Pépite du moment n°121: Bien cordialement de The Toxic Avenger feat. Simone (2022)

Voici mon titre addictif du moment, dans cette période si particulière de décembre où les best-of commencent à tomberThe Toxic Avenger - Yes Future et nous font regretter de ne pas avoir écouté certains artistes/albums… Bref, il faut encore résister quelque peu avant de jeter un regard dans le rétroviseur de cette riche année musicale.

Le 4 novembre dernier, Simon Delacroix alias The Toxic Avenger sortait son sixième opus Yes Future qui est passé sous mon radar embrumé en cette période automnale. L’électro du français sait me séduire sur certains titres mais je dois reconnaître que ce son très frontal peine à me convaincre sur des albums entiers. Peut-être que ce Yes Future que je n’ai pas écouté intégralement au moment de cet article me fera mentir… Ce qui est certain, c’est que ce Bien cordialement qui fait appel à la voix désenchantée de Simone m’a infligé une superbe claque. Cette lettre de motivation oscille entre humour décalé et amertume liée à la situation économique actuelle pour un résultat qui me fait indubitablement sourire. L’électro en fond, saturée de synthés spatiaux, est addictive et monte doucement en tension pour prendre le pouvoir sur toute la fin du morceau. The Toxic Avenger signe ici incontestablement un morceau original que je vous mets au défi de ne pas réécouter après sa première écoute, enjoy !

 

Sylphe

Review n°112 : Transmissions (2022) de Transmission

Capture d’écran 2022-11-04 à 11.29.03Pour qui a eu la chance de passer un moment au festival HopPopHop d’Orléans mi-septembre dernier, il y avait une performance à ne rater sous aucun prétexte : le collectif Transmission, pour une création originale. Nous avions entendu à peu près tout et son contraire avant d’entrer dans la dernière session des quatre programmées : « Sans doute le meilleur moment du festival » versus « C’est particulier, mais c’est intéressant » versus « Il y avait des gens dans la salle qui ont manifestement aimé ». On kille le suspense tout de suite : on a adoré Transmission, et c’est personnellement la meilleure prestation que j’ai vue et entendue durant ce weekend là. Une claque. Transmission est fait de plein de personnes et d’influences différentes. Autour de Johann Guillon et Benjamin Nérot tout droit sortis d’Ez3kiel, on y trouve d’autres artistes : James P Honey aka Dull Fame, Lionel Laquerrière, Félix Classen et Victor Neute. Autant de personnalités différentes qui unissent leur talent au sein de Transmission.

Et du talent dans Transmission, il y en a : dès les premiers sons, nous voilà plongés dans un monde qui se dessine note après note, mot après mot. Dans un savant mélange d’électro et de hip-hop, le sextet dessine un univers sonore nerveux et mélancolique plein de machineries, de bruits de ferrailles, mais aussi de nappes infra-basses et electro-ambient. Comme par exemple dans Mussolini mistress. Il en résulte la fantasmée bande son d’un film à la croisée de Blade Runner et de 8 mile. Transmission est cinématographique dans l’âme. Les premières minutes nous installent dans un univers cyberpunk, violent, dark, parfois cauchemardesque, mais toujours profondément humains par les deux voix qui interviennent tour à tour dans les compositions. A la voix grave et toujours incroyable de Benjamin Nérot répond celle de James P Honey qui déverse un flow généreux et imparable.

Au cœur de Transmission et du dispositif scénique, une cabine téléphonique 3.0. Relique d’un monde passé, l’objet sort tout droit de notre imaginaire post-apocalyptique. Tel un vestige d’un monde où la communication passait par le temps d’attente à la porte de ladite cabine, la patience, mais aussi l’essentiel : avec quelques pièces ou une carte téléphonique (les plus jeunes, ne me regardez pas avec des yeux effarés… oui, ceci a existé), il fallait synthétiser nos échanges, tout en profitant un maximum de ces quelques minutes. C’est quasiment la réussite méta, en plus de la claque sonore, de Transmission. Comme des personnages échoués d’un Fallout ou d’un Death Stranding, les musiciens du groupe entrent tour à tour dans la cabine pour des Calls, qui servent d’intermèdes entre les morceaux comme autant de tentatives de remettre en lien un monde fragmenté. Plus encore, le collectif recrée un lien communicationnel en faisant de cette prestation d’une heure un vrai moment de partage entre la scène et le public. Autre signe qui ne trompe pas : l’espace scénique est central, le public en cercle autour. Reconstituer du tissu social et humain par l’art, c’est bien l’éclatante réussite de Transmission.

