Review n°42: Brutal de Camilla Sparksss (2019)

Voilà deux semaines qui viennent de s’écouler au rythme des tops de fin d’année ou l’artCamilla Sparksss de vouloir courir après le temps… Au milieu des belles découvertes se dresse fièrement un album qui était totalement passé sous mon radar, un album qui m’obsède littéralement par son absence totale de concession et dont le titre est plus que révélateur, Brutal de Camilla Sparksss. Je ne connaissais clairement pas le projet solo de la canadienne Barbara Lehnoff, étant passé à côté de son premier opus For You The Wild en 2014, mais par contre je savoure depuis plusieurs années le duo punk qu’elle forme avec Aris Bassetti, Peter Kernel. Peter Kernel n’est jamais très loin car c’est bien Aris qui est à la production de ce deuxième album.

Ne pas se fier à la silhouette gracile et fragile de la pochette, Camilla Sparksss dégage une puissance charismatique et une féminité exacerbée d’une sensualité folle. Ce Brutal frappe fort, aussi frontalement que subtilement, et s’impose comme un exercice cathartique savoureux en ces temps mouvementés. 9 morceaux, 35 minutes sans concession où sont évoqués Xiu Xiu, Crystal Castles ou encore The Knife et l’impression d’un brûlot post-punk majeur que je vous invite modestement à découvrir.

Le morceau d’ouverture Forget part sur un univers indus très sombre avec une voix bien affirmée qui s’insinue dangereusement en nous. Les machines veulent prendre le dessus et les ruptures de rythme sont savoureuses. Camilla Sparksss laisse alors son talent exploser littéralement avec le dyptique suivant qui me sidère: d’un côté Are You Ok?, version dark de Fever Ray (oui, oui c’est possible) dont la douceur quasi angélique du chant au rythme lancinant des darboukas se densifie pour une montée en tension jouissive, de l’autre côté le single brillant Womanized qui brille par son urgence punk digne de Crystal Castles pour un résultat qui est tourné vers les dance-floors.

La tension reste incontestablement le maître-mot de cet album dont les premières écoutes peuvent même être quelque peu éprouvantes. Pas vraiment l’album que tu veux te mettre en fond au moment de servir le thé à ta belle-mère, bien que… La sensualité et les sonorités discordantes de So What (#BOdeMatrixSpirit), l’univers foisonnant de She’s a Dream qui revisite les musiques de western à base de rythmiques hip-hop et de décharges bruitistes (oui, oui je vais loin mais franchement il y a un peu de tout cela dans le titre…), le très électrique Psycho Lover font facilement mouche. Messing with You me fait ensuite penser à du Lana del Rey qui serait passée du côté obscur de la force avec cette voix angoissante finale, le titre Walt Deathney (quel choix de titre!) s’impose comme un brûlot punk aussi bruitiste qu’exigeant avant que Sorry finisse sur une relative sensation d’apaisement. Voilà en tout cas 35 minutes âpres de très haut vol qui ne devraient pas vous laisser indemnes, enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°38: Live at Leeds de The Who (1970)

Album fondateur et sûrement l’un des plus grands lives de l’histoire de la musique, leThe Who Live at Leeds est un monument. C’est pendant l’été qu’a germé l’idée de revenir sur cet album qui m’a toujours accompagné. En effet, pendant la période estivale, beaucoup d’articles, d’émissions de radio et de télé (redécouverte du documentaire sur Woodstock 3 days of peace and music) ont été consacrés aux 50 ans de Woodstock. Si j’avais les moyens, j’aurais craqué pour la réédition complète (38 cd et près de 800 euros) mais voilà, ma passion a quelques limites… En tout cas, la commémoration m’a permis de mieux comprendre à quel point ce festival reste un moment important pour la musique et la culture.

