Review n°25: To Believe de The Cinematic Orchestra (2019)

Rarement un nom de groupe n’aura à ce point si parfaitement résumé mes aspirationsCinematic Orchestra musicales, The Cinematic Orchestra ou l’art orchestral de sublimer la musique pour en faire la vectrice d’images et d’émotions… J’attendais avec impatience des nouvelles de la troupe de Jason Swinscoe depuis leur dernier opus qui remonte  déjà à 12 ans Ma Fleur (porté par le sublime To Build A Home en featuring avec le prodige du piano Patrick Watson).

The Cinematic Orchestra a fait ses gammes depuis 20 ans en croisant le nu-jazz et l’ambient pour des résultats sublimes comme Motion en 1999 et mon petit favori Every Day en 2002. Je ne peux bien sûr que vous engager à déambuler paisiblement et en toute quiétude sur la discographie de ce groupe estampillé Ninja Tune dont le To Believe du jour ne dénaturera pas l’ensemble.

L’album commence brillamment sur le morceau éponyme porté par la douceur de la voix de Moses Rumney qui se marie avec délicatesse à une orchestration subtile où le piano dicte avec fragilité le tempo. Le morceau prend son envol tel un papillon porté par des violons judicieux qui font souffler un vent épique et pourtant tellement intimiste. Le résultat est délicat et contraste pleinement avec le titre suivant A Caged Bird/ Imitations of Life qui est porté par le flow de Roots Manuva qui flirte toujours avec le spoken-word. Le refrain donne une saveur pop suprenante et trompeuse car le morceau gourmand à souhait part dans toutes les directions. Le flow se fait plus percutant, les violons viennent apporter une touche de poésie finale inattendue. Incontestablement ce To Believe commence très fort…

Les 9 minutes instrumentales de Lessons viennent ensuite nous rappeler à quel point The Cinematic Orchestra produit une musique cinématographique alliant émotion et précision technique. Je ne peux pas m’empêcher de penser au dernier album de Thylacine tant leurs musiques se rapprochent dans leurs intentions. The Workers of Art, périphrase qui correspond tellement bien au groupe, et ses cordes creusera avec délices le même sillon de la capacité à dessiner musicalement des paysages envoûtants.

Entre temps Wait for Now/ Leave The World, porté par le chant de Tawiah, nous a offert un moment de plénitude rappelant les grandes heures de la douceur trip-hop. Le titre est d’une grande beauté mais peut-être un brin classique dans la construction, assez linéaire, pour me désarmer totalement. Zero One/This Fantasy et ses synthés qui m’évoquent les atsmosphères brumeuses de Zero7 -groupe qui au passage a vu les débuts de Sia (#digressioninutilepourbrillerensociété) – prolonge subtilement le plaisir avec la voix chaude et plus pop dans l’approche de Grey Reverend avant les 11 minutes du morceau final A Promise où la collaboratrice habituelle du groupe Heidi Vogel vient apporter les saveurs jazzy de sa voix au milieu d’un titre tiraillé sur la fin entre volonté épique et bidouillage électronique jouissif. Ces dernières minutes révèlent bien à quel point The Cinematic Orchestra est intarissable et a toujours autant à nous raconter pour le plus grand plaisir de nos oreilles pleines de gratitude. Espérons qu’il me faudra pas encore attendre 12 ans avant le prochain opus… (#finfacilemaistellementvraie)

En cadeau, To Build A Home et sa grâce éthérée…

Sylphe

Pépite du moment n°25: Turn The Light de Karen O et Danger Mouse (2019)

D’un côté Karen O, chanteuse orgasmique du groupe Yeah Yeah Yeahs, groupe certes un Karen O - Danger Mousepeu au ralenti après son dernier album  mitigé Mosquito mais qui a créé le chef d’oeuvre It’s Blitz en 2009 (#pochetted’anthologie) qui justifierait à lui seul n’importe quelle discographie… De l’autre le producteur talentueux Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, Beck, The Black Keys…) qui sait parfaitement mettre en valeur les artistes…

Le résultat, l’album Lux Prima, est sorti hier et devrait tourner en boucle cette semaine tant la première écoute m’a confirmé tous les espoirs mis en ce duo séduisant. Aujourd’hui, je vous mets l’eau à la bouche (#expressionestampillée90s) avec le titre Turn The Light dont les ingrédients sont évidents: la voix de Karen O qui sait toujours se faire sensuelle et une ambiance groovy à souhait. Le résultat reste bien en tête et me donne une furieuse envie d’écouter Lux Prima.

