Pépite du moment n°41 : Melody X (2017) de Bonaparte

71oXsQFzNTL._SS500_Voilà un son qui aurait pu être un Son estival du jour, mais l’été est terminé et on a repris le boulot. Et surtout, cet été je ne connaissais pas ce morceau, que j’ai découvert il y a quelques heures, plongé que je suis dans la saison 2 de Dark. Enfin une grande série TV allemande, qui nous change de Derrick et du Renard ^^

Si vous n’avez pas encore mis le nez dans ce trip télévisuel, sachez à quoi vous vous exposez : une virée SF comme je les kiffe, sans trop d’effets spéciaux ou d’aliens à canons lasers, intimiste et qui bouscule les méninges. Oui, pour suivre Dark, hors de question de mater l’écran d’un œil, tout en surfant sur votre réseau social préféré, ou de passe son temps à se lever pour aller chercher des M&M’s, une glace, un picon-bière ou pour aller évacuer ledit picon-bière.

Dark est une ambitieuse histoire de voyages dans le temps et de boucles temporelles, sur 5 époques différentes espacées de 33 ans à chaque fois. C’est une excursion torturée et tortueuse, à la fois cycliquement en arrière et en avant du présent, où les parents vont rencontrer leurs enfants alors qu’ils sont plus jeunes qu’eux, ou inversement et réciproquement. Où les vies se croisent en se jouant des générations, tout ceci au cœur d’un épais mystère scientifico-fictionnel. Et où je pourrais me rapporter à moi-même dans le passé, à une époque où il n’existe pas encore, ce Melody X que je ne connaissais pas (pour cause) mais que je connais déjà et qui finalement existe déjà. Amis des paradoxes temporels, bienvenue ! Dark offre une première saison généreuse et excitante, et une deuxième (que je suis donc en train de vivre) encore plus complexe et exigeante, mais qui sait récompenser son spectateur assidu par des moments de poésie et de grâce incroyables, et des flopées d’émotions assez incontrôlables.

Au cœur de cette série, outre une réalisation et une photographie irréprochables, la bande-son est assez fabuleuse aussi. Parce que l’on visite les années 1920, 1950, 1980, 2010. Et parce que les morceaux mis en avant sont parfois de belles découvertes, comme ce Melody X interprété par Bonaparte. Groupe allemand formé à Barcelone en 2006 et porté par Tobias Jundt, Bonaparte compte à ce jour 7 albums studios, dont The Return of Stravinsky Wellington (2017) dont est tiré Melody X.

Savant mélange de nappes synthés, piano, cordes et loops électros, voilà un bien bon son surmonté par la voix éraillée de Tobias Jundt. Par moments, j’ai pensé un peu à Get Well Soon, et aussi à Asaf Avidan. C’est aérien et mélancolique, terriblement lumineux aussi et ça se marie parfaitement avec la fin de l’épisode 3 saison 2 de Dark.

J’avoue que ce doux mélange Dark/Melody X m’a particulièrement touché, au point d’imaginer ce que ça pourrait bien donner si je faisais un tel voyage. Dans le futur, dans le passé, dans les deux à la fois tout en restant dans le présent, un triple paradoxe temporel qui serait peut-être l’occasion de réparer quelques erreurs et ratages, ou de mieux faire les choses, avec les risques que cela comporte. Ou peut-être au contraire de ne strictement rien toucher ou modifier, parce que nos vies sont telles qu’elles sont et que ça ferait partie du jeu : continuer la route avec nos regrets, sans les personnes qu’on aime, et qui nous manquent parce qu’elles sont parties ou qu’on n’a pas su les retenir.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°7: It’s Love de Get Well Soon (2016)

Quand le temps nous malmène en nous fuyant inlassablement entre les doigts, quand les It's Lovedernières sorties musicales nous laissent de marbre, il est toujours rassurant de se tourner vers ces artistes avec lesquels nous entretenons une relation aussi durable qu’intime. J’ai ainsi une admiration sans bornes pour l’allemand Konstantin Gropper qui illumine de son génie le groupe Get Well Soon depuis son tout premier coup de maître en 2008 Rest Now! Weary Head, You Will Get Well Soon. Cet album trône désormais fièrement dans mon panthéon musical et je vous invite à découvrir la richesse de cette pop baroque et symphonique si vous n’avez pas la chance de connaître cet opus. Je ne vais pas vous résumer la discographie brillante de Get Well Soon car ce n’est pas véritablement l’objectif de cette chronique même si je garde dans un coin de la tête cette idée… Aujourd’hui, je nous emmène en 2016 avec la parution du septième opus LOVE (je fais le choix de comptabiliser les 3 EP de 2014) qui s’impose peut-être comme le plus pop des albums de l’allemand et tiens à vous présenter le single It’s Love.

