Pépite intemporelle n°21 : Far from any road (2003) de The Handsome Family

Alors que la saison 3 de True Détective vient de s’achever (#maisnospoilc’estpromis), il me revient l’effet incroyable que m’a fait cette série en 2014, lorsque j’ai découvert sa saison 1. Et peut-être encore plus les sensations ressenties à l’écoute du générique : Far from any road, ou la pépite country qui résonne à l’ouverture de chaque épisode, nous est livrée par The Handsome Family en 2003… 2003, l’année où le grand Johnny Cash nous a quittés. Une sorte de coïncidence qui se prolonge en musique, tant Far from any road rappelle les derniers enregistrements de Cash, les fameux American Recordings.

C’est ténébreux, crépusculaire et sidérant, comme une déambulation dans les bois et marécages fiévreux et sombres, là où sont passés avant nous Dale Cooper, Rust Cohle et bien d’autres cow-boys solitaires en quête d’un sens à leur existence et à ce monde qui nous entoure. C’est beau, prenant et imparable comme les 8 épisodes de la série. On ne pouvait rêver plus belle ouverture musicale. Même pas Johnny Cash. C’est dire.

Dernière chose : si vous n’avez pas encore vu True Detective – Saison 1, il est grand temps de vous rattraper. C’est sans doute une des plus grandes séries de ces dernières années et n’est pas loin, tout au fond de moi, d’égaler Twin Peaks. C’est dire.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°24: House of Glass de Cage The Elephant (2019)

Ma rencontre avec Cage The Elephant a été aussi intense que tardive lorsqu’en 2017 j’ai Cage The Elephantécouté le live Unpeeled qui, pour moi, reste un des plus beaux albums live jamais écoutés au côté du Alive 2007 des Daft Punk ou le Live from Mars de Ben Harper… L’émotion du chant de Matthew Shultz, ce blues rock assez intemporel capable de générer des pépites à foison (Sweetie Little Jean,Too Late To Say Goodbye, Trouble, Aberdeen, Cold Cold Cold, Cigarette Daydreams et j’en passe…) méritent d’être savourés et écoutés régulièrement comme remède contre la sinistrose.

Du coup, j’attends impatiemment depuis 2 ans de pouvoir savourer un album dès sa sortie et ce sera chose faite le 19 avril avec la sortie de Social Cues dont est tiré le son du jour, House of Glass. Après un Ready To Let Go très bon et somme toute assez classique dans la discographie des américains, House of Glass vient davantage brouiller les pistes avec ses 2 minutes 35 intenses. Rythmique uptempo tournée vers le dance-floor et chant tout en retenue et intériorité sur les couplets, le morceau suinte le stupre et l’angoisse. C’est électrique et électrisant et ça j’achète! (#gimmickdemerde)

Sylphe

Pépite intemporelle n°20 : On her Majesty’s Secret Service (1998) de Propellerheads

Son nom est Bond, James Bond, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les BO du célèbre agent secret ont toujours été de grands moments. Oui mais… Pourquoi diable n’avons-nous jamais été gratifiés dans un des films de ce bon gros remix ? Les Propellerheads ont pourtant mis du coeur à l’ouvrage, et ce On her Majesty’s Secret Service le prouve haut la main. Tout Bond se retrouve condensé en un peu plus de 9 minutes : action, suspense, glamour, saupoudrés d’electro big-beat classe comme on l’aime.

Les plus gourmands d’entre vous pourront d’ailleurs se goinfrer de tout l’album Decksanddrumsandrocknroll (1998), qui vient de fêter ses 20 ans, et dont ce morceau est tiré : les 13 titres sont tous excellents, et comme un autre clin d’œil, on retrouve la voix de Shirley Bassey sur un autre titre du LP, History repeating. Cette même Shirley Bassey qui enregistra jadis Diamonds are forever. Oui, encore un Bond. Et puisque la boucle est bouclée, passez vous donc cette galette en boucle (#vousl’avez?), vous ne le regretterez pas.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°19 : Outro (2011) de M83

Envie d’air et d’évasion ? On a ce qu’il vous faut sur Five-Minutes, avec une pépite déjà intemporelle malgré son jeune âge. Retour il y a moins de dix ans en 2011 avec Outro de M83.

