Five reasons n°19 : Quarantine Phone Sessions (2020) de Pomme

Comment ça va par chez vous ? Pas trop mal au confinement ? Parce que je vais vous en remettre une petite couche cette semaine, mais néanmoins avec de la bienveillance et du bon son. Vous allez voir, ça va bien se passer. Très bien même.

Passé le Carpenter Brut de la semaine dernière, j’ai failli retourner dans mes références musicales de base, lorsque m’est tombé dessus un nouveau EP de Pomme. Nous avons déjà parlé ici de cette jeune chanteuse, en mettant au rang de pépite son Grandiose, extrait de son deuxième album Les failles cachées. Si vous êtes passés à côté, il faut vous rattraper sans tarder en suivant ce lien. Et comme ça va vous plaire beaucoup beaucoup, vous allez enchaîner sur le nouveau mini-album de Pomme Quarantine Phone Sessions. Et s’il vous faut une bonne raison, en voilà cinq.

  1. Les chansons de Pomme sont vraiment très jolies et font du bien. Cet EP ne déroge pas à la règle. Composé de 5 titres, vous allez voyager pendant 8 minutes dans un univers de sérénité mélancolique, accompagné par une voix toujours aussi incroyable. Je vous vois d’ici : 8 minutes pour 5 titres ? Oui, ce sont en fait 5 petites chansons de 1 minutes 30, comme 5 touches de folk dépaysantes, entre douceur et mélancolie.
  2. Oui, parce que ces 5 titres relèvent de la folk épurée, dans le plus simple appareil guitare folk-voix. Forcément, si des artistes comme Joan Baez, Bob Dylan (en version folk) ou Angus & Julia Stone vous gonflent, pas la peine de vous arrêter : je vous suggère plutôt d’attendre le prochain passage du copain Sylphe sous peu (#l’artduteasing). Pomme caresse ses cordes et pose dessus sa voix qui nous caresse, avec des mots en anglais dont on se moque un peu. Ce qui compte c’est l’effet que ça nous fait.
  3. Des paroles dont on se moque… pas tout à fait quand même, puisque le 3e titre No kids est tendre dans sa musique, cruel dans ses mots : « I don’t want no kids anymore / When I see the harm that we’ve done / I don’t want them to live in this crazy world ». Besoin de traduction ? L’idée, c’est finalement de ne pas/plus vouloir d’enfants quand on voit le monde tout salopé par l’Homme dans lequel on les ferait venir et grandir. Oui, ça me cause total, et en plus ça fait d’une certaine façon écho au titre Grandiose évoqué plus haut. D’ailleurs, y aurait comme un air de famille dans la mélodie, non ?
  4. En parlant de monde tout salopé, ça nous ramène un peu tout de même au confinement, et il y a un rapport très direct : ce EP est éphémère, tout comme le confinement (enfin, on va se dire ça). Pomme a enregistré ses chansons confinée chez elle, direct sur son téléphone. D’où le titre du EP Quarantine Phone Sessions. Un EP qui disparaîtra sitôt le confinement levé. Aux dernières nouvelles, il vous resterait donc une dizaine de jours pour profiter de ces petites perles musicales. Je serais vous, je ne trainerais pas.
  5. Sauf si vous décidez de l’acheter ! Puisque oui, Quarantine Phone Sessions est disponible à l’achat sur toutes les bonnes plateformes pour à peine 3 balles. J’entends déjà du « 3 euros pour 5 titres et 8 minutes de musique, ça abuse ». Pourtant, ça choque personne de claquer 20 balles dans des albums de merde qui durent bien trop longtemps et dont on ne se souviendra plus dans quelques mois (non, je ne citerai aucun artiste, sur Five-Minutes on ne dégomme personne…^^) Alors que là, c’est 3 balles pour de la jolie musique. Et puis après tout merde : il serait temps de se souvenir que la culture et l’art ça a un prix, vous pouvez quand même bien soutenir les artistes non ?

Cinq bonnes raisons, c’est déjà six de trop. J’aurais pu gagner du temps en vous disant que ce sont cinq chansons de Pomme, et que ça ne se discute pas. Ça s’achète et ça s’écoute, point. La musique de Pomme, ça fait du bien au confinement. Ça fait du bien tout court, et en même temps ça fait réfléchir et ça remue l’humanité sensible qui est en nous. Vous êtes encore là ? Mais vous attendez quoi pour filer acheter cet EP ? Foncez !

