Son estival du jour n°2 : Les mêmes (2019) de Paul Personne

Puisque nous parlions de claviers analogiques il y a quelques jours en écoutant La femme d’argent de Air, surfons sur le bon son de ces instruments magiques. Les mêmes, tiré du dernier LP de Paul Personne Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) est un blues lent comme je les aime, surtout quand il est porté par la rugueuse Gibson de Paul Personne, sa voix éraillée, et soutenu, précisément, par un Fender Rhodes qui distille ses notes tout au long des 8 minutes qui vous attendent. En écoutant bien, vous entendrez aussi poindre un orgue Hammond, autre pièce maîtresse des claviers qui envoient.

Le reste de l’album est à peu près aussi bon, c’est donc dire que ce Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) est pour moi le meilleur disque solo de Paul Personne depuis le dyptique Demain il f’ra beau / Coup d’blues (2003)… si l’on excepte donc le démentiel album en duo avec Thiéfaine Amicalement blues (2007) et le brillant album collectif Lost in Paris Blues Band (2016). Je vous en reparlerai peut-être prochainement. Pour le moment, je vous laisse découvrir et, connexion de titre à titre, je m’en vais (re)lire Mécanismes de survie en milieu hostile, un exceptionnel livre d’Olivia Rosenthal. Pas bien rigolo mais prenant, nécessaire et implacable. Comme Les Mêmes.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°6: The Big Bad Blues (2018) de Billy F Gibbons

Nous voilà déjà arrivés en 2019, sans presque que l’on s’en rende compte. Et je m’aperçois que c’est moi qui ai l’honneur et le privilège d’ouvrir cette nouvelle année sur Five-Minutes. Mes camarades de jeu Sylphe et Rage sauront vous le dire à leur façon, mais d’ores et déjà on souhaite à tous nos Five-Minuteurs préférés que vous êtes tout plein de bonnes choses pour 2019.

Et pour bien commencer, voilà une bonne chose que je vous propose de partager : le second album solo de Billy F Gibbons, intitulé The Big Bad Blues, et qui succède à l’étonnant Perfectamundo (2015). Etonnant car les sonorités afro-cubaines de la galette nous avaient quelque peu pris par surprise venant du guitariste-chanteur de ZZ Top. Pas si étonnant que ça, si l’on sait que dans ses jeunes années, le bonhomme a tâté de la percussion avec Tito Puente. Mais revenons à cet opus 2018 qui, comme son nom l’indique, taquine le blues, et plus si affinités. Démonstration en 5 actes de l’absolue nécessité d’écouter cet album.

  1. Comme on le rappelait, Billy F Gibbons est le guitariste-chanteur de ZZ Top. Pour qui aime le rock gras et généreux, binaire, teinté de Delta blues et saupoudré de Howlin’ Wolf, impossible de passer à côté de ce groupe légendaire qui écume le monde depuis 1969. Oui, le trio va célébrer ses 50 ans d’existence, une longévité qui fait du bien à l’heure des artistes éphémères et de la guimauve musicale qui se dissout sans saveur à la première dégustation.
  2. Chacun des 11 titres de ce Big Bad Blues respire la route poussiéreuse, les grands espaces, et le roadhouse enfumé qui sert des pintes de mousse. A l’heure où le monde semble drastiquement se réduire à des chaines lisses de coffee-shops, de fast-foods, de boutiques de fringues et à des voies propres, goudronnées et dépoussiérées jusque dans les coins, j’ai jamais eu autant envie de me barrer au fin fond de terres arides. Et que ce soit en Islande, en Nouvelle-Zélande ou dans les fjords norvégiens, c’est à coup sûr ce genre de son que j’emporterai pour faire la route. Sur place, j’écouterai Mùm, Sigur Rós et Thomas Méreur, mais c’est une autre histoire.
  3. Billy F Gibbons est un sacré renard de la six cordes. Doit-on rappeler qu’il a fondé ZZ Top avec à la main une Fender Stratocaster rose offerte par Jimi Hendrix, qui l’avait embauché pour ses premières parties ? Du haut de ses presque 70 ans, Billy F Gibbons gratte depuis des décennies et ce florilège blues est une petite démonstration de ce qu’il sait faire, six cordes à l’appui. Et comme dirait Sylphe, le garçon envoie le bouzin !
  4. Ça sent le blues à plein nez, à grand renfort d’harmonica saturé dans le micro et de piano bar qui pointe le bout de son nez entre deux riffs. A grand renfort aussi de guitare Gibson, qui reste à mon goût la meilleure des marques de guitare pour honorer le blues. Le son gras et rugueux de cette marque, modèle Les Paul en tête, ne cesse de me transporter. En France, notre Paul Personne se sert de ses Gibson comme personne (vous l’avez ?). Sur la galette du jour, c’est Billy F Gibbons. En plus, à peu de chose près, il aurait pu s’appeler Gibson. Un signe ?
  5. Toute la musique qu’on aime, elle vient de là… Bref, mon pays c’est le blues : à partir du moment où il y en a quelque part, là où il se manifeste, ça fonctionne. Pour peu que ça soit bien emmené et bien mené, interprété avec les tripes et que ça joue sans complexe. Ce qui est le cas dans ce Big Bad Blues assez monstrueux. Tous les tempos sont proposés, et c’est à un furieux voyage, depuis le blues le plus lent et lourd avec My Baby She Rocks jusqu’à quelques titres rocks endiablés comme Rollin’ and Tumblin’, que nous convie Billy F Gibbons. Avec en conclusion du disque, une petite fantaisie blues-rock aux accents fifties qui glisse même un peu de fraîcheur et d’humour dans tout ça.

What else ?

Raf Against The Machine