Review n°40: The Rare Birds de Kid Loco (2019)

Jean-Yves Prieur, alias Kid Loco, est incontestablement un des artistes-phares de laKid Loco french touch… malheureusement sa discrétion ne lui a pas offert la place médiatique qu’il aurait méritée, le duo Air nageant dans les mêmes eaux profondes et attirant davantage vers lui la lumière. L’année 1997 symbolise pleinement cette impression, on retient tous le coup de maître initial de Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin avec le bijou Moon Safari mais on oublie trop rapidement A Grand Love Story de Kid Loco qui, à mon sens, est la BO parfaite du trip-hop. Un album au pouvoir cinétique infini que je réécoute régulièrement, ovni intemporel qui résiste à toutes les modes. Kid Loco s’est montré très avare en albums par la suite et malgré un très bon Party Animals & Disco Biscuits en 2008 n’a pas surpassé le sommet initial. 8 ans après Confessions Of A Belladonna Eater, il nous revient avec un très beau The Rare Birds qui s’impose pour moi comme un véritable refuge me ramenant à la fin des années 90…

Le morceau d’ouverture Claire et son utilisation des cordes qui n’est pas sans me rappeler le dernier opus de Thylacine nous offre une plage de douceur infinie par sa mélopée lancinante et la psalmodie de Claude Rochard. Le sourire béat se dessine déjà sur mon visage… Soft Landing on Grass part ensuite sur des landes plus désertiques balayées par un vent glacial, l’atmosphère est plus sombre et la voix de Tim Keegan se révèle d’une amplitude désarmante entre spoken word caverneux et montées cristallines. La première grosse claque ce sont les 8 minutes de The Boat Song qui vont me l’affliger, tout en douceur…Une première partie portée par une rythmique downtempo minimaliste et le chant quasi incantatoire de Crayola Lectern avec les cuivres qui ont fait le succès de A Grand Love Story et la rupture au bout de 4 minutes avec ce souffle rock qui vient distiller un sentiment d’urgence surprenant. Les deux ambiances, se mêlent à merveille pour une fausse cacophonie teintée de free-jazz d’une belle intensité.

Après un Venus Alice in Dub plus classique dans son approche downtempo et rappelant les sonorités indiennes de Big Calm de Morcheeba, Unfair Game et la voix mystique d’Olga Kouklaki obscurcit le paysage pour un résultat qui aurait pleinement eu sa place sur le dernier Trentemøller et qui brille par sa grâce. Olga Kouklaki est une belle découverte que je prendrai plaisir à retrouver dans le morceau final The Bond et son atmosphère angoissante. Passé un Yes Please, No Lord! dont l’ambiance free-jaz et les cuivres omniprésents me séduisent moins et me paraissent un peu datés, Aquarium Lovers brille par sa capacité à mettre en place un superbe tableau sonore évoquant les fonds marins, entre attraction et inquiétude. La deuxième partie du titre est particulièrement touchante avec une intensité grandissante digne des moments d’apaisement de Mogwai.

Globalement la fin de l’album me séduit un peu moins, la voix trop limpide et trop pop de Thomas Richet sur No Tether ne fonctionne pas pour moi et Blind Me n’est pas d’un intérêt vital. Heureusement, Motherspliff Connection vient distiller ses influences hip-hop pour un résultat d’une grande coolitude et me rappeler les sous-estimés Troublemakers (vite aller écouter leur album Doubts & Convictions) et Bob’s Ur Unkle aurait pleinement eu sa place sur A Grand Love Story par son pouvoir cinétique et son ambiance inquiétante.

Vous avez aimé A Grand Love Story et les différents albums de Kid Loco ? Vous pouvez foncer les yeux fermés. Pour les autres, ce The Rare Birds est une porte d’entrée de qualité pour découvrir la discographie d’un orfèvre des sons, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°50: Kyoto de HÆLOS (2019)

En cette veille de reprise, j’ai bien besoin d’un son chaud et réconfortant. Me laissant HAELOSglisser dans les méandres du trip-hop, je me retrouve à réécouter un album qui m’avait particulièrement séduit en début d’année, Any Random Kindness du groupe anglais HÆLOS. Le son est d’une limpidité évidente et, d’une manière presque anachronique, dévoile la renaissance du trip-hop. Pas de long discours ce soir mais juste un superbe Kyoto ( pendant parfait de l’ésotérique et aérien Alone In Kyoto d’Air) qui devrait vous évoquer Massive Attack et Elysian Fields par sa rythmique lancinante et la douce voix de Lotti Bernadout. Le titre a la capacité à lutter contre la torpeur par ses choeurs qui distillent avec parcimonie la sensualité du rock. C’est d’une simplicité désarmante particulièrement efficace et ça redonne une sacrée envie de réécouter l’album, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°43 : The Light (2019) de Wax Tailor

On avait laissé Wax Tailor en 2016-2017 avec un diptyque plutôt captivant : By any beats necessary (2016) était une référence explicite au “By any means necessary“ de Malcolm X dans son combat pour une égalité et reconnaissance des droits humains et civiques pour tous. L’album porte clairement cette référence combattante, à la fois dans son énergie et dans ses percutantes sonorités soul, blues, rythm and blues, tout en conservant la base trip-hop/hip-hop/downtempo de Wax Tailor. Comme un écho à cet opus, sort l’année suivante By any remixes necessary (2017), tout simplement composé de remixes de By any beats necessary par des producteurs des quatre coins du globe. Si la galette de 2016 m’avait emballé, celle de 2017 m’a encore nettement plus convaincu.

