Review n°83: Escapades de Gaspard Augé (2021)

Force est de constater que le temps me manque actuellement pour écrire, plus que l’envie… Mais bon, trêveGaspard Augé de ces remarques qui vous importent peu à juste titre, ici nous parlons musique et je vous ai ramené un album qui devrait permettre à votre été de démarrer sous les meilleurs auspices. Depuis leur premier album en 2007, le duo estampillé Ed Banger Justice nous propose une électro puissante et épique qui revisite avec talent les sonorités disco. En 2018, l’album live Woman Worldwide a confirmé à quel point le groupe jouit d’une réputation scénique amplement méritée et j’espère un nouvel album studio car le dernier, Woman, date déjà de 2016… L’album du jour n’appelle pas forcément à l’optimisme pour la suite de la carrière de Justice car Gaspard Augé (un des deux membres avec Xavier de Rosnay) vient de sauter le pas et de sortir son premier album solo, Escapades. Quitte à enfoncer une porte ouverte, il faut bien reconnaître que cet album est en grande partie habité par le spectre de Justice mais, une fois ce postulat accepté, il révèle un plaisir d’écoute réel tant on sent le plaisir qui anime Gaspard Augé à créer sa BO idéale. On y reviendra mais incontestablement cet Escapades a un vrai pouvoir cinématographique.

Passés les synthés spatiaux des 38 secondes de Welcome, Force majeure nous emmène d’emblée en terrain connu. Un son lourd et épique, des synthés omniprésents et des percussions percutantes, des moments d’accalmie savamment dosés, on retrouve l’électro grandiloquente digne de Justice ou des ambiances plus nocturnes de Kavinsky. Rocambole vient ensuite ouvrir le spectre en faisant les yeux doux à une électro-pop plus atmosphérique et mélancolique digne de Air pour un résultat sublimé par la montée finale. Europa  change alors totalement d’atmosphère avec ses synthés inquiétants et sa ritournelle obsédante, le morceau se déploie avec mélancolie et on a l’impression d’écouter un morceau caché de la BO de Virgin Suicides.

Passé un Pentacle qui s’appuie sur le contraste entre des sonorités plus âpres et une mélodie naïve, Hey ! s’impose comme le titre taillé pour les dance-floors. Morceau uptempo porté par ses boucles hypnotisantes (on pense à Birdy Nam Nam), ses choeurs inquiétants et ses synthés extatiques, le morceau est un uppercut instrumental savoureux. Captain change alors littéralement d’atmosphère et propose une mélodie naïve, je dois avouer que ce morceau un brin sirupeux ne me touche pas du tout. Par contre, j’aime tout particulièrement Lacrimosa porté par sa mélodie au piano qui s’impose comme le morceau le plus original de l’album. L’électro-pop discoïde et dansante de Belladone, l’ambiance hédoniste et printanière de Casablanca, le mystique Vox et la structure étonnante de Rêverie donnent une vraie valeur ajoutée à ce premier album dont certains titres feront sans aucun doute partie de ma bande-son de l’été. Et vous si faisiez une petite escapade avec Gaspard Augé? Enjoy!

 

Sylphe

Review n°82: Nouveau Genre de KLON (2021)

J’ai trouvé l’album du déconfinement, de l’absence de masque et de couvre-feu, l’album qui va te donnerKLON envie de profiter pleinement de l’été en approche. L’EP au plaisir immédiat et instantané qui se savoure sans intellectualisation excessive. Le groupe de 7 comparses qui oeuvrent sous l’étiquette KLON (clone en allemand, natürlich) vient de sortir son premier EP Nouveau Genre, on ne sait pas grand chose d’eux mais après 30 minutes on sait qu’ils vont nous accompagner dans notre été hédoniste.

Le morceau d’ouverture Nouveau Genre joue la carte d’une pop solaire et jouissive qui s’appuie sur des voix masculines et féminines qui se marient à merveille. Le refrain démontre une facilité à poser des mélodies entraînantes sur le sujet d’actualité de l’identité. On retrouvera cette pop instantanée dans 3ème piste et Santa Barbara qui te donnent envie de prendre la voiture et de filer au bord de la mer sans arrière-pensée.

KLON a cependant cette tendance à aller piocher avec délices dans des genres multiples. West est un tube imparable qui s’appuie sur un univers électro plus sombre et une rythmique percutante pour célébrer l’ouest (oui, je sais, je suis assez pointu sur l’analyse). Noise creuse le sillon d’une électro-pop qui m’évoque L’Impératrice ou Agar Agar mais que dire du bijou taillé pour les dance-floors Black Suit? Electro foutraque et extatique qui montre les influences punk du groupe, ce titre est un shot de bonne humeur en intraveineuse. Sable d’Or et ses 7 minutes tout en boucles hypnotiques clot ce Nouveau Genre avec brio. Parler davantage de cet EP serait un sacrilège et puis l’ouest, la plage et ses fêtes, m’attendent, enjoy!