Outro est tout simplement une petite merveille de 4 minutes qui étale plusieurs phases d’émotions en un seul titre. Tout commence avec une minute pile d’intro planante qui expose le thème principal, qu’on se prendra un peu plus tard en pleine tête, totalement étourdi (mais ça on ne le sait pas encore). Suivent 20 secondes de blanc et de silence absolu : faut quand même oser, en plein titre, planter son auditoire sans un son. Pourtant, le silence ça fait du bien parfois. Et ce que l’on comprendra, c’est le génie de ces 20 secondes de silence, pour mieux nous faire jouir de la suite.

La suite, c’est le thème principal déjà savouré dans l’intro avec d’infimes variations, et surtout une voix et du texte. Un texte si court et si puissant qu’on ne peut que le rapporter ici : « I’m the king of my own land / Facing tempests of dust, I’ll fight until the end / Creatures of my dreams, raise up and dance with me / Now and forever / I’m your king ». Une déclaration de combat à la réalité, qui passe par une volonté affirmée et absolue de prendre les choses en mains en convoquant tout ce qui peuple nos rêves pour s’en entourer et s’en faire un monde.

Puis, à 2’28, c’est la baffe imparable avec le thème principal qui prend toute son ampleur et bouffe tout sur son passage. Une minute pendant laquelle le monde s’ouvre enfin. L’esprit et l’horizon se libèrent, la vie devient possible et ce monde qui sait être dégueulasse et vilain ressemble enfin à quelque chose. Plus rien n’est une frontière, les limites de la réalité explosent en vol et ça brasse au fond des tripes comme jamais. On se sentirait capable de faire à peu près n’importe quoi pendant cette minute. Mais un n’importe quoi qui aurait de la gueule, genre sauter d’une falaise et rester en suspension, à se sentir juste exister. Avant de redescendre et finir dans la plus infime des douceurs d’un piano qui égrène une dernière fois cette mélodie, comme pour se glisser définitivement dans un rêve dont on ne voudra plus jamais sortir.

Outro de M83 c’est tout ça à la fois, et encore un peu plus. On rappellera que M83 est un groupe français fondé par Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau, le premier étant toujours aux commandes après 20 ans d’existence. Puisque oui, M83 a débuté ses activités en 1999. On dira encore que Outro a le bon goût de clore de la plus belle et logique des façons Hurry up, we’re dreaming (2011), l’excellent 6e album du groupe. On rappellera aussi que ce Outro, tout comme bien d’autres titres de M83, a été réutilisé et réentendu dans de nombreux films, séries TV ou encore bande-annonces. Mis à part être le jingle d’entrée des invités sur le plateau de Quotidien chez Yann Barthès, on retiendra que Outro éclaire la fin du trailer de Cloud Atlas (2012), l’absolue merveille cinématographique des Wachowski et de Tom Tykwer. Au passage, si ce n’est déjà fait, jetez-vous sur ce film incroyable qui, lui aussi , redonne espoir en l’homme et la civilisation par son message altruiste et tolérant qui fait voler en éclat toutes les barrières.

Dépêchez-vous de savourer tout ça, on est en plein rêve. Faites profiter vos oreilles et vos yeux. Ne lâchez rien, n’abandonnez jamais rien ni personne à la médiocrité et à la connerie, soyez vous et soyez en vie ! Moi, je retourne sauter de la falaise.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°18: Firestarter de The Prodigy (1997)

Il est des fois des situations tristes qui me guident dans mes choix de pépites

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intemporelles, c’est le cas aujourd’hui avec la mort à 49 ans seulement du chanteur de The Prodigy, Keith Flint… Afin de rendre un modeste hommage à ce chanteur habité et littéralement possédé par une rage inextinguible, je vous ramène en 1997 avec un album qui m’a particulièrement marqué, The Fat of the Land. Porté par un nombre hallucinant de titres hautement addictifs ( Smack My Bitch Up, Breathe, Funky Shit, Firestarter ou Mindfields présent aussi sur la sublime BO de Matrix), cet album est une vraie déflagration sonore qui donne l’impression d’avoir été composé dans un sentiment intense d’urgence vitale. Les sonorités électroniques sont âpres et agressives, le chant est ravageur et vient nous vriller les tympans. Album cathartique et exutoire à ne pas écouter à toute heure de la journée, il m’a toujours fasciné par sa rage sauvage mais pourtant tellement bien maîtrisée. Il mérite d’être réécouté inlassablement tant il recèle des cadeaux surprenants comme la douceur des choeurs féminins de Smack My Bitch Up ou les 9 minutes angoissantes de Narayan. Ce soir, j’ai choisi de vous parler de Firestarter qui résume parfaitement tout ce qui me plaisait chez The Prodigy et Keith Flint, on retrouve le flow aiguisé à la serpe et ces sonorités électroniques qui nous vrillent par vagues inlassables. Des boucles qui s’abattent avec force, qui font vaciller de plaisir… Keith Flint restera pour moi une représentation tutélaire de la rage qu’il aura su brillamment magnifier, à lui seul un véritable firestarter jamais rassasié… qui devrait allumer d’autres feux incandescents là-haut…

