Ciné-Musique n°10 : The Batman (2022) de Matt Reeves/Michael Giacchino

news_13642Enfin sorti hier 2 mars après des mois d’attente et d’impatience, The Batman de Matt Reeves a déjà mis presque tout le monde d’accord. Affichant à ce jour un 8,9/10 chez IMDb (plus de 21 000 avis), 86% chez Rotten Tomatoes et un double 4,3/5 spectateurs et 3,9/5 presse du côté d’Allociné, les dernières aventures cinématographiques du Dark Knight font presque l’unanimité. Il faut dire que le film est une immense réussite artistique, doublée d’une adaptation franchement convaincante. Tout spectateur qui s’attendra à une histoire de super-héros ponctuée de blagounettes lourdingues sera bien déçu. En effet, The Batman joue la carte du retour aux sources du personnage : un détective impulsif et de haute volée, qui se plonge dans une enquête d’une grande noirceur, tant dans son propos que dans l’esthétique. Une série de crimes violents et énigmatiques frappe la ville de Gotham, déjà submergée par la violence. La police est dépassée, bientôt rejointe par un Batman/Bruce Wayne encore jeune, mais surtout névrosé et dépressif au plus haut point. Robert Pattinson (totalement bluffant et excellent dans le rôle) campe un Bruce Wayne enfermé dans le choc jamais surmonté de la perte de ses parents, et dans un désespoir existentiel qui l’amène à tout donner pour Gotham.

Esthétiquement, The Batman mélange les influences et les clins d’œil, empruntant notamment au Se7en de David Fincher sous bien des aspects et se jouant dans une ville détrempée de pluie. La direction photo est quasi irréprochable, avec bon nombre de plans incroyables qu’on croirait tirés de comics. La nuit est omniprésente : sur trois heures de film, on doit voir le jours dix minutes en cumulé (et encore je suis large). Batman est une créature de la nuit, et Matt Reeves la replace dans son élément. Pour qui a envie de se plonger dans un thriller dark très 90’s assez magnifiquement réalisé et interprété, aucune hésitation à avoir : The Batman est le film qu’il vous faut. Les esprits chagrins qui doutaient de Robert Pattinson en seront pour leurs frais. Ce dernier déploie une qualité de jeu qui se rapproche bien plus de Cosmopolis ou Tenet que de Twilight. Les secondes rôles sont parfaits. Quant à l’ambiance globale noire, inquiétante et désespérée dont on a déjà parlée, elle est aussi soutenue par une bande son à couper le souffle.

Pour la bande originale de The Batman, Matt Reeves a fait appel à Michael Giacchino. Un nom qu’on ne présente plus, tant il a composé de thèmes mémorables pour le cinéma et la télévision depuis une vingtaine d’années. Lost, Fringe, Les Indestructibles, Mission Impossible 3, Jurassic World, Star Trek, Rogue One… c’est lui, et la liste est loin d’être exhaustive. On pourrait toutefois y ajouter ses précédentes collaborations avec Matt Reeves, notamment pour le très efficace Cloverfield, et les excellents La planète des singes : l’affrontement et La planète des singes : Suprémacie. Les deux compères se retrouvent pour un score qui laissera des traces. Basées sur des sons, des bruitages, des boucles minimalistes, des cordes grinçantes, les compositions de Michael Giacchino contribuent à la noirceur et l’inquiétante ambiance de The Batman, tout en sachant exploser et se faire plus intenses et fournies lorsque le film s’emballe. A aucun moment on ne se rend compte que la musique est là, tout simplement parce qu’elle s’insinue sans prévenir et fait totalement corps avec les images. Déjà en grande réussite sur leurs collaborations précédentes, les deux artistes atteignent ici une osmose naturelle et d’une foudroyante efficacité. Je défie quiconque de se débarrasser rapidement du thème principal en sortant du film.

Au-delà du score de Michael Giacchino, la plus grande trouvaille de Matt Reeves est peut-être d’injecter dans la BO de son film des morceaux déjà existants que l’on attendait pas. Je ne prendrais que deux exemples, sans spoiler quoique ce soit, et surtout pour ne pas vous en dévoiler trop. D’un côté, un Ave Maria qui ouvre notamment le film, pour une scène inaugurale d’une rare efficacité. De l’autre, Something in the way de Nirvana, pour éclairer à plusieurs reprises le désespoir ambiant. Pouvait-on mieux choisir, lorsqu’en plus on a droit à un Robert Pattinson se confondant parfois avec un Kurt Cobain revenu d’entre les morts qui incarnerait un Bruce Wayne totalement habité par ses angoisses névrotiques ?

The Batman est un vrai film réfléchi, construit, réussi, brillant, ultra-fidèle au matériau comics de base, et follement addictif. Après trois heures passées dans la salle (qui d’ailleurs ne se voient pas passer), l’envie de replonger est quasi-immédiate. La cohérence artistique du film est renversante, et la BO tient largement sa place dans cette réussite. Et dire que The Batman n’est que le premier d’une trilogie annoncée.

Raf Against The Machine

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