Top de fin d’année 2022 Titres et albums de Sylphe

Au moment de vivre les dernières heures de cette année 2022 et de regarder dans le rétroviseur musical, je constate avec amertume que mon rythme d’écriture et d’écoute de nouveautés a singulièrement baissé cette année. Ce fichu temps et cet art de cumuler les passions chronophages, la perte de fluidité de l’écriture quand elle perd en régularité, le besoin des écoutes multiples pour se sentir une quelconque légitimité à parler des albums, la vie quoi… Bref, je ne vais pas m’apitoyer outre mesure et plutôt me tourner vers le futur avec optimisme en m’engageant à repartir sur la base de deux articles par semaine (la sacrosainte période des résolutions de début d’année qui ne durent jamais bien longtemps, nous verrons bien combien de temps je tiendrai et vous pouvez ouvrir les paris). Parce que, comme l’a déjà écrit l’ami Raf, vous êtes toujours plus nombreux à nous lire et c’est assez grisant de tout faire pour maintenir cette courbe ascendante. Parce que ces artistes méritent amplement de vivre de leur art et que notre partage peut peut-être amener des lecteurs à acheter des albums. Parce que la musique et l’écriture demeurent des refuges sublimes où le temps suspend son vol.

Pour ce top de fin d’année, je reste sur le principe de ne garder que des albums sur lesquels j’ai écrits. Certains que j’ai beaucoup écoutés et pour lesquels je n’ai pas su trouver les mots auraient amplement mérité de figurer dans ce top et figureront vraisemblablement dans d’autres tops de bon goût, néanmoins ce top plus limité a tout de même une bien belle allure et devrait vous offrir de belles heures d’écoute. Pour ce top 14 (non, non, aucune dédicace particulière à la patrie de l’ovalie), vous trouverez de nombreux artistes dont je suis assidument les carrières – Get Well Soon, Les Gordon, Thylacine, Hot Chip, Moderat – avec une mention spéciale à Arcade Fire qui monte sur la troisième place de mon podium musical avec un très beau WE qui donne foi en l’humanité. Les deux premières places sont trustées par des artistes français qui chantent en français, il faut croire que je suis définitivement en train d’entamer une mue musicale. La Mémoire du feu d’Ez3kiel a frappé fort les esprits dès janvier avec un album à la puissance narrative indéniable mais c’est bien Garden Party de Florent Marchet qui monte sur la première place de ce top 2022. L’art de ciseler de superbes textes sur ce qui façonne notre quotidien m’a profondément touché et j’aime l’idée de cette fausse simplicité qui trône tout en haut.

Pour ce top 14 des albums, n’hésitez pas à cliquer sur les liens pour aller jeter un oeil sur les chroniques si l’envie vous en prend. Vous trouverez en tête de cet article un top 55 des titres qui m’ont accompagné cette année et devraient s’installer durablement dans mon ADN musical, On a pris le temps de Grand Corps Malade/ Gaël Faye/Ben Mazué trône au sommet en toute humilité et s’impose comme une leçon de vie qu’il est de bon ton de ne pas oublier… Prendre le temps d’écouter des albums et de ne pas seulement les entendre, prendre le temps de les savourer, prendre le temps d’acheter de la musique et d’aller voir les artistes en concerts, prendre le temps de lire Five-Minutes, prendre le temps de vivre tout simplement. Bon réveillon à vous et on se retrouve en 2023 avec l’ami Raf Against The Machine -big-up pour son éternelle envie de découvrir et partager avec moi l’aventure bloguesque – pour de nouvelles aventures musicales, enjoy !

Top Albums 2022:

1. Garden Party de Florent Marchet

2. La Mémoire du feu d’Ez3kiel

3. WE d’Arcade Fire

4. Amen de Get Well Soon

5. Ephémère de Grand Corps Malade/ Gaël Faye/Ben Mazué

6. Hideous Bastard d’Oliver Sim

7. 9 Pieces de Thylacine

8. Freakout/Release d’Hot Chip

9. Nuances de Les Gordon

10. MORE D4TA de Moderat

11. Wet Leg de Wet Leg

12. Reborn de Kavinsky

13. GHOSTS ON TAPE de Blood Red Shoes

14. As I Try Not To Fall Apart de White Lies

 

Top Titres 2022:

