Pépite intemporelle n°25 : Make some noise (2011) des Beastie Boys

Pas de découverte incroyable cette semaine, mais l’envie d’un petit coup d’œil dans le rétro (auquel, par pitié, n’accrochez jamais un sapin qui sent bon ou n’importe quelle autre merde, ça pue, c’est moche et c’est #soringard). Il y a deux jours mon ami Sylphe a encore accru son capital amitié en nous/me remettant dans les oreilles le 3e album de Portishead à travers The Rip (2008), un des plus beaux titres du groupe. Une déchirure selon la traduction littérale, un moment de grâce aussi.

Pépite intemporelle en réponse, avec Make some noise (2011) des Beastie Boys, tiré du dernier album du groupe Hot sauce committee part two. Active depuis 1979, la formation américaine livre ici ses dernières compositions, avant de se séparer définitivement en 2014, suite au décès d’Adam Yauch, un des membres fondateurs.

Fidèles lecteurs.trices, vous m’avez rarement, voire jamais, vu mettre en avant du hip-hop sur ce blog. Pas trop ma came, mais les Beastie c’est différent. J’aime le mélange des genres, et j’aime quand le hip-hop va fureter sur d’autres terres musicale. Comme par exemple dans le boulot de Wax Tailor. C’est ici le cas, avec ce Make some noise qui s’ouvre de bien belle façon avec ces sons synthés saturés et bien bidouillés. Vient par-dessus se poser le flow ravageur du groupe qui envoie le bouzin (#jepirateSylphe).

Peur de gâcher le plaisir en parlant trop, en écrivant avec des mots trop faibles pour retranscrire la puissance de ce titre… je vais lâchement vous laisser en profiter, non sans avoir livré quelques conseils :

  • Make some noise s’écoute fort. Très fort. Oui, au risque de réveiller ou déranger le voisin. Mais comme il a passé la nuit à bourriquer sa copine et à la faire brailler toute la nuit en faisant cogner le lit contre la cloison, on va dire qu’on a le droit nous aussi de faire du bruit à notre façon.
  • Make some noise est d’une efficacité redoutable pour tenter de mettre en route n’importe quelle journée. Lorsque la douche ne suffit pas, lorsque le café nous laisse de marbre, et que tu te lèves avec une putain de boule au ventre de découvrir que le matin a la même gueule que la veille, dégaine les Beastie.
  • Make some noise (et par extension les Beastie), ça peut aussi être un excellent exutoire pour supporter des heures de bagnole dans les bouchons. On est d’accord, ça fait pas avancer plus vite, mais ça soulage un peu tout de même.
  • Au boulot, ton chef te fait chier (ou ta cheffe d’ailleurs, dans la loi de l’emmerdement maximum, on s’y retrouve parfois en égalité homme-femme) ? Make some noise et saute sur le bureau, sur le comptoir de la réception, dans les couloirs… bref, on voit l’idée.
  • On a l’impression que tout va de travers en me lisant non ? C’est pas tout à fait vrai, c’est pas tout à fait faux. Néanmoins, je me dis que si on fait du bruit, c’est qu’on est encore en vie. Y a pire constat, même si la vie ne tourne pas toujours comme on le voudrait.

En prime : un chouette clip réunissant plein de têtes connues, à commencer par Elijah Wood. Mais surtout un clip hyper rock dans l’intention, un clip à foutre un méga bordel pour se soulager de ouf et tout envoyer chier (à ne pas reproduire chez vous, ce sont ici des professionnels).

Note finale : Pour adoucir un peu les mœurs, je parlerai dans ma prochaine livraison de la réédition toute récente (en joli vinyle coloré limité qui plus est) du 3e album d’un grand groupe français, gravé dans ma mémoire à jamais et récurrent dans mes écoutes. Indéniablement leur meilleure galette, toute de jaune vêtue, pour sa diversité cohérente et parce qu’il annonce les futures créations solos d’un de ses membres. Un disque magique faisant partie des sons pouvant accompagner une traversée du désert (#teasingetindicesdelamort).

