Review n°113: Alpha Zulu de Phoenix (2022)

Des nouvelles aujourd’hui de Phoenix, un groupe marquant de la french touch dans les années 2000, qui mérite d’être régulièrement réécouté pour ses coups d’éclat Wolfgang Amadeus Phoenix en 2009 ou Bankrupt! en 2013 ou l’excellent album des débuts Alphabetical en 2004. Néanmoins, il est assez incontestable que le groupe est en nette perte de vitesse et le dernier opus Ti Amo en 2017 m’a plutôt laissé de marbre… Au moment d’écouter ce septième album Alpha Zulu, je n’ai pas particulièrement d’attente et j’oscille entre la curiosité polie et la sensation bizarre qu’écouter Phoenix en 2022 serait presque un anachronisme. Dernière précision avant d’entamer l’écoute de l’album, je dois reconnaître que j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à écrire sur ce groupe mais j’aime persister, bref vous êtes prévenus désormais si vous restez avec moi!

Le morceau d’ouverture Alpha Zulu doit son nom à un épisode vécu par le groupe qui a connu un vol agité au-dessus des montagnes de Belize dans un avion nommé Zulu, avec un pilote ne cessant de répéter Alpha Zulu. Tout cela paraît en effet un brin romancé mais nous ne gagnerons rien à remettre en cause cette justification du titre. Le titre propose une pop déstructurée assez classique où l’on retrouve avec plaisir la voix toujours aussi charismatique de Thomas Mars. Tonight qui fait appel à Ezra Koenig, le chanteur de Vampire Weekend, monte le curseur avec cette ligne de basse addictive et ce refrain survitaminé qui rappelle le pouvoir pop incontestable du groupe. The Only One joue ensuite la carte de sonorités plus aquatiques et oniriques pour un résultat assez classique mais je préfère l’excellent After Midnight, morceau le plus dansant de l’album. Une rythmique uptempo, des synthés omniprésents, une évidence mélodique, le tout n’est pas sans nous rappeler les grands morceaux de The Strokes. La première partie de l’album se clôt sur le très beau et onirique Winter Solstice dont l’instrumentation évoque l’atmosphère de Charlotte Gainsbourg, en particulier son album Rest.

Après une première partie pleine de belles promesses, la deuxième partie de l’album va s’avérer plus (trop) classique. Season 2 et Elixir nagent dans les eaux tièdes d’une pop attendue sur lesquelles nous aimerions voir souffler une brise marine plus riche en arômes. All Eyes on Me va surprendre davantage avec une ambiance plus électro, ce qui devrait logiquement me plaire au vu de mes goûts musicaux (oui l’usage du conditionnel n’est pas rassurant…), mais je dois reconnaître que je suis resté sur le bord de la route. Je n’en dirai pas plus pour ne pas paraître déplaisant… Heureusement, la pop lumineuse d’Artefact et ses guitares « strokiennes » ainsi que le titre final Identical, pop plus subtile, réussissent à contrebalancer un ensemble un peu trop homogène.

Je resterai donc sur cette impression qu’écouter Phoenix en 2022 demeure un anachronisme, néanmoins ce Alpha Zulu reste une belle porte d’entrée pour aller réécouter une discographie brillante, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 4. After Midnight – 2. Tonight – 5. Winter Solstice – 7. Artefact

 

Sylphe

Review n°112 : Transmissions (2022) de Transmission

Capture d’écran 2022-11-04 à 11.29.03Pour qui a eu la chance de passer un moment au festival HopPopHop d’Orléans mi-septembre dernier, il y avait une performance à ne rater sous aucun prétexte : le collectif Transmission, pour une création originale. Nous avions entendu à peu près tout et son contraire avant d’entrer dans la dernière session des quatre programmées : « Sans doute le meilleur moment du festival » versus « C’est particulier, mais c’est intéressant » versus « Il y avait des gens dans la salle qui ont manifestement aimé ». On kille le suspense tout de suite : on a adoré Transmission, et c’est personnellement la meilleure prestation que j’ai vue et entendue durant ce weekend là. Une claque. Transmission est fait de plein de personnes et d’influences différentes. Autour de Johann Guillon et Benjamin Nérot tout droit sortis d’Ez3kiel, on y trouve d’autres artistes : James P Honey aka Dull Fame, Lionel Laquerrière, Félix Classen et Victor Neute. Autant de personnalités différentes qui unissent leur talent au sein de Transmission.

Et du talent dans Transmission, il y en a : dès les premiers sons, nous voilà plongés dans un monde qui se dessine note après note, mot après mot. Dans un savant mélange d’électro et de hip-hop, le sextet dessine un univers sonore nerveux et mélancolique plein de machineries, de bruits de ferrailles, mais aussi de nappes infra-basses et electro-ambient. Comme par exemple dans Mussolini mistress. Il en résulte la fantasmée bande son d’un film à la croisée de Blade Runner et de 8 mile. Transmission est cinématographique dans l’âme. Les premières minutes nous installent dans un univers cyberpunk, violent, dark, parfois cauchemardesque, mais toujours profondément humains par les deux voix qui interviennent tour à tour dans les compositions. A la voix grave et toujours incroyable de Benjamin Nérot répond celle de James P Honey qui déverse un flow généreux et imparable.

