Five Titles n°21: Rone & Friends de Rone (2021)

Il était temps de réparer une injustice de ce blog avec l’absence d’un article sur Erwan Castex, alias Rone. JeRone & Friends suis admiratif depuis de très nombreuses années de la production artistique du français qui nous offre une électro inventive et hédoniste. Je serais bien présomptueux de vouloir vous résumer la carrière de ce dernier ici mais je ne peux que vous inviter à aller écouter les albums Tohu Bohu (2012) ou Mirapolis (2017) entre autres… L’année dernière, Rone a mené un projet fort autour de son très riche dernier album Room with a View qui aurait amplement mérité de figurer ici: monter un ballet avec le collectif d’une vingtaine de danseurs (La) Horde sur la scène du théâtre du Châtelet. Ce spectacle qui traitait d’urgence climatique a malheureusement dû rapidement se stopper, la faute à vous savez quoi… Afin de lutter face au désoeuvrement et la solitude du confinement, Rone a fait appel à des amis ô combien prestigieux pour créer cet album sobrement nommé Rone & Friends. Peu d’artistes sont capables de réunir un tel panthéon qui va de l’écrivain et compagnon de toujours Alain Damasio au brillant Dominique A, en passant par la nouvelle scène française (Odezenne, Flavien Berger, Camelia Jordana) ou des valeurs sûres au-delà de nos frontières (Yael Naim, Georgia, Casper Clausen, Mélissa Laveaux, Roya Arab). Le résultat, en lien direct avec Room with a View, est d’une grande homogénéité dans la volonté de proposer une électro douce et propice à la rêverie, une électro nappée d’une grande humilité dans son désir de mettre en avant les différents artistes venus mettre leurs mots au service de la musique de Rone. Choisir c’est renoncer mais j’aime ce jeu de dégager 5 titres qui m’ont encore plus touché… Bien sûr, j’aurais pu sélectionner la douceur de Georgia sur Waves of Devotion qui reprend le Gingko Balboa de Room with a View ou la beauté des textes et des voix de Jehnny Beth, Laura Etchegoyhen et Yael Naim sur Et le jour commence, L’orage et Breathe In. Ou encore la savoureuse électro-pop fantasque de Flavien Berger sur Polichinelle. Ou encore m’offrir un instant de nostalgie en savourant le grain de Roya Arab (qui est la voix principale du Londinium d’Archive) sur Twenty 20. Vous voyez bien que je triche alors je m’arrête pour vous proposer ces 5 pépites…

  1. Le morceau d’ouverture Sot-L’y-Laisse, reprise du titre Room with a View, frappe fort, porté par le flow uptempo d’Odezenne. L’urgence du texte et l’explosion électro finale se marient à merveille pour un uppercut sonore qui fait vaciller de plaisir.
  2. A l’errance n’en finit plus de montrer le pouvoir d’interprète de Dominique A… Je pense que je serais capable d’acheter un album où ce dernier se contenterait de lire un dictionnaire… Je vous rassure, on est très loin du dico avec cette ode à la liberté où la grâce poétique de Dominique A fait humblement mouche.
  3. Un qui s’appuie sur un duo de voix inédit Damasio et Mood, associe avec subtilité une électro majestueuse à un texte d’une grande sensualité. Mention spéciale à Mood que je ne connaissais pas et qui m’a rappelé le timbre de Laura Smet sur Un verre à la main de Grand Corps Malade. Un hymne à l’amour imparable.
  4. La Nuit venue confirme de son côté le talent de Camelia Jordana qui est littéralement en train de rentrer dans une autre sphère. Un morceau qui se veut aussi dépouillé que les corps la nuit, sublime de simplicité.
  5. Closer reprend enfin brillamment le Human de Room with a View. Porté par le timbre en or du chanteur d’Efterklang, Casper Clausen, une montée en tension électro inarrêtable et le spoken-word de Melissa Laveaux, ce morceau brilla par sa richesse.

Je crois que vous savez désormais ce que vous allez écouter aujourd’hui, enjoy!