Deux années plus tard, on retrouve Wax Tailor aux commandes d’un nouveau projet. L’album The Shadows Of Their Suns n’est pas encore disponible, mais on peut déguster depuis quelques jours un premier titre, sobrement intitulé The Light. Musicalement, c’est une sorte de retour aux sources, avec un titre très marqué trip-hop/downtempo, fait de boucles électros. Downtempo c’est un peu vite dit, puisque par deux fois, le rythme s’accélère d’un tempo plus marqué, comme pour souligner l’urgence du moment.

Parce que oui, si musicalement The Light se détache un peu de l’album précédent, en revanche le propos reste incisif. Le combat reprend, il se poursuit pourrait-on dire. Rehaussé sur sa dernière partie d’un gimmick vocal “You want to see the light ?“, The Light pose l’urgence d’un monde qui ne tourne pas rond, qui ne va pas très bien, et même qui déconne complètement. Entre consommation à outrance, destruction de la planète, fascisme et populisme en tout genre, invasion des images porteuses de pessimisme et autres maux de la planète, Wax Tailor déroule en 4 minutes un bilan bien préoccupant.

Le son lancinant et entêtant qu’est The Light se voit accompagné d’un clip d’une grosse efficacité : enchaînement d’images sans aucun commentaire, je vous laisse apprécier l’excellence de cette combinaison son/image, avec une chute qui en raconte bien plus que de longs discours. Et qui laisse espérer un grand album : par son titre The Shadows Of Their Suns, à mettre en miroir avec le titre du single The Light, mais aussi et surtout par ce percutant propos musical et visuel. The Light est assurément un des gros sons de la rentrée, et constitue une belle lumière dans le monde parfois sombre et gris qui nous entoure (#jeudemotsetconclusionfaciles^^).

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°7 : Strict Machine de Goldfrapp (2003)

Envie d’une ambiance plus âpre ce soir, d’un morceau qui est né au milieu du trip-hopGoldfrapp pour venir doucement tendre vers une électro-pop teintée d’une sensualité exacerbée? J’ai bien sûr ce qu’il vous faut avant de vous abandonner lâchement pendant deux semaines dans des contrées dénuées de tout internet… Alison Goldfrapp, une des nombreuses voix découvertes par Tricky (une pensée entre autres pour la brillante Martina Topley-Bird), forme avec Will Gregory un groupe qui m’a particulièrement marqué dans sa capacité à faire évoluer le trip-hop. Après un premier coup de maître en 2000 avec Felt Mountain qui continue de donner ses lettres de noblesse au trip-hop dans la droite lignée de Portishead, Black Cherry se tourne vers une électro-pop savoureuse et hédoniste à première vue, mais beaucoup plus mélancolique qu’elle n’en a l’air.

Le morceau du soir Strict Machine brille par l’âpreté de ses sons électros qui font monter une tension palpable qui n’explosera qu’à travers la douce et sensuelle voix d’Alison Goldfrapp qui sait se faire aussi bien caressante qu’oppressante. Une ambiance électrique qui montre à elle seule le spectre de possibilités que peut offrir l’après trip-hop…. Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°27: Désert d’Emilie Simon (2003)

Lundi difficile? Besoin de vous poser au calme, un casque sur les oreilles? J’ai ce qu’il Emilie Simonvous faut dans mon puits sans fond des pépites intemporelles et dégaine aujourd’hui mon atout charme et douceur en la personne d’Emilie Simon. J’ai fait la découverte de cette belle sensibilité dès son premier album Emilie Simon en 2003 lorsque cette dernière était sous totale influence du trip-hop anglais. Le morceau du soir est le titre d’ouverture intitulé Désert de ce premier album qui sera suivi par d’autres très beaux opus (le sublime Végétal en 2006)…

Voix fragile et candide, sensibilité à fleur de peau, un très beau texte mélancolique en français parfaitement mis en valeur par une atmosphère musicale d’une grande simplicité. Voilà un bel instant de poésie musicale comme on les aime à Five-Minutes, enjoy!

