Review n°109 : The universe is IDK (2022) de Dave Pen

Capture d’écran 2022-10-23 à 11.38.21Après presque deux semaines d’absence, retour aux affaires en ce dimanche automnal avec un vrai bon son, qui plus est inattendu. The universe is IDK offre en 7 titres une excellente dose de ce que le rock britannique a offert de meilleur depuis qu’il existe. Ni plus, ni moins. Aux commandes de cet EP de haute volée, Dave Pen. Si le nom ne vous dit rien de prime abord, sachez que le garçon est une des voix d’Archive (ça faisait longtemps que je n’en avais pas parlé !), mais aussi un des membres fondateurs de BirdPen. En plus d’être un chanteur et musicien de grande talent, Dave Pen est aussi un grand sportif en run/trail. Une discipline sportive qu’il écume au gré des courses les plus folles, comme par exemple fin août l’UTMB (Ultra Trail Mont Blanc) : 170 kilomètres, du dénivelé et des passages en altitude au-dessus de 2 500 mètres. Je m’égare, ou si peu. Retenons que Dave Pen compile les talents, auxquels on peut ajouter son compte Instagram truffé de photos souvent géniales. Tout ceci est enrobé d’une grande discrétion et d’une humilité qui force le respect.

C’est dans cette grande discrétion que Dave Pen a composé tranquillement à la maison les 7 titres de The universe is IDK. En une demi-heure à peine, vous allez croiser de multiples clins d’œil à quelques grands noms, comme autant d’influences avouées. Negative ouvre l’EP et ses guitares aériennes évoquent assez vite The Smiths. Avec toutefois une voix qui fait penser à un certain David Bowie. Une touche Bowie encore plus évidente sur DIY SOS, croisée avec un soupçon d’Iggy Pop période Lust for life, et une pincée de Bryan Ferry. Tomorrow in light constitue la première pause tranquille après trois titres plutôt tendus et nerveux. Ce morceau permet à Dave Pen de développer son incroyable voix, en rappelant The empty bottle d’Archive dans la démonstration vocale. Humminbird est peut-être le titre le plus inquiétant, en croisant une trame musicale entre les Lou Reed les plus sombres et les Bowie les plus synthés/machines. Une fois encore, la voix de Dave Pen contraste l’ensemble avec une lumière et une puissance imparables. Standing wave est une parenthèse instrumentale de toute beauté, avant l’étonnant dernier titre. I’ll never know est un acoustique de la plus belle épure, qui vient réveiller chez nous le souvenir musical de l’excellent Animals de Pink Floyd. Avec en prime la voix de Dave Pen qui s’approche étonnamment de celle de Roger Waters.

Au vu de ces multiples et célèbres noms, je vous vois déjà vous interroger : qu’est-ce qui rend The universe is IDK intéressant, et le monsieur ne fait-il que piocher dans l’existant ? Non, Dave Pen ne pique pas d’idées chez les autres. Il leur rend hommage et nous en envoie autant de clins d’œil complices pour mieux partager ses créations. Des créations qui s’inscrivent au-delà des hommages, dans un ensemble très personnel et assez inimitable. De bout en bout, cet EP est fascinant dans les ambiances qu’il déroule, et dans la synthèse musicale qu’il propose. Dave Pen a sans doute écouté bien des artistes au fil des ans, en a absorbé ce qui lui parlait et a digéré le tout. Il en résulte aujourd’hui 7 morceaux tous plus hypnotiques les uns que les autres, liés par une identité musicale faite d’introspection et de lumières. Oui, il y a de l’énergie dans The universe is IDK.

