Son estival du jour n°18 : Air (2020) de Jeanne Added

Pour accompagner ce 14 juillet, un son doublement estival, celui du nouveau EP surprise de Jeanne Added. Sortie le 10 juillet dernier, ce Air peut donc se revendiquer son estival en débarquant au (presque) cœur du mois de juillet. Doublement, car ce nouvel opus fait un bien fou, comme un été qui ressource : parce qu’on a besoin de choses qui nous font du bien, et parce qu’on est tout heureux de retrouver, sans qu’on s’y attende, Jeanne Added, après la saloperie de première moitié d’année qu’on vient de se manger.

Air est à la fois le titre du EP et le morceau d’ouverture de ce EP, qui en compte huit. Alors que faut-il écouter ? Le titre Air, ou le EP en totalité ?

Les deux ! Vous commencerez par Air (le morceau), autre surprise puisque Jeanne Added donne de la voix en français. Ce titre musicalement aérien et textuellement assez sombre n’est que la première page de ce mini-album qui vous révèlera ensuite des trésors sonores : des sons électros/synthés toujours magiques, surplombés par la voix toujours imparable de Jeanne Added.

Les 8 titres sont accompagnés d’un court métrage réalisé par Julien Mignot. Il arrive que les images épousent parfaitement la musique, au point de se sublimer mutuellement. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est le cas ici. Une autre raison pour laquelle, une fois Air enclenché, vous ne pourrez couper ni le son ni l’image.

Air (le EP) est désormais disponible chez tous les bons disquaires en CD, et sur les plateformes de streaming. Quand au vinyle, il est en précommande pour une sortie le 24 juillet prochain. Plus que 10 jours à attendre !

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°17 : La menthe à l’eau (1975) de Renaud

Il n’aura échappé à personne que, ces dernières heures, la nouvelle et inattendue chanson de Renaud fait le bonheur (ou pas) de nos oreilles. Je vous laisse aller découvrir Corona song par vous-mêmes : on parle bien ici d’un texte et de son clip autour de la pandémie de Covid-19, et non d’un quelconque lien avec une quelconque boisson. A titre personnel, je n’en dirai pas un mot de plus. Disons que c’est le monde d’après.

Toutefois, cette Corona song m’a renvoyé à l’écoute de quelques plus anciens et mémorables titres de la Chetron Sauvage comme il aimait se faire appeler au cœur des années 80. Autant dire qu’il y en a à la pelle, tant la discographie du Renaud est truffée de pépites musicales et textuelles toutes plus savoureuses les unes que les autres.

Et, en cette chaude journée, celle qui me vient là tout de suite et qu’on va partager, c’est La menthe à l’eau. Une sorte de petite merveille d’écriture, qui tourne sur 4 accords et sur des mots qui glissent, jouent les uns avec les autres et s’entrechoquent comme des glaçons dans un grand verre rafraîchissant, précisément, de menthe à l’eau.

C’est frais, ça coule tout seul, c’est du Renaud version 1975.

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°16 : Ecstasy of Gold (1966) d’Ennio Morricone

C’est tout simplement une légende absolue du cinéma, de la musique de films et de la musique tout court, mais aussi un sacré morceau de ma vie qui disparaissent. Ennio Morricone, immense compositeur d’un nombre incalculable de BO, est décédé ce 6 juillet 2020 après 91 années passées en ce monde.

Son travail m’a fait entrer dans ma passion de la musique, en même temps que je découvrais mon autre passion, celle pour le cinéma, avec notamment les films de Sergio Leone. Enfant, ado, adulte, des milliers de notes qui ont accompagné les films du dimanche soir,  et du mardi soir à la télévision, puis sur VHS, en DVD, et aujourd’hui en replay ou en blu-ray. Et bien sur dans des salles de ciné. Des centaines de partitions écoutées sur des vinyles, des cassettes audio qui finissaient par se débobiner d’usure, puis sur CD et en streaming, et enfin de nouveau et toujours en vinyles.

J’ai bouffé du Morricone à n’en plus pouvoir, depuis Il était une fois dans l’Ouest au 8 Salopards, en passant par Le Clan des Siciliens, I comme Icare, Les incorruptibles, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Il était une fois en Amérique, Le Professionnel ou  encore Cinema Paradiso. Des images gravées à jamais en moi, indissociables de la musique qui les accompagnent, pour des mélodies incrustées à jamais au fond de moi.