Enjoy!

Sylphe

Review n°24: Buoys de Panda Bear (2019)

Qui dit rush de boulot dit difficulté à appréhender un album dans sa totalité… Panda BearNéanmoins le besoin de chroniquer un album a pris le dessus et j’ai trouvé un parfait compromis avec le sixième opus de Panda Bear, Buoys, qui dure 31 petites minutes tout en douceur et intimité. Noah Lennox, alias Panda Bear, est avant tout connu pour être une des têtes pensantes du groupe Animal Collective, groupe sous acide mêlant psychédélisme et expérimentation électronique pour des résultats quelquefois hermétiques, quelquefois brillants comme l’inégalé Merriweather Post Pavilion en 2009. Noah Lennox n’est pas sans ressentir un certain essouflement artistique d’Animal Collective et n’a pas participé au dernier opus Tangerine Reef l’année dernière, préférant faire appel au producteur Busty Santos (Born Ruffians, l’orfèvre Owen Pallett) pour son sixième opus Buoys.

Pas de langue de bois entre nous, autant le dire d’emblée, je suis assez mitigé sur cet album qui me paraît bien inférieur au Tomboy de 2011… Certes l’ensemble est d’une grande douceur et la voix de Noah Lennox, quand elle n’est pas noyée dans le poison du moment que peut être l’autotune, a gagné en intensité et qualité, m’évoquant par moments Ed Droste. Certaines atmosphères instrumentales sont séduisantes comme la très aquatique Dolphin, d’autres plus surprenantes comme le morceau Token qui rappelle le Grizzly Bear de Veckatimest (#toutestquestiondebear) avec ses douces saveurs de pop psychédélique. Je sauverai bien le morceau final Home Free qui tente subtilement de nous sortir d’une certaine torpeur… parce que, finalement il faut bien se l’avouer, on s’ennuie  à l’écoute de ce Buoys.

Pas que l’ensemble soit mauvais, bien qu’un peu suranné et donnant l’impression d’une redite avec Animal Collective, mais parce que les titres semblent se répéter… Pas de réelle modulation (panne artistique?) et une recette usée jusqu’à la corde -guitare acoustique-palette de sons électroniques- voix entre reverb et autotune. Le titre symbolisant à mon sens cette boucle sans fin et agaçante c’est Master qui sonne comme du James Blake dénué d’inventivité. Bref, j’ai trop d’estime pour le talent de Noah Lennox pour m’appesantir sur cet album que je qualifierai poliment de mitigé et je vais plutôt aller me réécouter le To Believe de The Cinematic Orchestra sorti hier.

Sylphe

Pépite du moment n°24: House of Glass de Cage The Elephant (2019)

Ma rencontre avec Cage The Elephant a été aussi intense que tardive lorsqu’en 2017 j’ai Cage The Elephantécouté le live Unpeeled qui, pour moi, reste un des plus beaux albums live jamais écoutés au côté du Alive 2007 des Daft Punk ou le Live from Mars de Ben Harper… L’émotion du chant de Matthew Shultz, ce blues rock assez intemporel capable de générer des pépites à foison (Sweetie Little Jean,Too Late To Say Goodbye, Trouble, Aberdeen, Cold Cold Cold, Cigarette Daydreams et j’en passe…) méritent d’être savourés et écoutés régulièrement comme remède contre la sinistrose.

Du coup, j’attends impatiemment depuis 2 ans de pouvoir savourer un album dès sa sortie et ce sera chose faite le 19 avril avec la sortie de Social Cues dont est tiré le son du jour, House of Glass. Après un Ready To Let Go très bon et somme toute assez classique dans la discographie des américains, House of Glass vient davantage brouiller les pistes avec ses 2 minutes 35 intenses. Rythmique uptempo tournée vers le dance-floor et chant tout en retenue et intériorité sur les couplets, le morceau suinte le stupre et l’angoisse. C’est électrique et électrisant et ça j’achète! (#gimmickdemerde)

Sylphe

Pépite intemporelle n°18: Firestarter de The Prodigy (1997)