Si l’on en parle aujourd’hui, c’est à la faveur de la réécoute du disque Transmissions (sorti le 19 août dernier), ou l’occasion de replonger dans cette création assez incroyable portée par les festivals HopPopHop (Orléans) et Les Rockomotives (Vendôme), sous l’égide de l’association Figures Libres. Disponible chez Figures Libres Records/L’Autre Distribution, le double LP est disponible accompagné de la version CD. Tout ceci pour la modique somme d’une vingtaine d’euros : ne passez pas à côté d’un des albums les plus percutants et enchanteurs de cette année 2022. L’occasion de (re)découvrir des titres assez incroyables tels que Jane Austen (et le flow de Dull Fame qui tabasse), The ebb and the flow (peut-on mettre de la cornemuse dans de l’électro hip-hop et que ça soit génial ? Oui), ou encore Diana folded in half (le cauchemar cyberpunk incarné).

L’album est aussi disponible sur Bandcamp en version numérique, mais faites vous plaisir et soutenez la création artistique : offrez vous ce génial album en physique comme on dit, vous ne regretterez pas le voyage. Et vous bouclerez ainsi la boucle meta en remettant un peu de matérialité dans ce monde parfois trop virtuel et humainement désincarné. Merci Transmission et Figures libres pour tout ça.

L’album en LP + CD est disponible sur le site de Figures Libres Records : https://figureslibresrecords.fr/transmission-2-x-lp-cd/

Le visuel pochette est tiré de la page Bandcamp de Figures Libres, où vous pouvez trouver l’album en numérique, mais aussi l’acheter en version physique : https://figureslibresrecords.bandcamp.com/album/transmission-transmissions

Raf Against The Machine

Review n°111: 9 Pieces de Thylacine (2022)

C’est la tournée de mes chouchous électros français actuellement… Après Les Gordon, c’est au tour de Thylacine deThylacine - 9 Pieces sortir un nouvel album, son cinquième déjà, intitulé 9 Pieces. Depuis 2019 et Roads Vol.1, je prends plaisir à suivre le périple musical de William Rezé qui confronte aussi bien les gens que les sons dans ses voyages sonores. Sur ce puzzle de 9 pièces, certaines sont déjà connues et les lecteurs assidus du blog ont déjà entendu parler de Polar ou Versailles qui ouvrent et ferment l’album de 39 minutes.

Polar offre donc d’emblée une électro puissante avec le bruit des créatures marines en fond, une rythmique assez sombre qui contraste à merveille avec la voix féminine qui a presque quelque chose d’incantatoire. Le résultat est aussi surprenant qu’envoûtant. Les titres suivants vont ensuite nous emmener du côté de cette Turquie à l’identité floue, entre Europe et Proche-Orient. Anatolia est un bijou qui résume musicalement tout ce qu’est la Turquie avec d’un côté les instruments qui représentent les traditions de la Cappadoce et de l’autre les tentations de la techno pour la jeunesse d’Ankara. Duduk (du nom d’un hautbois d’Arménie) et Olatu creusent le sillon de cette électro contemplative qui survole les paysages mélancoliques pour un résultat d’une finesse et d’une justesse inégalables – le piano de Duduk est un exemple imparable. Olatu, qui me fait penser au travail sur les boucles de Les Gordon, propose des sons plus électro-pop et sort quelque peu Thylacine de sa zone de confort. Bosphorus clôt ce voyage turc dans une ambiance plus rythmée et tournée vers les dance-floors, la montée est excitante, tout comme le saxophone habituel de Thylacine qui tente d’insuffler une douce mélancolie à l’ensemble. La musique de Thylacine est à l’image de la Turquie moderne, une terre de contrastes qui se veut un lieu de rencontres.