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°8: Aux nomades de l’intérieur de Rocé feat. Antoine Paganotti (2006)

J’en suis un peu près sûr, un jour on redécouvrira cet album  Identité en crescendo  et on rendra à Rocé toute la notoriété qu’il mérite, en attendant je n’avais plus de nouvelle du meilleur rappeur français depuis quelque temps et en apprenant, il y a quelques jours, que mon rappeur préféré prépare un nouvel album, je me suis dit : il faut absolument que Five-minutes parle de ça ! Donc j’y arrive enfin, pour mettre un peu de hip hop sur ce blog ! j’aurai l’occasion de parler plus tard de musique country mais un peu de patience… (YYYaaahhhh !) Alors ok, certes, ce blog est animé par des (bientôt) quarantenaires mais enfin, il ne faut pas oublier que le hip hop est apparu en France à la fin des année 80, en gros quand on était jeunes… et que c’est en partie cette musique qui m’a formé et bercé (bon il y a aussi Benny B qui m’a bercé mais ça j’assume moins). D’ailleurs, Orelsan dans un article du Monde du 29 novembre dernier, décrivait très bien les raisons du succès actuel de sa musique et de du hip hop en général : « Par mon âge tout simplement : je ne suis pas encore assez vieux pour être trop vieux, je ne suis plus assez jeune pour être complètement déconnecté de ce que vivent les adultes (…) les gens de mon âge ont grandi avec du rap et ont un vrai pouvoir d’achat, et les très jeunes en écoutent encore beaucoup ». Donc, je récapitule les quarantenaires comprennent les jeunes, sont dans la fleur de l’âge et sont « pleins aux as » (exactement comme moi !).

Bon, je dirai que Rocé, lui il a toujours été un cran au-dessus des autres notamment sur les questions d’analyse sociologique à deux balles, d’ailleurs il a fait une fac de socio… ceci explique peut-être cela. Donc, il sort prochainement  Par les damné.e.s de la Terre –  Des voix de luttes 1969-1988  et je me dis que c’est vraiment le disque idéal à mettre dans la hotte du père Noël pour un quarantenaire (comme moi, au cas où vous ne l’auriez pas compris !) bon j’ai déjà une liste longue comme le bras de disques pour Noël donc on verra bien ce qu’il me réserve celui-là. Autant le dire tout de suite, l’album sera un recueil de morceaux rares et engagés, donc pas de Rocé sur cet album mais une direction artistique, qui, comme à son habitude, nous questionne. Parce qu’on a tendance à croire que le Hip hop vient uniquement des Etats Unis, oui ça vient de là… et je ne vais pas contredire la fantastique BD Hip Hop Family Tree d’Ed Piskor (que je recommande aussi pour Noël) mais on a, en France, une longue tradition de musique engagée « J’ai voulu creuser au-delà du rap, fouiller les artistes de la langue française qui véhiculent la poésie de l’urgence, la poésie à fleur de peau, engagée malgré elle parce que le contexte ne lui donne pas le choix ».

Donc pour revenir à Rocé et à ce morceau Aux nomades de l’intérieur  tiré de son deuxième album, moi ce qui me fascine avant tout c’est l’ambiance, le son, les beats extrêmement saturés, prononcés, le texte percutant, porté haut et fièrement énoncé et cette phrase qui revient en leitmotiv « doute de ton pouvoir, tu donnes pouvoir à tes doutes » et enfin, il y a cette apothéose du morceau… l’improvisation d’Antoine Paganotti, comme sur un morceau de free jazz. Ben ouep, parce que Rocé, il est comme ça, il invite le batteur de Magma, puis Archie Shepp, convoque la figure de Léon-Gontran Damas et rend hommage aux engagés, aux insurgés, à ceux qui se sont sacrifiés pour une cause, à ceux qui luttent et « aux nomades de l’intérieur ». C’est sûr, ce n’est pas très vendeur dans une société rongée par l’économie marchande et l’individualisme… alors sur les conseils d’Orelsan et comme j’ai la quarantaine, que je comprends bien le jeune et que je suis « plein aux as », je vais de ce pas m’offrir un bon disque de hip hop : Par les damné.e.s de la Terre – Des voix de luttes 1969-1988.

Rage