S’il ne reste qu’un son ce soir, ce sera le thème Ecstasy of Gold qui accompagne le vertige du cimetière dans Le Bon, la Brute et le Truand. La quintessence Leone/Morricone. Pour boucler la boucle de ces quelques lignes bien imparfaites à retranscrire le génie musical du Monsieur et de ce que je ressens. Ecstasy of Morricone.

Buon viaggio e grazie Maestro.

PS : Rappelons enfin, si besoin était et pour se convaincre de la puissance de ce titre et de l’universalité de la musique de Morricone, que Metallica ouvre ses concerts par ce même Ecstasy of Gold depuis près de 40 ans. Et ça donne ce genre de chose (la Team Five Minutes dégage toute responsabilité en cas d’émotion intense ou de dressage de poils sur les bras).

Raf Against The Machine

Son estival du jour n°15 : Le lamantin (2019) de CharlElie Couture

Un peu au ralenti depuis quelques temps (on reconnait volontiers, mais la fin de saison est bien tendax), la team Five Minutes prend ses quartiers d’été. Ce qui veut dire mode light pendant ces deux mois de juillet et août, ponctués toutefois de Sons estivaux du jour (du déjà pratiqué l’an dernier, un petit titre pour éclairer la journée, accompagné de quelques lignes à peine) ou possiblement de quelques playlists pour accompagner vos journées.

Et pour inaugurer le retour du Son estival, voici Le lamantin, un titre extrait de Même pas sommeil, dernier album en date de CharlElie Couture sorti en 2019. Le lamantin est un titre jazzy festif qui raconte un pot de départ/fin d’année/retraite (sans doute un peu tout ça mélangé) pas festif. Un pot d’au-revoir où il y en a au moins un qui se fait chier, aka le personnage de l’histoire. Etrange comme ça rappelle du vécu. Ça raconte aussi un parcours de vie et l’envie de sortir de cette putain de jungle qu’est le monde moderne, avec sa course effrénée au profit et à la rentabilité immédiate. Oui, tout ça en 3 minutes et quelques.

Pas du tout par hasard… Le lamantin, c’est aussi un gros mammifère aquatique herbivore qui vit dans les eaux chaudes de l’Atlantique. Parfois appelé vache de mer, c’est surtout un paisible et cool animal qui ne demande pas grand chose d’autre que de vivre pépouze en laissant couler les journées. Une sorte de marmotte dans l’esprit, XXL dans la taille. Ce qui m’avait, il y a quelques temps, fait inventer le mot marmantin, et sa déclinaison verbale marmantiner. Par exemple : « Tu as fait quoi cet aprem ? – J’ai marmantiné sur le canapé en t’attendant, et maintenant je te propose de marmantiner avec moi » (#souvenirheureux)

Un sacré programme me direz-vous : oui, un sacré programme de vacances, peut-être même un sacré programme de vie. Avec, toujours, du bon son, en commençant aujourd’hui donc avec ce Lamantin. Et en vous souhaitant, au nom de toute la team, de chouettes journées à venir, de reposantes vacances si vous en avez et un bon été. A très vite, et merci de nous lire toujours plus nombreux.

Raf Against The Machine

Playlist n°3: Best of de Sneakers Pimps

Voilà un groupe assez méconnu qui me tient particulièrement à coeur… Les lecteurs fidèles connaissent mon affection pour le trip-hop et ne seront pas surpris de voir que Sneaker Pimps est créé en Angleterre en 1995. Ce nom de groupe est un brin mystérieux et mériterait des recherches approfondies. Plus qu’une volonté de faire bosser des baskets sur les trottoirs, ce nom aurait été choisi après un article des Beastie Boys dans leur magazine Grand Royal

Le premier album Becoming X sort en 1996, c’est un vrai album de trip-hop dans la lignée des Portishead, Massive Attack et consorts, porté par la voix de Kelli Dayton. Cet album est sûrement le plus grand succès du groupe mais c’est celui que j’apprécie peut-être le moins. Disons plutôt que dans le genre je préfère écouter un Morcheeba ou un Elysian Fields. Maintenant nous aurions tort de ne pas savourer les pépites torturées que sont 6 Underground, Becoming X, Walking Zero ou encore Low Place Like Home.

