Five Titles n°2: Dear John de Loney Dear (2009)

Lorsque vient ce besoin de se ressourcer auprès des artistes et albums qui nous ont Loney Dearconstruit humainement et plus humblement musicalement (#excèsdesadverbes) les playlists que nous avons créées minutieusement s’imposent comme de vrais havres de paix. Sur la playlist gargantuesque regroupant mes innombrables coups de coeur il m’arrive régulièrement de retomber sur des titres du Dear John de Loney Dear. Il faut croire que la fonction aléatoire de ma playlist a une attirance incontrôlable pour Emil Svanängen, défiant toutes les lois de la logique. Un signe du destin m’a définitivement donné envie de parler de ce superbe album lorsque j’ai vu que son homonyme Matthew Dear (pour l’anecdote inutile ces deux-là sont nés à 6 jours d’intervalle) venait de sortir un nouvel album, Bunny. Ayant toujours cette fâcheuse tendance à mélanger les Dear, il était devenu évident qu’il fallait régler ce problème et partager dans les plus brefs délais mon amour pour ce Dear John sorti sur le très recommandable label Sub Pop. Voilà donc cinq titres pour vous inciter à aller écouter ou réécouter, pour les plus chanceux le connaissant déjà, ce superbe bijou d’électro-folk qu’est Dear John.

1. L’ouverture de l’album Airport Surroundings qui me désarme à chaque fois. Morceau uptempo, il résume avec brio l’accouplement d’une folk suave avec le sentiment d’urgence d’une électro suggestive. On retrouve ainsi de nombreux éléments qui sauront me séduire dans tout l’album, la douceur de la voix, le sens de la mélodie avec le recours aux choeurs et un goût prononcé pour soigner les ambiances instrumentales, en l’occurrence de légers tintements ici.

2. La plongée dans les abysses marines d’Under A Silent Sea et sa schizophrénie faussement évidente. Après presque 2 minutes d’une douceur folk dénuée de toute monotonie à l’image des 3 titres précédents Everything Turns To You – I Was Only Going Out – Harsh Words, le titre prend soudainement une tournure plus organique, plus électronique. Les synthés et les drums prennent brillamment le pouvoir sans pour autant briser la douceur mélancolique qui se dégage du morceau. Un superbe exercice de style qui résume parfaitement les deux aspirations principales de l’opus.

3. La folk de I Got Lost brillamment sublimée par le violon d’un autre génie, en la personne d’Andrew Bird. A peine 3 minutes d’une douceur inouië à nous en faire frémir les paupières…

4. L’autre bijou uptempo de l’album avec l’addictif Distant Lights qui me donne des frissons à chaque écoute. L’univers est plus sombre, à peine éclairé par ces jolis tintements qui essayent de contrecarrer des choeurs angoissants. Je visualise à l’écoute de ces trois petites minutes qu’on voudrait voir se prolonger inlassablement un paysage urbain en pleine nuit (peut-être l’influence de la pochette) et la fuite désespérée d’un personnage pris dans son cauchemar. Un tableau juste sublime…

5. Le morceau final de cet album d’un peu plus de 40 minutes Dear John qui démontre, dans la lignée de Harsh Words, la capacité de Loney Dear à mettre en place des instrumentations plus orchestrées avec ces cuivres qui viennent nous cueillir de manière imparable.

Voilà en tout cas un album raffiné d’électro-folk que je prends toujours autant de plaisir à réécouter 9 ans après sa sortie. Avec cet article je signe un nouveau bail de 9 ans avec Dear John, il ne vous reste plus qu’à signer vous aussi.

Sylphe

Five Titles n°1: The Dog and the Future d’Agar Agar (2018)

Après des débuts tonitruants avec leur premier EP Cardan et une victoire aux Inrocks labAgar Agar en 2016, le duo français Agar Agar composé de Clara Cappagli et Armand Bultheel nous revient plus en forme que jamais avec ce premier opus The Dog and the Future. Ici pas question de se figer et de se retrouver pris dans des tentacules gélifiantes, le groupe continue à explorer avec talent et justifie de faire déjà une date à l’Olympia début décembre. Voici 5 titres qui devraient vous convaincre de faire connaissance avec les français d’Agar Agar

1. Le morceau d’ouverture Made est très subtile dans sa construction progressive. Au synthé angoissant du début qui fonctionnera tout le long comme une ritournelle obsédante viennent se superposer progressivement de nombreux autres synthés et au final la voix chaude de Clara. Cette impression de voir se dessiner sous nos yeux un paysage sonore intemporel est séduisante.

2. Le single Sorry About the Carpet est brillant et la recette est d’une limpidité incontestable. Prenez la nonchalance sensuelle de la voix de Clara, une note de synthé tenue avec une rigueur sans faille (#onaretrouvéDavidGuetta) et un refrain mélodique à souhait et vous obtenez ce beau bijou tout en contrastes.

3. Fangs Out est un morceau, quant à lui, plus tourné vers le dance-floor. Sa construction est plus complexe et destabilise brillamment. Après une entrée lunaire et angoissante marquée par un hurlement de chien (animal qui parcourt tout l’album) qui m’évoque Faithless (le début, pas le chien hein?), les percus prennent le dessus et la rythmique s’accélère. Marqué par les ruptures de rythme, le morceau rappelle les débuts plus électro du duo.

4. Shivers me rappelle d’emblée l’univers du premier opus de Fever Ray. Electro sombre et chamanique, ce morceau nous offre un ciel noir comme l’encre qui ne laisse jamais passer la lumière pop propre au duo. Etouffant…

5. Requiem est un morceau d’une douceur sépulcrale. L’impression d’une musique classique jouée par un orgue robotique qui démontre le potentiel pouvoir cinématographique du duo.

Sylphe