Review n°59 : Falaises ! (2020) de Mirabelle Gilis & Miossec

Souvenez-vous d’il y a 25 ans, d’un temps que, forcément, les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Au beau milieu de ces années 90 déjà chargées en pépites, de Radiohead à Pearl Jam en passant par Jeff Buckley ou Nirvana, débarque une sorte d’ovni dans la chanson française. L’album Boire de Miossec nous est tombé dessus en avril 1995. Sec comme un coup de trique et joué à l’os, voilà bien une galette qui prouve qu’on peut faire de la chanson française rock et décharnée en mode acoustique et avec du texte intelligent inspiré par les écueils de la vie. Thiéfaine chantait Errer humanum est en 1986, Miossec relance le constat à peine dix ans plus tard avec un album matriciel et séminal. Album d’ailleurs réédité le 18 septembre dernier, avec un nouveau mastering pour (re)découvrir ce grand disque.

Ce même 18 septembre, et presque comme un pied de nez à la vie, Miossec est de retour avec la sortie parallèle d’un EP sobrement intitulé Falaises ! Composé, enregistré et interprété avec sa compagne Mirabelle Gilis, ce maxi 45 tours (pensez à régler votre platine à l’écoute ;)) lâche 4 titres fabriqués pendant le confinement du printemps dernier. Les deux artistes ont passé ces longues semaines au bout de la Bretagne, dans une cabane en bois avec vue sur mer. Dans la double idée de faire quelque chose de cette étrange période, mais aussi d’ouvrir de nouvelles perspectives de travail, Falaises ! développe la collaboration Gilis/Miossec. Collaboration déjà aperçue puisque la violoniste avait rejoint Miossec en 2016 pour l’album Mammifères, puis sur la tournée (assez géniale d’ailleurs) qui avait suivi. Toutefois, on découvre ici un réel duo avec une co-écriture, un mélange des voix et des compositions à quatre mains. Tour du proprio en 4 morceaux.

En ouvre le mini-album, après être déjà sorti en single quelques semaines plus tôt. Le texte, construit comme un immense jeu de mots autour du En, raconte une histoire d’amour, tout du moins les différentes facettes d’une relation. Sans en éluder aucun aspect, en intégrant les hauts et les bas de la vie avec un(e) autre, ce titre s’inscrit dans la pure veine Miossec par sa thématique. On parlait de Boire plus haut, album dans lequel il y avait déjà ces questionnements et constats, que l’artiste n’a de cesse de développer depuis ses premiers titres. La nouveauté vient de la composition, avec une première partie très portée par des sons synthétiques et presque mécaniques déjà entendus sur l’album Les rescapés (2018). Puis, sans prévenir dans la dernière minute du titre, le violon de Mirabelle Gilis t’éclaire et te réchauffe tout ça en t’attrapant la gueule pour te réveiller et te dire que oui, il faut se focaliser sur le beau et le lumineux. Fatal et imparable.

Elle a pourrait passer pour beaucoup plus pop et léger que le précédent morceau. Il n’en est rien. Sur une partition qui rappellera Le roi (album Mammifères) tant par ses sonorités que ses arrangements, Gilis et Miossec posent là le portrait d’une femme en errance et en recherche d’elle-même. « Elle a tout pour elle / Mais elle ne le voit pas » : comment ne pas y voir, là encore, une préoccupation récurrente du chanteur, déjà ancrée dans Combien t’es beau, combien t’es belle (album Boire), Pentecôte (album 1964 en 2004) ou Le cœur (album Ici-bas, ici-même en 2014) ? La recherche de soi, c’est à la fois accepter une forme d’errance, mais aussi savoir à un moment voir qui l’on est et en accepter les aspects.

Tout ira bien est un titre de l’après. Après le merdier, après le confinement, après les baffes de la vie, après les sorties risquées et incertaines en mer, après les cauchemars, après le monde qui s’effondre et dégueule de s’être trop mangé lui-même, après les souffrances. Pris dans la tourmente, la solitude, les peines et la nuit, difficile parfois de se dire que le mieux arrivera. Ce sont trois mots simples, une phrase à la con, un truc qu’on peut (se) dire comme une expression toute faite ou auquel on peut se raccrocher comme la plume de Dumbo. Sous la plume et dans les voix de Gilis et Miossec, c’est surtout un morceau incroyablement serein et réconfortant, qui étale du baume sur nos plaies et nous enveloppe dans ses bras pour remplacer ceux de l’autre qui n’est pas et nous manque. Tout ira bien est un titre simple mais pas simpliste, en fait plus complexe et riche qu’il n’y paraît à la première écoute.

