Review n°97 : Leather Terror (2022) de Carpenter Brut

Carpenter-BrutAlbum-1Voici quelques jours, ma moitié bloguesque Sylphe vous a parlé du nouvel album de Kavinsky (pour les distraits, c’est à lire en suivant ce lien), tout en évoquant Carpenter Brut. Simple hasard ? Absolument pas. D’une part, parce que le hasard n’existe pas. Rien n’arrive sans raison. D’autre part, parce que nous avions minutieusement préparé notre coup en conférence de rédaction hebdomadaire. Il savait sur quoi j’écrirai aujourd’hui et en a fait mention. Voilà donc une semaine placée sous le signe de deux musiciens fortement influencés par les années 1980 et adeptes des synthés en tout genre. Pas que des synthés en ce qui concerne Carpenter Brut, et nous allons voir tout cela sans tarder.

Leather Terror est sorti la semaine dernière, très exactement vendredi 1er avril. Tuons le suspense tout de suite, en parlant opportunément de bonne pêche musicale. Ce nouvel opus de Franck Hueso (tête tellement pensante de Carpenter Brut qu’il l’incarne à lui seul, du moins dans l’esprit artistique) envoie du lourd, et même du très très lourd. Attendait-on le garçon à ce niveau ? Oui et non. Oui, parce qu’avec Carpenter Brut dans les oreilles, on n’est jamais déçus. Non, parce que le précédent opus Leather Teeth (2018) m’avait un peu laissé sur ma faim. Pour ne contenir que huit titres, et parce que je l’avais trouvé un poil en deçà de l’exceptionnelle trilogie originelle et séminale EP I (2012), EP II (2013), EP III (2015), regroupée dans Trilogy (2015). Leather Teeth inaugurait d’ailleurs une nouvelle trilogie, avec un nouveau parti pris : narrer musicalement les aventures de Bret Halford, lycéen tout droit sorti de la fin des 80’s, au travers de trois vraies-fausses BO de trois vrais-faux films de série Z inspirés des slashers de bon goût. Faisant ce choix, Carpenter Brut avait accentué ses inspirations cinématographiques, pour livrer un album entre pop-rock et glam-metal.

L’histoire globale prend place en 1987. Bret Halford est un lycéen un peu timide, sorte de Arnie Cunningham du film Christine, réalisé par John Carpenter (qui , au passage, n’a pas donné son nom au groupe, mais dont l’influence musicale est réelle). Notre Bret est (évidemment) total in love de Kendra, la cheerleader du bahut, qui ne veut (évidemment) pas de lui et l’éconduit (évidemment) sans trop de ménagement. Histoire de la séduire malgré tout, il se lance dans une carrière musicale, en devenant le chanteur du groupe Leather Patrol. Ce qui n’aura aucun effet sur la belle. En revanche, il fera l’objet de multiples brimades et humiliations, qu’il compte bien faire payer à ses auteurs. Avec Leather Terror, nous sommes quatre années plus tard. Bret Halford est devenu une grande star du glam-rock, mais aussi un psycho-killer en puissance qui va déchaîner sa vengeance en douze titres et une quarantaine de minutes.

L’album affiche une réelle évolution par rapport à son prédécesseur. Sur sa construction et sa narration tout d’abord, en profitant d’une autre galette sortie entre les deux Leather : la BO (réelle celle-là) de Blood Machines (film tout aussi réel) de Seth Ickerman. Un opus sorti en 2020 et dont nous avions parlé dans ces colonnes (à relire par ici pour les curieux), qui faisait la part belle à une intelligente progression dans le propos et les images qu’il accompagnait. On a vraiment cette sensation que, en passant par la case BO réelle, Carpenter Brut a appris beaucoup quant à la fabrication d’une soundtrack. L’ouverture martiale sur Opening title puis Straight outta hell est un générique évident qui plante le décor sans délai. Viennent ensuite dix autres morceaux plus diversifiés que dans Leather Teeth, offrant ainsi plus de scènes différentes tout en donnant à entendre une cohérence assez fascinante.

