Pépite du moment n°18: The Soleil de Fred Poulet (2018)

Fred Poulet a sorti un nouvel album en fin d’année 2018 ! et j’ai failli passer à côté. Il fred pouletfaut dire que depuis 2005 on n’avait pas entendu parler du bonhomme, préférant le cinéma à la musique, Fred Poulet n’était plus dans les bacs. Le voici revenir avec The Soleil, album solaire (un peu facile celle-là), lumineux, direct, rock et épuré.

Fred Poulet démarre sa carrière en 1995 avec Mes plus grands succès signé chez le label Saravah (la classe… Higelin, Brigitte Fontaine), on peut dire qu’il part avec un bon alignement de planètes. Il enchaine alors cinq disques, tous très bons. Il aurait pu devenir une sorte de « notable » du rock français mais voilà, en 2006, il a la très bonne idée, de donner, à Vikash Dhorasoo, une caméra super 8 pour qu’il filme sa coupe du monde de remplaçant. On le voit d’ailleurs au début du documentaire confier au footballeur les caméras, le résultat sera Substitute, film incomparable et réflexion profonde sur le décalage, la déception et l’ennui. S’ensuivra alors un livre et pour Fred Poulet, la suite sera faite de nombreuses collaborations cinématographiques (Making Fuck off notamment).

Alors nous voilà revenus à The Soleil et son titre d’ouverture Tout scintille. Le morceau est un bon résumé de l’album : un bien- être matinal s’installe, le soleil pointe le bout de son nez, les amis sont là (au passage on voit Rodolphe Burger saluer Fred dans le clip), on lui sert un verre, on trinque, on s’embrasse, la musique est bonne, atmosphérique, perchée, les paroles parlent du sentiment de bien-être amoureux, d’aimer. On imagine qu’elle lui a dit le matin même regarde comme tout scintille, voyons la vie du bon côté, nous sommes amoureux, nous sommes beaux, la vie est belle, alors ouvre tes yeux et regarde…

Ce disque est un parfait remède à la mélancolie de ce début d’année.

Rage

Pépite du moment n°17: Silence In The Dark de Curses feat. Jennifer Cardini (2018)

Je ne vais pas vous mentir, je n’avais jamais entendu parler de Luca Venezia aliascurses Curses jusqu’à une compilation Tsugi particulièrement bien sentie pour le hors-série 2018. Le morceau Silence In The Dark m’obsède depuis et finalement je prends un grand plaisir à partager mes obsessions sur Five-Minutes. Sans en être particulièrement amateur ça fait de très nombreuses années que j’entends parler de la DJ française Jennifer Cardini qui vient collaborer sur ce morceau tiré du premier album de Curses Romantic Fiction, opus d’une noirceur crépusculaire qui sied parfaitement à la saison actuelle…

Le titre Silence in the Dark n’est en rien trompeur et je ne vous propose pas de commencer la semaine dans une ambiance printanière et légère… Le morceau est porté par une rythmique envoûtante qui fleure bon le rock à la Depeche Mode et le krautrock, c’est pesant et volontiers anxyogène. La voix sombre se marie parfaitement à l’univers et le titre tourne en rond comme une obsession, à peine entrecoupé par des riffs de guitares inquiétants. Voilà en tout cas un bien beau morceau d’une électro racée comme j’aime!

Sylphe

Review n°18: First Bloom de Saint Mela (2018)

First review en 2019 avec l’album First Bloom, la logique est imparable… Aujourd’hui je saint melavous propose de faire connaissance avec un quartet issu de New York, Saint Mela, qui a sorti son premier opus fin 2018. Ce groupe possède en son sein un joyau en la personne de la chanteuse Wolf Weston, créature hybride sachant se faire douce comme Macy Gray ou plus engagée avec un flow rappelant Selah Sue. L’album sait subtilement croiser les influences pour un résultat aux confluents du rnb et du hip-hop avec des nuances de trip-hop et de soul. (# overdosedestyles)

Après les 37 secondes d’ouverture de Widen, (Root)less vient d’emblée poser les bases du groupe. Le titre est porté par une instrumentation tout en sobriété pour permettre au flow de Wolf Weston de se développer en toute liberté, la voix est chaude, groovy et surtout empreinte d’une douceur rassurante. Presque l’impression d’une nouvelle collaboration de TrickyBare et ses drums imposants vient alors distiller un vent chaud de rock pour un résultat épatant que ne renierait pas Beth Ditto. La rythmique fonctionne parfaitement, tout en gardant une forme d’introspection judicieuse. Les synthés de The Bends apportent une distorsion séduisante qu’on retrouvera dans le sommet Blk tout en tensions. Les drums  amènent une rythmique martiale qui se marie parfaitement avec les guitares et le chant plus affirmé et volontiers guerrier. Un refrain qui hérisse les poils…

Globalement la deuxième partie de l’album nous embarque dans deux directions pas si opposées. Des morceaux d’une grande douceur comme la première moitié de Sway ou le brillantissime Will It Come? qui te désarmerait la première brute venue mais aussi des titres plus engagés où le flow de Wolf Weston sent bon la sueur et le stupre avec Jericho et Buckley. Le titre éponyme démontre quant à lui les possibilités illimitées du groupe qui sait jouer avec les codes du hip-hop.

