Son estival du jour n°21 : Lights (2006) de Archive

Voilà quasiment un an jour pour jour (c’était le 28 juillet 2019, je viens de vérifier et c’est à relire ici), le son estival du jour n°3 était consacré à Again du groupe Archive. Par le plus grand des hasards (ou pas, les habitués savent ce que cette formation représente pour moi), c’est de nouveau Archive qui vient occuper mes oreilles et ma tête en cette fin juillet 2020 avec Lights.

On est deux albums après You all look the same to me qui contenait Again, trois si on compte la BO de Michel Vaillant (2003). Craig Walker (chant) a quitté Archive en 2004, peu après la sortie de l’album Noise. Ce dernier album formant, avec Lights (2006) et Controlling crowds (2009), un triptyque sonore cohérent et très porté sur un rock progressif, électrique et planant.

Au milieu de ce trio d’albums, Lights donc. Et au milieu de Lights (l’album), Lights (le morceau), comme une apogée de ce son Archive de la seconde moitié des années 2000. La suite de l’album reste de très haute volée, sans parler du Controlling crowds à venir qui demeure, pour moi, le meilleur opus du groupe avec Londinium (1996).

Toutefois, Lights occupe une place à part : ses 18 minutes, son thème ultra planant et hypnotique qui prend le temps de s’installer, la puissance évocatrice de ses phrases musicales en boucle, la voix de Pollard Berrier, ses multiples sons tous plus prenants les uns que les autres. Lights est imposant, inattaquable, telle une forteresse sonore qui, pourtant, nous accueille dès les premières notes. Dans la grande tradition du Pink Floyd (Atom Heart Mother, Echoes, ou encore Dogs), Archive déroule avec Lights l’étendue de ses talents du moment, faisant fi de toutes les normes et formats musicaux en vigueur.

Est-ce un hasard si ces deux groupes sont très haut placés dans mon panthéon musical ? Spoiler : non. Les dernières compositions studio de Pink Floyd datent de 1994 avec High hopes, sachant que The Endless River (2014) est majoritairement fait de titres composés à l’époque de High Hopes. Cette même année 1994, celle qui voit la naissance d’Archive autour de Darius Keeler, Danny Griffiths, Roya Arab et Rosko John pour un projet trip-hop qui donnera Londinium en 1996. Avant de devenir l’immense groupe que l’on sait, explorant depuis plus de 25 ans maintenant des pistes musicales incroyables. Archive n’a pas remplacé Pink Floyd. Il en perpétue cette tradition des grands groupes qui créent et se renouvellent. Comme un passage de témoin, une filiation artistique dont Lights est une parfaite illustration.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°68 : Nothing Else (1996/2020) de Archive

Voilà un moment que je ne vous ai pas parlé d’Archive, et je sens que ça vous manque ! Bien que ce soit un (le ?) groupe vers lequel je reviens le plus fréquemment, c’est à la faveur de l’actualité que l’on va évoquer la bande de Darius Keeler et Danny Griffiths.

Archive a entamé l’année dernière une longue célébration de son quart de siècle. Oui, déjà 25 ans (et même 26, on est déjà en 2020) que les Londoniens jouent et nous impressionnent de maîtrise, de virées musicales et de création de sons tous plus fous les uns que les autres. En 1996 sort Londinium, un premier album aux sonorités très trip-hop de Bristol et rap, rapidement devenu une référence absolue et un objet musical incroyable. Depuis, ce groupe à l’effectif et à la composition changeante a évolué vers du rock électro-progressif, sans jamais perdre son essence : être un véritable creuset à sonorités et ambiances.

Archive a donc entamé 2019 sur le mode célébration des 25 ans, avec la sortie d’un coffret de 4CD ou 6LP + 2EP, sobrement intitulé 25, dans lequel le groupe a compilé 42 titres de son répertoire. Bonne pioche dans la totalité des albums de la discographie, augmentée de quelques inédits dont le brillant Remains of nothing dont on avait parlé par ici (à relire d’un clic). Année 2019 poursuivie par une tournée, sobrement intitulée 25 Tour. J’ai eu la chance de vivre un de ces concerts dantesques et, n’y allons pas par quatre chemins, la prestation 25 Live est sans doute un des meilleurs (sinon le meilleur) concerts que j’ai pu vivre. Prestation que l’on a pu retrouver en ligne, généreusement offerte par le groupe à son public (on en avait fait un papier aussi à relire).

