Review n°109 : The universe is IDK (2022) de Dave Pen

Capture d’écran 2022-10-23 à 11.38.21Après presque deux semaines d’absence, retour aux affaires en ce dimanche automnal avec un vrai bon son, qui plus est inattendu. The universe is IDK offre en 7 titres une excellente dose de ce que le rock britannique a offert de meilleur depuis qu’il existe. Ni plus, ni moins. Aux commandes de cet EP de haute volée, Dave Pen. Si le nom ne vous dit rien de prime abord, sachez que le garçon est une des voix d’Archive (ça faisait longtemps que je n’en avais pas parlé !), mais aussi un des membres fondateurs de BirdPen. En plus d’être un chanteur et musicien de grande talent, Dave Pen est aussi un grand sportif en run/trail. Une discipline sportive qu’il écume au gré des courses les plus folles, comme par exemple fin août l’UTMB (Ultra Trail Mont Blanc) : 170 kilomètres, du dénivelé et des passages en altitude au-dessus de 2 500 mètres. Je m’égare, ou si peu. Retenons que Dave Pen compile les talents, auxquels on peut ajouter son compte Instagram truffé de photos souvent géniales. Tout ceci est enrobé d’une grande discrétion et d’une humilité qui force le respect.

C’est dans cette grande discrétion que Dave Pen a composé tranquillement à la maison les 7 titres de The universe is IDK. En une demi-heure à peine, vous allez croiser de multiples clins d’œil à quelques grands noms, comme autant d’influences avouées. Negative ouvre l’EP et ses guitares aériennes évoquent assez vite The Smiths. Avec toutefois une voix qui fait penser à un certain David Bowie. Une touche Bowie encore plus évidente sur DIY SOS, croisée avec un soupçon d’Iggy Pop période Lust for life, et une pincée de Bryan Ferry. Tomorrow in light constitue la première pause tranquille après trois titres plutôt tendus et nerveux. Ce morceau permet à Dave Pen de développer son incroyable voix, en rappelant The empty bottle d’Archive dans la démonstration vocale. Humminbird est peut-être le titre le plus inquiétant, en croisant une trame musicale entre les Lou Reed les plus sombres et les Bowie les plus synthés/machines. Une fois encore, la voix de Dave Pen contraste l’ensemble avec une lumière et une puissance imparables. Standing wave est une parenthèse instrumentale de toute beauté, avant l’étonnant dernier titre. I’ll never know est un acoustique de la plus belle épure, qui vient réveiller chez nous le souvenir musical de l’excellent Animals de Pink Floyd. Avec en prime la voix de Dave Pen qui s’approche étonnamment de celle de Roger Waters.

Au vu de ces multiples et célèbres noms, je vous vois déjà vous interroger : qu’est-ce qui rend The universe is IDK intéressant, et le monsieur ne fait-il que piocher dans l’existant ? Non, Dave Pen ne pique pas d’idées chez les autres. Il leur rend hommage et nous en envoie autant de clins d’œil complices pour mieux partager ses créations. Des créations qui s’inscrivent au-delà des hommages, dans un ensemble très personnel et assez inimitable. De bout en bout, cet EP est fascinant dans les ambiances qu’il déroule, et dans la synthèse musicale qu’il propose. Dave Pen a sans doute écouté bien des artistes au fil des ans, en a absorbé ce qui lui parlait et a digéré le tout. Il en résulte aujourd’hui 7 morceaux tous plus hypnotiques les uns que les autres, liés par une identité musicale faite d’introspection et de lumières. Oui, il y a de l’énergie dans The universe is IDK.