Il y a aussi l’affirmation d’un grand artiste humble, jusque dans le titre du EP. The universe is IDK peut se traduire littéralement par « L’univers est Je ne sais pas », soit une énième variation du « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » de Socrate, ou encore du « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » de Desproges. Sans doute la meilleure façon d’aborder l’existence, loin de toute certitude, afin d’être ouvert au champ des possibles et à la recherche de la meilleure version de soi-même. The universe is IDK est, dans tous les cas, la meilleure façon d’aborder les jours actuels, et les suivants. Le EP est disponible uniquement sur Bandcamp en version numérique, pour une malheureuse poignée d’euros (moins de 10 pour tout vous dire). Ne passez pas à coté de ces 7 petites merveilles musicales. Il y a encore quelques jours, le podium des trois albums de 2022 était tout calé. L’arrivée de The universe is IDK vient bousculer l’ordre établi, pour mon plus grand plaisir. Vous êtes encore là ? Foncez donc écouter la dernière merveille de Dave Pen !

Raf Against The Machine

Review n° 100 : Call to Arms & Angels (2022) de Archive

call_to_arms_angelsDéjà une semaine qu’il est sorti, et huit journées d’écoutes en boucle : Call to Arms & Angels, douzième album studio canonique d’Archive, est enfin disponible après une longue année d’attente et de communication ultra maîtrisée. Album canonique, car depuis 2016 et The False Foundation, rien à se mettre sous la dent, malgré le coffret et la tournée 25, ou encore Rarities et Versions. Vous me direz que ça fait tout de même de quoi faire. Certes. Je vous rétorquerai qu’après le triple tir Axiom (2014), Restriction (2015) et donc The False Foundation, le collectif britannique Archive avait vogué vers son quart de siècle d’existence en alternant tournée anniversaire et revisites de leur répertoire. En somme, du toujours très qualitatif, mais rien de très innovant. Au cœur du printemps 2021, le groupe commence à teaser sur un nouvel album, nom de travail #archive12. Par une savante distillation d’indices, notamment sur internet et les réseaux sociaux, Archive a su faire monter l’attente comme jamais. Le résultat est-il à la hauteur ? Que vaut ce Call to Arms & Angels ? Parcourons ensemble les 17 titres de ce triple vinyle/double CD, pour comprendre en quoi on tient là, très possiblement, le disque de l’année 2022 et sans doute un des meilleurs opus du groupe, mais aussi un album majeur pour la musique.

Call to Arms & Angels est le fruit d’un long travail débuté fin 2019, juste après la conclusion de la tournée 25. Archive s’apprête alors à replonger en mode écriture/création. Sauf que, quelques semaines plus tard, une inattendue pandémie fait son apparition, et provoque confinement et isolement de chacun. Les membres du groupe n’y échappent pas. Suivent deux années pourries (disons les choses clairement) pendant lesquelles Darius Keeler et sa bande vont littéralement bouillonner d’idées et de créativité. Comme si le COVID, dans son empêchement à être ensemble, avait par ailleurs décuplé le potentiel de chacun. Call to Arms & Angels est un album sombre et profondément covidesque, à la fois dans ce qu’il raconte, mais aussi comme un témoignage de ce que furent nos vies et la créativité artistique pendant ces deux longues années.

L’album du retour et des retrouvailles

Comme un clin d’œil, les premières secondes de l’album laissent entendre une tonalité d’appel visio, qui perdurera en fond durant tout le premier titre. Ces fameux appels visios qui, pendant des mois, ont symbolisé à la fois notre isolement, et la possibilité de rester en contact. C’est à cela que nous invite Archive : se retrouver. Avec un premier titre, Surrounded by ghosts (Entouré de fantômes), qui permet de faire connaissance sans attendre avec Lisa Mottram, la nouvelle et renversante recrue voix du groupe. C’est bien ce qu’on a tous vécu : des semaines à être entourés de personnes fantomatiques qui nous ont manqué, mais aussi des journées et des journées à voir partir, par centaines, des êtres humains vers le monde des fantômes. Un titre faussement paisible, puisque si le son est aérien et posé, le propos est sec et violent. Peut-être est-ce pour ça que la transition vers Mr. Daisy se fait si naturellement. Voilà un deuxième morceau rock et tendu, guitares en avant pour porter la voix, toujours incroyable, de Pollard Berrier. Ce même Pollard qui enchaîne avec Fear there and everywhere, dont nous avions déjà parlé par ici lors de sa sortie en single. La plongée dans le mauvais rêve se poursuit, et ce n’est pas Numbers qui nous fera mentir. De deux titres très rock, on passe à un autre plus speed, bien plus électro aussi, dans la droite ligne de ce que l’on a pu trouver sur Restriction et The False Foundation. En seulement quatre morceaux, Archive a déjà balayé quatre styles et mis tout le monde d’accord. La puissance de ces premières minutes dévastatrices nous remémore le cauchemar covidesque dont on peine à sortir encore aujourd’hui.

