Review n°90 : The Dystopian Thing (2021) de Thomas Méreur

a4171817291_10Presque tout pile deux années après Dyrhólaey, sorti en octobre 2019, Thomas Méreur est de retour avec son deuxième album The Dystopian Thing. Pour tout lecteur régulier de Five-Minutes, aucune surprise si je dis que c’est un des albums que j’attendais le plus cette année. Disons même que c’est l’album que j’attendais le plus. Dyrhólaey m’avait envoûté et embarqué par sa somme d’émotions et son intimisme (pour les retardataires, la review est toujours dispo par ici), au point de se hisser quasi instantanément et durablement à la place n°1 de mon année musicale 2019. Comme si cela ne suffisait pas, c’est un disque qui s’est bonifié avec le temps et qui m’accompagne depuis. Au point d’avoir joué un rôle majeur dans la survie de mon moral pendant le printemps et l’été 2020, au cours de longs mois de confinement forcé. Au-delà de ces circonstances particulières, j’ai tissé des liens et un rapport très particuliers à la musique de Thomas Méreur. The Dystopian Thing sort aujourd’hui 10 décembre. L’heure est venue de savoir si le garçon évite le piège du deuxième album, et si sa musique reste sur le haut du panier. Interrogation réthorique : harder, better, faster, stronger, The Dystopian Thing est une pure merveille qui prolonge et confirme le talent aussi insolent qu’incontournable de son auteur. Balade au cœur de l’album, éclairée par Thomas Méreur himself.

Par son titre, Dyrhólaey nous embarquait au bout des terres islandaises, sur une petite péninsule qui porte ce nom. The Dystopian Thing (littéralement « Le truc dystopique ») propose un autre type de voyage qui pourrait séduire les fans de science-fiction (dont je fais partie), mais l’explication est plus terre à terre, tout en recélant une référence qu’on valide sans réserve : « En fait, nous explique Thomas, c’est un vilain clin d’œil à Thom Yorke qui est, évidemment, ma référence absolue. Quelques mois avant la sortie de son album solo Anima, il y a eu quelques articles dans la presse anglaise où son disque, alors annoncé mais mystérieux, était appelé “the dystopian thing” ainsi qu’il avait sans doute dû y faire référence quand on l’interrogeait dessus. J’ai adoré ce working title et, en clin d’œil/blague, c’est comme ça que j’ai appelé le répertoire où je sauvegardais mes chansons sur mon iMac. Et c’est resté collé à l’album car je trouvais que ça décrivait très bien l’ambiance et l’esprit des paroles, notamment. J’étais très heureux quand j’ai découvert que l’album de Thom Yorke s’appelait Anima au final ! » Et l’on va vite s’apercevoir que la qualité de The Dystopian Thing n’a pas à rougir de ce clin d’œil appuyé à Thom Yorke/Radiohead.

The Dystopian Thing est une digne suite de Dyrhólaey. Ni meilleur, ni plus audacieux, ni plus ambitieux. Il est juste un logique prolongement, autant que l’enrichissement de compositions déjà existantes : « Dyrhólaey avait pris forme très vite au printemps 2018, en deux ou trois mois. Il s’est ensuite écoulé pas mal de temps avant sa sortie officielle. Du coup, j’ai commencé à composer d’autres chansons alors même que le premier disque n’était pas sorti. La plupart des chansons existaient même plus ou moins dès fin 2019. En revanche, contrairement au premier album, j’ai donc un peu plus pris le temps de réfléchir aux morceaux, de les retravailler, d’imaginer de nouvelles choses, d’ajouter des arrangements différents ; de les enrichir, en somme. C’était une approche assez différente de Dyrhólaey que je voulais vraiment brut et épuré. The Dystopian Thing s’est aussi étoffé de différentes expérimentations que j’ai pu mener avec des projets que je mène à côté. » Voilà pourquoi on retrouve dans ce nouvel album un titre d’ouverture tel que By the sea, dont la coloration musicale le rapproche d’un Apex sur Dyrhólaey. Mêmes frissons et mêmes promesses intenses dès les premières notes. En revanche, d’autres morceaux comme Jericho ou Lost in time proposent une exploration musicale nouvelle, avec la présence délicate de synthés qui décuplent la puissance mélodique de l’ensemble. Ce qui frappe dans The Dystopian Thing, c’est l’évidente parenté avec le premier opus, teintée de nouveauté. Autrement dit, Thomas Méreur réalise le tour de magie de nous emmener en terrain connu, tout en proposant de nouveaux paysages sonores. Mais je tourne en rond, et c’est bien lui qui parle le mieux de ce processus créatif : « Dyrhólaey est né d’une petite crise créative où je m’étais englué. J’avais alors besoin et envie de composer avec le strict minimum pour ne pas me perdre dans les méandres des arrangements. Avec cette base musicale forte et bien établie – un piano et des voix -, j’ai pu m’autoriser à ouvrir un peu les possibilités de ce point de vue. Mais je me suis quand même mis des limites : guitare, basse, nappes de violons et piano, pas plus. Du coup, ça m’a permis d’enrichir le son tout en restant dans la lignée du premier album sans m’éparpiller et risquer de me perdre. J’avais notamment très envie d’y mettre de la guitare car c’est mon premier instrument de cœur, avec lequel j’ai appris à composer. »

De nouvelles ambiances sonores

Cet enrichissement des compositions et des arrangements se retrouve par exemple dans Out of the dirt. Le titre apporte une dose de mystère à la limite de l’inquiétant que l’on ne connaissait pas avant, soutenue par des murmures qui s’infiltrent un peu partout. On y retrouve une grosse influence Erik Satie au travers de boucles de piano, mais aussi celle de la bande de Thom Yorke : « Avec Out of the dirt, j’avais envie de “salir” un peu ma musique avec un côté mystérieux, limite oppressant, comme dans Climbing up the wall de Radiohead notamment. Je voulais un peu bousculer ce côté paisible et planant pour provoquer quelque chose de différent. » Out of the dirt est totalement captivant. Voilà un titre qui, dès la première écoute, m’a collé à la cervelle et ne m’a pas lâché depuis. Un peu comme un son qui poisse mais qui envoûte. Une sorte de nouvelle d’Edgar Poe ou de Lovecraft en version sonore, qui perturbe autant qu’elle fascine.