Il y a aussi l’affirmation d’un grand artiste humble, jusque dans le titre du EP. The universe is IDK peut se traduire littéralement par « L’univers est Je ne sais pas », soit une énième variation du « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » de Socrate, ou encore du « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » de Desproges. Sans doute la meilleure façon d’aborder l’existence, loin de toute certitude, afin d’être ouvert au champ des possibles et à la recherche de la meilleure version de soi-même. The universe is IDK est, dans tous les cas, la meilleure façon d’aborder les jours actuels, et les suivants. Le EP est disponible uniquement sur Bandcamp en version numérique, pour une malheureuse poignée d’euros (moins de 10 pour tout vous dire). Ne passez pas à coté de ces 7 petites merveilles musicales. Il y a encore quelques jours, le podium des trois albums de 2022 était tout calé. L’arrivée de The universe is IDK vient bousculer l’ordre établi, pour mon plus grand plaisir. Vous êtes encore là ? Foncez donc écouter la dernière merveille de Dave Pen !

Raf Against The Machine

Review n°80: Sixty Summers de Julia Stone (2021)

Le duo australien Angus et Julia Stone -un frère et une soeur au passage – brille depuis une dizaine d’années et quatre albums dont le dernier Snow en 2017. Je vous invite en particulier à vous laisser bercer par la douceur de A Book Like This (2007) ou la puissance plus pop de Down the Way (2010) qui méritent de figurer dans les discographies les plus respectables. J’ai beau me montrer particulièrement sensible au timbre de voix de Julia Stone, je dois reconnaître que je n’ai jamais été très attentif à sa carrière solo et ne peux mettre que des bribes de souvenirs d’écoute de The Memory Machine (2010) et By the Horns (2012). Peut-être la fâcheuse impression inconsciente que le projet solo n’est pas une véritable valeur ajoutée au projet en duo, qui sait? Toujours est-il qu’il m’a été impossible de n’écouter qu’une fois, ce troisième opus Sixty Summers, neuf ans après le dernier album solo, tant on tient là un bijou d’émotion… Un album qui prend humblement rendez-vous avec les tops de fin d’année où il devrait brillamment figurer. Je vous invite à parcourir avec moi cette exploration torturée des méandres de l’amour, sujet central de ce Sixty Summers.

Le morceau d’ouverture Break se place d’emblée sous le sceau d’une pop uptempo d’une grande fraîcheur avec ses clochettes en fond, sa batterie si juste et ses cuivres. Le refrain rappelant la fragilité du timbre de Julia Stone évoque l’intensité de l’amour. Sixty Summers, un des titres les plus marquants de l’album, va ensuite nous rappeler, à travers la thématique de la nostalgie amoureuse, la puissance de la voix de Julia Stone. L’ambiance instrumentale est plus sombre, même si les cuivres tentent désespérément d’apporter des touches de lumière. Le résultat est d’une très grande intensité… Et que dire de la douceur de We All Have qui nous enveloppe de son voile fragile pour souligner le besoin de relativiser les échecs dans la quête de bonheur? Pour les fans de The National dont je suis, Matt Berninger vient apporter son grain de voix si reconnaissable pour un duo de voix aussi contrasté qu’évident. Voilà en tout cas un trio de titres initial qui place ce Sixty Summers sous l’égide du talent et de la sensibilité.

Nous pouvons globalement distinguer deux directions dans cet album, ayant pour point de rencontre la sublime voix de Julia Stone. Désolé de souligner avec une certaine platitude la beauté de la voix et d’enfoncer d’une certaine manière une porte ouverte mais certaines évidences méritent tout de même d’être rappelées. D’un côté nous retrouverons donc des titres plus classiques dans l’approche instrumentale, lorgnant vers les plaines de la pop-folk et mettant la voix au centre de tout. Je pense au sublime Dance brillamment illustré par un clip de Jessie Hill et le couple Danny Glover/ Susan Sarandon (cette dernière a 74 ans… mon Dieu quelle belle femme…) qui aborde la difficulté d’aimer avec une certaine poésie, à la notion de coup de foudre abordée dans Heron ou encore l’écrin de douceur I Am No One. Au passage, on notera à la fin de l’album une version française de Dance tout aussi touchante avec le refrain toujours en anglais et des couplets très beaux (et non de simples traductions des paroles initiales) où l’artiste Pomme a été mise à contribution.