War Dance surprend alors par son âpreté et cette techno martiale -néanmoins pas aussi monolithique qu’elle ne peut le paraître à la première écoute – comme un triste clin d’oeil à l’actualité ukrainienne… Pleyel nous ramène vers une orchestration plus classique, dans la droite lignée de son dernier opus Timeless, pour un résultat tout en tensions d’une grande modernité. La richesse des propositions de ce morceau -qui me fait penser à Aufgang – est proprement hallucinante. Night Train est le morceau le plus frontal de l’album avec une électro débordante d’énergie qui se présente comme la bande-son idéale d’un voyage en train, le titre est peut-être un peu en-dessous en termes d’originalité de la proposition. Versailles clôt enfin avec subtilité l’album en jetant des ponts entre les époques, après avoir jeté des ponts entre les peuples, en s’appuyant sur des instruments, des mécanismes et des objets du château de Versailles. Le résultat confirme la volonté sur la deuxième partie de l’album de mettre en avant des ambiances plus dansantes. S’il y a bien quelque chose que Thylacine sait parfaitement faire, c’est nous faire voyager -dans les époques, les contrées, les genres musicaux – dans notre fauteuil, le casque vissé sur les oreilles… Enjoy !

 

Sylphe

Five Titles n°29: EBM d’Editors (2022)

Des nouvelles aujourd’hui des Anglais d’Editors qui nous ont offert de superbes albums rockEditors - EBM dans les années 2000 – The Back Room en 2005 et An End Has a Start en 2007 en tête qui méritent d’être régulièrement réécoutés – portés par un souffle rock subtil et la charismatique voix de Tom Smith. Je les ai clairement perdus de vue depuis plusieurs années, étant juste tombé par hasard sur la version électronique de leur dernier opus Violence (2018), The Blank Mass Sessions ( petit article en passant par ici). Depuis Blank Mass (un des deux Fuck Buttons) est devenu un membre à part entière du groupe comme le titre de ce septième opus l’explicite (EBM = Editors + Blank Mass…Je sais, vous êtes bluffés par cette équation subtile…) et le virage électronique est pleinement assumé. J’ai longtemps hésité à parler de cet album car mes sentiments sont très partagés, autant il possède quelques titres percutants autant l’enchaînement des 9 titres et ses 52 minutes s’avère assez épuisant… Les doigts sont littéralement restés dans la prise et les rythmiques uptempo nous martèlent, la voix de Tom Smith passant malheureusement quelquefois au second plan… Néanmoins, certains titres surnagent et méritent amplement qu’on en parle.

  1. Le morceau d’ouverture Heart Attack qui traite de la puissance intemporelle du sentiment amoureux d’une manière quelque peu inquiétante -« No one will love you more than I do/I can promise you that/ And when your love breaks I’m inside you/ Like a heart attack  » propose un son rock bien lourd. Des drums assourdissants et un refrain puissant donnent une tonalité épique au titre.
  2. Picturesque est ensuite à la limite de la faute de goût avec un gimmick électronique de fond un brin entêtant. Néanmoins la rythmique uptempo, les riffs acérés et ce sentiment d’urgence palpable nous embarquent, comme si on écoutait une version sous acide de Bloc Party.
  3. Kiss me plaît ensuite car ce titre rappelle l’amplitude de malade de la voix de Tom Smith, capable d’aller chercher des notes très hautes. Dommage que la rythmique électro de fond assez monolithique ne la mette pas vraiment en valeur.
  4. Silence rappelle enfin ce que fut Editors sur ses premiers albums. Rythmique downtempo, voix caverneuse, émotion à fleur de peau, une ode au passé déchu.
  5. Educate propose de son côté un son électro-rock plein d’énergie qui résiste à la tentation de tomber dans les excès.

Quelques beaux moments, une sensation globale plus mitigée, la collaboration avec Blank Mass manque quelque peu de légèreté. A vous de vous faire votre propre avis désormais, enjoy !

 

   

Sylphe

Son estival du jour n°81 : High life (2001) de Daft Punk

81G3AiMU+pL._SL1500_2001, année de l’odyssée de l’espace : trente trois ans après le chef-d’œuvre cinématographique créé par Stanley Kubrick, deux autres magiciens, mais du son cette fois, livrent un autre chef-d’œuvre. Discovery, deuxième album studio des Daft Punk aka Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter, tombe dans les bacs précisément le 12 mars 2001. Au menu de la galette, quatorze titres s’enchainent durant une heure pour former un ensemble piochant à la fois dans l’électro en mode french touch, mais aussi dans les ambiances disco et pop, ce qui ne manquera pas de choquer les fans de la première heure et une partie de la presse. Qu’importe, Discovery est le meilleur album du groupe, point barre. Les différents titres contiennent de nombreux samples et références aux années 80, à commencer par le long clip qui accompagne l’album. Plus exactement, sort en 2003 Interstella 5555 : The story of the secret star system, un film d’animation muet japonais de science-fiction, dont la particularité est sa BO. Cette dernière est intégralement composée de l’album Discovery, faisant du disque et du film deux objets artistiques indissociables. Interstella 5555 est drivé par Leiji Mastumoto. Qui ça ? Le papa d’Albator. Rien que ça? Question référence à la pop culture et aux années fin 70’s début 80’s, on fait difficilement mieux.