Je vous laisse avec les clips qui devraient vous donner le sourire, tant ces sept-là ne se prennent pas du tout au sérieux…

 

Sylphe

Review n°81: Spirit Tree de Kira Skov (2021)

Le Danemark, terre de talents… Vous n’êtes pas sans savoir, si vous êtes un lecteur régulier du blog, que de Kira Skovnombreux artistes danois ont trouvé grâce à mes oreilles. Il conviendra de désormais rajouter à cette sublime liste Kira Skov dont le huitième album Spirit Tree est un véritable bijou. Je connaissais jusqu’alors Kira Skov uniquement pour sa présence sur des albums de Tricky ou Trentemøller et je regrette depuis deux bonnes semaines de méconnaître à ce point sa carrière solo. Autant vous dire que ses sept premiers opus devraient faire partie de ma playlist estivale… Cet album créé pendant le confinement (lié à vous savez quoi…) a été l’occasion pour Kira Skov de travailler avec des musiciens et interprètes dont elle est proche artistiquement.  Le résultat est aussi brillant qu’orgiaque avec 14 titres pour ne pas dire 14 duos et 56 minutes qui font chaud au coeur. Une très belle introspection où l’amour et ses fragilités ainsi que la thématique de la mort (la perte de son compagnon, le bassiste Nicolai Munch-Hansen demeure en filigranes) s’entrelacent avec douceur et subtilité pour un hymne puissant à la vie.

Le morceau d’ouverture We Won’t Go Quietly, écrite suite au meurtre de George Floyd, fait le constat amer d’une humanité qui ne cesse de reproduire les mêmes erreurs et témoigne du besoin de réagir avec force contre ces injustices. Le titre, mixé par Trentemøller himself, touche par la douceur de son univers folk sobrement illustré par une guitare sèche et cette alliance parfaite entre la voix éthérée de Kira Skov et le timbre de Bonnie Prince Billy. On retrouvera un autre titre avec ce dernier, Some Kind of Lovers, d’une grande justesse et portée par un refrain lumineux sublimée par les cordes. Le violon de Maria Jagd donne incontestablement une puissance onirique et lyrique à l’ensemble de l’album….

In the End met ensuite à l’honneur la voix de crooner de Steen Jørgensen dans un duo très intense célébrant une danse entre un homme et une femme. L’univers instrumental soigné, aux confins du baroque, n’est pas sans m’évoquer une créature hybride entre Get Well Soon et Cage The Elephant (oui, oui, à Five-Minutes on ne s’interdit pas les grands écarts artistiques…). Dusty Kane s’impose ensuite comme un hommage appuyé à deux chanteuses emblématiques, Dusty Springfield et Kate Bush, en s’appuyant sur la voix lumineuse de Mette Lindberg, la chanteuse de The Asteroids Galaxy Tour, qui distille de subtiles effluves pop au morceau sur fond de violons mélancoliques. Si vous savourez le grain de voix enfantin de Mette Lindberg, vous pourrez la retrouver sur Ode To The Poets et son dialogue fictif entre Jack Kerouac et Dylan Thomas. On aura bien compris avec l’image de l’arbre sur la pochette de l’album que Kira Skov veut rendre hommage à ses racines littéraires et musicales.

Pick Me Up fait appel, quant à lui, à Stine Grøn (du duo Irah que je ne connais pas) pour un résultat tout en langueur d’une grande émotion. Les violons et les envolées lyriques rappelant les Balkans piquent les yeux et donnent une place à part à ce bijou. Idea of Love vient ensuite s’appuyer sur le timbre à la Johnny Cash de Mark Lanegan avec un univers musical de nouveau digne de Get Well Soon alors que Horses met à l’honneur les voix de John Parish et Jenny Wilson pour un résultat puissant et un brin inquiétant qui pourra rappeler la folie habitée de St. Vincent. L’univers instrumental de ce titre est assez insaisissable tant on sent la tentation pop ne jamais prendre totalement le dessus.

Sur la deuxième partie de l’album, on retrouve l’amie de longue date Marie Frisker sur l’émouvant Tidal Heart qui traite de la difficulté de pleinement se donner en amour et Burn Down The House qui traite de l’amour brisé sur des sonorités plus jazzy dignes de Jay-Jay Johanson. Bill Calahan sur le très sombre Love is a Force, Lionel Limiñana (en mode Gainsbourg) et ses paroles en français taillées à la serpe sur le très beau Deep Poetry ou encore Lenny Kaye sur Lenny’s Theme et sa trompette qui mériterait de figurer sur les premiers albums de Yann Tiersen, toutes les collaborations apportent ce supplément d’âme à cet album qui marquera cette année musicale. Pour finir sur des notes plus légères, Kira Skov fait penser à un nom de vodka mais l’addiction à son univers est bien plus forte. Sur ce, j’ai sept albums à aller écouter en m’enfilant une vodka, enjoy!

Sylphe

Review n°80: Sixty Summers de Julia Stone (2021)

Le duo australien Angus et Julia Stone -un frère et une soeur au passage – brille depuis une dizaine d’années et quatre albums dont le dernier Snow en 2017. Je vous invite en particulier à vous laisser bercer par la douceur de A Book Like This (2007) ou la puissance plus pop de Down the Way (2010) qui méritent de figurer dans les discographies les plus respectables. J’ai beau me montrer particulièrement sensible au timbre de voix de Julia Stone, je dois reconnaître que je n’ai jamais été très attentif à sa carrière solo et ne peux mettre que des bribes de souvenirs d’écoute de The Memory Machine (2010) et By the Horns (2012). Peut-être la fâcheuse impression inconsciente que le projet solo n’est pas une véritable valeur ajoutée au projet en duo, qui sait? Toujours est-il qu’il m’a été impossible de n’écouter qu’une fois, ce troisième opus Sixty Summers, neuf ans après le dernier album solo, tant on tient là un bijou d’émotion… Un album qui prend humblement rendez-vous avec les tops de fin d’année où il devrait brillamment figurer. Je vous invite à parcourir avec moi cette exploration torturée des méandres de l’amour, sujet central de ce Sixty Summers.

