Review n°37: Metronomy Forever de Metronomy (2019)

En pleine période caniculaire fin juin, nous avions parlé sur Five-Minutes (voir ici) desMetronomy deux premiers singles Lately et Salted Caramel Ice Cream du cinquième opus de Metronomy, nommé avec une modestie certaine Metronomy Forever, deux titres qui brouillaient les pistes quant à la substantifique moëlle de l’album. Alors qu’en est-il? Retour aux sources électroniques de Nights Out? au groove sensuel du bijou English Riviera? ou prolongement des deux derniers albums Love Letters et Summer 08 qui proposent une pop plus immédiate et, à mon goût, un peu trop lisse?

D’emblée, on constate que la bande formée autour de la tête pensante Joseph Mount nous a concocté un programme d’une grande densité avec pas moins de 17 titres et 54 minutes de musique. Dans la setlist on retrouvera quelques intermèdes instrumentaux (Wedding, Driving, Forever Is A Long Time et Insecure) qui, on ne va pas se mentir, ne sont pas d’un grand intérêt pour l’album. Forever Is A Long Time aura même la fâcheuse tendance à faire retomber quelque peu le soufflé après le duo percutant Lately/ Lying Low. Bon, il faut reconnaître que j’attaque cet album par un angle très réducteur car le reste est digne du plus grand intérêt et démontre que, 15 ans après leurs débuts, le groupe est toujours animé par un appétit gargantuesque de sons.

Les premières écoutes peuvent s’avérer un peu destabilisantes car il est difficile de percevoir l’unité de l’album. Cependant, une fois le postulat de l’hétérogénéité accepté, l’écoute se révèle plaisante et nous offre de beaux moments. La pop trop lisse des deux derniers albums est remisée au placard et je ne vais pas m’en plaindre. La pop légère d’inspiration très eighties où les synthés sont à l’honneur garde cependant une place non négligeable dans l’album avec le single Salted Caramel Ice Cream qui aura la possibilité de déclencher une crise d’hyperglycémie à certains et la pop plus chaotique de Sex Emoji dont le refrain assume pleinement le côté sucré.

A côté de cette tendance pop, on retrouve le groove hédoniste cher à English Riviera. Des lignes de basse qui concourent à accentuer le réchauffement climatique apportent un groove séduisant, le duo Whitsand Bay et The Light (qui aurait pu avoir pleinement sa place dans la setlist de English Riviera) devrait vous faire frissonner de désir… Si vous ajoutez à ce groove une surprenante envie d’un rock plus incisif et direct, vous obtenez un son qui rappelle l’excellent groupe TV on the Radio et là ça frappe juste. Insecurity et Lately vous apporteront sans problème ce petit supplément d’âme électrique qui réchauffe les coeurs et les corps.

En parlant de réchauffer les corps, j’apprécie tout particulièrement ce retour aux origines électroniques du groupe (franchement je vous conseille d’aller réécouter Nights Out qui a été réédité en début d’année avec des titres inédits pour fêter ses 10 ans) et cette volonté d’aller taquiner les dance-floors. Le minimalisme de Lying Low est surprenant et addictif dans une version électro/techno savoureuse, Miracle Rooftop nous donne une belle leçon d’électronica hypnotique.

Pour compléter le tableau très riche de cet album, la fin devrait vous surprendre car clairement ça part dans tous les sens. Entre la guitare mélancolique de Upset My Girlfriend, Wedding Bells et ses sonorités plus âpres qui copulent avec les synthés et la douceur ingénue de Lately (Going Spare), les repères se brisent. Voilà finalement ce qui  me séduit dans ce Metronomy Forever, qui s’apparente à une playlist de haut vol qui résume les nombreuses inspirations du groupe et révèle le plaisir intact de partager, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°47: One One de Velvet Negroni (2019)

Petite plongée aujourd’hui dans un genre musical qui ne fait pas forcément partie deVelvet Negroni mes favoris avec le R&B afin de découvrir Jeremy Nutzman alias Velvet Negroni. Ce dernier a connu des débuts plus que difficiles et peut bénir Justin Vernon, le leader de Bon Iver, qui est tombé sous le charme de sa première mixtape T.C.O.D. il y a deux ans. Depuis, tout s’est accéléré et Velvet Negroni a eu la chance de signer sur un très grand label de … rock 4AD qui m’évoque de très nombreux artistes dignes d’admiration ( Pixies, Cocteau Twins, Beirut, TV on the Radio, The National et j’en passe). Pour le coup, ce choix de label démontre bien qu’il serait réducteur d’affilier Velvet Negroni au R&B et je vous conseille fortement d’aller découvrir ce surprenant Neon Brown. En guise d’amuse-bouche (#expressionbienpourrie), je vous propose ce One One qui en deux deux (#balancetonjeudemotpourri) a su satisfaire pleinement mes esgourdes. Une petite ritournelle à la guitare, une voix chaude et bien posée, la tentation électronique jamais bien loin comme un James Blake sorti de son costume un peu trop propret, la recette fonctionne à merveille et donne envie de se siroter du Velvet Negroni sans modération, enjoy!