Leather Terror nous balade toujours sur le terrain hyper maîtrisé de la dark synthwave. Toutefois, les élans pop et glam-rock du précédent disque font place à d’autres influences très début 90’s : normal, l’action se situe en 1991. C’est l’occasion de retrouver du rock metal industriel rappelant furieusement Nine Inch Nails ou Rammstein. Du gros son qui tabasse ? Assurément, et ce ne sont pas des Imaginary fire ou Leather Terror (le titre, en clôture de l’album) qui me feront mentir. Vous allez en prendre plein la tronche. Tout comme vous ne sortirez pas indemnes de l’excellent Color me blood, titre malsain et torturé qui renvoie immanquablement à The Perv, ou encore de la presque dernière ligne droite Stabat Mater puis Paradisi Gloria, sorte de dernier mouvement lyrique apocalyptique à la sauce Carpenter Brut. Seuls deux moments d’accalmie sur ce disque : « … Good night, Goodbye » qui joue sur une ambiance inquiétante piano/nappes de synthés/glitches sonores puis voix, et plus loin Lipstick masquerade, sorte de bonbon pop/dance façon Madonna des 90’s éclairé aux néons fluos.

L’ensemble est puissant, porté par une pierre angulaire située en plein milieu de l’album. Le diptyque Day Stalker / Night Howler (littéralement Harceleur de jour / Rôdeur de nuit) résume à lui seul, par ces deux titres enchaînés, toute l’énergie de Leather Terror. Tel le climax de l’album, ce moment d’anthologie musicale débute comme un Giorgio Moroder façon thème principal de Midnight Express (encore une BO…) pour monter en intensité. Une forme d’excitation intérieure chez Bret Halford, qui doit autant à ses envies de carnage sanglant que de sexe sauvage et passionné (mais non assouvi) avec la pom-pom girl de son cœur. Cette tension intense incroyablement retranscrite en deux titres ne trouve sa délivrance et son soulagement que dans Lipstick masquerade, le morceau pop/dance déjà évoqué qui dégouline à la fois de sucre, de sueur et d’un rouge à lèvres sensuel et sanguinolent.

Leather Terror permet à Carpenter Brut de poursuivre l’histoire de Bret Halford au son de sa BO imaginaire, en étant un album intense, riche, varié et implacable. En mode slasher crade et malsain mâtiné d’une évidente charge sexuelle, on plonge avec ce disque dans une série Z fantasmée et fantasmagorique qui ne laisse aucun répit. Leather Terror réussit même un tour de force remarquable : alors qu’il est énergivore à souhait de par son intensité, on en redemande dès le disque terminé, en relançant la galette pour une nouvelle écoute. Carpenter Brut est de retour et vous n’êtes pas prêts, mais foncez quand même. Ce serait une monumentale erreur que de passer à côté de Leather Terror.

Raf Against The Machine

Top de fin d’année 2020

Voilà une catégorie que l’on alimente bien peu souvent sur Five-Minutes. Et pour cause. Il est néanmoins venu le jour de la dépoussiérer pour regarder une dernière fois dans le rétro. Oui, 2020 s’achève et on ne la regrettera pas. On l’a dit et redit : rarement année aura été aussi minable et à chier, sur à peu près tous les plans. Réussissant même à faire jeu égal avec ma 2015 à titre perso, et la surpassant de très loin si je regarde la globalité des faits, en faisant preuve d’altruisme. Donc 2020 casse-toi, on a hâte de passer à la suivante, même si, à bien y regarder, 2021 pourrait être assez grandiose également, puisque rien ne laisse espérer un twist encourageant dont le destin aurait le secret. Quoiqu’il en soit, s’il y a tout de même quelques bricoles à tirer de 2020, certaines se situent dans nos oreilles. Ça tombe bien, on est sur Five-Minutes et voici donc venu le moment de mettre en avant ce qui m’a accompagné (et bien souvent permis de tenir) dans cette misérable année.

Précision : la plupart des albums/titres évoqués ont fait l’objet d’un article sur le blog, lisible en cliquant dessus lorsqu’ils sont mentionnés. Et après chaque paragraphe, pour respirer, des pépites à écouter. Une rétrospective à parcourir/lire/écouter à votre rythme, comme bon vous semble.

