Pépite du moment n°32: Barricades d’Editors (2019)

Après le détour par Fuck Buttons,  je vous avais promis de parler du dernier album Editorsd’Editors The Blanck Mass Sessions et je le fais car on est comme ça chez Five-Minutes on tient ses promesses (#maisbiensur…). Cet album, sorti à la base pour le Record Store Day 2019, est une édition alternative du sixième album Violence sorti en mars 2018 passé à la moulinette électronique de Blanck Mass, alias Benjamin John Power (une des deux têtes pensantes de Fuck Buttons, voir ici ). Je voue clairement un culte aux anglais d’Editors dont le rock viscéral d’albums comme The Back Room en 2005 et An End Has a Start en 2007 me subjugue et je dois reconnaître que la voix de Tom Smith est une des voix  qui me touchent le plus (#instantmidinette). Plus sérieusement, dans mon imaginaire musical, j’ai toujours eu tendance à placer Editors juste aux pieds de The National, ce qui devrait permettre aux connaisseurs de juger mon intérêt pour ce groupe…

Loin de moi la volonté de chroniquer The Blanck Mass Sessions ou de me lancer dans une périlleuse comparaison avec Violence, je suis guidé par la volonté de vous laisser savourer le morceau d’ouverture (et le clip sublime l’accompagnant) Barricades qui est un titre inédit. On retrouve la voix puissante de Tom Smith, une ambiance sombre et rock accentuée par les sonorités électroniques et les drums frappant tels des métronomes au service de montées imparables. Ce morceau d’une grande intensité mérite de trôner fièrement à côté des bijoux de la discographie des anglais que sont An End Has a Start, The Racing Rats, Munich, Blood, Fall et Bullets… Enjoy!

Allez hop pour la nostalgie! (#rockalaBlocParty)

Sylphe

Review n°28: Social Cues de Cage The Elephant (2019)

Je ne voudrais absolument pas me répéter car je l’ai déjà évoqué précédemment (voir iciCage The Elephant ) mais, depuis ma découverte très tardive de Cage The Elephant, j’attends avec impatience un nouvel album de la bande de Matthew Shultz. La production de ce cinquième opus a été attribuée à John Hill ( Florence and The Machine, Portugal The Man) qui avait pour mission de sublimer le spleen du chanteur qui vient de connaître un divorce difficile. Si je me permets cette allusion à la vie privée c’est parce que l’on connaît nombre d’albums sublimes nés après un traumatisme…

Le morceau d’ouverture Broken Boy et sa rythmique rock uptempo suintant par tous les pores un sentiment d’urgence insatiable  joue la carte de la distorsion sonore pour nous gifler d’emblée, ce qui est assez bien symbolisé par la fin abrupte. Social Cues, le titre éponyme, vient alors s’inscrire dans une approche plus pop avec ses synthés et ses choeurs pour un résultat surprenant qui ne dénoterait pas dans la discographie de Hot Chip. Pour clore un tryptique initial de haut vol, Black Madonna nous ramène vers les contrées pop-rock que les américains arpentent avec talent depuis toujours, le contraste entre le chant languissant de Matthew Shultz et le refrain pop plus lumineux est séduisant. Une pépite mélodique instantanée… Ces trois premiers morceaux fonctionnent bien dans des registres assez variés et cette diversité de styles sera la marque de fabrique de cet excellent Social Cues.

Difficile de faire plus original avec l’improbable Night Running Beck vient poser son flow face à Matthew Shultz sur un fond reggae/dub inattendu. Le résultat est bon mais ne me touche pas particulièrement et Skin and Bones nous ramène rapidement en terrain connu avec sa mélodie douce amère avant le très convaincant Ready To Let Go qui oscille brillamment entre blues et garage rock et rappelle l’opus précédent Tell Me I’m Pretty (#phrasearallongeforever). Le sulfureux House of Glass vient alors tout exploser, l’âpreté de la rythmique qui lorgne vers les sonorités électro et la tension du chant font de ce morceau un bijou rock à la The Kills.

Les violons de Love’s The Only Way viennent alors facilement me cueillir et confirment à quel point Cage The Elephant maîtrise les ballades… La fin de l’album garde la même intensité, des synthés rock de The War Is Over -version virile de MGMT – à la douceur finale de Goodbye en passant par la richesse instrumentale de Dance Dance qui résiste à toutes les classifications. Ce Social Cues est incontestablement un album brillant, pour moi l’apogée rock de ce début d’année 2019.