Sylphe

Review n°36: The Big Picture de Last Train (2019)

Alerte enlèvement! Je répète, alerte enlèvement! Voilà bientôt deux semaines que j’aiLast Train perdu tout libre-arbitre et que, tous les jours, The Big Picture de Last Train vient insidieusement se placer sur ma platine…Voilà incontestablement pour moi l’album rock de l’année 2019! (#pasdeplacepourlesuspense)

Je ne connaissais pas les petits français originaires de l’Est de Last Train et malheureusement mes oreilles n’avaient pas croisé leur chemin jusqu’alors jalonné de deux EP The Holy Family (2015) et Fragile (2016) et d’un premier album en 2017 Weathering. Il n’en sera pas de même avec ce The Big Picture que je vais user jusqu’à la corde et qui, je l’espère, sera l’acte fondateur d’un grand groupe qui exportera le rock français à l’international. Je vous propose de me suivre dans les méandres de ce bijou et de ses 57 minutes pleines de maîtrise…

La batterie et les gros riffs de guitares sont de sortie sur le morceau d’ouverture All Alone qui semble taillé dans le granit brut et réveiller d’emblée une source d’inspiration évidente du groupe, les Red Hot Chili Peppers. La voix de Jean-Noël Scherrer file les frissons et évoque Anthony Kiedis, on verra que la puissance du chant est une des clefs de voûte de l’album avec cette énergie dévastatrice. Voilà une leçon de maîtrise qui donne le ton de l’opus avec brio… Scars part ensuite sur une rythmique plus apaisée avant l’explosion électrique du refrain, Last Train brille par sa capacité à alterner le calme et la tempête, véritable point fort de l’album. La deuxième partie du titre sonne comme du très grand Muse époque Origin of Symmetry, le souffle épique me ballotte dans tous les sens. On Our Knees part ensuite sur un format de 8 minutes pour nous proposer une lente montée en puissance toute en tension, les riffs électriques s’effaçant subitement pour laisser leur place à un minimalisme contemplatif savoureux qui prend peu à peu les traits du rock progressif à la Mogwai avec tout ce que ça implique dans la puissance émotionnelle et l’intensité. Brillantissime, sûrement l’un des titres les plus puissants écoutés ces dernières années…

I Only Bet On Myself nous ramène sur les terres plus classiques du rock avec sa rythmique uptempo digne des grandes heures des trop sous-estimés Placebo et sa fin estampillée Muse. Voilà en tout cas 4 titres de très haut vol ressentis comme une véritable intraveineuse de rock à l’état pur… La deuxième partie de l’album va, quant à elle, davantage jouer la carte des contrastes pour mon plus grand plaisir: The Idea Of Someone me rappelle l’orfèvre Sébastien Schuller dans sa capacité à filer des frissons, Disappointed nous afflige une nouvelle déflagration rock à la Red Hot avant que Tired Since 1994, sublime ballade empreinte de spleen, ne vienne discrètement nous évoquer Radiohead. Le rythme cardiaque s’abaisse avec la pop-rock plus linéaire de Right Where We Belong et le surprenant A Step Further Down porté par la douceur cristalline de son piano… Mais que dire du morceau final The Big Picture? Ce titre résume à lui tout seul la richesse artistique de Last Train, entre souffle épique et décharges éléctriques. 10 minutes sublimes comme la dernière touche d’un tableau frôlant la perfection. L’avenir appartient désormais à Last Train et j’attends désormais avec impatience les prochains voyages. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°45: STAR d’Underworld (2019)

Voilà un projet gargantuesque comme je les aime! Underworld, groupe britannique qui Underworldbrille par ses sons électros depuis les années 90 et que nous avons tous connu à travers leur titre Born Slippy .NUXX. présent sur la BO de Trainspotting, s’est lancé depuis novembre 2018 dans une expérience ahurissante: poster un titre tous les jeudis sur Youtube pendant un an (du coup 52 titres,#j’melafriseenmaths) afin d’aboutir à un album Drift Series 1 qui sortira le 1er novembre.