Sylphe

Review n°29: The Secret of Letting Go de Lamb (2019)

Lamb, duo anglais composé de Lou Rhodes et Andy Barlow, a connu ses instants deLamb.jpg gloire en pleine période trip-hop sur la fin des années 90 et début 2000 avec un tryptique de haut vol Lamb (1996), Fear of Fours (1999) et What Sound (2001) dont je vous ai déjà parlé en des termes élogieux par ici. L’originalité du groupe résidait dans sa capacité à distiller des rythmiques drum’n’bass au sein de la douceur mélancolique habituelle au trip-hop et s’appuyait sur la voix mélancolique à souhait de Lou Rhodes. Passé ce tryptique j’ai étrangement perdu de vue Lamb, délaissant un Between Darkness and Wonder (2003) qui montrait l’essoufflement du groupe, avant que le groupe ne se sépare pour laisser entre autres Lou Rhodes mener une carrière solo. Depuis leur reformation en 2009, Lamb a sorti 5 en 2011 et Backspace Unwind en 2014 que je n’ai tout simplement jamais écoutés (#suranbondancedemusique) et c’est avec ce The Secret of Letting Go que j’ai envie de renouer avec ce trip-hop qui a tellement su me toucher dans le passé…

Le morceau d’ouverture Phosphorous réveille d’emblée mes souvenirs avec la douceur de la voix de Lou Rhodes qui n’a pas perdu de sa superbe. L’instrumentation assez minimaliste avec ce piano inquiétant donne un aspect somme toute assez classique au titre et Moonshine va ensuite nous ramener vers les rythmiques drum’n’bass habituelles avec un featuring reggae/dub de Cian Finn qui, à mon sens, n’apporte pas grand chose au morceau. Voilà en tout cas deux titres très attendus qui fonctionnent plutôt bien mais sans grande originalité, ni supplément d’âme…  Ce supplément d’âme c’est Armageddon Waits qui va nous l’apporter sur un plateau d’argent: chant sépulcral à la Beth Gibbons, ambiance anxyogène et instrumentation d’une grande richesse avec quelques montées rock qui s’inclinent peu à peu et laissent les violons prendre le pouvoir avant un chant final plus rock à la Karen O. Ce morceau un brin décousu séduit par la variété de ses propositions et nous laisse espérer un regain d’inspiration du duo.

La rythmique drum’n’bass originale de Bulletproof et l’utilisation judicieuse des synthés dans The Secret of Letting Go nous permettent modestement d’attendre de nouvelles envolées et le tryptique suivant va frapper fort. Tout d’abord l’infinie douceur d’Imperial Measures  m’évoque l’intensité émotionnelle de Bat for Lashes dans son alliance subtile entre piano et violons, le morceau est superbement épuré et touchant de sincérité. The Other Shore prolonge l’admiration dans un tout autre style, ambiance inquiétante digne de Third de Portishead avec ce chant introverti et torturé et ces sublimes violons qui tentent désespérément d’apporter une touche de luminosité au morceau qui brille par son spleen étouffant. Le tryptique séduisant se referme avec Deep Delirium qui va explorer des terres peu habituelles du duo en proposant un morceau instrumental lorgnant vers une house racée où les cordes discordantes et un saxophone (#decidementinstrument2019) font naître un paysage brumeux. Une bien belle surprise!

La fin de l’album revient sur un schéma plus classique qui met essentiellement en avant la douceur et des cordes qui sont très présentes sur cet album, certes c’est attendu mais assez brillamment réalisé en particulier sur The Silence in Between. Je ne regrette définitivement pas d’avoir renoué contact avec Lamb, ce The Secret of Letting Go est un très bel album dont les qualités et l’originalité sont réelles et ne doivent pas seulement au doux sentiment de nostalgie qui m’a forcément habité lors de son écoute… Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°24: The Rip de Portishead (2008)

Portishead ou la musique de l’humilité… Groupe phare du trip-hop avec Massive AttackPortishead et Morcheeba, le trio composé de la voix de velours Beth Gibbons et de ses deux acolytes Geoff Barrow et Adrian Utley a clairement fait le choix de la parcimonie dans sa discographie. Deux bijous d’émotion pure que sont Dummy en 1994 et Portishead en 1997 avec des morceaux de grâce comme Glory Box, Roads, ou Sour Times ont démontré toute la tension du chant de Beth Gibbons et dépeint des paysages sonores d’une beauté quasi sépulcrale. Lorsque Third paraît 11 ans après Portishead, c’est peu de dire qu’il est très attendu… et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il destabilise les fans de la première heure. Finies les ambiances brumeuses du trip-hop et place aux sonorités indus et krautrock des hangars désaffectés pour un résultat très brut et sans concession qui brille par la qualité de ses arrangements et sa production sans faille. The Rip (la déchirure) symbolise à mon sens la puissance poétique de Portishead et l’ambiance plus âpre de Third: d’un côté la douceur introvertie du chant avec des paroles aussi belles que mystérieuses accompagnées humblement par une guitare sèche et de l’autre les sonorités électriques krautrock qui viennent s’imposer dans la seconde moitié du morceau pour un résultat d’une tension extrême. Juste brillant, en parler davantage serait infâmant car il repousserait injustement pour vous le moment de l’écoute… Enjoy!

Sylphe