Playlist n°2: Best of Placebo

Aux abonnés absents depuis un mois tout pile, il est temps pour moi de montrer que je suis encore bel et bien vivant. Officiellement l’équipe de Five-Minutes travaille à une évolution du blogzine, officieusement le temps m’a dernièrement manqué. J’avoue que de mon côté on n’est pas très loin de l’encéphalogramme plat concernant les sorties, même si un Tellier et un Biolay pointent dernièrement leur nez… Du coup, on réécoute les vieilleries et de préférence les très bonnes. Aujourd’hui, je vous propose une playlist gourmande et consciencieusement rock qui met à l’honneur Placebo et son chanteur charismatique Brian Molko. Un groupe marquant de la fin des années 90 et début 2000 qui me donne toujours l’impression de ne pas avoir eu pleinement le succès qu’ils méritaient. En même temps, vous pourrez me dire que j’exagère un brin car ils possèdent une discographie très riche que je vous propose de parcourir…

Le premier album éponyme paraît en 1996, il frappe fort avec son rock frontal et direct sublimé par le timbre si caractéristique de Brian Molko, cette voix marquée par des fêlures séduisantes. Come Home, Bionic, 36 Degrees et Nancy Boy décrassent avec énergie nos oreilles alors que I Know surprend par sa douceur et démontre un champ des possibles illimité pour la suite de leur carrière. Morceau pivot, il imprime la ligne directrice du second opus Without You I’m Nothing (1998), album riche en contrastes qui s’impose comme mon album préféré de Placebo. Je vous invite ainsi à savourer les bijoux sonores que sont Pure Morning, l’électrique Brick Shithouse, You Don’t Care About Us et sa ligne de basse digne de The Cure, le sommet d’émotion Without You I’m Nothing ou encore les inspirations trip-hop de My Sweet Prince. Des morceaux qui ont plus de 20 ans mais qui n’ont pas pris une ride.

Arrive en 2000 Black Market Music et sa magnifique pochette d’album. On est en plein revival rock (Bloc Party, The Killers, The Strokes…) et Placebo compte bien prendre sa place à table et récupérer une part de gâteau conséquente. Le post-rock de Taste Men, les tubes à mélodie addictive Days Before You Came et Special K (quel duo enchaîné de haut vol), des déflagrations rock comme Spite and Malice, Black-Eyed ou Slave to the Wage et la mélancolie de Blue American font de cet opus l’acmé rock du groupe. En réécoutant la discographie de Placebo, je découvre ensuite en 2003 un album de covers plus inégal qui a le mérite de nous éclairer sur les influences des Anglais. Je vous laisse quelques sucreries séduisantes, le Where Is My Mind des Pixies, le Bigmouth Strikes Again de The Smiths  ou encore la version originale de The Ballad of Melody Nelson de Gainsbourg et Jane Birkin.

L’essoufflement artistique commence quelque peu à se faire sentir, Placebo peine quelque peu à se réinventer mais témoigne toujours de sa facilité à créer des déflagrations rock addictives. En 2003 Sleeping with Ghosts nous offre de beaux brûlots uptempo comme Bulletproof Cupid, des mélodies d’une grande justesse avec This Picture et Bitter End, le plus inclassable Plasticine ou le torturé Protect Me from What I Want qui ne cesse de nous rappeler que la faille est toujours bien présente. Meds en 2006 fait encore bien le boulot même s’il est plus difficile de dégager des titres porteurs. Le morceau d’ouverture Meds (file la métaphore avec placebo…) nous offre un beau duo avec la chanteuse de The Kills, Alisson Mosshart, Space Monkey est animé par un vent de désespoir alors que Post Blue reste dans les plaines arides d’un rock plus désincarné.

Incontestablement Placebo vient de laisser passer ses plus belles heures. Battle for the Sun en 2009 et Loud Like Love en 2013 peinent à convaincre sur la longueur malgré quelques bien beaux éclairs de génie que je vous invite à découvrir. Kitty Litter, Battle for the Sun, The Never-Ending Why et Breathe Underwater s’imposent comme des armes certaines pour la défense de notre astre alors que je reconnais avoir véritablement découvert un Loud Like Love qui était passé entre les mailles de mon filet musical jusqu’à maintenant. Les morceaux Loud Like Love, A Million Little Pieces et Begin the End (triste titre prémonitoire) restent d’honnêtes soubresauts d’un groupe qui aura marqué une bonne grosse décennie du rock. Il vous reste désormais 2 bonnes heures d’écoute pour vous convaincre, enjoy!