Au cœur de Transmission et du dispositif scénique, une cabine téléphonique 3.0. Relique d’un monde passé, l’objet sort tout droit de notre imaginaire post-apocalyptique. Tel un vestige d’un monde où la communication passait par le temps d’attente à la porte de ladite cabine, la patience, mais aussi l’essentiel : avec quelques pièces ou une carte téléphonique (les plus jeunes, ne me regardez pas avec des yeux effarés… oui, ceci a existé), il fallait synthétiser nos échanges, tout en profitant un maximum de ces quelques minutes. C’est quasiment la réussite méta, en plus de la claque sonore, de Transmission. Comme des personnages échoués d’un Fallout ou d’un Death Stranding, les musiciens du groupe entrent tour à tour dans la cabine pour des Calls, qui servent d’intermèdes entre les morceaux comme autant de tentatives de remettre en lien un monde fragmenté. Plus encore, le collectif recrée un lien communicationnel en faisant de cette prestation d’une heure un vrai moment de partage entre la scène et le public. Autre signe qui ne trompe pas : l’espace scénique est central, le public en cercle autour. Reconstituer du tissu social et humain par l’art, c’est bien l’éclatante réussite de Transmission.

Si l’on en parle aujourd’hui, c’est à la faveur de la réécoute du disque Transmissions (sorti le 19 août dernier), ou l’occasion de replonger dans cette création assez incroyable portée par les festivals HopPopHop (Orléans) et Les Rockomotives (Vendôme), sous l’égide de l’association Figures Libres. Disponible chez Figures Libres Records/L’Autre Distribution, le double LP est disponible accompagné de la version CD. Tout ceci pour la modique somme d’une vingtaine d’euros : ne passez pas à côté d’un des albums les plus percutants et enchanteurs de cette année 2022. L’occasion de (re)découvrir des titres assez incroyables tels que Jane Austen (et le flow de Dull Fame qui tabasse), The ebb and the flow (peut-on mettre de la cornemuse dans de l’électro hip-hop et que ça soit génial ? Oui), ou encore Diana folded in half (le cauchemar cyberpunk incarné).

L’album est aussi disponible sur Bandcamp en version numérique, mais faites vous plaisir et soutenez la création artistique : offrez vous ce génial album en physique comme on dit, vous ne regretterez pas le voyage. Et vous bouclerez ainsi la boucle meta en remettant un peu de matérialité dans ce monde parfois trop virtuel et humainement désincarné. Merci Transmission et Figures libres pour tout ça.

L’album en LP + CD est disponible sur le site de Figures Libres Records : https://figureslibresrecords.fr/transmission-2-x-lp-cd/

Le visuel pochette est tiré de la page Bandcamp de Figures Libres, où vous pouvez trouver l’album en numérique, mais aussi l’acheter en version physique : https://figureslibresrecords.bandcamp.com/album/transmission-transmissions

Raf Against The Machine

Review n°111: 9 Pieces de Thylacine (2022)

C’est la tournée de mes chouchous électros français actuellement… Après Les Gordon, c’est au tour de Thylacine deThylacine - 9 Pieces sortir un nouvel album, son cinquième déjà, intitulé 9 Pieces. Depuis 2019 et Roads Vol.1, je prends plaisir à suivre le périple musical de William Rezé qui confronte aussi bien les gens que les sons dans ses voyages sonores. Sur ce puzzle de 9 pièces, certaines sont déjà connues et les lecteurs assidus du blog ont déjà entendu parler de Polar ou Versailles qui ouvrent et ferment l’album de 39 minutes.

Polar offre donc d’emblée une électro puissante avec le bruit des créatures marines en fond, une rythmique assez sombre qui contraste à merveille avec la voix féminine qui a presque quelque chose d’incantatoire. Le résultat est aussi surprenant qu’envoûtant. Les titres suivants vont ensuite nous emmener du côté de cette Turquie à l’identité floue, entre Europe et Proche-Orient. Anatolia est un bijou qui résume musicalement tout ce qu’est la Turquie avec d’un côté les instruments qui représentent les traditions de la Cappadoce et de l’autre les tentations de la techno pour la jeunesse d’Ankara. Duduk (du nom d’un hautbois d’Arménie) et Olatu creusent le sillon de cette électro contemplative qui survole les paysages mélancoliques pour un résultat d’une finesse et d’une justesse inégalables – le piano de Duduk est un exemple imparable. Olatu, qui me fait penser au travail sur les boucles de Les Gordon, propose des sons plus électro-pop et sort quelque peu Thylacine de sa zone de confort. Bosphorus clôt ce voyage turc dans une ambiance plus rythmée et tournée vers les dance-floors, la montée est excitante, tout comme le saxophone habituel de Thylacine qui tente d’insuffler une douce mélancolie à l’ensemble. La musique de Thylacine est à l’image de la Turquie moderne, une terre de contrastes qui se veut un lieu de rencontres.

