Pépite intemporelle n°56 : Sache (2006) de David Delabrosse

A la suite du copain Rage et de son Hygiaphone d’il y a quelques jours, retour dans mon rétroviseur musical pour déterrer une pépite que je n’ai en fait jamais réellement enterré. Normal, c’est une pépite. Et les pépites, ça se conserve précieusement sous la main pour y revenir dès que l’envie s’en fait sentir.

C’est bien de ça dont il s’agit avec Sache, titre de clôture du premier album de David Delabrosse sobrement intitulé 13m2 (2006). David Delabrosse est musicien. Il écrit des chansons souvent jolies et qui racontent encore plus souvent des choses. J’ai découvert son travail au milieu des années 2000, lorsqu’il assurait la première partie des concerts de Yann Tiersen sur la tournée Les retrouvailles. Avant de plonger dans la magie Tiersen, David Delabrosse m’a baladé dans son univers doux-amer, entre tendresse et ironie, fragilité et humour, réalité et imaginaire. Il n’en fallait pas moins pour que j’investisse ce 13m2, réalisé (et ce n’est pas un hasard) par Yann Tiersen lui-même. Depuis, David Delabrosse a publié un 2e album Le son de l’hallali (2011), avant de s’offrir une longue parenthèse d’albums pour enfants mais pas que : Ego le Cachalot (2013) puis Ego le Cachalot et les Bulots (2016). Puis de revenir cette année avec Le modèle réduit de nos pensées (album déjà dispo en numérique et le 5 juin dans les bacs).

C’est pourtant dans ce 13m2 que je suis toujours resté un peu bloqué. Il contient de bien belles choses, comme ce duo L’étoile du Nord avec Françoiz Breut, ou bien Venus, ou encore Le gyrophare, un titre chargé d’émotions et d’absence. Et c’est précisément ce Gyrophare qui introduit, en toute fin d’album, Sache. Un exemple supplémentaire (s’il en faut) pour préférer l’album à la compilation : un artiste ne place jamais ses chansons dans un ordre aléatoire. Tout est lié et tout a un sens, d’un titre à l’autre. C’est un voyage que l’on fait tout au long d’une galette. Le 13m2 de David Delabrosse n’échappe pas à la règle, et nous amène au titre final.

Sache dure 2 minutes 26. C’est court, trop diront certains. C’est pourtant la durée parfaite pour une chanson qui démarre comme un procès d’intention et de reproches, pour se révéler rapidement être tout autre chose. Sache est un message adressé à l’autre qui n’est plus là. Un message qui dit le manque, le regard sur nous deux, les bons moments et ceux qui ne seront pas, et qui a l’élégance de ne pas aller sur le terrain du retour demandé/espéré/supplié. Une adresse qui emmène vers une des plus belles phrases que je connaisse : « Sache que même quand le ciel s’abat / Il y a encore de l’air au-dessus ».

Sache est plus que joliment écrit, et encore plus brillamment mis en musique. La Tiersen touch est évidente, en ce qu’on y retrouve tout ce qui a fait le grain de son album Les Retrouvailles, publié en 2005 soit quelques mois avant 13m2. Sans doute un de mes Tiersen préférés. Ceci explique possiblement cela. Et enfin, s’il fallait encore vous convaincre d’écouter Sache, la chanson se termine sur une ultime touche d’intelligence. L’autre, celle dont l’absence démange chaque jour, n’est pas si loin puisque sa voix revient en écho, puis en chœur, pour répéter en boucle la maxime finale. Une étrange et jouissive sensation, le retour que l’on n’attend pas et qui n’est peut-être qu’imaginaire. Ou pas. Dans un certain sens, des retrouvailles. CQFD.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°58 : Australia (2020) de Thomas Méreur