2020 et son podium à 5 marches

De façon classique, je pourrais faire un Top 10 des albums de l’année, mais je préfère que l’on réécoute quelques bouts de galettes qui ont réussi à me toucher au-delà du raisonnable. Une sorte de Top 2020 totalement subjectif, où l’on n’écoutera pas que du 2020 d’ailleurs. En premier lieu (ou sur la première marche si vous préférez), il y a sans grande surprise Woodkid et son deuxième LP S16. Album sublime autant qu’il est sombre et pénétrant, voilà bien un disque qui a secoué ma fin d’année 2020. Quelques mois plus tôt, Woodkid avait déjà marqué l’été, avec Woodkid for Nicolas Ghesquière – Louis Vuitton Works One, soit plusieurs de ses compositions pour les défilés de mode Louis Vuitton. Deux moments musicaux incontournables pour moi, et qui placent cet artiste tout en haut. Woodkid succède donc à Thomas Méreur qui nous avait gratifié en octobre 2019 de son Dyrhólaey. Un album instantanément propulsé « Mon disque de l’année 2019 », mais qui, pour tout dire, a également beaucoup tourné en 2020. Parce qu’il est arrivé fin 2019. Et aussi parce qu’il est exceptionnel.

Juste derrière ces deux artistes, et sorti dans les mêmes moments que le EP Louis Vuitton de Woodkid, le EP Air de Jeanne Added, accompagné de son long et magnifique court métrage, a également bouleversé ma fin de printemps. En 8 titres, dont l’exceptionnel et imparable If you could let me be, voilà un opus de très haute volée qui concentre tout le talent de Jeanne Added, tout en allant un peu plus loin dans l’idée de concept EP. Comme un long morceau d’une trentaine de minutes, construit en plusieurs mouvements. Toujours sur le podium, sans place précise, le retour gagnant de Ben Harper le mois dernier avec Winter is for lovers : un album total instrumental et minimaliste, interprété uniquement sur une lap-steel guitare. Le résultat est inattendu et bluffant, de la part d’un grand musicos qui s’était, à mon goût, montré moins créatif ces dernières années. Autre opus sur le podium, tout aussi inattendu et bluffant : Trésors cachés & Perles rares, proposé par CharlElie Couture. Relecture et réinterprétation de titres anciens un peu oubliés ou restés dans des tiroirs, ce LP arrivé finalement assez vite après Même pas sommeil (2019) confirme, si besoin était, le talent et la créativité du bonhomme. Ainsi que sa capacité à se réinventer sans cesse. Ce qui est bien, finalement, en grande partie ce qu’on attend des artistes.

Ouvre les yeux et écoute

Cette année 2020 a aussi été marquée par des BO de très haute volée, dans des genres différents, qui ont tourné en boucle par chez moi. Blood Machines de Carpenter Brut accompagne le film éponyme de Seth Ickerman. Ce nouvel opus confirme toute la maîtrise synthwave de l’artiste, pour un travail collaboratif qui rend hommage au ciné SF des années 80 et à ses BO tout autant qu’à l’univers cyberpunk. Dans un tout autre style, mais pour rester dans la SF, 2020 aura vu la réédition dans un magnifique coffret 4 LP de l’OST du jeu vidéo NieR: Automata, et de ses préquels NieR Gestalt/Replicant. Sortis respectivement en 2017 et 2010, et donc accompagnés de leurs BO, on ne peut pas dire que ce soit du très neuf. Cependant, la réédition vinyle a été l’occasion pour moi de découvrir toutes ces compositions hallucinantes de Keiichi Okabe, tout comme le confinement du printemps m’a permis de plonger dans Nier: Automata pour découvrir, 3 ans après sa sortie, un jeu qui se place direct dans mon Hall of Fame du JV. Plaisir à venir : le printemps 2021 verra la sortie du remake PS4 de NieR Replicant, histoire de compléter la saga. Côté JV toujours, difficile de ne pas mentionner l’OST de Persona 5, sorti en 2016 au Japon et en 2017 ailleurs, et bénéficiant d’une version Royal depuis 2019 (Japon) et mars 2020 chez nous. Un jeu d’exception qui dégueule la classe à chaque instant, et sa BO n’y est pas pour rien. Enfin, sans m’attarder car j’en ai parlé pas plus tard que la semaine dernière, la BO de l’anime Cowboy Bebop, elle aussi excellente dans son genre, a bien accompagné ces derniers jours de 2020, à la faveur là aussi d’une chouette réédition.

