Pépite intemporelle n°64 : Calm like a bomb (1999) de Rage Against The Machine

RAtM-BattleofLosAngelesNous aurions pu, en ce jeudi, nous faire un petit Five titles qui va bien, pour parcourir un album qui va bien aussi. Toutefois, la semaine ayant été ce qu’elle a été, cette virée en cinq titres sera pour plus tard. Le mood du moment m’amène plutôt à réécouter du son qui déboîte, à l’image de notre pépite intemporelle du jour. Nous sommes en 2020 (peu de chance qu’on l’oublie, et qu’on oublie cette année semblable à une gigantesque bouse), mais nous sommes aussi en 1999 tant Calm like a bomb est un titre intemporelle. Et donc pépite, puisque sorti de la tête et de l’énergie de Rage Against The Machine, autour d’un Zach de la Rocha super vénère.

Calm like a bomb, c’est le troisième titre du troisième album du groupe. The Battle of Los Angeles fait suite à Evil Empire (1996), qui contenait certes de pures pépites là aussi (je pense à Bulls on parade, Vietnow ou encore Year of the boomerang), mais qui reste, à mon goût, en deçà de l’incendiaire et parfait premier album Rage Against The Machine (1992). En 1999 débarque donc la troisième galette des rageux, qui renoue avec une cohérence et une puissance imparable. Pensez donc : alors que sonnent les premières notes de Calm like a bomb, on a traversé seulement deux titres sur douze, et on s’est déjà pris en pleine face Testify et Guerilla Radio.

Calm like a bomb porte bien son nom, et est construit comme tel. Démarrant sur une douce et ronde ligne de basse, tempo plutôt lent et murmures de Zach de la Rocha, on se dirait presque qu’on s’est fait avoir. Quoi ? Comment ça ? C’est ça le son 1999 de Rage Against The Machine ? Oui, c’est ça, et il faut laisser au titre le temps de se dérouler, pour en saisir toute l’énergie contenue. Jamais le tempo ne va s’accélérer, jamais non plus ça va partir dans tous les sens. En revanche, par un savant empilement de la rythmique de plus en plus lourde, d’une guitare de folie sous les doigts de Tom Morello et du flow furieux de Zach de la Rocha, on part direct sur cinq minutes incandescentes que rien n’éteindra. Et surtout pas le refrain, qui défonce vraiment tout. La bombe n’explosera jamais, mais on sent que tout est à fleur de peau et qu’il suffirait d’un rien. Au bord de la crise de nerfs.

Un titre donc moins calme qu’il n’y paraît, et finalement encore bien plus explosif qu’il ne l’est déjà par son climax démentiel. Calm like a bomb est un titre énorme. Il vend de l’espoir là où il n’y en a plus. Il donne l’énergie de tout foutre en l’air pour tout changer. Mais tout foutre en l’air avec intelligence car, rappelons-le, le groupe est bien loin d’être un quatuor de cons. Militants, engagés, avec une vraie réflexion sur le monde dans lequel on survit. Ces quatre là ont changé tout autant mes jeunes années que la face d’un rock qui s’avérait à la fois nerveux, de très haute tenue, puissant et intelligent. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce même Calm like a bomb clôt la fin inattendue de Matrix Reloaded et son cliffhanger total barge. Dans le travail des Wachowski et dans l’univers de Matrix, on n’est finalement pas loin de la dinguerie du monde actuel qui m’a fait ressortir mon Calm like a bomb.

Faites ce que vous voulez. Pour ma part, je retourne à mon auto-confinement histoire d’échapper au COVID mais aussi à l’auto-connerie ambiante d’un monde qui, manifestement, a décidé de s’auto-détruire avant même d’atteindre le full high-level Idiocracy (grand film visionnaire). Quoique. Peut-être est on déjà dans la Matrice, et peut-être que le monde réel est déjà à un stade avancé d’Idiocracy. Dans un cas comme dans l’autre, Calm like a bomb s’impose comme le son du moment. A écouter en boucle. Et (très) fort.