Tout comme Insterstella 5555, Discovery ne connaît aucun temps mort. Bien qu’il alterne titres énergiques taillés pour le dancefloor et moments plus intimistes, rien ne peut arrêter l’affaire lorsque vous lancez l’album. Après une ouverture sur le hit One more time, vous attendent des folies sonores comme Harder Better Faster Stronger ou encore Crescendolls, à moins que vous ne craquiez sur le groovy/funky Voyager ou le très Herbie Hancockien 80’s Short circuit. En passant, vous aurez un peu soufflé sur Digital love ou Nightvision. Et, à peu près à mi-course, notre son estival du jour. High life semble résumer en trois minutes vingt la pêche incroyable qui explose à chaque seconde de Discovery. Porté par un beat qui n’est rien d’autre que notre petit cœur de Human after all (#vousl’avez?) qui palpite de vie, chaque sample vocal explose de lumière comme un pamplemousse qui gicle à chaque cuillerée. Implacable morceau à bouger son corps sans aucun complexe en oubliant tout le reste, High life pulvérise toute grisaille et toute morosité. Discovery est un album insolent d’énergie et de lumière, un disque dont l’intelligence autant que l’accessibilité nous sautent à la tronche à chaque instant. High life est l’épicentre de cet incroyable séisme émotionnel qui me rend dingue à chaque écoute.

Mettons sans plus attendre dans nos oreilles cette pépite absolue. Puis, pour maintenir l’énergie et la vibe, on vous ajoute le spiralesque Crescendolls, avant de glisser Voyager. Y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? One more time qui ouvre l’album, mais qui peut aussi clore notre petite brochette musicale : sitôt arrivés à la fin de Discovery, vous vous direz « On se le remet encore une fois ? » Go. Faites vous plaisir et relancez autant que vous le voulez ce son estival par excellence.

Raf Against The Machine

Review n°103: MORE D4TA de Moderat (2022)

Des nouvelles aujourd’hui d’un groupe de musique électronique qui ne m’a jamais déçu, Moderat MORE D4TAModerat. Quand Sascha Ring (Apparat) et le duo Gernot Bronsert/ Sebastian Szary (Modeselektor) oeuvrent ensemble, le résultat est souvent bluffant. Après trois albums de haut vol –Moderat en 2003, II en 2013 et III en 2016 – et la décision après une longue tournée en 2017 de mettre en parenthèses leur collaboration pour privilégier leurs projets personnels, Moderat revient aux affaires avec MORE D4TA, anagramme évident du groupe qui met avant le thème principal de ce nouvel opus, l’isolement paradoxal de nos sociétés face à la surcharge d’informations. Thème forcément central après les diverses périodes de confinement vécues dernièrement… Sans faux suspense, cet album est une bien belle réussite qui, sans révolutionner la recette du groupe, a cette capacité à m’emporter. M’emporter loin de cette canicule inquiétante qui ne laisse pas augurer un avenir réjouissant… Allez, on met son casque et c’est parti.

Le titre d’ouverture FAST LAND et ses synthés inquiétants frappe fort d’emblée. Très inspiré dans ses premières minutes par Boards of Canada, le son se densifie peu à peu et s’alourdit pour une ouverture pachydermique comme on les aime. L’ambiance est sombre et esthétique à souhait. EASY PREY va ensuite placer le curseur très haut en s’appuyant sur la toujours aussi séduisante voix de tête de Sascha Ring qui se marie parfaitement à des synthés plus aériens. Le résultat est un subtil condensé des aspirations du groupe qui n’est pas sans rappeler certaines atmosphères propres à Bonobo. DRUM GLOW, qui commence sur les bruits d’une forêt la nuit avec les hurlements de loup, va ensuite nous ramener sur les cendres du dubstep et de son plus grand représentant, Burial. Le titre très sombre s’avance subrepticement avec mélancolie.

