Son estival du jour n°22 : Woodkid for Nicolas Ghesquière – Louis Vuitton Works One (2020) de Woodkid

Ce vendredi 24 juillet, de bien belles choses sortent dans les bacs : le nouvel EP Air de Jeanne Added (dont nous avons parlé ici bas), la réédition du Dry de PJ Harvey (dont nous avons parlé ici même) accompagnée du LP Dry – Demos (excellent), et un EP de Woodkid longuement intitulé Woodkid for Nicolas Ghesquière – Louis Vuitton Works One. De quoi s’agit-il donc ?

Dans l’attente des singles Goliath (à paraître vendredi prochain 31 juillet, le copain Sylphe y avait consacré une pépite) et Pale Yellow (à venir le 21 août), mais aussi d’un futur album, voilà 6 titres et une bonne demi-heure de bon son à se mettre entre les oreilles. Nicolas Ghesquière, directeur artistique des collections féminines chez Vuitton, et Woodkid collaborent pour l’accompagnement musical des défilés depuis la saison automne-hiver 2017. Ce Works One regroupe une sélection de morceaux entendus depuis 3 ans.

A l’exception du Carol N°1 d’une minute qui ouvre le bal, les 5 autres titres prennent le temps de dérouler chacun une ambiance différente. Mention spéciale à Seen that face before, qui nous permet d’apprécier l’incroyable et magnifique voix de Woodkid, mais aussi à On then and now, avec un featuring de l’actrice Jennifer Connelly. Un titre musicalement tout en rupture pour une ambiance futuriste SF assez fascinante. Quant à Standing on the horizon, qui clôt le EP, je vous laisse découvrir son envoûtante et enveloppante puissance orientale.

Ce 6 titres m’a furieusement rappelé Kalia de Chapelier Fou, dont on a parlé il y a quelques jours (à relire d’un clic). Musicalement c’est assez différent, mais la démarche est semblable : collaborer à une forme artistique hors de la musique, histoire de croiser les visions et de faire voler en éclats les frontières, pour une appréhension globale de l’art. Une approche bienvenue dans une époque qui voudrait, parfois, trop cataloguer et ranger les choses/gens dans des cases. Et qui nous permet aussi (moi le premier) de découvrir des domaines que je ne serais jamais allé explorer de moi-même (oui j’avoue, la mode et Louis Vuitton, c’est assez loin de moi).

En bref, une pépite woodkidienne qui était déjà disponible sur les plateformes de streaming, et qui se paye aujourd’hui le luxe (#LeLuxe #LouisVuitton #vousl’avez?) d’un pressage en vinyle vert extrêmement sobre et stylé, mais en édition limitée : si ça vous tente, ne tardez pas. Reste à espérer que ce Works One soit annonciateur d’autres volumes car, franchement, du son de cette qualité, on en veut bien un peu plus.

Une vidéo défilé + musique avec le Seen the face before évoqué plus haut.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°19 : Kalia (2016) de Chapelier Fou

Chapelier-Fou-KaliaPetite virée électro aujourd’hui avec Kalia, un mini-album publié en 2016 par Chapelier Fou. Mini-album, parce que chacun des 9 titres fait entre 2 et 3 minutes. A l’arrivée, une courte mais jolie balade sonore dans des ambiances aussi raffinées que variées.

Kalia est, à l’origine, un travail de commande. Les différents morceaux composent la bande son du projet d’installation d’art numérique Les métamorphoses de Mr. Kalia. Un projet artistique élaboré par Béatrice Lartigue et Cyril Diagne, et présenté à Londres en 2014 au Barbican Center, dans le cadre de l’exposition Digital Revolution qui a également accueilli Björk ou Amon Tobin (certaines sonorités de Kalia rappellent d’ailleurs fortement tout le travail de Tobin sur les micro-cliquetis).

Pas très étonnant, sachant cela, que Kalia nous emmène à travers neuf métamorphoses sonores. Chapelier Fou est multi-instrumentiste et le prouve dans cet opus qui propose tour à tour des synthés, des boucles rythmiques, du violon, du piano, de la guitare… Neuf titres comme autant d’états par lesquels on passe, toujours dans une ambiance à la fois intrigante et onirique.