Raf Against The Machine

Five Titles n°15: Someone New d’Helena Deland (2020)

Alors que je tente de lutter contre l’appel du top de fin d’année -je préfère taire les tops de finHelena Deland d’année qui sortent depuis 2 semaines et oublient qu’il existe un douzième mois, enfin bref…- je fais actuellement de bien belles découvertes d’artistes féminines. Je n’avais jusqu’à maintenant jamais croisé la route de la Canadienne Helena Deland malgré plusieurs EP, Drawing Room en 2016 et From The Series of Songs « Altogether Unaccompanied » (en quatre volumes pour 9 titres) en 2018. Voilà qui est désormais chose faite avec ce premier opus Someone New sorti le 16 octobre dernier… Un album plein de grâce et de sensibilité dont je sais d’emblée que je vais peiner à en exprimer la quintessence par mes mots maladroits, #meaculpainitial. J’ai malheureusement la fâcheuse tendance à ne pas totalement refuser l’obstacle et je vais choisir le confort du 5 titles pour vous donner l’aperçu le plus juste de cet album. Pour vous donner une idée générale de l’album de celle qui a fait la première partie de Weyes Blood ou encore Connan Mockasin (excusez du peu), imaginez une très belle voix qui tente d’exprimer l’indicible avec humilité et sans aucune trace de démonstration. L’atmosphère instrumentale, quant à elle, est au service de la voix et esquisse des univers feutrés propices à l’introspection et à la rêverie. Le jeu sur une rythmique downtempo quelquefois aux frontières d’un certain dépouillement m’évoque souvent les cendres du trip-hop et Helena Deland, par certains aspects, dessine les traits d’une créature hybride entre la chanteuse de The Dø Olivia Merilahti et Beth Gibbons de Portishead. Voici cinq titres qui, je l’espère, vous inciteront à aller écouter les 13 créatures fragiles qui peuplent ce Someone New.

  1. Someone New, le morceau d’ouverture éponyme, offre d’emblée un univers aride où seule la voix amène sa douceur. Peu à peu, l’univers s’étoffe avec les cordes et la guitare très Portishead, le morceau s’affirme avec la boîte à rythmes à l’image des paroles qui évoquent la renaissance « I’ll stay in this room/ Where again I want to lay/ Kissing someone new/Who tells me/ Something pretty / So that I too/ Can Feel like someone new ».

  2. On retrouve cette notion centrale d’introspection avec le titre suivant Truth Nugget. Helena Deland évoque ce tiraillement entre le besoin de sincérité et la difficulté de se livrer pleinement à l’autre, semblant aboutir à un constat d’échec « I am another solid mystery when it comes to you/ Michael, I’m the puzzle in the other room ». J’aime tout particulièrement la rythmique affirmée de la guitare et la montée finale.
  3. Pour finir le tryptique initial de haut vol, Dog propose des sonorités plus âpres pour souligner l’influence de l’autre qui veut sans cesse dominer et réduire à néant « Who gets to be your mirror/ If I’m the nail on the wall? ». Le titre s’illumine peu à peu avec la guitare pour aboutir à la libération et au refus du reniement de soi-même « I hate to be your dog. »
  4. Après un Pale presque psyché, Comfort, Edge démontre tout le pouvoir de la dream-pop que recèle ce Someone New.
  5. Smoking at the Gas Station et son univers instrumental sur le fil du rasoir évoquant Portishead est tout simplement d’une grande beauté et cette phrase se suffit à elle-même…

Sur ce, je vous laisse en la charmante compagnie d’Helena Deland, enjoy!

 

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°63 : Golden brown (1982/2017) de The Stranglers par Cage the Elephant

5898976-lSi vous êtes des Five Minuteurs réguliers et assidus, vous savez comment on aime, parfois, regarder dans le rétro pour le plaisir de nos oreilles, et accessoirement pour alimenter cette rubrique des pépites intemporelles. Et vous savez également la place de choix qu’occupe dans nos cœurs de mélomanes le groupe américain Cage the Elephant. Mon bon ami Sylphe en a d’ailleurs parlé à plusieurs reprises, notamment lors de la sortie en 2019 du 5e et dernier album studio en date Social Cues. C’est également lui qui m’avait mis dans les oreilles, un beau jour de 2017, le live acoustique du groupe sobrement titré Unpeeled. Claque musicale pour l’un comme pour l’autre, on peut dire que cette galette a tourné en boucle tout l’été, et bien plus car affinités.