Le tournant pour moi finalement c’est le départ de Kelli Dayton qui part mener sous le nom de Kelli Ali une carrière solo, toujours très active avec le dernier opus Ghostdriver en 2019. Dès le deuxième album Splinter en 1999 c’est la voix grave et mélancolique de Chris Korner qui prend avec succès le relais. Rythmiques urbaines downtempo, ambiance glaciale, orchestration léchée des cordes et cette impression qu’ Amon Tobin aurait décidé de se mettre au chant et de nous embarquer dans ses mélodies. Entre trip-hop et pop discordante, les titres Half Life, Low Five, Lightning Field, Curl, Superbug, Ten To Twenty et Splinter sonnent résolument modernes (il n’y a pas un peu de dubstep non?) et devraient vous filer de beaux frissons… 7 titres sur les 12 de l’album qui pourraient vous donner l’envie d’écouter l’opus, j’espère.

Ce niveau de qualité est maintenu avec le troisième et dernier opus du groupe Bloodsport en 2002, troisième si l’on excepte l’album de remixes de Becoming X en 1998. On retrouve cette même impression de malaise qui a fait le succès de Splinter. Kiro TV, Sick, Small Town Witch, Black Sheep, Loretta Young Silks (mon chouchou toutes catégories), Bloodsport, Think Harder et Grazes sont autant de déflagrations sonores. 8 titres sur les 11 de l’album, difficile de faire mieux?

Un dimanche pluvieux devrait vous permettre de découvrir ou redécouvrir Sneaker Pimps, enjoy!

Sylphe

Clip du jour n°15 : Funky Junky Monkey (2020) de Shaka Ponk

Trois ans après The Evol’, le groupe de rock alternatif geek touche-à-tout Shaka Ponk remet le couvert en fêtant ses 15 années de carrière : une anthologie à venir le 6 novembre prochain, sobrement intitulée Apelogies, qui regroupera des titres réenregistrés, un live et quelques pépites. Dont ce Funky Junky Monkey, qui est en fait un des premiers morceaux du groupe, énergique, furieux et sans aucun répit. Titre que l’on peut apprécier aujourd’hui accompagné de son clip.

Et quel clip ! Goz, le singe/membre virtuel du groupe, accompagne la joyeuse bande depuis ses débuts. Quoi de plus évident, pour une célébration, que de revenir aux origines (de la formation, comme de nous-mêmes) ? Funky Monkey Junky est un clip complètement dingue, qui balance à tour de bras des images de pop culture dans lesquels le singe remplace l’Homme. La liste des multiples références serait bien trop longue à dérouler. Autant vous laisser le plaisir de la découverte, de la recherche et de l’identification. Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles.

Chaque clip de Shaka Ponk est une petite merveille. Ici-même, nous avions déjà parlé, par exemple, du génial clip accompagnant leur reprise de Smells like Teen Spirit. Ce Funky Junky Monkey ne déroge pas à la règle, avec un sens du graphisme et de la dynamique de montage qui colle à la peau ruisselante de sueur de tout fan du groupe. Ce clip-là, toutefois, a une petite dose d’un je-ne-sais-quoi en plus. Peut-être du côté du communiqué de presse qui accompagne sa sortie : un titre qui « raconte l’histoire de ce singe très punk, post humain, qui vient reprendre sa place dans un monde d’où les Hommes l’ont exclu ». Et un clip qui « a pour ambition de défendre et d’étendre ce propos : le singe envahit notre culture, rappelle à l’Homme d’où il vient, Il impose un recul sur notre monde superficiel et nos préoccupations égocentriques ».

Vous suivez mon regard ? César, Cornélius, Zira, Zaïus… La Planète des Singes, comme une évidence. Pour moi qui suis un client total de pop culture, mais aussi un fan absolu de cet univers et des questionnements qu’il porte, ce clip résonne parfaitement. L’ironie (ou pas) du calendrier veut qu’il soit sorti le 18 juin dernier. Une sorte d’appel version Planet of the Apes.