Un peu plus loin, A long way home surprend aussi, mais cette fois par sa lumière éclatante. Le morceau joue énormément sur la répétitivité de courtes boucles électros, sur lesquelles arrive vers 1’20 la voix de Thomas Méreur, pour faire éclater de frissons tout l’ensemble. « A long way home est venu d’une petite expérimentation avec mon piano glissé dans une sorte de loop que j’ai un peu triturée. Ça donne un arpège assez rapide, entêtant et aléatoire que je ne maîtrisais pas vraiment. J’ai trouvé ça vraiment intéressant comme travail même si l’enregistrement des voix n’a pas été simple ! » A long way home a instantanément sonné dans mes oreilles comme une sorte d’Archive dans ce qu’il aurait de plus lumineux et aérien. Une référence que notre artiste du jour ne rejette pas, bien au contraire : « Archive, bien sûr que ça me convient ! Je suis très fan de ce groupe, notamment depuis l’album You all look the same to me. » Et comme par chez nous on est ultra fans de cette galette d’Archive (oui, des suivantes aussi, j’avoue), voilà qui nous parle droit au cœur. Cela dit, d’autres influences avouées sont tout aussi séduisantes : « J’ai effectivement été pas mal inspiré par l’artiste suisse Nebno dont les deux albums sont vraiment incroyables et qui réalise un merveilleux travail sur les atmosphères sonores qui entourent les morceaux. J’avais aussi un peu en tête Mélanie de Biasio et ses ambiances jazzy douces et envoûtantes. »

La chose la plus frappante dans The Dystopian Thing, c’est de ressentir la créativité à la fois spontanée et libre mais hyper chiadée qui s’en dégage. Comme c’était déjà le cas sur Dyrhólaey, une écoute distraite du disque laisserait penser à des compositions faciles et sans efforts. Il n’en est rien, puisque le processus créatif de Thomas Méreur débute sur de la libre recherche, avant de basculer sur un travail d’orfèvre, une sorte de dentelle musicale de tous les instants : « Pour le processus d’écriture en lui-même, j’avoue que je ne sais pas trop ce qui se passe ! Je me mets derrière mon piano et puis je laisse mes doigts jouer dessus simplement, tester des accords. Parfois c’est un petit arpège, parfois juste un accord unique et je travaille autour pour construire quelque chose. C’est une recherche, mais j’ai l’impression qu’elle mène à extirper des sons et des mélodies qui sont déjà là, quelque part dans ma tête… Ensuite, la voix vient vraiment au feeling. Les harmonies et les arrangements arrivent après : au fil des écoutes, j’ai parfois l’impression d’entendre au loin ce qu’il faudra ajouter au morceau et j’essaie alors de retranscrire ces sensations qui me viennent. » Il suffit d’écouter Human, Unsaid ou encore Devious time pour illustrer ces propos. Chaque note, chaque petit artefact sonore, chaque arrangement tombe pile au bon moment, dans une finesse absolue.

La voix au cœur des compositions

En réalité, au cœur de ce processus créatif, se trouve un élément fondamental qui lie les 11 titres de l’album : la voix de Thomas Méreur. Sur Dyrhólaey, certains morceaux étaient instrumentaux. Point de ça pour le deuxième opus, sur lequel les voix sont omniprésentes. Oui, j’ai bien écrit les voix : même si ne résonne que celle de Thomas Méreur, le travail de polyphonies et d’équilibrage est poussé au maximum. Résultat, cette voix sortie de nulle part qui sait nous emmener à peu près partout nous transperce de beauté durant les 45 minutes que dure The Dystopian Thing. « Je crois que j’assume de plus en plus ma voix et mon penchant pour les polyphonies, explique Thomas. C’est vraiment quelque chose qui me fait vibrer. Même quand j’écoute de la musique, j’ai souvent tendance à vouloir placer des secondes voix dessus, à ajouter une mélodie en parallèle qui viendra enrichir la première. Je trouve que ça donne beaucoup de relief à une chanson ». Voilà l’idée : donner du relief à des compositions qui n’en manquent déjà pas, en superposant des mélodies vocales. Un titre comme This far gagne alors une épaisseur musicale et émotionnelle incroyable.