War Dance surprend alors par son âpreté et cette techno martiale -néanmoins pas aussi monolithique qu’elle ne peut le paraître à la première écoute – comme un triste clin d’oeil à l’actualité ukrainienne… Pleyel nous ramène vers une orchestration plus classique, dans la droite lignée de son dernier opus Timeless, pour un résultat tout en tensions d’une grande modernité. La richesse des propositions de ce morceau -qui me fait penser à Aufgang – est proprement hallucinante. Night Train est le morceau le plus frontal de l’album avec une électro débordante d’énergie qui se présente comme la bande-son idéale d’un voyage en train, le titre est peut-être un peu en-dessous en termes d’originalité de la proposition. Versailles clôt enfin avec subtilité l’album en jetant des ponts entre les époques, après avoir jeté des ponts entre les peuples, en s’appuyant sur des instruments, des mécanismes et des objets du château de Versailles. Le résultat confirme la volonté sur la deuxième partie de l’album de mettre en avant des ambiances plus dansantes. S’il y a bien quelque chose que Thylacine sait parfaitement faire, c’est nous faire voyager -dans les époques, les contrées, les genres musicaux – dans notre fauteuil, le casque vissé sur les oreilles… Enjoy !

 

Sylphe

Review n° 110 : Comme elle vient – Live à Evry 2002 (2022) de Noir Désir

Comme-elle-vient-Live-2002En 2002, Noir Désir boucle la tournée de son dernier album Des visages, des figures. Commencé un an plus tôt, ce marathon scénique s’achève à l’Agora d’Evry le 14 décembre 2002 et donne aujourd’hui lieu à un album intitulé Comme elle vient. Vingt ans déjà que le plus grand groupe de rock français s’est tu, autant dire une éternité. Depuis, le monde a poursuivi son évolution, pour le meilleur comme pour le pire. 2002, c’est notamment l’année de l’accession de l’extrême-droite au second tour d’une élection présidentielle en France. La quasi-majorité des Français dit non à ce cauchemar bien réel, et Noir Désir s’en fait une des voix parmi tant d’autres. Pour qui a eu la chance d’assister à un des concerts de l’entre-deux tours, il reste en mémoire l’incandescence de ce refus, et des salles qui reprennent en cœur les Bérurier Noir pour scander que « la jeunesse emmerde le Front National ». C’était il y a vingt ans. Autant dire une éternité.

Comme elle vient sort pile vingt années après cette ultime et mémorable tournée. Ultime, puisque Noir Désir se désagrègera quelques mois plus tard. Mémorable parce qu’elle laisse entrevoir la mue du groupe et ses nouveaux horizons. Lorsque sort Des visages, des figures (le 11 septembre 2001, comme si cette dernière aventure de Noir Désir devait être marquée du sceau des tristes coïncidences), on mesure déjà l’évolution musicale de la formation. L’album offre un son à la fois plus posé mais pas moins tendu. Sous ce faux calme bouillonne toujours Noir Désir. Même si les très énervés et brutaux Tostaky et 666.667 Club sont un peu laissés de côté, des titres comme L’appartement, A l’envers à l’endroit ou Bouquet de nerfs suintent de tensions grinçantes à la limite du malaise. Alternant avec d’autres morceaux plus rock comme Le grand incendie, Son style 1 ou Lost, l’ensemble se révèle diablement excitant en ouvrant totalement les portes à de nouvelles pistes artistiques pour le groupe. Jamais il n’aura été aussi créatif et musical, jamais il n’aura développé autant d’émotions variées. Des visages, des figures se conclut en outre sur le morceau de bravoure qu’est L’Europe : un duo de plus de 23 minutes avec Brigitte Fontaine doublé d’une virée musicale aujourd’hui encore étourdissante d’intelligence.

Nous voilà donc, deux décennies plus tard, avec entre les mains et entre les oreilles ce Comme elle vient, conclusion de la tournée 2022 de Noir Désir. Avertissement important : cet album n’est en rien la réédition du Noir Désir en public sorti en 2005. Ce dernier représentait, en 24 titres, une compilation des meilleures versions enregistrées sur la totalité de la tournée. Les 56 concerts de la tournée avaient été captés, en prévision de ce témoignage somme. Les membres du groupe en ont ensuite tiré la substantifique moelle, pour obtenir un panorama de cette virée live. Comme elle vient épouse une autre logique, en livrant la captation du dernier concert donné à Evry le 14 décembre 2002. Il est donc logique de ne pas y retrouver des titres non joués ce soir-là, et tout aussi logique que la tracklist ne corresponde pas à celle de Noir Désir en public. Dès lors, si l’on possède déjà celui-ci, faut-il craquer pour celui-là qui sort aujourd’hui 28 octobre ?

N’y allons pas par quatre chemins : la réponse est oui. Si vous êtes un inconditionnel et inconsolable fan de Noir Désir, vous vous procurerez Comme elle vient tel un complétiste compulsif. Si vous êtes amateur de rock et de bon son, vous plongerez aussi. Enfin, si vous n’avez que faire de Noir Désir, et/ou que vous voyez là une sombre démarche mercantile éhontée, il est probable que vous ayez déjà arrêté de lire cette chronique. Ou que, tout simplement, vous ne soyez même pas arrivé jusqu’à cette page du blog !