Presque naturellement après ce mini-parcours, Trop d’amour vient clore le EP. A la fois comme une conclusion au disque et comme un écho à Elle a, ce dernier titre dessine le portait d’un homme qui déborde et dégouline d’amour. Pas d’amour con et niais tout fabriqué. Non, de cet amour généreux et profond que l’on trouve chez les belles personnes. De celui qui nourrit les jolies rencontres et les belles relations. Seulement voilà, dans l’histoire, il n’y a personne pour accueillir ou recueillir cet amour là : « Tu as beaucoup trop d’amour / En toi / Et ça déborde, ça coule / Entre tes doigts / Comme un torrent / Que l’on n’arrête pas / Jour après jour dedans / Tu te noies ». Comment, en à peine 3 minutes, dresser le portrait et les errances (là encore) des gentils. Ceux qui font attention aux autres (parfois plus qu’à eux-mêmes) mais qui, parfois, faute d’autre à qui offrir cet amour, se retrouvent eux-mêmes submergés par ce trop-plein. Ceux qui ne comprennent pas toujours ce monde et ne s’en accommodent pas. Ce qui tombe bien (ou pas), car souvent le monde ne les comprend pas non plus.

Falaises ! ne dure que 13 minutes, mais il est d’une puissance et d’une richesse qui confirment que la qualité vaut mieux que la quantité. Reste à se pencher sur le titre du EP, à la lumière de cette écoute attentive. Faut-il y voir un avertissement de la proximité de la falaise, pour éviter d’en chuter violemment ? Ou au contraire, étant en pleine navigation errante et erratique, un signe de l’aperçu de falaises au loin, synonymes de terres ferme où se reposer enfin ? Double question rhétorique, tant la réponse semble être double. Voilà quatre titres beaux et efficaces qui posent, une fois encore avec Miossec, que la vie pourrait bien n’être que ça : une déambulation sur le fil du rasoir et sur le bord de la corniche, avec des chutes mais aussi des avancées, et, lorsque l’existence nous gâte un peu, un(e) autre pour nous tenir la main et à qui on le rend bien. Lorsque c’est composé, écrit et interprété avec tant de talent et d’émotions, on a juste envie de dire merci au duo Gilis/Miossec. Tout simplement.

Raf Against The Machine

Review n°58: Fall To Pieces de Tricky (2020)

2020 est une année riche pour Adrian Thaws, alias Tricky. Il y a peu nous fêtions les 25 ans de son Trickypremier album Maxinequaye, coup de maître qui a lancé une très belle carrière solo riche de désormais 14 albums avec Fall To Pieces. Après avoir participé aux deux premiers albums de Massive Attack Blue Lines en 1991 et Protection en 1994, il fallait un certain cran et une certaine instabilité pour décider de tout plaquer et se lancer seul … Tricky est ainsi, il suit son instinct et sait nous surprendre en traînant sa carcasse cabossée à travers des albums magnifiques (les 5/6 premiers révèlent des pépites sombres à foison) et des incartades surprenantes au cinéma chez Olivier Assayas. L’objectif du jour n’est pas de résumer la discographie de Tricky mais je profiterai des vacances de Toussaint qui approchent pour vous faire une playlist sur le bad boy de Bristol afin de vous faire parcourir tous les bouges malfamés et enfumés d’Angleterre…

Je dois reconnaître que j’ai, ces dernières années, un peu perdu de vue le très prolixe Tricky et le dernier album que j’ai savouré dans son homogénéité remonte à 2013, avec le très bon False Idols. Depuis le dernier opus Ununiform en 2017, la vie de Tricky a suivi son cours à l’image de son timbre de voix, très sombre et rocailleux. En 2019, il a ainsi perdu sa fille Mazy Topley-Bird, née de son union avec sa muse Martina Topley-Bird, dans des conditions dramatiques… Un suicide faisant un triste écho au suicide de sa propre mère Maxine Quaye lorsqu’il avait 4 ans. Autant dire que le spectre de cette perte plane sur cet album aussi décharné et dépouillé que le bonhomme, 11 titres ramassés en 28 minutes qui révèlent encore plus clairement que son autobiographie Hell Around The Corner la souffrance pudique de Tricky.

Le titre d’ouverture Thinking Of  et sa rythmique downtempo sépulcrale ne laisse pas la place au doute, il ne faudra pas chercher un brin de lumière dans l’orchestration. Le souffle de l’espoir et de la vie sera symbolisé sur cet album par Marta Zlakowska, nouvelle voix marquante présente sur tous les titres à part deux morceaux qui laisseront les honneurs à la danoise Oh Land. Tricky a toujours brillé par sa capacité à révéler des voix féminines d’une grande sensibilité qui se marient parfaitement à sa musique et son timbre vénéneux, Marta ne déroge pas à la règle… Close Now brille par son électricité sous-jacente, l’infra basse nous fait vibrer et le flow coupé à la serpe de Tricky hache sec pour un titre de 1 minute 37 qui se finit de manière abrupte. On retrouvera de nombreuses fois ces fins soudaines dans l’album et je dois reconnaître qu’une certaine frustration m’a animé, comme si Tricky refusait d’accomplir pleinement les belles promesses. Enfin bon, il est comme ça notre Tricky, aucune concession artistique et le refus de la logorrhée… 28 minutes intenses et pas une de plus.

