Son estival du jour n°58 : Idées noires (1983/2020) de Bernard Lavilliers feat. Nicoletta par Izïa & Malik Djoudi

435053795Souvenez-vous : voici quelques jours, le copain Sylphe chroniquait le nouveau son électro-pop d’Izïa, en disant préférer lorsqu’elle joue sur le terrain rock. Je ne peux que le rejoindre. Preuves à l’appui en réécoutant son premier album, son featuring énergique avec Naive New Beaters sur Heal tomorrow, ou encore sa reprise explosive, avec Malik Djoudi, de Idées Noires sur le plateau de Taratata en 2020. Le matériau de base est déjà fort solide. Sortie en 1983 sur l’album Etat d’urgence de Bernard Lavilliers, Idées noires reste un des plus gros succès du chanteur, au point que le titre single a quelque peu éclipsé l’album en lui-même. Pas gagné d’avance pourtant, avec une chanson dont le propos principal est l’incommunicabilité. Le 45 tours (oui, à l’époque on appelait ainsi les singles) se vendra à plus de 200 000 exemplaires, en plein été 1983. Sans doute en raison de son efficace écriture musicale comme textuelle, de son énergie et de son rythme. Et aussi du duo Bernard Lavilliers/Nicoletta qui fonctionne à merveille. Un pur titre rock qui envoie le bouzin dès son origine.

Arrive 2020 et un soir de Taratata, pour découvrir Idées noires revisitée. L’émission quasi culte de France 2 a livré bien des prestations d’anthologie durant toutes ses années d’existence. Celle-ci en fait partie. Izïa s’associe alors à Malik Djoudi pour donner une relecture bien vénère du titre. C’est nerveux, tendu à l’extrême, ronflant de gros sons qui déboitent. C’est survolé par la voix aérienne de Malik Djoudi, à laquelle se colle parfaitement celle ravageuse d’Izïa. La prestation est incandescente, incarnée par une chanteuse hypnotisante au sommet de sa sensualité rock. Izïa, si tu nous lis (ce qui est peu probable, mais sait-on jamais), c’est comme ça qu’on te veut : une fucking rocking Izïa on fire !

Vérifions tout cela avec, ci-dessous et dans l’ordre, Idées noires reprise par Izïa/Malik Djoudi (à écouter seulement, la version vidéo est disponible ici https://mytaratata.com/taratata/542/izia-malik-djoudi-idees-noires-b-lavilliers-nicoletta-2020), suivie de la même chanson dans sa version originale par Bernard Lavilliers/Nicoletta. Pour compléter le podium, ajoutons une reprise de 2014 par Lavilliers himself sur son album Acoustique, accompagné par la grande Catherine Ringer. Trois lectures différentes pour sublimer une seule pépite.

Raf Against The Machine

Five Titles n°26: Troie de Malik Djoudi (2021)

Je continue encore aujourd’hui à regarder dans le rétroviseur cette belle année musicale 2021Malik Djoudi Troie avant de me tourner définitivement vers 2022 et ses premières perles qui tombent depuis 2 semaines (Bonobo, Ez3kiel, FKA twigs, Cat Power entre autres). Vous connaissez sûrement la voix fluette et androgyne de Malik Djoudi qui se fait avec humilité et discrétion sa place depuis 2 albums, le dernier album Tempéraments (2019) lui ayant permis d’être nommé aux Victoires de la musique dans la catégorie « Album révélation ». Ce troisième album produit par Renaud Létang (Feist, Emilie Simon, Jarvis Cocker…) ne déroge pas à la règle et révèle toute la sensibilité de Malik Djoudi qui, en 35 petites minutes et 12 titres perçus comme des instantanés de vie intérieure, me touche particulièrement. Je n’arrive pas à me retirer de l’esprit une image obsédante qui résume pour moi parfaitement cet album : ce Troie, c’est la rencontre parfaite entre la sensibilité poétique de Terrenoire et le groove électronique de Parcels. Je vous invite à découvrir 5 titres qui devraient illuminer votre dimanche brumeux…

  1. Le titre d’ouverture Où tu es est mon morceau préféré. Voix feutrée et chant plein d’émotions, instrumentation électronique vaporeuse, surprise finale avec les drums, on croirait ce titre tout droit sorti de Les Forces contraires de Terrenoire, ce qui n’est pas un mince compliment de ma part…
  2. Point sensible démontre, quant à lui, la force pop qui se dégage de la musique de Malik Djoudi. Une pop subtile et léchée où la basse de Parcels semble s’inviter. On notera le flow atypique de Lala &ce en featuring qui donne encore plus de valeur à l’ensemble.
  3. Douleur, morceau plus sombre, brille par la beauté de ses textes – « J’étais ton stand de tirs,/tu m’as laissé couché/T’as posé ton étendard de manière frénétique/J’ai encore le corps qui grésille » – et nous offre une très belle introspection.
  4. Vis la me plaît par son contraste entre des couplets sombres et un refrain plus lumineux qui vise à un hédonisme salvateur.
  5. Je finirai avec le dernier featuring de l’album, Philippe Katerine, sur Eric. Morceau résolument pop, à la rythmique uptempo, je ne vois pas de plus bel hommage à peine déguisé à l’inclassable auteur de La Banane.

Sur ce, je vous laisse, 2022 m’attend, enjoy !

 

Sylphe