Review n°19: ROADS Vol.1 de Thylacine (2019)

Trois EP en 2014/15, un premier album Transsiberian composé lors d’un périple en thylacineRussie et deux BO de films en 2017 pour De toutes mes forces et Gaspard va au mariage, pour autant je dois reconnaître que je n’ai jamais rien écouté de William Rezé alias Thylacine, autre nom du loup de Tasmanie, au moment où je lance ce ROADS Vol.1. J’ai simplement en tête les conditions idylliques de composition de cet album où Thylacine a arpenté les routes de l’Argentine à bord de son Airstream de 1972 réaménagé en studio alimenté par des panneaux solaires (#studiodemesrêves).

Murga ouvre brillamment l’album avec ses percus et sa guitare judicieuse. Les sons nous enveloppent, la rythmique est addictive et il se dégage incontestablement de ce titre une luminosité et une humanité qui seront les marques de fabrique de cet opus, dans la droite lignée de la superbe pochette mettant en valeur les espaces sauvages sous une lumière virginale. Purmamarca ralentit le tempo avec son début plus contemplatif à la Boards of Canada auquel vient se joindre une voix intemporelle rappelant les premiers Moby. La guitare entre en jeu et réveille les paysages argentins pour un sublime tableau en mouvement. El Alba, avec Weste en featuring, nous offre alors une belle plage de douceur qui réhabilite à mes yeux le saxophone qui n’a jamais été mon instrument de prédilection. Le morceau est d’une simplicité et d’une grâce désarmantes…

Petit clin d’oeil rappelant les conditions de création de ce ROADS Vol. 1 avec la voix d’un GPS sur le début de The Road qui se montre plus techno dans son approche. Une techno subtile laissant la part belle à une large palette de sons légers pour un résultat hypnotique. Volver reste dans la même atmosphère en apportant un saxophone brillant qui m’évoque le premier album d’Aufgang dans cette volonté de confronter techno et musique classique. Le résultat est d’une grande douceur, le maître mot de l’album… Mais que dire de 4500m après ce dyptique techno? Le rappeur américain Mr J. Medeiros pose son flow acéré sur un océan de douceur pour un morceau d’anthologie. Le flow gagne en intensité et rappelle par sa rythmique insensée Eminem, la montée est imparable et me file des frissons. #pluslesmotspourdecrireça

Condor nous aide à atterrir rapidement avec une techno plus âpre et dansante à laquelle le refrain apporte une étrange note de douceur pop avant que Sal y Tierra continue avec brio son ardue mission de réhabilitation du saxophone. Les deux derniers morceaux viennent nous donner une leçon d’humilité et d’humanité: Santa Barbara, en featuring avec la voix de cristal de Julia Minkin, nous cajole et nous offre une belle montée tout en intensité à la Woodkid et la douceur enfantine de 30(Outro) nous offre un joli moment de poésie lorsque William Rezé tente de faire prononcer trente à une vieille femme… Ou comment finir modestement un album sublime dont la première écoute m’a profondément marqué, à l’instar de ma première écoute de Swim de Caribou. Le garçon cite comme références Four Tet, Massive Attack, Moderat, nous étions définitivement prédestinés à nous rencontrer. Allez je vous laisse, j’ai un ROADS Vol. 1 à réécouter! On a beau être simplement fin janvier, je peux prendre le pari avec vous que je reparlerai de Thylacine dans les tops de fin d’année et qu’il sera bien difficile de le déloger de la première place…

Sylphe

Review n°17: Séquence collective de Cabaret contemporain (2018)

Cabaret contemporain ou le défi de jouer de la techno de manière acoustique en oubliant Cabaret contemporainles machines… Signés sur le label d’Arnaud Rebotini, Blackstrobe Records, les cinq compères (Fabrizio Rat au clavier, Giani Caseroto à la guitare, Julien Loutelier à la batterie, Ronan Courty et Simon Drappier aux contrebasses) font souffler un vent frais sur les complexes industriels désaffectés de Détroit pour réveiller Jeff Mills et consorts. Une musique âpre et brillamment produite qui démontre que la techno a bien, elle aussi, sa place sur Five-Minutes.

On ne va pas se mentir, la techno est un style musical aussi séduisant qu’exigeant et j’ai de plus en plus de mal à écouter des albums ou des sets en entier… (#jevieillisetjeposeplusmespiedsenclub) Cet album se pose donc comme une belle exception tant je trouve la démarche artistique louable. Petit tour d’horizon de ces 8 titres taillés dans la pierre brute.

Les 7 minutes du morceau d’ouverture Ballaro ne laissent pas la place au doute. Sonorités sombres et urbaines, ryhmiques lancinantes des contrebasses, superposition des couches sonores, le titre est un subtil hommage à la techno de Jeff Mills et une vraie pépite de haut vol. Transistor reste dans cette même veine tout en se montrant encore plus âpre et plus anxyogène. Plus dépouillé et privilégiant moins une ligne mélodique évidente, ce titre ne trouve pas véritablement grâce à mes yeux… ce qui n’est pas du tout le cas de La selva qui me rappelle les premiers morceaux de Vitalic. Le climat est inquiétant et la rythmique dub particulièrement entêtante pour un résultat brillant et hypnotique. Arrive alors mon sommet de l’album, La chambre claire, plus downtempo et volontiers groovy avec ses contrebasses. La mélodie est plus douce et l’ambiance plus lumineuse, ce morceau est d’une richesse évidente et s’impose comme un de mes titres préférés de l’année.

Arnaud Rebotini collabore ensuite sur le morceau Boogaloo, la voix caverneuse et les synthés délivrant une mélodie répétitive donnent l’impression que Faithless est sorti de la naphtaline. Ce morceau un brin suranné amène le minimaliste Cactus qui, par son âpreté et ses bruits qui hérissent le poil, représente la froideur de la techno qui me séduit peu. Heureusement la rythmique uptempo de TGV va vite me faire oublier ce Cactus avec ses envies de trance qui me rappellent le très bon Manual For Successful Rioting de Birdy Nam Nam. De nouveau Arnaud Rebotini collabore sur le morceau final October Glider, subtile montée en puissance portée par des sirènes angoissantes où l’explosion finale réveille le démon de la danse hypnotique en moi.

Cabaret contemporain réussit donc le tour de force avec ce Séquence collective de revitaliser brillamment la techno.

Sylphe