Sylphe

Review n°53: The New Abnormal de The Strokes (2020)

A l’occasion d’ une playlist best of de The Strokes (à réécouter par ici ), je vous avais déjà fait The Strokes -The New Abnormalrapidement part de mon intérêt pour le sixième opus de Julian Casablancas and co, The New Abnormal. Explorons désormais ensemble ce qui se cache derrière ce Bird On Money de Jean-Michel Basquiat afin de confirmer qu’on a bien retrouvé The Strokes à un niveau qu’on ne lui avait pas connu depuis First Impressions of Earth en 2006 (par pudeur, on ne dira rien de Angles et Comedown Machine…).

Le début d’album est très bon et on retrouve cette subtile alliance du rock et de la pop chère à The Strokes  portée par, n’en déplaisent aux grincheux, la voix très convaincante de Julian Casablancas. Le morceau d’ouverture The Adults Are Talking nous ramène ainsi 15 ans en arrière avec son riff de guitare addictif, sa rythmique uptempo et la voix résolument pop de Casablancas (quelle belle capacité à encore monter dans les aigus), c’est une vraie cure de jouvence et de fraîcheur et on comprend rapidement que le versant pop va être davantage exploré sur ce début d’opus. Selfless explore les contrées d’une pop presque psychédélique à la MGMT pour traiter avec une certaine mélancolie la thématique de l’amour, les synthés jouant un rôle central. Brooklyn Bridge To Chorus prolonge la tentation des synthés, c’est léger et dansant (ça me fait penser aux premiers Mika c’est dire…) et clairement le morceau, sans être exceptionnel, fait bien le job. Bad Decisions apporte plus de caractère et me rappelle les premiers albums avec ce refrain obsédant et la puissance mélodique imparable, je me suis penché sur les paroles où Billy Idol en personne a mis la main à la pâte et je reste toujours dubitatif. Moscou 1972, le traité ABM sur la limitation des armes stratégiques signé par Nixon et Brejnev? Je suis preneur de toute interprétation mais bon ce serait mentir que de dire que les paroles sont l’intérêt premier d’un album de The Strokes

Eternal Summer reste dans une veine résolument optimiste et pop pour un résultat un brin lisse et un peu long (plus de 6 minutes) avant THE bijou At The Door. Un morceau très riche instrumentalement qui brille par la confrontation de sa douceur mélancolique et de ses sonorités plus sombres/électroniques, le tout illustré par un clip brillant à visionner en-dessous. Le plaisir est décuplé car je n’attendais pas The Strokes  sur un tel terrain torturé… Il faut reconnaître que Why Are Sundays So Depressing et Not The Same Anymore souffrent de la comparaison avec At The Door et peinent à déclencher un très grand intérêt face à la mélancolie de Julian Casablancas. Heureusement le morceau final Ode To The Mets clot assez brillamment l’album avec sa douceur nostalgique d’une grande justesse. 45 minutes plus tard, c’est un sourire sur le visage qui persiste et me fait prendre conscience que The Strokes a encore des choses justes à nous raconter en 2020, et cela suffit amplement pour mon plaisir, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°64: For The Beauty de Tindersticks (2019)

Voilà déjà presque 20 ans que les Anglais de Tindersticks nous offrent leur rockTindersticks empreint d’émotions et ce serait bien vain de ma part de vouloir résumer leur carrière ici, de toute façon ce n’est clairement pas mon objectif du jour… Le groupe redevenu trio au milieu des années 2000 avec le chanteur Stuart Staples, Neil Fraser et David Boulter a sorti en fin d’année dernière son douzième opus No Treasure But Hope sur le label City Slang et le moins que l’on puisse dire c’est que sacrément bon et que c’est une superbe porte d’entrée pour moi afin de véritablement les découvrir… Quelques titres écoutés par ci par là mais le hasard et le maelstrom de la production musicale font que je n’avais jamais écouté un album de la bande formée autour de Stuart Staples. Faute avouée, faute à moitié pardonnée dit-on…