1. On a pris le temps de Grand Corps Malade/Gaël Faye/Ben Mazué

2. Unconditionnal I (Lookout Kid) d’Arcade Fire

3. Diaphane d’Ez3kiel

4. My Home Is My Heart de Get Well Soon

5. Freddie Mercury de Florent Marchet

6. EASY PREY de Moderat

7. Reclaim Your Heart de Daniel Johns

8. COMPLY de Blood Red Shoes

9. Hideous d’Oliver Sim feat. Jimmy Somerville

10. Anatolia de Thylacine

11. Impossible de Royksopp feat. Alison Goldfrapp

12. Broken d’Hot Chip

13. A Song For Myself de Get Well Soon

14. Goodbye de Kavinsky feat. Sébastien Tellier

15. Knight & Car de Les Gordon

16. De justesse de Florent Marchet

17. The Lightning II d’Arcade Fire

18. Polar de Thylacine

19. Am I Really Going To Die de White Lies

20. La cause de Grand Corps Malade/Gaël Faye/Ben Mazué

21. Serpent corail d’Ez3kiel

22. GMT d’Oliver Sim

23. En famille de Florent Marchet

24. MORBID FASCINATION de Blood Red Shoes

25. One For Your Workout de Get Well Soon

26. Paris Nice de Florent Marchet

27. Trigger de Kavinsky

28. Enid & Rebecca de Les Gordon

29. Beautiful James de Placebo

30. F.O.R.C.E de Canine

31. MURDER ME de Blood Red Shoes

32. Never Here d’Oliver Sim

33. Qui a kidnappé Benjamin Biolay? de Grand Corps Malade/Gaël Faye/Ben Mazué

34. Tonight de Phoenix feat. Ezra Koenig

35. Silence d’Editors

36. I Love Humans de Get Well Soon

37. Bosphorus de Thylacine

38. Chaise Longue de Wet Leg

39. Sun de Canine

40. Somewhere de Les Gordon feat. Sauvane

41. Heart Attack d’Editors

42. Galaxies de Canine

43. Try Better Next Time de Placebo

44. Renegade de Kavinsky feat. Cautious Clay

45. Breathe de White Lies

46. This Is Your Life de Get Well Soon

47. As I Try Not To Fall Apart de White Lies

48. Zenith de Kavinsky feat. Prudence et Morgan Phalen

49. I Don’t Want To Go To Mars de White Lies

50. Surrounded By Spies de Placebo

51. Out Of My Depth d’Hot Chip

52. Picturesque d’Editors

53. The Prodigal de Placebo

54. FAST LAND de Moderat

55. Twin Demons de Placebo

 

 

Sylphe

Pépite du moment n°122: Long Live The Strange de Gaz Coombes (2022)

Non nous n’avons pas fait une croix sur la musique aujourd’hui après le match légendaire vécu hier et sa cruelle issue…Gaz Coombes Turn The Car Around Le sport et la musique ont comme dénominateur commun la capacité à faire ressentir des émotions d’une rare intensité, n’en déplaise aux pisse-froid qui dénoncent l’absence de valeurs dans le sport et les dérives de l’argent dans une volonté de simplifier les faits à l’excès… J’ai donc besoin d’un bon son à partager et j’ai ce qu’il me faut avec ce Long Live Strange de Gaz Coombes, ancien leader vocal du groupe Supergrass. Son quatrième opus Turn The Car Around dont est tirée la pépite du jour sortira le 23 janvier et j’ai du retard à rattraper car je ne me suis jamais trop penché sur cette carrière solo.

Rythmique obsédante en fond qui rappelle Cage The Elephant, ruptures de rythme subtiles, voix feutrée, le titre aborde avec un regard un brin amusé l’étrangeté du monde qui nous entoure. Un morceau addictif que je ne cesse d’écouter en boucles depuis deux semaines, à savourer sans aucune modération, enjoy ! A noter un clip surprenant qui n’a pas dû coûter trop cher en figurants !

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°111: I Am Chemistry de Yeasayer feat. Suzzy Roche (2016)