Passé un Running Off surprenant avec son introduction quasi lumineuse qui laisse vite place à un trip-hop désincarné, I’m In The Doorway met en avant la voix pure de Oh Land avec une mélodie d’une ingénuité surprenante. L’art du contre-pied est réel chez Tricky  et les titres suivants vont vite nous ramener à l’âpre réalité. Hate This Pain et cette voix glaciale qui s’insinue subrepticement en nous sur les notes d’un piano désincarné me ramène 20 ans en arrière dans les rues étroites de Bristol. Chills Me To The Bone joue ensuite avec les codes en croisant le trip-hop avec les sonorités mécaniques de l’indus, un groove surprenant se met en place que l’on retrouvera sur le titre suivant Fall Please, litanie obsédante par sa simplicité. La fin de l’album garde le même niveau d’intensité avec une mention spéciale pour Like A Stone où les voix de Marta et Tricky s’affrontent brillamment et le titre final Vietnam qui finit sur des notes lumineuses et pleines d’espoir… Non j’déconne, on reste dans une marche funèbre d’un grand esthétisme. Voilà en tout cas un bel album qui devrait satisfaire les fans de la première heure dont je suis, un album sans fioritures qui mérite qu’on lui laisse sa chance, enjoy!

Sylphe

Review n°57: Les Forces contraires de TERRENOIRE (2020)

Mon album de l’année 2020 pourrait finalement être français… Incontestablement les frères Théo et TERRENOIRERaphaël de TERRENOIRE viennent de frapper un coup retentissant avec leur premier album, Les Forces contraires. Si vous êtes un lecteur régulier du blog, vous savez que je suis avec un réel intérêt les stéphanois de naissance depuis que mon chemin a croisé le bijou La Nuit des parachutes (voir par ici) mais ce serait mentir d’affirmer que j’étais prêt à une telle pépite sonore.

En 34 minutes TERRENOIRE nous donne une leçon d’émotion dans un album où s’entrelacent avec rage la mort, la peur et cette volonté insatiable de se confronter à ce monde, d’aimer. 10 grains de chapelet déposés que je ne peux m’empêcher de manipuler quotidiennement pour en sentir toutes les aspérités et que je vous invite modestement à découvrir avec moi. Il est une certitude au moment d’écrire cette review, mes mots ne seront pas assez forts pour retranscrire mon plaisir d’écoute.

Le morceau d’ouverture Le temps de revenir à la vie propose un univers instrumental qui n’est pas sans rappeler le brillant Baths en croisant le piano avec une certaine distorsion des machines. Les paroles très imagées – un des réels points forts de l’album – évoquent le deuil ou la fin de l’amour, instaurant un spleen esthétique qui séduit. Dis moi comment faire vient ensuite jouer la carte d’une électro-pop plus affirmée et plus frontale dans la droite lignée d’Agar Agar. Entre synthés, choeurs et montée en tension finale, on retrouve tous les ingrédients du titre facile d’accès qui, cependant, ne reflète pas véritablement l’album. Baise-moi vient ensuite aborder l’amour physique, une véritable déclaration d’amour pour le désir. Le refrain est obsédant, les paroles d’une justesse et d’une poésie rares (« la musique de l’amour aura l’odeur du tonnerre »). Dans cet album, l’amour est presque perçu comme une fuite face à un monde si dur et si sombre, ce qui sera parfaitement illustré par la suite par La fin du Monde. Arrivent alors deux pépites dans deux registres différents: Mon âme sera vraiment belle pour toi, océan de douceur mélodique qui démontre la volonté de confronter l’amour au monde et tenter d’éviter les écueils de la vie à deux (« Est-ce qu’on s’ra team divorce ou pas? ») et le sublime Derrière le soleil. Difficile de rendre un plus bel hommage au père décédé. Bijou de poésie, entre euphémisme « La vie s’est refermée à double tour sur toi » et simplicité enfantine « Vilain cancer a dévoré Papa », l’émotion est poignante et s’extériorise à travers le refrain, comme une litanie incessante. En évitant de tomber dans les excès du pathos et en gardant une certaine pudeur, les « coeurs mercenaires » que sont les deux frères de TERRENOIRE composent une des plus belles chansons écoutées sur le deuil.