Et côté émotions, Thomas Méreur sait y faire. Si son premier album m’avait bouleversé, The Dystopian Thing enfonce le clou. On y retrouve cette capacité à nous emmener très loin, tout en se retrouvant avec soi-même dans une bulle intime et introspective. Durant les 45 minutes de l’album, j’ai souri, j’ai frissonné, j’ai pleuré. Des images et des souvenirs me sont venus, convoqués par les différents titres. Des moments de vie, des moments à vivre. Passés, présents et à venir. Des retrouvailles imaginaires avec des fantômes du passé que je n’ai jamais oubliés, ou jamais vraiment laissés partir. Des envies d’autres fantômes pas encore rencontrés, d’esprits lumineux, humains, naturels et enveloppants. Je suis parti très loin avec The Dystopian Thing, avant parfois d’être rattrapé par moi-même et de me réfugier au plus profond de moi. Ces musiques m’apportent aussi un regard sur le monde et sur la vie. Elles me donnent de l’apaisement, de l’espoir, de l’énergie, et rendent mes journées plus supportables et mes nuits moins insomniaques. Un paquet d’émotions à fleur de peau, une sensibilité exacerbée, affichées par Thomas Méreur lui-même : « Je suis quelqu’un d’assez sensible, mais qui ne le montre pas du tout aux autres – dans mon quotidien, je veux dire. J’ai toujours beaucoup de retenue et une pudeur presque maladive. J’imagine que la musique est une manière pour moi d’évacuer et faire ressortir les émotions que je cache habituellement ou même dont je ne suis pas toujours très conscient. » On retrouve aussi, tout au long de l’album, un rapport essentiel à la nature, incarné notamment par Human. « Je suis extrêmement sensible à l’écologie et au changement climatique, précise Thomas. J’avais vraiment envie d’aborder ces thèmes et c’est le fil rouge de tout l’album, à travers mon regard assez pessimiste d’ailleurs… Quasiment toutes les chansons abordent plus ou moins ces sujets, de différentes manières. » Ecouter Human, et par extension The Dystopian Thing, c’est aussi regarder la Terre depuis le ciel en observant ce que l’Homme, qui peut être le plus grand des génies comme le pire des salopards, est capable de faire de son bien le plus précieux. Touchant et bouleversant album. Une claque émotionnelle totale.

Le Méreur reste à venir

The Dystopian Thing est disponible à l’écoute dès ce 10 décembre sur toutes les bonnes plateformes de streaming, mais aussi et surtout à l’achat sur le Bandcamp du label Shimmering Moods Records, « un label néerlandais qui existe depuis pas mal d’années et qui est plutôt spécialisé dans l’ambient tirant parfois vers l’expérimental. Le catalogue est vraiment très riche et varié et j’ai vraiment beaucoup de chance d’avoir pu sortir mon album chez eux. » L’album est en vente en version numérique mais aussi en CD, avec en plus un visuel de pochette de toute beauté. Pour la version physique, ne trainez pas : tous les exemplaires proposés en précommande à compter du 3 décembre s’étant envolés en quelques heures, le label en represse quelques exemplaires qui devraient eux aussi partir très vite. Alors, heureux Thomas Méreur ? « Plus qu’heureux, oui !! Et franchement surpris ! C’est vraiment incroyable. Depuis deux ans, j’ai toujours du mal à réaliser ce qui se passe. Avec Dyrhólaey, j’ai déjà eu des retours fantastiques et l’album a beaucoup voyagé. Il s’est passé plein de choses suite à ça, mais je ne réalise toujours pas vraiment, je crois. » Et pourtant, la réalité est bel et bien là. Tous les voyants sont au vert, avec des compositions incroyables qui me fascinent au plus haut point, un deuxième album sold out avant même d’être sorti, et des projets en quantité pour poursuivre cette belle aventure.

Pas de perspective de scène à l’heure actuelle, à la fois en raison de cette fucking épidémie, mais aussi parce que cela nécessiterait d’« être 2 ou 3 sur scène pour retranscrire les morceaux tel qu’il faudrait. » En revanche, plusieurs pistes fort alléchantes qui n’étonnent pas vraiment. Puisque The Dystopian Thing ouvre des portes en enrichissant l’univers musical de Thomas Méreur, ce dernier prévoit d’enrichir ses compositions en ouvrant, précisément, d’autres portes : « J’ai un album 100% piano qui est prêt et que j’aimerais sortir l’année prochaine. J’ai aussi quelque chose de beaucoup plus ambient/drone qui pourrait venir, et puis une collaboration avec Caminauta, une merveilleuse musicienne d’Uruguay, avec qui on travaille tout doucement sur un projet d’album. » Enfin, rappelons que Thomas Méreur est aussi Amaebi, grand fan de jeux vidéo et journaliste chez Gamekult.com (#lesitederéférence) pour des tests et une chronique Juste un doigt (sur le jeu mobile) que je ne saurais que trop vous conseiller. Crossover évident, la musique/les BO de jeux vidéo. « C’est effectivement un grand rêve pour moi de réussir à mêler mes deux passions. Je travaille en ce moment sur la BO de Facettes et c’est vraiment hyper inspirant de composer à partir d’un vrai support, d’habiller des images et d’imaginer ce qu’elles peuvent dégager musicalement. Et si tout va bien, j’aurais dans quelques mois une autre très très belle surprise à dévoiler de ce côté ».

En résumé, « j’ai pas mal de projets en cours. Limite un peu trop ! Il faut que j’essaie de me recentrer un peu, mais c’est tellement enthousiasmant tout ça. Bref, j’ai de quoi faire ! » Et tant mieux pour ce garçon aussi talentueux que chaleureux. D’ici là, nous aussi avons de quoi faire, avec ce The Dystopian Thing : un album à vous procurer de toute urgence et à écouter en boucle tellement il fait du bien au corps, à l’esprit, à la vie. Il est arrivé juste à temps pour concourir à mon podium 2021, et autant lever le suspense tout de suite : il est dessus, et sur la première marche. Le top de fin d’année sera l’occasion d’y revenir. 2021 avait très bien commencé avec The shadow of their suns de Wax Tailor, un autre grand disque. Elle se termine de la plus belle des manières, avec un album indispensable, magnifiquement écrit, réalisé et interprété. Si vous ne devez en acheter qu’un seul cette année, le voilà. Dans ce monde qui respire bien trop souvent la crasse, la connerie humaine, l’intolérance, le gâchis et les idées nauséabondes, il existe ce magnifique The Dystopian Thing. Ce serait totalement incompréhensible de ne pas s’y plonger.