Du coup, afin de vous donner envie de vous perdre sur Youtube et d’écouter les très nombreux titres déjà sortis, je partage avec vous le titre STAR, véritable pépite techno qui vrille le cerveau avec ses sons âpres. Le morceau  s’inspire des comptines enfantines pour évoquer des personnalités de la culture pop telles que Michael Caine, Iggy Pop et Danny Boyle, aux côtés de personnages fictifs comme Tom Pouce et Robin des bois.  « Prenez une comptine qui est si familière qu’elle fait presque partie de notre ADN et transformez-la en quelque chose d’étrange et d’inspirant – une célébration de la vie, et des vies, et des bons et des véritables grands de ce monde » a expliqué le groupe.

Voilà en tout cas un titre et un projet hautement inspirants, enjoy!

Allez je ne résiste pas à un brin de nostalgie ce soir…

Sylphe

Review n°35: Déjà Venise de Clio (2019)

Au programme du jour, une bien belle découverte, assez inhabituelle pour moi avec le

Clio

deuxième album Déjà Venise de Clio. Tout simplement inhabituelle car la chanson française n’a jamais trôné parmi mes grandes préférences et je n’ai jamais caché que, malgré un métier qui célèbre la beauté des mots (non, non je ne suis pas Bertrand Renard…), les atmosphères instrumentales me touchent plus que les mots… C’est finalement un joli gage de qualité lorsqu’un album à textes sait charmer mes oreilles et, le moins que l’on puisse dire, c’est que mes oreilles baignent dans un plaisir intense avec cet opus d’une douceur mélancolique séduisante.

La recette de cet album est d’une limpidité évidente, d’un côté la belle voix de Clio qui brille par sa langueur et une certaine forme de fausse nonchalance et de l’autre des ambiances très 80’s où les synthés insufflent, surtout dans la première partie de l’album, une fraîcheur qui me séduit. Ajoutons-y la puissance des textes qui traitent du sentiment amoureux avec candeur et ironie et vous vous trouvez avec 35 minutes douces-amères assez envoûtantes…

Le single T’as vu, sûrement mon titre préféré, ouvre brillamment l’album. Les synthés omniprésents et la rythmique du refrain accompagnent judicieusement le texte où Clio évoque avec originalité les doutes amoureux dans le couple. On sent la force du non-dit lorsqu’elle essaye de se convaincre en vain avec la répétition finale de « Y’a pas mieux que toi »… Amoureuse de son côté joue, quant à lui, la carte de la sincérité dans une composition plus classique qui met plus en avant la voix candide de Clio qui reconnaît son besoin de tomber sans cesse amoureuse. Sur les horodateurs aborde ensuite la difficulté de vivre en couple et la difficulté de mettre fin à une relation. Autour de la thématique récurrente de l’ennui et du temps qui passe, Clio m’évoque pour la première fois de manière évidente Charlotte Gainsbourg et plus particulièrement son Rest de 2017. Avec des formules marquantes comme « Toi t’as la flamme, moi j’ai la flemme », elle souligne la difficulté de rompre. On retrouvera cette thématique de la séparation dans le très bon Déjà Venise qui, sous ses airs de pop faussement légère avec son refrain candide « Elle est faite ta valise dans ta tête », souligne la peur d’être abandonnée.

Clairement, cet album démontre un vrai plaisir à manipuler et jouer avec les mots. La précision chirurgicale des mots de Tristan où le rythme du chant s’accélère, l’humour de Nous perdre au Louvre où l’intimité de la découverte amoureuse finit face à la Joconde au milieu de 400 Japonais, la reprise subtile du Porque Te Vas de Jeanette qui traite de nouveau de la séparation font mouche. Ajoutons-y la ligne de basse de Des Pas sous la neige toute droit sortie de la BO de Matrix et le duo final avec Ours où l’on retrouve une guitare qui sied parfaitement à ce duo amoureux et l’on se retrouve avec un très bel album.

Avec ce Déjà Venise, Clio confirme de vrais talents d’interprète et démontre qu’elle a tout d’une grande (#chutefacile). Dans l’Antiquité Clio était la muse de l’Histoire, au XXIème Clio est une muse pour raconter des histoires, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°38: Live at Leeds de The Who (1970)

Album fondateur et sûrement l’un des plus grands lives de l’histoire de la musique, leThe Who Live at Leeds est un monument. C’est pendant l’été qu’a germé l’idée de revenir sur cet album qui m’a toujours accompagné. En effet, pendant la période estivale, beaucoup d’articles, d’émissions de radio et de télé (redécouverte du documentaire sur Woodstock 3 days of peace and music) ont été consacrés aux 50 ans de Woodstock. Si j’avais les moyens, j’aurais craqué pour la réédition complète (38 cd et près de 800 euros) mais voilà, ma passion a quelques limites… En tout cas, la commémoration m’a permis de mieux comprendre à quel point ce festival reste un moment important pour la musique et la culture.