Le morceau d’ouverture Break se place d’emblée sous le sceau d’une pop uptempo d’une grande fraîcheur avec ses clochettes en fond, sa batterie si juste et ses cuivres. Le refrain rappelant la fragilité du timbre de Julia Stone évoque l’intensité de l’amour. Sixty Summers, un des titres les plus marquants de l’album, va ensuite nous rappeler, à travers la thématique de la nostalgie amoureuse, la puissance de la voix de Julia Stone. L’ambiance instrumentale est plus sombre, même si les cuivres tentent désespérément d’apporter des touches de lumière. Le résultat est d’une très grande intensité… Et que dire de la douceur de We All Have qui nous enveloppe de son voile fragile pour souligner le besoin de relativiser les échecs dans la quête de bonheur? Pour les fans de The National dont je suis, Matt Berninger vient apporter son grain de voix si reconnaissable pour un duo de voix aussi contrasté qu’évident. Voilà en tout cas un trio de titres initial qui place ce Sixty Summers sous l’égide du talent et de la sensibilité.

Nous pouvons globalement distinguer deux directions dans cet album, ayant pour point de rencontre la sublime voix de Julia Stone. Désolé de souligner avec une certaine platitude la beauté de la voix et d’enfoncer d’une certaine manière une porte ouverte mais certaines évidences méritent tout de même d’être rappelées. D’un côté nous retrouverons donc des titres plus classiques dans l’approche instrumentale, lorgnant vers les plaines de la pop-folk et mettant la voix au centre de tout. Je pense au sublime Dance brillamment illustré par un clip de Jessie Hill et le couple Danny Glover/ Susan Sarandon (cette dernière a 74 ans… mon Dieu quelle belle femme…) qui aborde la difficulté d’aimer avec une certaine poésie, à la notion de coup de foudre abordée dans Heron ou encore l’écrin de douceur I Am No One. Au passage, on notera à la fin de l’album une version française de Dance tout aussi touchante avec le refrain toujours en anglais et des couplets très beaux (et non de simples traductions des paroles initiales) où l’artiste Pomme a été mise à contribution.

D’un autre côté, nous pouvons ressentir le besoin d’explorer et de sortir des sentiers battus. Who part par exemple sur un univers plus électronique particulièrement entraînant -ce qui au passage me fait penser au dernier album de Georgia – avec une attirance pour les sonorités dance du début des années 90 (toute proportion gardée, ne vous attendez pas à un 2 Unlimited hein? ). On retrouvera cette attirance électronique avec Unreal et son refrain qui utilise l’autotune avec justesse.  Fire In Me, le morceau le plus sensuel écouté depuis longtemps, me séduit quant à lui par sa rythmique obsédante et ses sons plus sombres. Vous imaginez l’univers tout en ruptures de Sneaker Pimps et la sensualité exacerbée de Goldfrapp et vous obtenez ce Fire In Me follement excitant. Enfin Julia Stone a aussi cette capacité à donner un grain soul à sa voix dans l’excellent Queen qui souligne avec subtilité la dépendance à l’être amoureux quand tout semble pourtant s’effondrer. Je ne vais pas faire un parallèle facile sur la dépendance mais vous voyez bien où je veux en venir, ce Sixty Summers est dangereux mais que serait la vie sans cette pointe de danger que notre vie de confiné(e)s a tenté d’écarter? Enjoy!

 

Sylphe

Review n°79: A Lantern and a Bell de Loney Dear (2021)

Comme c’était annoncé dès ce dimanche, nous allons commencer la semaine avec la douceur mélancolique et le spleen du dernier opus A Lantern and a Bell d’Emil Svanängen alias Loney Dear. Si vous êtes un compagnon de route assidu du blog (#expressionrappelantlecommunisme), vous savez que je suis très sensible à l’écriture et à l’univers de Loney Dear, que ce soit à travers la chronique de son brillant Dear John ou du titre Sum tiré de son dernier opus Loney Dear de 2017. Pour ce nouvel album signé sur le label Real World Records fondé par WOMAD et Peter Gabriel, Loney Dear a choisi de se centrer encore davantage sur sa sublime voix de falsetto, sobrement accompagnée par un piano la plupart du temps. Les machines s’estompent peu à peu pour laisser place à une véritable introspection intérieure rattachée à sa thématique habituelle de la mer. Le spleen plus dépouillé et moins jazzy qu’un Jay-Jay Johanson  fait ainsi mouche en 27 petites minutes très homogènes et je regrette seulement l’absence d’une vraie pépite qui se démarque de l’ensemble.

Le morceau d’ouverture Mute / All things pass et ses mouettes inaugurales en fond s’appuie sans surprise sur l’alliance piano/voix. La voix fragile et pleine d’émotions me touche particulièrement ici et dans l’intégralité de l’album, ce A Lantern and a Bell plaira incontestablement à ceux et celles qui se trouvent désarmé(e)s en écoutant ce falsetto émouvant. L’instrumentation prend de l’ampleur au fur et à mesure et la fin instrumentale atteint une intensité savoureuse. Les deux morceaux suivants, Habibi (A clear black line) et Trifles resteront sur cette ambiance intimiste du piano/voix avec une préférence pour le deuxième cité et son intensité ascendante finale révélant la puissance de la voix de Loney Dear.