Un intermède SOFT EDIT d’un peu plus d’1 minute qui propose une débauche de synthés spatiaux (Baths?) nous amène vers un excellent duo: d’un côté UNDO REDO (Défaire-refaire en japonais) qui aurait pleinement sa place dans la discographie de Radiohead en proposant un univers intemporel qui nous met mal à l’aise avec délices et de l’autre NEON RATS, morceau d’électro pure qui se propose comme une créature hybride entre Trentemoller et Bonobo. La montée finale est jouissive à souhait !

La fin de l’album est plus homogène et propose moins de moments très puissants. MORE LOVE joue la carte d’une électro-pop qui fonctionne pas mal mais manque un brin de subtilité par son choix d’un son saturé. NUMB BELL est une débauche de sons âpres dans la droite lignée de l’ouverture FAST LAND alors que DOOM HYPE est à rapprocher de DRUM GLOW. Cependant la voix de Sascha Ring et les choeurs en arrière-fond sur la fin du titre rappelleraient presque un groupe qui nous est cher, Archive. COPY COPY clôt enfin l’album sur une créature pop hybride qui me désarme par sa structure. Voilà en tout cas un bien bel album à savourer au casque avec un cocktail bien frais, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 2. EASY PREY – 6. NEON RATS – 5. UNDO REDO – 1. FAST LAND

 

Sylphe

Five reasons n°36 : Super8: A Call to Arms & Angels – Soundtrack (2022) de Archive

Capture d’écran 2022-05-19 à 17.42.56Chose promise… voici deux semaines, en toute fin de la review de Call to Arms & Angels, nouvel album d’Archive, nous évoquions une galette bonus : la soundtrack de Super8: A Call to Arms & Angels, le documentaire/making of qui accompagne la sortie de ce douzième opus studio. Evoquions seulement, car nous n’avions pas eu la possibilité de l’écouter pour en parler. Disponible uniquement dans les éditions Deluxe de Call to Arms & Angels* (soit en triple CD, soit en coffret  quadruple LP/ triple CD), cette BO est désormais arrivée à la maison. Dix titres supplémentaires pour enrichir l’album, ou le précéder. Peu importe le sens, cette dizaine de morceaux vient s’ajouter au déjà gargantuesque album de dix-sept compositions, pour former, plus que jamais, un disque majeur chez Archive tout autant que pour la musique en général. Pas convaincus ? Petit tout d’horizon en cinq bonnes raisons de replonger.

1. Super8: A Call to Arms & Angels est, selon vos goûts et votre humeur, la galette qui introduira ou complètera Call to Arms & Angels. Excellente introduction, car les dix titres nous plongent d’entrée de jeu dans l’ambiance que l’album développera plus tard. Ecrit, composé, enregistré sous ère Covid et début de sortie de Covid, Call to Arms & Angels dessine un monde déboussolé, destabilisé, mais en vie même s’il est à jamais modifié. La BO du documentaire installe déjà cette ambiance intrigante, voire inquiétante. Il suffit d’écouter Night People pour s’en convaincre, avec son intro à la Pink Floyd des périodes A saucerful of secrets et Ummagumma. Sans compter Throwing stars, titre de conclusion construit comme un patchwork de ce qui nous attend, en sautant d’un éclat de titre à un autre. Le teaser parfait en somme.

2. Super8: A Call to Arms & Angels pourra tout aussi bien compléter son album jumeau. Une fois Call to Arms & Angels parcouru, vous brûlerez d’envie de connaître l’arrière-cuisine de ce chef-d’œuvre, et de passer un moment avec Darius Keeler et ses compères. Pour comprendre leur travail. Pour comprendre les conditions de ce douzième opus. Pour cela, rien de mieux que le documentaire Super8: A Call to Arms & Angels. Malheureusement pas encore disponible en streaming ou à la vente (mais le groupe confie qu’ils y travaillent)**, nous sommes un certain nombre à l’avoir vu malgré tout. Par exemple, le 2 avril dernier en ligne, lors de la géniale soirée de lancement/présentation de l’album, ou encore le 11 mai dernier lors d’une projection/showcase organisée à Paris par le disquaire Ground Control. Le documentaire est passionnant, fortement soutenu par sa BO. Une BO dont on parle aujourd’hui et qui image on ne peut plus efficacement les deux années écoulées et matricielles de Call to Arms & Angels.