NB : Pour les gros clients de La Planètes des Singes, ce 26 juin marque la sortie chez Vestron du comics La Planète des Singes par Rod Serling – Le scénario oublié. Ou comment, en 128 pages, découvrir (enfin) la première version du scénario, mise en images. Monkeys over the world.

Raf Against The Machine

Playlist n°2: Best of Placebo

Aux abonnés absents depuis un mois tout pile, il est temps pour moi de montrer que je suis encore bel et bien vivant. Officiellement l’équipe de Five-Minutes travaille à une évolution du blogzine, officieusement le temps m’a dernièrement manqué. J’avoue que de mon côté on n’est pas très loin de l’encéphalogramme plat concernant les sorties, même si un Tellier et un Biolay pointent dernièrement leur nez… Du coup, on réécoute les vieilleries et de préférence les très bonnes. Aujourd’hui, je vous propose une playlist gourmande et consciencieusement rock qui met à l’honneur Placebo et son chanteur charismatique Brian Molko. Un groupe marquant de la fin des années 90 et début 2000 qui me donne toujours l’impression de ne pas avoir eu pleinement le succès qu’ils méritaient. En même temps, vous pourrez me dire que j’exagère un brin car ils possèdent une discographie très riche que je vous propose de parcourir…

Le premier album éponyme paraît en 1996, il frappe fort avec son rock frontal et direct sublimé par le timbre si caractéristique de Brian Molko, cette voix marquée par des fêlures séduisantes. Come Home, Bionic, 36 Degrees et Nancy Boy décrassent avec énergie nos oreilles alors que I Know surprend par sa douceur et démontre un champ des possibles illimité pour la suite de leur carrière. Morceau pivot, il imprime la ligne directrice du second opus Without You I’m Nothing (1998), album riche en contrastes qui s’impose comme mon album préféré de Placebo. Je vous invite ainsi à savourer les bijoux sonores que sont Pure Morning, l’électrique Brick Shithouse, You Don’t Care About Us et sa ligne de basse digne de The Cure, le sommet d’émotion Without You I’m Nothing ou encore les inspirations trip-hop de My Sweet Prince. Des morceaux qui ont plus de 20 ans mais qui n’ont pas pris une ride.

Arrive en 2000 Black Market Music et sa magnifique pochette d’album. On est en plein revival rock (Bloc Party, The Killers, The Strokes…) et Placebo compte bien prendre sa place à table et récupérer une part de gâteau conséquente. Le post-rock de Taste Men, les tubes à mélodie addictive Days Before You Came et Special K (quel duo enchaîné de haut vol), des déflagrations rock comme Spite and Malice, Black-Eyed ou Slave to the Wage et la mélancolie de Blue American font de cet opus l’acmé rock du groupe. En réécoutant la discographie de Placebo, je découvre ensuite en 2003 un album de covers plus inégal qui a le mérite de nous éclairer sur les influences des Anglais. Je vous laisse quelques sucreries séduisantes, le Where Is My Mind des Pixies, le Bigmouth Strikes Again de The Smiths  ou encore la version originale de The Ballad of Melody Nelson de Gainsbourg et Jane Birkin.

L’essoufflement artistique commence quelque peu à se faire sentir, Placebo peine quelque peu à se réinventer mais témoigne toujours de sa facilité à créer des déflagrations rock addictives. En 2003 Sleeping with Ghosts nous offre de beaux brûlots uptempo comme Bulletproof Cupid, des mélodies d’une grande justesse avec This Picture et Bitter End, le plus inclassable Plasticine ou le torturé Protect Me from What I Want qui ne cesse de nous rappeler que la faille est toujours bien présente. Meds en 2006 fait encore bien le boulot même s’il est plus difficile de dégager des titres porteurs. Le morceau d’ouverture Meds (file la métaphore avec placebo…) nous offre un beau duo avec la chanteuse de The Kills, Alisson Mosshart, Space Monkey est animé par un vent de désespoir alors que Post Blue reste dans les plaines arides d’un rock plus désincarné.