Go Easy on Me Now (Sirens + emergencies) s’appuie ensuite sur une mélodie en déconstruction au piano qui accentue le pouvoir lyrique du morceau avant Last night/ Centurial Procedures (the 1900s)  qui, à l’image de Darling par la suite, ne dépasse pas les deux minutes. Libres à vous de considérer ces titres comme des intermèdes, de mon côté j’ai choisi de ne pas choisir. Oppenheimer en l’honneur du scientifique tristement célèbre à l’origine de la bombe nucléaire -j’en profite au passage pour vous conseiller très fortement la lecture du brillant roman graphique La Bombe de Rodier, Alcante et Bollée – est ensuite un sommet d’intensité et d’émotion digne de Jay-Jay Johanson. On retrouvera cette intensité dans le morceau final A House and a Fire qui se montrerait presque pop dans son approche.

Sans atteindre les sommets d’un Dear John, ce huitième album confirme le talent de songwriting de Loney Dear qui mériterait une plus grande reconnaissance dans notre contrée. Avec modestie, chez Five-Minutes, nous tentons de lui offrir une place plus en adéquation avec la valeur de sa musique, enjoy!

 

Sylphe

Review n°78: Distractions de Tindersticks (2021)

Tindersticks vieillit comme le bon vin et j’ai pris le temps de savourer les différentes saveurs de ce treizième opus Distractions sorti en février avant de vous en partager les douces et intenses effluves. Le dernier opus No Treasure But Hope sorti en 2019 ne nous avait déjà pas déçus à Five-Minutes, porté entre autres par le sublime morceau inaugural For The Beauty dont j’avais brièvement parlé par ici. Toujours produit sur le label City Slang avec le duo Stuart Staples/ Dan McKinna à l’écriture, l’album est composé de 7 titres seulement dont 3 reprises mais 7 véritables petits bijoux qui pour certains surprendront les fans de la première heure.

En termes de surprise, le morceau d’ouverture Man Alone (Can’t Stop the Fadin’) remporte toutes les palmes de la gloire… D’une durée inhabituelle -11 minutes tout de même, soit le temps moyen pour voir planter un cours du CNED en ligne la semaine dernière, le morceau s’appuie sur une ligne de basse oppressante et la voix de baryton de Stuart Staples. Le chant sépulcral s’infiltre comme un mantra en nous, flirtant avec les frontières de l’audible à son paroxysme au bout de 4 minutes avec les bruits discordants en fond (belle litanie de klaxons). On se laisse cependant facilement envelopper par cette virée nocturne solitaire et cette pluie apaisante, comme si Tricky avait décidé de se mettre au chant… Voilà en tout cas un morceau aux saveurs électroniques particulièrement marquant dans la discographie de Tindersticks, morceau dont on ne sort pas indemnes. Il nous faudra bien le chuchotement du chant de I Imagine You pour se remettre de ce climat anxyogène, la douceur et la poésie du texte nous emportant vers l’évocation d’un fantôme désormais heureux après avoir fui notre monde si complexe, « I imagine reaching for you, touching you/ But not with tears / With the beauty of every day/ Over and over« 

Tindersticks va ensuite s’attaquer au Harvest de Neil Young en reprenant le sublime titre A Man Needs a Maid. Le piano et les cordes initiales laissent place à une version plus électronique où la voix de Stuart Staples évoque David Bowie. La chanteuse de Swing Out Sister, Gina Foster, apporte avec justesse la douceur de sa voix pour un résultat aux frontières de la pop sur la fin et d’un trip-hop à la Morcheeba. Après des débuts mitigés par rapport au titre de Neil Young, ce A Man Needs a Maid fait finalement ses preuves dans sa deuxième partie. Lady with the Braid prolonge le plaisir des covers en reprenant un titre aux influences country de Dory Previn, ce morceau est plus classique et attendu avec une utilisation subtile des cordes en fond.

C’est au morceau You’ll Have To Scream Louder que revient le mérite de refermer le trio de covers. Partant des origines post-punk de TV Personalities, le titre met en avant une guitare plus lumineuse tout en contraste avec des paroles très sombres en adéquation totale avec l’état de notre société actuelle, « I’ve got no respect for/ These people in power/ They make their decisions/ From their ivory towers / And I feel the hatred / It’s growing inside / And there’s nowhere to run to / ‘Cause there’s nowhere to hide ». Tindersticks vient ensuite prendre la langue de Molière à bras le corps avec Tue-moi, sobrement accompagné par un piano qui laisse les paroles pleines d’émotion prendre la lumière. Le résultat qui fait allusion aux attentats du Bataclan touche particulièrement par sa justesse et sa retenue. L’album se clot sur The Bough Bends, un nouveau titre riche en inventions, écho à Man Alone (Can’t Stop the Fadin’), d’une belle douceur. Après un départ bucolique avec des chants d’oiseaux, un mellotron champêtre et des paroles égrénées en spoken-word, cette voix d’or noir qui s’appuie sur un texte un brin mystérieux prend le pouvoir et permet au titre de gagner en intensité. Ce Distractions, sans forcément atteindre au sublime, réchauffe les coeurs et témoigne toujours de la puissance créatrice qui anime Tindersticks 28 ans après leur premier album, enjoy!