Comme elle vient pose ce que Noir Désir était devenu sur scène en 2002, peut-être plus encore que Noir Désir en public. Après la compilation de moments choisis et réellement fascinants, on accède ici à un soir en live avec le groupe, qui plus est à sa toute fin. Et l’on redécouvre ce mix et ce dosage parfaits entre moments posés et faussement apaisés, et explosions rock comme on ne les espérait plus. D’un côté, l’ouverture avec Si rien ne bouge, puis Septembre en attendant, Le fleuve, ou encore Des armes. De l’autre, Les écorchés, La chaleur ou Tostaky dans une de ses plus belles et furieuses interprétations. Noir Désir manipule l’énergie comme jamais, en nous balançant à la gueule sa fougue, tout en se ressourçant dans des moments finalement tout aussi incandescents. Le résultat est brillant, et se conclut avec le titre éponyme Comme elle vient. Un dernier salut, un baroud d’honneur en forme d’ultime explosion dans lequel la formation jette ses dernières forces.

A écouter l’ensemble, ce sont des paquets d’émotions qui remontent et nous submergent. Des frissons, du feu, et des larmes aussi de (re)vivre les derniers instants de la meilleure formation rock française, et d’un des plus grands groupes de tous les temps. Comme elle vient nous permet de mesurer, une fois de plus, le vide béant laissé par la disparition de Noir Désir. Voilà un enregistrement qui dépasse toutes les catégories et les cases, pour ne plus être simplement du rock et devenir l’expression d’un art. Comme elle vient est une galette absolument indispensable, qui se paye le luxe d’être disponible sur toutes les bonnes plateformes de streaming, mais aussi physiquement en CD et vinyle. Chez Five-Minutes, on est adeptes de toutes ces formes, mais on a grand plaisir à acheter l’objet, surtout quand il est aussi percutant que ce Comme elle vient. Disponible en diverses éditions, dont certaines avec pochettes alternatives et vinyles colorés, l’album bénéficie en outre d’un pressage de haute qualité avec un remastering de très haute tenue qui rend justice au son Noir Désir.

Aussi incontournable que génial, Comme elle vient se doit d’être dans vos oreilles, et plus si affinités, à savoir dans votre discothèque. Pas encore convaincus ? Voici trois titres en écoute pour vous décider. Les 12 autres vous attendent chez votre disquaire préféré.

« J’ai douté des détails / Jamais du don des nues ».

Raf Against The Machine

Review n°109 : The universe is IDK (2022) de Dave Pen

Capture d’écran 2022-10-23 à 11.38.21Après presque deux semaines d’absence, retour aux affaires en ce dimanche automnal avec un vrai bon son, qui plus est inattendu. The universe is IDK offre en 7 titres une excellente dose de ce que le rock britannique a offert de meilleur depuis qu’il existe. Ni plus, ni moins. Aux commandes de cet EP de haute volée, Dave Pen. Si le nom ne vous dit rien de prime abord, sachez que le garçon est une des voix d’Archive (ça faisait longtemps que je n’en avais pas parlé !), mais aussi un des membres fondateurs de BirdPen. En plus d’être un chanteur et musicien de grande talent, Dave Pen est aussi un grand sportif en run/trail. Une discipline sportive qu’il écume au gré des courses les plus folles, comme par exemple fin août l’UTMB (Ultra Trail Mont Blanc) : 170 kilomètres, du dénivelé et des passages en altitude au-dessus de 2 500 mètres. Je m’égare, ou si peu. Retenons que Dave Pen compile les talents, auxquels on peut ajouter son compte Instagram truffé de photos souvent géniales. Tout ceci est enrobé d’une grande discrétion et d’une humilité qui force le respect.

C’est dans cette grande discrétion que Dave Pen a composé tranquillement à la maison les 7 titres de The universe is IDK. En une demi-heure à peine, vous allez croiser de multiples clins d’œil à quelques grands noms, comme autant d’influences avouées. Negative ouvre l’EP et ses guitares aériennes évoquent assez vite The Smiths. Avec toutefois une voix qui fait penser à un certain David Bowie. Une touche Bowie encore plus évidente sur DIY SOS, croisée avec un soupçon d’Iggy Pop période Lust for life, et une pincée de Bryan Ferry. Tomorrow in light constitue la première pause tranquille après trois titres plutôt tendus et nerveux. Ce morceau permet à Dave Pen de développer son incroyable voix, en rappelant The empty bottle d’Archive dans la démonstration vocale. Humminbird est peut-être le titre le plus inquiétant, en croisant une trame musicale entre les Lou Reed les plus sombres et les Bowie les plus synthés/machines. Une fois encore, la voix de Dave Pen contraste l’ensemble avec une lumière et une puissance imparables. Standing wave est une parenthèse instrumentale de toute beauté, avant l’étonnant dernier titre. I’ll never know est un acoustique de la plus belle épure, qui vient réveiller chez nous le souvenir musical de l’excellent Animals de Pink Floyd. Avec en prime la voix de Dave Pen qui s’approche étonnamment de celle de Roger Waters.

Au vu de ces multiples et célèbres noms, je vous vois déjà vous interroger : qu’est-ce qui rend The universe is IDK intéressant, et le monsieur ne fait-il que piocher dans l’existant ? Non, Dave Pen ne pique pas d’idées chez les autres. Il leur rend hommage et nous en envoie autant de clins d’œil complices pour mieux partager ses créations. Des créations qui s’inscrivent au-delà des hommages, dans un ensemble très personnel et assez inimitable. De bout en bout, cet EP est fascinant dans les ambiances qu’il déroule, et dans la synthèse musicale qu’il propose. Dave Pen a sans doute écouté bien des artistes au fil des ans, en a absorbé ce qui lui parlait et a digéré le tout. Il en résulte aujourd’hui 7 morceaux tous plus hypnotiques les uns que les autres, liés par une identité musicale faite d’introspection et de lumières. Oui, il y a de l’énergie dans The universe is IDK.

