Son estival du jour n°2 : Les mêmes (2019) de Paul Personne

Puisque nous parlions de claviers analogiques il y a quelques jours en écoutant La femme d’argent de Air, surfons sur le bon son de ces instruments magiques. Les mêmes, tiré du dernier LP de Paul Personne Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) est un blues lent comme je les aime, surtout quand il est porté par la rugueuse Gibson de Paul Personne, sa voix éraillée, et soutenu, précisément, par un Fender Rhodes qui distille ses notes tout au long des 8 minutes qui vous attendent. En écoutant bien, vous entendrez aussi poindre un orgue Hammond, autre pièce maîtresse des claviers qui envoient.

Le reste de l’album est à peu près aussi bon, c’est donc dire que ce Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) est pour moi le meilleur disque solo de Paul Personne depuis le dyptique Demain il f’ra beau / Coup d’blues (2003)… si l’on excepte donc le démentiel album en duo avec Thiéfaine Amicalement blues (2007) et le brillant album collectif Lost in Paris Blues Band (2016). Je vous en reparlerai peut-être prochainement. Pour le moment, je vous laisse découvrir et, connexion de titre à titre, je m’en vais (re)lire Mécanismes de survie en milieu hostile, un exceptionnel livre d’Olivia Rosenthal. Pas bien rigolo mais prenant, nécessaire et implacable. Comme Les Mêmes.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°6 : El testamento (1979) de Georges Brassens/Paco Ibañez

Ces derniers jours nous rappellent, si besoin en était, que tout a une fin en ce bas monde. Pas seulement ces derniers jours d’ailleurs. Disons plutôt que les exemples ne manquent pas : la disparition de Stan Lee, la rentrée scolaire, la sortie de Fallout 76, le claquage de ma cafetière, le silence après les 2h40 de concert de Thiéfaine (soirée de ouf !), ou bien encore le 29 octobre dernier, anniversaire de la disparition de Georges Brassens.

Il est donc de bon ton d’être prévoyant, et de ne pas être pris de court. Une fois entre quatre planches (cette expression m’a toujours étonnée car en fait, il faut bien six planches pour faire un cercueil et non quatre), il sera bien difficile de faire part de ses dernières volontés. D’où l’intérêt de rédiger un testament. Ce qu’avait bien compris l’ami Georges en sortant, en 1955, Le testament. Un titre que je vous invite à découvrir, et puisque sur Five-Minutes nous faisons les choses bien, vous le trouverez juste après ces lignes, ici-bas ici même.

Pourtant, la pépite qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas tant Le testament dans sa version originale que sa reprise en espagnol par Paco Ibañez, publiée en 1979 et sobrement traduite El testamento. Quoi de plus naturel que la rencontre de ces deux monstres sacrés de la chanson, et plus largement de l’humanité et de la vie ? Paco Ibañez, pour celles et ceux qui l’ignoreraient, est un chanteur espagnol catalan, né en 1934, engagé et libertaire, dont la famille a fui l’Espagne en 1937 pendant la guerre civile. Il a construit son œuvre en mettant en musique des textes de poètes espagnols ou latino américains tels que Rafael Alberti, Federico Garcia Lorca ou Pablo Neruda. Farouche opposant à Franco et à toute forme de dictature et d’autoritarisme, il rencontrera la notoriété et le succès en France en 1969, après une double prestation : la célébration des événements de mai 68, en mai 1969 où il chante dans la cour de la Sorbonne, puis un concert à l’Olympia en décembre 1969. Concert devenu mythique à plus d’un titre, puisqu’il y interprètera notamment, pour la première fois, La mala reputaciòn, version en espagnol de La mauvaise réputation de Brassens.

Dix années plus tard, tombera dans les bacs une magnifique galette de onze reprises de Brassens en langue espagnole, interprétée de voix de maître par Paco Ibañez. Tous les titres sont brillants, mais El testamento a une saveur particulière en ce que je trouve la reprise supérieure à l’originale. Est-ce lié à la voix de Paco Ibañez, que je trouve particulièrement chaude et mise en valeur ? Est-ce lié au rythme du texte tel qu’il est chanté, légèrement différent de l’interprétation originale ? Ou bien encore à la magie de la langue espagnole (que je ne parle ni ne comprends) et qui crée une sorte de faux mystère, puisque je connais néanmoins le texte en français ? Impossible à dire. Toujours est-il que je vous convie à écouter tranquillement et au chaud cette magnifique interprétation, et à vous échapper ensuite sur les dix autres titres qui sont autant de merveilles pour les oreilles et le corps.

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Five Reasons n°1 – 24 heures dans la nuit d’un faune (1996) de Hubert-Félix Thiéfaine

Retour au siècle dernier, position 1996 : Thiéfaine (HFT) publie La tentation du bonheur. Plus fort encore, HFT donnera en 1998 un frère jumeau et miroir à cette Tentation du bonheur, intitulé Le bonheur de la tentation. Dans le cadre de l’année Thiéfaine et de la célébration de ses 40 ans de carrière, on a droit à une réédition vinyle complète des albums studios, et ce mois de septembre voit la sortie de Bonheur & Tentation, réunion des volets blanc et noir d’une même aventure musicale. C’est cette réédition que j’aurais dû vous reviewer ici-bas ici-même. Mais là où il se pose, le mois de septembre nous laboure de son rythme implacable : impossible de chroniquer rapidement cette double perle sur un coin de table sans saloper le tout.

Chers Five-Minuteurs, vous patienterez donc, le temps que votre serviteur peaufine son papier. Néanmoins, en guise d’apéro, je vous propose 5 bonnes raisons de mettre dans vos oreilles le morceau d’ouverture de La tentation du bonheur. Pourquoi donc écouter ces 24 heures dans la nuit d’un faune ?

  1. Parce que le titre est du pur Thiéfaine que l’on peut retourner dans tous les sens, telle la fille des 80 chasseurs avec laquelle on se serait enfermé dans les cabinets, pour en saisir toutes les subtilités. 24 heures dans une seule nuit, ça n’existe pas, sauf dans le Thiéfaine Monde.
  2. Parce que ce premier morceau est rock et déluré à souhaits. On retrouve l’ambiance barrée et poétique qui nous avait un peu manquée avec les deux albums précédents enregistrés aux States.
  3. Parce que Thiéfaine convoque de nouveau Tony Carbonare à la production et aux arrangements, déjà aux manettes sur les tous premiers albums porteurs de pépites comme L’agence des amants de Madame Müller ou La Maison Borniol.
  4. Parce que, au cœur du texte, cette putain de phrase « J’commençais à viser les gones quand t’as saisi ma crosse / En me disant ‘Chéri tu vois pas qu’ce sont des gosses’ / J’t’ai répondu ‘Mon amour tu vois pas qu’j’suis un serbo / croate en train d’rêver d’un weekend à Sarajevo' ». 1996 : on est alors en plein traumatisme de la guerre en ex-Yougoslavie, faut quand même oser. Si ça c’est pas de la rock attitude…
  5. Parce que ces 24 heures dans la nuit d’un faune sont annonciatrices d’une sacrée poignée de titres complètement incroyables dispersés sur deux albums (et 4 galettes), que nous explorerons ensemble sous peu en taxiphonant d’un pack de Kro (rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé).

 

Raf Against The Machine