Incontestablement Placebo vient de laisser passer ses plus belles heures. Battle for the Sun en 2009 et Loud Like Love en 2013 peinent à convaincre sur la longueur malgré quelques bien beaux éclairs de génie que je vous invite à découvrir. Kitty Litter, Battle for the Sun, The Never-Ending Why et Breathe Underwater s’imposent comme des armes certaines pour la défense de notre astre alors que je reconnais avoir véritablement découvert un Loud Like Love qui était passé entre les mailles de mon filet musical jusqu’à maintenant. Les morceaux Loud Like Love, A Million Little Pieces et Begin the End (triste titre prémonitoire) restent d’honnêtes soubresauts d’un groupe qui aura marqué une bonne grosse décennie du rock. Il vous reste désormais 2 bonnes heures d’écoute pour vous convaincre, enjoy!

Sylphe

Five Reasons n°21 : Dry (1992) de PJ Harvey

DryC’est l’heure de la livraison hebdomadaire, et même de la grosse livraison ce jeudi. Puisqu’on est un peu moins actifs par ici ces derniers temps (mais ce n’est que passager, rassurez-vous !), ça mérite qu’on charge un peu la mule à chaque passage. La semaine dernière, on était sur du lourd avec le Gimme Shelter des Stones. On jour les prolongations avec un retour en 5 actes sur ce qui est sans aucun doute l’un des meilleurs albums rock de l’univers : Dry de PJ Harvey.

  1. Dry est le premier album de PJ Harvey (Polly Jean Harvey en version complète). La galette qui nous permet, en 1992, de découvrir ce petit bout de femme sorti du Dorset. Du haut de ses 23 balais, elle balance alors ces 11 titres qui marquent le début d’une carrière assez oufissime : 9 excellents albums au compteur, 11 si on ajoute les 2 en collaboration avec John Parish, 13 si on ajoute les 4-track Demos (1993, du 2e album Rid of me) et les Peel Sessions 1991-2004, 14 si on ajoute encore All about Eve, BO de l’adaptation scénique en 2019 du film éponyme de Mankiewicz sorti en 1950. Dry ouvre donc cette riche discographie avec 41 minutes d’un rock sec, tendu, vénéneux, sans aucune concession et malgré tout riche d’une énergie maboule.
  2. Ouverture des hostilités avec Oh my lover, sorte de lamentation rock désespérée qui pourrait donner envie de ne pas aller plus loin. C’est torturé et d’une noirceur impénétrable, mais c’est porté par une basse sonore bien mise en avant, des riffs de guitare rageux, et une batterie qui sait raconter les choses. Et surtout, c’est emmené par la voix de PJ Harvey qui, en un seul et premier titre, expose le matos : voilà, je sais monter dans les aigus, je sais rester dans les graves en allant y chercher le petit grain râpeux quant il faut. Et cette voix, j’en fais un peu ce que je veux, en jouant avec les lignes mélodiques. C’est brillant, ça dure 3 minutes 57 et c’est le premier titre en écoute ci-dessous.
  3. Au milieu de la virée Dry, nous tombe dessus le 6e titre Sheela-Na-Gig. On a déjà pris bien cher tellement l’énergie rock des cinq premiers morceaux nous a éprouvés mais hypnotisés. Et voilà que PJ Harvey lâche un titre d’apparence plus pop dans sa construction : petit intro, couplets, refrain. Titre qui n’est pop que dans sa construction, et encore. Une putain de déferlante rockeuse oui : ça tabasse à la rythmique, ça riffe à la six cordes et, encore, la voix de PJ Harvey, dont on pensait avoir tout découvert en 5 titres. Erreur fatale ! Les choses ne font que commencer, dans cet album comme pour les années à venir. Sheela-Na-Gig est le 2e titre à écouter.
  4. On reprend à peine son souffle avec Plants and Rags, rythmiquement parlant, parce que côté ambiance du morceau c’est loin d’être la joie et la sérénité, comme viendra le confirmer le violon torturé qui accompagne la fin du morceau. Et juste derrière, Foutain aurait pu être le titre de fin. Il ressemble à une fin d’album. Mais non : PJ Harvey choisit de nous achever avec Water, démentielle conclusion d’un album de folie et 3e morceau en écoute. Et de l’eau, on en a besoin après cette traversée aride d’une contrée rock inconnue, terriblement novatrice et hyper bandante. En plus, c’est drôle de finir par Water un album qui s’appelle Dry.
  5. Combien de fois j’ai écouté cet album ? Aucune idée, mais j’y reviens régulièrement depuis sa sortie. Peut-être le PJ Harvey que j’écoute le plus. Et aussi un des rares albums parfaits à mes yeux : pas une seconde à jeter. Un album à retrouver très prochainement en réédition vinyle. Oui, c’est l’annonce musicale du mois (easy) : toute la discographie de PJ Harvey rééditée en vinyles dans les 12 prochains mois. Les originaux étant introuvables, ou à des prix insaisissables, voilà une occasion rêvée pour (re)découvrir cette exceptionnelle musicos. Mais ce n’est pas tout : chaque album sera accompagné d’un second contenant les démos de chaque titre. Une sorte de galette miroir qui donne la fringale. Surtout lorsqu’on découvre la démo de Sheela-Na-Gig (4e titre à écouter), voix/guitare folk, qui donne à la fois une nouvelle couleur et une autre énergie à ce morceau. Et cette voix putain !