Un immense merci à Thomas Méreur pour sa disponibilité lors de nos échanges, et pour m’avoir permis de découvrir en avant-première The Dystopian Thing, afin de préparer cette chronique. Merci à toi.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°96 : Human (2021) de Thomas Méreur

La semaine écoulée a été plutôt riche en bonnes sorties. Au nouveau single d’Archive Shouting within (dont nous avons parlé par ici), s’ajoutent Wake me up qui marque le grand retour (festif et dansant) de Foals, ou encore la réédition du diptyque Kid A/Amnesiac de Radiohead en un Kid A Mnesia augmenté d’une galette supplémentaire d’inédits. Autant dire qu’on est plutôt gâtés en ce début novembre 2021, autant de pépites dont on reparlera possiblement ici. Au milieu de ces étoiles, une autre s’est rallumée, avec Human, premier single d’un nouvel album à venir de Thomas Méreur. Le garçon fait un retour en beauté , deux ans après son émouvant et magnifique premier opus Dyrhólaey, qui reste, faut-il le rappeler, mon album de l’année 2019. A l’époque, j’en disais déjà le plus grand bien et nous avions profité de la sortie de l’album pour une review/interview, à relire ici. L’heure est désormais à la découverte : Human est-il le digne successeur de Dyrhólaey ? Oui, clairement. Thomas Méreur a-t-il à rougir de revenir au milieu de cette semaine dantesque ? Assurément non. Plus qu’une concurrence intimidante, Human est une telle réussite qu’il nous ferait plutôt parler d’alignement des planètes. Rien que ça.

Dès les premières notes du morceau, on retrouve l’émotion de la découverte d’Apex voici deux ans. Emotion augmentée car, à la surprise de l’époque se substitue le plaisir de retrouver autant de talent. Démarrage tout en douceur sur quelques notes de piano, avant que n’arrive la voix. LA voix. Bordel que c’est beau. Comme sur Dyrhólaey, Thomas Méreur pose ses mots aériens, et travaille le mix de plusieurs nappes de voix, soutenu par un savant mélange de nappes de synthés. Les quatre minutes de Human passent comme quelques secondes, tout en semblant durer une éternité suspendue. Ce ne sont que quelques instants d’une journée, un moment de vie qui passe mais qui éclaire tout comme un phare inextinguible. Comment fait-il pour composer des mélodies aussi aériennes (pleines d’air mais également stratosphériques), et réussir à y déposer un chant aussi incroyable ? Sans doute le talent, auquel il faut ajouter une sensibilité évidente et une capacité à regarder le monde avec lucidité, justesse et recherche d’une forme de sérénité.

Comme il le confie lui-même, Thomas Méreur a bricolé une mise en images de son Human. Ses choix visuels donnent une dimension supplémentaire à sa musique et font travailler notre imaginaire émotionnel à son maximum. Tout en remettant au devant de tout l’Humain, qui donne naturellement son nom à cette pépite absolue. La musique de Thomas Méreur me fait un bien fou par sa beauté, ses vibrations, son espoir, sa capacité à m’emmener hors du temps et ailleurs, tout en me retrouvant en moi-même. C’était déjà le cas avec le bouleversant Dyrhólaey. Human enfonce définitivement le clou. Cette musique m’aide à regarder le monde qui m’entoure, tout en ne le laissant pas me happer. Ce son Thomas Méreur rend mes journées plus supportables et sereines, mes nuits plus paisibles et m’apporte un peu d’optimisme : s’il existe des infâmes salopards, il ne sont assurément pas humains. Human remet les choses à leur juste place. Et me rend fou d’impatience de découvrir l’album futur car, à n’en pas douter, le Méreur reste à venir.

Human mis en images par Thomas Méreur himself

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°85 : Cassiopeia (2021) de Thomas Méreur

Capture d’écran 2021-04-01 à 20.37.54Voici pile un an, nous étions en plein confinement 1.0, plongés dans ce nous pensions alors être une épidémie passagère, que l’été chasserait tranquillement. Cette épreuve de l’isolement a été vécue différemment par chacun, et nous l’avons tous traversée avec nos moyens. En ce qui me concerne, toutes ces longues semaines ont été rendues supportables par quelques personnes très chères, mais aussi par des occupations culturelles (et donc hautement essentielles) au premier rang desquelles beaucoup de musique. Parmi les nombreux sons qui ont marqué cette étrange expérience, Dyrhólaey de Thomas Méreur occupe une place de choix. Plus largement même, ce premier album du garçon, sorti en octobre 2019 et chroniqué ici (à relire si le cœur vous en dit), reste à ce jour un des albums majeurs de ma discothèque. La poésie et la lumière qui se dégagent de la musique de Thomas Méreur m’embarquent à chaque écoute, pour une évasion toujours renouvelée, tout autant qu’un voyage intimiste en moi-même. Dyrhólaey, ou le compagnon idéal d’une existence en général, et d’un confinement en particulier.