Jusqu’à mon dernier souffle, dans un registre plus dépouillé piano/chant aux confins du spoken word, raconte avec simplicité le parcours accompli depuis le quartier de Terrenoire et la volonté viscérale de façonner une vie aussi simple qu’idéale. Margot dansait sur moi et son refrain pop rappelle l’univers musical de Dis moi comment faire et l’amour physique de Baise-moi, c’est le morceau qui me touche le moins dans cet album car je trouve qu’il manque un peu de nuances. Cet album finit très fort avec le tryptique suivant: La fin du Monde en featuring avec Barbara Pravi qui célèbre l’amour et le désir de paternité – « Un genre de diamant/Au goût de la vie/ Issu de mon corps » – malgré la dureté du monde, le bijou plein d’optimisme Ca va aller dont la douceur et le flow du chant sont d’une grande beauté et Là où elle est et son spoken word précis et touchant.

Si vous doutez encore de la beauté de ces Forces contraires, je ne peux que vous conseiller d’aller vous confronter à ce maëlstrom d’émotions qui fait tellement chaud au coeur, TERRENOIRE devrait être déclaré d’utilité publique en ces temps difficiles, enjoy!

Sylphe

Review n°56: How Do You Cope While Grieving For The Living? de Milo Gore (2020)

Voilà la plus grosse claque rock reçue depuis le deuxième opus The Big Picture de TheMilo Gore Last Train (à revoir par ici ) avec cette totale découverte  de l’Anglais Milo Gore qui vient de sortir fin août sur le label Red Van Records son premier album How Do You Cope While Grieving For The Living? Après obylx, nous restons toujours à Bristol, terre de génies, pour un premier album où Milo Gore a su brillamment s’entourer avec Pete Prokopiw (Mumford & Sons, Florence & The Machine) à la production et Andy Savours (Sigur Ros, The Horrors, Arctic Monkeys) au mixage. Excusez du peu…

Noise Gone Dancing ouvre dans une certaine douceur l’album et d’emblée on ressent toute l’émotion dans la voix de Milo Gore, un vrai point fort de l’album. Entre mélancolie et introspection angoissée, ce premier titre nous offre une indie-pop de qualité qui se laisse porter par un rythme downtempo lancinant mais on sent comme la lave ne demande qu’à jaillir de ce volcan faussement endormi. L’éruption instrumentale a lieu dès l’explosif Green Eyes, les guitares sont de sortie, le rythme uptempo et on ressent ce sentiment d’urgence propre au rock qui suinte par tous les pores. Le morceau alterne des couplets plus posés avant les explosions des refrains, il y a du Strokes et même du Bloc Party dans ce morceau addictif, le plus frontal de l’album. Je vous mets au défi de ne pas succomber à ce single XXL…

Jade ralentit le rythme cardiaque en s’appuyant sur son duo de voix, le timbre de la chanteuse n’étant pas sans nous rappeler la grâce de Julia Stone. Le morceau m’évoque Last Train par sa capacité à jouer avec les codes et flirter sur la deuxième partie avec un post-rock bien senti et tout en tensions électriques. Passé un Fare plus classique dans son approche digne de Bloc Party, les deux titres suivants finissent totalement de nous désarmer… A Collaboration Of Our Grief en featuring avec RMC est un exercice de style de haut vol, après des débuts d’une grande douceur dignes des plus belles ouvertures de Placebo le chant sous tension s’impose tiraillé entre riffs électriques et ambiance aux confins du blues, un univers évoquant assez clairement les Belges de Balthazar. Jerry Can, quant à lui, se montre plus frontal et plus pop dans son approche et les choeurs nous plongent dans les souvenirs pleins d’émotions de Broken Social Scene. Je m’excuse pour le name-dropping mais ces multiples références éclairent à mon sens la perception de cet album… Voilà en tout cas une première partie d’album tout simplement brillante.

La deuxième partie de l’album est solide même si moins de titres ne se dégagent véritablement. La douceur de Meds avant la surprenante explosion finale et l’indie-pop classique de Homegrown amènent vers le sommet de la deuxième partie, I Hear You, morceau tout en contraste qui brille par son énergie et évoque Los Campesinos! Un Eyeliner percutant, un Complete Peace incisif et un The Endless War plus apaisé permettent de clore un très beau premier album. Milo Gore vient de faire son entrée dans le paysage musical par la grande porte, je n’ai aucun doute sur sa réussite future et ce How Do You Cope While Grieving For The Living? vous offrira plus que des bons moments, enjoy!

Sylphe

Review n°55: Grand Prix de Benjamin Biolay (2020)

Incontestablement ce Grand Prix aura été mon album de l’été et une occasion en or pourBiolay réécouter la discographie de Benjamin Biolay – ce qui n’est pas une mince affaire car le garçon est plutôt prolixe -pour une playlist que je partagerai bientôt. Il ne sert à rien de vous faire patienter inutilement, ce neuvième album solo s’impose comme un des meilleurs albums de Biolay qui pourra humblement prendre sa place à côté de La Superbe, A l’origine ou encore Vengeance. Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Biolay qui, depuis Rose Kennedy en 2001, s’impose comme un parolier et un artiste majeur des années 2000. Cependant je reconnais volontiers avoir un attachement particulier pour le chanteur mais aussi l’homme, subtil mélange de fragilités et de fausses certitudes.

