Review n°44: Seeking Thrills de Georgia (2020)

Ce début d’année et cette première chronique d’un album estampillé 2020 seront placésGeorgia sous le signe de la sueur et des souffles haletants du dance-floor avec le deuxième opus de Georgia Rose Harriet Barnes alias Georgia (on valide le pseudo qui nous fera gagner du temps, #paresse), intitulé Seeking Thrills qu’on pourra traduire par « en quête de sensations fortes ». Je suis d’une innocence sans limite, tel une vaste plaine enneigée sur laquelle les hommes n’ont pas encore posé le pied, et ne connais pas le premier album Georgia sorti en 2015. J’ai juste lu qu’on avait eu la tendance à la reprocher de M.I.A., on avisera si cette comparaison tient encore la route pour ce deuxième album qui nous offre 54 minutes denses, un peu inégales quelquefois il faut bien le reconnaître, mais globalement sacrément séduisantes. Allez, on enfile son body à paillettes, on sort sa boule à facettes et on vient danser pour éliminer les souvenirs tenaces des fêtes de fin d’année…

C’est bille en tête que l’on rentre dans cet album qui va nous offrir 4 premiers titres résolument tournés vers le dance-floor. Certes, certains avanceront que cette électro/dance est un brin putassière mais elle fonctionne à merveille. Du coup, on bougera son corps sans aucune retenue sur la dance très groovy de Started Out où les synthés sentent bon les eighties (finalement pas une mauvaise idée d’avoir ressorti le body à paillettes), sur la brillante électro dance de About Work The Dancefloor qui est pour moi le meilleur titre de l’album dans ce registre frontal, sur un Never Let You Go taillé pour les radios qui fait souffler les vents sensuels de l’électro uptempo et de la pop et sur 24 Hours où les lumières se tamisent pour un résultat plus sombre et plus en contrastes. Voilà en tout cas un quatuor qui te fait cracher tes poumons et te rappelle l’existence de muscles inusités depuis trop longtemps (bon j’en rajoute un max et ne doutez pas de la condition physique hors-pair de votre serviteur…)

Mellow avec la rappeuse Shygirl en featuring vient alors abruptement briser la spirale dansante et euphorisante, l’univers est plus urbain et plus sombre, la rythmique dépouillée et anxyogène. Le morceau est très froid et peut rappeler The Knive, il a le mérite de nous rappeler que ce Seeking Thrills ne sera pas taillé d’un bloc et s’avèrera plus subtil qu’il n’en a l’air pendant les premières écoutes. Le voyage musical se poursuit avec le classique Till I Own It beaucoup plus linéaire dans sa structure et démontrant le potentiel pop de la voix de Georgia, en toute franchise ce n’est pas foncièrement ce qui me séduit le plus dans cet album. I Can’t Wait reste dans la même veine au niveau de la voix mais m’intéresse davantage par ses nombreuses ruptures de rythme mais c’est bien Feel It qui va véritablement relancer l’album, comme s’il avait fallu trois titres pour se remettre de la déflagration des quatre morceaux liminaires.

Ce Feel It nous oppresse d’emblée avec ses sonorités bruitistes et sa rythmique dubstep, le résultat est très intelligent et me rappelle Crystal Castles (les fous furieux des sons 8 bits) ou le dernier album de 2019 chroniqué, Brutal de Camilla Sparkss. Nouveau grand écart artistique avec Ultimate Sailor, un de mes morceaux préférés… Imaginez la douceur électronique des grands espaces de Boards of Canada sur laquelle viendrait se poser un chant contemplatif d’une grande émotion qui, de manière assez surprenante car la comparaison paraît à première vue déplacée, me rappelle Jonsi… Séduisant… Nouvelle petite parenthèse qui me laisse de marbre avec le hip-hop de Ray Guns (elle se situe là la tendance à rapprocher Georgia de M.I.A.) et l’électro/house de The Thrill avec Maurice qui pousse le bouchon un peu trop loin (#lesravagesdelapublicité).

