Son estival du jour n°6: No Cars Go d’Arcade Fire (2003 et 2007)

Voilà la quintessence du titre qui me donne foi en l’humanité et m’imprime un sourireArcade Fire indélébile sur le visage avec ce No Cars Go d’Arcade Fire! Fan de la première heure des canadiens, ayant eu la chance d’assister entre autres à leur premier concert à Rock en Seine un après-midi de 2005 où ils ont joué le bijou Funeral, je me contenterai de dire qu’Arcade Fire est une des pierres fondatrices de ma passion pour la musique indépendante… Je pourrais vous faire un bon mois de pépites intemporelles avec les titres de la bande formée autour du duo Win Butler/ Régine Chassagne mais aujourd’hui je vais me contenter de partager le brillantissime No Cars Go qui était paru sur le premier EP du groupe Arcade Fire en 2003 avant d’être réenregistré et de faire une nouvelle apparition remarquée sur le très sombre Neon Bible en 2007.

Ce morceau brille par son énergie positive, la richesse de son orchestration avec l’accordéon et les violons, et la structure du morceau qui joue sur les contrastes entre la douceur du milieu qui ouvre le chemin à une montée finale toute en tension qui touche au sublime. 14 ans après, j’ai toujours des frissons à l’écoute de ce morceau et vous? Enjoy!

Je vous laisse avec un bel après-midi d’août 2005, une parenthèse enchantée où les plus connaisseurs(ses) d’entre vous remarqueront avec plaisir la présence du prodige Owen Pallett au violon… A savourer sans aucune modération..

Sylphe

Five reasons n°11 : Everything not saved will be lost part. 1 (2019) de Foals

Foals_Standard_pk3000x3000_0On avait laissé Foals pas tout à fait en mauvaise posture, mais sur un album en demi-teinte. What went down, sorti en 2015, avait peiné à convaincre. Non pas qu’il était mauvais : voilà un album rock, avec des guitares et de l’énergie. Mais, au regard des albums précédents avec notamment Holy fire (2013) et surtout l’excellent Total life forever (2010), Foals semblait un peu en perte de vitesse et donnait l’impression d’avoir perdu son identité. Des groupes comme Arcade Fire, Archive ou encore Foals nous ont habitués à teinter chacune de leur galette d’une touche bien personnelle et immédiatement identifiable. Or, ce feu sacré (#vousl’avez?) foalsien était quelque peu retombé avec What went down. C’est donc avec à la fois appréhension et excitation que l’on attendait ce nouvel opus, pour savoir si la flamme est de retour.

La réponse est oui, absolument oui. Foals livre avec Everything not saved will be lost part. 1 son meilleur album depuis ce Total life forever porté aux nues. Et peut-être son meilleur album tout court. C’est une raison suffisante pour vous jeter dessus, mais pour convaincre les plus hésitants, en voici cinq autres.

  1. Cet album est d’une cohérence assez incroyable. On ne parlera pas de concept-album (c’est bien autre chose), mais d’une galette dont vous n’apprécierez la grandeur qu’en écoutant les titres dans l’ordre, les uns après les autres. Piocher l’un ou l’autre au hasard reviendrait, comme dans tout bon album, à passer à côté des intentions et du voyage proposé.
  2. Foals se livre à un énorme travail sur les sons et sonorités, à la fois en termes de recherche et de construction. Les différentes pistes mélangent des instruments qu’on pensait incompatibles, dans un savant équilibre avec la voix selon l’ambiance souhaitée. Moonlight ouvre la danse avec son synthé et une guitare lunaires et la voix de Yannis Philippakis, alors que plus loin, White onions mixera des sons très aériens et d’autres bien plus gras et ronflants. Ce cocktail est inattendu 4 ans après What went down, mais il est réussi et autrement plus excitant.
  3. La force d’un album réside aussi dans sa capacité à glisser en nous, sans qu’on s’en aperçoive, une mélodie qui ne nous quittera pas. C’est le cas avec notamment In degrees, son ambiance groovy et sa ligne de basse saturée en boucle, qui me rappelle l’effet que m’avait fait Everything now de Arcade Fire, sur l’album éponyme. Ou encore On the luna, qui ouvre la face B avec un son très 80’s et plein de bonne énergie.
  4. Transition toute trouvée… Everything not saved will be lost part. 1 est un disque monstrueusement bourré d’énergie. Dès Exits, qui fut le premier single sorti, Foals lâche les chevaux (#vousl’avezbis?) dans une composition rappelant furieusement Depeche Mode qui aurait branché une guitare un peu lourde pour quelques riffs bien gras. L’énergie ne faiblit pas d’un iota, même lors de titres apparemment plus calmes, comme Café d’Athens avec sa voix plus posée tel un instrument parmi le vibraphone et les percussions très présentes. Ou encore Sunday, ou la ballade revisitée par Foals : un titre d’éveil du dimanche matin qui évoque le corps tiède de son amoureux.se sortant de sa nuit pour venir se blottir en nous.
  5. L’album se clôt avec un titre à la fois provocateur et teaser à mort : I’m done with the world (& it’s done with me). D’une, c’est ici un peu la renaissance de Foals et c’est donc paradoxal de dire qu’on en a fini. De deux, on sait bien qu’on est loin d’en avoir fini, puisque l’opus Part. 2 sortira à l’automne, et il est inutile de préciser qu’on a très très hâte d’entendre ça. Pirouette ultime pour ce Part. 1 : un titre piano-voix-synthés, en décalage complet avec l’avalanche rock du reste des titres, comme une façon de dire « Et oui, ça aussi on sait le faire ».

