Pépite intemporelle n°64 : Calm like a bomb (1999) de Rage Against The Machine

RAtM-BattleofLosAngelesNous aurions pu, en ce jeudi, nous faire un petit Five titles qui va bien, pour parcourir un album qui va bien aussi. Toutefois, la semaine ayant été ce qu’elle a été, cette virée en cinq titres sera pour plus tard. Le mood du moment m’amène plutôt à réécouter du son qui déboîte, à l’image de notre pépite intemporelle du jour. Nous sommes en 2020 (peu de chance qu’on l’oublie, et qu’on oublie cette année semblable à une gigantesque bouse), mais nous sommes aussi en 1999 tant Calm like a bomb est un titre intemporelle. Et donc pépite, puisque sorti de la tête et de l’énergie de Rage Against The Machine, autour d’un Zach de la Rocha super vénère.

Calm like a bomb, c’est le troisième titre du troisième album du groupe. The Battle of Los Angeles fait suite à Evil Empire (1996), qui contenait certes de pures pépites là aussi (je pense à Bulls on parade, Vietnow ou encore Year of the boomerang), mais qui reste, à mon goût, en deçà de l’incendiaire et parfait premier album Rage Against The Machine (1992). En 1999 débarque donc la troisième galette des rageux, qui renoue avec une cohérence et une puissance imparable. Pensez donc : alors que sonnent les premières notes de Calm like a bomb, on a traversé seulement deux titres sur douze, et on s’est déjà pris en pleine face Testify et Guerilla Radio.

Calm like a bomb porte bien son nom, et est construit comme tel. Démarrant sur une douce et ronde ligne de basse, tempo plutôt lent et murmures de Zach de la Rocha, on se dirait presque qu’on s’est fait avoir. Quoi ? Comment ça ? C’est ça le son 1999 de Rage Against The Machine ? Oui, c’est ça, et il faut laisser au titre le temps de se dérouler, pour en saisir toute l’énergie contenue. Jamais le tempo ne va s’accélérer, jamais non plus ça va partir dans tous les sens. En revanche, par un savant empilement de la rythmique de plus en plus lourde, d’une guitare de folie sous les doigts de Tom Morello et du flow furieux de Zach de la Rocha, on part direct sur cinq minutes incandescentes que rien n’éteindra. Et surtout pas le refrain, qui défonce vraiment tout. La bombe n’explosera jamais, mais on sent que tout est à fleur de peau et qu’il suffirait d’un rien. Au bord de la crise de nerfs.

Un titre donc moins calme qu’il n’y paraît, et finalement encore bien plus explosif qu’il ne l’est déjà par son climax démentiel. Calm like a bomb est un titre énorme. Il vend de l’espoir là où il n’y en a plus. Il donne l’énergie de tout foutre en l’air pour tout changer. Mais tout foutre en l’air avec intelligence car, rappelons-le, le groupe est bien loin d’être un quatuor de cons. Militants, engagés, avec une vraie réflexion sur le monde dans lequel on survit. Ces quatre là ont changé tout autant mes jeunes années que la face d’un rock qui s’avérait à la fois nerveux, de très haute tenue, puissant et intelligent. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce même Calm like a bomb clôt la fin inattendue de Matrix Reloaded et son cliffhanger total barge. Dans le travail des Wachowski et dans l’univers de Matrix, on n’est finalement pas loin de la dinguerie du monde actuel qui m’a fait ressortir mon Calm like a bomb.

Faites ce que vous voulez. Pour ma part, je retourne à mon auto-confinement histoire d’échapper au COVID mais aussi à l’auto-connerie ambiante d’un monde qui, manifestement, a décidé de s’auto-détruire avant même d’atteindre le full high-level Idiocracy (grand film visionnaire). Quoique. Peut-être est on déjà dans la Matrice, et peut-être que le monde réel est déjà à un stade avancé d’Idiocracy. Dans un cas comme dans l’autre, Calm like a bomb s’impose comme le son du moment. A écouter en boucle. Et (très) fort.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°19 : Outro (2011) de M83

Envie d’air et d’évasion ? On a ce qu’il vous faut sur Five-Minutes, avec une pépite déjà intemporelle malgré son jeune âge. Retour il y a moins de dix ans en 2011 avec Outro de M83.

Outro est tout simplement une petite merveille de 4 minutes qui étale plusieurs phases d’émotions en un seul titre. Tout commence avec une minute pile d’intro planante qui expose le thème principal, qu’on se prendra un peu plus tard en pleine tête, totalement étourdi (mais ça on ne le sait pas encore). Suivent 20 secondes de blanc et de silence absolu : faut quand même oser, en plein titre, planter son auditoire sans un son. Pourtant, le silence ça fait du bien parfois. Et ce que l’on comprendra, c’est le génie de ces 20 secondes de silence, pour mieux nous faire jouir de la suite.

La suite, c’est le thème principal déjà savouré dans l’intro avec d’infimes variations, et surtout une voix et du texte. Un texte si court et si puissant qu’on ne peut que le rapporter ici : « I’m the king of my own land / Facing tempests of dust, I’ll fight until the end / Creatures of my dreams, raise up and dance with me / Now and forever / I’m your king ». Une déclaration de combat à la réalité, qui passe par une volonté affirmée et absolue de prendre les choses en mains en convoquant tout ce qui peuple nos rêves pour s’en entourer et s’en faire un monde.

Puis, à 2’28, c’est la baffe imparable avec le thème principal qui prend toute son ampleur et bouffe tout sur son passage. Une minute pendant laquelle le monde s’ouvre enfin. L’esprit et l’horizon se libèrent, la vie devient possible et ce monde qui sait être dégueulasse et vilain ressemble enfin à quelque chose. Plus rien n’est une frontière, les limites de la réalité explosent en vol et ça brasse au fond des tripes comme jamais. On se sentirait capable de faire à peu près n’importe quoi pendant cette minute. Mais un n’importe quoi qui aurait de la gueule, genre sauter d’une falaise et rester en suspension, à se sentir juste exister. Avant de redescendre et finir dans la plus infime des douceurs d’un piano qui égrène une dernière fois cette mélodie, comme pour se glisser définitivement dans un rêve dont on ne voudra plus jamais sortir.

Outro de M83 c’est tout ça à la fois, et encore un peu plus. On rappellera que M83 est un groupe français fondé par Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau, le premier étant toujours aux commandes après 20 ans d’existence. Puisque oui, M83 a débuté ses activités en 1999. On dira encore que Outro a le bon goût de clore de la plus belle et logique des façons Hurry up, we’re dreaming (2011), l’excellent 6e album du groupe. On rappellera aussi que ce Outro, tout comme bien d’autres titres de M83, a été réutilisé et réentendu dans de nombreux films, séries TV ou encore bande-annonces. Mis à part être le jingle d’entrée des invités sur le plateau de Quotidien chez Yann Barthès, on retiendra que Outro éclaire la fin du trailer de Cloud Atlas (2012), l’absolue merveille cinématographique des Wachowski et de Tom Tykwer. Au passage, si ce n’est déjà fait, jetez-vous sur ce film incroyable qui, lui aussi , redonne espoir en l’homme et la civilisation par son message altruiste et tolérant qui fait voler en éclat toutes les barrières.

Dépêchez-vous de savourer tout ça, on est en plein rêve. Faites profiter vos oreilles et vos yeux. Ne lâchez rien, n’abandonnez jamais rien ni personne à la médiocrité et à la connerie, soyez vous et soyez en vie ! Moi, je retourne sauter de la falaise.

Raf Against The Machine