Pépite intemporelle n°71 : Tête en l’air (1979) de Jacques Higelin

MI0003774137En 1979, après plus de dix années déjà d’une carrière créative et riche de grands albums, Higelin (Jacques de son prénom) publie deux albums consécutifs : Champagne pour tout le monde, et Caviar pour les autres…. Qui deviendront au final un double album, mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est le nombre de pépites que contient ce double opus. Higelin explore tous les genres, avec des titres théâtraux comme Champagne, minimalistes comme Cayenne c’est fini, rock avec 3 tonnes de T.N.T., intimiste comme Je ne peux plus dire je t’aime, ou encore funky avec Le fil à la patte. Pour résumer, Champagne/Caviar est un album somme tout autant qu’un virage dans la discographie Higelin. Après ces albums, l’artiste (car c’en est un immense) continuera à nous trimballer dans son univers foisonnant et sans cesse renouvelé avec une orientation plus pop/chanson française que les expérimentations Areski/Fontaine passées, et que ses années 70 rock.

Tête en l’air est un chouette exemple de ce virage chanson/pop. Le titre parfait en ces temps actuels de froid, de morosité et de lassitude liés à ce fucking Covid. Vous en avez marre ? Moi aussi, mais cette petite ritournelle du grand Jacques va vous éclairer la fin de journée, ou tout autre moment où vous choisirez de l’écouter. Combinant à la fois une mélodie légère et sautillante et un propos printanier qui convoquent 24 images souriantes à la seconde, Higelin balance en 3 minutes 38 un véritable bain de joie. Renvoyant à leur bêtise et à leur tristesse tous les cons de la Terre par la magie d’un sifflotement, on se laisse glisser dans la légèreté contagieuse sans même y penser et sans le vouloir. « Et je crie, et je pleure et je ris au pied d’une fleur des champs (…) Sur la Terre, face au ciel, tête en l’air, amoureux » : c’est bien ce cocktail d’émotions positives sautillantes que l’on trouve dans Tête en l’air.

Ce qui fonctionne surtout à merveille, c’est la combinaison parfaite d’un texte sachant mixer tendresse et grain de folie (du Higelin pur jus) et d’une mélodie enlevée et portée par une guitare festive et une section rythmique savamment dosées. Rien de trop, rien de pas assez. Avec, en ingrédient indispensable, la voix éraillée/écorchée mais tellement humaine de ce grand bonhomme qu’est Jacques Higelin. Vous avez remarqué ? J’écris ça au présent, parce que même si cet inoubliable grand monsieur est parti depuis bientôt 3 ans, il nous a laissé à tous une œuvre profondément touchante par sa poésie, sa variété et son génie terriblement humain, et qui nous accompagne toujours. Je reviens toujours sur un album d’Higelin, parce que j’y trouve toujours un titre qui parle à mes émotions et à mon mood du moment. Actuellement, c’est ce Tête en l’air qui me convient le mieux. Pour toutes les raisons que j’ai déjà dites, et parce que « Y a des allumettes au fond de tes yeux / Des pianos à queue dans la boîte aux lettres / Des pots de yaourt dans la vinaigrette / Et des oubliettes au fond de la cour ».

Raf Against The Machine

Clip du jour n°12 : Bétonneuse (2010) de Nicolas Jules / Emilie Sandoval

Planqué au cœur de Shaker (2010), 3e album studio de Nicolas Jules (et 4e album si on compte l’excellent live A l’Atelier (2005), enregistré à Orléans), il y a une pépite dont je ne me lasse pas. Bétonneuse est un de ces morceaux qui pourrait ne faire que passer, mais qui se loge dans un recoin de nous pour pousser tranquillement et s’y enraciner à jamais.

Nicolas Jules, aujourd’hui 5 albums au compteur (et 6 si on compte… bref), c’est un drôle de personnage dans la chanson française. Une sorte de lutin un peu facétieux qui rappelle tantôt Thomas Fersen, tantôt Higelin, mais qui cultive sa propre personnalité musicale. Pince-sans-rire doté d’un humour assez ravageur, cet auteur-compositeur-interprète est aussi capable d’injecter dans ses morceaux une poésie surréaliste et mélancolique, ce qui n’est pas non plus sans rappeler Boris Vian.

Poésie que l’on retrouve dans cette Bétonneuse, aussi bien dans le titre lui-même que dans le clip qui l’accompagne. Réalisé par Emilie Sandoval, ce petit bijou d’images sent le Michel Gondry à plein nez pour les trouvailles et bidouilles visuelles. Chaque plan est une parfaite mise en images de l’univers Nicolas Jules et de ce qui se passe dans ma tête à l’écoute de ce titre. Ce clip accompagne surtout à merveille un texte bien plus bouleversant qu’une écoute distraite pourrait le laisser penser, livré sur une musique où il n’y a rien de trop, rien de pas assez.

Une fois que vous aurez apprécié, vous pourrez, par extension, écouter tout l’album Shaker de Nicolas Jules, à commencer par le titre d’ouverture L’amicale des joueurs de luth. Et une fois Shaker savouré, il reste d’autres opus que je vous laisse découvrir. Pour ma part, je retourne profiter encore un peu de la Bétonneuse, parce que « Dans le grand ravalement des nébuleuses / Mon cœur tourne tourne dans la bétonneuse ».

Raf Against The Machine