Review n°23: Gallipoli de Beirut (2019)

Pour la dernière review, James Blake ne m’avait pas franchement facilité la tâche maisBeirutZach Condon, alias Beirut, nous a offert un album sublime, dans la droite lignée de ses deux coups d’éclat des origines Gulag Orkestar en 2006 et The Flying Club Cup en 2007, qui s’avère un vrai bonheur à écouter et critiquer… le single Landslide (dont j’avais parlé ici ) laissait augurer de bien belles choses et il ne nous a clairement pas dupés.

Après un No No No un brin décevant en 2015, Zach Condon a quitté les Etats-Unis, le déclic ayant été une chute de skate pour l’anecdote, afin de vivre à Berlin. Il a composé ce nouvel album à Gallipoli, un petit village des Pouilles, dans une volonté pleinement assumée de retrouver les atmosphères empreintes d’une douce mélancolie de Gulag Orkestar, volonté symbolisée par le retour de cet orgue Farfisa qui avait fait les beaux jours de ses deux premiers albums. Gallipoli nous ramène donc 13 ans en arrière avec des titres nostalgiques à l’orchestration soignée rappelant les Balkans et j’ai toujours l’impression que Beirut serait la BO parfaite des films de Kusturica. Certes, on retrouve dans l’album quelques expérimentations mettant à l’honneur les influences électroniques et valorisant davantage les synthés, en particulier sur quelques morceaux instrumentaux, mais sincèrement il serait bien exagéré de parler de révolution musicale. Gulag Orkestar flottait déjà dans une atmosphère intemporelle, Gallipoli nous permettra de nager avec délectation dans cette même atmosphère. Les mauvaises langues diront que Beirut n’arrive pas à se renouveler mais je n’en fais pas partie et vous invite à savourer pleinement ce bien bel opus…

Le morceau d’ouverture When I Die nous ramène donc d’emblée en 2006 avec sa mélancolie exacerbée, la voix chaude de Zach Condon est brillamment accompagnée par la richesse de l’orchestration (ukulele et les cuivres qui sont devenus une référence incontestable). Gallipoli reste dans cette même veine et sort tout droit de Gulag Orkestar tant les cuivres sont le pivot central du morceau et rappellent que la tentation d’une pop baroque à la Get Well Soon n’est jamais bien loin… Après un Varieties of Exile plus intimiste et plus suggestif dans son orchestration, On Mainau Island nous surprend alors et me séduit pleinement, 2 minutes instrumentales très riches entre synthés discordants et palette de sonorités légères. Un superbe tableau se met subrepticement en place pour un résultat empreint de poésie… Corfu démontrera lui aussi cette volonté de bidouiller de Beirut pour deux minutes instrumentales s’appuyant sur une boucle tournant telle une ritournelle obsédante convoquant les souvenirs des bons Saint Germain et de The Cinematic Orchestra.

Un I Giardini que je vous trouve plutôt représentatif de l’album dans sa volonté d’allier le combo piano/voix et les synthés pour un résultat d’une grande douceur, un Gauze für Zah et ses 6 minutes d’une lenteur contemplative séduisante avec sa fin instrumentale, le single Landslide dont j’ai déjà parlé ici et tant d’autres titres que je vous laisserai découvrir pleinement font de ce Gallipoli un bijou qui mérite de trôner fièrement sur l’étagère des albums de pop intemporelle, au côté de Gulag Orkestar et The Flying Club Cup. Lorsque vous tenterez de prouver à une personne réfractaire que la musique est un art, économisez vos paroles et votre énergie, passez lui Gallipoli qui en est une superbe démonstration tout en humilité.

Sylphe

Review n°22: Assume Form de James Blake (2019)

Voilà bien un album qui m’aura donné du fil à retordre, tant il m’aura fallu d’écoutes James Blakeavant de me lancer dans cette review… Au moment d’écrire mes impressions sur le quatrième opus de James Blake, je ne sais pas forcément encore où ma plume va me mener tant cet album suscite chez moi foule d’interrogations et bien peu de certitudes. Paradoxalement, c’est justement parce que je suis rongé par la perplexité que je ressens le besoin d’écrire sur Assume Form… On ne présente plus James Blake depuis le coup de maître de son album éponyme en 2011, rencontre presque fantasmée entre une âme torturée experte en machines et les cendres d’un dubstep qui nous avait offert de beaux moments (#burialforever). Un Overgrown en 2013 confirmant le talent du garçon et The Colour in Anything en 2016 que nous qualifierons pudiquement de mou du genou nous amènent à ce Assume Form dont la pochette semble annoncer une volonté de se livrer pleinement et de se regarder en pleine lumière (#psychanalysedespochettespourlesnuls). Suivez-moi dans la découverte tortueuse d’une âme…