Raf Against The Machine

Interview n°5: Jean-Baptiste Soulard

Je vous parlais il y a peu de temps d’un très bel album concept autour du livre de Sylvain JB SoulardTesson Dans les forêts de Sibérie, à savoir le premier opus solo de Jean-Baptiste Soulard, Le Silence et l’Eau (à lire ou relire par ici ). Comme nous ne faisons pas les choses à moitié chez Five-Minutes, après avoir dépêché une équipe spéciale en Sibérie (on exploite nos intérimaires), nous avons pu prendre contact avec Jean-Baptiste Soulard que nous avons pris plaisir à découvrir davantage. Interview à savourer, bien au chaud dans son isba avec le sifflement du samovar en fond…

1/ Bonjour Jean-Baptiste Soulard, peux-tu tout d’abord nous présenter l’album Le Silence et l’Eau ?

 J’avais depuis longtemps envie d’écrire un disque folk, assez orchestré, envie d’y entendre plusieurs voix mais il me fallait trouver un prétexte, une impulsion.. J’ai trouvé dans le livre de Tesson l’étincelle idéale.

2/ Etait-ce important de le sortir sous ton propre nom et pas sous celui d’un nom de groupe ?

 Je me suis pas mal posé la question car je n’ai effectivement pas le nom le plus sexy du monde ahahah 🙂 mais la réalité est que ce choix correspond à une forme de maturité aussi, à une démarche personnelle de musicien. Je n’avais pas envie de créer « l’ersatz » de moi même à travers un « personnage ». J’aime l’idée que je suis le metteur en scène de ce projet qui compte aussi beaucoup de participants.

3/ Comment définirais-tu la musique du disque ?

 J’ai vraiment cherché une forme d’honnêteté et de sincérité dans les compositions, qui sont sans doute la somme de mes multiples influences. Mais en résumé, si je devais coller une étiquette marketing, je dirais « Chanson folk fr ».

4/ Peux-tu me dire quelles sont tes influences et quels artistes/groupes tu aimes?

 Tu as combien de temps devant toi?

Non, plus sérieusement, je peux te donner trois disques en vrac,  Golden Mile de Daniel Rossen / Plaisirs d’amours de René Aubry / Bryter later de Nick Drake.

5/ Quel titre de l’album représente le mieux ta musique et pourquoi?

   Je dirais Sois le dernier qui ouvre l’album.

   L’un des premiers morceaux que j’ai écrits pour ce projet, j’aime son côté « cérémonieux », sa force tranquille. On y ressent je crois le besoin de tout stopper net pour supposer qu’il existe un ailleurs plus noble, plus serein.

6/ Quel jeune artiste aimerais-tu aider à promouvoir?

    Ce n’est pas une jeune artiste mais j’aime beaucoup Thousand qui mériterait d’être bien plus médiatisé qu’il ne l’est. Artiste très talentueux.

7/ Quel est en ce moment ton groupe/artiste préféré?

    Le mot « préféré » me gêne un peu mais disons que mon artiste de confinement en ce moment puisque c’est d’actualité est un chanteur brésilien, Lucas Santtana. Il a sorti un très beau disque sur le très beau label No Format!.

8/ Si nous devions détruire tous les albums musicaux sur Terre lequel sauverais-tu?

Un disque qui témoigne d’un certain manque de poésie parfois de l’esprit humain, désolé Patrick…

Les Sardines.. de Patrick S. 🙂

9/ Et si tu devais ne sauver qu’un titre lequel serait-ce?

    Chicago de Sufjan Stevens

10/ Et maintenant un peu de place pour dire ce que tu veux

      Allez, ça va aller.

 

PS: Encore merci à nos deux intérimaires… Nicolas tu es bien revenu avec Jérémy? il ne répond plus à nos messages…

 

Sylphe

Five-Titles n°11: Noah’s Ark de Cocorosie (2005)

