine déjà depuis que nous avons épluché la dernière pépite intemporelle. Rassurez-vous nous sommes toujours là, et j’en veux pour preuve le bon son du jour, Louise (my girl looks like David Bowie) de Papooz.

Pépite du moment ou pépite intemporelle, la question s’est posée : le titre est assez récent, donc plutôt pépite du moment, mais dans mon petit cœur Louise (my girl looks like David Bowie) fait d’ores et déjà figure de pépite intemporelle. Et, en ces temp(érature)s qui prolongent la douceur de l’été, cette petite mélodie pop ensoleillée va certainement vous trotter dans la tête sans tarder !

Papooz, ce sont deux potes français Ulysse Cottin et Armand Pénicaut, actifs depuis maintenant plusieurs années. Le duo distille une pop interprétée en anglais et musicalement légère et gouleyante comme un picon-bière au retour de la plage, les doigts de pieds pépouze dans nos tongs. On tombe parfois sur quelques titres plus calmes tout aussi plaisants, mais celui qui nous intéresse aujourd’hui sautille comme un petit lapin qui kiffe la vie.

Louise (my girl looks like David Bowie) est tellement fun qu’on le trouve sous deux versions dans la discographie Papoozienne. Une première fois sur le EP Papooz (2015) avec, donc, un titre à rallonge mais qui vend du rêve : Louise (my girl looks like David Bowie). Des musicos qui font un clin d’œil à Bowie attirent forcément la sympathie, n’en déplaise à Eddy Mitchell. Aparté pour celles et ceux qui ont raté l’actualité récente, ce dernier a lâché une petite bombe : « Godard, pour moi, c’est un petit peu ce qu’est David Bowie au Rock’n’Roll, c’est un escroc, quoi (…) Quand vous arrivez avec une plume dans le cul et des cheveux en pétard… » Mais laissons cela de côté pour reparler de cette version initiale de Louise (my girl looks like David Bowie), interprétée à deux voix avec pour simple écrin une guitare acoustique et quelques notes de ukulélé. C’est frais, c’est caressant, c’est sucré, sensuel et pétillant.

Un an plus tard, les Papooz livrent leur premier album, plus exactement leur premier LP Green Juice (2016) sur la fin duquel, belle surprise, on retrouver une nouvelle version de cette pépite, plus sobrement intitulé Louise. Et pourtant, malgré un titre raccourci, rien ne manque au plaisir de réentendre cette douce mélodie, portée cette fois par des arrangements un peu plus fournis et hawaïens, mais toujours aussi aériens. Ça respire encore et toujours le soleil, les figues fraîches croquées directement sur l’arbre, et la sérénité d’un après-midi partagé entre sieste et activité crapuleuse.

Louise (my girl looks like David Bowie) de Papooz, c’est un peu tout ça à la fois et encore bien d’autres choses. Une pépite musicale qui s’infiltre ici, et là, et encore par là, dans chaque recoin de l’esprit et du corps. Je ne me lasse jamais de ce titre que je suis capable d’écouter en boucle et de redécouvrir chaque fois avec un plaisir accru. J’avoue un petit faible pour la première version guitare/ukulélé, mais quelle que soit la tenue, Louise (my girl looks like David Bowie) reste ce qu’elle est intrinsèquement : une pépite qui illumine et fait sautiller la vie.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°3 : Common people (1995) de Pulp

Histoire de prolonger la digression de mon ami Sylphe… Oui, nous avons pris une belle calotte scénique voici quelques jours avec le concert à la fois survitaminé et bourré d’émotions en tout genre de Her. On ne peut que saluer la prestation incendiaire et tout en classe de Victor Solf, emmenant jusqu’au bout ce projet et transcendant son amitié avec Simon Carpentier dans une leçon d’humanité, d’humilité et de fidélité. Là où il se pose, le projet Her démontre que des liens aussi forts et puissants entre deux êtres ne peuvent être rongés par rien au monde. Une putain de leçon à cette putain de vie. Respect.

En marge de ce concert (comprendre au bar post-concert), la playlist a rappelé à nos oreilles la pépite intemporelle que voici : Common People de Pulp, gravée sur l’excellent album Different Class (1995). Cette année-là, je chantais pour la première fois, le public ne me connaissais pas… Bref, cette année-là, ou plutôt dans les années 90, la britpop vit de belles heures, toutefois monopolisées par la (fausse) guerre entre Blur et Oasis. Derrière ces deux groupes polariseurs de l’attention, il ne faudrait pas oublier d’autres grandes formations comme Suede, The Verve, Cast, les Stone Roses, ou bien encore Pulp.

Different class est le 5e album studio de la bande à Jarvis Cocker, et je ne cache pas que si l’album a tourné en boucle à l’époque, c’est bien ce Common People qui reste pour moi d’une efficacité sans nom. Côté sonorités et énergie, on se croirait plongés dans un Arcade Fire, alors que c’est bien entendu impossible puisque Pulp était déjà en fin de vie que les Canadiens faisaient tout juste surface. Il n’empêche que le titre envoie une énergie assez ravageuse, que l’on retrouvera chez Arcade Fire dans Rebellion (Lies) (2004-2005) ou encore dans Sprawl II (Mountains beyond mountains) (2010). Pour la mise en images, gageons que nos amis québécois ne renieraient sans doute pas le clip de Pulp ici présent, qui mélange à la fois trouvailles visuelles et ambiance bien décalée qui font plaisir. Rien de surprenant toutefois, lorsqu’on est originaires d’un pays où il est possible de s’asseoir au bord d’un fleuve pour regarder passer les baleines, et où l’on peut partir explorer l’archipel des Mille-Îles.

Que raconte Common People ? La triste et consternante histoire d’une jeune bourgeoise qui aimerait vivre parmi et comme les common people. Autrement dit, le rêve d’une jeune friquée de sortir de son monde doré pour s’encanailler avec les gens du peuple, histoire de ressentir le grand frisson et de se sentir en vie. C’est bien le problème de ces gens-là, drapés dans leurs oripeaux et réfugiés dans des vies dépourvues de vraies relations humaines : compliqué de se sentir mort à l’intérieur malgré une abondance matérielle et superficielle. Tous les moyens sont alors bons pour tenter de retrouver un souffle de vraie vie, en fréquentant les gens ordinaires qui eux gardent les pieds sur terre et savent ressentir des émotions sincères et simples. Qui, en d’autres termes, vivent.

Ce qui est d’avance voué à l’échec, puisque les codes sociétaux et les modes de vie sont bien trop radicalement différents. Un thème vieux comme le monde : les classes sociales sont-elles fongibles entre elles ? Non. Les riches vivent entre riches, les classes populaires restent entre elles. S’il en était autrement, Bourdieu n’aurait pas écrit La reproduction, Renaud n’aurait pas écrit Adieu Minette et Brassens n’aurait pas mis en musique Les oiseaux de passage, magnifique texte de Jean Richepin. Un dernier exemple que je vous propose de réécouter pour clore ce papier du jour.

Raf Against The Machine