C’est Holly Martin qui apporte le baume nécessaire avec Shouting within (précédemment chroniqué par ici), comme une première bulle respiratoire. Une simple illusion, pour un titre de nouveau faussement apaisé, qui relate en réalité les hurlements intérieurs d’un esprit troublé. Qui n’a pas ressenti ça un jour ? Qui n’a pas hurlé intérieurement d’ennui, de peur, de colère, pendant son confinement ? Shouting within raconte ces moments. Avant de passer la main à une première pièce maîtresse de l’album, Daytime coma. Premier extrait rendu public et déjà chroniqué ici également, il permet à Archive de renouer avec des morceaux longs, alambiqués et construits sur de multiples variations. Ce coma diurne a été inspiré à Dave Pen par ses sorties dans la ville déserte, les gens aux fenêtres, fantômes dans la cité éteinte. Un monde post-apocalyptique qui ne dit pas son nom, mais qui nourrit les quatre mouvements de ce quart d’heure torturé, éprouvant, mais hypnotique et magistral.

Vient ensuite Head heavy (Tête lourde), parfait prolongement de Daytime coma. Un titre très Pink Floyd qui rappellera par exemple un Shine on you crazy diamond, avec des nappes de synthés très travaillées et empilées soigneusement pour accueillir la voix de Maria Q. A ce stade de l’album, j’étais déjà conquis, mais c’était sans compter sur Enemy, autre pièce maîtresse du disque, et probablement son climax. Le titre est divisé en deux, pour une sorte de longue intro de quatre minutes où se superposent piano et violon mélancoliques, corne de brume en guise d’alerte, nappes de synthés aériennes, et la voix de Pollard qui inlassablement répète un « Come on enemy I see you / Come on enemy I feel you ». Et la menace, sournoise et omniprésente, qui monte. Pour se densifier et se violenter à mi-chemin, par une entrée de la section rythmique, amenée par des sons de plus en plus distordus, et des voix inquiétantes. La seconde partie est une folie absolue de tensions, faite d’innombrables superpositions sonores et d’un jeu vocal sur « Come on enemy / Come on into me ». A l’image de Bullets (sur Controlling crowds en 2009) où se mélangeaient « Personal responsability / insanity ». La bataille a eu lieu, on en sort épuisé et exsangue en y ayant laissé beaucoup d’énergie, mais aussi en transe de tant de créativité. Métaphore d’Archive traversant la pandémie.

Comme un nouveau répit, Every single day se pare d’arrangements pop-rock entre Lennon et Bowie, avant de replonger dans Freedom, un nouveau titre à l’improbable construction. D’abord un long couplet quasi hip-hop et scandé, qui nous rappelle que jadis Rosko John officia dans Archive. Avant un refrain qui rappelle le Free as a bird de Lennon, tout en se mélangeant avec des nappes de synthés et collages sonores en tout genre. Mais la vraie audace arrive au bout de quatre minutes, lorsque Archive colle une deuxième chanson dans la chanson, en mode piano-voix. Un mouvement musical d’une beauté transperçante, à peine ponctué de quelques notes de synthés complémentaires. Peut-être pour nous préparer à All that I have, un autre six minutes voix-piano-programmations d’un intimisme bouleversant, parfois aggravé de quelques sombres nappes. La palette de l’album s’élargit encore. Il pourrait presque s’arrêter là tant on est déjà comblés. Sauf que, chers Five-minuteurs, il reste six titres, et pas des moindres.