Le hasard existe-t-il ? Absolument pas. Rien n’arrive par hasard, rien n’est fortuit. On aurait peut-être pu éviter ce reconfinement 3.0 printanier, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est que quasiment un an après l’entrée dans le premier confinement, nous voilà de nouveau cloitrés chez nous pour 4 semaines (au minimum, et on n’espère pas plus) avec le nouveau défi de surmonter cet enfermement. Un isolement qui n’a pas grand chose à voir avec celui de 2020, puisque nous sommes beaucoup à être lassés, résignés, un peu tristes parfois aussi, mais également nombreux à espérer la lumière, la vie, les gens qu’on aime, une bière avec le poto Sylphe, un concert, un ciné… une balade sous le soleil breton (oui, j’ai bien parlé de soleil breton), un resto avec toi (oui, toi…) n’importe où il te plaira. Entendre ta voix et tes rires autrement que dans le téléphone, et revoir tes yeux en vrai. Refaire le monde, parce qu’en plus après tout ça il en aura bien besoin, avec nos regards croisés autour d’un verre de vin blanc. La sérénité, la douceur, l’espoir.

Comme une bande son à ces désirs, Cassiopeia se pose là, naturellement, tout comme s’était posé Dyrhólaey. Dernière composition en date de Thomas Méreur, publiée le 29 mars dernier à l’occasion du Piano Day 2021, voilà un son minimaliste fait uniquement de piano. Une lenteur apaisante, une composition apaisée, un velours musical qui se met à ruisseler de notes-gouttes à la 2e minute, comme pour éclairer une première partie plus sombre. Une métaphore de nos jours actuels, depuis mars 2020 jusqu’à mars 2021. J’explique difficilement avec des mots ce que la musique de ce garçon me fait à chaque écoute. En revanche, je ressens très bien ce qui me parcourt lorsque ses mélodies m’envahissent. Je crois bien que Cassiopeia va rejoindre Dyrhólaey dans mes grands moments indispensables de musique, qui font également partie de mes meilleures armes pour traverser ces nouvelles semaines et aller vers une vie démasquée au-delà de 10 kilomètres.

Et si « Demain est un autre jour » et que « Le meilleur est à venir », Cassiopeia et la musique de Thomas Méreur constituent la face poétique et intimiste de la bande-son de ces phrases que tu me répètes comme des mantras, et que je bois sans aucune réserve.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°58 : Australia (2020) de Thomas Méreur

a0354549336_16Aujourd’hui, retour indirect sur Dyrhólaey de Thomas Méreur, aka Mon album de l’année 2019, et de très loin. Si vous avez oublié pourquoi, je vous invite à relire ma review d’il y a quelques semaines, disponible d’un clic juste ici. J’ai vu d’ailleurs que, période des Awards, Oscar, César et récompenses en tout genre oblige, il est question de savoir quel est le meilleur film de l’année écoulée. J’avoue que ça se joue dans un mouchoir de poche, et ça se tire la bourre sévère (en ce qui me concerne) entre Parasite, Once upon a time… in Hollywood, Ad Astra et Joker (dans l’ordre chronologique des sorties). Je ne sais pas encore qui retenir, même si Joker est tout de même au-dessus en ce qu’il triomphe à la fois sur le scénario et son propos, la réalisation, la photo, le montage, l’interprétation de Joaquin Phoenix, la BO (Hildur Gudnadóttir, pour les distraits on en a parlé ici, à retrouver d’un clic aussi). Et on n’avait jamais connu son réalisateur Todd Phillips dans ce registre.

Digression cinématographique mise à part, retrouvons donc Thomas Méreur, avec un titre composé il y a quelques jours en réaction aux incendies dantesques qui ont ravagé l’Australie, et du même coup la nature planétaire. Pas très étonnant que le garçon réagisse de la sorte, lorsqu’on connaît son attachement aux questions environnementales et humaines. Il aurait pu se contenter d’un tweet, ou de vivre ça de son côté. Mais non. A la place, et pour notre plus grand bonheur (malgré la désolation de la réalité), on a droit à un morceau inédit. Il est comme ça Thomas : un événement le touche, et bim il nous compose un titre. So classe.

Titre dans lequel on retrouve tout ce qui m’a bouleversé dans Dyrhólaey : une composition sobre et émouvante, piano-voix soutenue par un trait de guitare. Et toujours ce travail sur la voix. Et putain quelle voix. Si vous restez de marbre, je ne peux pas faire grand-chose pour vous. Ecouter Australia, c’est comme se réfugier dans un cocon musical, une sorte de bulle de sérénité qui vient contrebalancer la violence de la situation australienne et du monde en général. Ecouter Australia, c’est aussi, comme le faisait déjà l’album Dyrhólaey, ressentir à la fois la chaleur de l’isolement solitaire et l’ivresse des grands espaces et de la lumière.

En un mot comme en cent, écouter Australia c’est se sentir enveloppé et apaisé dans tous les recoins de nous tout en regardant le monde et en imaginant qu’on peut encore le rendre meilleur. Et pour joindre le geste aux idées, sachez que la totalité des ventes de ce titre ira à WIRES (Wildlife Rescue), organisation qui œuvre pour la préservation et la sauvegarde de la nature en Australie (www.wires.org.au/donate/emergency-fund). Australia est écoutable et disponible à l’achat sur Bandcamp (https://thomasmereur.bandcamp.com/track/australia) pour la très modique et minimale somme de 1 euro (mais on peut donner plus et autant qu’on veut). Je ne sais pas ce que vous attendez : pour une piécette, une magnifique chanson inédite de Thomas Méreur ET la possibilité de venir en aide à la nature, franchement ça ne se discute même pas.