Le morceau d’ouverture éponyme est plutôt rassurant et ouvre brillamment l’album, on retrouve une voix chaude pas trop saturée par l’autotune qui m’évoque celle de Joe Newman, le chanteur d’Alt-J, des notes de piano fugaces, une atmosphère musicale richissime entre synthés et cordes et cette impression de distorsion inquiétante avec la litanie extatique d’un choeur enfantin. La richesse des propositions sur ce morceau est gargantuesque et va clairement contraster avec Mile High, qui met à l’honneur la trap avec Travis Scott en featuring. Le morceau n’est pas mauvais mais est-ce que j’ai vraiment envie de rap saturé d’autotune sur un album de James Blake? Pas vraiment… et même si le rap de Moses Sumney sur Tell Them est plus convaincant et réveille vaguement les fantômes du trip-hop j’ai clairement envie de vite passer à la suite…

La suite c’est un Into the Red pas foncièrement novateur mais dont la douceur cotonneuse est assez savoureuse et amène avec efficacité le très bon Barefoot in The Park qui est pour moi un des sommets de l’album. Un superbe duo de voix grâce à la voix sublime de ROSALIA et des gimmicks en arrière-front qui me rappellent l’univers atypique et candide des soeurs Cocorosie portent humblement le morceau pour un résultat épuré à souhait. Can’t Believe The Way We Flow vient ostensiblement bidouiller sur les plates-bandes de Baths pour un résultat un peu foutraque (#syndromeAnimalCollectivedupauvre), Are You in Love? aurait eu une place de choix sur le premier album et confirme les progrès au chant de James Blake mais bon l’ennui est en train de quelque peu venir pointer son nez…

Heureusement le flow d’André 3000 sur Where is the Catch? vient donner un coup de pied dans cette torpeur dangereuse pour un morceau plus subtil qu’il n’en a l’air avec ses boucles électroniques obsédantes, je préfère de loin cette incursion du rap dans la musique de Blake à Mile High et Tell Them. I’ll Come Too vient ensuite jouer la carte du grand écart artistique avec un morceau dépouillé et brillant, chanté quasiment a capella. James Blake crooner et oui… je vous avais prévenus que cet album aimait brouiller les genres. Finalement là où James Blake me touche le plus c’est lorsqu’il sature ses morceaux de propositions brinquebalantes qui semblent tenir par un sens de l’équilibre mystérieux comme l’illustre si bien Don’t Miss It avec son refrain falsetto inquiétant sorti des limbes, son piano raffiné et cette impression d’une mélancolie qui tourne en rond infiniment. Un moment de pure poésie que Lullaby For My Insomniac prolongera subtilement.

Ce Assume Form est résolument humain, d’une fragilité évidente, quelquefois brillant, quelquefois agaçant mais il confirme que James Blake foisonne encore et toujours de propositions artistiques que je prends plaisir à appréhender.

Sylphe

Review n°21: Fever de Balthazar (2019)

Fin novembre, je m’extasiais sur le groove hédoniste du titre Fever (voir ici ) de

balthazar
Balthazar qui me donnait une envie quasi irrépressible d’écouter l’album dont était tirée cette pépite incandescente. Ce 25 janvier, le duo composé de Maarten Devoldere et Jinte Deprez a offert pour nos oreilles averties son quatrième opus Fever et le moins que l’on puisse dire c’est que ça valait franchement le coup d’attendre. La Belgique possède désormais un nouvel ambassadeur de choix pour l’exportation du rock de qualité avec Balthazar. Allez, je vous propose de venir avec moi vous mêler à ces lycaons car à Five-Minutes on aime vivre dangereusement!