Arrive 2020, les 25 ans sont passés, et on se dit qu’il faudra maintenant attendre les 50 balais de la formation, ou tout du moins les 30 pour une nouvelle fiesta. Et puis non ! A la surprise générale, Archive annonce il y a quelques jours la sortie d’un nouveau disque le 28 août prochain : Versions sera le point de clôture des célébrations 25, et regroupera des réinterprétations des propres titres du groupe. Là, deux écoles s’affrontent. Soit on se dit « C‘est facile, les mecs s’emmerdent pas quand même, en rejouant leurs propres morceaux ». Soit on passe en mode surexcité et impatient hyper, en se disant « Qui de mieux placé pour revisiter un répertoire ? Le créateur de ce même répertoire ». Je vous renvoie pour ça au récent Portrait de Yann Tiersen, il y a vraiment des choses démentes dans ses réinterprétations.

Mais revenons à ce Versions en approche, que l’on va attendre encore quelques semaines. Archive sait prendre soin de son public, tout en faisant monter la tension. Un premier titre est donc disponible à l’écoute, et c’est le grand écart temporel : Nothing Else, tout droit sorti du premier album Londinium précédemment évoqué. Qu’est-ce qui change d’une version à l’autre, à 26 années d’écart ? Beaucoup de choses, et presque rien.

Beaucoup de choses, parce que la voix n’est plus la même : Holly Martin, présente au chant depuis 2012 au sein du groupe, reprend le texte magnifié à l’époque par Roya Arab, la chanteuse qui incendiait Londinium. A l’éternelle question « Alors laquelle chante le mieux ? », je répondrai aucune : l’une et l’autre portent le texte vers une dimension qui n’existe pas. L’une ou l’autre, peu importe. Les deux voix me filent des frissons de dingue. Autre changement non négligeable : si la version de 1996 est portée par les synthés et les rythmes trip-hop, celle de 2020 est plus construite sur les guitares, et sans aucune section rythmique. Relecture de taille donc, mais les deux versions font le taf, et pas qu’un peu. Celle de 1996 pose une mélancolie et une tension propres au trip-hop. Celle de 2020 apporte une balade sur le fil du rasoir, une virée qui peut basculer à chaque instant ponctuée de quelques touches inquiétantes dans une ambiance apparemment plus apaisée.

Presque rien, parce que de 1996 à 2020, c’est du Archive et rien d’autre. Aucun doute là-dessus, le groupe est resté le même en se réinventant en permanence. A l’image de The empty bottle version studio/version 25 Live qui donnait à voir deux facettes complémentaires d’un même titre, ce double Nothing Else 1996/2020 montre que le groupe est loin d’avoir révélé tout son potentiel. Il ne revisite pas son morceau, mais en livre une vision augmentée. Archive a encore bien des choses à nous raconter, et ça tombe bien, on est prêts.

Encore un peu de patience, disons deux mois et demi pour pouvoir mettre la main sur Versions. La galette est déjà en précommande pou les plus accros, qui plus est dans différentes versions (#vousl’avez?) : un vinyle blanc en édition limitée à la Fnac, mais aussi une version vinyle augmentée d’un EP 2 titres exclusif sur le site officiel du groupe. Inutile de dire que, pour clore les festivités 25, on a le droit de s’offrir les deux éditions. A moins que, dans un ultime tour de passe-passe, Archive nous gratifie d’une édition vinyle de l’ensemble de sa discographie. Vous savez quoi ? Là aussi, je suis prêt. Turbo chaud même. Hyper.

C’est parti pour la double version de Nothing Else : 2020 (et son mortel clip) puis 1996

Raf Against The Machine