Un album profondément humain

Frying paint reprend la main de l’électro, avec là encore une construction audacieuse. Longue intro faite de collages sonores avant l’arrivée du chant de Pollard pour un titre bluesy dans ses couplets, et plus pop dans le refrain. Un titre furieusement groovy, avant de se laisser totalement hypnotiser par We are the same, dernier extrait publié voici quelques semaines. Qui sommes-nous après cette expérience de pandémie ? Qui avons-nous été pendant ? Sommes-nous si différents les uns des autres dans les temps sombres ? Magistrale chanson sur la différence et nos similitudes, sur ce qui fonde notre communauté humaine et nos aspirations, au-delà de nos peurs les plus viscérales. Et finalement, à la sortie de tout ce grand bazar, nous voilà vivants. Alive, comme un chœur de ressuscités ou jamais vraiment disparus. A moins que ce ne soit les Archive qui nous fassent entendre, voix unies, leur existence au-delà de tous les empêchements rencontrés. Oui, le groupe est bel et bien en vie, et Everything’s alright : encore un titre d’accalmie sonore autour de Pollard et de boucles vocales. On monte haut, très haut, on prend de la distance, là où, enfin, tout va bien. Disons mieux. Et, une fois encore, l’album pourrait s’arrêter là.

Pourtant, il lui reste deux temps majeurs à nous livrer. The Crown expose plus de huit minutes d’explorations électros et de samples. « Can you hear me now ? / Can you see me now ?”, comme si Archive avait besoin de nous crier que ce putain de bijou d’album est enfin sorti. Avant de nous laisser sur Gold, une dernière pépite (ok, elle était facile). De nouveau construit autour de collages, le morceau évolue lentement vers une sorte de Dark Side of The Moon, et surtout vers une émotion créative à fleur de peau, portée par les voix de Dave Pen et Maria Q. Une fois encore, près de huit minutes pour dérouler seconde après seconde, l’inattendu. Et pour quatre dernières minutes denses, aériennes, envoûtantes, construites sur une interminable boucle d’arpèges qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter.

Et qui s’arrête pourtant en suspendant son vol, après une heure et quarante cinq minutes d’un voyage absolument incroyable. Call to Arms & Angels est un album majeur dans la discographie d’Archive, mais aussi pour la musique. Il ne cède jamais à la facilité et réussit la prouesse de nous surprendre en n’étant jamais là où on l’attend. Un son, un rythme qui change, un second titre dans le même titre : tout est fait pour nous surprendre à la première écoute, mais aussi après. L’album ne s’épuise jamais, malgré sa longueur et sa densité. Archive aligne les pépites comme autant de créations imparables, pour une ensemble d’une folle cohérence qui se découvre petit à petit, à chaque minute, mais aussi à chaque écoute. N’allez pas croire que vous ferez rapidement le tour de ce disque. J’en suis facilement à la vingtième écoute, et je continue à découvrir des sons, des variations, des émotions nichées là où elles ne se révèlent pas toutes en même temps.