Sylphe

Five reasons n°10 : The Passenger (1977) de Iggy Pop

Après la soirée live au Printemps de Bourges la semaine dernière, retour sur Terre avec The Passenger, une pépite intemporelle en cinq raisons chrono :

  1. Parce que The Passenger est au cœur de Lust for life (1977), album de la résurrection rock pour Iggy Pop. Après les bidouillages et expérimentations sonores voulus quelques mois avant par David Bowie sur The Idiot (1977), l’Iguane reprend la main sur sa production musicale de la plus belle des façons. Il en résulte un rock solaire et intense dont The Passager est l’illustration parfaite
  2. Parce que la voix terrible et incroyablement profonde d’Iggy Pop, tout simplement. Amenée en plus par ce putain de riff d’intro.
  3. Parce que le titre est une invitation à une virée nocturne et urbaine, à deux et seulement pour nous deux : « And everything was made for you and me / All of it was made for you and me / Cause it belongs to you and me ». Sachant que l’album enregistré à Berlin, la magie opère doublement. Voire triplement. On y va ?
  4. Parce que le souvenir d’avoir un soir éclusé du champagne au son de The Passenger. C’était spontané, sans préméditation, décalé et terriblement bandant. C’était rock et ça nous allait bien.
  5. Parce qu’on est dans la quintessence du rock, et que le rock, jusqu’à preuve du contraire, c’est la vie. Et ça peut aussi sauver la vie.

Yippee-ippee-ey-ey-ay-yey-yey

Raf Against The Machine

Review n°21: Fever de Balthazar (2019)

Fin novembre, je m’extasiais sur le groove hédoniste du titre Fever (voir ici ) de

balthazar
Balthazar qui me donnait une envie quasi irrépressible d’écouter l’album dont était tirée cette pépite incandescente. Ce 25 janvier, le duo composé de Maarten Devoldere et Jinte Deprez a offert pour nos oreilles averties son quatrième opus Fever et le moins que l’on puisse dire c’est que ça valait franchement le coup d’attendre. La Belgique possède désormais un nouvel ambassadeur de choix pour l’exportation du rock de qualité avec Balthazar. Allez, je vous propose de venir avec moi vous mêler à ces lycaons car à Five-Minutes on aime vivre dangereusement!

Le morceau d’ouverture Fever que nous connaissons bien ouvre majestueusement l’album. Il est toujours intéressant de redécouvrir un titre que nous avions savouré il y a quelque temps pour voir si nous y trouvons toujours le même plaisir. Le test est passé haut la main tant cette basse groovy et sexy imprime une rythmique sentant le stupre qui se marie parfaitement à la voix caverneuse. Nous avons bien un grand cru qui gagne en intensité en vieillissant et je suis dans une situation optimale pour savourer l’album (ce qui s’explique aussi par le fait que je viens de récupérer des places pour la tournée des 25 ans d’Archive… #jem’égaresévèrelà). Changes vient alors poser les fondations de l’opus et les deux tendances se dégagent de manière limpide: cette voix rocailleuse d’un côté qui suinte bon le groove faussement dépouillé et de l’autre une tendance à vouloir laisser infuser un sachet de pop pour relever le tout. Le gimmick lumineux du refrain et les choeurs nous emportent facilement sur Changes alors que le morceau est globalement joué sur une rythmique presque down-tempo. Wrong Faces reprend cette impression d’un rock dépouillé à la The Kills, la basse et les claquements de doigts auxquels viennent se joindre des cuivres surprenants jouent la carte de la sobriété esthétiquement recherchée. Peu à peu les choeurs réveillent le démon d’une pop faussement candide avec des violons venus de nulle part. J’aime la richesse et la construction de ce Wrong Faces sexy en diable.

Whatchu Doin’ et Phone Number fonctionnent ensuite sur la même recette avec un rock sensuel et dépouillé joué sur un rythme de sénateur (sans rien de péjoratif) porté par la sensibilité exacerbée de la voix. Entertainment va ensuite parfaitement porter son nom en jouant la carte d’une pop rythmée et survitaminée à l’orchestration riche avec ses cuivres et ses cordes. Le refrain fait mouche et on se surprendrait presque à penser aux Stones sur ce morceau… Passé I’m Never Gonna Let You Down Again et sa ligne de basse incandescente qui me rappelle l’ambiance de The English Riviera de Metronomy, Grapefruit démontre que nos amis belges ont du talent plein les mains avec un morceau plus sombre et électro. L’ambiance gagne en intensité avec les cordes anxyogènes à souhait… La fin de l’album est efficace et peut-être moins suprenante, Wrong Vibration jouant la carte de la pop et Roller Coaster celle d’un groove ascétique avant que You’re So Real ne finisse sur une subtile touche de douceur avec un improbable saxophone (#rehabilitationdusaxoen2019).

Cet album devrait donc incontestablement marquer l’année rock 2019 et j’ai trouvé en Balthazar des concurrents sérieux à mes favoris de Ghinzu. Et ça si ce n’est pas un gage de qualité je me fais moine… (#aimezsvpcarjaimepaslabure)

Sylphe

Cinémusique n°1: Leto de Kirill Serebrennikov (2018)

Faut toujours finir en beauté ! Avant de commencer l’année 2019 j’ai enfin trouvé leleto temps d’aller voir Leto  au cinéma, je peux vous dire que j’ai fini l’année sur un bouillonnement musical grâce à ce film. Alors je fais une légère incartade avec le dogme du blog consacré à la musique. Même si ce film parle bien de musique et transpire le rock, l’énergie, l’inventivité et le surréalisme.

De la musique vous en entendrez beaucoup, le film s’apparente parfois à une forme de comédie musicale, mais n’imaginez pas un truc façon Broadway, ou du très léché façon Lala land, à la rigueur pensez à du Rocky Horror Picture Show, mais il n’y a finalement pas grand-chose de comparable avec d’autres films.