Voilà en tout cas un bien bel album qui brille par son énergie communicative et j’ai hâte de recueillir les prochaines fleurs pour créer le bouquet Saint Mela, subtil mélange de parfums doux et intenses.

Sylphe

Pépite du moment n°15: Landslide de Beirut (2019)

S’il existe une période morne en termes de sorties musicales c’est bien la période beirutqui englobe la deuxième quinzaine de décembre et la première quinzaine de janvier. Les artistes doivent nous juger inaptes à savourer du nouveau son, happés que nous serions par la préparation des festivités de fin d’année ou biologiquement bouleversés par les excès culinaires. J’ai tendance aussi à penser qu’il y a comme une trêve implicitement signée afin de voir fleurir les tops de fin d’année et que tout un chacun puisse vainement tenter de rattraper son retard en début d’année. Ce vendredi, je n’ai pas constaté de grandes sorties et j’ai farfouiné par hasard, me laissant séduire par le premier album de Saint Mela, First Bloom, dont je devrais vous parler ultérieurement…. Je me dirigeais donc vers une nouvelle pépite intemporelle – et alors là le choix est vertigineux…- quand je suis tombé sur le clip d’un nouveau titre de Beirut, Landslide.

Quand je vois le nom de Beirut, pour moi le monde s’arrête tout simplement de tourner. Avec Zach Condon, nous avons déjà de très nombreux souvenirs communs depuis le coup de maître du premier opus Gulag Orkestar en 2006. The Flying Club Cup et The Rip Tide résonnent pour moi comme des moments fondateurs de ma culture musicale indé. Beirut est tout simplement devenu pour moi le symbole de la folk intelligente qui a su subtilement remettre au goût du jour la mélancolie slave. Beirut ce sont ces cuivres qui désarment, qui donnent un souffle épique et les talents d’interprète de Zach Condon. Des cuivres bien sentis dans un morceau désormais, c’est pour moi la tentation de glisser le nom de Beirut, une espèce d’addiction contre laquelle je n’essaie même plus de lutter.

Le 1er février, Beirut sortira donc son cinquième album studio Gallipoli et ce 10 janvier Landslide vient jouer les éclaireurs. Ce serait bien bête de ne pas savourer immédiatement ce cadeau de fin de semaine, un Don Quichotte nous attend et je n’ai pas pour habitude de refuser les invitations. Le clip entre le Don Quichotte de Terry Gilliam et les Monty Python entrecroise avec délectation les codes de l’absurde et de la parodie pour illustrer de manière originale un morceau porté par le chant de Zach Condon. L’orgue Farfisa, utilisé sur Gulag Orkestar et The Flying Club Cup, est de retour et apporte une teinte de mélancolie subtile pour un résultat tout en retenue et poésie. Pas un cuivre à l’horizon de ce joli ciel bleu qu’est Landslide. Le seul nuage finalement c’est de devoir attendre presque  trois semaines avant de pouvoir écouter Gallipoli

Sylphe

Pépite intemporelle n°15: Chicago de Sufjan Stevens (2005)

Sufjan Stevens est incontestablement un artiste déterminant de ces 15 dernières annéessufjan stevens qui a donné ses lettres de noblesse à une folk orchestrée d’une grande sensibilité. Tout autant capable de réhabiliter les albums de chansons de Noël avec son Songs For Christmas de 2006 ou de sortir de sa zone de confort folk avec le brillant The Age of Adz en 2010, Sufjan Stevens a tout d’abord commencé sa carrière avec un projet gargantuesque, réaliser un album par Etat américain. Après un remarqué Michigan en 2003, il poursuit ce projet (depuis lors abandonné) avec le sublime Illinois en 2005. Pour vous donner une idée du foisonnement artistique de la période, le très bon The Avalanche sortira en 2006, regroupant 21 titres enregistrés lors de la création d’Illinois

Illinois fait partie de ces albums rares révélant des talents d’écriture et d’interprétation. La douceur de la voix, qui sait se faire cristalline, véhicule une sensibilité assez évidente mais on sent le désir intense de Sufjan Stevens de créer des instrumentations soignées. Le titre que j’ai choisi aujourd’hui est un titre qui m’obsède et que j’avais découvert par le biais de Myspace (#jesuisvieux), la pépite Chicago. Ce morceau pour moi s’apparente à un océan de douceur feutrée parcouru par une brise d’optimisme incommensurable. La douceur du chant, l’orchestration très riche et presque baroque avec les cuivres et les cordes, les choeurs qui donnent un aspect grandiloquent mais pourtant irrésistiblement humain fonctionnent tout simplement à merveille. Un hymne de grâce, l’impression d’être touché par le divin, à l’instar de La Ritournelle de Sébastien Tellier par exemple. Les mots me manquent pour définir ce que je ressens à l’écoute de ce bijou et je préfère vous laisser avec ce morceau qui, je l’espère, illuminera votre journée et peut-être les années à venir.