Il y a aussi l’affirmation d’un grand artiste humble, jusque dans le titre du EP. The universe is IDK peut se traduire littéralement par « L’univers est Je ne sais pas », soit une énième variation du « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » de Socrate, ou encore du « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » de Desproges. Sans doute la meilleure façon d’aborder l’existence, loin de toute certitude, afin d’être ouvert au champ des possibles et à la recherche de la meilleure version de soi-même. The universe is IDK est, dans tous les cas, la meilleure façon d’aborder les jours actuels, et les suivants. Le EP est disponible uniquement sur Bandcamp en version numérique, pour une malheureuse poignée d’euros (moins de 10 pour tout vous dire). Ne passez pas à coté de ces 7 petites merveilles musicales. Il y a encore quelques jours, le podium des trois albums de 2022 était tout calé. L’arrivée de The universe is IDK vient bousculer l’ordre établi, pour mon plus grand plaisir. Vous êtes encore là ? Foncez donc écouter la dernière merveille de Dave Pen !

Raf Against The Machine

Review n°108: Nuances de Les Gordon (2022)

Afin de démarrer cette nouvelle semaine sous les meilleurs auspices, je vous propose d’allerLes Gordon - Nuances prendre des nouvelles d’un artiste qui me tient particulièrement à coeur, Les Gordon. C’est suite à l’un de ses concerts que nous avons décidé avec mon acolyte Raf Against The Machine de relancer la machine Five-Minutes et ses deux premiers albums, La en 2018 (chroniqué ici) et ALTURA en 2020 (chroniqué ici) ont confirmé toutes les belles promesses entraperçues en live. Ce nouvel opus Nuances, sorti sur son propre label Morning Crash Records, est dans la droite lignée des albums précédents dans sa volonté d’instaurer des atmosphères électronica d’une grande douceur avec une forme de nostalgie latente. Le son tout en boucles et choeurs féminins est immédiatement reconnaissable, l’originalité résidant ici dans les nombreux featurings (Sauvane, ACES, Marie-Gold, LENPARROT, Anika) qui ouvrent sur de nouvelles atmosphères. Vous prenez les influences asiatiques du Talkie- Walkie d’Air, le sens du collectif du Rone & Friends et vous obtenez les 14 titres lumineux de Nuances.

Le morceau d’ouverture Vertiges déploie langoureusement les ailes de cette électronica intemporelle entre boucles et choeurs féminins lancinants pour un résultat hautement réconfortant. Enid & Rebecca vient ensuite apporter une section rythmique qui donne un côté plus électro-pop à l’ensemble, c’est assez imparable au niveau de la mélodie et ce n’est pas sans rappeler Polo & Pan. Fog surprend davantage par son électro déstructurée toute en ruptures qui se permet d’aller piocher quelques sons synthétiques du côté de la techno mais la plus âpre incartade est de courte durée avec Somewhere qui joue dans la foulée la carte de la ritournelle poétique sublimée par la belle voix suave de Sauvane. Le morceau aurait amplement eu sa place sur le dernier album de Rone

La rythmique affirmée de Knight & Car associée aux harmonies vocales de haut vol fait de ce titre une invitation à errer sur les dance-floors, sans renier son ADN Les Gordon explore avec subtilité un nouvel univers qui n’est pas sans rappeler Thylacine. Un Coconut assez classique dans son approche digne d’Air, la trap incisive de la rappeuse canadienne Marie-Gold sur Sinon je die et l’électro un peu foutraque de Pyromaniac proposent des directions affirmées assez diverses mais peinent davantage à complètement me convaincre. Je préfère les sonorités orientales de Midnight, la voix chaude de LENPARROT sur Mango ou l’excellent Thoughts qui brille par son atmosphère nocturne. Sauvane s’illustre une seconde fois, cette fois en français, sur Aube alors que le morceau final The Rest est le pendant parfait de l’ouverture Vertiges dans cette volonté de nous emmener dans des boucles éthérées, sublimées par les cordes. On peut noter une dernière collaboration de haut vol avec Anika sur Another Time pour une électro brumeuse qui me rappelle les dernières productions de London Grammar.