a0354549336_16Aujourd’hui, retour indirect sur Dyrhólaey de Thomas Méreur, aka Mon album de l’année 2019, et de très loin. Si vous avez oublié pourquoi, je vous invite à relire ma review d’il y a quelques semaines, disponible d’un clic juste ici. J’ai vu d’ailleurs que, période des Awards, Oscar, César et récompenses en tout genre oblige, il est question de savoir quel est le meilleur film de l’année écoulée. J’avoue que ça se joue dans un mouchoir de poche, et ça se tire la bourre sévère (en ce qui me concerne) entre Parasite, Once upon a time… in Hollywood, Ad Astra et Joker (dans l’ordre chronologique des sorties). Je ne sais pas encore qui retenir, même si Joker est tout de même au-dessus en ce qu’il triomphe à la fois sur le scénario et son propos, la réalisation, la photo, le montage, l’interprétation de Joaquin Phoenix, la BO (Hildur Gudnadóttir, pour les distraits on en a parlé ici, à retrouver d’un clic aussi). Et on n’avait jamais connu son réalisateur Todd Phillips dans ce registre.

Digression cinématographique mise à part, retrouvons donc Thomas Méreur, avec un titre composé il y a quelques jours en réaction aux incendies dantesques qui ont ravagé l’Australie, et du même coup la nature planétaire. Pas très étonnant que le garçon réagisse de la sorte, lorsqu’on connaît son attachement aux questions environnementales et humaines. Il aurait pu se contenter d’un tweet, ou de vivre ça de son côté. Mais non. A la place, et pour notre plus grand bonheur (malgré la désolation de la réalité), on a droit à un morceau inédit. Il est comme ça Thomas : un événement le touche, et bim il nous compose un titre. So classe.

Titre dans lequel on retrouve tout ce qui m’a bouleversé dans Dyrhólaey : une composition sobre et émouvante, piano-voix soutenue par un trait de guitare. Et toujours ce travail sur la voix. Et putain quelle voix. Si vous restez de marbre, je ne peux pas faire grand-chose pour vous. Ecouter Australia, c’est comme se réfugier dans un cocon musical, une sorte de bulle de sérénité qui vient contrebalancer la violence de la situation australienne et du monde en général. Ecouter Australia, c’est aussi, comme le faisait déjà l’album Dyrhólaey, ressentir à la fois la chaleur de l’isolement solitaire et l’ivresse des grands espaces et de la lumière.

En un mot comme en cent, écouter Australia c’est se sentir enveloppé et apaisé dans tous les recoins de nous tout en regardant le monde et en imaginant qu’on peut encore le rendre meilleur. Et pour joindre le geste aux idées, sachez que la totalité des ventes de ce titre ira à WIRES (Wildlife Rescue), organisation qui œuvre pour la préservation et la sauvegarde de la nature en Australie (www.wires.org.au/donate/emergency-fund). Australia est écoutable et disponible à l’achat sur Bandcamp (https://thomasmereur.bandcamp.com/track/australia) pour la très modique et minimale somme de 1 euro (mais on peut donner plus et autant qu’on veut). Je ne sais pas ce que vous attendez : pour une piécette, une magnifique chanson inédite de Thomas Méreur ET la possibilité de venir en aide à la nature, franchement ça ne se discute même pas.

De l’Islande à l’Australie, Thomas Méreur fait le grand écart géographique mais reste artistiquement fidèle à tout ce qu’on aime chez lui en livrant, une fois encore, un titre fin, beau, humainement et émotionnellement très riche. Pas loin de talonner A cold day in May, ma piste préférée sur son Dyrhólaey. Oui, ce morceau-là qui mériterait de figurer dans la BO de The Leftovers (Five reasons pour écouter cette BO ? Ça se relit par ici). Oui, cette série-là, au-dessus de toutes parmi les séries. On est sur du très haut niveau. Si tu me lis, d’où que tu sois, écoute Australia. Les autres aussi.