En cadeau, la grâce du titre John Wayne Gacy, Jr.

Sylphe

Cinémusique n°1: Leto de Kirill Serebrennikov (2018)

Faut toujours finir en beauté ! Avant de commencer l’année 2019 j’ai enfin trouvé leleto temps d’aller voir Leto  au cinéma, je peux vous dire que j’ai fini l’année sur un bouillonnement musical grâce à ce film. Alors je fais une légère incartade avec le dogme du blog consacré à la musique. Même si ce film parle bien de musique et transpire le rock, l’énergie, l’inventivité et le surréalisme.

De la musique vous en entendrez beaucoup, le film s’apparente parfois à une forme de comédie musicale, mais n’imaginez pas un truc façon Broadway, ou du très léché façon Lala land, à la rigueur pensez à du Rocky Horror Picture Show, mais il n’y a finalement pas grand-chose de comparable avec d’autres films.

C’est un film sur la révolte adolescente et s’il y a bien quelque chose qui me fascine, c’est cette période fondatrice pour tout un chacun. Leto témoigne d’un bouillonnement musical qui anticipe la Perestroïka, mais se voit aussi comme un hymne à l’amour et à la rebellion contre le conservatisme d’un pouvoir incapable de maîtriser les aspirations d’une jeunesse nourrie aux groupes anglo-saxon. Sex drugs et Rock n’roll en Russie alors que tout est interdit, une jeunesse en pleine révolte, une liberté bafouée.

Le film est basé sur des faits réels, l’ascension de Viktor Tsoi et de Mike Naumenko , de leur amitié naît un triangle amoureux qui sert de trame narrative au film. On est alors subjugués par la douceur et la beauté d’Irina Starchenbaum. Mais cette histoire sert avant tout à nous montrer l’éclat de la jeunesse et nous offrir des moments de grâce majestueux. On pense alors à une chorégraphie chamanique et on passe son temps à taper du pied en écoutant Perfect day de Lou Reed, The Passenger d’Iggy Pop….

J’aurais pu choisir plein d’extraits du film mais j’ai flashé sur la reprise de Psycho Killer des Talking Heads, morceau de 1977. Les Talking Heads n’était pas un vrai groupe de Punk, trop intellectuel, trop propre… pourtant on sent bien l’inspiration du punk dans la version d’origine et la magie de cette reprise est d’avoir subjugué l’original.

Alors oui ! J’ai fini l’année 2018 en beauté grâce à ce film et je souhaite une bonne année 2019 à tous ! Mais un petit rappel à la vie réelle, son réalisateur, Kirill Serebrennikov, est une critique acerbe du pouvoir russe et est assigné à résidence dans son pays. 30 ans après Leto la chape de plomb du régime russe existe toujours. Que fait la jeunesse ?

Rage

Pépite intemporelle n°13: Sonsick de San Fermin (2013)

Afin de vous souhaiter une bonne année 2019 chers Five-minuteurs et en attendant que

san fermin

les premières nouveautés de qualité fassent leur apparition, petit flashback en 2013 avec un premier album marquant du groupe américain San Fermin. Un compositeur de talent en la personne d’Ellis Ludwig-Leone, deux voix d’or avec la puissance caverneuse de Allen Tate (#sosievocaldeMattBerninger) et la douceur de Rae Cassidy, des cuivres bien sentis et des mélodies douces-amères font de cet album un superbe florilège de moments émouvants. Les titres de qualité se ramassent à la pelle comme dirait l’autre (#expressionquineveutriendire), j’aime tout particulièrement Renaissance!, Torero ou Bar mais aujourd’hui j’ai choisi de vous faire entendre Sonsick.

Mais pourquoi me direz-vous? Tout simplement car je suis amoureux du chant de Rae Cassidy sur ce morceau qui met en avant sa douceur et sa puissance alors que c’est plutôt la voix d’Allen Tate qui prédomine dans l’album. J’aime les lentes montées en puissance portées par les cuivres qui me rappellent Fanfarlo et me donnent l’impression que Beirut aurait mis les doigts dans la prise. Et puis finalement ces explosions des choeurs impriment un sourire involontaire sur le visage, c’est exactement ce qu’il me (vous?) faut pour démarrer du bon pied cette nouvelle année.

Ce San Fermin mérite d’être savouré pleinement car les deux opus suivants, Jackrabbit en 2015 et Belong en 2017, ont perdu ce feu intérieur qui irradiait le premier album. Difficile de se remettre du départ de Rae Cassidy

Encore une bonne année à vous, placée sous le signe du bon son!

Sylphe