Le morceau d’ouverture Fever que nous connaissons bien ouvre majestueusement l’album. Il est toujours intéressant de redécouvrir un titre que nous avions savouré il y a quelque temps pour voir si nous y trouvons toujours le même plaisir. Le test est passé haut la main tant cette basse groovy et sexy imprime une rythmique sentant le stupre qui se marie parfaitement à la voix caverneuse. Nous avons bien un grand cru qui gagne en intensité en vieillissant et je suis dans une situation optimale pour savourer l’album (ce qui s’explique aussi par le fait que je viens de récupérer des places pour la tournée des 25 ans d’Archive… #jem’égaresévèrelà). Changes vient alors poser les fondations de l’opus et les deux tendances se dégagent de manière limpide: cette voix rocailleuse d’un côté qui suinte bon le groove faussement dépouillé et de l’autre une tendance à vouloir laisser infuser un sachet de pop pour relever le tout. Le gimmick lumineux du refrain et les choeurs nous emportent facilement sur Changes alors que le morceau est globalement joué sur une rythmique presque down-tempo. Wrong Faces reprend cette impression d’un rock dépouillé à la The Kills, la basse et les claquements de doigts auxquels viennent se joindre des cuivres surprenants jouent la carte de la sobriété esthétiquement recherchée. Peu à peu les choeurs réveillent le démon d’une pop faussement candide avec des violons venus de nulle part. J’aime la richesse et la construction de ce Wrong Faces sexy en diable.

Whatchu Doin’ et Phone Number fonctionnent ensuite sur la même recette avec un rock sensuel et dépouillé joué sur un rythme de sénateur (sans rien de péjoratif) porté par la sensibilité exacerbée de la voix. Entertainment va ensuite parfaitement porter son nom en jouant la carte d’une pop rythmée et survitaminée à l’orchestration riche avec ses cuivres et ses cordes. Le refrain fait mouche et on se surprendrait presque à penser aux Stones sur ce morceau… Passé I’m Never Gonna Let You Down Again et sa ligne de basse incandescente qui me rappelle l’ambiance de The English Riviera de Metronomy, Grapefruit démontre que nos amis belges ont du talent plein les mains avec un morceau plus sombre et électro. L’ambiance gagne en intensité avec les cordes anxyogènes à souhait… La fin de l’album est efficace et peut-être moins suprenante, Wrong Vibration jouant la carte de la pop et Roller Coaster celle d’un groove ascétique avant que You’re So Real ne finisse sur une subtile touche de douceur avec un improbable saxophone (#rehabilitationdusaxoen2019).

Cet album devrait donc incontestablement marquer l’année rock 2019 et j’ai trouvé en Balthazar des concurrents sérieux à mes favoris de Ghinzu. Et ça si ce n’est pas un gage de qualité je me fais moine… (#aimezsvpcarjaimepaslabure)

Sylphe

Review n°20 : Les rescapés (2018) de Miossec

miossec_lesrescapesPetit retour quelques mois en arrière pour profiter encore un peu de 2018, avec un des albums majeurs de l’année écoulée. On avait laissé Miossec en 2016 avec Mammifères, un bien bel album qui sonnait (re)nouveau, tant par sa couleur musicale que par les paroles. Après l’intimiste et bouleversant Ici-bas, ici même (2014), notre brestois préféré avait réuni autour de lui un drôle de trio de saltimbanques pour un opus hautement chaleureux et lumineux. Violon, accordéon et guitare acoustique portaient alors des titres poétiques que Miossec et sa bande avaient sublimés dans une tournée acoustique des plus émouvantes.

Album après album, la qualité première de Miossec est de nous attendre là où on ne l’attend pas. Les rescapés ne déroge pas à la règle : à la tiédeur cosy de Mammifères succède une galette bâtie sur des sonorités synthétiques et électriques. Une suite de partitions qui semblent aller fouiller au plus profond de nous-mêmes pour des compositions organiques, tendues, très dépouillées aussi. Le minimalisme musical règne en maître, sans toutefois céder à la simplicité ou la facilité. On trouvera même au cœur des Rescapés des sons quasi Blade-Runneriens, comme en ouverture des Infidèles ou de La mer. Par touches inattendues, le violon de Mirabelle Gilis fait de véritables miracles de douceur pour répondre à des textes toujours finement ciselés.