Des rééditions et du plaisir renouvelé

Transition toute trouvée pour revenir, justement, sur quelques rééditions importantes en 2020, notamment sur le support vinyle. Certains diront que ce dernier retrouve ses lettres de noblesse, alors qu’en vrai il ne les a jamais perdues. Number one : PJ Harvey et l’entame de la réédition de sa complète discographie. Les festivités ont débuté mi-2020 avec Dry, et se poursuivent toujours à l’heure actuelle. On attend pour fin janvier Is this desire ? et sa galette de démos. Oui, c’est l’originalité et la beauté de cette campagne de réédition : chaque album solo est accompagné du pressage parallèle des démos de chaque titre. En bref, des ressorties de haute qualité, sur le fond comme sur la forme. Même combat chez Pink Floyd, avec le retour en version augmentée et remixée/remasterisée du live Delicate Sound of Thunder. Une prestation de très haute volée qui se voit magnifiée d’un packaging du plus bel effet, mais surtout d’un son nettoyé et retravaillé pour rééquilibrer l’ensemble et ressusciter les claviers de Rick Wright sans qui Pink Floyd ne serait pas Pink Floyd. Fascinant et indispensable. Tout comme Gainsbourg en public au Palace, republié en septembre dernier en double LP 40 ans après sa première sortie. Un nouveau mixage là encore, qui fait la part belle à l’essence même du son reggae adopté à l’époque par Gainsbourg : basse bien ronde et percussions détachées bien mises en avant, pour accompagner la voix de Gainsbourg qu’on n’a jamais aussi bien entendue pour cette captation.

Les incontournables, hors du temps

Voilà ce qui ressort de mon année musicale 2020, ce qui fait déjà de quoi occuper une bonne poignée d’heures. Toutefois, ce top de l’année serait bien incomplet si je n’évoquais pas des hors temps/hors catégories qui m’ont largement accompagné pendant ces 12 mois. A commencer par Archive, encore et toujours. Le groupe n’en finit pas de me coller à la peau, et ce n’est certainement pas le duo 2019-2020 qui va changer les choses. Pour rappel, les londoniens ont entamé en 2019 la célébration de leurs 25 années d’existence, avec dans l’ordre la sortie d’un méga coffret sobrement intitulé 25, puis une tournée dantesque et toujours sobrement intitulée 25 Tour qui a donné lieu à un album 25 Live offert en ligne. Clôture des festivités en cette fin 2020 avec Versions (août 2020), un album d’auto-relecture de 10 titres, puis Versions: Remixed (novembre 2020), ou 11 titres revisités presque du sol au plafond. Archive toujours donc, tout comme Hubert-Félix Thiéfaine et la totalité de sa discographie. J’avais fait de Petit matin 4.10 heure d’été (2011) un son estival, mais au-delà ce sont tous les titres de HFT qui reviennent régulièrement m’emporter, me porter ou me supporter (au choix du mood).

Et pour quelques pépites de plus…

Question mood justement, la plongée dans les archives de Five-Minutes m’a permis de voir que j’avais chroniqué deux fois, sans m’en apercevoir, Where is my mind ? (1988) de Pixies : une fois en Five Reasons, une autre en Reprise Ça ne trompe pas, puisque c’est un titre qui me hante depuis des années, dans sa version originale comme dans ses multiples reprises, et qui a bien trouvé sa place en 2020. Et puisqu’on en est à des titres récurrents et persistants, je pourrais terminer en citant en vrac Bright lies (2017) de Giant Rooks, Cornerstone (2016) de Benjamin Clementine, Assassine de la nuit (2018) d’Arthur H, Indigo Night (2018) de Tamino ou encore Sprawl II (Moutains beyond moutains) (2010) d’Arcade Fire.

Nous arrivons au bout de cette virée dans mon 2020 musical, en même temps que nous atteignons le bout de l’année. Un peu plus tôt dans la journée, Sylphe a livré un gargantuesque double top 2020 fait de 20 albums et 60 titres. Je vous invite évidemment à y plonger, histoire de passer en 2021 avec du bon son. Avant de laisser 2020, un grand merci à vous tous qui nous lisez régulièrement ou plus épisodiquement, puisque comme l’a expliqué Sylphe, nous avons doublé la fréquentation du blog cette année. Voilà qui fait très chaud au cœur et qui nous incite à poursuivre l’aventure ! Une aventure dans laquelle j’ai plongé voici quelques années à l’invitation de Sylphe, et que je peux bien remercier lui aussi très chaleureusement : si ce monde, qu’il soit de 2020 ou pas, reste supportable et vivable, c’est grâce à quelques potos comme lui et à la musique. Five-Minutes réunit les deux. On vous retrouve en 2021 ?