Ce Grand Prix est donc placé sous le signe de la F1, une passion de Biolay qui dans les interviews fait souvent allusion au traumatisme vécu par toute une génération avec la mort d’Ayrton Senna sur le circuit d’Imola en 1994. La pochette est séduisante et j’aime tout particulièrement la liste des titres sous la forme d’une grille de départ. Je vous propose de me suivre dans une course haletante en espérant éviter les accidents et l’intervention de la safety car.

Le morceau d’ouverture Comment est ta peine?, le premier single de l’album qui a inondé les ondes, permet de démarrer sur les chapeaux de roue. Ce morceau doux-amer évoque la mélancolie liée à la séparation – « J’aurais dû te libérer/ Avant que tu ne me libères moi  » – sans tomber dans le pathos, le refrain est addictif à souhait et l’instrumentation brillante avec en particulier les cordes qui m’avaient déjà tant touché sur La Superbe. Ce morceau mérite amplement son statut de single et lance parfaitement la course. Visage pâle en featuring avec la fidèle de toujours Chiara Mastroianni met ensuite en avant la puissance de l’amour à travers la fin d’une relation. Le morceau plus pop fonctionne bien avec ses synthés omniprésents avant un Idéogrammes beaucoup plus rock. Les guitares sont de sortie, le chant plus acéré pour un beau testament virtuel qui met en avant l’hédonisme et le refus de l’engagement amoureux. Le refrain devenu plus soyeux avec les cordes est tout simplement imparable…

Comme une voiture volée s’impose ensuite comme un énorme coup de coeur. Refrain addictif, atmosphère plus pop, il aborde le coup de foudre et subtilement le vieillissement,  » Si je t’avais rencontrée avant/ Quand j’étais jeune et charmant ». Biolay assume parfaitement sa capacité à créer des morceaux pop plus frontaux et ce n’est pas pour me déplaire. Vendredi 12 contraste alors avec la lenteur de son rythme et sa mélancolie accentuée par les cordes, la sensation d’abandon est finement croisée avec les bons souvenirs mais Biolay est bien seul, « J’ai bu la tasse dans la mer Noire ». Le ciel s’éclaircit alors avec les sonorités plus ensoleillées de Grand prix où le refrain plus lumineux contraste avec des couplets plus sombres afin d’aborder le parallèle entre la vie et la course automobile. Un morceau évident, tout comme Papillon noir en featuring avec Anaïs Demoustier, morceau plus dark qui n’est pas sans me rappeler les atmosphères d’Arman Méliès.

Ma route vient ensuite jouer la carte d’une pop-folk apaisée où Biolay fait le bilan d’une vie où il a pleinement vécu et tracé sa route avec un appétit débordant. Passée la pépite électro Safety car, intermède de luxe quasi instrumental , Où est passée la tendresse? aborde de nouveau la question du vieillissement sans pathos avec une atmosphère rock convaincante et un refrain extrêmement juste. La sagesse mélancolique de La roue tourne et la justesse de son texte « En ignorant les codes/ On est baisé d’avance/ Mais en les suivant trop/ On n’a aucune chance », la luminosité de Souviens-toi l’été dernier en featuring avec Keren Ann ou encore la saudade Interlagos avec Bambi qui clot en douceur l’album et rappelle de nouveau Ayrton Senna (à qui cet album est dédié) ne font que confirmer que cet album ne connaît aucun point faible. Je ne peux que vous conseiller d’enfiler votre combinaison et votre casque, cette course loin d’être effrénée vous laissera savourer dans le rétroviseur les doux instants passés, enjoy!

Sylphe

Review n°54: Earth d’EOB (2020)

On ne présente plus le grand groupe Radiohead dont les membres, depuis quelques EOBannées, se lancent dans des projets solos. Thom Yorke que ce soit en solo depuis Eraser en 2006 ou dans le groupe Atoms for Peace avec Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers, continue à partager avec brio son sens de l’interprétation. Le batteur Phil Selway  a sorti deux albums, Jonny Greenwood s’épanouit en parallèle dans les musiques de film (There Will Be Blood en 2007  par exemple). Il ne manquait plus jusqu’à maintenant qu’à voir Colin Greenwood et Ed O’Brien sauter le pas… Vous aurez bien compris, subtils lecteurs que vous êtes, que derrière ce sobre et mystérieux EOB se cache donc le guitariste Ed O’Brien qui nous offre son premier opus tant attendu, Earth. Nous sommes bien sûr en droit de nous demander si cet album sera ou non dans la droite lignée des albums de Radiohead… Modeste tentative d’explication en approche…