Le plaisir de se replonger dans la discographie des artistes qui se présentent comme unCocorosie refuge nostalgique coincide souvent avec la parution d’un nouvel opus… et c’est exactement ce qui m’est arrivé après avoir écouté le dernier opus Put the Shine On des soeurs Cocorosie, album dont je vous parlerai sûrement dans quelque temps. Les soeurs Casady, Bianca surnommée Coco par sa mère et Sierra répondant au doux surnom de Rosie (What the fuck, mais ne serait-ce pas une piste pour le choix du nom du groupe?), avaient simplement sorti un album expérimental enregistré dans leur salle de bains La Maison de mon rêve en 2004 avant de nous proposer ce sublissime bijou de Noah’s Ark. Cet album mettant en avant une folk intimiste faite de bric et de broc (#payetonexpressiondevieux) est d’une mélancolie subtile et s’illumine de la participation d’artistes hautement recommandés (Antony Hegarty, Devendra Banhart et Spleen). Des textes sombres, des mélodies bricoléees faussement angéliques et ces voix si reconnaissables me donnent toujours l’impression d’ouvrir une vieille boîte à musique recouverte de poussière. Le mécanisme est quelque peu faussé mais la petite danseuse continue à tourner de manière saccadée, les notes s’égrenant avec délices… Je vous propose cinq joyaux à écouter et réécouter qui devraient vous donner envie de pleinement découvrir ce Noah’s Ark et plus globalement la riche discographie de Cocorosie (The Adventures of Ghosthorse & Stillborn en particulier avec la présence du beatboxer Tez). En ces temps de confinement je vous joins cinq vidéos pour savourer les titres sans tarder.

  1. La pépite ultime Beautiful Boyz. Beatbox, mélodie mélancolique au piano, le duo de voix plein d’émotions où Antony Hegarty nous fait regretter de ne plus avoir sorti d’album depuis Swanlights en 2010… Un morceau plein d’émotions qui fait cligner des yeux…

2. Tekno Love Song et sa douceur rassurante. Une simple voix accompagnée à la harpe…

3. Noah’s Ark brille par ses sonorités un peu plus électro et cette voix toujours aussi étrange.

4.Brazilian Sun, quand le folk psychédélique de Devendra Banhart rencontre la folk intimiste des soeurs Cocorosie

5. Bisonours illuminé par le flow de Spleen

 

A écouter sans modération en cette période propice au retour sur soi, enjoy!

Sylphe

Five Titles n°9: See You Tomorrow de The Innocence Mission (2020)

Une parenthèse de douceur pour réchauffer les coeurs, voilà l’impression qui me The Innocence Missionparcourt à l’écoute de ce douzième opus du duo folk américain The Innocence Mission… Question innocence, je suis clairement au summum car je ne connais que vaguement de nom ce groupe composé de Karen et Don Peris et dès lors je me sens investi d’une mission… rattraper l’écoute des onze précédents? (#ouflesvacancesapprochent) Non, déjà plus humblement partager avec vous la beauté de cette petite trentaine de minutes touchées par la grâce, ce See You Tomorrow qu’on brûle d’écouter dès maintenant en sachant qu’on le savourera encore le lendemain.

La formule folk de cet album est d’une simplicité désarmante avec d’un côté la voix fluette et enfantine de Karen qui dégage une douceur mélancolique émouvante et de l’autre côté une instrumentation toute en sobriété où la guitare se fait la part belle. Avec ce See You Tommorow, on se retrouve plongés au milieu d’une vaste plaine en plein milieu hippie avec pour seul objectif de savourer la nature environnante… Cinq titres devraient vous donner une idée un peu plus précise de l’univers de The Innocence Mission.

1. Le morceau d’ouverture The Brothers Williams Said met d’emblée la voix de Karen en avant avec un univers assez dépouillé. Le piano laisse cependant peu à peu la place à une batterie qui donne une saveur plus pop-folk au titre. Le résultat est d’une belle intensité et les See You Tomorrow mélancoliques à souhait…

2. On Your Side s’impose comme un superbe morceau guitare/voix. L’univers n’est pas sans rappeler les grandes heures de Beirut et plus particulièrement Sufjan Stevens. La parenté entre ce dernier et The Innocence Mission est plus qu’évidente et savoureuse.

3. La ballade John As Well devrait permettre de tester votre résistance lacrymale. Les notes de piano et les répétitions du refrain mettront à mal votre petit coeur, n’en doutez pas…

4. Mary Margaret in Mid-Air nous ramène vers la folk des années 60 et j’apprécie tout particulièrement le mariage des deux voix, situation assez rare tant la voix de Karen surplombe cet album.

5. Stars that Fall Away From Us est le bijou pop-folk de cet album et semble tout droit sorti du Illinoise de Sufjan Stevens. L’orchestration plus riche avec les cuivres est juste sublime.