En 14 titres et 47 minutes, Les Gordon prolonge brillamment son humble ascension électronique avec ce Nuances qui porte divinement bien son nom, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés) : 4. Somewhere – 12. Thoughts – 2. Enid & Rebecca – 5. Knight & Car – 9. Midnight

 

Sylphe

Review n°107: Ephémère de Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye (2022)

Si vous êtes des lecteurs réguliers de ce blog, vous n’êtes pas sans savoir que je suis un ferventGrand Corps Malade Gael Faye Ben Mazué - Ephémère admirateur du travail de Grand Corps Malade (voir par ici la review sur Mesdames) et de Gaël Faye (ou par ici la review sur Lundi Méchant). Je n’ai jamais écrit sur Ben Mazué mais des titres comme Quand je marche ou La résiliation me désarment, tant la plume de ce dernier est juste et touchante. Les trois me parlent particulièrement car ils sont de ma génération et nous avons donc des références communes, les trois mettent en avant une amitié forte d’une grande simplicité qui fait plaisir à voir…. bref vous l’aurez bien compris, je suis très impatient de découvrir cet EP avec Mosimann et Guillaume Poncelet à la réalisation…

S’enfermer dans un studio une semaine pour composer un EP, le défi est pour le moins ambitieux et, autant ne pas tergiverser, le résultat est brillant. Nous nous retrouvons avec 7 titres variés qui entrelacent avec un plaisir non feint l’émotion et l’humour, le tout porté par des textes finement ciselés. Le morceau d’ouverture On a pris le temps frappe fort d’emblée avec cette thématique du temps qui file, de ces artistes pris dans le cyclone de leur vie professionnelle et personnelle -« Alors j’ai tout fait tout fait / Jusqu’à étouffer étouffer » – qui ont enfin décidé de prendre le temps et ces 7 jours pour composer à leur rythme cet EP. On reconnaît la patte de Mosimann avec la superbe montée finale entre cuivres et synthés qui te donnent une envie immédiate de bouger et de prendre toi aussi ton temps. Tailler la route est ensuite pour moi un des titres qui représente le mieux le projet avec trois textes très personnels, trois sensibilités si différentes mais qui se rejoignent sur l’idée de découvrir le monde, le tout sur une instrumentation en retrait, entre piano et quelques cuivres sur la fin. Sous mes paupières prolonge cette émotion à fleur de peau en s’appuyant sur la nostalgie des souvenirs d’enfance, le piano accompagne avec délices et pudeur ces trois plongées sensibles dans le passé. Un bijou d’émotion pure qui picote les yeux…

Comme si l’émotion était devenue trop poignante, Qui a kidnappé Benjamin Biolay? va amorcer un virage à 360 degrés en proposant un délire cinématographique dont je ne me suis toujours pas remis. On est au cinéma et on suit les conséquences liées au vol (fictif je vous rassure) de la Victoire de la Musique de Benjamin Biolay pour Grand Prix (qui l’avait remporté face à nos trois acolytes), le résultat est jouissif et hilarant. Franchement à quand un court-métrage autour de cette histoire loufoque? Pour le clin d’oeil, le titre suivant La cause s’appuie sur l’instru de La Superbe (faut croire que la famille a payé la rançon pour récupérer Benjamin Biolay…) afin d’aborder la notion de l’engagement pour un artiste. Question difficile à trancher que Gaël Faye résume finalement assez bien dans la formule « Parler c’est prendre position / Se taire c’est prendre position » qui montre que l’artiste est prisonnier du tribunal médiatique.

Besoin de rien s’appuie sur un ping-pong verbal entre Grand Corps Malade et Gaël Faye qui rappelle bien que ces deux-là sont issus de la scène du slam. Le plaisir de manipuler les mots et de partir de rien -une attente à un abribus et une réflexion hautement philosophique autour de Chipster et Curly – débouche sur une explosion pop savoureuse menée par Ben Mazué. Ephémère clôt enfin l’album en rendant hommage à cet éphémère qui donne toute la saveur à notre quotidien, à l’image de cet opus. Quitte à manquer cruellement d’originalité et à finir sur une chute attendue, je ne peux que prier intérieurement pour que la collaboration entre ces trois-là ne soit pas qu’éphémère, tant le résultat est d’une grande humanité, touchante en ces temps difficiles… Enjoy !

 

Sylphe

Review n°106: Hideous Bastard d’ Oliver Sim (2022)

Dans la famille de The xx, à l’origine de trois superbes albums dont le coup de maître initial enOliver Sim - Hideous Bastard 2009 (écouter Intro et Crystalised devrait être déclaré d’utilité publique), Jamie Smith et Romy Madley Croft se sont déjà lancés dans des projets individuels dignes d’intérêt mais le bassiste Oliver Sim était jusqu’alors resté en retrait. Poussé par Jamie Smith qui est à la production de ce Hideous Bastard, Oliver Sim saute le pas d’une manière brillante. 34 minutes épurées, intimistes, sensibles qui ne sont pas sans me donner des frissons identiques à ma découverte de The xx

Porté par sa voix profonde – une vraie révélation – et une volonté de se livrer tout en retenue, Oliver Sim nous offre une sublime introspection en 10 titres finement ciselés. Le morceau d’ouverture Hideous qui sample Your Sweet Love de Lee Hazlewood montre toute la difficulté à s’accepter et la faille du VIH contracté à 17 ans. Nous retrouvons cette basse, ces cordes, cette rythmique downtempo qui ont fait le succès de The xx et le superbe contraste de voix entre les graves d’Oliver Sim et le timbre cristallin de Jimmy Somerville, mentor talentueux. Un moment d’une grande intensité…

Romance With A Memory propose un son plus rythmé avec une batterie plus présente et une voix résolument plus pop, Sensitive Child joue la carte de l’introspection éthérée avec une mélodie au piano obsédante (et une fin abrupte qui me laisse songeur, au passage) avant le deuxième grand moment de l’album, Never Here. Des synthés dignes de Radiohead et une rythmique rock imparable donnent à ce titre une intensité folle. Le solide Unreliable Narrator brille ensuite par le travail sur la voix et l’autotune afin de faire surgir les fantômes de James Blake et Alt-J, le résultat nous plonge dans un univers intemporel en deux petites minutes.