 

 
Sylphe

Review n°77 : Est-ce que tu sais ? (2021) de Gaëtan Roussel

unnamedSorti le 19 mars dernier, le quatrième album de Gaëtan Roussel Est-ce que tu sais ? impressionne par sa cohérence et sa force poétique. En dehors des aventures Louise Attaque, Tarmac et Lady Sir, les trois premiers opus solos avaient tranquillement installé des repères textuels comme musicaux chers à l’artiste. Après Ginger (2010) et Orpailleur (2013), son Trafic (2018) avait franchi un pas vers ce qu’on pourrait appeler la maturité. Plus d’harmonie musicale, un ensemble mieux équilibré et quelques titres très efficaces comme Hope, ou encore le duo Tu me manques (pourtant tu es là) avec Vanessa Paradis. Sans oublier Début, titre de clôture d’un album déjà très abouti, et dont nous avions dit le plus grand bien sur Five-Minutes. C’était il y a 3 ans, autant dire une presque éternité. Depuis maintenant près d’un mois, Est-ce que tu sais ? tourne régulièrement sur la platine. La question n’est pas vraiment de savoir s’il fait mieux que ses prédécesseurs, et ce qu’il fait de mieux, mais simplement de décortiquer ce qu’il fait. Point barre.

Est-ce que tu sais ? est un album dans la droite ligne du travail de Gaëtan Roussel. Avec cette nouvelle galette, le chanteur de Louise Attaque poursuit ce qu’il a entamé avec sa formation originelle, avant de décliner chez Tarmac, puis en solo et aux côtés de Rachida Brakni dans Lady Sir. Sous des aspects de ritournelles pop légères et parfois dansantes, sont abordées des thématiques bien plus profondes, voire plus sombres, qu’on ne pourrait l’imaginer. Lorsque sort en 1997 le premier opus de Louise Attaque, des titres festifs comme Les nuits parisiennes ou J’t’emmène au vent inondent les radios et nos oreilles, occultant des titres plus tourmentés comme Arrache-Moi ou Cracher nos souhaits. Même les hits les plus enjoués cachent en réalité une recherche de soi, d’évasion pour trouver à se sentir bien. Louise Attaque poursuivra dans ses albums suivants, avec des morceaux comme Tu dis rien, Comme on a dit, Si c’était hier, Depuis toujours, Avec le temps, tout en passant le relais à Tarmac. De cette formation, on pourra se pencher sur Dis-moi c’est quand, Je cherche, Cher oubli ou Longtemps. En écho, Lady Sir enfoncera le clou en 2017 avec Le temps passe, Son absence ou Je rêve d’ailleurs. Elément commun, toujours : Gaëtan Roussel, qui portera ces préoccupations aussi dans ses albums solos. Il est alors question de l’existence, de la mort, de l’amour, de la connaissance de soi et du choix des autres (ou pas). Lorsque l’on connaît le parcours artistique du garçon, Est-ce que tu sais ? apparaît comme une évidence, comme l’album tant attendu. Lorsqu’on connaît moins, ce nouvel album est une excellente porte d’entrée sur le travail d’un artiste qui a bien des choses à raconter.

Est-ce que tu sais ? est un album sur la vie. Composé de 11 titres, il balaie différentes facettes existentielles qui, parfois (souvent ?), nous empêchent de dormir la nuit. Tu ne savais pas ouvre le bal en listant nos ignorances en venant au monde : la naissance, l’apprentissage de la vie, les joies, les tristesses, la mort. Et, en filigrane, l’innocence qui se perd peu à peu au fil de nos années. Un peu plus loin, le titre éponyme Est-ce que tu sais ? sonne comme une variation du « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » de Socrate. Seule persiste la conscience d’être au monde, et la fragile perception de ce même monde qui nous entoure. Comme un prolongement, La photo (en duo avec Camélia Jordana) aborde l’avant/après d’un cliché photographique. Ce que raconte une image de tel ou tel moment de vie, c’est aussi ce qu’elle ne raconte pas de l’immédiat avant ou du juste après, ou ce qu’elle suggère par le hors-champ. Ou encore, tout ce qui ne donne pas lieu à photo et dont, malgré tout, on a pleinement conscience et mémoire. Comment ne pas penser, une fois encore, à l’exceptionnel ouvrage d’Annie Ernaux Les Années ? Bourré d’images mentales et d’autant de photos collectives qui nous renvoient à nos parcours individuels, ce livre raconte une vie, la vie, notre vie. L’autre duo de l’album Sans sommeil (avec Alain Souchon) regarde l’existence comme depuis l’extérieur, dépouillée de tout parasite. Telle une représentation minimaliste dans laquelle on ferait le vide pour ne conserver, finalement, que l’essentiel, à savoir la vie et ce que l’on en fait.