Le morceau du jour For The Beauty a l’immense honneur d’ouvrir brillamment l’album. Le choix du titre de ce morceau est particulièrement judicieux tant ce dernier nous propose une belle leçon de douceur majestueuse. Porté par une instrumentation toute en grâce et subtilité, le piano en fond s’apparentant à une infime respiration qui parcourt tout le morceau et les violons sur la fin donnant encore plus d’ampleur à l’ensemble, la voix de Stuart Staples est juste sublime de retenue et d’émotion. Une voix qui ne cesse d’évoquer chez moi par certaines de ses inflexions un certain David Bowie qui nous manque toujours autant… Voilà un instant de grâce divine qui devrait illuminer votre journée, enjoy!

Sylphe

Playlist n°1: Best of The Strokes

La semaine dernière sortait le sixième opus des Strokes, The New Abnormal, dont je vous The Strokes best ofparlerai très bientôt. Confinement oblige, je me suis pris le temps de réécouter la discographie de Julian Casablancas and co afin de vous concocter un best of de leurs meilleurs titres… The Strokes est, à mon sens, un groupe de tubes mais ce serait exagéré de dégager des albums incontournables qui font  l’unanimité. Néanmoins, vous verrez à travers les titres sélectionnés que l’on perçoit assez aisément la trajectoire du groupe. On part avec deux très bons albums Is This It (les titres Barely Legal, Someday, Last Nite et Hard To Explain) et Room on Fire (Reptilia, 12:51 et The End Has No End) alors que le troisième opus First Impressions of Earth arrive encore à peu près à maintenir ce niveau de qualité avec You Only Live Once, Juicebox et Heart In a Cage (joli clin d’oeil par rapport au Arcade Fire d’il y a 2 jours). Vient alors ce qui ressemble à une traversée du désert, des albums Angles et Comedown Machine seuls trouvent grâce à mes oreilles Under Cover of Darkness et l’épileptique One Way Trigger… Heureusement The New Abnormal vient raviver des cendres que l’on croyait définitivement éteintes avec les titres The Adults Are Talking, Selfless, Bad Decisions et la pépite At The Door. Sur ce je vous laisse avec une belle heure de rock, à écouter bien fort pour enrichir les goûts musicaux de vos voisins qui sont pris au piège et ne peuvent pas partir, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°45: Cold Love de Ghinzu (2009)

Après avoir commencé en douceur le weekend avec le folk suave de The Innocence GhinzuMission, on va le clore avec le rock incandescent des Belges de Ghinzu et plus particulièrement le titre qui porte très mal son nom de Cold Love. Après un excellent Blow en 2004 (je ne me suis toujours pas remis de Do You Read Me), la bande autour du charismatique John Stargasm met 5 ans avant de revenir avec Mirror Mirror qui regorge de pépites rock d’une très grande intensité. J’aurais pu très bien choisir l’oppressante montée en tension de This War is Silent, la déflagration électrique de Mirror Mirror ou encore la psalmodie engagée de Dream Maker mais ce soir ce sera le rock frontal du morceau d’ouverture Cold Love qui devrait vous mettre une claque salvatrice. Voilà un titre placé sous le sceau de l’urgence avec une rythmique survitaminée, des accalmies mettant en valeur le grain sombre de la voix de John Stargasm et une montée finale juste jouissive.

Et que dire de ce clip orgasmique? Tout est fou, les popes invoquant les forces maléfiques, les membres du groupe littéralement possédés et se transformant en véritables torches humaines, la sensualité quasi érotique des deux jeunes danseuses qui ne peuvent pas résister à l’attraction du diable et cette fin improbable ayant pour cadre un four… Ce clip figure depuis bien longtemps dans mon panthéon – et ce n’est pas Raf Against The Machine qui me contredira – et j’espère qu’il fera une entrée remarquée dans le votre. Allez j’y retourne, tel un Faust j’ai rendez-vous avec le diable, enjoy!