3. Super8 : A Call to Arms & Angels vaut aussi pour son parti pris exclusivement instrumental (ou quasi). A l’exception de quelques voix très ponctuelles dans Fall outside, Is this me ou encore Throwing stars, le groupe n’a bossé que sur des pistes instrumentales. Un choix qui permet de mesurer pleinement le potentiel d’Archive à composer des titres et sons complètement dingues. Créer de telles ambiances totalement saisissantes, enveloppantes, pénétrantes, uniquement sur la base d’instruments, n’est pas donné à tout le monde. Call to Arms & Angels fait la part belle au travail sur les voix comme aux compositions. Ici, tout repose sur les synthés, les rythmiques, les guitares. Comme pour nous rappeler aussi que, jadis, Archive composa une efficace BO : celle du film Michel Vaillant (2003). Si le long métrage est dispensable, voire oubliable, la BO de très haute volée envoie le bouzin (#commediraitSylphe). Archive, un vrai groupe complet de musiciens et de chanteurs/chanteuses qui sait tout faire.

4. Loin de moi l’idée de pousser à l’achat, mais Call to Arms & Angels sans ce disque supplémentaire Super8: A Call to Arms & Angels n’est pas vraiment complet. Les deux se répondent et sonnent en miroir. Me vient la même remarque que lors de la chronique de l’édition Deluxe de Est-ce que tu sais ?, dernier album de Gaëtan Roussel. Une fois l’album de base écouté, on se demande ce que l’on pourrait bien ajouter. Une fois la galette bonus dévorée, on se demande comment on a pu faire sans ces titres supplémentaires. Idem pour Radiohead et son KID A/MNESIA sorti l’an dernier. L’œuvre n’est complète que lorsqu’on peut l’apprécier dans son entièreté. Un ensemble qui, dans le cas de Call to Arms & Angels, pourrait bien se compléter d’un Rarities, qu’on rêve déjà de trouver en merchandising sur la tournée à l’automne : Darius Keeler a confié le 7 mai dernier sur Instagram, lors d’un jeu de questions réponses avec les fans, qu’existent encore dix à quinze titres composés mais non intégrés à l’album.

5. Une cinquième raison est-elle bien nécessaire (#astucedugarsquimanqued’idéepourfinir) ? Oui (#jenemanquepasd’idéefinalement) : soundtrack qui accompagne le documentaire éponyme, Super8: A Call to Arms & Angels se paie le luxe d’être écoutable en toute indépendance. Lecteurs habitués de Five-Minutes, vous connaissez ma position sur les BO : lorsque ces dernières existent à part entière, comme un album total et indépendant, c’est qu’on tient là de la pépite high level. Et c’est ici le cas. Procurez-vous d’urgence Call to Arms & Angels en Deluxe, et vous aurez sous la main à la fois un des plus grands albums de tous les temps, mais aussi une BO fascinante à écouter jusqu’à plus soif. Vous avez déjà acheté l’album en version simple ? Rachetez-le. Franchement, deux exemplaires d’un chef-d’œuvre, ça se défend. Et si vous arrivez à mettre la main sur le coffret Deluxe vinyle, vous y gagnerez en plus un objet de fort belle facture, limité à 1 100 exemplaires monde (du moins si j’en crois la numérotation du mien). Fan d’Archive, collectionneur de vinyles ou simple amateur de beaux objets musicaux, vous ne pouvez pas passer à côté.

Vous l’aurez compris : depuis que j’ai découvert la version Deluxe de Call to Arms & Angels, incluant la soundtrack du documentaire Super8: A Call to Arms & Angels, impossible de voir dans cette édition autre chose que la forme ultime et supérieure de ce qui trône déjà comme le disque de l’année 2022. Forme ultime certes, mais forme définitive ? Rien n’est moins sûr. Si un volume d’inédits pointe le bout de son nez, il y a fort à parier que le bon iencli que je suis se fera avoir. Mais, se faire avoir avec des sons pareils, c’est du plaisir quotidien ultra-jouissif.