Envie de bizarrerie pop savoureuse? Il est temps de dégainer un petit Yeasayer, ce groupe américain qui est une versionYeasayer - Amen & Goodbye pop débridée de Grizzly Bear ou ce que serait Animal Collective s’il avait choisi de se montrer plus accessible et moins porté sur les substances hallucinogènes. La bande constituée autour du trio Anand WilderChris KeatingIra Wolf Tuton  a produit de très beaux albums de pop psychédélique autour de 2010 avec l’album initial All Hour Cymbals en 2007 et leur plus grand succès Odd Blood en 2010 porté par des titres jouissifs comme O.N.E. ou Ambling Alp. Cependant, aujourd’hui je préfère m’intéresser à leur quatrième opus Amen & Goodbye sorti en 2016 et en particulier le deuxième titre I Am Chemistry. Morceau dénonçant les dérives de la chimie et ses dangers réels, il brille par ses sonorités électroniques âpres et sa rythmique psychédélique dès le début. Harmonies vocales en fond, chant plus posé, synthés psychédéliques obsédants, pont mené par des enfants et Suzzy Roche, le morceau fourmille d’idées ingénieuses pour un résultat d’une grande inventivité digne des plus grands moments de MGMT. Pour les plus joueurs, je vous attends sur vos interprétations du clip pour le moins original, enjoy !

 

Sylphe

Pépite du moment n°121: Bien cordialement de The Toxic Avenger feat. Simone (2022)

Voici mon titre addictif du moment, dans cette période si particulière de décembre où les best-of commencent à tomberThe Toxic Avenger - Yes Future et nous font regretter de ne pas avoir écouté certains artistes/albums… Bref, il faut encore résister quelque peu avant de jeter un regard dans le rétroviseur de cette riche année musicale.

Le 4 novembre dernier, Simon Delacroix alias The Toxic Avenger sortait son sixième opus Yes Future qui est passé sous mon radar embrumé en cette période automnale. L’électro du français sait me séduire sur certains titres mais je dois reconnaître que ce son très frontal peine à me convaincre sur des albums entiers. Peut-être que ce Yes Future que je n’ai pas écouté intégralement au moment de cet article me fera mentir… Ce qui est certain, c’est que ce Bien cordialement qui fait appel à la voix désenchantée de Simone m’a infligé une superbe claque. Cette lettre de motivation oscille entre humour décalé et amertume liée à la situation économique actuelle pour un résultat qui me fait indubitablement sourire. L’électro en fond, saturée de synthés spatiaux, est addictive et monte doucement en tension pour prendre le pouvoir sur toute la fin du morceau. The Toxic Avenger signe ici incontestablement un morceau original que je vous mets au défi de ne pas réécouter après sa première écoute, enjoy !

 

Sylphe

Review n°113: Alpha Zulu de Phoenix (2022)

Des nouvelles aujourd’hui de Phoenix, un groupe marquant de la french touch dans les années 2000, qui mérite d’être régulièrement réécouté pour ses coups d’éclat Wolfgang Amadeus Phoenix en 2009 ou Bankrupt! en 2013 ou l’excellent album des débuts Alphabetical en 2004. Néanmoins, il est assez incontestable que le groupe est en nette perte de vitesse et le dernier opus Ti Amo en 2017 m’a plutôt laissé de marbre… Au moment d’écouter ce septième album Alpha Zulu, je n’ai pas particulièrement d’attente et j’oscille entre la curiosité polie et la sensation bizarre qu’écouter Phoenix en 2022 serait presque un anachronisme. Dernière précision avant d’entamer l’écoute de l’album, je dois reconnaître que j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à écrire sur ce groupe mais j’aime persister, bref vous êtes prévenus désormais si vous restez avec moi!

Le morceau d’ouverture Alpha Zulu doit son nom à un épisode vécu par le groupe qui a connu un vol agité au-dessus des montagnes de Belize dans un avion nommé Zulu, avec un pilote ne cessant de répéter Alpha Zulu. Tout cela paraît en effet un brin romancé mais nous ne gagnerons rien à remettre en cause cette justification du titre. Le titre propose une pop déstructurée assez classique où l’on retrouve avec plaisir la voix toujours aussi charismatique de Thomas Mars. Tonight qui fait appel à Ezra Koenig, le chanteur de Vampire Weekend, monte le curseur avec cette ligne de basse addictive et ce refrain survitaminé qui rappelle le pouvoir pop incontestable du groupe. The Only One joue ensuite la carte de sonorités plus aquatiques et oniriques pour un résultat assez classique mais je préfère l’excellent After Midnight, morceau le plus dansant de l’album. Une rythmique uptempo, des synthés omniprésents, une évidence mélodique, le tout n’est pas sans nous rappeler les grands morceaux de The Strokes. La première partie de l’album se clôt sur le très beau et onirique Winter Solstice dont l’instrumentation évoque l’atmosphère de Charlotte Gainsbourg, en particulier son album Rest.