 

Sylphe

Five Titles n°10: Monolithe d’Octave Noire (2020)

Finir les vacances dans un feu d’artifice musical tout en évoquant une certaineOctave Noire mélancolie lancinante à reprendre le chemin du travail dès demain, tel était mon objectif du jour et c’est Octave Noire qui va me permettre de remplir amplement cette mission. Vous avez peut-être la chance de déjà connaître Patrick Moriceau (et là j’avoue que je vous envie du plus profond de mon âme) sous son premier alias Aliplays pour deux albums d’indie électro Todotesorosiland (2004) et Happy Ours (2010) ou pour son premier album sous le nom d’Octave Noire, Neon en 2017. Vous vous doutez dès lors que nous allons passer un excellentissime moment avec ce deuxième opus Monolithe, taillé dans la roche noire du talent. Dans le cas contraire, je vous invite à découvrir cet artiste qui devrait désormais vous hanter dans les années à venir, tant cet album est d’une intensité folle. Pour esquisser le son de ce Monolithe, imaginez une voix noire comme l’encre qui flirte régulièrement avec le spoken word et évoque des artistes comme Arman Méliès ou Marvin Jouno, des ambiances sombres où les synthés naviguent entre électro et tentation post-rock alors que les cordes apportent une douceur inespérée, des textes percutants et désenchantés, et des invités perçus comme une vraie valeur ajoutée (Dominique A toujours dans les bons coups, ARM, Mesparrow)… Cet album de 48 minutes est un véritable bijou sonore, empreint d’une émotion indiscutable, que je vous propose humblement de découvrir à travers cinq titres qui me touchent au plus profond…

1. Après une Intro anxyogène à souhait, Los Angeles nous apporte ses synthés sortis tout droit de Jean-Michel Jarre, en espèce de rencontre du troisième type du XXIème siècle, avant que le spoken word ne s’impose. La voix est sombre et mélancolique, l’univers musical avec la batterie accentuant la rythmique et les cordes  m’évoque Air époque Virgin Suicides. Le morceau dont la mélodie du refrain s’imprime immédiatement en nous aurait mérité de figurer sur la BO de Mulholland Drive tout simplement…

2. Le titre J’ai choisi fait appel à Dominique A dont la voix nous charme inlassablement par son émotivité poignante. Le morceau plus rythmé et oserais-je dire plus pop dans l’approche brille par sa montée toute en tension (#addictedauxmonteesenpuissance) qui donne une intensité folle à l’ensemble.

3. Monolithe humain est plus âpre musicalement, un monolithe aux rebords acérés qui tend vers le post-rock avec les voix d’Octave Noire et du rappeur ARM. L’intensité est prenante, le morceau ne cesse de monter avec ses cordes lancinantes en fond. A écouter bien fort, pour éclairer toutes les dystopies à base de coronavirus (ah mince on me dit dans l’oreillette que c’est bien notre présent…)

4. Retiens cette image, titre qui fait allusion à la disparition du père, s’appuie sur des échos féminins tout en rupture qui m’évoquent l’inventivité d’une Camille. Les synthés lumineux et la rythmique aux frontières d’un dub désincarné nous donnent une belle leçon de mélancolie.

5. Les 7 minutes du titre final Blister me touchent par leur capacité à faire cohabiter un son électro dansant qui évoque sans hésitation possible le son Ed Banger et en particulier Justice avec une litanie désespérée et volontiers pessimiste. Il serait temps de déchirer ce blister…

5 titres, c’est finalement bien peu et j’aurais pu très bien partager avec vous le dialogue impossible de Parce que je suis avec Mesparrow ou encore la reprise en français d’un titre d’Aliplays Inland Sea qui évoque sur les premiers instants la douceur d’un Yann Tiersen au piano… Je pense que vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire, enjoy!

Sylphe

Pépite du moment n°50: Esseulés d’Izïa feat. Dominique A (2019)

Pour bien commencer ces vacances scolaires, rien ne vaut un duo sublime d’intensité etIzia d’émotion comme Izïa et Dominique A. A ma gauche, Izïa vient de sortir son quatrième opus Citadelle sur lequel figure ce magnifique Esseulés. Je reconnais volontiers m’être arrêté aux deux premiers opus débordants d’une énergie rock brute et je peux constater que le ton s’est davantage apaisé et qu’Izïa fait désormais honneur à notre belle langue française. En parlant de célébration de la langue française, Dominique A à ma droite s’impose depuis presque 30 ans comme un artiste et parolier prédominant. Il serait bien trop ambitieux de ma part de vouloir résumer sa carrière en quelques mots et je vous inviterai juste à aller (ré)écouter des titres comme Aurevoir mon amour ou La Poésie

Je ne vais pas vous cacher que j’ai été plutôt surpris de voir ces deux-là associés mais quel résultat… La musique a quelquefois ce pouvoir irrationnel et, à l’écoute de Citadelle, le coup de foudre pour Esseulés a été immédiat. La douceur d’Izïa qui n’est pas sans rappeler Emilie Simon dans l’émotion qui dialogue à merveille avec le grain de voix inimitable de Dominique A, la puissance des textes, la richesse instrumentale entre synthés et cordes et cette sublime montée d’une beauté désarmante… Voilà un titre qui s’impose comme un candidat sérieux pour le top des titres 2019, au minimum… Enjoy!

Sylphe