Autant dire que tout ça est attendu de pied ferme : Dry et son Dry – Demos sont annoncés pour le 24 juillet, Rid of Me et son 4-Track Demos pour le 21 août. Et tous quatre en précommande à ce jour. C’est de la bonne came, c’est du lourd, c’est du rock. C’est la vie. Foncez.

 

 

 

Raf Against The Machine

 

Pépite intemporelle n°58 : Gimme Shelter (1969) de The Rolling Stones

A trop regarder dans le rétroviseur musical, j’y reste parfois pour un moment. Cette semaine, ce sera même le gros rétroviseur, la DeLorean mega turbo, la plongée dans un temps que les moins de 20 ans… bref. Cette semaine, on remonte fin 1969 avec ce qui est, sans aucun doute, mon titre préféré des Rolling Stones.

Gimme Shelter est gravée dans l’album Let it bleed. Jamais sortie en single, ça ne l’empêche pas de jouir d’une belle célébrité en figurant à la 38e place (sur 500) au classement des 500 meilleures chansons de tous les temps établi par le magazine Rolling Stone. Sans doute parce que ce morceau suinte la quintessence de ce que les Stones sont capables de produire : du Chicago blues-rock un peu lourd et gras, rehaussé par la guitare de Keith Richards, les saillies vocales de Mick Jagger et un harmonica pleurant la fin d’une époque.

Oui, parce que Gimme Shelter c’est aussi et surtout ça : l’incarnation musicale parfaite de cette année 1969, à la fois érotique et capable de mettre le monde tête-bêche. L’année 1968 est déjà passée par là : loin de se limiter au mois de mai français, ces 12 mois ont porté de lourds événements tels que l’assassinat de Martin Luther King en avril, celui de Robert Kennedy en juin, le Printemps de Prague, ou encore l’enlisement américain au Viet-Nam. La petite sœur 1969 continue de dérouler les conséquences de tous les tête-à-queue sociaux et politiques, en ouvrant déjà la porte aux années 70 avec par exemple les arrivées au pouvoir de Nixon aux Etats-Unis et Pompidou en France. Même si l’Homme pose le pied sur la Lune pour la première fois, et que cet été 1969 est aussi marqué par la partouze musicale géante de Woodstock, Times they are a changing comme disait Bob. L’insouciance et l’optimisme des 60’s, le mouvement hippie et le flower power sont déjà relégués aux livres d’histoire.

Les temps changent aussi pour les Stones eux-mêmes lors de cette année cul par-dessus tête qu’est 1969. Gimme Shelter est enregistrée entre février et mars 1969, bien que différentes parties de la galette Let it bleed soient travaillées tout au long de l’année. Le titre sort en même temps que l’album le 5 décembre 1969, et les Stones ont changé. Du moins dans leur composition, puisque Brian Jones a cassé sa pipe début juillet. Il n’aura d’ailleurs été que très peu présent sur cet opus, ce qui en fait le premier réellement sans lui. Mais l’autre choc de 1969 pour les Rolling Stones, c’est le festival d’Altamont où, hasard du calendrier, ils se produisent le 6 décembre, soit le lendemain de la sortie de Let it bleed.