Sylphe

Review n°36: The Big Picture de Last Train (2019)

Alerte enlèvement! Je répète, alerte enlèvement! Voilà bientôt deux semaines que j’aiLast Train perdu tout libre-arbitre et que, tous les jours, The Big Picture de Last Train vient insidieusement se placer sur ma platine…Voilà incontestablement pour moi l’album rock de l’année 2019! (#pasdeplacepourlesuspense)

Je ne connaissais pas les petits français originaires de l’Est de Last Train et malheureusement mes oreilles n’avaient pas croisé leur chemin jusqu’alors jalonné de deux EP The Holy Family (2015) et Fragile (2016) et d’un premier album en 2017 Weathering. Il n’en sera pas de même avec ce The Big Picture que je vais user jusqu’à la corde et qui, je l’espère, sera l’acte fondateur d’un grand groupe qui exportera le rock français à l’international. Je vous propose de me suivre dans les méandres de ce bijou et de ses 57 minutes pleines de maîtrise…

La batterie et les gros riffs de guitares sont de sortie sur le morceau d’ouverture All Alone qui semble taillé dans le granit brut et réveiller d’emblée une source d’inspiration évidente du groupe, les Red Hot Chili Peppers. La voix de Jean-Noël Scherrer file les frissons et évoque Anthony Kiedis, on verra que la puissance du chant est une des clefs de voûte de l’album avec cette énergie dévastatrice. Voilà une leçon de maîtrise qui donne le ton de l’opus avec brio… Scars part ensuite sur une rythmique plus apaisée avant l’explosion électrique du refrain, Last Train brille par sa capacité à alterner le calme et la tempête, véritable point fort de l’album. La deuxième partie du titre sonne comme du très grand Muse époque Origin of Symmetry, le souffle épique me ballotte dans tous les sens. On Our Knees part ensuite sur un format de 8 minutes pour nous proposer une lente montée en puissance toute en tension, les riffs électriques s’effaçant subitement pour laisser leur place à un minimalisme contemplatif savoureux qui prend peu à peu les traits du rock progressif à la Mogwai avec tout ce que ça implique dans la puissance émotionnelle et l’intensité. Brillantissime, sûrement l’un des titres les plus puissants écoutés ces dernières années…

I Only Bet On Myself nous ramène sur les terres plus classiques du rock avec sa rythmique uptempo digne des grandes heures des trop sous-estimés Placebo et sa fin estampillée Muse. Voilà en tout cas 4 titres de très haut vol ressentis comme une véritable intraveineuse de rock à l’état pur… La deuxième partie de l’album va, quant à elle, davantage jouer la carte des contrastes pour mon plus grand plaisir: The Idea Of Someone me rappelle l’orfèvre Sébastien Schuller dans sa capacité à filer des frissons, Disappointed nous afflige une nouvelle déflagration rock à la Red Hot avant que Tired Since 1994, sublime ballade empreinte de spleen, ne vienne discrètement nous évoquer Radiohead. Le rythme cardiaque s’abaisse avec la pop-rock plus linéaire de Right Where We Belong et le surprenant A Step Further Down porté par la douceur cristalline de son piano… Mais que dire du morceau final The Big Picture? Ce titre résume à lui tout seul la richesse artistique de Last Train, entre souffle épique et décharges éléctriques. 10 minutes sublimes comme la dernière touche d’un tableau frôlant la perfection. L’avenir appartient désormais à Last Train et j’attends désormais avec impatience les prochains voyages. Enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°32: Barricades d’Editors (2019)

Après le détour par Fuck Buttons,  je vous avais promis de parler du dernier album Editorsd’Editors The Blanck Mass Sessions et je le fais car on est comme ça chez Five-Minutes on tient ses promesses (#maisbiensur…). Cet album, sorti à la base pour le Record Store Day 2019, est une édition alternative du sixième album Violence sorti en mars 2018 passé à la moulinette électronique de Blanck Mass, alias Benjamin John Power (une des deux têtes pensantes de Fuck Buttons, voir ici ). Je voue clairement un culte aux anglais d’Editors dont le rock viscéral d’albums comme The Back Room en 2005 et An End Has a Start en 2007 me subjugue et je dois reconnaître que la voix de Tom Smith est une des voix  qui me touchent le plus (#instantmidinette). Plus sérieusement, dans mon imaginaire musical, j’ai toujours eu tendance à placer Editors juste aux pieds de The National, ce qui devrait permettre aux connaisseurs de juger mon intérêt pour ce groupe…

Loin de moi la volonté de chroniquer The Blanck Mass Sessions ou de me lancer dans une périlleuse comparaison avec Violence, je suis guidé par la volonté de vous laisser savourer le morceau d’ouverture (et le clip sublime l’accompagnant) Barricades qui est un titre inédit. On retrouve la voix puissante de Tom Smith, une ambiance sombre et rock accentuée par les sonorités électroniques et les drums frappant tels des métronomes au service de montées imparables. Ce morceau d’une grande intensité mérite de trôner fièrement à côté des bijoux de la discographie des anglais que sont An End Has a Start, The Racing Rats, Munich, Blood, Fall et Bullets… Enjoy!

