Son estival du jour n°70 : Hear my train a comin’ (1967-1970) de Jimi Hendrix

Voilà quelques jours déjà que nous avons entamé une petite virée estivale blues. Tout d’abord avec Muddy Waters et les Rolling Stones (à retrouver par ici), puis avec Moriarty (à retrouver par là). A la frontière du blues et du rock, arrêtons nous aujourd’hui quelques minutes sur Jimi Hendrix et son album Blues, sorti en 1994. Compilation évidemment posthume, la galette regroupe des titres aux connotations blues du répertoire hendrixien. On y retrouve par exemple Red House, initialement parue en 1967 sur Are you experienced, premier album du guitariste. Ou encore une reprise très rock du Mannish boy de Muddy Waters. Onze titres pour une plongée dans une partie des racines de la musique de Jimi Hendrix, et un album assez incontournable si le garçon et/ou le genre musical vous attirent.

Pour être très précis, ce sont en fait dix titres qui constituent Blues, avec une double interprétation de Hear my train a comin’ en ouverture puis en clôture. L’album débute par une version acoustique du morceau, captée en décembre 1967 et que l’on pouvait déjà entendre dans le documentaire Jimi Hendrix (1973). Interprétée sur une guitare acoustique douze cordes, Hear my train a comin’ est livrée dans son plus simple appareil. Un blues brut de décoffrage et dépouillé comme un morceau de Robert Johnson. Blues se referme sur une version électrique du même morceau, enregistrée live à Berkeley en mai 1970. Bien qu’enrichi d’une basse, d’une batterie, le titre n’en est pas moins poignant et viscéral. Il donne à voir la palette d’émotions qu’Hendrix savait transmettre, et sa capacité à sans cesse relire un répertoire vertigineux. Pour des questions de disponibilités/droits, on écoutera ci-dessous la version électrique mais studio publiée en 2018 sur l’album Both sides of the sky.

Le reste de l’album est du même tonneau : entre ces deux titres, il vous reste neuf autres merveilles à (ré)écouter. L’album Blues de Jimi Hendrix ? Foncez, sans aucune hésitation.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°57 : Never gonna let you go (1995) de Keziah Jones

91NY9aSYT+L._SL1500_Le premier album de Keziah Jones remonte à 30 ans tout pile : Blufunk is a fact est sorti en mars 1992. Inutile de rappeler la claque que fut ce premier opus construit comme un étendard musical fait de funk et de blues acoustiques, à la croisée de Fela Kuti, Jimi Hendrix et Prince. Replongez vous dans Rythm is love, Where’s life ? ou encore The Funderlying Undermentals et vous vibrerez comme jamais. C’est pourtant sur le deuxième album que l’on s’arrêtera aujourd’hui. Sorti en 1995, African space craft sera un petit échec commercial, doublé avec Liquid sunshine en 1999. Ce serait pourtant enterrer un peu vite ces deux galettes que d’en rester là. A commencer par African space craft qui contient quelques petites pépites bourrées d’énergie et de lumière pour évoquer, entre autres choses, les difficultés à être un artiste africain contemporain.  Plus électrique, plus marqué par une basse très en avant, et presque plus rock, l’album propose une légère évolution musicale que tous les fans de la première heure n’ont pas forcément appréciée.

Je n’en fais pas partie. Ce disque a tourné pendant des heures sur ma platine à l’époque, et j’y reviens régulièrement. Pour l’ensemble de son propos musical qui donne à entendre une autre facette de l’univers de Keziah Jones, tout en élargissant sa palette créative. Mais aussi pour Never gonna let you go qui conclut quasiment l’heure passée dans African space craft. Un mélange parfait de blues, de funk et de rock, survolé par l’incroyable voix de Keziah Jones. De plus, ce titre répond musicalement à Million miles from home en ouverture de l’album. Un même mélange blues-funk-rock, plus acoustique. Vous me voyez venir ? Oui, les deux sont à l’écoute ci-dessous. On vous avait promis un son estival du jour. On double la mise, avec une version live de Million miles from home en 2013, tirée des Nova Sessions. Histoire de vous donner une idée de l’énergie, de la musicalité, du charisme et de la simplicité du garçon sur scène. Et si vous n’en avez pas assez, la Nova Session complète est juste derrière.