Quand j’étais jeune, j’avais emprunté à plusieurs reprises le documentaire dont Martin Scorsese est l’un des coréalisateurs et qui donne un aperçu du festival. Dans mon souvenir, on voyait 2 à 3 heures de musique mais je ne connaissais pas la moitié des groupes présents sur les éditions de l’époque. Je faisais donc beaucoup d’avance rapide. Objectivement, comme beaucoup, c’est Jimmy Hendrix que je voulais voir. On le voyait à la fin de la cassette. Il y avait quand même ce passage sur les Who

Et dieu que cela envoie du lourd! Malheureusement le concert de Woodstock des Who avait un son pourri. D’ailleurs, la rétrospective permet de se rendre compte à quel point Woodstock fut d’une grande impréparation.Quand on pense que Jimmy Hendrix joue vers 8 heures du matin alors que la plupart des spectateurs sont rentrés chez eux…

Mais revenons à nos Who. Ils avaient décidé d’enregistrer un live après la sortie de Tommy. Il faut dire que leur réputation d’énergie folle était déjà incroyable, leurs concerts duraient 3 heures et ils cassaient leur matériel sur scène une fois sur deux. De retour d’Allemagne, après une tournée extrêmement longue, les voilà à Leeds, puis à Hull. Les deux dates ont été captées sur la bande mais heureusement c’est le Live at Leeds qui est sorti en premier (Hull ça sonne vraiment con comme nom pour un concert de rock -finalement le Live at Hull sortira également bien plus tard…).

Alors ce disque c’est quoi au juste? l’énergie c’est beau quand c’est maîtrisé, c’est le premier enseignement de cette musique. Sur le Live at Leeds il suffit d’écouter l’enchaînement We’re Not Gonna Take It / See Me Feel Me / Listening To You et tous les instruments un par un pour se rendre compte que c’est tout juste incroyable.

Je ne pense pas à un musicien en particulier, ils sont tous des génies, mais c’est vrai que Keith Moon à la batterie avec ses tapotements de musicien de jazz qui semble se balader sur la rythmique, ça paraît toujours incroyable. Et puis il y a à la basse John Entwistle. Je suis bassiste et tout le monde devrait savoir qu’il a changé la perception et la place de la basse dans la musique. Bref pour revenir à cet article, je me suis rendu compte que la vraie sensation surprenante de cet album, outre qu’il est la porte d’entrée vers le punk, c’est la voix. Je n’avais pas bien compris jusqu’à maintenant qu’indépendamment d’individualités incroyables, de génies musicaux, d’énergie folle, ils avaient tous LA VOIX. Je ne parle pas uniquement de la voix de Roger Daltrey mais de cette capacité ahurissante qu’ils ont de chanter tous ensemble, de cette osmose musicale et mélodique incroyable qu’on retrouve partout sur le live et notamment sur A Quick One, While He’s Away.

Un dernier conseil, optez pour la version deluxe intégrale du live, 3 heures de musique pour ne rien rater d’un des plus grands lives de la musique rock (dans un autre genre je me garde la possibilité de parler un jour de The Youth are getting restless des Bad Brains).

 

Rage

Pépite du moment n°42: Beograd de SebastiAn (2019)

Pour savourer ce premier week-end post rentrée, il me faut en ce dimanche un morceau qui pulse pour me donner l’énergie de bosser un peu. On reviendra plus tard pour le concept du jour du Seigneur où le travail est interdit (#genreonvateplaindre)… J’ai exactement trouvé ce qu’il me faut avec du son estampillé Ed Banger, ce titre de SebastiAn sorti au début de l’été fait partie des éclaireurs qui nous préparent à l’album Thirst qui sortira le 8 novembre. Produit par So_Me qui est le producteur de prédilection du label Ed Banger (voir par exemple son clip de D.A.N.C.E. de Justice dont on avait parlé ici ), ce clip tourné à Belgrade est un vrai morceau dance qui met à l’honneur le pouvoir de la danse qui touche toutes les générations. Nous suivons différents personnages qui dansent sans cesse et qui finissent par se retrouver pour une battle dans un club. Les mouvements de caméra sont rapides et incessants afin de judicieusement faire ressentir la transe des personnages qui prend aussi possession de notre corps. Le morceau en lui-même fonctionne à merveille avec ces synthés lancinants et répétitifs qui ne sont pas sans rappeler Justice, des intermèdes apaisés et bien sentis permettent de relancer avec puissance le son. Voilà pour moi un morceau imparable avec sa montée finale follement excitante, enjoy!

Sylphe