Parce que oui, le grand pouvoir de cette cuvée 2018 de Miossec, c’est d’avoir fait le choix musical le plus pertinent qui soit pour mettre en avant et en valeur les textes. Les différentes pistes musicales ne se font pas oublier et ne s’oublient pas, loin de là. Pourtant, elles ne font que servir d’écrins aux mots. Ce qui m’a obsédé pendant des semaines, c’est bien plus des phrases et des propos que les compositions en elles-mêmes. Miossec explore une nouvelle fois des sujets intemporels et ses obsessions. Et ça fonctionne plus que jamais, parce que ça a toujours fonctionné et parce que, une nouvelle fois, le poète a trouvé comment trousser 11 titres de la plus belle des manières pour nous embarquer et nous faire cogiter sans en avoir l’air.

Nous sommes : pas éternellement, comme nous le rappellera le On meurt deux pistes plus loin. Mais Nous sommes, malgré tout. « Nous sommes de ceux qui ne sont pas passés de loin à côté », ou comment faire écho, dans un sentiment d’urgence, au On y va de l’album précédent. Pour ne pas oublier non plus qu’on est tous des rescapés de quelque chose. Nous sommes, avant de partir un jour puisqu’On meurt. « On meurt du pire, on meurt d’un rien / On meurt n’importe comment ou de façon extraordinaire / On meurt dans le vide, on meurt trop plein / On meurt en voulant s’envoyer en l’air ».

Tout le reste de l’album va ensuite remettre sur le métier les préoccupations miosseciennes et humaines qui me travaillent tant. Les infidèles questionne les failles humaines et les tentations de la vie : qu’est-ce qui fait qu’un.e infidèle l’est un jour, puis ne l’est plus ? L’aventure énumère, par petits moments et par touches, ce qui forme cette grande aventure qu’est la vie. Pour fait plus loin écho en listant, dans une urgence rock, ce qui fait qu’il est bon d’être là malgré tout, ce qui fait que cette putain de vie mérite d’être vécue. Et La ville blanche clôturera l’opus par une nouvelle variation sur la vie qui passe et ses aléas : d’où on vient, où on va, pourquoi, comment, avec qui parfois… de quoi est-on faits, qu’est-ce qui importe et qu’est-ce qui nous fonde.

Mais avant cela, on aura aussi replongé dans le pourquoi/comment des relations humaines/sexuelles avec Les gens (quand ils sont les uns dans les autres) : qu’est-ce qui fait que ça matche ? Il se passe quoi dans ces moments-là ? Et après ? Un titre qui nous rappelle tant d’autres, comme Quand je fais la chose, Tant d’hommes, Des moments de plaisirLa vie sentimentale se demande quelle place on lui accorde dans nos existences, et comment ça peut prendre une place parfois démesurée, aux dépens même de tout le reste. Que choisit-on d’en faire, et par rebonds, que choisit-on de faire de sa vie ? Un gouffre à sentiments qui nous rongeront, ou un subtil dosage pour une vie dont on aura profité sans regrets d’être passé à côté ? Imparable Son homme, où comment regarder l’avant pour parler du présent et de ce qui n’est plus. Miossec revisite cette thématique du temps qui passe, des sentiments et relations qui évoluent, parfois se distendent et se dégradent, voire s’éteignent. L’impensable, à un moment du passé, peut pourtant arriver : comment ça peut finir par s’éteindre un putain de feu ? C’est Je plaisante, c’est Au haut du mât. Ce sont les rencontres et les fantômes du passé qui nous hantent, nous construisent aussi et nous accompagnent à vie, quoiqu’il arrive, sans qu’on ne les oublient jamais. Gravés dans des recoins de nous. A en chialer quand on y repense, et parfois sans y penser.

Les rescapés, c’est aussi La mer quand elle mord c’est méchant : sous un faux air de « Le feu ça brûle et l’eau ça mouille », on a ici un titre à la fois pesant et imposant, brut de décoffrage et absolument imparable. Enfin (et dans le désordre depuis le début de cette review), Les rescapés c’est aussi Je suis devenu. Un titre en forme de bilan, sur un air presque pop qui pourrait surprendre au milieu de cet opus résolument rock et rude. Un bilan serein, lucide et limpide, fait de réussites, d’échecs et de failles aussi. Un bilan profondément réaliste et humain, que je ne peux que partager et auquel je ne peux que souscrire et m’identifier : « Je suis devenu ce que j’ai récolté / Ce qui m’est tombé dessus / Et ce que j’ai bien pu ramasser / Je suis devenu ce que je redoutais / Mais je ne m’en suis aperçu qu’une fois le mal déjà fait ».