Je vous laisse avec le morceau final I Would Be There qui part sur des accents dignes de Sigur Ros pour se transformer subtilement en un morceau pop-folk des années 70 et retourne me lover dans mon canapé, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°29: Curls de Bibio (2019)

Stephen James Wilkinson, alias Bibio, trône fièrement depuis 10 ans et son BibioAmbivalence Avenue au sein du cultissime label électronique Warp (Aphex Twin, Boards of Canada, Autechre…). Sa musique est un subtil mélange d’électronica et de folk qui séduit par son intelligence et sa précision. Ces dernières années, j’avais perdu de vue (perdu d’ouïe?) Bibio par manque de temps car les albums de l’anglais demandent à être patiemment appréhendés pour en savourer leur richesse. Le septième album chez Warp Ribbons marquera nos retrouvailles et je vous propose aujourd’hui de savourer le titre Curls qui s’apparente à un véritable hâvre de paix pour moi depuis que je l’ai entendu. Clairement c’est la carte folk qui est humblement jouée sur ce morceau avec une ritournelle d’une grande candeur sur laquelle la voix de Bibio se pose en simplicité. Je pense aux premiers morceaux de Grizzly Bear, leurs comparses de label. Voilà en tout cas le morceau rêvé pour accompagner vos premières rêveries bucoliques printanières. Enjoy!

Sylphe

Pépite intemporelle n°15: Chicago de Sufjan Stevens (2005)

Sufjan Stevens est incontestablement un artiste déterminant de ces 15 dernières annéessufjan stevens qui a donné ses lettres de noblesse à une folk orchestrée d’une grande sensibilité. Tout autant capable de réhabiliter les albums de chansons de Noël avec son Songs For Christmas de 2006 ou de sortir de sa zone de confort folk avec le brillant The Age of Adz en 2010, Sufjan Stevens a tout d’abord commencé sa carrière avec un projet gargantuesque, réaliser un album par Etat américain. Après un remarqué Michigan en 2003, il poursuit ce projet (depuis lors abandonné) avec le sublime Illinois en 2005. Pour vous donner une idée du foisonnement artistique de la période, le très bon The Avalanche sortira en 2006, regroupant 21 titres enregistrés lors de la création d’Illinois

Illinois fait partie de ces albums rares révélant des talents d’écriture et d’interprétation. La douceur de la voix, qui sait se faire cristalline, véhicule une sensibilité assez évidente mais on sent le désir intense de Sufjan Stevens de créer des instrumentations soignées. Le titre que j’ai choisi aujourd’hui est un titre qui m’obsède et que j’avais découvert par le biais de Myspace (#jesuisvieux), la pépite Chicago. Ce morceau pour moi s’apparente à un océan de douceur feutrée parcouru par une brise d’optimisme incommensurable. La douceur du chant, l’orchestration très riche et presque baroque avec les cuivres et les cordes, les choeurs qui donnent un aspect grandiloquent mais pourtant irrésistiblement humain fonctionnent tout simplement à merveille. Un hymne de grâce, l’impression d’être touché par le divin, à l’instar de La Ritournelle de Sébastien Tellier par exemple. Les mots me manquent pour définir ce que je ressens à l’écoute de ce bijou et je préfère vous laisser avec ce morceau qui, je l’espère, illuminera votre journée et peut-être les années à venir.

En cadeau, la grâce du titre John Wayne Gacy, Jr.

Sylphe

Pépite du moment n°5: Love Is Magic de John Grant (2018)

On ne remerciera jamais assez les membres du groupe folk Midlake d’avoir aidé l’ancien leader du groupe The Czars à lutter contre ses démons et remonter la pente afin de créer le bijou de folk Queen of Danemark en 2010. Deux opus, Pale Green Ghosts en 2013 et Grey Tickles, Black Pressure en 2015, n’ont fait que confirmer le talent de John Grant qui casse les codes de la folk avec mélancolie. Le 12 octobre sortira le quatrième album intitulé Love Is Magic dont est tiré le titre éponyme du jour.

L’ambiance de ce titre est volontiers saturée de synthés qui viennent envelopper d’un voile de mélancolie une voix toujours aussi expressive. La rythmique lancinante s’imprime subrepticement en nous et vient appuyer la beauté du texte. Et que dire du clip? John Grant aime surprendre et nous offre un regard empreint de bienveillance sur des dresseuses de chiens, férues de concours. Il fallait bien un titre de John Grant pour que je me surprenne à ressentir une forme de sympathie envers de telles passionnées du monde canin. En tout cas, si vous êtes intéressé(e)s par les viagers vous savez désormais où vous diriger et si vous êtes un homme ne désespérez pas, vous pouvez tout de même participer aux concours canins!

Trêve de plaisanteries je vous laisse avec la douce mélancolie de John Grant pour commencer cette nouvelle semaine…

Sylphe