De l’Islande à l’Australie, Thomas Méreur fait le grand écart géographique mais reste artistiquement fidèle à tout ce qu’on aime chez lui en livrant, une fois encore, un titre fin, beau, humainement et émotionnellement très riche. Pas loin de talonner A cold day in May, ma piste préférée sur son Dyrhólaey. Oui, ce morceau-là qui mériterait de figurer dans la BO de The Leftovers (Five reasons pour écouter cette BO ? Ça se relit par ici). Oui, cette série-là, au-dessus de toutes parmi les séries. On est sur du très haut niveau. Si tu me lis, d’où que tu sois, écoute Australia. Les autres aussi.

PS : Et parce qu’un plaisir ne vient jamais seul, Thomas Méreur a aussi enregistré récemment une reprise d’un très beau Yann Tiersen, Les bras de mer. C’est bonus.

Raf Against The Machine

Review n°38 : Dyrhólaey (2019) de Thomas Méreur

Nous y sommes : presque un an jour pour jour après une pépite/preview publiée ici même, Thomas Méreur sort demain 18 octobre son premier album, sobrement intitulé Dyrhólaey. Projet personnel, invitation au voyage et réflexion introspective, découvrons ensemble ce magnifique album, en compagnie de Thomas qui s’est prêté au jeu de l’interview.

DyrholaeyN’y allons pas par quatre chemins : Dyrhólaey est une pépite absolue. Le choix musical est minimaliste, autour de compositions piano-voix (à l’exception de 3 titres piano solo sur lesquels nous reviendrons) parfois soutenues par quelques touches de Prophet V. D’aucuns pourraient y voir une recette éprouvée. Il n’en est rien. Cette formule faite d’un son naturel, brut et dépouillé fonctionne à merveille. Dès les premières notes d’Apex, titre d’ouverture, la magie opère. C’est à la fois une envolée vers des terres lointaines et un voyage introspectif en nous-mêmes. Le genre de son qu’on s’imagine écouter tout autant les yeux grands fermés dans de grands espaces qu’au coin du feu en solitaire.

Pour les grands espaces, ça tombe bien. Dyrhólaey est aussi le nom d’une petite péninsule sur la côte sud de l’Islande. Et ce titre n’est pas un hasard, comme l’explique Thomas :  « L’Islande, c’est un pays que je fantasme depuis que j’ai découvert Ágætis Byrjun de Sigur Rós fin 2000. Cet album, puis ( ), ça a eu un tel effet sur ma vie qu’il fallait que je comprenne comment on pouvait réussir à créer une musique pareille. Et puis, j’ai découvert Amiina, Múm, Emiliana Torrini, Ólafur Arnalds. Ils ont rejoint Björk, dont je considère Homogenic et Vespertine comme de petits chefs-d’œuvre. Tous ces artistes ont vraiment façonné une image d’un pays assez fantastique. J’y suis finalement allé pour la première fois en mars 2018, en plein pendant la composition de l’album. Ça a bien sûr eu une influence considérable dessus et lui donner un nom islandais, c’était pour moi complètement logique. »

Entre Islande, mélancolie et nature

Un album très marqué par l’Islande donc, identité dont on ne va pas se plaindre, loin de là. Les onze titres oscillent sans arrêt entre voyage et mélancolie, dans une ambiance aérienne et atmosphérique. En y plongeant, je m’y suis senti très seul, mais également très entouré et enveloppé. « Ce sentiment, à la limite de l’oxymore, de solitude réconfortante, précise Thomas, c’est ce que j’ai vécu quand j’étais en Islande. Tu te sens parfois complètement seul au monde, minuscule face à des paysages à couper le souffle où on ressent la puissance de tous les éléments, et en même temps, il s’en dégage une telle beauté que tu te sens vraiment bien. J’ai essayé de retranscrire ces sensations dans mes chansons. Parfois, pendant que je chantais ou que je composais les parties piano, je fermais les yeux et j’essayais de me projeter là-bas. Les textes évoquent aussi beaucoup ces paysages et ces sensations : From the Cliff ou For Centuries, par exemple. »

Autre élément omniprésent de ce LP au travers des images que créent les différents titres,  la nature, « quelque chose qui est devenu vital pour moi. J’ai quitté Paris il y a trois ans pour aller vivre dans une petite ville de province au milieu d’un grand jardin. Ce nouveau cadre de vie a aussi joué un rôle dans mon retour à la musique et à la composition. Ça fait vraiment partie de mon équilibre personnel à présent, et de mes préoccupations aussi, évidemment. » Un lien avec la nature qui se voit aussi dans le splendide cliché de la pochette du disque. Fermez les yeux et écoutez Light, comme une lumière musicale tamisée d’un jour qui ne finit jamais ou pourrait s’éteindre définitivement sur les paysages islandais.

Dyrhólaey c’est donc tout ça à la fois : voyage, mélancolie, nature. Apex, premier morceau, est la porte d’entrée du périple. Très aérien, des images mentales de grands espaces, une sensation de paix incroyable. Puis une variation se fait corps pour laisser la place à une légère mélancolie. The road that leads to our house pose quant à lui une ambiance plus triste, où la voix est par ailleurs plus explorée et exploitée. Une voix quasi-elfique, qui rappelle les chants entendus dans Le Seigneur des Anneaux, au cœur de la Lothlórien. Un peu plus loin, Mermaids sera cristallin et aquatique. Les notes de piano ne sont plus que gouttes d’eau, pour un titre hautement cinématographique qui rappelle les compositions de Niklas Paschburg ou Max Richter.