Heureusement il nous reste un dernier moment de magie pure avec le brillant Honey Dripping Sky. On danse langoureusement en se tartinant le corps de miel dans une ambiance trip-hop où j’ai l’impression d’écouter Lamb avant que le refrain plein d’émotions et de réverb n’évoque une des chouchous officielles du blog Jeanne Added (ressemblance soulignée par ma fille de 5 ans, ouf j’ai réussi quelque chose…). Georgia ne résiste ensuite pas à la tentation de nous proposer une version alternative de Never Let You Go et deux autres versions de About Work The Dancefloor et 24 Hours. Pas forcément inintéressant mais pas non plus totalement nécessaire, bref l’essentiel se trouvait bien avant avec un album séduisant, entre pépites pour faire fumer la piste et morceaux plus subtils pleins de belles promesses. J’attends déjà avec impatience le prochain opus qui, je l’espère, continuera à approfondir ces deux tendances, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°34: Sleeper de Trentemøller (2019)

On ne présente plus le compositeur danois de musique électronique Trentemøller (#prétéritionenapproche) qui s’est imposé depuis une grosse dizaine d’années comme un des orfèvres d’une électro à l’éventail très large, allant de l’ambient aérien de Boards of Canada au bruitisme d’Amon Tobin. Au milieu de la discographie gargantuesque du dj danois, je retiens trois albums véritablement fondateurs de ma culture électronique avec le bijou inquiétant qui s’apparente à une promenade nocturne en forêt The Last Resort (2006), mon préféré Into The Great Wide Yonder (2010) qui regorge de diamants sonores ( Sycamore Feeling, Past The Beginning Of The End, ...Even Though You’re With Another Girl, Häxan) et le cinétique Lost dont les titres The Dream et Gravity ont le potentiel à illuminer vos jours les plus sombres par leur grâce.

Il ne sera pas difficile de comprendre ma tendance à être à l’affût de toute nouvelle concernant Anders Trentemøller et, il y a tout juste trois jours, le single Sleeper vient de sortir, annonçant un futur successeur au Fixion de 2016. Le clip en slow-motion dans un noir et blanc tellement esthétique résume à lui seul le titre, un morceau très cinétique qui se déploie aussi majestueusement que ce pigeon avec une palette de sons assez habituelle. Une énième preuve de la richesse incommensurable de la musique électronique, enjoy!

Pour mémoire Trentemøller c’est aussi ce genre de bijou…

Sylphe

Interview n°2: Zimmer

Nous parlions dernièrement sur Five-Minutes d’une belle pépite de house hypnotisante d’un jeune français Zimmer (voir ici ). Ayant pleinement conscience de notre lourdeur à parler en introduction de son homonyme compositeur de musique de cinéma, on a eu envie de faire plus ample connaissance avec Zimmer et voilà chose faite avec cette interview qui vous permettra de découvrir plus précisément cet artiste en devenir…

1/ Bonjour Zimmer, peux-tu tout d’abord te présenter aux lecteurs de Five-Minutes?

Hello! Je compose et je joue de la musique électronique en live et DJ sous le nom de Zimmer.

 

2/ Pourquoi ce choix de nom d’artiste?

J’avais envie d’un nom à consonance germanique. J’ai ouvert un dictionnaire d’allemand et c’est le premier mot qui a attiré mon attention. Je me suis pas posé plus de questions et je l’ai adopté.

 

3/ Comment définirais-tu ta musique?

Electronique, planante, dansante, nostalgique, euphorique.

 

4/ Peux-tu me dire quelles sont tes influences et quels artistes/groupes tu aimes?

Les artistes qui m’ont fait rentrer dans la musique électronique à l’adolescence: Laurent Garnier, Chemical Brothers, Air, Paul Kalkbrenner. Puis la vague Disco de 2010, Breakbot, Aeroplane, Todd Terje, la dream-pop de Caribou et Washed Out. Et aussi la scène anglaise, John Hopkins, Jamie xx, Four Tet, Bonobo puis des artistes comme Rone, Moderat, John Talabot, David August, Jacques Greene.

