Review n°21: Fever de Balthazar (2019)

Fin novembre, je m’extasiais sur le groove hédoniste du titre Fever (voir ici ) de

balthazar
Balthazar qui me donnait une envie quasi irrépressible d’écouter l’album dont était tirée cette pépite incandescente. Ce 25 janvier, le duo composé de Maarten Devoldere et Jinte Deprez a offert pour nos oreilles averties son quatrième opus Fever et le moins que l’on puisse dire c’est que ça valait franchement le coup d’attendre. La Belgique possède désormais un nouvel ambassadeur de choix pour l’exportation du rock de qualité avec Balthazar. Allez, je vous propose de venir avec moi vous mêler à ces lycaons car à Five-Minutes on aime vivre dangereusement!

Le morceau d’ouverture Fever que nous connaissons bien ouvre majestueusement l’album. Il est toujours intéressant de redécouvrir un titre que nous avions savouré il y a quelque temps pour voir si nous y trouvons toujours le même plaisir. Le test est passé haut la main tant cette basse groovy et sexy imprime une rythmique sentant le stupre qui se marie parfaitement à la voix caverneuse. Nous avons bien un grand cru qui gagne en intensité en vieillissant et je suis dans une situation optimale pour savourer l’album (ce qui s’explique aussi par le fait que je viens de récupérer des places pour la tournée des 25 ans d’Archive… #jem’égaresévèrelà). Changes vient alors poser les fondations de l’opus et les deux tendances se dégagent de manière limpide: cette voix rocailleuse d’un côté qui suinte bon le groove faussement dépouillé et de l’autre une tendance à vouloir laisser infuser un sachet de pop pour relever le tout. Le gimmick lumineux du refrain et les choeurs nous emportent facilement sur Changes alors que le morceau est globalement joué sur une rythmique presque down-tempo. Wrong Faces reprend cette impression d’un rock dépouillé à la The Kills, la basse et les claquements de doigts auxquels viennent se joindre des cuivres surprenants jouent la carte de la sobriété esthétiquement recherchée. Peu à peu les choeurs réveillent le démon d’une pop faussement candide avec des violons venus de nulle part. J’aime la richesse et la construction de ce Wrong Faces sexy en diable.

Whatchu Doin’ et Phone Number fonctionnent ensuite sur la même recette avec un rock sensuel et dépouillé joué sur un rythme de sénateur (sans rien de péjoratif) porté par la sensibilité exacerbée de la voix. Entertainment va ensuite parfaitement porter son nom en jouant la carte d’une pop rythmée et survitaminée à l’orchestration riche avec ses cuivres et ses cordes. Le refrain fait mouche et on se surprendrait presque à penser aux Stones sur ce morceau… Passé I’m Never Gonna Let You Down Again et sa ligne de basse incandescente qui me rappelle l’ambiance de The English Riviera de Metronomy, Grapefruit démontre que nos amis belges ont du talent plein les mains avec un morceau plus sombre et électro. L’ambiance gagne en intensité avec les cordes anxyogènes à souhait… La fin de l’album est efficace et peut-être moins suprenante, Wrong Vibration jouant la carte de la pop et Roller Coaster celle d’un groove ascétique avant que You’re So Real ne finisse sur une subtile touche de douceur avec un improbable saxophone (#rehabilitationdusaxoen2019).

Cet album devrait donc incontestablement marquer l’année rock 2019 et j’ai trouvé en Balthazar des concurrents sérieux à mes favoris de Ghinzu. Et ça si ce n’est pas un gage de qualité je me fais moine… (#aimezsvpcarjaimepaslabure)

Sylphe

Cinémusique n°1: Leto de Kirill Serebrennikov (2018)

Faut toujours finir en beauté ! Avant de commencer l’année 2019 j’ai enfin trouvé leleto temps d’aller voir Leto  au cinéma, je peux vous dire que j’ai fini l’année sur un bouillonnement musical grâce à ce film. Alors je fais une légère incartade avec le dogme du blog consacré à la musique. Même si ce film parle bien de musique et transpire le rock, l’énergie, l’inventivité et le surréalisme.

De la musique vous en entendrez beaucoup, le film s’apparente parfois à une forme de comédie musicale, mais n’imaginez pas un truc façon Broadway, ou du très léché façon Lala land, à la rigueur pensez à du Rocky Horror Picture Show, mais il n’y a finalement pas grand-chose de comparable avec d’autres films.

C’est un film sur la révolte adolescente et s’il y a bien quelque chose qui me fascine, c’est cette période fondatrice pour tout un chacun. Leto témoigne d’un bouillonnement musical qui anticipe la Perestroïka, mais se voit aussi comme un hymne à l’amour et à la rebellion contre le conservatisme d’un pouvoir incapable de maîtriser les aspirations d’une jeunesse nourrie aux groupes anglo-saxon. Sex drugs et Rock n’roll en Russie alors que tout est interdit, une jeunesse en pleine révolte, une liberté bafouée.