PS : Et parce qu’un plaisir ne vient jamais seul, Thomas Méreur a aussi enregistré récemment une reprise d’un très beau Yann Tiersen, Les bras de mer. C’est bonus.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°7 : Dyrhólaey (2018) de Thomas Méreur

Tous les chemins mènent à Five-Minutes de bon son : en témoigne aujourd’hui notre rencontre avec Thomas Méreur et la preview de son album à venir intitulé Dyrhólaey. Five-Minutes de bon son voire un peu plus, puisque ce sont trois titres à découvrir sans tarder sur SoundCloud, la totalité de l’album étant prévue pour le printemps 2019.

Sans le savoir, je connaissais déjà Thomas Méreur, mais pas pour ses talents de musicien. Etant un lecteur assidu et abonné de Gamekult (#LeSiteDeRéférence !), j’y ai maintes fois suivi Amaebi (alias Crevette), qui n’est autre que notre artiste du jour. Grand client, tout comme moi, des open-worlds et des (bons) Assassin’s Creed, je me suis longuement régalé de ses tests, ainsi que de sa chronique Juste un doigt sur les jeux mobiles, que je ne saurais que trop vous conseiller. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Thomas Méreur n’a pas mis juste un doigt (vous l’avez ?) dans la composition des titres pépites du jour : le garçon y est allé de ses deux mains et de tout son cœur pour nous proposer un voyage en terre lointaine et onirique.

Pas si lointaine d’ailleurs, puisque je suis allé chercher ce que c’était que ce Dyrhólaey : il s’agit d’une petite péninsule nichée sur la côte sud islandaise. A quelques heures de vol de par chez nous, voilà donc le coin de nature où nous convient les notes de Dyrhólaey, au creux d’un pays qu’il faudra décidément que je visite tant il m’attire et me fascine.

Les trois titres preview m’ont emmené dans à peu près tout ce que je peux imaginer d’espace, de rêve, de sensations et de grand air en pensant à l’Islande. Thomas Méreur fait le choix du piano solo, ce qui m’a un tantinet déconcerté au départ puisqu’on sait notre Amaebi très client de pop-rock anglaise et autre syndrome Radiohead (dont nous reparlerons toutefois). C’est précisément là où je ne l’attendais pas qu’il frappe, avec trois morceaux d’une grâce aérienne infinie. Si A steady and sad process ne joue que sur le terrain instrumental, The road that leads to our house et Apex ajoutent une voix à la fois cristalline et mystérieuse. Apex s’enrobe en outre d’une discrète nappe synthé. Ce savant mélange crée un climat de coton plein de repos et de douceur, qui fait un bien de dingue en ces temps où le monde se fait bousculer de toute part.

J’ai passé trois titres en apesanteur totale, la tête dans un autre monde. De la musique de Mozart, Sacha Guitry disait « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui ». Je ne pousserais pas la comparaison si loin. Thomas Méreur n’est pas Mozart, et fort heureusement dans un sens. En revanche, le garçon a dû beaucoup écouter Erik Satie et d’autres merveilles musicales du même genre. Et, pour revenir à ce qui a suivi mon écoute de Dyrhólaey, le silence qui lui a succédé était bien plus que du Thomas Méreur : un moment de totale paix intérieure, associé à cette magique sensation que plus rien ne pourra nous bousculer. Le même effet qu’après avoir découvert EUSA (2016) de Yann Tiersen. Les mêmes frissons qu’en plongeant dans plusieurs Radiohead : Treefingers (sur Kid A), Pyramid Song (sur Amnesiac), MK1 (sur les bonus de In rainbows) ou encore Codex (sur The King of Limbs).

Là où il s’écoute, Dyrhólaey répand son incroyable lumière vaporeuse et un putain de bien-être dont il serait ridicule et indécent de se passer. Cet album preview est à découvrir d’urgence, en attendant la version complète que l’on souhaite voir arriver le plus tôt possible, pour notre plaisir et avant tout pour celui de son créateur. Chapeau bas, merci et à très vite pour la suite de l’aventure !

Raf Against The Machine