 

5/ Quel titre représente le mieux ta musique et pourquoi?

Landing que j’ai sorti l’année dernière. C’est à la fois calme et intense, avec une euphorie teintée de nostalgie.

C’est aussi un titre avec une histoire, un hommage à mon père et une découverte scientifique majeure.

6/ Quel jeune artiste aimerais-tu aider à promouvoir?

Allez écouter Saint DX.

 

7/ Quel est en ce moment ton groupe/artiste préféré?

J’écoute beaucoup l’album de Miel de Montagne qui vient de sortir. J’adore le disco chanté en français.

Mention aussi pour le nouvel album de Folamour, il y a des titres de house sublime dedans.

 

8/ Si nous devions détruire tous les albums musicaux sur Terre lequel sauverais-tu?

I See You de The XX. C’est le dernier album que j’ai le plus écouté du début à la fin.

 

9/ Et si tu devais ne sauver qu’un titre lequel serait-ce?

Blue Gas – Shadows From Nowhere.

Mais je réponds sûrement ça parce que je suis en train d’écrire tôt le matin, j’ai envie d’un morceau calme.

 

10/ Et maintenant un peu de place pour dire ce que tu veux

Allez regarder le clip de Mayans !

La réalisatrice Claire a créé un monde incroyable dedans.

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°28: A New Error de Moderat (2009)

Lorsque Gernot Bronsert et Sebastian Szary de Modeselektor et Sascha RingModerat d’Apparat décident d’unir leurs talents pour créer le groupe Moderat, c’est peu dire que les attentes sont grandes… Il ne faudra pas longtemps pour prouver que le résultat de cette association est brillant avec le premier album Moderat en 2009 et le morceau d’ouverture A New Error que je veux partager avec vous aujourd’hui. Ce titre est venu raviver mes souvenirs par le plus grand des hasards à travers le final riche en émotions de la série Vernon Subutex (pour la série en elle-même j’ai un avis plus mitigé mais là n’est pas la question) qui vient clore une BO rock d’une très grande qualité.

Rarement une erreur ne m’aura à ce point rendu dépendant, on fait difficilement mieux dans la catégorie électro hypnotique. Un son bien lourd qui vient superposer sa rythmique martiale sur des sons plus aériens pour faire frissonner et réveiller le démon de la danse, ce morceau parle aussi bien à l’esprit par la richesse de sa construction qu’au corps. Je vous mets tout simplement au défi de ne pas abuser du repeat et de ne pas hocher la tête de manière incontrôlable… Enjoy!

En cadeau le clip réalisé par Xavier Dolan et un live transcendental…

Sylphe

Pépite intemporelle n°26: Surf Solar de Fuck Buttons (2009)

La semaine dernière Editors a sorti une nouvelle version de son dernier album ViolenceFuck Buttons sorti en mars 2018 passée entre les mains d’un certain Blanck Mass. Incontestablement cette version intitulée The Blanck Mass Sessions est excellente et méritera peut-être que j’en touche un mot par ici mais elle a aussi eu le mérite de raviver la flamme Fuck Buttons. Bon, vous vous demandez sûrement par quel raisonnement fumeux je viens de vous parler du duo électro anglais et je vais de suite m’expliquer… Derrière ce Blanck Mass que je ne connaissais pas se cache Benjamin John Power qui est une des deux entités formant Fuck Buttons avec Andrew Hung. Pas compliqué finalement hein?

Mon problème c’est que lorsque je lis Fuck Buttons la pochette de leur deuxième opus Tarot Sport (2009) vient d’emblée obséder mes rétines et surtout le morceau d’ouverture magistral Surf Solar commence inlassablement à tourner en boucle dans ma tête. Comme ce blog musical pourrait en quelque sorte s’apparenter à un partage d’addictions musicales j’ai immédiatement pensé à vous… Les deux compères de Fuck Buttons citent souvent comme influences majeures de leur musique Aphex Twin et Mogwai et je pense que vous ne peinerez pas trop à les percevoir dans ce Surf Solar. Plus de 10 minutes d’une électro extatique où les machines prennent le pouvoir, un souffle épique incontestable qui se nourrit d’une certaine violence des sonorités mais aussi d’une très grande douceur qui se diffuse tout au long. Ce genre de morceau qui n’a rien d’humain ni de comparable placé tout simplement sous le sceau du génie. Enjoy!