Allez hop pour la nostalgie! (#rockalaBlocParty)

Sylphe

Review n°28: Social Cues de Cage The Elephant (2019)

Je ne voudrais absolument pas me répéter car je l’ai déjà évoqué précédemment (voir iciCage The Elephant ) mais, depuis ma découverte très tardive de Cage The Elephant, j’attends avec impatience un nouvel album de la bande de Matthew Shultz. La production de ce cinquième opus a été attribuée à John Hill ( Florence and The Machine, Portugal The Man) qui avait pour mission de sublimer le spleen du chanteur qui vient de connaître un divorce difficile. Si je me permets cette allusion à la vie privée c’est parce que l’on connaît nombre d’albums sublimes nés après un traumatisme…

Le morceau d’ouverture Broken Boy et sa rythmique rock uptempo suintant par tous les pores un sentiment d’urgence insatiable  joue la carte de la distorsion sonore pour nous gifler d’emblée, ce qui est assez bien symbolisé par la fin abrupte. Social Cues, le titre éponyme, vient alors s’inscrire dans une approche plus pop avec ses synthés et ses choeurs pour un résultat surprenant qui ne dénoterait pas dans la discographie de Hot Chip. Pour clore un tryptique initial de haut vol, Black Madonna nous ramène vers les contrées pop-rock que les américains arpentent avec talent depuis toujours, le contraste entre le chant languissant de Matthew Shultz et le refrain pop plus lumineux est séduisant. Une pépite mélodique instantanée… Ces trois premiers morceaux fonctionnent bien dans des registres assez variés et cette diversité de styles sera la marque de fabrique de cet excellent Social Cues.

Difficile de faire plus original avec l’improbable Night Running Beck vient poser son flow face à Matthew Shultz sur un fond reggae/dub inattendu. Le résultat est bon mais ne me touche pas particulièrement et Skin and Bones nous ramène rapidement en terrain connu avec sa mélodie douce amère avant le très convaincant Ready To Let Go qui oscille brillamment entre blues et garage rock et rappelle l’opus précédent Tell Me I’m Pretty (#phrasearallongeforever). Le sulfureux House of Glass vient alors tout exploser, l’âpreté de la rythmique qui lorgne vers les sonorités électro et la tension du chant font de ce morceau un bijou rock à la The Kills.

Les violons de Love’s The Only Way viennent alors facilement me cueillir et confirment à quel point Cage The Elephant maîtrise les ballades… La fin de l’album garde la même intensité, des synthés rock de The War Is Over -version virile de MGMT – à la douceur finale de Goodbye en passant par la richesse instrumentale de Dance Dance qui résiste à toutes les classifications. Ce Social Cues est incontestablement un album brillant, pour moi l’apogée rock de ce début d’année 2019.

Sylphe

Five reasons n°10 : The Passenger (1977) de Iggy Pop

Après la soirée live au Printemps de Bourges la semaine dernière, retour sur Terre avec The Passenger, une pépite intemporelle en cinq raisons chrono :

  1. Parce que The Passenger est au cœur de Lust for life (1977), album de la résurrection rock pour Iggy Pop. Après les bidouillages et expérimentations sonores voulus quelques mois avant par David Bowie sur The Idiot (1977), l’Iguane reprend la main sur sa production musicale de la plus belle des façons. Il en résulte un rock solaire et intense dont The Passager est l’illustration parfaite
  2. Parce que la voix terrible et incroyablement profonde d’Iggy Pop, tout simplement. Amenée en plus par ce putain de riff d’intro.
  3. Parce que le titre est une invitation à une virée nocturne et urbaine, à deux et seulement pour nous deux : « And everything was made for you and me / All of it was made for you and me / Cause it belongs to you and me ». Sachant que l’album enregistré à Berlin, la magie opère doublement. Voire triplement. On y va ?
  4. Parce que le souvenir d’avoir un soir éclusé du champagne au son de The Passenger. C’était spontané, sans préméditation, décalé et terriblement bandant. C’était rock et ça nous allait bien.
  5. Parce qu’on est dans la quintessence du rock, et que le rock, jusqu’à preuve du contraire, c’est la vie. Et ça peut aussi sauver la vie.