C’est un film sur la révolte adolescente et s’il y a bien quelque chose qui me fascine, c’est cette période fondatrice pour tout un chacun. Leto témoigne d’un bouillonnement musical qui anticipe la Perestroïka, mais se voit aussi comme un hymne à l’amour et à la rebellion contre le conservatisme d’un pouvoir incapable de maîtriser les aspirations d’une jeunesse nourrie aux groupes anglo-saxon. Sex drugs et Rock n’roll en Russie alors que tout est interdit, une jeunesse en pleine révolte, une liberté bafouée.

Le film est basé sur des faits réels, l’ascension de Viktor Tsoi et de Mike Naumenko , de leur amitié naît un triangle amoureux qui sert de trame narrative au film. On est alors subjugués par la douceur et la beauté d’Irina Starchenbaum. Mais cette histoire sert avant tout à nous montrer l’éclat de la jeunesse et nous offrir des moments de grâce majestueux. On pense alors à une chorégraphie chamanique et on passe son temps à taper du pied en écoutant Perfect day de Lou Reed, The Passenger d’Iggy Pop….

J’aurais pu choisir plein d’extraits du film mais j’ai flashé sur la reprise de Psycho Killer des Talking Heads, morceau de 1977. Les Talking Heads n’était pas un vrai groupe de Punk, trop intellectuel, trop propre… pourtant on sent bien l’inspiration du punk dans la version d’origine et la magie de cette reprise est d’avoir subjugué l’original.

Alors oui ! J’ai fini l’année 2018 en beauté grâce à ce film et je souhaite une bonne année 2019 à tous ! Mais un petit rappel à la vie réelle, son réalisateur, Kirill Serebrennikov, est une critique acerbe du pouvoir russe et est assigné à résidence dans son pays. 30 ans après Leto la chape de plomb du régime russe existe toujours. Que fait la jeunesse ?

Rage

Pépite du moment n°14: Knights of Malta de The Smashing Pumpkins (2018)

On ne présente plus la troupe de Billy Corgan qui s’est imposée comme un des groupesSmashing Pumpkins de rock majeurs des années 90. Pour moi, ils ont créé un des albums marquants de l’histoire du rock avec le sublime Mellon Collie and the Infinite Sadness en 1995 qui revient régulièrement sur ma platine. Le groupe a connu le quotidien des grands groupes de rock, drogue, départ de membres, split en 2000. Après un retour assez judicieux en 2007 avec l’album Zeitgeist (souvenirs d’une autre vie et d’un live particulièrement réussi à la Route du Rock…), The Smashing Pumpkins se reforme en 2018 dans sa version initiale, excepté la bassiste D’arcy Wretzsky, pour ce onzième opus, Shiny and oh so Bright, Vol.1/ LP: No Past. No Future. No Sun. (What the fuck ce titre!). 8 titres particulièrement aboutis où je me délecte de retrouver la voix nasillarde de Billy Corgan (qui au passage ressemble de plus en plus physiquement à Lord Varys) et toute l’énergie brute du groupe. Je vous ferai grâce de la nostalgie évidente qui m’anime à réécouter The Smashing Pumpkins

J’ai choisi en particulier le morceau d’ouverture Knights of Malta avec sa douce mélodie qui tisse subtilement sa toile dans nos cerveaux. Quelques riffs de guitare bien sentis et la voix de Corgan, le tour est joué! Je rassure les fans de la première heure inquiets par ce morceau relativement calme, le reste de l’album (le titre Solara en tête) envoie du bois et mérite d’être écouté.

Allez j’ai craqué et la nostalgie a pris le dessus… Je vous laisse avec 1979 tiré de Mellon Collie and the Infinitive Sadness.

Sylphe

Pépite du moment n°8: Fever de Balthazar (2018)

Le plat pays n’est pas avare en groupes de rock de très grande qualité, on pense très souvent aux ouvreurs de piste dEUS ou encore aux brillants Ghinzu dont certains titres (Do You Read Me, Cold Love et son clip incandescent, Take it easy ou encore l’anxyogène This war is silent) me font perdre tout contact avec la réalité. Balthazar trace de son côté son sillon depuis le premier opus Applause en 2010 et ne demande qu’à exploser comme ses compatriotes. Le quatrième album intitulé Fever sortira le 25 janvier 2019 et le titre éponyme vient de sortir. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce titre a pleinement sa place dans les pépites du moment.

Illustré par un clip soigné mettant en scène un road-trip des deux têtes pensantes du groupe Maarten Devoldere et Jinte Deprez au milieu d’un paysage sauvage, le morceau dégage un puissant sentiment de coolitude qui s’exprime à travers cette ligne de basse chaude et lancinante qui imprime brillamment le rythme du titre. Ajoutons la voix caverneuse, un refrain entêtant avec ses choeurs, des violons aussi discrets que séduisants et vous obtenez 6 minutes de très haut vol qui m’obsèdent depuis sa première écoute il y a deux jours.

Toutes mes plus plates excuses, addiction en vue, et ceci n’est pas une blague…

Sylphe