Sylphe

Review n°27: LP5 d’Apparat (2019)

Sascha Ring, alias Moderat, n’a pas, à mon humble avis, la carrière solo qu’il mériteApparat amplement… Cet explorateur électronique qui a oeuvré sur les terres de l’IDM et de l’ambient est souvent résumé à un titre (sublime au passage) Goodbye avec la chanteuse Anja Pschalg de Soap&Skin et à sa participation judicieuse au groupe Moderat avec Gernot Bronsert et Sebastian Szary de Modeselektor. Ce n’est malheureusement pas ce nouvel album, 8 ans après The Devil’s Walk et 6 ans après un projet pour l’adaptation au théâtre de Guerre et Paix (c’est l’histoire de la guerre et de la paix… #inconnusforever), qui devrait lui permettre une reconnaissance du grand public. En effet, à une époque où le besoin d’expliciter perpétuellement les choses prédomine, l’art de la suggestion impressionniste d’Apparat détone, et ce pour mon plus grand plaisir. Je vous propose en toute humilité de prendre le pouls de ce LP5 dont l’atmosphère est très difficile à retranscrire par les mots…

L’introduction VOI_DO nous propose d’emblée une ambiance atmosphérique tout en délicatesse, les sons paraissent disséminés avec parcimonie pour accompagner la voix de falsetto de Sascha Ring qui désormais chante sur la plupart de ses morceaux. Sur cet album, j’ai souvent l’impression d’un chant a capella tant les instruments savent se mettre en retrait. Cette ouverture est à l’image d’un album qui prône une intériorité intemporelle. DAWAN, malgré un beat de fond instaurant une rythmique techno plus affirmée, reste finalement dans la même dynamique avec le couple synthés cotonneux et voix de Sascha Ring. La montée de LAMINAR FLOW est tout en contrôle et démontre la volonté de résister à la tentation de l’extériorisation excessive, telle une frustration excitante (#amourducuir). HEROIST va ensuite nous rappeler à quel point la pop et l’électro se marient à merveille, l’univers évoque les albums solo de Thom Yorke pour un résultat extrêmement séduisant où la voix de Sascha Ring démontre de vrais progrès.

Passé l’intermède MEANS OF ENTRY, BRANDENBOURG instaure un sentiment d’inquiétude avec cette voix modifiée qui n’est pas sans nous ramener sur les landes nordiques dépouillées de The Knive ou Fever Ray avant que les cordes ne viennent adoucir le titre. Les cordes empreintes d’urgence de CARONTE viennent alors totalement me désarmer, tant elles tranchent avec la sérénité de la voix pour un résultat sublime de grâce et très subtil dans sa structure. L’ambient et dépouillé EQ_BREAK nous prépare pour le brillant duo final qui révèle toute la dichotomie d’Apparat: d’un côté l’aspect éthéré du piano-voix de OUTLIER et de l’autre le brillant IN GRAVITAS qui brille par sa fin uptempo qui libère le démon de la danse (#morceaucachédeCaribou?). Un feu d’artifice final qui met encore plus en valeur la force de l’intériorité qui a habité tout cet album dont la richesse ne cesse d’augmenter au fil des écoutes… Je ne peux que vous suggérer d’aller désormais l’écouter…

Sylphe

Pépite du moment n°22: Who de Modeselektor feat. Tommy Cash (2019)