Sylphe

Pépite du moment n°23:Alright de Stuck in the Sound (2019)

Hier vient de sortir le sixième opus des français de Stuck in The Sound, Billy Believe, et Stuck in the Soundavoir des nouvelles de José Reis Fontão a souvent le mérite de me donner le sourire. Après des albums mettant en avant un rock assez énervé, Pursuit m’a filé une claque monumentale en 2012 avec des pépites comme Tender, l’addictif Brother ou Let’s go qui mettaient à l’honneur un rock d’une intensité rare m’évoquant des groupes comme Ghinzu.

Flirtant de plus en plus avec la pop, Stuck in the Sound avait envoyé il y a trois mois Alright en éclaireur qui mérite amplement d’être savouré avant l’opus que je risque fort de chroniquer ici. On retrouve l’intensité du chant, l’énergie communicative des guitares et ce rythme survolté qui fait tout le charme du groupe. En plus, le clip est un bijou d’animation sous-titré en japonais qui se marie parfaitement au titre. Enjoy!

Sylphe

Five reasons n°8 : The Schizophonics

Un beau programme bien calé peut toujours être bousculé, et cette semaine en est un excellent exemple avec ma contribution hebdomadaire à Five Minutes. Je pensais vous parler d’un doux EP aérien dans lequel se blottir, mais c’était sans compter sur la virée concert d’hier soir, avec The Schizophonics. Un groupe de rock que j’ai découvert en direct sur scène et avec qui la salle a passé une soirée assez dantesque. Mais qu’est-ce qui, à ce point, peut justifier de chambouler le planning d’articles établi pour mettre le doigt (et pas que) sur The Schizophonics ?

  1. The Schizophonics est un basique et minimaliste trio rock guitare-basse-batterie, mais qui envoie furieusement du bon et gros son. C’est assez rassurant de pouvoir constater que non, le rock n’est pas mort, et que oui, la rock attitude ça pourrait ressembler à ça. Des morceaux écrits courts, de l’énergie et une audace de tous les instants, pour replonger dans un rock décomplexé de la charnière fin 1960 – début 1970.
  2. The Schizophonics vient tout droit de San Diego, California, où le groupe est né voici une dizaine d’années. C’est un bon moyen de se rendre compte que le rock américain n’a pas dit ses derniers mots, et qu’il peut ressembler à autre chose qu’à du son prévisible, gras et perclus de manières et d’artifices. Le trio convoque les esprits du MC5 tout autant que des Stooges, et en revendique ouvertement l’influence tout en y mettant son grain de sel.
  3. The Schizophonics est porté et mené de main de maître par Pat Beers, chanteur/guitariste de la bande. Une sorte de loustic totalement habité et possédé qui gratte sa six cordes comme un furieux tout en glissant littéralement d’un bout à l’autre de la scène. Qui joue parfois à être Pete Townshend en moulinant du bras pour quelques riffs assassins. Un showman comme on n’en fait plus, explosif et généreux, infatigable, plongé dans sa musique pour mieux nous y embarquer. Contagieux. Et soutenu par une section rythmique de bûcherons.
  4. The Schizophonics s’écoute sans réserve et partout mais le meilleur endroit pour en profiter c’est une salle de concert, où le groupe et son meneur se lâchent comme jamais. Il y a bien longtemps que je n’avais pas vécu un concert rock d’une telle intensité. Peut-être cela remonte-t-il à une mémorable soirée du Printemps de Bourges d’avril 2010, où l’on avait eu droit successivement à Archive puis Iggy Pop et ses Stooges (tiens donc…). Encore que : ce soir là c’était avec des centaines de spectateurs sous chapiteau. Hier soir, on était à peine 100 dans une minuscule salle. Intensité démultipliée.
  5. The Schizophonics est un excellent moyen de se vider la tête, et aussi d’envoyer chier une journée/semaine toute pourrie. De pousser un peu (beaucoup ?) les potards et de lancer le son, en dépliant (même mentalement) un putain de gros doigt de fuck de la mort qui tue à tous les connards qui nous pourrissent nos journées et à ce monde qui nous entoure quand il prend la couleur et l’odeur de la merde. Kick out the jams motherfucker !

Raf Against The Machine