Son estival du jour n°19 : Kalia (2016) de Chapelier Fou

Chapelier-Fou-KaliaPetite virée électro aujourd’hui avec Kalia, un mini-album publié en 2016 par Chapelier Fou. Mini-album, parce que chacun des 9 titres fait entre 2 et 3 minutes. A l’arrivée, une courte mais jolie balade sonore dans des ambiances aussi raffinées que variées.

Kalia est, à l’origine, un travail de commande. Les différents morceaux composent la bande son du projet d’installation d’art numérique Les métamorphoses de Mr. Kalia. Un projet artistique élaboré par Béatrice Lartigue et Cyril Diagne, et présenté à Londres en 2014 au Barbican Center, dans le cadre de l’exposition Digital Revolution qui a également accueilli Björk ou Amon Tobin (certaines sonorités de Kalia rappellent d’ailleurs fortement tout le travail de Tobin sur les micro-cliquetis).

Pas très étonnant, sachant cela, que Kalia nous emmène à travers neuf métamorphoses sonores. Chapelier Fou est multi-instrumentiste et le prouve dans cet opus qui propose tour à tour des synthés, des boucles rythmiques, du violon, du piano, de la guitare… Neuf titres comme autant d’états par lesquels on passe, toujours dans une ambiance à la fois intrigante et onirique.

Certaines compositions annoncent déjà Muance (2017), son album suivant, dont le titre-néologisme est une contraction de mutation et nuance. Toujours cette idée de mutamorphose (#NousAussiOnInventeDesMots) chère à ce magicien des sons qu’est Chapelier Fou. En somme, Kalia est le son parfait pour s’évader dans des contrées variées, sous différentes formes humaines, animales ou spirituelles. La classe Chapelier Fou, comme toujours.

Ci-dessous, deux titres extraits de Kalia, accompagnés de leurs images, puis le teaser des Métamorphoses de Mr. Kalia.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°10 : The land between solar systems (2002) de Mùm

Après la découverte Tamino de la semaine dernière, une nouvelle trouvaille piochée dans le fil de tweets de Thomas Méreur. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est possiblement parce que nous avons déjà parlé ici-bas ici même de son bel album en préparation (pour relire l’article en question, un petit clic ici vous y conduira). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que si le garçon compose de bien belles choses, il en connaît aussi un rayon et en fait profiter ses followers.

The land between solar systems constitue une de ses dernières propositions en date, que je lui emprunte donc sans vergogne, mais c’est pour le bien de tous, histoire de faire découvrir au plus grand nombre ce plaisir des oreilles. Plus de dix minutes en apnée dans un morceau totalement irréel et onirique, qui trompe d’abord un peu son auditeur en commençant sur des faux-airs de Meddle (1971) de Pink Floyd. Une sorte de mix entre le vent de démarrage de One of these days et des sonorités qui appellent le sonar d’ouverture de Echoes. Pourtant, très rapidement, c’est à un tout autre voyage que Mùm nous convie.

A propos, Mùm c’est quoi c’est qui ? Mùm est un groupe de musique expérimentale islandais qui œuvre depuis 1997. L’Islande, tiens donc… L’Islande donc, où Mùm concocte ses sons, basés sur un mélange d’électro et de mélodies planantes. Une rythmique plutôt composée de petits (voire micro) sons électroniques, parfois dissonants, parfois cliquetants comme dans certains titres d’Amon Tobin, sur laquelle viennent se poser des lignes mélodiques qui s’installent en boucle comme pour mieux nous envoûter. Nappes de synthés, instruments traditionnels aussi : Mùm mélange les genres et explore des terrains sonores où ils nous invitent.

Et on les suit volontiers, notamment au cœur de The land between solar systems qui constitue un des titres les plus aériens de l’album Finally we are no one (2002) dont il est issu, et qu’il clôt de cette dizaine de minutes illuminée par une voix hors du temps et de l’espace. C’est une descente au fin fond d’un lac islandais, à moins que ce ne soit une virée dans les cieux les plus perchés. Difficile de savoir où l’on en est au bout de quelques minutes. Quelques minutes ou quelques heures car, une fois immergé dans ce son, il est bien difficile de savoir à quel endroit du titre on se trouve. Une sorte de perte de repères temporels accompagne The land between solar systems, qui semble tout autant durer quelques secondes que des heures entières, sans jamais lasser.

Un morceau fascinant que l’on peut d’ailleurs laisser tourner en boucle pour s’y abandonner. Titre d’album de circonstances : Finally we are no one. Une sensation d’être personne, tout du moins une insignifiante poussière dans l’univers, entre plusieurs systèmes solaires. Une poussière qui retournera poussière, un amas de grains qui, là où il sera passé, aura essayé d’être et de vivre, tout en profitant de moments de lumière comme celui-ci, que je vous invite à partager. Thanks pour la découverte Thomas M.

Raf Against The Machine