Quand j’étais jeune, j’avais emprunté à plusieurs reprises le documentaire dont Martin Scorsese est l’un des coréalisateurs et qui donne un aperçu du festival. Dans mon souvenir, on voyait 2 à 3 heures de musique mais je ne connaissais pas la moitié des groupes présents sur les éditions de l’époque. Je faisais donc beaucoup d’avance rapide. Objectivement, comme beaucoup, c’est Jimmy Hendrix que je voulais voir. On le voyait à la fin de la cassette. Il y avait quand même ce passage sur les Who

Et dieu que cela envoie du lourd! Malheureusement le concert de Woodstock des Who avait un son pourri. D’ailleurs, la rétrospective permet de se rendre compte à quel point Woodstock fut d’une grande impréparation.Quand on pense que Jimmy Hendrix joue vers 8 heures du matin alors que la plupart des spectateurs sont rentrés chez eux…

Mais revenons à nos Who. Ils avaient décidé d’enregistrer un live après la sortie de Tommy. Il faut dire que leur réputation d’énergie folle était déjà incroyable, leurs concerts duraient 3 heures et ils cassaient leur matériel sur scène une fois sur deux. De retour d’Allemagne, après une tournée extrêmement longue, les voilà à Leeds, puis à Hull. Les deux dates ont été captées sur la bande mais heureusement c’est le Live at Leeds qui est sorti en premier (Hull ça sonne vraiment con comme nom pour un concert de rock -finalement le Live at Hull sortira également bien plus tard…).

Alors ce disque c’est quoi au juste? l’énergie c’est beau quand c’est maîtrisé, c’est le premier enseignement de cette musique. Sur le Live at Leeds il suffit d’écouter l’enchaînement We’re Not Gonna Take It / See Me Feel Me / Listening To You et tous les instruments un par un pour se rendre compte que c’est tout juste incroyable.

Je ne pense pas à un musicien en particulier, ils sont tous des génies, mais c’est vrai que Keith Moon à la batterie avec ses tapotements de musicien de jazz qui semble se balader sur la rythmique, ça paraît toujours incroyable. Et puis il y a à la basse John Entwistle. Je suis bassiste et tout le monde devrait savoir qu’il a changé la perception et la place de la basse dans la musique. Bref pour revenir à cet article, je me suis rendu compte que la vraie sensation surprenante de cet album, outre qu’il est la porte d’entrée vers le punk, c’est la voix. Je n’avais pas bien compris jusqu’à maintenant qu’indépendamment d’individualités incroyables, de génies musicaux, d’énergie folle, ils avaient tous LA VOIX. Je ne parle pas uniquement de la voix de Roger Daltrey mais de cette capacité ahurissante qu’ils ont de chanter tous ensemble, de cette osmose musicale et mélodique incroyable qu’on retrouve partout sur le live et notamment sur A Quick One, While He’s Away.

Un dernier conseil, optez pour la version deluxe intégrale du live, 3 heures de musique pour ne rien rater d’un des plus grands lives de la musique rock (dans un autre genre je me garde la possibilité de parler un jour de The Youth are getting restless des Bad Brains).

 

Rage

Cinémusique n°1: Leto de Kirill Serebrennikov (2018)

Faut toujours finir en beauté ! Avant de commencer l’année 2019 j’ai enfin trouvé leleto temps d’aller voir Leto  au cinéma, je peux vous dire que j’ai fini l’année sur un bouillonnement musical grâce à ce film. Alors je fais une légère incartade avec le dogme du blog consacré à la musique. Même si ce film parle bien de musique et transpire le rock, l’énergie, l’inventivité et le surréalisme.

De la musique vous en entendrez beaucoup, le film s’apparente parfois à une forme de comédie musicale, mais n’imaginez pas un truc façon Broadway, ou du très léché façon Lala land, à la rigueur pensez à du Rocky Horror Picture Show, mais il n’y a finalement pas grand-chose de comparable avec d’autres films.