Audace, créativité et document historique

Est-ce pour autant le meilleur Archive ? Depuis Controlling Crowds assurément. Treize années après ce double album puissant, cohérent et d’une rare intensité, le collectif frappe extrêmement fort. With us until you’re dead (2012) était brillant, mais n’était qu’une prolongation de Controlling Crowds. Axiom (2014) est un énorme album, mais restreint à une des branches musicales d’Archive. Enfin, Restriction et The False Foundation manquaient peut-être d’une pincée de cohérence et de variété. Et avant ? Avant, il y a Londinium (1996), album originel et hors-normes avec son univers trip-hop bristolien. Tellement hors-normes qu’il est pour moi à part dans la discographie d’Archive. Comparable à aucun autre, parce qu’ils basculeront dès Take My Head dans le rock électro/progressif. Les suivants sont de vraies claques à chaque fois et restent des disques fabuleux. Toute la discographie d’Archive est une référence absolue pour moi, mais Call to Arms & Angels surprend par son audace. Archive se permet un triple album avec dix-sept titres, dont plusieurs dépassent les huit minutes et sont construits hors de toute structure classique couplets/refrains. Archive ose expérimenter et nous embarquer dans une expérience sonore et sensitive, porté notamment par le travail du discret mais toujours efficace Danny Griffiths. A l’heure du formatage et des créations cloisonnées et sages, voilà qui fait un bien fou.

Call to Arms & Angels surprend aussi par la diversité de ses ambiances, d’un morceau à l’autre. Grâce à cette variété, chacun des titres de Call to Arms & Angels décrit musicalement une des facettes de cette trouble période pandémique. L’album alterne l’intimisme le plus strict, nous mettant face à nous-mêmes à espérer les autres, et des ambiances déchirées et violentées à en devenir complètement dingue. A l’écoute du disque surgissent des images mentales et sensorielles de ce que l’on a traversé, et de ce que l’on traverse encore. Call to Arms & Angels raconte deux années de ce siècle, aussi inattendues que bouleversantes, au sens où elles auront chamboulé nos vies comme jamais. L’enfermement, la solitude, l’isolement et l’exacerbation des travers de ce monde sont venus exploser tous nos repères. Archive raconte la vie sous pandémie. Ce que l’on croyait ne voir que dans les meilleurs récits de SF post-apocalyptique nous est finalement tombé dessus sous une forme que l’on ne soupçonnait pas. Combien d’entre nous sont restés des semaines, voire des mois, face à eux-mêmes, coupés de toute relation sociale ? Combien d’entre nous n’en sont jamais réellement sortis ? Combien d’entre nous y sont encore enfermés et n’ont toujours pas renoué avec une vie sociale du monde d’avant ? Combien d’entre nous n’ont pas encore retrouvé le frisson et la chaleur d’un contact corporel ?

Album après album, Archive raconte notre monde et archive ainsi une forme de mémoire de notre époque. Dans plusieurs siècles, lorsque nos descendants (pour peu qu’ils existent) voudront entendre des visions musicales du monde fin 90’s/début 21e siècle, ils pourront réécouter la discographie de ce groupe. Et lorsque les historiens seront en recherche d’objets historiques pour étudier les années pandémiques 2020-2022, ils auront avec Call to Arms & Angels une trace inattendue et inhabituelle mais ô combien cruciale de deux années qui ont changé le monde à jamais.

Un parfait chef-d’œuvre instantané

Cette année 2022 restera comme une année hors-normes, avec une guerre en Europe, un dérèglement climatique au bord du gouffre, ou encore une élection présidentielle à la fois tendue et usante. Hors-normes aussi, parce qu’on n’attendait pas non plus un Elden Ring aussi incroyable, un The Batman aussi puissant, un Horizon Forbidden West aussi dépaysant. Et un Archive aussi brillant. Malgré toute ma fanitude archivienne, je n’attendais pas le groupe à ce niveau. Call to Arms & Angels est un parfait et pur chef-d’œuvre par lequel Archive réussit à se réinventer et à offrir un album dense, intense, diversifié et mémorable. Les Beatles avaient leur White album, Radiohead leur OK Computer (oui, ils ont aussi leur KID AMNESIA), Pink Floyd leur Dark Side of the Moon. Archive a son Call to Arms & Angels. Même la durée est parfaite. Les 17 titres suffisent, en formant un ensemble complet, cohérent et achevé.