Tout a été dit ou presque sur Altamont : un festival rock engendré dans la douleur et la précipitation, une sorte de réponse côte Ouest à l’arrache à Woodstock avec autant (sinon plus) d’alcools et de drogues en tout genre. Plus de 100 000 festivaliers qui se pointent sur le site dès le 5 décembre, entre lesquels les tensions ne feront que monter au fil des heures. Le service d’ordre est assuré par les Hells Angels, recrutés par le manager des Stones himself, et payés en bières. Tout ça ne pouvait que mal se terminer, avec des spectateurs et un service d’ordre chauds bouillants et tous plus défoncés les uns que les autres. Le 6 décembre, les Rolling Stones entament leur prestation, qui sera tristement marquée par la mort de Meredith Hunter, poignardé à quelques mètres de la scène. Trois autres morts au cours du festival : un noyé dans un canal d’irrigation et deux mômes écrasés dans leur sac de couchage par un conducteur sous acide.

Symboliquement, Altamont marque la fin du mouvement hippie et d’une époque insouciante et positive. Même si, en regardant bien l’histoire dans les 24 mois précédents, la désillusion et la marche en avant vers un monde de violences étaient déjà largement engagées. Dans ce contexte, Gimme shelter (littéralement Offre-moi Asile / Donne-moi un abri) résonne étrangement, à la fois comme un titre prophétique (enregistré rappelons-le début 1969) mais aussi comme un cri-témoignage direct de sa période de sortie. Quant à dire que, de nos jours, il fonctionne toujours aussi fort, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement. Les Stones ne se doutaient peut-être pas qu’ils lançaient là leur titre sans doute le plus durable et le plus intemporel. Par sa qualité musicale, mais aussi par ce putain de cri maintes fois repris au fil des décennies, conférant ainsi une aura éternelle à un des plus grands morceaux rock de l’histoire.

En bonus et pour le plaisir, une version de Gimme Shelter qui déboîte, par Stereophonics en 2007 sur le plateau de Taratata.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°57 : Like a king (1994) de Ben Harper

Nouveau coup d’œil dans le rétro cette semaine, avec un titre âgé de 26 ans déjà. Like a king est le premier single de Ben Harper, extrait de son faux premier album Welcome to the cruel world : le premier vrai LP de Ben Harper s’intitule Pleasure and Pain (1992) et fut pressé à seulement 1 500 exemplaires. Toutefois, c’est bien Welcome to the cruel world qui sera largement diffusé et qui fera connaître sa musique dans le monde entier, porté donc par notre pépite d’aujourd’hui Like a King.

En presque 30 années, je n’ai cessé d’écouter Ben Harper, de le laisser de côté et d’y revenir, au gré d’albums plus ou moins efficaces à mon goût, et d’une carrière qui force malgré tout le respect. Alors pourquoi ressortir maintenant cette magnifique première galette, et précisément ce titre ? Tout cela est évidemment et tristement lié à l’actualité, rien de bien original dans mon choix. En 1994, j’écoutais Like a king en boucle, en me disant que, depuis 26 ans et l’assassinat de Martin Luther King en 1968, rien n’avait particulièrement changé en matière de racisme, d’égalité entre les hommes et de droits civiques.

Like a king fait référence, notamment, au tabassage policier subi par Rodney King en 1991. Un an plus tard, en 1992, l’acquittement des quatre policiers impliqués déclenchera plusieurs journées d’émeutes à Los Angeles. La fin de l’histoire ? Un nouveau procès en 1993, qui verra deux policiers condamnés, deux autres acquittés. Et la mort accidentelle par noyade de Rodney King en 2012.

Quelle triste et douloureuse ironie du calendrier d’avoir l’impression, 26 ans plus tard à nouveau, de revivre sans arrêt le même cauchemar sociétal. Comme beaucoup, j’ai vu ces derniers jours les images du meurtre de George Floyd. Ces images, d’une violence inouïe, j’aurais aimé ne jamais les voir. J’en suis tellement sous le choc et sans mots que mon seul refuge, c’est la musique et ce Like a king que je vous propose de partager ensemble. Tous ensemble, comme un seul Homme.

Raf Against The Machine