Saccharine aborde de manière subtile la peur de l’amour et de la tendresse pour un résultat d’une grande sobriété qui aurait mérité de figurer sur n’importe quel album de The xx. Un Confident Man plus classique dans son approche et sa structure piano/voix amène vers un autre morceau majeur de l’album, GMT, qui est un bijou de douceur démontrant définitivement la beauté de la voix d’Oliver Sim. Fruit traite ensuite du sujet épineux du rapport aux parents et de la difficulté de ne pas correspondre à l’image de nous qu’ils ont essayé de façonner avant que Run The Credits ne finisse l’album sur une note plus légère et plus extravertie avec une vraie pop hédoniste. Un coup de maître, tout simplement, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés) : 1. Hideous Bastard – 4. Never Here – 8. GMT – 5. Unreliable Narrator

 

 

Sylphe

Review n°105: Freakout/Release d’Hot Chip (2022)

Le 19 août dernier, Hot Chip nous a aidés à bien gérer la dernière ligne droite des vacances etHot Chip Freakout Release l’approche de la rentrée de septembre avec son huitième opus, Freakout/Release, produit par le duo belge Soulwax (les rois du bootleg et des mixes de folie sous le nom de 2 Many Dj’s). Croisant avec subtilité la synthpop et une dance flamboyante, Hot Chip n’est plus à présenter et reste sur un septième album A Bath Full of Ecstasy sorti en 2019 (chroniqué par ici) qui soulignait le besoin intact de proposer une musique hédoniste, destinée à faire bouger les corps, tout en s’adressant aux esprits.

3 ans plus tard et un épisode covidesque qui n’en finit pas après, nous sommes en droit d’espérer que la bande centrée autour de Joe Goddard et Alexis Taylor aura encore plus l’intention de nous faire danser pour nous faire oublier cette époque anxiogène. Nos espoirs ne sont pas déçus et nous tenons là un album dansant savoureux, comme une éternelle madeleine de Proust des sons 80’s. La recette est sans grande surprise mais redoutable : la voix aiguë si reconnaissable d’Alexis Taylor, la débauche de synthés 80’s, des singles percutants révélant un sens inné des mélodies et quelques prises de risque somme toute assez mesurées. 18 ans après Coming on Strong, les Anglais d’Hot Chip continuent à creuser avec justesse le sillon d’une pop dansante jouissive.

Le morceau d’ouverture Down qui s’appuie sur un sample de More Than Enough de Universal Togetherness Band joue la carte d’un funk surprenant qui me fait penser à LCD Soundsystem se transformant en cours de morceau en Alexis Taylor. Le vent pop prend peu à peu le dessus, ce qui est confirmé par Eleanor, porté par ses synthés et cette voix qui me donne le sourire immédiatement. Le genre de titres que Metronomy était capable de produire avant de tomber dans le classicisme et l’insipide (#balleperdue). La surprise va venir du titre éponyme Freakout/Release dont la voix robotique initiale fera penser à Daft Punk ou Intergalactic des Beastie Boys. Ce morceau plus électro, assez déstructuré et gorgé de sonorités synthétiques, ne me déplaît pas mais me laisse tout de même assez circonspect. Un sentiment qui ne dure pas très longtemps, tant je suis sous le charme du single pop Broken dont l’instrumentation lumineuse contraste à merveille avec les doutes soulevés sur la capacité à aider les autres. Not Alone va clore avec brio une très bonne première partie d’album marquée par sa diversité, rarement Hot Chip n’aura proposé de titre aussi doux avec ses synthés irréels.

Hard To Be Funky qui invite sur la fin du titre Lou Hayter propose un titre tiraillé entre rythmique downtempo et tentation groovy dont les premiers mots sont savoureux « Ain’t it hard to be funky when you’re not feeling sexy? / And it’s hard to feel sexy when your not very funky ». Si Miss The Bliss et ses excès de vocodeur ou Guilty me touchent un peu moins, la deuxième partie de l’album nous offre trois belles pépites : la sucrerie pop uptempo Time qui réalise le tour de force de réveiller nos corps malgré la thématique plus sombre du tempus fugit, The Evil That Men Do illuminé par son refrain et par le superbe rap final de Cadence Weapon et le très beau morceau de fermeture Out Of My Depth qui brille par sa douceur et ses cordes.