Un petit plus quand même ? Ça tombe bien, la Deluxe Edition est accompagnée d’une quatrième galette contenant le soundtrack du documentaire Super8 : A Call to Arms & Angels, qui retrace le parcours créatif du groupe. Un documentaire génial à voir absolument. Et dix titres instrumentaux supplémentaires pour prolonger le voyage. On en reparlera très vite, lorsque j’aurai reçu mon exemplaire et pu écouter cette quatrième partie. L’étape suivante, ce sera la déclinaison scénique de ce grand album, avec le Call to Arms & Angels Tour, qui passe nécessairement par chez vous : pas moins de quatorze dates françaises, et au moins autant en Europe (dont deux à Bruxelles). Inratable. Tout comme cet album incroyable et incontournable qui prend une option évidente pour (au minimum) le titre de disque de l’année 2022.

Raf Against The Machine

Ciné-musique n°12 : Space Oddity (1969) de David Bowie in Westworld (2020) par The Classic Rock String Quartet (2004)

Westworld_Season_3_Music_from_the_HBO_Series_Bande_OriginaleUn jour, je vous parlerai en détail de la BO de la série TV Westworld, et de comment elle dessine tout le propos et accompagne merveilleusement les trois saisons actuellement disponibles. Tout comme je prendrai le temps de revenir sur The Leftovers et sa BO concoctée par Max Richter. Tout ça, c’est comme la BO de NieR: Automata : des œuvres tellement puissantes, qui m’ont bouleversé et me bouleversent encore aujourd’hui que je ne sais pas vraiment comment en parler comme il faut, et comment ne pas trahir la somme d’émotions qu’il y a dans tout ça. Comme disait Jack Kérouac, « Un jour, je trouverai les mots justes. Et ils seront simples ». Nous n’en sommes pas encore là, et il va vous falloir patienter, le temps que j’écrive des chroniques satisfaisantes à mes yeux. Promis, j’y travaille ! Cela n’empêche pas de tout de même jeter une oreille du côté de Westworld et notamment de sa saison 3 qui recèle de bien beaux morceaux.

Pour resituer rapidement, et sans déflorer, cette grande série de SF, la saison 1 se déroule dans Westworld, un parc d’attractions pour adultes très friqués. Moyennant un ticket d’entrée bien relevé, ces derniers peuvent se plonger dans un Far-West où il est possible de vivre ses plus profondes pulsions et ses plus bas instincts, sans aucune limite. Envie de flinguer à tout va ? C’est possible. De se bourrer la gueule avant de se tabasser allègrement ? C’est possible aussi. De baiser à n’en plus pouvoir, éventuellement des putes ? De jouer un immonde salopard qui baise avec des putes avant de les tabasser, voir de les flinguer ? Tout ça à la fois ? Tout est possible à Westworld, puisque tous les hôtes du parc (qui seraient des PNJ dans un jeu vidéo) sont des robots, ce qui débarrasse le friqué visiteur de tout éventuel scrupule. Des androïdes ultra perfectionnés et si proches de l’humain qu’on fait difficilement la différence. Evidemment, ce joyeux bordel à rupins va se mettre à déconner, et les androïdes se révolter. Rêvent-ils de moutons électriques ? L’histoire ne le dit pas, mais ils aspirent en revanche à une vie humaine, peut-être même à la place des humains dans le monde réel. La saison 2 prolonge ces thématiques en donnant à voir d’autres parcs à thème basés sur le même principe. Quant à la saison 3…

La saison 3 déjoue tous les plans et tout ce qu’on pouvait attendre de la série. Saison déconcertante pour certains, fascinante pour d’autres. Je suis de la deuxième team, tellement j’ai trouvé intelligent le virage pris. Une série menée par Jonathan Nolan (frère de) et Lisa Joy (femme du précédent et donc belle-sœur de) et produite par le J. J. Abrams. Ce dernier et Jonathan Nolan avait déjà sévi avec Person of Interest, série plus profonde qu’il n’y paraît, bien qu’on pût la voir sur TF1. Comme quoi. Westworld enfonce le clou bien plus loin sur la question de l’intelligence artificielle et de ce qui fait de l’Homme un Homme. Thématiques SF classiques mais parfaitement traitées, et à ce jour 28 épisodes portés par une BO de furieux, composée par Ramin Djawadi.