D’un autre côté, nous pouvons ressentir le besoin d’explorer et de sortir des sentiers battus. Who part par exemple sur un univers plus électronique particulièrement entraînant -ce qui au passage me fait penser au dernier album de Georgia – avec une attirance pour les sonorités dance du début des années 90 (toute proportion gardée, ne vous attendez pas à un 2 Unlimited hein? ). On retrouvera cette attirance électronique avec Unreal et son refrain qui utilise l’autotune avec justesse.  Fire In Me, le morceau le plus sensuel écouté depuis longtemps, me séduit quant à lui par sa rythmique obsédante et ses sons plus sombres. Vous imaginez l’univers tout en ruptures de Sneaker Pimps et la sensualité exacerbée de Goldfrapp et vous obtenez ce Fire In Me follement excitant. Enfin Julia Stone a aussi cette capacité à donner un grain soul à sa voix dans l’excellent Queen qui souligne avec subtilité la dépendance à l’être amoureux quand tout semble pourtant s’effondrer. Je ne vais pas faire un parallèle facile sur la dépendance mais vous voyez bien où je veux en venir, ce Sixty Summers est dangereux mais que serait la vie sans cette pointe de danger que notre vie de confiné(e)s a tenté d’écarter? Enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°69: Prayer In C de Lilly Wood & The Prick (2010)

C’est avec plaisir la semaine dernière que Lilly Wood & The Prick s’est rappelé à ma connaissance, àLilly Wood and The Prick l’occasion de la parution du titre You Want My Money  -qui me laisse cependant un sentiment partagé, je dois le reconnaître – annonciateur vraisemblablement d’un futur nouvel album. Depuis leur troisième opus Shadows en 2015, nous étions sans nouvelles du duo composé de la chanteuse à la voix d’or Nili Hadida et du guitariste Benjamin Cotto. Impossible pour moi de ne pas aller réécouter leur premier album Invincible Friends qui avait véritablement tout raflé et même une Victoire de la musique dans la catégorie Révélation du public. Cet album que je vous recommande chaleureusement m’a surpris à la réécoute, 10 ans plus tard, par sa richesse et sa grande variété. Je ne résiste bien sûr pas à la tentation de partager avec vous le titre-phare Prayer In C, sublimé par la voix chaude éraillée de Nili Hadida et cette mélodie douce-amère à la guitare. Ce bijou à la croisée de la pop et de la folk vous ramènera instantanément en 2010, on était beaux, jeunes et on vivait dans l’insouciance comme l’illustre si bien le clip. Je vous propose deux versions, la version acoustique qui correspond à celle de l’album et celle que l’on a beaucoup entendue sur toutes les ondes, remixée par Robin Schulz, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°55: The Wild Rover de Lankum (2019)

C’est en Irlande que je vous propose de voyager pour ce premier son de l’année 2020, uneLankum terre que je connais assez peu musicalement parlant… Le groupe Lankum est composé des frères Lynch, Cormac MacDiarmada et Radie Peat et a sorti en octobre son troisième opus The Livelong Day sur le très respectable label Rough Trade Records. Cet album sent bon les paysages sauvages balayés par une pop-folk irlandaise tiraillée entre les valeurs ancestrales et un vent de renouveau. Le morceau du jour The Wild Rover ouvre l’album avec ses 10 minutes hypnotisantes, comme une parenthèse intemporelle au milieu d’un monde qui va toujours plus vite. Ce titre reprend une ballade irlandaise très célèbre qui raconte le retour d’un vagabond qui va dépenser tout son or au pub pour la dernière fois (#surprenantnon?). J’apprécie dans ce titre la lente construction et la douceur des sons de la cornemuse avant une surprenante montée finale toute en tension qui brise subtilement les codes. Le clip représente parfaitement l’univers du morceau avec ces magnifiques paysages et le souffle de la nouveauté perçu à travers les distorsions visuelles. Voilà en tout cas un bien bel océan de douceur pour démarrer cette année 2020 qui, espérons le, sera aussi riche musicalement que 2019, enjoy!

Sylphe