En effet, il ne suffit pas d’être au monde et d’avoir conscience de l’existence pour être en vie. Encore faut-il faire sa vie. Les matins difficiles revient sur les choix et les décisions, mais aussi ce qui les fonde. Notamment, comment on reste debout, comment on reste en vie face au temps qui passe et aux claques reçues, comment on avance. Qu’est-ce que nous mène ? Ce titre interroge sur la place ô combien fondamentale de l’envie et du désir. Deux choses que l’on ne peut suivre que si on les connaît. Et pour cela, il est incontournable de bien se connaître. Illustration dans Le tour du monde, ou l’idée d’explorer en soi-même ce que l’on souhaite, mais aussi ce dont on a besoin pour être et se sentir en vie. De l’amour, de l’espace, des hiers et des lendemains pour se construire et savoir, jour après jour, mieux fonctionner avec soi-même. Et notamment avec La colère, qui s’invite parfois bien plus souvent qu’on ne le voudrait. Ce morceau rappelle combien ce sentiment est une composante intrinsèque de l’existence, tout en interrogeant sur son origine, et sur ce que l’on en fait lorsqu’elle est là, bouillonnante en nous et tapie dans l’ombre de notre personne. Au risque parfois de « croire qu’elles sont plusieurs à nous grignoter le cœur ». Pourtant, la colère n’est qu’une, mais elle se montre parfois tenace et persistante.

Les claques de la vie, la résilience et les choix qui en découlent ont une autre conséquence fondamentale : si chaque épreuve nous atteint, elle nous permet aussi d’avancer, de nous construire, d’encaisser puis de nous relever pour continuer le chemin en se connaissant toujours un peu mieux, étape après étape. Si On ne meurt pas (en une seule fois), cela signifie aussi que l’on reste en vie, avec toujours une meilleure appréhension des choses (si toutefois on veut s’en donner la peine) pour trouver sa place en ce monde. La place qui me convient et qui correspond à ce que je suis vraiment, histoire d’être à l’aise dans mes baskets (quelle que soit la paire du jour). Ce titre aborde aussi une dernière grosse thématique existentielle : trouver sa place et être soi, dans une vie en solitaire, ou à deux.

Est-ce que tu sais ? ne s’attarde pas sur la façon de vivre avec l’autre. L’album met surtout en avant, au travers de plusieurs titres, ce qu’est l’autre. Un refuge. Une bulle. Je me jette à ton cou déroule tous ces moments de vie où l’on se réfugie en l’autre pour partager, pour supporter aussi. Et parfois simplement pour vivre : « C’est mon île d’être ensemble ». L’autre est un endroit qui n’appartient qu’à moi, et à nous deux. Un peu plus loin, Tout contre toi sonne comme un écho intimiste avec, plus encore, l’idée de cette bulle refuge. Un asile de complicité avec l’autre qui se révèle le plus serein et le plus vivifiant des endroits que l’on pourrait imaginer. Dans ce lieu immatériel auprès de l’autre se trouve l’énergie dont on a besoin pour poursuivre malgré tout, et contre tout. C’est aussi le point de départ rêvé pour faire Le tour du monde : une odyssée avec l’autre, quelque soit le monde envisagé. Le voyage peut se trouver à des milliers de kilomètres, ou juste à quelques centimètres quand je suis Tout contre toi. Je le fais sans hésiter, parce que tu es ma bulle.

Cet album très chargé émotionnellement se clôt avec Si par hasard, une immense bouffée poétique dont nous avons déjà parlé récemment ici. Très intelligemment, Gaëtan Roussel nous amène petit à petit à ce onzième titre, dont l’écriture recèle un twist assez imparable. Pour toute personne faite de force et de caractère, mais aussi de fragilités confinant parfois à l’hypersensibilité, voilà une très belle chanson pour conclure Est-ce que tu sais ? Ce disque affiche une rare cohérence textuelle au travers d’un fil rouge existentiel traité avec une grande poésie. Cohérence également présente dans l’unité musicale affichée. Sous des airs parfois enjoués et rythmés, Gaëtan Roussel livre un album très intimiste, donc les différentes mélodies s’enchainent comme par magie, passant d’une simple guitare effleurée à quelques programmations intelligentes qui soutiennent toujours les textes. Cette unité musicale et de propos font de Est-ce que tu sais ? le meilleur album de Gaëtan Roussel à ce jour, réitérant en solo la magnifique réussite que constituait Lady Sir. Le mélange parfait entre interrogations, poésie, introspection, énergie, lumière, vie. Et plaisir.

Est-ce que tu sais que, pour gérer La colère et Les matins difficiles après des nuits Sans sommeil, on pourrait faire Le tour du monde ? Je viendrais alors Tout contre toi, pour s’assurer qu’On ne meurt pas (en une seule fois). Si par hasardTu ne savais pas… C’est dit, et Je me jette à ton cou pour La photo. La première, avant toutes les autres à venir.

Raf Against The Machine

Review n°76: New Fragility de Clap Your Hands Say Yeah (2021)

Voilà un album marquant de ce premier tiers de l’année 2021 en approche… En 2005, vous avez dû être submergés, tout comme moi, par la vague de fraîcheur indie-rock d’un album autoproduit sans titre d’un groupe au nom à rallonge Clap Your Hands Say Yeah. Porté en particulier par la voix nasillarde et prenante du chanteur Alec Ounsworth ainsi qu’une instrumentation animée d’un souffle énergisant, des titres comme Over and over Again (Lost and Found) ou The Skin of My Yellow Country Teeth se sont irrémédiablement incrustés dans mon ADN musical. On était en droit d’imaginer pour ces Américains issus de New-York une carrière à la Arcade Fire tant les promesses initiales de ce premier opus laissaient augurer le meilleur… mais les opus suivants Some Loud Thunder en 2007 et Hysterical en 2011 ne retrouvèrent pas le souffle des débuts. En 2012, le groupe se sépara et seul le chanteur Alec Ounsworth fait désormais vivre le groupe CYHSY avec deux albums Only Run en 2014 et The Tourist en 2017 que j’ai littéralement ratés. Au moment d’écouter ce New Fragility, je suis donc animé par une simple curiosité polie teintée d’une douce nostalgie, peut-être le meilleur état d’esprit pour se faire cueillir… Le constat est d’une simplicité imparable, je bénis les Dieux de la musique qui ont donné envie à Alec Ounsworth de prolonger l’aventure CYHSY, tant ce New Fragility, produit par John Agnello (Dinosaur Jr, Kurt Vile) est un bijou introspectif loin des explosions colorées des débuts.