On retrouve dans ce titre tous les éléments qui me touchent chez Get Well Soon, cette voix noire comme l’encre de Konstantin Gropper et la précision métronomique de l’orchestration (#lescuivresitslove). Le refrain entêtant porté par les choeurs vient distiller une touche d’originalité plus pop qui contraste merveilleusement avec la voix principale. De contraste il en est aussi question dans ce très beau clip qui illustre parfaitement le morceau. On est partis sur un reportage digne du 13h de Pernaut nous montrant le rapport qu’entretiennent nos retraités avec la gastronomie du quotidien et on aboutit, dans une sorte de logique imparable, au glauque de la séquestration de Natascha Kampusch… C’est brillant, c’est Get Well Soon.

Sylphe

Review n°6: The Horror de Get Well Soon (2018)

Chroniquer un album de Get Well Soon pourrait apparaître sur ma liste des petits Get Well Soonplaisirs simples de la vie, non pas que la musique de Konstantin Gropper soit forcément facile d’accès mais parce que le plaisir d’écoute est sans cesse renouvelé. Mon histoire d’amour avec Get Well Soon a commencé en 2008 avec le brillant premier opus Rest now, weary head!…., coup de foudre immédiat pour cette pop baroque qui flirte comme sur un fil entre spontanéité et esthétisme. Deux ans plus tard, avec Vexations, l’insouciance des débuts s’est un peu estompée et l’aspect plus sombre et moins grandiloquent nous incite à vivre notre couple plus posément. En 2012, avec The Scarlet Beast O’Seven, les premières frictions somme toute assez légères ont fait leur apparition mais n’étouffent en rien mon envie de me projeter encore et toujours vers le futur avec Get Well Soon. Un superbe moment de plénitude avec LOVE en 2016 a confirmé mon attachement sans limite et c’est avec une certaine appréhension que je décide de faire le point sur ma relation avec le groupe originaire d’Allemagne en écoutant ce cinquième opus au nom angoissant The Horror.

Les premiers accords de Future Ruins -Pt2 me rassurent d’emblée… des cordes viennent doucement tisser une atmosphère aérienne digne de Cinematic Orchestra et confirment l’attirance sans limite pour les musiques de films de Get Well Soon. La voix de Ghalia Benali à laquelle vient se marier celle de Konstantin Gropper dans la deuxième partie plus rock du morceau est envoûtante et on prend conscience qu’en 6 minutes il y a plus de propositions instrumentales que dans le dernier Muse (libres à vous de remplacer Muse par n’importe quel artiste qui vous déçoit après des débuts tellement séduisants). The Horror prolonge le plaisir, les premiers instants nous donnent l’impression d’être dans la BO de Twin Peaks puis le morceau prend une surprenante tournure printanière et volontiers primsautière. Nous sommes en terrain conquis même si la fin plus affirmée vient rompre quelque peu l’alchimie parfaite entre la voix et les violons.

Les beaux moments vont ainsi se multiplier, Martyrs et ses drums entêtants alliés aux cuivres tente une approche plus légère de la pop toujours contrebalancée par la voix caverneuse de Konstantin, objectif aussi pleinement assumé par Nightjogging et son featuring convaincant Kat Frankie ou encore le sautillant (How To Stay) Middle Class. J’apprécie aussi les morceaux plus dépouillés dans l’orchestration (enfin tout est relatif par rapport à l’ensemble baroque) comme le très beau Nightmare No.3 (Strangled) d’une douceur incomparable.

Comme dans toute relation amoureuse, on prend plaisir à retrouver en l’autre tout ce qui nous a séduit et ce The Horror m’offre un univers baroque toujours soutenu avec brio par la voix expressive de Konstantin Gropper. Quelques surprises comme cette tentation d’une pop à première vue plus légère me permettent de briser une routine qui peut mener à un désintérêt progressif et me permettent d’envisager sereinement les années à venir avec Get Well Soon, à l’image du final grandiloquent et résolument optimiste du dernier titre (Finally) A Convenient Truth.

Pour illustrer cet album, il n’y a pas véritablement de clips mais un ensemble assez conceptuel de 8 courts métrages dont voici le premier qui vous permettra de voir les talents d’acteur de Konstantin Gropper en serveur…

Sylphe