Après une première partie pleine de belles promesses, la deuxième partie de l’album va s’avérer plus (trop) classique. Season 2 et Elixir nagent dans les eaux tièdes d’une pop attendue sur lesquelles nous aimerions voir souffler une brise marine plus riche en arômes. All Eyes on Me va surprendre davantage avec une ambiance plus électro, ce qui devrait logiquement me plaire au vu de mes goûts musicaux (oui l’usage du conditionnel n’est pas rassurant…), mais je dois reconnaître que je suis resté sur le bord de la route. Je n’en dirai pas plus pour ne pas paraître déplaisant… Heureusement, la pop lumineuse d’Artefact et ses guitares « strokiennes » ainsi que le titre final Identical, pop plus subtile, réussissent à contrebalancer un ensemble un peu trop homogène.

Je resterai donc sur cette impression qu’écouter Phoenix en 2022 demeure un anachronisme, néanmoins ce Alpha Zulu reste une belle porte d’entrée pour aller réécouter une discographie brillante, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 4. After Midnight – 2. Tonight – 5. Winter Solstice – 7. Artefact

 

Sylphe

Pépite du moment n°120: Our Flag d’Ibrahim Maalouf feat. Sharon Stone (2022)

Mieux vaut parler succinctement de musique que de proposer un silence pesant, tel sera mon objectif du soir. Voilà uneIbrahim Maalouf - Capacity to Love bonne semaine que j’écoute le dernier album Capacity to Love d’Ibrahim Maalouf. Un album qui m’a désarçonné sur les premières écoutes par son hétérogénéité mais que je savoure de plus en plus au fil des écoutes car il s’impose pour moi comme un mix gargantuesque, véritable déclaration d’amour à la musique sous tous ses aspects. L’album s’appuie sur une collection d’artistes prestigieux, d’Erick The Architect à Gregory Porter en passant par M ou De La soul, un vrai feu d’artifice sonore qui part dans tous les sens et fait feu de tout bois. Avec bien sûr comme dénominateur commun et liant magique cette trompette d’Ibrahim Maalouf que je ne vous ferai pas l’injure de présenter…

J’ai choisi l’avant-dernier titre de l’album Our Flag qui met à l’honneur un texte engagé écrit et récité par Sharon Stone sur un fond sonore superbe de douceur et de mélancolie qui m’a rappelé par certains côtés les BO d’Hans Zimmer. Les explosions de cuivres laissent la place à ce superbe texte dont les mots frappent avec poésie et précision, comme une gifle assénée à des dirigeants qui ont perdu le sens des priorités. Un bijou de texte engagé, enjoy !

 

Sylphe

Review n°111: 9 Pieces de Thylacine (2022)

C’est la tournée de mes chouchous électros français actuellement… Après Les Gordon, c’est au tour de Thylacine deThylacine - 9 Pieces sortir un nouvel album, son cinquième déjà, intitulé 9 Pieces. Depuis 2019 et Roads Vol.1, je prends plaisir à suivre le périple musical de William Rezé qui confronte aussi bien les gens que les sons dans ses voyages sonores. Sur ce puzzle de 9 pièces, certaines sont déjà connues et les lecteurs assidus du blog ont déjà entendu parler de Polar ou Versailles qui ouvrent et ferment l’album de 39 minutes.

Polar offre donc d’emblée une électro puissante avec le bruit des créatures marines en fond, une rythmique assez sombre qui contraste à merveille avec la voix féminine qui a presque quelque chose d’incantatoire. Le résultat est aussi surprenant qu’envoûtant. Les titres suivants vont ensuite nous emmener du côté de cette Turquie à l’identité floue, entre Europe et Proche-Orient. Anatolia est un bijou qui résume musicalement tout ce qu’est la Turquie avec d’un côté les instruments qui représentent les traditions de la Cappadoce et de l’autre les tentations de la techno pour la jeunesse d’Ankara. Duduk (du nom d’un hautbois d’Arménie) et Olatu creusent le sillon de cette électro contemplative qui survole les paysages mélancoliques pour un résultat d’une finesse et d’une justesse inégalables – le piano de Duduk est un exemple imparable. Olatu, qui me fait penser au travail sur les boucles de Les Gordon, propose des sons plus électro-pop et sort quelque peu Thylacine de sa zone de confort. Bosphorus clôt ce voyage turc dans une ambiance plus rythmée et tournée vers les dance-floors, la montée est excitante, tout comme le saxophone habituel de Thylacine qui tente d’insuffler une douce mélancolie à l’ensemble. La musique de Thylacine est à l’image de la Turquie moderne, une terre de contrastes qui se veut un lieu de rencontres.