Gernot Bronsert et Sebastian Szary, alias Modeselektor, savent se faire attendre et Modeselektordistillent avec parcimonie les albums studio. Hier est sorti leur troisième opus Who Else qui fait suite à l’excellent Monkeytown en 2011… et oui seulement troisième opus pour ce duo allemand passionné d’électro et de techno qui, en plus des nombreuses compilations, oeuvre avec Sascha Ring alias Apparat pour former le cultissime combo Moderat. Bon je vois que certains peinent à suivre et je vais la faire simple, une sortie de Modeselktor c’est de l’or brut qu’il convient de savourer comme un mets exquis…

Je serai bien présomptueux d’avoir déjà un avis sur l’album que je découvre à peine mais par contre rien ne m’interdit de dire tout le bien que je pense du single Who… Certes, le clip est quelque peu inquiétant et je prendrai sur moi de ne pas y repenser la prochaine fois que je me raserai ou que j’aurai mal à une dent mais aujourd’hui c’est bien le son qui m’importe, et quel son! Un kick obsédant, des sonorités indus, une montée étouffante magnifiée par le flow du rappeur estonien Tommy Cash, des ruptures acérées font de ce titre un hymne au dance-floor avant une fin plus surprenante où les choeurs enfantins nous assènent des blabla qui restent bien en tête. En tout cas pas de blabla avec ce Who qui nous file une claque magistrale qui devrait me permettre d’aborder plein d’énergie le dur lundi de rentrée. Humm j’ai presque du plaisir à penser à la douleur du réveil à 6h… (#contaminéparleclipsm)

Sylphe

Review n°19: ROADS Vol.1 de Thylacine (2019)

Trois EP en 2014/15, un premier album Transsiberian composé lors d’un périple en thylacineRussie et deux BO de films en 2017 pour De toutes mes forces et Gaspard va au mariage, pour autant je dois reconnaître que je n’ai jamais rien écouté de William Rezé alias Thylacine, autre nom du loup de Tasmanie, au moment où je lance ce ROADS Vol.1. J’ai simplement en tête les conditions idylliques de composition de cet album où Thylacine a arpenté les routes de l’Argentine à bord de son Airstream de 1972 réaménagé en studio alimenté par des panneaux solaires (#studiodemesrêves).

Murga ouvre brillamment l’album avec ses percus et sa guitare judicieuse. Les sons nous enveloppent, la rythmique est addictive et il se dégage incontestablement de ce titre une luminosité et une humanité qui seront les marques de fabrique de cet opus, dans la droite lignée de la superbe pochette mettant en valeur les espaces sauvages sous une lumière virginale. Purmamarca ralentit le tempo avec son début plus contemplatif à la Boards of Canada auquel vient se joindre une voix intemporelle rappelant les premiers Moby. La guitare entre en jeu et réveille les paysages argentins pour un sublime tableau en mouvement. El Alba, avec Weste en featuring, nous offre alors une belle plage de douceur qui réhabilite à mes yeux le saxophone qui n’a jamais été mon instrument de prédilection. Le morceau est d’une simplicité et d’une grâce désarmantes…

Petit clin d’oeil rappelant les conditions de création de ce ROADS Vol. 1 avec la voix d’un GPS sur le début de The Road qui se montre plus techno dans son approche. Une techno subtile laissant la part belle à une large palette de sons légers pour un résultat hypnotique. Volver reste dans la même atmosphère en apportant un saxophone brillant qui m’évoque le premier album d’Aufgang dans cette volonté de confronter techno et musique classique. Le résultat est d’une grande douceur, le maître mot de l’album… Mais que dire de 4500m après ce dyptique techno? Le rappeur américain Mr J. Medeiros pose son flow acéré sur un océan de douceur pour un morceau d’anthologie. Le flow gagne en intensité et rappelle par sa rythmique insensée Eminem, la montée est imparable et me file des frissons. #pluslesmotspourdecrireça