Une musique cinématographique et visuelle

Max Richter, musique cinématographique : il n’en faut pas plus pour évoquer A cold day in May, à mon sens le joyau absolu de cet album. Un titre piano solo bouleversant qui m’a instantanément fait penser à la série The Leftovers. Avec cette impression de voir partir quelqu’un, avec cette sensation de déchirement et de disparition, dans un bain de larmes impossibles à contenir. Avec l’incertitude de la revoir et l’espoir de la retrouver. Pour peut-être s’en aller ensemble arpenter l’Islande, histoire de concrétiser un projet inabouti. Regards introspectifs sur nos existences. Et mémoire persistante des absents.

La perte d’un être cher est d’ailleurs, avec l’Islande, l’autre thème avoué de l’album. The Leftovers (série précisément sur la perte des êtres chers), et les séries, une source d’inspiration ? « Je suis un très gros consommateur de séries. Pourtant, reconnaît Thomas, je ne reviens pas trop vers les musiques que je peux y entendre. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. Peut-être que les musiques qui sortent du lot dans ces cas-là sont tellement bien écrites qu’elles collent trop aux images qu’elles accompagnent et que je n’ai plus trop de place pour m’y projeter et me les approprier du coup. »

Outre A cold day in May, deux autres titres piano solo ponctuent l’album. Trois respirations où « le piano se suffit à lui-même et la voix n’a pas sa place. Dans le cadre de l’album, laisser des parenthèses purement musicales avait du sens et permettait de créer des atmosphères un peu différentes qui ponctuaient bien l’ensemble. » Trois titres hantés par Erik Satie. Une influence clairement revendiquée par le musicien, parmi bien d’autres, à commencer par Sigur Rós et Radiohead. « C’est un groupe que j’écoute et adule depuis 25 ans, donc il ressort sans doute forcément d’une manière ou d’une autre dans ma musique. Pareil pour Sigur Rós, poursuit Thomas. Pour ce projet précis, je crois que Fiona Apple doit avoir une petite responsabilité aussi. Son Pale September, par exemple, est pour moi un modèle de poésie et de délicatesse. J’ai aussi beaucoup pensé à Yann Tiersen, et à L’Océan de Dominique A, où des paysages marins prennent vie par la musique. »

Nous aussi on a pensé à Tiersen et à son album EUSA (Ouessant en Breton). Du Radiohead, on en a trouvé dans Climb a moutain, et on a aussi entendu des traces de RY X dans la façon de poser la voix tout au long de Dyrhólaey. Le travail global autour de la voix est d’ailleurs bien plus subtil et complexe que ce qu’une écoute distraite laisserait penser, comme l’indique Thomas : « J’ai fait un gros travail sur les voix, en les superposant et les entremêlant, pour créer des polyphonies qui donnent vraiment du relief à la musique. Certaines chansons sont même composées comme de véritables duos. » On valide. C’est poignant et renversant, ça fonctionne parfaitement et fait de Dyrhólaey un album minutieusement concocté et immédiatement efficace.

Aux origines du projet

Dyrhólaey sera donc disponible demain, en version physique (vinyle, CD) et numérique. Cette petite merveille a été composée entre janvier et mai 2018, mais les racines sont bien plus anciennes, comme l’explique son créateur : « Ça a été vraiment vite, quasi naturellement et avec une évidence presque incompréhensible. C’est pour ça que je pense qu’il murissait au fond de moi dans un recoin caché depuis bien plus longtemps ! Plus j’y pense, et plus je me dis qu’il est inconsciemment en projet depuis toujours. »

Thomas écrit seul, au piano, en laissant « [ses] doigts se promener dessus et généralement il y a des notes, des accords, des sons qui finissent par provoquer quelque chose. Alors je rejoue ça un peu, je le triture et rapidement je pose une voix par-dessus et ça prend doucement vie. Je chantonne d’abord souvent des mots anglais qui sonnent bien et, très souvent, ces mots qui sont venus spontanément sont les bases des textes que j’écris ensuite. »

Cette vie en/de musique ne date pas d’hier. Thomas a fait ses premiers pas pianistiques à 8 ans « dans une école de musique très vieux jeu et coincée qui a fini par me dégoûter de tout ça, avec un enseignement ultra théorique du solfège (où je ne comprenais rien) et des choix musicaux d’un autre temps qui m’ennuyaient profondément. » La messe est dite. Ce n’est que plus tard, vers 16 ans, qu’il découvre la guitare en autodidacte. Exeunt, un groupe « influencé par Radiohead, Sigur Rós, Mogwai et Muse » voit le jour dans les années fac, avec deux EP et pas mal de concerts. Les vies d’adultes et professionnelles ont pris le dessus, et malgré « un projet solo electro-folk entre Syd Matters et Ben Christophers », Thomas n’est revenu sérieusement à la musique que depuis trois ans.