War Dance surprend alors par son âpreté et cette techno martiale -néanmoins pas aussi monolithique qu’elle ne peut le paraître à la première écoute – comme un triste clin d’oeil à l’actualité ukrainienne… Pleyel nous ramène vers une orchestration plus classique, dans la droite lignée de son dernier opus Timeless, pour un résultat tout en tensions d’une grande modernité. La richesse des propositions de ce morceau -qui me fait penser à Aufgang – est proprement hallucinante. Night Train est le morceau le plus frontal de l’album avec une électro débordante d’énergie qui se présente comme la bande-son idéale d’un voyage en train, le titre est peut-être un peu en-dessous en termes d’originalité de la proposition. Versailles clôt enfin avec subtilité l’album en jetant des ponts entre les époques, après avoir jeté des ponts entre les peuples, en s’appuyant sur des instruments, des mécanismes et des objets du château de Versailles. Le résultat confirme la volonté sur la deuxième partie de l’album de mettre en avant des ambiances plus dansantes. S’il y a bien quelque chose que Thylacine sait parfaitement faire, c’est nous faire voyager -dans les époques, les contrées, les genres musicaux – dans notre fauteuil, le casque vissé sur les oreilles… Enjoy !

 

Sylphe

Five Titles n°29: EBM d’Editors (2022)

Des nouvelles aujourd’hui des Anglais d’Editors qui nous ont offert de superbes albums rockEditors - EBM dans les années 2000 – The Back Room en 2005 et An End Has a Start en 2007 en tête qui méritent d’être régulièrement réécoutés – portés par un souffle rock subtil et la charismatique voix de Tom Smith. Je les ai clairement perdus de vue depuis plusieurs années, étant juste tombé par hasard sur la version électronique de leur dernier opus Violence (2018), The Blank Mass Sessions ( petit article en passant par ici). Depuis Blank Mass (un des deux Fuck Buttons) est devenu un membre à part entière du groupe comme le titre de ce septième opus l’explicite (EBM = Editors + Blank Mass…Je sais, vous êtes bluffés par cette équation subtile…) et le virage électronique est pleinement assumé. J’ai longtemps hésité à parler de cet album car mes sentiments sont très partagés, autant il possède quelques titres percutants autant l’enchaînement des 9 titres et ses 52 minutes s’avère assez épuisant… Les doigts sont littéralement restés dans la prise et les rythmiques uptempo nous martèlent, la voix de Tom Smith passant malheureusement quelquefois au second plan… Néanmoins, certains titres surnagent et méritent amplement qu’on en parle.

  1. Le morceau d’ouverture Heart Attack qui traite de la puissance intemporelle du sentiment amoureux d’une manière quelque peu inquiétante -« No one will love you more than I do/I can promise you that/ And when your love breaks I’m inside you/ Like a heart attack  » propose un son rock bien lourd. Des drums assourdissants et un refrain puissant donnent une tonalité épique au titre.
  2. Picturesque est ensuite à la limite de la faute de goût avec un gimmick électronique de fond un brin entêtant. Néanmoins la rythmique uptempo, les riffs acérés et ce sentiment d’urgence palpable nous embarquent, comme si on écoutait une version sous acide de Bloc Party.
  3. Kiss me plaît ensuite car ce titre rappelle l’amplitude de malade de la voix de Tom Smith, capable d’aller chercher des notes très hautes. Dommage que la rythmique électro de fond assez monolithique ne la mette pas vraiment en valeur.
  4. Silence rappelle enfin ce que fut Editors sur ses premiers albums. Rythmique downtempo, voix caverneuse, émotion à fleur de peau, une ode au passé déchu.
  5. Educate propose de son côté un son électro-rock plein d’énergie qui résiste à la tentation de tomber dans les excès.

Quelques beaux moments, une sensation globale plus mitigée, la collaboration avec Blank Mass manque quelque peu de légèreté. A vous de vous faire votre propre avis désormais, enjoy !