Condor nous aide à atterrir rapidement avec une techno plus âpre et dansante à laquelle le refrain apporte une étrange note de douceur pop avant que Sal y Tierra continue avec brio son ardue mission de réhabilitation du saxophone. Les deux derniers morceaux viennent nous donner une leçon d’humilité et d’humanité: Santa Barbara, en featuring avec la voix de cristal de Julia Minkin, nous cajole et nous offre une belle montée tout en intensité à la Woodkid et la douceur enfantine de 30(Outro) nous offre un joli moment de poésie lorsque William Rezé tente de faire prononcer trente à une vieille femme… Ou comment finir modestement un album sublime dont la première écoute m’a profondément marqué, à l’instar de ma première écoute de Swim de Caribou. Le garçon cite comme références Four Tet, Massive Attack, Moderat, nous étions définitivement prédestinés à nous rencontrer. Allez je vous laisse, j’ai un ROADS Vol. 1 à réécouter! On a beau être simplement fin janvier, je peux prendre le pari avec vous que je reparlerai de Thylacine dans les tops de fin d’année et qu’il sera bien difficile de le déloger de la première place…

Sylphe

Pépite du moment n°17: Silence In The Dark de Curses feat. Jennifer Cardini (2018)

Je ne vais pas vous mentir, je n’avais jamais entendu parler de Luca Venezia aliascurses Curses jusqu’à une compilation Tsugi particulièrement bien sentie pour le hors-série 2018. Le morceau Silence In The Dark m’obsède depuis et finalement je prends un grand plaisir à partager mes obsessions sur Five-Minutes. Sans en être particulièrement amateur ça fait de très nombreuses années que j’entends parler de la DJ française Jennifer Cardini qui vient collaborer sur ce morceau tiré du premier album de Curses Romantic Fiction, opus d’une noirceur crépusculaire qui sied parfaitement à la saison actuelle…

Le titre Silence in the Dark n’est en rien trompeur et je ne vous propose pas de commencer la semaine dans une ambiance printanière et légère… Le morceau est porté par une rythmique envoûtante qui fleure bon le rock à la Depeche Mode et le krautrock, c’est pesant et volontiers anxyogène. La voix sombre se marie parfaitement à l’univers et le titre tourne en rond comme une obsession, à peine entrecoupé par des riffs de guitares inquiétants. Voilà en tout cas un bien beau morceau d’une électro racée comme j’aime!

Sylphe

Pépite du moment n°9: For All People With Broken Hearts de Long Arm(2018)

Nous ne sommes plus à l’époque du rideau de fer et mettons toujours en avant la mondialisation de la musique, cependant ce serait vous mentir que prétendre connaître beaucoup de groupes ou artistes russes… Je vois bien Motorama et…. désormais je pourrai briller en société en citant d’un air entendu Long Arm. Derrière Long Arm se cache Georgy Kotunov qui a sorti le 2 novembre dernier un album juste somptueux, intitulé Darkly sur le label Project Mooncircle. Cet album dont je pourrais très bien vous parler plus en détails ultérieurement fait partie de ces objets rares touchés par la grâce, rencontre irréelle entre le piano et une électronica subtile et volontiers aventureuse. Un album au pouvoir cinématographique incontestable qui ne laisse pas indifférent et dont le plaisir ne cesse de croître au fil des écoutes…

Pour démarrer cette nouvelle semaine en votre compagnie sur Five-Minutes, j’ai donc dû prendre sur moi pour ne pas garder égoïstement pour moi le single For All People With Broken Hearts qui devrait logiquement vous donner envie d’écouter Darkly. Après un début bruitiste, une petite mélodie à base de « sonnettes » vient contraster avec l’âpreté de l’atmosphère. Les violons viennent accentuer ce contraste et permettent au titre de gagner en douceur. Toute la deuxième partie du morceau défie les lois de l’attractivité et nous enveloppe de son électronica soyeuse et mélancolique qui me rappelle un album oublié de 2005 qui m’a profondément marqué, Monstrueuse normalité de Fumuj. Quand musique rime avec orfèvrerie… L’esthétique du clip en noir et blanc est, de plus, un superbe écrin pour ce joyau que je vous invite à savourer comme un grand cru.

Sylphe