Pour le plaisir, un dernier son culte tiré d’un album total culte (et ce n’est pas Sylphe qui me contredira) : Christmas in Adventure Parks by Get Well Soon. Ou le nom d’un artiste qu’on aimerait être un bon présage pour la suite.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°24: Maniac de Carpenter Brut

Afin de rassurer la multitude de lecteurs angoissés par mon silence et ne souhaitant pas être le sujet d’une alerte enlèvement en plein milieu des vacances, je vous fais un petit signe avant de repartir savourer les contrées bretonnes. En même temps, je ne suis pas inquiet car vous êtes entre de bonnes mains avec mon ami Raf Against The Machine… Le son du jour devrait bien plaire à ce dernier car il est fan de Carpenter Brut dont il vous a déjà parlé ici-même pour le clip de Le Perv (voir ici ) ou la BO de Blood Machines (voir ici ). De mon côté, j’avoue ne pas être un très grand connaisseur des albums mais je suis régulièrement séduit quand mes esgourdes tombent sur un titre de Carpenter Brut et ce fut le cas hier en tombant sur sa reprise de Maniac.

A moins de vivre dans une grotte de troglodytes coupée du reste du monde depuis des décennies, le titre Maniac est connu de tous. Il fait partie de notre culture musicale commune en tant que titre-phare de la BO du film Flashdance (1983) et titre qui parcourt les ondes depuis presque 4 décennies. Ce titre qui est le seul fait marquant d’un certain Michael Sembello représente à mon sens la quintessence du titre feel good qui te donne une énergie de fou. Influence du film oblige, j’ai à chaque fois envie d’enfiler un justaucorps sur mes abdos de rêve (à prendre au sens littéral…), danser à fond et accessoirement courir sur place comme un dératé. Sonorités 80’s, rythmique up-tempo, chant de qualité, refrain addictif et riffs bien sentis, ce titre frôle la perfection. Vous pourrez le savourer à la fin de l’article, je vous ai laissé une vidéo avec des images de Flashdance pour que vous perceviez la marge de progression qu’il vous reste concernant la souplesse, et ce malgré vos 2 mois de confinement rythmés par les sessions de Gym direct…Vous noterez qu’en 1983 on ne s’embêtait pas trop à filmer le visage lorsqu’on filmait une danseuse…

Revenons à notre reprise de Carpenter Brut. Ce titre est joué en live depuis CARPENTERBRUTLIVE (2017) mais possède une version studio depuis seulement mai dernier. La logique est imparable: je me fais suer pendant le confinement = je mange tout le temps = je vais faire un peu de gym pour limiter les dégâts = ma grande soeur n’arrêtait pas de regarder Flashdance = tiens mais j’ai une cover de Maniac que j’aime jouer en live, je vais en faire une version studio car j’ai du temps devant moi… Avec la voix de Yann Ligner de Klone et Adrien Grousset d’Hacride à la guitare, le tout mixé par Tom Dalgety (Rammstein!), le résultat très respectueux de l’original est traversé par un souffle électrique savoureux. Si vous avez déjà du mal à suivre la rythmique du morceau de Michael Sembello, ne tentez pas de danser sur la version de Carpenter Brut pour éviter tout accident cardiaque… Voilà en tout cas un morceau assez jouissif! Allez je file, c’est l’heure de mon cours sur Gym Direct, bon été à tous et enjoy!

Sylphe

Ciné-Musique n°7 : Blood Machines (2020) de Seth Ickerman + Carpenter Brut

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Visuel  Blood Machines from Bloodmachines.com

Petite interruption de la balade dans le carton à souvenirs, puisqu’on me signale dans l’oreillette que le nouveau Carpenter Brut est sorti, sous la forme de la bande originale de Blood Machines. Qui ? Quoi ? Quand ? Comment et pourquoi ? On rembobine la VHS et on reprend les bases pour mieux comprendre où on en est.