Le garçon a déjà une palanquée de BO à son actif, au cinéma comme pour la TV. Citons en vrac Pacific Rim (le premier, le seul et l’unique, pas la daube qui suit), Iron Man, Uncharted, ou encore Game of Thrones, Person of interest et The Strain. Pour Westworld, il a intelligemment mêlé des compositions originales (le générique est une pure merveille) et des reprises de titres archi connus, dans des arrangements souvent inattendus. Dès la saison 1, on entendra ainsi du Radiohead, les Stones, Nirvana ou encore Amy Winehouse revus et corrigés. En saison 3, ça continue à déboîter sec et à toucher en plein cœur, avec en plus des titres par leur propres interprètes, ou relus par d’autres. En témoigne cette version piano-cordes de Space Oddity. Peut-être un des plus beaux morceaux de David Bowie, et à mon goût dans le Top 5 (voire 3) de ce très grand artiste. Je suis dingue de cette chanson qui me transperce à chaque écoute. La version cordes est à mettre au crédit de The Classic Rock String Quartet, qui s’est fait une spécialité de reprendre des grands artistes rock en formation musique de chambre. Cette interprétation, disponible sur The Bowie Chambre Suite (2004), apporte une dose supplémentaire d’émotions par son minimalisme intimiste. J’en ai déjà trop dit, car cette petite merveille se passe presque de tout commentaire. Il faut juste l’écouter et se laisser emporter. Et comme on aime nos lecteurs (oui vous !) sur Five-Minutes, on vous rajoute la version originale par Bowie himself (à écouter au casque pour bien capter le mixage multipiste de malade). Les poils et la chialade, puissance 2.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°109: Life On Mars de Miguel Atwood-Ferguson (2021)

Le 28 mai dernier est sorti un album de reprises en hommage à David Bowie, artiste majeur s’il David Bowie Modern Loveen est que je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter. Déjà 6 ans qu’il est parti mais il nous a laissé en héritage une quantité astronomique d’albums majeurs de l’histoire de la musique… En titre d’ouverture de ce Modern Love, Miguel Atwood-Ferguson reprend le bijou glam-rock Life On Mars présent sur l’album Hunky Dory de 1971. Morceau instrumental sublimé par les cordes, il réussit le tour de force d’apporter un soupçon de magie à un titre frôlant la perfection. Voilà en tout cas une bien belle cover qui nous permet d’aller réécouter avec plaisir l’original qui ne prend pas une ride, plus de 50 ans après sa sortie…Enjoy!

 

Sylphe

Five reasons n°10 : The Passenger (1977) de Iggy Pop

Après la soirée live au Printemps de Bourges la semaine dernière, retour sur Terre avec The Passenger, une pépite intemporelle en cinq raisons chrono :

  1. Parce que The Passenger est au cœur de Lust for life (1977), album de la résurrection rock pour Iggy Pop. Après les bidouillages et expérimentations sonores voulus quelques mois avant par David Bowie sur The Idiot (1977), l’Iguane reprend la main sur sa production musicale de la plus belle des façons. Il en résulte un rock solaire et intense dont The Passager est l’illustration parfaite
  2. Parce que la voix terrible et incroyablement profonde d’Iggy Pop, tout simplement. Amenée en plus par ce putain de riff d’intro.
  3. Parce que le titre est une invitation à une virée nocturne et urbaine, à deux et seulement pour nous deux : « And everything was made for you and me / All of it was made for you and me / Cause it belongs to you and me ». Sachant que l’album enregistré à Berlin, la magie opère doublement. Voire triplement. On y va ?
  4. Parce que le souvenir d’avoir un soir éclusé du champagne au son de The Passenger. C’était spontané, sans préméditation, décalé et terriblement bandant. C’était rock et ça nous allait bien.
  5. Parce qu’on est dans la quintessence du rock, et que le rock, jusqu’à preuve du contraire, c’est la vie. Et ça peut aussi sauver la vie.