Le morceau d’ouverture Shangri-La (du nom d’une cité imaginaire inventée par James Hilton dans son roman Lost Horizon en 1933) nous ramène en terrain connu. La voix douce est très convaincante, le morceau se déploie gracieusement avec une ritournelle quelquefois électrisée par les riffs de guitare bien sentis d’Adrian Utley de Portishead pour un résultat qui sonne comme du Radiohead. La comparaison n’a rien de négatif et on ne peut pas reprocher à Ed O’Brien de ne pas tourner le dos à son ADN musical. Les 8 bonnes minutes de Brasil rappellent que EOB a posé les bases de son album lorsqu’il est parti vivre quelques années avec sa famille au Brésil. Ce morceau d’une grande douceur voit EOB sobrement accompagné de sa guitare pour une belle complainte autour de la fin d’une relation amoureuse mais la basse de Colin Greenwood et les sonorités électroniques au bout de 3 minutes viennent donner une savoureuse envie de danser. La montée est séduisante et la construction de ce morceau d’une grande précision et d’une grande richesse.

Le trio suivant va ensuite mettre l’accent sur une douceur folk prédominante, Deep Days et sa guitare acoustique témoigne des qualités du chant d’EOB, Long Time Coming m’évoque un croisement entre Peter von Poehl et Devendra Banhart tout en rappelant à quel point EOB est un grand guitariste alors que Mass tente par quelques déflagrations sonores de briser la douceur pour un résultat tout en tensions. Banksters vient alors avec justesse redonner un supplément d’intensité, on savoure cet art de la réverb propre à Radiohead et la parenté s’avère incontestable. Le désincarné et dépouillé Sail On évoquant la mort de son cousin touche au sublime et nous amène avec délicatesse vers les 8 minutes d’Olympik qui donnent une furieuse envie de bouger son corps et évoquent Depeche Mode qui aurait rêvé de faire du Pink Floyd (#payetoncroisementfumeux). L’album se clot sur une note de douceur folk bien sentie avec Cloak of the Night en duo avec Laura Marling.

Fans ou non de Radiohead, je ne peux que vous inviter à savourer la subtilité de ce très beau Earth qui réchauffera les coeurs, enjoy!

Sylphe

Review n°53: The New Abnormal de The Strokes (2020)

A l’occasion d’ une playlist best of de The Strokes (à réécouter par ici ), je vous avais déjà fait The Strokes -The New Abnormalrapidement part de mon intérêt pour le sixième opus de Julian Casablancas and co, The New Abnormal. Explorons désormais ensemble ce qui se cache derrière ce Bird On Money de Jean-Michel Basquiat afin de confirmer qu’on a bien retrouvé The Strokes à un niveau qu’on ne lui avait pas connu depuis First Impressions of Earth en 2006 (par pudeur, on ne dira rien de Angles et Comedown Machine…).

Le début d’album est très bon et on retrouve cette subtile alliance du rock et de la pop chère à The Strokes  portée par, n’en déplaisent aux grincheux, la voix très convaincante de Julian Casablancas. Le morceau d’ouverture The Adults Are Talking nous ramène ainsi 15 ans en arrière avec son riff de guitare addictif, sa rythmique uptempo et la voix résolument pop de Casablancas (quelle belle capacité à encore monter dans les aigus), c’est une vraie cure de jouvence et de fraîcheur et on comprend rapidement que le versant pop va être davantage exploré sur ce début d’opus. Selfless explore les contrées d’une pop presque psychédélique à la MGMT pour traiter avec une certaine mélancolie la thématique de l’amour, les synthés jouant un rôle central. Brooklyn Bridge To Chorus prolonge la tentation des synthés, c’est léger et dansant (ça me fait penser aux premiers Mika c’est dire…) et clairement le morceau, sans être exceptionnel, fait bien le job. Bad Decisions apporte plus de caractère et me rappelle les premiers albums avec ce refrain obsédant et la puissance mélodique imparable, je me suis penché sur les paroles où Billy Idol en personne a mis la main à la pâte et je reste toujours dubitatif. Moscou 1972, le traité ABM sur la limitation des armes stratégiques signé par Nixon et Brejnev? Je suis preneur de toute interprétation mais bon ce serait mentir que de dire que les paroles sont l’intérêt premier d’un album de The Strokes

Eternal Summer reste dans une veine résolument optimiste et pop pour un résultat un brin lisse et un peu long (plus de 6 minutes) avant THE bijou At The Door. Un morceau très riche instrumentalement qui brille par la confrontation de sa douceur mélancolique et de ses sonorités plus sombres/électroniques, le tout illustré par un clip brillant à visionner en-dessous. Le plaisir est décuplé car je n’attendais pas The Strokes  sur un tel terrain torturé… Il faut reconnaître que Why Are Sundays So Depressing et Not The Same Anymore souffrent de la comparaison avec At The Door et peinent à déclencher un très grand intérêt face à la mélancolie de Julian Casablancas. Heureusement le morceau final Ode To The Mets clot assez brillamment l’album avec sa douceur nostalgique d’une grande justesse. 45 minutes plus tard, c’est un sourire sur le visage qui persiste et me fait prendre conscience que The Strokes a encore des choses justes à nous raconter en 2020, et cela suffit amplement pour mon plaisir, enjoy!