Derrière Carpenter Brut, il y a Franck Hueso. Le garçon débute sa discographie en 2012 avec un premier album de 6 titres sobrement intitulé EP I. Suivront assez logiquement les EP II (2013) et EP III (2015), aujourd’hui regroupés dans le gros album Trilogy. Représentant de la synthwave (genre musical et artistique né dans les années 2010 et très inspiré par les films et la musique des années 1980), Carpenter Brut a même creusé son sillon dans le sous-genre musical darksynth, basé sur le métal, les sonorités sombres et les musiques de films d’horreur. En est logiquement sorti en 2018 l’album Leather Teeth (littéralement les dents en cuir, tout un programme), vraie fausse BO d’un film imaginaire qui aurait tout à fait trouvé sa place dans les vidéo-clubs des 80’s au rayon Horreur.

Transition toute trouvée pour évoluer vers la galette qui nous intéresse aujourd’hui. Plus exactement la galette virtuelle, puisqu’à ce jour Blood Machines OST n’est disponible qu’en version numérique. Le vinyle est annoncé, mais sans date pour le moment. Le nouveau disque de Carpenter Brut est, cette fois, la vraie BO d’un vrai film, lui aussi intitulé Blood Machines. Aux commandes de ce court métrage de 50 minutes, on trouve Seth Ickerman (aka Raphaël Hernandez et Savitri Joly-Gonfard). Si le nom vous dit quelque chose, c’est normal : le titre Turbo Killer (2015) de Carpenter Brut était déjà mis en images par le duo. Ça raconte quoi ? Une sorte de fils illégitime de Mad Max et de K2000 en mode furieux, qui vole au secours d’une beauté brune en transe prisonnière de mystérieux et malfaisants personnages, dans une ambiance sonore plutôt gros son. Comme on est sympas sur Five Minutes, on vous met le clip à déguster sans tarder (avant de reprendre la lecture juste en dessous).

Important d’avoir en tête ce Turbo Killer, puisque Blood Machines en est la suite. On y retrouvera Mima, cette jeune femme délivrée de sa prison pyramidale, dans une histoire dont le pitch envoie plutôt du lourd : « Deux chasseurs traquent une machine qui tente de s’émanciper. Après l’avoir abattue, ils assistent à un phénomène mystique : le spectre d’une jeune femme s’arrache de la carcasse du vaisseau comme si elle avait une âme. Cherchant à comprendre la nature de ce spectre, ils entament une course-poursuite avec elle à travers l’espace. » (site officiel Bloodmachines.com). Le spectre de la jeune femme, c’est justement Mima, dont on a fait, assez fortement ému, la connaissance dans Turbo Killer. Vous suivez ?

Blood Machines fait dans la science-fiction, entre cyberpunk et space opera. Entre Blade Runner et Star Wars version dark, avec une touche du John Landis du clip de Thriller en 1983. Là encore, logique pour un duo qui a pondu un premier film Kaydara (2011) se déroulant dans l’univers du Matrix des Wachowski (si ça vous tente, Kaydara est visible via ce lien). Blood Machines est visuellement ambitieux et très alléchant (voir la bande-annonce ci-dessous), mais pour le moment impossible à voir légalement en France : aucun distributeur ne s’est manifesté pour diffuser ce qui semble être une petite pépite, bien que le site officiel nous promette des nouvelles pour bientôt. En revanche, ce sera dispo pour les backers du Kickstarter le 20 mai prochain, et ça débarque dès le lendemain 21 mai sur Shudder, la plate-forme de streaming d’AMC Networks. Prenons donc notre mal en patience. Et pour patienter, quoi de meilleur que de s’écouter la BO de Blood Machines ? (#l’artderetombersursespiedsenfind’article)

Disponible donc à l’achat (5 malheureux euros sur Bandcamp, c’est donné !) et en streaming depuis quelques jours, le versant sonore et musical de Blood Machines regroupe 13 titres, pour une durée totale de 36 minutes. Oui, 36 minutes pour un film qui en fait 50, ça veut dire que la place laissée à l’ambiance sonore est très grande. Quelle ambiance me direz-vous ? A l’image des influences visuelles de Seth Ickerman, Carpenter Brut conduit sa BO sous deux influences majeures. On alterne entre du Giorgio Moroder un peu vénère (comme dans le Blood Machines Theme) et du Vangelis de Blade Runner ou du Benjamin Wallfisch/Hans Zimmer de Blade Runner 2049 (sur une bonne partie du reste de l’album). Deux ambiances qui se répondent d’un morceau à l’autre, quand elles ne se croisent pas au sein d’un même titre. Ce qui, entre nous soit dit, colle totalement à ce que l’on connait de ce Blood Machines. D’un côté, du synthé ronflant et boosté par une batterie qui tabasse, histoire de bouger son corps. De l’autre, du synthé balancé par nappes aériennes, fantomatiques et parfois inquiétantes, comme pour nous plonger dans un monde que l’on frisonne de connaitre tout en n’ayant aucune envie d’y vivre.