Yippee-ippee-ey-ey-ay-yey-yey

Raf Against The Machine

Review n°21: Fever de Balthazar (2019)

Fin novembre, je m’extasiais sur le groove hédoniste du titre Fever (voir ici ) de

balthazar
Balthazar qui me donnait une envie quasi irrépressible d’écouter l’album dont était tirée cette pépite incandescente. Ce 25 janvier, le duo composé de Maarten Devoldere et Jinte Deprez a offert pour nos oreilles averties son quatrième opus Fever et le moins que l’on puisse dire c’est que ça valait franchement le coup d’attendre. La Belgique possède désormais un nouvel ambassadeur de choix pour l’exportation du rock de qualité avec Balthazar. Allez, je vous propose de venir avec moi vous mêler à ces lycaons car à Five-Minutes on aime vivre dangereusement!

Le morceau d’ouverture Fever que nous connaissons bien ouvre majestueusement l’album. Il est toujours intéressant de redécouvrir un titre que nous avions savouré il y a quelque temps pour voir si nous y trouvons toujours le même plaisir. Le test est passé haut la main tant cette basse groovy et sexy imprime une rythmique sentant le stupre qui se marie parfaitement à la voix caverneuse. Nous avons bien un grand cru qui gagne en intensité en vieillissant et je suis dans une situation optimale pour savourer l’album (ce qui s’explique aussi par le fait que je viens de récupérer des places pour la tournée des 25 ans d’Archive… #jem’égaresévèrelà). Changes vient alors poser les fondations de l’opus et les deux tendances se dégagent de manière limpide: cette voix rocailleuse d’un côté qui suinte bon le groove faussement dépouillé et de l’autre une tendance à vouloir laisser infuser un sachet de pop pour relever le tout. Le gimmick lumineux du refrain et les choeurs nous emportent facilement sur Changes alors que le morceau est globalement joué sur une rythmique presque down-tempo. Wrong Faces reprend cette impression d’un rock dépouillé à la The Kills, la basse et les claquements de doigts auxquels viennent se joindre des cuivres surprenants jouent la carte de la sobriété esthétiquement recherchée. Peu à peu les choeurs réveillent le démon d’une pop faussement candide avec des violons venus de nulle part. J’aime la richesse et la construction de ce Wrong Faces sexy en diable.

Whatchu Doin’ et Phone Number fonctionnent ensuite sur la même recette avec un rock sensuel et dépouillé joué sur un rythme de sénateur (sans rien de péjoratif) porté par la sensibilité exacerbée de la voix. Entertainment va ensuite parfaitement porter son nom en jouant la carte d’une pop rythmée et survitaminée à l’orchestration riche avec ses cuivres et ses cordes. Le refrain fait mouche et on se surprendrait presque à penser aux Stones sur ce morceau… Passé I’m Never Gonna Let You Down Again et sa ligne de basse incandescente qui me rappelle l’ambiance de The English Riviera de Metronomy, Grapefruit démontre que nos amis belges ont du talent plein les mains avec un morceau plus sombre et électro. L’ambiance gagne en intensité avec les cordes anxyogènes à souhait… La fin de l’album est efficace et peut-être moins suprenante, Wrong Vibration jouant la carte de la pop et Roller Coaster celle d’un groove ascétique avant que You’re So Real ne finisse sur une subtile touche de douceur avec un improbable saxophone (#rehabilitationdusaxoen2019).

Cet album devrait donc incontestablement marquer l’année rock 2019 et j’ai trouvé en Balthazar des concurrents sérieux à mes favoris de Ghinzu. Et ça si ce n’est pas un gage de qualité je me fais moine… (#aimezsvpcarjaimepaslabure)

Sylphe