*Edit du 27/05/2022 : Depuis aujourd’hui, Super8: A Call to Arms & Angels est également disponible en streaming à l’écoute sur toutes les bonnes plateformes. Soit à l’achat en Deluxe, soit à l’écoute en streaming, vous n’avez plus aucune excuse pour passer à côté 🙂

**Edit du 28/05/2022 : C’est au tour du film Super8: A Call to Arms & Angels d’être disponible ! Le documentaire est visible en streaming sur Youtube, et ça se passe en suivant ce lien https://youtu.be/XZ_2kQ8me9o

Raf Against The Machine

Review n°96: Reborn de Kavinsky (2022)

9 ans, il aura bien fallu attendre 9 longues années pour que Vincent Belorgey, alias Kavinsky, Kavinsky Rebornarrive à donner un successeur à son premier opus, OutRun. Comme beaucoup, je me suis fait happer par la BO de Drive et son titre-phare si emblématique du film Nightcall (dont j’ai déjà parlé par ici pour les curieux) qui a apporté un succès aussi intense qu’annihilant pour la suite de la carrière de Kavinsky. Il aura fallu attendre 3 ans après la sortie de Drive pour le premier opus OutRun qui, à l’époque, m’avait certes séduit mais pas complètement retourné (même si un bon Roadgame me donne toujours autant envie de mordre la vie à pleines dents avec son souffle épique purement jouissif). 9 ans en musique c’est sacrément long -espérons que nous n’attendrons pas 27 ans pour le prochain – et j’ai de plus en plus l’impression que Kavinsky a malheureusement raté le coche pour décrocher la lune. Passé derrière les intouchables Daft Punk, grillé sur la ligne d’arrivée par le succès instantané du duo Justice et pillé par le plus mainstream The Weeknd, il s’adresse désormais à un public plus restreint et nostalgique du son des années 80 qui aime sa patte électronique, tout comme il savoure le son plus brut de Carpenter Brut. Je suis ce public et ce Reborn est une excellente nouvelle pour moi !

Autant se dire les choses en toute franchise, le début de l’album est plutôt laborieux. Pulsar et ses pulsations cardiaques en fond ne brille pas par son inventivité, sa débauche de synthés rappelle certes le potentiel cinétique de Kavinsky mais j’ai l’impression d’écouter une face D de Daft Punk. La production de Gaspard Augé et de Victor Le Masne (Housse de Racket) se fait davantage ressentir sur Reborn qui, pour le clin d’oeil, fait appel à Romuald Lauverjon qui chantait déjà sur Woman de Justice. Très axé électro-pop -marque de fabrique de l’album – le titre peine à décoller. Renegade avec Cautious Clay au chant fonctionne davantage dans cette veine électro-pop avec un refrain qui fonctionne à merveille pour un résultat hybride entre The Shoes et The Weeknd.

Heureusement le duo Trigger/ Goodbye va entrer en scène de manière magistrale. A ma gauche Trigger et ce son électro percutant anxyogène tout droit sorti d’Escapades de Gaspard Augé qui me hérisse le poil, à ma droite le bijou de douceur électronique mélancolique Goodbye sublimé par le chant de l’inusable Sébastien Tellier, époque La Ritournelle. Ce Goodbye me désarme littéralement par sa simplicité et sa pureté… Plasma nous ramène ensuite de nouveau sur les terres de l’électro-pop et Morgan Phalen, le chanteur de Diamond Nights, n’a franchement rien à envier à The Weeknd et démontre une belle énergie communicative. On le retrouvera sur le plus oppressant Vigilante et sa rythmique angoissante pour un morceau qui m’évoque le souffre d’Algiers ainsi que sur l’excellent Zenith où sa voix se marie à merveille avec la voix vocodée à mort de Prudence (ex moitié de The Dø) dans un morceau qui prend le risque de balancer du saxo.

Vous rajoutez l’électro-pop de Cameo et la voix convaincante de Kareen Lomax (déjà entendue dans ses collaborations avec Diplo), le son plus sombre de Zombie (en même temps tu n’imagines pas un titre de pop solaire s’appeler Zombie…), la douceur estampillée Air d’Outsider qui fait écho à Goodbye et l’inclassable Horizon final (ce serait vraisemblablement la voix de Thomas Mars de Phoenix passée à la moulinette du vocoder) et vous obtenez un album qui tient assez bien la route. Kavinsky restera un outsider que je prendrai plaisir à réécouter régulièrement, ce Reborn sans être transcendant regorge de beaux moments, enjoy !