Dès le morceau d’ouverture Hesitating Nation qui fait un bilan amer des Etats-Unis post Trump, on comprend que le message va être plus engagé. Je retrouve avec plaisir la voix nasillarde d’Alec dans un chant uptempo séduisant avec cette tension sous-jacente qui ne va pas cesser de monter tout au long du morceau. Thousand Oaks, titre faisant référence à une fusillade en 2018 dans un « Bar & Grill » de Thousand Oaks en Californie, dresse ensuite un constat pessimiste sur la montée de la violence et la difficulté de la contrecarrer « And we’re reasoning with messengers/ Who try to pass for grown men »… La batterie donne une ambiance rock à l’ensemble et je me surprends à penser au dernier album de The Killers car j’y retrouve cette même intensité. La ballade plus dépouillée Dee, Forgiven, qui s’appuie sur un piano et un harmonica d’une grande justesse favorise l’introspection même si je trouve que le chant tombe un peu trop dans le pathos. Le morceau éponyme New Fragility (oui ça ressemble fort à un pléonasme) m’évoque l’univers de The Cure et brille par la force de son refrain. C’est au précieux Innocent Weight que revient la chance de clore cette première partie de l’album particulièrement belle, sublimé par un violon qu’on croirait tout droit sorti d’un album d’Owen Pallett pour un résultat d’une grande grâce.

La deuxième partie de l’album est plus homogène et tend davantage vers l’introspection comme l’illustre si bien la ballade piano/voix Mirror Song. CYHSY, 2005 et ses violons ainsi que If I Were More Like Jesus et son étonnante reverb continueront à creuser ce sillon, avec une originalité moindre. Je préfère retenir la guitare folk et l’univers digne de Ray Lamontagne de Where They Perform Miracles mais surtout le bijou Went Looking For Trouble… On a l’impression d’accéder au lyrisme d’un Thom Yorke à travers un univers instrumental très riche et insaisissable où les violons jouent un rôle central, le genre de morceau qui montre qu’Alec Ounsworth a encore beaucoup à nous offrir.

Tu es déprimé parce que tu viens de t’enfiler tout le chocolat offert pour Pâques alors qu’il te reste 3 semaines à tirer pour le sacrosaint confinement? J’ai ce qu’il te faut, enfin Clap Your Hands Say Yeah plutôt, enjoy!

 

Sylphe

Review n°75: Sand de Balthazar (2021)

Une solution face au blues du dimanche soir? J’ai ce qu’il vous faut avec le cinquième opus des Belges deBalthazar Sand Balthazar, Sand, sorti le 26 février dernier. J’avoue avec sincérité avoir découvert ce groupe formé autour du duo Maarten Devoldere / Jinte Deprez assez tardivement mais je reste sous le charme du dernier album Fever, chroniqué par ici. Deux ans plus tard, nous arrive donc cette créature pour le moins surprenante et mystérieuse, espèce d’Alf 2.0 ou personne déprimée car le couvre-feu vient de lui ruiner sa soirée déguisée? Bref, je vous laisse méditer sur cette pochette ouverte à tous les vents de l’interprétation. Je ne vais pas tourner autour du pot (belge… blague pour les cyclistes), cet album s’inscrit dans la droite lignée de Fever et fonctionne à merveille. Les ingrédients sont limpides: des voix rocailleuses et sensuelles à souhait qui te feraient virer ta cuti en deux temps trois mouvements, des lignes de basse d’un groove indéniable, des rythmiques qui se prélassent avec dépouillement et douceur même si les boîtes à rythme prennent avec justesse une place plus importante, un sens de la mélodie imparable qui pousse de plus en plus les Belges à aller explorer le pays plat de l’électro-pop. Si tu as 43 minutes devant toi (la même durée que le dernier Django Django, coïncidence ou complot, toutes les hypothèses demeurent…), installe toi une bière à la main et savoure la future défaite de ton blues dominical…

Le morceau d’ouverture Moment introduit avec classe et majestuosité dépouillée l’album à travers sa boîte à rythme et sa ligne de basse qui sentent bon la sueur. Les cuivres, les choeurs, on retrouve toute la richesse de l’univers de Balthazar. Ce Moment amène sur un plateau d’argent le bijou Losers qui brille par la puissance électro-pop de son refrain et de ses choeurs, sublime contraste avec le groove downtempo des couplets. On A Roll fonctionne ensuite sur la même recette, d’un côté cette ligne de basse toujours sur le fil et de l’autre ce refrain plus lumineux qui n’est pas sans m’évoquer le pouvoir pop de MGMT. I Want You avec sa boîte à rythme obsédante et sa litanie finale ainsi que You Won’t Come Around et sa douceur d’une grande sensualité qui sort l’atout caché des cordes sur la fin font parfaitement le job avant la nouvelle pépite Linger On d’inspiration plus électro qui brille par sa rythmique addictive. Ce morceau est imparable et réveille en moi ce déhanché démoniaque qui fait succomber toutes les femmes… dans mes rêves.