Certaines compositions annoncent déjà Muance (2017), son album suivant, dont le titre-néologisme est une contraction de mutation et nuance. Toujours cette idée de mutamorphose (#NousAussiOnInventeDesMots) chère à ce magicien des sons qu’est Chapelier Fou. En somme, Kalia est le son parfait pour s’évader dans des contrées variées, sous différentes formes humaines, animales ou spirituelles. La classe Chapelier Fou, comme toujours.

Ci-dessous, deux titres extraits de Kalia, accompagnés de leurs images, puis le teaser des Métamorphoses de Mr. Kalia.

Raf Against The Machine

Review n°50: Méridiens de Chapelier Fou (2020)

Un orfèvre des sons se présente à nous ce soir en la personne de Louis Warynski, aliasChapelier fou Chapelier Fou afin de nous apporter grâce et poésie en cette période chaotique. Voilà déjà dix ans que l’électro fantasmagorique et ô combien personnelle de Chapelier Fou nous illumine… 5 EP et un sixième album, trois ans après Muance, dont le titre Méridiens nous invite au voyage. Un voyage que je vous propose de faire, les yeux fermés et le casque vissé sur les oreilles pour encore plus s’immerger dans cet univers où l’imagination est reine.

Le morceau d’ouverture L’austère nuit d’Uqbar met d’emblée à l’honneur l’instrument de prédilection de Chapelier Fou, le violon qui ici nous offre une complainte mélancolique. Le violon se suffit à lui-même et nous enveloppe de son émotion poignante, on se croirait dans un mariage juif où mélancolie et joie s’entrelacent amoureusement. Ce morceau intime tout en retenue laisse place à un sublime Constantinople qui s’appuie sur la complémentarité des percussions et du violon. On retrouve tout le pouvoir cinétique de Chapelier Fou qui me touche tant, ce morceau s’apparentant à la subtile rencontre entre l’intensité un brin urbaine d’Ez3kiel et la poésie trip-hop d’un Kid Loco. Chapelier Fou semble tiraillé dans cet album entre introspections empreintes de grâce et exutoires plus âpres comme dans Insane Realms et sa construction d’une grande complexité. Doux piano puis montée en puissance urbaine à la Amon Tobin avant que des boucles jazzy ne viennent marteler le morceau, un final d’une richesse incommensurable. Tous les codes, de la musique classique à l’abstract, viennent d’être brisés pour créer une créature indéfinissable et un brin inquiétante. Ce sentiment d’oppression se déploie abruptement dans Cattenom Drones qui me destabilise par sa rythmique house sans concession et sa fin saturée, hymne dangereux à la centrale nucléaire du village mosellan de Cattenom?

Le Triangle des Bermudes vient alors nous rassurer (#imageparadoxale) avec son electronica subtile, illuminée par cette palette de sons aériens… L’intermède L’état nain vient nous enivrer (#vousl’avez?) avec sa surprenante guitare avant que le bipolaire Chapelier Fou retombe dans ses angoisses avec Asteroid Refuge , électro affirmée à la Birdy Nam Nam  placée sous le signe de l’urgence. Les cinq derniers titres résument parfaitement cette impression de bipolarité tellement séduisante: d’un côté l’électronica estampillée Boards of Canada de Am Schlachtensee dont le violon me file de sacrés frissons et Everest trail, morceau final qui sublime le mariage entre la musique classique et les machines dans la droite lignée du InBach d’Arandel et de l’autre l’association oxymorique du feu et de la glace avec trois nouvelles pépites… La vie de Cocagne met à l’honneur le violon intimiste comme dans L’austère nuit d’Uqbar avant une deuxième partie surprenante où l’électro et les machines viennent prendre le pouvoir (#Ez3kielfiliation). Le méridien du péricarde  brille par ses contrastes mais que dire du bijou Le désert de Sonora? Ou comment brillamment faire le grand écart entre violons nostalgiques et rythmique house pour un résultat d’une grande unité…

Ce Méridiens confirme l’hédonisme de Chapelier Fou qui aime jouer avec les codes pour nous proposer une musique qui résiste à toute tentative de classement, et ça c’est la singularité de l’art tout simplement, enjoy!

Sylphe