Yippee-ippee-ey-ey-ay-yey-yey

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°4 : Louise (my girl looks like David Bowie) (2015) de Papooz

Chers Five-Minuteurs, je vois déjà poindre sur vos visages inquiets une lourde interrogation : mais où sont donc passés les deux tauliers depuis une semaine ? Oui, une semaine déjà depuis que nous avons épluché la dernière pépite intemporelle. Rassurez-vous nous sommes toujours là, et j’en veux pour preuve le bon son du jour, Louise (my girl looks like David Bowie) de Papooz.

Pépite du moment ou pépite intemporelle, la question s’est posée : le titre est assez récent, donc plutôt pépite du moment, mais dans mon petit cœur Louise (my girl looks like David Bowie) fait d’ores et déjà figure de pépite intemporelle. Et, en ces temp(érature)s qui prolongent la douceur de l’été, cette petite mélodie pop ensoleillée va certainement vous trotter dans la tête sans tarder !

Papooz, ce sont deux potes français Ulysse Cottin et Armand Pénicaut, actifs depuis maintenant plusieurs années. Le duo distille une pop interprétée en anglais et musicalement légère et gouleyante comme un picon-bière au retour de la plage, les doigts de pieds pépouze dans nos tongs. On tombe parfois sur quelques titres plus calmes tout aussi plaisants, mais celui qui nous intéresse aujourd’hui sautille comme un petit lapin qui kiffe la vie.

Louise (my girl looks like David Bowie) est tellement fun qu’on le trouve sous deux versions dans la discographie Papoozienne. Une première fois sur le EP Papooz (2015) avec, donc, un titre à rallonge mais qui vend du rêve : Louise (my girl looks like David Bowie). Des musicos qui font un clin d’œil à Bowie attirent forcément la sympathie, n’en déplaise à Eddy Mitchell. Aparté pour celles et ceux qui ont raté l’actualité récente, ce dernier a lâché une petite bombe : « Godard, pour moi, c’est un petit peu ce qu’est David Bowie au Rock’n’Roll, c’est un escroc, quoi (…) Quand vous arrivez avec une plume dans le cul et des cheveux en pétard… » Mais laissons cela de côté pour reparler de cette version initiale de Louise (my girl looks like David Bowie), interprétée à deux voix avec pour simple écrin une guitare acoustique et quelques notes de ukulélé. C’est frais, c’est caressant, c’est sucré, sensuel et pétillant.

Un an plus tard, les Papooz livrent leur premier album, plus exactement leur premier LP Green Juice (2016) sur la fin duquel, belle surprise, on retrouver une nouvelle version de cette pépite, plus sobrement intitulé Louise. Et pourtant, malgré un titre raccourci, rien ne manque au plaisir de réentendre cette douce mélodie, portée cette fois par des arrangements un peu plus fournis et hawaïens, mais toujours aussi aériens. Ça respire encore et toujours le soleil, les figues fraîches croquées directement sur l’arbre, et la sérénité d’un après-midi partagé entre sieste et activité crapuleuse.

Louise (my girl looks like David Bowie) de Papooz, c’est un peu tout ça à la fois et encore bien d’autres choses. Une pépite musicale qui s’infiltre ici, et là, et encore par là, dans chaque recoin de l’esprit et du corps. Je ne me lasse jamais de ce titre que je suis capable d’écouter en boucle et de redécouvrir chaque fois avec un plaisir accru. J’avoue un petit faible pour la première version guitare/ukulélé, mais quelle que soit la tenue, Louise (my girl looks like David Bowie) reste ce qu’elle est intrinsèquement : une pépite qui illumine et fait sautiller la vie.

Raf Against The Machine