 

   

Sylphe

Review n°108: Nuances de Les Gordon (2022)

Afin de démarrer cette nouvelle semaine sous les meilleurs auspices, je vous propose d’allerLes Gordon - Nuances prendre des nouvelles d’un artiste qui me tient particulièrement à coeur, Les Gordon. C’est suite à l’un de ses concerts que nous avons décidé avec mon acolyte Raf Against The Machine de relancer la machine Five-Minutes et ses deux premiers albums, La en 2018 (chroniqué ici) et ALTURA en 2020 (chroniqué ici) ont confirmé toutes les belles promesses entraperçues en live. Ce nouvel opus Nuances, sorti sur son propre label Morning Crash Records, est dans la droite lignée des albums précédents dans sa volonté d’instaurer des atmosphères électronica d’une grande douceur avec une forme de nostalgie latente. Le son tout en boucles et choeurs féminins est immédiatement reconnaissable, l’originalité résidant ici dans les nombreux featurings (Sauvane, ACES, Marie-Gold, LENPARROT, Anika) qui ouvrent sur de nouvelles atmosphères. Vous prenez les influences asiatiques du Talkie- Walkie d’Air, le sens du collectif du Rone & Friends et vous obtenez les 14 titres lumineux de Nuances.

Le morceau d’ouverture Vertiges déploie langoureusement les ailes de cette électronica intemporelle entre boucles et choeurs féminins lancinants pour un résultat hautement réconfortant. Enid & Rebecca vient ensuite apporter une section rythmique qui donne un côté plus électro-pop à l’ensemble, c’est assez imparable au niveau de la mélodie et ce n’est pas sans rappeler Polo & Pan. Fog surprend davantage par son électro déstructurée toute en ruptures qui se permet d’aller piocher quelques sons synthétiques du côté de la techno mais la plus âpre incartade est de courte durée avec Somewhere qui joue dans la foulée la carte de la ritournelle poétique sublimée par la belle voix suave de Sauvane. Le morceau aurait amplement eu sa place sur le dernier album de Rone

La rythmique affirmée de Knight & Car associée aux harmonies vocales de haut vol fait de ce titre une invitation à errer sur les dance-floors, sans renier son ADN Les Gordon explore avec subtilité un nouvel univers qui n’est pas sans rappeler Thylacine. Un Coconut assez classique dans son approche digne d’Air, la trap incisive de la rappeuse canadienne Marie-Gold sur Sinon je die et l’électro un peu foutraque de Pyromaniac proposent des directions affirmées assez diverses mais peinent davantage à complètement me convaincre. Je préfère les sonorités orientales de Midnight, la voix chaude de LENPARROT sur Mango ou l’excellent Thoughts qui brille par son atmosphère nocturne. Sauvane s’illustre une seconde fois, cette fois en français, sur Aube alors que le morceau final The Rest est le pendant parfait de l’ouverture Vertiges dans cette volonté de nous emmener dans des boucles éthérées, sublimées par les cordes. On peut noter une dernière collaboration de haut vol avec Anika sur Another Time pour une électro brumeuse qui me rappelle les dernières productions de London Grammar.

En 14 titres et 47 minutes, Les Gordon prolonge brillamment son humble ascension électronique avec ce Nuances qui porte divinement bien son nom, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés) : 4. Somewhere – 12. Thoughts – 2. Enid & Rebecca – 5. Knight & Car – 9. Midnight

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°106: Gangsta’s Paradise de Coolio feat. L.V. (1995)

Il y a deux jours Coolio nous quittait et allait rejoindre là-haut une autre figure marquante duCoolio Gangsta's Paradise hip-hop des années 90, 2Pac. Le hip-hop n’est pas particulièrement mon domaine de prédilection mais c’est une figure marquante de mon adolescence qui s’en va… Certes, à la fin des années 90, j’écoutais davantage en boucle L’Ecole du micro d’argent d’IAM mais l’album Gangsta’s Paradise m’a néanmoins régulièrement accompagné, illuminé par son morceau éponyme.

A moins de vivre dans une grotte isolée au milieu de la forêt, tout le monde a déjà entendu ce bijou qu’est Gangsta’s Paradise, morceau culte qui était le titre phare de la BO du film Esprits rebelles -film très romancé autour de l’éducation aux Etats-Unis, sublimé par la magnifique Michelle Pfeiffer. Reprise du Pastime Paradise de Stevie Wonder sorti en 1976, le morceau aborde la vie des gangs et s’appuie sur un duo de flows percutants, Coolio et L.V. L’instru, les choeurs et le refrain donnent un supplément d’âme à ce titre d’une grande beauté qui s’impose pour moi comme un des titres marquants des années 90. Je vous laisse avec le clip officiel et la superbe prestation live aux Grammy Awards, magnifiée par la participation de Stevie Wonder. Enjoy !

 

Sylphe