Pépite intemporelle n°55: Hygiaphone de Téléphone (1977)

Partout des gens marchent dans la rue avec des masques, font des écarts de deux mètresTéléphone pour t’éviter, passent leur temps à se frictionner les mains avec du gel hydroalcoolique, on entre dans un magasin de première nécessité et là derrière un hygiaphone, on s’adresse à un vendeur. Nous sommes confinés, sans pouvoir aller et sortir, sans remplir la moindre autorisation, sans pouvoir échanger, retrouver des amis dans un bar, drôle d’époque… je suis sûr que cette période sera très créative, fera naître d’autres musiques, d’autres sensations. En attendant on prend son mal en patiente et on écoute de vieux disques.

J’étais à peine né en 1977, quand sort Anna, le premier disque du groupe Téléphone. Téléphone (Les Insus maintenant) ce n’est pas vraiment ma génération. J’ai toujours vu ça comme la musique de mes parents et donc avec une certaine retenue, mais j’avoue que, comme tout le monde, je peux fredonner la plupart des tubes de Téléphone.

Alors voilà, se replonger dans la musique qui agitait l’année 1977 est toujours instructif 43 ans après…Les paroles nous en disent beaucoup sur la torpeur de l’époque, la crise économique, les galères d’argent, les besoins de liberté, « Laisse-moi vivre ma vie ! » crie Jean Louis Aubert sur Dans ton lit. « Metro c’est trop » dans l’un des morceaux les plus connus de l’album.

Enfin, il y a  Hygiaphone . J’ai connu ça à la fin des années 80, début 90. Pour acheter un timbre à la poste, ou un ticket à la Sncf… on s’approchait d’un comptoir et on parlait dans l’hygiaphone. Disons que dans les années 90, on a commencé à retirer les hygiaphones. On a sûrement  considéré l’objet un peu inutile, pas très commercial. Fallait-il une nouvelle relation client ? Vendre plus ? Mettre l’acheteur en proximité avec le vendeur… bref, je ne sais pas, aujourd’hui, après des semaines de confinement, je repense aux paroles de la chanson :

« Comme ça à s’regarder, chacun de chaque côté, on a l’air de mérous coincés dans l’aquarium. Mais faudra qu’entre nous je casse le plexiglas ».

Sylphe