C’est un film sur la révolte adolescente et s’il y a bien quelque chose qui me fascine, c’est cette période fondatrice pour tout un chacun. Leto témoigne d’un bouillonnement musical qui anticipe la Perestroïka, mais se voit aussi comme un hymne à l’amour et à la rebellion contre le conservatisme d’un pouvoir incapable de maîtriser les aspirations d’une jeunesse nourrie aux groupes anglo-saxon. Sex drugs et Rock n’roll en Russie alors que tout est interdit, une jeunesse en pleine révolte, une liberté bafouée.

Le film est basé sur des faits réels, l’ascension de Viktor Tsoi et de Mike Naumenko , de leur amitié naît un triangle amoureux qui sert de trame narrative au film. On est alors subjugués par la douceur et la beauté d’Irina Starchenbaum. Mais cette histoire sert avant tout à nous montrer l’éclat de la jeunesse et nous offrir des moments de grâce majestueux. On pense alors à une chorégraphie chamanique et on passe son temps à taper du pied en écoutant Perfect day de Lou Reed, The Passenger d’Iggy Pop….

J’aurais pu choisir plein d’extraits du film mais j’ai flashé sur la reprise de Psycho Killer des Talking Heads, morceau de 1977. Les Talking Heads n’était pas un vrai groupe de Punk, trop intellectuel, trop propre… pourtant on sent bien l’inspiration du punk dans la version d’origine et la magie de cette reprise est d’avoir subjugué l’original.

Alors oui ! J’ai fini l’année 2018 en beauté grâce à ce film et je souhaite une bonne année 2019 à tous ! Mais un petit rappel à la vie réelle, son réalisateur, Kirill Serebrennikov, est une critique acerbe du pouvoir russe et est assigné à résidence dans son pays. 30 ans après Leto la chape de plomb du régime russe existe toujours. Que fait la jeunesse ?

Rage

Pépite du moment n°13: Mandalay de Amyl and The Sniffers (2018)

« On met tous les potards à fond et on joue très fort ». J’imagine ce qu’a pu dire Amy Taylor à son ingénieur du son pour enregistrer les morceaux d’Amyl and the Sniffers. Ça sonne lourd et fort ce machin et cette énergie brute, on ne l’avait pas entendu depuis pas mal de temps. Oui, c’est un peu une parole de vieux con mais je ne vous dis pas la fatigue chronique que me procurent les productions musicales hexagonales actuelles qui sonnent toutes pareilles et molasses – et j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi on n’entend pas un peu plus de musique défouloir et politiquement incorrecte ! Dans le contexte actuel, ça ferait du bien à tout le monde…

Donc ces 4 australiens se sont rencontrés dans leur co-location de Melbourne en 2016, on imagine qu’ils avaient pas mal d’énergie à dépenser et qu’ils n’avaient pas l’intention de perdre trop de temps dans la vie. Alors commençons par revenir à l’essentiel : des morceaux de 2 minutes maximum, pas d’histoire, pas de chichi, du riff, du dur, du violent, du crasseux et de l’exaltation de la jeunesse. Et puis il y a dans ce groupe le feu de la chanteuse Amy Taylor, boule d’énergie blonde, flot de paroles, qui semble tenir ses musiciens en laisse, les dominer par sa performance et son charisme naturel. Les Sniffers sont les dignes héritiers des Riot grrrl mouvement féministe et rock dont les Bikini Kill sont l’emblème. Ils jouent visiblement comme ils avalent la vie, avec bruit et fureur ; des récits simples, directs, une bombe d’énergie dont on attend impatiemment le premier album.

Parce qu’en fait ils n’ont pas encore véritablement de premier album, Big Attraction / Giddy Up dont est tiré Mandalay est la version combinée de deux EP d’Amyl and The Sniffers. L’histoire raconte que le premier a été écrit, enregistré et diffusé sur Bandcamp en douze heures seulement ! C’est une œuvre de jeunesse un peu fougueuse, un peu brouillonne mais terriblement électrisante. Depuis, ils ont sorti un 2 titres en septembre dernier, très bien produit, qui préfigure sûrement le futur véritable premier album du groupe. L’année 2019 sera celle d’Amyl and the Sniffers. Je lance les paris.

Rage