Respect total pour ce grand album. Immense merci à Miossec.

Raf Against The Machine

Review n°19: ROADS Vol.1 de Thylacine (2019)

Trois EP en 2014/15, un premier album Transsiberian composé lors d’un périple en thylacineRussie et deux BO de films en 2017 pour De toutes mes forces et Gaspard va au mariage, pour autant je dois reconnaître que je n’ai jamais rien écouté de William Rezé alias Thylacine, autre nom du loup de Tasmanie, au moment où je lance ce ROADS Vol.1. J’ai simplement en tête les conditions idylliques de composition de cet album où Thylacine a arpenté les routes de l’Argentine à bord de son Airstream de 1972 réaménagé en studio alimenté par des panneaux solaires (#studiodemesrêves).

Murga ouvre brillamment l’album avec ses percus et sa guitare judicieuse. Les sons nous enveloppent, la rythmique est addictive et il se dégage incontestablement de ce titre une luminosité et une humanité qui seront les marques de fabrique de cet opus, dans la droite lignée de la superbe pochette mettant en valeur les espaces sauvages sous une lumière virginale. Purmamarca ralentit le tempo avec son début plus contemplatif à la Boards of Canada auquel vient se joindre une voix intemporelle rappelant les premiers Moby. La guitare entre en jeu et réveille les paysages argentins pour un sublime tableau en mouvement. El Alba, avec Weste en featuring, nous offre alors une belle plage de douceur qui réhabilite à mes yeux le saxophone qui n’a jamais été mon instrument de prédilection. Le morceau est d’une simplicité et d’une grâce désarmantes…

Petit clin d’oeil rappelant les conditions de création de ce ROADS Vol. 1 avec la voix d’un GPS sur le début de The Road qui se montre plus techno dans son approche. Une techno subtile laissant la part belle à une large palette de sons légers pour un résultat hypnotique. Volver reste dans la même atmosphère en apportant un saxophone brillant qui m’évoque le premier album d’Aufgang dans cette volonté de confronter techno et musique classique. Le résultat est d’une grande douceur, le maître mot de l’album… Mais que dire de 4500m après ce dyptique techno? Le rappeur américain Mr J. Medeiros pose son flow acéré sur un océan de douceur pour un morceau d’anthologie. Le flow gagne en intensité et rappelle par sa rythmique insensée Eminem, la montée est imparable et me file des frissons. #pluslesmotspourdecrireça

Condor nous aide à atterrir rapidement avec une techno plus âpre et dansante à laquelle le refrain apporte une étrange note de douceur pop avant que Sal y Tierra continue avec brio son ardue mission de réhabilitation du saxophone. Les deux derniers morceaux viennent nous donner une leçon d’humilité et d’humanité: Santa Barbara, en featuring avec la voix de cristal de Julia Minkin, nous cajole et nous offre une belle montée tout en intensité à la Woodkid et la douceur enfantine de 30(Outro) nous offre un joli moment de poésie lorsque William Rezé tente de faire prononcer trente à une vieille femme… Ou comment finir modestement un album sublime dont la première écoute m’a profondément marqué, à l’instar de ma première écoute de Swim de Caribou. Le garçon cite comme références Four Tet, Massive Attack, Moderat, nous étions définitivement prédestinés à nous rencontrer. Allez je vous laisse, j’ai un ROADS Vol. 1 à réécouter! On a beau être simplement fin janvier, je peux prendre le pari avec vous que je reparlerai de Thylacine dans les tops de fin d’année et qu’il sera bien difficile de le déloger de la première place…

Sylphe

Review n°18: First Bloom de Saint Mela (2018)

First review en 2019 avec l’album First Bloom, la logique est imparable… Aujourd’hui je saint melavous propose de faire connaissance avec un quartet issu de New York, Saint Mela, qui a sorti son premier opus fin 2018. Ce groupe possède en son sein un joyau en la personne de la chanteuse Wolf Weston, créature hybride sachant se faire douce comme Macy Gray ou plus engagée avec un flow rappelant Selah Sue. L’album sait subtilement croiser les influences pour un résultat aux confluents du rnb et du hip-hop avec des nuances de trip-hop et de soul. (# overdosedestyles)