Vous êtes sur Five-Minutes et nous poursuivons ensemble notre virée estivale. Merci infiniment à vous pour vos visites par chez nous, régulières ou plus ponctuelles, et bonne écoute.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°6: The Big Bad Blues (2018) de Billy F Gibbons

Nous voilà déjà arrivés en 2019, sans presque que l’on s’en rende compte. Et je m’aperçois que c’est moi qui ai l’honneur et le privilège d’ouvrir cette nouvelle année sur Five-Minutes. Mes camarades de jeu Sylphe et Rage sauront vous le dire à leur façon, mais d’ores et déjà on souhaite à tous nos Five-Minuteurs préférés que vous êtes tout plein de bonnes choses pour 2019.

Et pour bien commencer, voilà une bonne chose que je vous propose de partager : le second album solo de Billy F Gibbons, intitulé The Big Bad Blues, et qui succède à l’étonnant Perfectamundo (2015). Etonnant car les sonorités afro-cubaines de la galette nous avaient quelque peu pris par surprise venant du guitariste-chanteur de ZZ Top. Pas si étonnant que ça, si l’on sait que dans ses jeunes années, le bonhomme a tâté de la percussion avec Tito Puente. Mais revenons à cet opus 2018 qui, comme son nom l’indique, taquine le blues, et plus si affinités. Démonstration en 5 actes de l’absolue nécessité d’écouter cet album.

  1. Comme on le rappelait, Billy F Gibbons est le guitariste-chanteur de ZZ Top. Pour qui aime le rock gras et généreux, binaire, teinté de Delta blues et saupoudré de Howlin’ Wolf, impossible de passer à côté de ce groupe légendaire qui écume le monde depuis 1969. Oui, le trio va célébrer ses 50 ans d’existence, une longévité qui fait du bien à l’heure des artistes éphémères et de la guimauve musicale qui se dissout sans saveur à la première dégustation.
  2. Chacun des 11 titres de ce Big Bad Blues respire la route poussiéreuse, les grands espaces, et le roadhouse enfumé qui sert des pintes de mousse. A l’heure où le monde semble drastiquement se réduire à des chaines lisses de coffee-shops, de fast-foods, de boutiques de fringues et à des voies propres, goudronnées et dépoussiérées jusque dans les coins, j’ai jamais eu autant envie de me barrer au fin fond de terres arides. Et que ce soit en Islande, en Nouvelle-Zélande ou dans les fjords norvégiens, c’est à coup sûr ce genre de son que j’emporterai pour faire la route. Sur place, j’écouterai Mùm, Sigur Rós et Thomas Méreur, mais c’est une autre histoire.
  3. Billy F Gibbons est un sacré renard de la six cordes. Doit-on rappeler qu’il a fondé ZZ Top avec à la main une Fender Stratocaster rose offerte par Jimi Hendrix, qui l’avait embauché pour ses premières parties ? Du haut de ses presque 70 ans, Billy F Gibbons gratte depuis des décennies et ce florilège blues est une petite démonstration de ce qu’il sait faire, six cordes à l’appui. Et comme dirait Sylphe, le garçon envoie le bouzin !
  4. Ça sent le blues à plein nez, à grand renfort d’harmonica saturé dans le micro et de piano bar qui pointe le bout de son nez entre deux riffs. A grand renfort aussi de guitare Gibson, qui reste à mon goût la meilleure des marques de guitare pour honorer le blues. Le son gras et rugueux de cette marque, modèle Les Paul en tête, ne cesse de me transporter. En France, notre Paul Personne se sert de ses Gibson comme personne (vous l’avez ?). Sur la galette du jour, c’est Billy F Gibbons. En plus, à peu de chose près, il aurait pu s’appeler Gibson. Un signe ?
  5. Toute la musique qu’on aime, elle vient de là… Bref, mon pays c’est le blues : à partir du moment où il y en a quelque part, là où il se manifeste, ça fonctionne. Pour peu que ça soit bien emmené et bien mené, interprété avec les tripes et que ça joue sans complexe. Ce qui est le cas dans ce Big Bad Blues assez monstrueux. Tous les tempos sont proposés, et c’est à un furieux voyage, depuis le blues le plus lent et lourd avec My Baby She Rocks jusqu’à quelques titres rocks endiablés comme Rollin’ and Tumblin’, que nous convie Billy F Gibbons. Avec en conclusion du disque, une petite fantaisie blues-rock aux accents fifties qui glisse même un peu de fraîcheur et d’humour dans tout ça.

What else ?

Raf Against The Machine