Reprise du jour n°4 : Desolation Row de Bob Dylan (1965) par My Chemical Romance (2009)

Avant de poursuivre l’exploration de ce mois de novembre et de ses nombreuses belles sorties musicales, faisons une parenthèse reprise avec un de mes titres préférés, tout artiste et époque confondus. Desolation Row fête cette année ses 55 ans et clôt, du haut de ses 11 minutes et quelques, Highway 61 revisited, le 6e album de Bob Dylan.

D’un côté, donc, Bob Dylan aka Robert Zimmerman. Aujourd’hui 79 ans au compteur, il affiche 61 ans d’activité artistique à travers, bien sûr, sa musique, mais aussi la peinture et la sculpture. Des albums par dizaines, le prix Nobel de littérature en 2016 et, depuis 1988, un Never Ending Tour consistant en un enchainement incessant de concerts et de tournées : voilà qui est Dylan. Un artiste incontournable des 20e et 21e siècles et une des figures majeures de la musique populaire occidentale, qui a livré quelques-unes des plus belles galettes qui garnissent ma discothèque. Highway 61 revisited en fait partie. Bourré de pépites, il recèle notamment le célèbre Like a Rolling Stone, et donc notre Desolation Row du jour. D’une durée inhabituelle de plus de 10 minutes, ce titre est également inédit dans sa construction et dans sa narration. Comme quasiment chaque titre de Dylan issu de ses 7 premiers albums, Desolation Row est un classique absolu, un des piliers de l’univers dylanien et, au-delà, du monde folk-rock. Le genre de classique intouchable ? Oui, jusqu’à ce qu’une poignée de garnements décide de toiletter l’ensemble, de fort belle façon.

De l’autre côté, nous trouvons My Chemical Romance. Un quatuor de rock alternatif américain, qui a officié de 2001 à 2013, puis a fait son retour en 2019. Plutôt adepte d’un rock énergique et qui envoie le bouzin, la formation s’empare en 2009 de Desolation Row pour en livrer une version condensée, percutante et sans concession. Il est difficile, sur les premières notes, de reconnaître le classique de Dylan, tant My Chemical Romance a sorti les guitares et poussé à fond les potards. Vient ensuite se greffer la voix de Gerard Way qui, sans rechercher de comparaison facile, me fait penser à la fois à Billy Corgan des Smashing Pumpkins et Johnny Rotten des Sex Pistols. L’esprit punk est d’ailleurs assez présent dans notre reprise du jour, tellement on a la sensation d’entendre, en sous-titre de cette réinterprétation, une remarque du genre : « Ouais, on dézingue un classique dylanien, et si ça vous déplaît, tant pis. Never mind the bollocks ! » My Chemical Romance bouscule le classique et le réinvente, avec cependant tout le respect qui se doit.

Cette reprise de Desolation Row et cette sensation punk ont trouvé leur prolongement au cinéma, toujours en 2009. Lorsque s’amorce le générique de fin du film Watchmen, les gardiens de Zack Snyder, c’est le son de My Chemical Romance qui nous submerge. Or, qu’est donc Watchmen à l’origine ? Un comics/roman graphique sorti au milieu des années 80, sous la plume d’Alan Moore et Dave Gibbons. Mais pas n’importe quel comics : Watchmen est précisément une relecture du comics de super-héros, tout en distorsion et en punkitude. Tous les codes super-héroïques sont présents, pour être mieux dégommés, retournés, secoués. En réalité, My Chemical Romance fait avec le titre de Dylan ce que Moore a fait 30 ans plus tôt avec les classiques de la BD anglo-américaine. Dans un cas comme dans l’autre, c’est rock, c’est osé, c’est un peu bordélique, mais c’est intelligent et au final terriblement jouissif. Desolation Row par My Chemical Romance, c’est juste le son qu’il nous faut ce soir. Enjoy, comme dirait mon gars sûr Sylphe !

Raf Against The Machine