Après les 37 secondes d’ouverture de Widen, (Root)less vient d’emblée poser les bases du groupe. Le titre est porté par une instrumentation tout en sobriété pour permettre au flow de Wolf Weston de se développer en toute liberté, la voix est chaude, groovy et surtout empreinte d’une douceur rassurante. Presque l’impression d’une nouvelle collaboration de TrickyBare et ses drums imposants vient alors distiller un vent chaud de rock pour un résultat épatant que ne renierait pas Beth Ditto. La rythmique fonctionne parfaitement, tout en gardant une forme d’introspection judicieuse. Les synthés de The Bends apportent une distorsion séduisante qu’on retrouvera dans le sommet Blk tout en tensions. Les drums  amènent une rythmique martiale qui se marie parfaitement avec les guitares et le chant plus affirmé et volontiers guerrier. Un refrain qui hérisse les poils…

Globalement la deuxième partie de l’album nous embarque dans deux directions pas si opposées. Des morceaux d’une grande douceur comme la première moitié de Sway ou le brillantissime Will It Come? qui te désarmerait la première brute venue mais aussi des titres plus engagés où le flow de Wolf Weston sent bon la sueur et le stupre avec Jericho et Buckley. Le titre éponyme démontre quant à lui les possibilités illimitées du groupe qui sait jouer avec les codes du hip-hop.

Voilà en tout cas un bien bel album qui brille par son énergie communicative et j’ai hâte de recueillir les prochaines fleurs pour créer le bouquet Saint Mela, subtil mélange de parfums doux et intenses.

Sylphe

Review n°17: Séquence collective de Cabaret contemporain (2018)

Cabaret contemporain ou le défi de jouer de la techno de manière acoustique en oubliant Cabaret contemporainles machines… Signés sur le label d’Arnaud Rebotini, Blackstrobe Records, les cinq compères (Fabrizio Rat au clavier, Giani Caseroto à la guitare, Julien Loutelier à la batterie, Ronan Courty et Simon Drappier aux contrebasses) font souffler un vent frais sur les complexes industriels désaffectés de Détroit pour réveiller Jeff Mills et consorts. Une musique âpre et brillamment produite qui démontre que la techno a bien, elle aussi, sa place sur Five-Minutes.

On ne va pas se mentir, la techno est un style musical aussi séduisant qu’exigeant et j’ai de plus en plus de mal à écouter des albums ou des sets en entier… (#jevieillisetjeposeplusmespiedsenclub) Cet album se pose donc comme une belle exception tant je trouve la démarche artistique louable. Petit tour d’horizon de ces 8 titres taillés dans la pierre brute.

Les 7 minutes du morceau d’ouverture Ballaro ne laissent pas la place au doute. Sonorités sombres et urbaines, ryhmiques lancinantes des contrebasses, superposition des couches sonores, le titre est un subtil hommage à la techno de Jeff Mills et une vraie pépite de haut vol. Transistor reste dans cette même veine tout en se montrant encore plus âpre et plus anxyogène. Plus dépouillé et privilégiant moins une ligne mélodique évidente, ce titre ne trouve pas véritablement grâce à mes yeux… ce qui n’est pas du tout le cas de La selva qui me rappelle les premiers morceaux de Vitalic. Le climat est inquiétant et la rythmique dub particulièrement entêtante pour un résultat brillant et hypnotique. Arrive alors mon sommet de l’album, La chambre claire, plus downtempo et volontiers groovy avec ses contrebasses. La mélodie est plus douce et l’ambiance plus lumineuse, ce morceau est d’une richesse évidente et s’impose comme un de mes titres préférés de l’année.

Arnaud Rebotini collabore ensuite sur le morceau Boogaloo, la voix caverneuse et les synthés délivrant une mélodie répétitive donnent l’impression que Faithless est sorti de la naphtaline. Ce morceau un brin suranné amène le minimaliste Cactus qui, par son âpreté et ses bruits qui hérissent le poil, représente la froideur de la techno qui me séduit peu. Heureusement la rythmique uptempo de TGV va vite me faire oublier ce Cactus avec ses envies de trance qui me rappellent le très bon Manual For Successful Rioting de Birdy Nam Nam. De nouveau Arnaud Rebotini collabore sur le morceau final October Glider, subtile montée en puissance portée par des sirènes angoissantes où l’explosion finale réveille le démon de la danse hypnotique en moi.

Cabaret contemporain réussit donc le tour de force avec ce Séquence collective de revitaliser brillamment la techno.

Sylphe