Review n°48: Suddenly de Caribou (2020)

Dans la série « La musique aide à lutter contre le Coronavirus », l’acte II va nous permettreCaribou de découvrir ensemble le nouvel album Suddenly de Caribou qui s’impose pour moi comme le plus bel opus de 2020 tout simplement. Le dire est une chose, tenter de vous le prouver en est une autre, alors je vous propose de me suivre…

Dan Snaith est un artiste pour qui j’ai une véritable affection depuis de très nombreuses années. Après des débuts sous le nom de Manitoba, il oeuvre sous le pseudo de Caribou depuis son album The Milk of Human Kindness en 2005 et sa discographie reste illuminée par un Swimm en 2010, que je chroniquais dans une autre vie par ici et qui reste pour moi un de mes 20 meilleurs albums de tous les temps, et un très bon Our Love en 2014. On peut aussi noter un side-project house plus tourné vers les dance-floor Daphni qui nous donne des nouvelles régulièrement depuis le premier opus Jiaolong en 2012, en particulier avec le très bon EP Sizzling l’année dernière. Vous l’aurez très facilement compris, je pars avec des a priori très positifs au moment d’appuyer sur le bouton play de ce nouvel opus (#expressiondevieuxquineveutplusriendire)…

Le morceau d’ouverture Sister propose d’emblée une électro contemplative assez intimiste avec ses synthés à la Boards of Canada et la douceur de la voix de Dan Snaith, qui s’affirme véritablement au chant dans cet opus. Une porte d’entrée toute en sobriété qui va vite être renversée par la pépite gargantuesque You and I qui est parcourue par un vent de folie euphorisant. Vouloir résumer la structure de ce titre relèverait du défi, on enchaîne les ruptures, on fait copuler les synthés avec les guitares, du refrain au vocoder vient contrebalancer la voix centrale… tout est jouissif et d’une intensité mélodique hallucinante, révélant les possibilités électro-pop insoupçonnées de Caribou. Les boucles au piano répétitives de Sunny’s Time viennent ralentir la fréquence cardiaque dans un univers évoquant un autre orfèvre des machines Baths avant qu’un phrasé hip-hop étonnant à la Young Fathers vienne nous percuter frontalement. Les codes sont manipulés avec délices… Vous allez vite comprendre qu’il faut saisir ce Suddenly comme une véritable mixtape. On enchaîne ainsi un New Jade, électro-pop lumineuse qui croise la beauté éthérée d’un Four Tet au pouvoir mélodique inhérent à Hot Chip (la comparaison peut sembler surprenante mais j’ai vraiment cette impression…), et un improbable Home, joyau disco-funk sensuel au refrain addictif…

Les propositions musicales sont d’une très grande variété mais paradoxalement cet album garde une belle homogénéité. Un Lime en slow-funk où j’ai l’impression que Devendra Banhart vient de découvrir les machines, un Never Come Back qui rappelle par ses boucles répétitives et sa rythmique house que Daphni n’est jamais loin, un intermède Filtered Grand Piano qui confirme l’inutilité des intermèdes (#mamarottedumoment), un Like I Loved You d’une belle intensité pop où Dan Snaith se prendrait presque pour James Blake… Ce n’est finalement pas ces possibilités pop que je recherche chez Caribou mais il faut reconnaître que ce potentiel est une bien belle découverte.

Exceptée la nouvelle bombinette house Ravi dans la droite lignée de Never Come Back, la fin de l’album est plus douce et intimiste, refermant subtilement la boucle entamée par Sister. Magpie et sa douceur d’orfèvre ainsi que la folktronica du morceau final Cloud Song devraient finir de faire succomber les derniers récalcitrants, s’il en existe encore… Ce Suddenly est assez incontestablement un album brillant que je vous conseille d’écouter et réécouter en cette période chaotique, c’est un remède à toutes les angoisses, enjoy!

Sylphe