Morceaux préférés (pour les plus pressés): 5. Goodbye – 4. Trigger – 8. Zenith – 6. Plasma

 

Sylphe

Review n°85: Kerber de Yann Tiersen (2021)

Deux ans après Portrait, subtil best-of de titres arrangés avec finesse, Yann Tiersen nous revient avec unTiersen Kerber nouvel album Kerber. Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter de nouveau cet artiste qui, depuis plus de 25 ans, nous offre sa sensibilité et son talent. Depuis qu’il s’est installé à Ouessant et qu’il a mis en place son studio de l’Eskal, ce dernier propose une musique encore plus intimiste que j’avais trouvée riche en émotions dans EUSA en 2016 mais un peu trop dépouillée dans ALL en 2019. L’objectif est assez simple: rendre hommage à son nouveau havre de paix qu’est Ouessant et faire de son piano le discret messager. Cet album composé de 7 titres reprenant des noms de lieux à Ouessant fait évoluer sa recette, en partie grâce à la patte du producteur Gareth Jones. Affirmant lui-même que le piano ne suffisait plus à ses aspirations, Yann Tiersen a choisi de renouer avec une musique électronique qui a toujours parcouru en filigrane son oeuvre, voire plus explicitement dans l’excellent Dust Lane en 2011 « Quand j’ai recommencé à travailler il y avait ce projet d’album centré sur le piano. Donc je me suis mis au piano et en fait, ça me faisait super chier (rires) ! Alors je me suis dit que le piano serait un prétexte pour traiter les sons et faire un album de musique électronique« .

Le résultat est à la hauteur du talent du Breton qui propose 7 instantanés de Ouessant, valant tous les spots touristiques possibles. Le brouillard parsemé de touches de piano lumineuses de Kerlann et les sonorités plus aquatiques d’une grande douceur d’Ar Maner Kozh ouvrent de manière assez classique l’album et invitent à un vrai voyage impressionniste. Kerdrall apporte un supplément d’âme à travers le contraste d’un piano tiraillé entre fragilité et élan primesautier d’un côté et ces grésillements de l’autre, la voix en fond de sa compagne Tiny Feet (alias Emilie Quinquis) tentant sur la fin de nous ramener vainement sur terre.

Après un Ker Yegu dans la droite lignée de Kerdrall, je suis sous le charme de Ker al Loch qui abandonne peu à peu sa douce mélancolie pour aborder des terres électro plus abruptes. Le résultat est incisif et plein de caractère, le spectre de Kraftwerk n’est pas loin, comblant à mon goût les manques d’ALL. Le titre éponyme Kerber et ses 10 minutes intenses donne finalement ses lettres de noblesse à ce très bel opus, résumant à merveille toutes les aspirations d’un Yann Tiersen que je prends toujours plaisir à suivre les yeux fermés et les autres sens profondément décuplés, enjoy!

 

Sylphe

Son estival du jour n°48: Busy Earnin’ de Jungle (2014)

Après la coupure salutaire de l’été, je reprends dans la droite lignée de mon pote Raf avec un son estival parce que, même si la météo est pour le moins capricieuse en ce moment, nous sommes bien encore en été. La semaine dernière est sorti le troisième album des Anglais de Jungle Loving In Stereo qui fait particulièrement bien le job et dont je vous parlerai ultérieurement. Comme souvent, je ne peux pas m’empêcher d’aller réécouter les albums précédents – quand la discographie reste à taille humaine – et je me suis offert un flashback de 7 ans pour revenir au premier album Jungle sorti sur XL Recordings en 2014 (la date de sortie est inutile, je l’accorde, car le lecteur de Five-Minutes a déjà brillamment géré la soustraction). Marqué par des inspirations soul et funk, le collectif britannique mené par Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland propose un son électro particulièrement entraînant. A chaque fois que je les écoute, je pense aux Français de The Shoes pour vous donner une idée. Le titre Busy Burnin’ est pour moi le joyau imparable de l’album, porté par sa boucle électronique addictive et son message dénonçant le besoin perpétuel d’accumuler. Le clip qui met en avant un groupe de danse hip-hop (marque de fabrique des clips du groupe) me donne une folle envie de croquer dans la vie et c’est déjà beaucoup, enjoy !

 

Sylphe