Sylphe

Review n°52: Cadavre exquis de Thérapie Taxi (2019)

Grand carton de 2018, Hit sale certifié disque de platine, avait marqué les esprits de la Thérapie Taxichanson française. Le disque contenait énormément de tubes, idéal pour le passage en radio. Mais on aurait tort de réduire le groupe à quelques morceaux « grand public » et juger ce groupe trop rapidement arrogant, nihiliste, punk, aux textes trop salaces. Bref tout un courant d’incompréhension alors que le succès public montre combien leur musique était attendue et combien ils renouvellent le genre. La chanson française s’était embourgeoisée, trop de délicatesse, trop de bonnes intentions. La jeunesse a besoin d’énergie et d’anticonformisme. Le monde est trop aseptisé, trop politiquement correct. Avec Thérapie Taxi Fuck les mots doux ! Fuck le système, vous allez entendre des mots crus mais arrêtons de nous voiler la face ! au fond nous ne sommes qu’un « vulgaire animal ».

Si dans l’ensemble l’album Cadavre exquis reprend les ingrédients du succès du précédent opus, on ne peut pas leur en vouloir. Ils savent porter des mélodies simples mais efficaces avec des textes qui disent les maux et les sentiments de la jeunesse actuelle. Leur sens de la provocation contrôlée, des histoires de cœurs, de la mélancolie, des troubles de l’amour, des soirées de lose trop arrosées… On pourra le ressentir dans Dominer le bruit ou encore Candide Crush.

Ils savent aussi jouer sur le duo au chant filles / garçons et aux timbres de voix qui alternent souvent deux histoires, deux manières de voir les choses.

On aimera aussi entendre ce morceau ultra efficace Madame Klaude, à l’énergie brute, aux paroles percutantes et à la production puissante. Oui, il y a bien quelques titres, quelques morceaux un peu « faciles » sur ce disque, le single choisi Ego Trip est finalement l’un des morceaux les moins réussis de cet album. Ne vous arrêtez pas sur ce titre où les paroles ne vont pas chercher bien loin. Ecoutez plutôt L’équilibre. Sa portée crépusculaire, sa critique de la société de consommation, des travers de nos modes de vie, Thérapie Taxi n’est pas qu’un groupe pour danser mais aussi un groupe pour réfléchir et changer le monde. C’est enfin un super groupe de scène, à l’énergie punk…

Un second disque parfait pour prolonger l’écoute du premier opus et qui contient encore beaucoup de singles en puissance.

Rage

Review n°51: ALTURA de Les Gordon (2020)

J’entretiens une relation toute particulière avec Marc Mifune alias Les Gordon, son liveLes Gordon II pendant un mardi de Plouescat en août 2018 est en quelque sorte l’élément déclencheur qui nous a poussés avec Raf Against The Machine à relancer le blog pour partager la découverte de tels artistes. Après un premier opus La savoureux par son électro fraîche et subtilement enfantine (chroniqué par ici ), ALTURA et ses 18 titres pour une bonne heure de plaisir sensoriel vient nous donner des nouvelles en cette période de confinement. Il faut croire que les orfèvres es sons se sont donnés rendez-vous, après Chapelier Fou Les Gordon nous prouve que le confinement peut avoir du bon…

Le morceau d’ouverture L.E.D. nous replonge deux ans en arrière avec ses synthés et ses choeurs enfantins, le son d’une fraîcheur sans nom nous donne envie de danser en plein soleil avec la mer en fond. Les sons sont reconnaissables dès les premières secondes (mes filles de 5 et 8 ans peuvent le confirmer, sans menace de torture de ma part…) et Triángulo continue à jouer la carte de la nostalgie avec ces boucles et ces ruptures si caractéristiques qui se marient parfaitement à de très belles paroles en français. Globalement le début de l’album est très classique dans son approche et prolonge le plaisir de La avec le plus oriental Red Lights ou encore Audición qui nous hypnotise et nous prend dans les filets de ses boucles. On notera simplement comme réelles prises de risque les saveurs d’Afrique apportées par Batuk sur un Lolita Lélé qui me touche un peu moins ou le bijou Patientia, créature hybride plus électro qui évoque un Thylacine qui aurait beaucoup écouté les disques de Gotan Project