L’électro-pop et les choeurs féminins de Hourglass paraissent en comparaison un brin faciles par la suite et je préfère dans ce registre Passing Through qui est sublimée par les cordes finales si représentatives du son de Balthazar. Il faut reconnaître que la fin de l’album est plus classique et déclenche moins de soubresauts, les mauvaises langues y déceleront une certaine paresse en rapport avec cette créature sur la pochette. Le saxo et les cordes de Leaving Antwerp apportent cependant un supplément d’âme savoureux, Halfway n’est pas une valeur ajoutée évidente et Powerless mise sur un piano fragile qui se marie parfaitement à la douceur finale. Voilà 43 minutes qui devraient être déclarées d’utilité publique tout simplement, enjoy!

 

 

Sylphe

Review n°74: Glowing in the Dark de Django Django (2021)

Retour aux affaires blogesques aujourd’hui après deux semaines de vacances, coupé d’internet maisDjango Django pas de l’actualité musicale très riche du moment où des grands noms comme Tindersticks, Altin Gün ou Balthazar ont sorti des albums qui font chaud au coeur. Vous vous doutez bien que Django Django va venir enrichir cette belle litanie avec son quatrième album Glowing in the Dark sur le label très recommandable Because Music… Après un premier album éponyme  particulièrement enthousiasmant en 2012 dans sa volonté de proposer une pop hédoniste brisant les frontières et croisant avec succès le rock psyché et les sonorités électroniques, les Anglais de Django Django ont tranquillement tracé leur sillon au rythme d’un album tous les trois ans avec Born Under Saturn en 2015 et Marble Skies en 2018. C’est donc sans surprise, après trois nouvelles années bien longues (la dernière paraît s’écouler lentement non?) que ce Glowing in the Dark, composé dans son intégralité pendant le confinement, va venir nous apporter sa touche lumineuse. Si vous avez besoin d’un album qui vous imprime un sourire perpétuel sur le visage, cet album est fait pour vous tant il revient à  l’hédonisme des débuts!

Le morceau d’ouverture Spirals va nous offrir d’emblée 5 minutes très riches, comme la BO d’un western psychédélique. Une boucle électro qui s’accélère et fait monter une tension presque palpable, la batterie qui entre en jeu et la voix si caractéristique de Vincent Neff qui sublime un refrain pop addictif, font de ce titre une pépite qui fonctionne immédiatement. Les pisse-froid diront que la recette est un brin éculée mais elle est appliquée à la perfection! Right the Wrongs et Got Me Worried jouent ensuite la carte d’une pop solaire et sans retenue, nourrie à la fontaine du psychédélisme et lorgnant vers ses compères d’Hop Chip. J’aime bien les rythmiques uptempo mais ces deux titres restent un peu trop linéaires et classiques à mon goût pour me renverser totalement, même si le kitsch des applaudissements live sur la fin de Got Me Worried n’est pas pour me déplaire. Je me laisse plus facilement toucher par la voix mystérieuse de Charlotte Gainsbourg, leur compagne de label, sur Waking Up,qui prouve au passage que la pop lui va à merveille et la rythmique ralentie de Free from Gravity. Quelques sonorités spatiales et un refrain entêtant suffisent à mon plaisir car je suis un homme facile.

Headrush vient alors proposer un croisement original entre psychédélisme et expérimentation électronique. Une ligne de basse qui s’imprime en toi et fait vibrer ta colonne vertébrale, des choeurs un peu kitsch qui se marient à merveille avec l’instrumentation très riche, je n’arrive pas à me retirer de la tête en écoutant ce morceau que les Américains d’Animal Collective viennent de vriller et se mettent à composer de la pop accessible… Cet album regorge de vraies surprises comme ce surprenant The Ark inquiétant qui propose une revisite électro- SF (oui je trippe totalement sur ce nom) de krautrock. Bref, vous l’aurez compris, c’est joliment inclassable. Un Night of the Buffalo séduisant par son sentiment d’urgence sous-jacent et sa guitare en arrière-plan (et ce, malgré des violons improbables sur la fin qui montrent que le confinement n’a pas laissé de marbre nos amis Anglais) et la douceur de The World Will Turn où l’association voix/guitare sèche nous donne l’impression que Jean-Baptiste Soulard s’est mis à l’anglais une bonne fois pour toute nous amènent vers une fin d’album particulièrement réussie.

Kick the Devil Out tout d’abord et sa sonnette inaugurale surprenante prolonge la veine de la pop hédoniste  avant l’électro séduisante de Glowing in the Dark qui lorgne avec envie vers le dance-floor et les Anglais de Hot Chip et le bijou Hold Fast, superbe épopée électronique au pouvoir pop incontestable… La voix de Vincent Neff révèle amplement toutes ses qualités, je dois reconnaître que je suis sous le charme de ce morceau et regrette presque qu’Asking for More, morceau classique plus pop, vole à Hold Fast la place finale de cet album qui vous permettra d’aborder sereinement la dernière ligne droite de cet hiver, enjoy!

 

 

Sylphe