Au fil de ces années, des influences à la pelle depuis le jazz d’Erik Truffaz au rock psyché de King Gizzard & the Lizard Wizard, en passant par Neil Young, Syd Matters, Pink Floyd, Ben Christophers, Tame Impala, Foals, Sinkane, Siobhan Wilson« Il y a quand même une prédominance de musiques un peu mélancoliques ou planantes, mais je viens du rock à la base, donc j’aime bien quand ça secoue un peu. » Quand ça secoue et quand ça rassemble moult tendances, comme le OK Computer de Radiohead, qui serait l’album unique que Thomas conserverait, s’il devait (à contrecœur !) n’en choisir qu’un, car « c‘est un album essentiel. Il m’a porté, inspiré, aidé, bouleversé. Il y a tout dedans. Donc je sais que je ne pourrai jamais m’en lasser. » 

Et ces jours-ci, qu’est-ce qui tourne sur la platine par chez toi ? « J’écoute beaucoup l’artiste suisse Manon dont l’album sort une petite semaine après le mien et qui promet d’être magnifique (on y retrouve un peu d’Islande aussi, d’ailleurs). Sinon, le nouveau Angel Olsen est sorti, il s’appelle All Mirrors et il tourne en boucle ! Ainsi que l’album de Lucy Kruger & The Lost Boys« . Bref. Une palette d’expériences et d’influences qui font aujourd’hui de Thomas Méreur un musicien riche, généreux et pleins de projets.

Et après Dyrhólaey ?

L’enfant Dyrhólaey est désormais prêt à vivre son existence d’album bouclé et, vous l’aurez compris, je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus. C’est un putain d’album bourré de sensations et d’émotions, de légers et sereins sourires aux lèvres et de poils qui se dressent. Il y a aussi plein de lumière comme dans Moving on, le titre de clôture qui ferme la galette dans un moment de grâce, et aussi parfois des larmes incontrôlables quand A cold day in May vous attrapera.

Et après, il se passe quoi pour Thomas Méreur ? On lui connaît un projet électro, qui reste à ce jour une détente « pour [s]’amuser, même si j’y prends de plus en plus goût. J’ai dans un coin de la tête l’envie de mettre un jour en musique un jeu vidéo, mais on verra si l’opportunité se présente un jour. » On l’espère et on lui souhaite ! Mais surtout, Dyrhólaey devrait avoir une suite. « Je vais bientôt m’atteler aux finitions d’une suite à Dyrhólaey, confie Thomas, qui est déjà presque entièrement composée. Les premiers retours sur l’album sont tellement positifs que ça me motive vraiment à prolonger l’aventure. » Que voilà une bonne nouvelle pour nos oreilles.

Dernière question qui me brûle les lèvres… Entendra-t-on un prochain jour ces pépites sonores sur scène ? « Malheureusement, pour l’instant non. C’est un peu compliqué pour un tas de raisons. Je pense notamment que ça ne pourrait plus être un projet solo. J’aurais vraiment besoin de quelqu’un avec moi, en particulier pour essayer de retranscrire tout le travail sur les voix qui est vraiment essentiel sur beaucoup de morceaux. Vu la tessiture, il faudrait sans doute une femme, si possible pianiste… Mais c’est vrai que remonter sur scène, ce serait pour moi un rêve. » J’aurais bien une suggestion côté femme pianiste et chanteuse, mais je garde pour moi. Les fidèles de Five-Minutes devraient savoir !

Pour le moment, l’heure est à la découverte de Dyrhólaey. Sans aucune réserve. Parce que des albums touchants comme ça, il n’en tombe pas tous les jours. Parce que c’est un premier opus de très haute volée, une virée frissonnante et aussi un beau projet qui aboutit. Parce que Dyrhólaey est à ce jour le meilleur moyen d’espérer et de rêver pour ceux qui restent. Et tout simplement parce que c’est une musique qui fait du bien et qui propose un voyage total dont vous reviendrez changés à jamais.

Album disponible ici : https://preservedsound.bandcamp.com/album/dyrholaey

Merci infiniment à Thomas pour sa disponibilité

 

Raf Against The Machine

Clip du jour n°13 : Apex (2019) de Thomas Méreur by FKY

Si toutefois je ne vous avais pas suffisamment donné l’info, sachez que nous sommes à J-8 de la sortie du nouveau Foals (pépite single à relire ici), de Still Life de Maud Geffray (autre pépite à relire par là), ainsi que du premier album Dyrhólaey de Thomas Méreur. Et c’est précisément de ce dernier dont on va écouter quelques notes et regarder des images.

En préambule à l’arrivée de Dyrhólaey, nous avons pu découvrir cette semaine, via les réseaux sociaux, le clip qui accompagne Apex, titre d’ouverture de la galette. Thomas Méreur nous fait partager ces 4 minutes d’apesanteur, histoire de patienter et d’avoir un avant-goût de l’ensemble. Le titre Apex, que l’on avait déjà pu découvrir il y a quelques mois, est ici rehaussé et embelli par une bien belle mise en images.

Aux commandes de ce noir et blanc méchamment maîtrisé, on trouve FKY, qui se présente lui-même comme « Filmmaker / Editor / Graphic designer » sur son compte Instagram. Je vous conseille ardemment d’y faire un tour (@fky_pictures). Il y a de bien belles choses : qu’il s’agisse de photos de paysages ou incluant des personnes, je suis frappé par l’énorme travail sur les lumières. Les prises de vue sont saisissantes de clair-obscur et d’émotions.

C’est exactement ce que l’on retrouve dans ce clip concocté pour Thomas Méreur : sur un titre atmosphérique, FKY a posé des images très esthétiques, avec une recherche sur la symétrie. Ce qui nous entraîne tantôt dans des visions de voyage, tantôt dans des projections à la Rorschach comme autant de plongées introspectives au plus profond de nous. Une autre forme de voyage en quelque sorte.

Il est temps pour moi de me taire et de vous laisser apprécier ce bel objet sonore et visuel, d’autant que la livraison de la semaine prochaine devrait être assez bavarde. D’ici là, plongez, écoutez, savourez. Fermez les yeux… ou plutôt non, gardez les grands ouverts pour découvrir ce Apex version clip.

Raf Against The Machine