Ce Freakout/Release sera définitivement mon album de chevet face à la sinistrose septembrale, en plus de rajouter quelques pépites à la liste déjà longue des morceaux de choix d’Hot Chip, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés) : 4. Broken – 7. Time – 1. Down – 11. Out Of My Depth

 

Sylphe

Review n°104: Garden Party de Florent Marchet (2022)

Je vous avais déjà parlé il y a peu du très beau single En famille tiré du sixième opus de Florent Marchet, Garden Party (à relire par ici pour les retardataires ou les visiteurs d’un jour). Depuis l’album est sorti le 10 juin et cela va presque faire un mois que le vinyle tourne aussi régulièrement sur ma platine que les jambes des coureurs dopés du Tour de France… Dans ses remerciements, Florent Marchet justifie avec son humour habituel le choix de ce titre particulièrement éclairant de Garden Party : « Faire bonne figure est de rigueur et les problèmes ou autres douleurs intimes n’ont pas leur place dans les échanges entre les invités, mieux, il est de bon ton de montrer chance et réussite. […] il n’en demeure pas moins que trop souvent, elle se termine mois bien qu’elle n’avait commencé, avec des odeurs de grillades et des taches de mauvais vin sur la chemise ou la robe toute neuve (quand ce ne sont pas des disputes, des guerres intestines qui éclatent). On se dira dans ces moments-là qu’on aurait mieux fait de rester chez soi. » Tout est dit… L’album d’une profonde humanité va s’appuyer sur cette dichotomie séduisante : la douceur et la fragilité de la musique au service de sujets très durs qui ont pour point commun la difficulté des êtres humains à vivre ensemble. Moi qui ne suis habituellement pas forcément sensible à la puissance des textes mais plus enclin à savourer les ambiances instrumentales, je ne peux que m’avouer désarmé face à la pudeur de Florent Marchet qui aborde des thématiques très complexes avec humilité. Ce Garden Party se lit encore plus qu’il ne s’écoute et je ne peux que vous inviter à vous attacher à la beauté des textes.

Le morceau d’ouverture De justesse aborde d’emblée le lien paternel et la peur de perdre son enfant. Ce titre, qui s’appuie sur une ligne de basse et des synthés d’une grande douceur, traite de la fragilité de la vie humaine et de la force de l’amour filial. Une liste de tous les dangers qui rappelle que l’on ne peut pas contrôler totalement la vie de son enfant et qu’il faut savoir accepter cette cruelle part d’incertitude de la vie, « Promets-moi mon amour/ De passer ton tour/ Promets-moi mon enfant/ De rester vivant ». On retrouve cette thématique difficile de la relation parents/enfant avec La vie dans les dents qui nous enveloppe de sa tonalité élégiaque. On suit le regret d’un père après le départ de son enfant, le regret de ne pas avoir su communiquer et vu grandir son enfant. Titre d’une simplicité et justesse imparables. Paris-Nice prolongera cette difficulté de la communication au sein de la cellule familiale. Parfaite bande-son de Juste la fin du monde de Lagarce, le titre traite avec pudeur de la difficulté de se faire accepter par sa famille, à travers les thématiques du retour impossible et de l’homosexualité. Le refrain puissant met paradoxalement en avant le poids des silences dans les familles.

En famille aborde avec un humour grinçant le sujet des réunions de famille et la difficulté de trouver sa place alors que Comme il est beau réussit le tour de force d’aborder le thème de la violence conjugale à travers la puissance de l’amour. Titre d’une grande douceur instrumentale, comme souvent sublimé par des cuivres à la fin, il souligne tous les sentiments contradictoires qui animent une femme battue: la peur, la culpabilité, l’amour qui trouve des excuses perpétuelles au conjoint violent. La musique est d’une grande pudeur mais les mots frappent aussi juste que les coups et dénoncent avec puissance, « ses mots, ses colères/Entrent dans sa chair/Comme un couteau » ou encore « Pour que ça s’arrête/ Il faudrait ta tête/ Sur le carreau/ Pour que plus jamais/ Il dise tu sais/ Je t’ai dans la peau/ J’aurai ta peau ».

Créteil Soleil se montre ensuite plus sombre afin d’aborder les disputes conjugales et la difficulté de ne pas se laisser dominer par nos émotions, Loin Montréal qui est un duo avec la très belle voix de P. R2B entrelace avec merveille les deux voix pour aborder la difficulté d’être une jeune mère et la volonté insatiable de fuir une réalité trop dure quitte à passer pour une lâche. Freddie Mercury va alors frapper un coup immense avec ses 7 minutes d’une grande puissance narrative. La voix parlée de Florent Marchet nous narre une amitié adolescente sur un fond de maltraitance familiale dans une atmosphère musicale dépouillée qui n’est pas sans me rappeler les effluves aériens et intemporels de la BO de Virgin Suicides. Incontestablement l’acmé de l’album…

La deuxième partie de l’album est plus classique musicalement, Les amis aborde la fragilité du lien amical sans aucune condescendance, Cindy traite avec pudeur de la joie d’une femme qui sort de prison et possède une véritable « envie d’avaler le ciel ». L’éclaircie ou l’incendie possède pour moi sa part de mystère, Lindbergh-Plage se présente comme une esquisse prise sur le vif d’un être immensément seul au milieu de la multitude alors que Dakota finit brillamment l’album avec la puissance de ses cuivres et ses choeurs pour traiter avec un regard décalé l’avenir sombre de notre planète que les hommes maltraitent.

Si vous avez envie d’un regard profondément bienveillant mais sans aucune concession sur l’humanité, il ne vous reste plus qu’à enfiler votre plus belle tenue pour aller boire une coupe à la Garden Party. Attention aux taches de vin, enjoy !

 

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 4. En famille – 8. Freddie Mercury – 3. Paris-Nice – 1. De justesse

 

Sylphe