Blood Machines OST c’est tout ça à la fois, et bien plus encore : le son Carpenter Brut est évidemment présent et immédiatement identifiable, au-delà de toute influence déjà évoquée. C’est excellent, comme toujours. Le seul problème de cet album ? Nous donner furieusement envie de voir (enfin) ce Blood Machines, mais aussi d’occuper nos journées de confinement en se refaisant une bonne partie de nos références musicales et cinématographiques SF/Cyberpunk. Comme effets secondaires, on a connu bien pire. En un mot comme en cent : foncez !

Raf Against The Machine

Clip du jour n°14 : Le Perv (2012) de Carpenter Brut

Cette semaine, j’ai failli vous parler de la BO de Peaky Blinders, très grande série autour de la vie, de la famille et des magouilles de Thomas Shelby. J’ai failli, mais ledit album n’est pas arrivé à temps chez moi. On en reparle très bientôt. Pour patienter, je vous ai dégoté un clip tout public et d’une fraîcheur printanière.

Je plaisante. S’il y a des enfants, c’est le moment de les éloigner de l’écran. Les images du jour accompagnent Le Perv, morceau composé par Carpenter Brut en 2012. Rien que le titre, ça met un peu la puce à l’oreille non ? Pour les étourdis ou les rêveurs qui seraient passés à côté de Carpenter Brut (aka Franck Huesco), rappelons qu’il s’agit d’un des plus grands musicos électro français. Le garçon nous inonde de bon son depuis 2012 et connait un succès assez retentissant par chez nous, mais aussi à l’étranger et notamment aux Etats-Unis.

La recette ? Une bonne dose de synthwave (combo influence films et musiques des années 80), saupoudrée de darksynth (un mix de sonorités sombres, de métal et de BO de films d’horreur). Et, comment vous dire, ça fonctionne extrêmement bien, à l’image de ce Perv qui synthétise (#vousl’avez?) tous les bons ingrédients du Carpenter Brut. Le son est volontairement dark et inquiétant, tout autant que lourd et pesant. Et surtout, le son est gros, craché par des synthés de l’époque.

Pour accompagner ce morceau de dingue, un clip en forme de vraie-fausse bande-annonce d’un vrai-faux film d’horreur 80’s. Sur la forme, c’est bluffant de talent. Tous les codes du genre et de l’époque sont présents : tenues vestimentaires, coiffures, qualité de l’image, cadrages, titres… Sur le fond, c’est à la fois excitant et dérangeant à souhait, avec des femmes peu vêtues, des seins dénudés, des corps qui suent et des positions suggestives et lascives, que vient troubler une espèce de pervers malaisant équipé d’une longue aiguille, substitut phallique et expression perturbante d’une pulsion de pénétration .

J’avoue avoir galéré un moment à vous trouver un lien accessible pour visionner cette petite merveille : sur Youtube, par exemple, il faut s’identifier pour justifier de son âge ^^ Voilà qui donne une autre idée de l’objet ! Je vous propose donc la version son, avec juste au-dessus un lien pour aller directement se balader sur le site de Carpenter Brut (page vidéos) et visionner notre clip du jour.

Je vous laisse savourer ce moment de douceur et de sérénité, en vous donnant deux conseils ultimes. Premièrement, n’hésitez pas à écouter le reste des compos de Carpenter Brut, c’est jouissif et d’une intelligence folle. Deuxièmement, n’écoutez surtout pas ça sur de minuscules enceintes. Faites moi le plaisir de dégainer ce Perv (et autres titres) sur une bonne grosse chaine, avec le son qui envoie. Une dernière chose : ce titre a été utilisé il y a quelques années dans un publicité Adopte un mec. On peut parler de sens de l’humour assez avancé.

Lien Page Vidéos de Carpenter Brut

Raf Against The Machine