Le film est basé sur des faits réels, l’ascension de Viktor Tsoi et de Mike Naumenko , de leur amitié naît un triangle amoureux qui sert de trame narrative au film. On est alors subjugués par la douceur et la beauté d’Irina Starchenbaum. Mais cette histoire sert avant tout à nous montrer l’éclat de la jeunesse et nous offrir des moments de grâce majestueux. On pense alors à une chorégraphie chamanique et on passe son temps à taper du pied en écoutant Perfect day de Lou Reed, The Passenger d’Iggy Pop….

J’aurais pu choisir plein d’extraits du film mais j’ai flashé sur la reprise de Psycho Killer des Talking Heads, morceau de 1977. Les Talking Heads n’était pas un vrai groupe de Punk, trop intellectuel, trop propre… pourtant on sent bien l’inspiration du punk dans la version d’origine et la magie de cette reprise est d’avoir subjugué l’original.

Alors oui ! J’ai fini l’année 2018 en beauté grâce à ce film et je souhaite une bonne année 2019 à tous ! Mais un petit rappel à la vie réelle, son réalisateur, Kirill Serebrennikov, est une critique acerbe du pouvoir russe et est assigné à résidence dans son pays. 30 ans après Leto la chape de plomb du régime russe existe toujours. Que fait la jeunesse ?

Rage

Pépite du moment n°14: Knights of Malta de The Smashing Pumpkins (2018)

On ne présente plus la troupe de Billy Corgan qui s’est imposée comme un des groupesSmashing Pumpkins de rock majeurs des années 90. Pour moi, ils ont créé un des albums marquants de l’histoire du rock avec le sublime Mellon Collie and the Infinite Sadness en 1995 qui revient régulièrement sur ma platine. Le groupe a connu le quotidien des grands groupes de rock, drogue, départ de membres, split en 2000. Après un retour assez judicieux en 2007 avec l’album Zeitgeist (souvenirs d’une autre vie et d’un live particulièrement réussi à la Route du Rock…), The Smashing Pumpkins se reforme en 2018 dans sa version initiale, excepté la bassiste D’arcy Wretzsky, pour ce onzième opus, Shiny and oh so Bright, Vol.1/ LP: No Past. No Future. No Sun. (What the fuck ce titre!). 8 titres particulièrement aboutis où je me délecte de retrouver la voix nasillarde de Billy Corgan (qui au passage ressemble de plus en plus physiquement à Lord Varys) et toute l’énergie brute du groupe. Je vous ferai grâce de la nostalgie évidente qui m’anime à réécouter The Smashing Pumpkins

J’ai choisi en particulier le morceau d’ouverture Knights of Malta avec sa douce mélodie qui tisse subtilement sa toile dans nos cerveaux. Quelques riffs de guitare bien sentis et la voix de Corgan, le tour est joué! Je rassure les fans de la première heure inquiets par ce morceau relativement calme, le reste de l’album (le titre Solara en tête) envoie du bois et mérite d’être écouté.

Allez j’ai craqué et la nostalgie a pris le dessus… Je vous laisse avec 1979 tiré de Mellon Collie and the Infinitive Sadness.

Sylphe

Pépite du moment n°8: Fever de Balthazar (2018)

Le plat pays n’est pas avare en groupes de rock de très grande qualité, on pense très souvent aux ouvreurs de piste dEUS ou encore aux brillants Ghinzu dont certains titres (Do You Read Me, Cold Love et son clip incandescent, Take it easy ou encore l’anxyogène This war is silent) me font perdre tout contact avec la réalité. Balthazar trace de son côté son sillon depuis le premier opus Applause en 2010 et ne demande qu’à exploser comme ses compatriotes. Le quatrième album intitulé Fever sortira le 25 janvier 2019 et le titre éponyme vient de sortir. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce titre a pleinement sa place dans les pépites du moment.

Illustré par un clip soigné mettant en scène un road-trip des deux têtes pensantes du groupe Maarten Devoldere et Jinte Deprez au milieu d’un paysage sauvage, le morceau dégage un puissant sentiment de coolitude qui s’exprime à travers cette ligne de basse chaude et lancinante qui imprime brillamment le rythme du titre. Ajoutons la voix caverneuse, un refrain entêtant avec ses choeurs, des violons aussi discrets que séduisants et vous obtenez 6 minutes de très haut vol qui m’obsèdent depuis sa première écoute il y a deux jours.

Toutes mes plus plates excuses, addiction en vue, et ceci n’est pas une blague…

Sylphe

Review n°12: AAARTH de The Joy Formidable (2018)

Le Pays de Galles se résumait musicalement pour moi, jusqu’à maintenant, à la troupeThe Joy Formidable débridée et follement euphorisante de Los Campesinos. Désormais je pourrai y ajouter un groupe de rock percutant et novateur, The Joy Formidable, que je découvre avec ce quatrième opus intitulé AAARTH (arth signifiant ours en gallois). C’est donc paré d’une virginité à aucune autre pareille que je vais vous présenter cet album, sans avoir donc volontairement écouté les trois opus précédents (bah oui à Five-Minutes on bosse dur, on a une grosse semaine de concerts et ce soir Her nous attend après avoir écouté jeudi les dandys de Feu Chatterton).