Il est des fois des situations tristes qui me guident dans mes choix de pépites

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intemporelles, c’est le cas aujourd’hui avec la mort à 49 ans seulement du chanteur de The Prodigy, Keith Flint… Afin de rendre un modeste hommage à ce chanteur habité et littéralement possédé par une rage inextinguible, je vous ramène en 1997 avec un album qui m’a particulièrement marqué, The Fat of the Land. Porté par un nombre hallucinant de titres hautement addictifs ( Smack My Bitch Up, Breathe, Funky Shit, Firestarter ou Mindfields présent aussi sur la sublime BO de Matrix), cet album est une vraie déflagration sonore qui donne l’impression d’avoir été composé dans un sentiment intense d’urgence vitale. Les sonorités électroniques sont âpres et agressives, le chant est ravageur et vient nous vriller les tympans. Album cathartique et exutoire à ne pas écouter à toute heure de la journée, il m’a toujours fasciné par sa rage sauvage mais pourtant tellement bien maîtrisée. Il mérite d’être réécouté inlassablement tant il recèle des cadeaux surprenants comme la douceur des choeurs féminins de Smack My Bitch Up ou les 9 minutes angoissantes de Narayan. Ce soir, j’ai choisi de vous parler de Firestarter qui résume parfaitement tout ce qui me plaisait chez The Prodigy et Keith Flint, on retrouve le flow aiguisé à la serpe et ces sonorités électroniques qui nous vrillent par vagues inlassables. Des boucles qui s’abattent avec force, qui font vaciller de plaisir… Keith Flint restera pour moi une représentation tutélaire de la rage qu’il aura su brillamment magnifier, à lui seul un véritable firestarter jamais rassasié… qui devrait allumer d’autres feux incandescents là-haut…

Sylphe

Pépite du moment n°23:Alright de Stuck in the Sound (2019)

Hier vient de sortir le sixième opus des français de Stuck in The Sound, Billy Believe, et Stuck in the Soundavoir des nouvelles de José Reis Fontão a souvent le mérite de me donner le sourire. Après des albums mettant en avant un rock assez énervé, Pursuit m’a filé une claque monumentale en 2012 avec des pépites comme Tender, l’addictif Brother ou Let’s go qui mettaient à l’honneur un rock d’une intensité rare m’évoquant des groupes comme Ghinzu.

Flirtant de plus en plus avec la pop, Stuck in the Sound avait envoyé il y a trois mois Alright en éclaireur qui mérite amplement d’être savouré avant l’opus que je risque fort de chroniquer ici. On retrouve l’intensité du chant, l’énergie communicative des guitares et ce rythme survolté qui fait tout le charme du groupe. En plus, le clip est un bijou d’animation sous-titré en japonais qui se marie parfaitement au titre. Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°17:My Moon My Man de Feist (2007)

Un soir de rentrée, quand tu sens la fatigue peser de tout son poids, tu as juste besoin de Feistréconfort et de te ressourcer au coin du feu avec du bon son connu… C’est alors le moment où tu ouvres la boîte de Pandore et laisses s’échapper les pépites intemporelles qui vont illuminer ta soirée. Ce soir, c’est retour en 2007 avec la sortie du quatrième opus de Feist The Reminder, le meilleur à mon goût. Cette chanteuse canadienne, en plus de mener une carrière solo digne d’intérêt, prête sa voix de velours à différents groupes dont mes chouchous de Broken Social Scene. The Reminder est donc un album qui mériterait amplement d’être découvert si vous n’avez pas la chance de le connaître, un album porté par le single pop 1234 dont la douce mélodie est imparable. Cependant, j’ai choisi un titre un peu moins lumineux avec sa rythmique obsédante et sa voix plus affirmée et follement sensuelle, le diamant brut My Moon My Man. J’aime ce titre qui m’évoque une ballade nocturne où Feist s’embarque dans une virée qui va l’amener à redéfinir ses limites, une espèce d’échappée folle empreinte d’une électricité facilement décelable. Juste jouissif…

Un titre réussi, c’est aussi un titre que l’on a envie d’honorer en se le réappropriant à travers des remixes et je partage deux jolies performances avec les américains de Grizzly Bear qui apportent toute une palette variée de sons et ma revisite préférée de Boys Noize qui apporte des sonorités électro judicieuses. Un refrain à la voix robotique qui m’obsède toujours bien longtemps après l’écoute et une ambiance qui me donne une folle envie de faire fumer les dance-floors… Enjoy!

Sylphe