Everything not saved will be lost part. 1 est sorti en mars dernier, et si vous ne vous êtes pas encore jetés dessus, foncez ! Et pour allier le plaisir des oreilles et des yeux, je ne saurais que trop vous conseiller le format vinyle, qui permet d’apprécier pleinement la splendide pochette créée pour l’occasion.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°3 : Common people (1995) de Pulp

Histoire de prolonger la digression de mon ami Sylphe… Oui, nous avons pris une belle calotte scénique voici quelques jours avec le concert à la fois survitaminé et bourré d’émotions en tout genre de Her. On ne peut que saluer la prestation incendiaire et tout en classe de Victor Solf, emmenant jusqu’au bout ce projet et transcendant son amitié avec Simon Carpentier dans une leçon d’humanité, d’humilité et de fidélité. Là où il se pose, le projet Her démontre que des liens aussi forts et puissants entre deux êtres ne peuvent être rongés par rien au monde. Une putain de leçon à cette putain de vie. Respect.

En marge de ce concert (comprendre au bar post-concert), la playlist a rappelé à nos oreilles la pépite intemporelle que voici : Common People de Pulp, gravée sur l’excellent album Different Class (1995). Cette année-là, je chantais pour la première fois, le public ne me connaissais pas… Bref, cette année-là, ou plutôt dans les années 90, la britpop vit de belles heures, toutefois monopolisées par la (fausse) guerre entre Blur et Oasis. Derrière ces deux groupes polariseurs de l’attention, il ne faudrait pas oublier d’autres grandes formations comme Suede, The Verve, Cast, les Stone Roses, ou bien encore Pulp.

Different class est le 5e album studio de la bande à Jarvis Cocker, et je ne cache pas que si l’album a tourné en boucle à l’époque, c’est bien ce Common People qui reste pour moi d’une efficacité sans nom. Côté sonorités et énergie, on se croirait plongés dans un Arcade Fire, alors que c’est bien entendu impossible puisque Pulp était déjà en fin de vie que les Canadiens faisaient tout juste surface. Il n’empêche que le titre envoie une énergie assez ravageuse, que l’on retrouvera chez Arcade Fire dans Rebellion (Lies) (2004-2005) ou encore dans Sprawl II (Mountains beyond mountains) (2010). Pour la mise en images, gageons que nos amis québécois ne renieraient sans doute pas le clip de Pulp ici présent, qui mélange à la fois trouvailles visuelles et ambiance bien décalée qui font plaisir. Rien de surprenant toutefois, lorsqu’on est originaires d’un pays où il est possible de s’asseoir au bord d’un fleuve pour regarder passer les baleines, et où l’on peut partir explorer l’archipel des Mille-Îles.

Que raconte Common People ? La triste et consternante histoire d’une jeune bourgeoise qui aimerait vivre parmi et comme les common people. Autrement dit, le rêve d’une jeune friquée de sortir de son monde doré pour s’encanailler avec les gens du peuple, histoire de ressentir le grand frisson et de se sentir en vie. C’est bien le problème de ces gens-là, drapés dans leurs oripeaux et réfugiés dans des vies dépourvues de vraies relations humaines : compliqué de se sentir mort à l’intérieur malgré une abondance matérielle et superficielle. Tous les moyens sont alors bons pour tenter de retrouver un souffle de vraie vie, en fréquentant les gens ordinaires qui eux gardent les pieds sur terre et savent ressentir des émotions sincères et simples. Qui, en d’autres termes, vivent.

Ce qui est d’avance voué à l’échec, puisque les codes sociétaux et les modes de vie sont bien trop radicalement différents. Un thème vieux comme le monde : les classes sociales sont-elles fongibles entre elles ? Non. Les riches vivent entre riches, les classes populaires restent entre elles. S’il en était autrement, Bourdieu n’aurait pas écrit La reproduction, Renaud n’aurait pas écrit Adieu Minette et Brassens n’aurait pas mis en musique Les oiseaux de passage, magnifique texte de Jean Richepin. Un dernier exemple que je vous propose de réécouter pour clore ce papier du jour.

Raf Against The Machine