Accrochez-vous, je vais partir sur des évidences… Un groupe de rock qui fonctionne c’est avant tout une voix et des talents d’interprétation (en l’occurrence la charmante Ritzy Brian), des riffs de guitare féroces et un sens de la mélodie imparable (#toutlerestecestdelabranletteintellectuelle). Et bien The Joy Formidable et son nom de groupe qui donne le sourire possède tout cela, donc ça fonctionne sacrément bien!

L’album commence sur des bases relativement classiques mais particulièrement solides, la débauche sonore de Y Bluen Eira se marie avec brio au chant incantatoire de Ritzy Brian, The Wrong Side démontre le sens précis de la mélodie pour un résultat plus pop et Go Loving est parcouru d’une tension sensuelle digne de The Kills. Ce tryptique pose avec sobriété les bases d’un album résolument rock.

C’est Cicada (Land on Your Back) qui va nous infliger la première décharge électrique. Les cigales en fond, un chant sombre à la Karen O, des guitares vrombissantes et cette cithare qui vient apporter une touche psychédélique séduisante. La richesse instrumentale est incontestable et j’ai l’impression d’écouter la BO d’un western futuriste… The Joy Formidable continue avec délectation son exploration sonore avec All in All, ballade d’une douceur délicieuse qui laisse place à une montée finale électrique bien sentie.

Les bons morceaux ne cessent alors de s’enchaîner, What For et son univers rock digne du dernier opus d’Interpol, The Better Me et ses riffs acérés, Absence et la légèreté de sa mélodie au piano. Les deux derniers tiers de l’opus sont véritablement de haut vol et ce n’est pas l’âpreté électrique de Dance of Lotus ou encore la décharge finale de Caught on a Breeze qui viendront atténuer cette impression d’un album où la lave incandescente ne cesse de couler impétueusement, tout en étant paradoxalement domptée avec finesse.

Voilà en tout cas, pour moi, la dose d’énergie qui devrait me permettre d’aborder plus sereinement cette âpre dernière semaine avant les vacances de la Toussaint. Et vous, vous allez bien vous prendre un petit shot de rock électrique pour tenir non?

Sylphe

Five Reasons n°1 – 24 heures dans la nuit d’un faune (1996) de Hubert-Félix Thiéfaine

Retour au siècle dernier, position 1996 : Thiéfaine (HFT) publie La tentation du bonheur. Plus fort encore, HFT donnera en 1998 un frère jumeau et miroir à cette Tentation du bonheur, intitulé Le bonheur de la tentation. Dans le cadre de l’année Thiéfaine et de la célébration de ses 40 ans de carrière, on a droit à une réédition vinyle complète des albums studios, et ce mois de septembre voit la sortie de Bonheur & Tentation, réunion des volets blanc et noir d’une même aventure musicale. C’est cette réédition que j’aurais dû vous reviewer ici-bas ici-même. Mais là où il se pose, le mois de septembre nous laboure de son rythme implacable : impossible de chroniquer rapidement cette double perle sur un coin de table sans saloper le tout.

Chers Five-Minuteurs, vous patienterez donc, le temps que votre serviteur peaufine son papier. Néanmoins, en guise d’apéro, je vous propose 5 bonnes raisons de mettre dans vos oreilles le morceau d’ouverture de La tentation du bonheur. Pourquoi donc écouter ces 24 heures dans la nuit d’un faune ?

  1. Parce que le titre est du pur Thiéfaine que l’on peut retourner dans tous les sens, telle la fille des 80 chasseurs avec laquelle on se serait enfermé dans les cabinets, pour en saisir toutes les subtilités. 24 heures dans une seule nuit, ça n’existe pas, sauf dans le Thiéfaine Monde.
  2. Parce que ce premier morceau est rock et déluré à souhaits. On retrouve l’ambiance barrée et poétique qui nous avait un peu manquée avec les deux albums précédents enregistrés aux States.
  3. Parce que Thiéfaine convoque de nouveau Tony Carbonare à la production et aux arrangements, déjà aux manettes sur les tous premiers albums porteurs de pépites comme L’agence des amants de Madame Müller ou La Maison Borniol.
  4. Parce que, au cœur du texte, cette putain de phrase « J’commençais à viser les gones quand t’as saisi ma crosse / En me disant ‘Chéri tu vois pas qu’ce sont des gosses’ / J’t’ai répondu ‘Mon amour tu vois pas qu’j’suis un serbo / croate en train d’rêver d’un weekend à Sarajevo' ». 1996 : on est alors en plein traumatisme de la guerre en ex-Yougoslavie, faut quand même oser. Si ça c’est pas de la rock attitude…
  5. Parce que ces 24 heures dans la nuit d’un faune sont annonciatrices d’une sacrée poignée de titres complètement incroyables dispersés sur deux albums (et 4 galettes), que nous explorerons ensemble sous peu en taxiphonant d’un pack de Kro (rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé).

 

Raf Against The Machine