Rassurez-vous ce ALTURA va explorer de nouvelles facettes et se montrer très novateur dans sa deuxième partie. Je ne vais pas me lancer dans un survol de tous les titres et plutôt vous dégager certaines pépites assez jouissives… Le Nord pour commencer est un subtil condensé des aspirations de Les Gordon entre la tentation d’une électro plus dansante et l’art de dépeindre par touches graciles des atmosphères et des paysages musicaux. Storm brille ensuite par sa grande originalité, ça part comme du Tame Impala avec une douce mélodie à la guitare pour se retrouver soudainement confronté à une électro saturée assez improbable. Le résultat s’avère finalement d’une grande douceur et les deux pôles se marient parfaitement. Parade est peut-être le meilleur morceau pour faire la transition avec La, les boucles laissant peu à peu la place à une électro-pop gourmande. Après un Astral qui aurait pleinement eu sa place sur le Roads volume 1 de Thylacine, je choisis de finir sur le bijou incontestable de l’album avec l’éponyme Altura. J’y retrouve une intensité folle, une électro hypnotisante portée par une mélodie addictive avec un subtil intermède au piano. Avec ce genre de titres, Les Gordon ouvre un champ de possibles vertigineux qui me donne, encore plus que jamais, l’envie de suivre cet artiste des sons, enjoy!

Sylphe

Review n°50: Méridiens de Chapelier Fou (2020)

Un orfèvre des sons se présente à nous ce soir en la personne de Louis Warynski, aliasChapelier fou Chapelier Fou afin de nous apporter grâce et poésie en cette période chaotique. Voilà déjà dix ans que l’électro fantasmagorique et ô combien personnelle de Chapelier Fou nous illumine… 5 EP et un sixième album, trois ans après Muance, dont le titre Méridiens nous invite au voyage. Un voyage que je vous propose de faire, les yeux fermés et le casque vissé sur les oreilles pour encore plus s’immerger dans cet univers où l’imagination est reine.

Le morceau d’ouverture L’austère nuit d’Uqbar met d’emblée à l’honneur l’instrument de prédilection de Chapelier Fou, le violon qui ici nous offre une complainte mélancolique. Le violon se suffit à lui-même et nous enveloppe de son émotion poignante, on se croirait dans un mariage juif où mélancolie et joie s’entrelacent amoureusement. Ce morceau intime tout en retenue laisse place à un sublime Constantinople qui s’appuie sur la complémentarité des percussions et du violon. On retrouve tout le pouvoir cinétique de Chapelier Fou qui me touche tant, ce morceau s’apparentant à la subtile rencontre entre l’intensité un brin urbaine d’Ez3kiel et la poésie trip-hop d’un Kid Loco. Chapelier Fou semble tiraillé dans cet album entre introspections empreintes de grâce et exutoires plus âpres comme dans Insane Realms et sa construction d’une grande complexité. Doux piano puis montée en puissance urbaine à la Amon Tobin avant que des boucles jazzy ne viennent marteler le morceau, un final d’une richesse incommensurable. Tous les codes, de la musique classique à l’abstract, viennent d’être brisés pour créer une créature indéfinissable et un brin inquiétante. Ce sentiment d’oppression se déploie abruptement dans Cattenom Drones qui me destabilise par sa rythmique house sans concession et sa fin saturée, hymne dangereux à la centrale nucléaire du village mosellan de Cattenom?

Le Triangle des Bermudes vient alors nous rassurer (#imageparadoxale) avec son electronica subtile, illuminée par cette palette de sons aériens… L’intermède L’état nain vient nous enivrer (#vousl’avez?) avec sa surprenante guitare avant que le bipolaire Chapelier Fou retombe dans ses angoisses avec Asteroid Refuge , électro affirmée à la Birdy Nam Nam  placée sous le signe de l’urgence. Les cinq derniers titres résument parfaitement cette impression de bipolarité tellement séduisante: d’un côté l’électronica estampillée Boards of Canada de Am Schlachtensee dont le violon me file de sacrés frissons et Everest trail, morceau final qui sublime le mariage entre la musique classique et les machines dans la droite lignée du InBach d’Arandel et de l’autre l’association oxymorique du feu et de la glace avec trois nouvelles pépites… La vie de Cocagne met à l’honneur le violon intimiste comme dans L’austère nuit d’Uqbar avant une deuxième partie surprenante où l’électro et les machines viennent prendre le pouvoir (#Ez3kielfiliation). Le méridien du péricarde  brille par ses contrastes mais que dire du bijou Le désert de Sonora? Ou comment brillamment faire le grand écart entre violons nostalgiques et rythmique house pour un résultat d’une grande unité…

Ce Méridiens confirme l’hédonisme de Chapelier Fou qui aime jouer avec les codes pour nous proposer une musique qui résiste à toute tentative de classement, et ça c’est la singularité de l’art tout simplement, enjoy!

Sylphe