Pas un morceau à jeter dans cet enregistrement qui dégueule la classe rock à chaque instant. Les premiers titres sonnent comme du rock seventies, alors que la voix et l’énergie du chanteur Matthew Shultz rappellent parfois Mick Jagger. C’est pourtant un groupe tout à fait de son époque, qui officie depuis 2008 et propose un son à la croisée des classiques rocks et d’une touche années 2000. De plus, ce Unpeeled est savamment construit, en alternant titres rocks et balades sans aucun temps mort. Un live d’anthologie on vous dit.

Golden brown résume plutôt bien l’essence de cet captation live, tout en étant un excellent titre en lui-même. J’aime le son du clavier arythmique qui ouvre le morceau, tout autant que la voix qui démarre tranquillement pour se poser sur une trame musicale qui s’enrichit et s’amplifie mesure après mesure. Plus loin, je craque sur les solos de guitare acoustique. Aux deux tiers, impossible pour moi de résister à l’osmose totale qui se crée entre voix et instruments avec chant et contrechant, dans une classe absolument folle. 

Bref, j’aime beaucoup trop ce morceau pour le gâcher en écrivant trop de mots dessus. La meilleure façon de le valoriser, c’est de l’écouter, tout simplement. Il ne dure qu’à peine 4 minutes, mais soyez rassurés. Si vous aimez, vous pouvez le réécouter en boucle. Mais vous pouvez également élargir votre écoute à tout l’album, que je m’en vais réécouter de ce pas.

[Edit/MàJ 26/12] : Le commentaire de Sprecks (ci-dessous) apporte une précision d’importance, en ce que Golden Brown est avant tout un titre de The Stranglers, paru en 1982. Trente-cinq ans plus tard, Cage the Elephant en livre donc une reprise magique, tout comme ils n’ont pas à rougir de la brillante réinterprétation sur ce même album de Instant Crush, initialement dû à Daft Punk. Il était indispensable de rendre aux Stranglers ce qui leur appartient, et merci pour la contribution !

Raf Against The Machine

Review n°65: Mesdames de Grand Corps Malade (2020)

Décidément cette fin d’année est bien riche… Voilà bien 2 mois (l’album date du 11 septembre) queGrand Corps Malade cet album tourne en boucle à la maison, mes filles étant sous le charme de ce Mesdames de Grand Corps Malade. J’ai toujours aimé le flow rocailleux et le slam de Grand Corps Malade depuis ses premiers albums Midi 20 en 2006 et Enfant de la ville en 2008, slam d’autant plus brillant qu’il est porté par des textes finement ciselés… Ce n’est pas un hasard s’il m’est déjà arrivé dans mon travail (#mysteredutravail) d’étudier la richesse de titres comme Saint-Denis.

Malgré tout mon intérêt pour Grand Corps Malade, je dois reconnaître que je n’ai pas écouté avec attention un de ses albums depuis longtemps. J’avoue avoir trouvé quelque peu facile de prime abord de faire un album mettant à l’honneur les femmes en cette période de lutte pour leurs droits  (que je soutiens au passage bien sûr, évitons donc le procès d’intention) et restais circonspect face au principe des duos étendu à tout l’album… et puis j’ai véritablement pris le temps d’écouter ce septième opus. On retrouve la justesse des textes, entre poésie et humour décalé, avec un petit quelque chose en plus d’indéfinissable. Les femmes qui ont collaboré apportent toutes une sensibilité qui donne du caractère à l’ensemble et Quentin Mosimann, entre piano et synthés, sublime le tout par sa production musicale. On se retrouve avec 10 titres d’une grande beauté, 10 tranches de vie, 10 perles à assembler pour créer le plus beau collier à offrir. Je vous invite à me suivre dans cette expédition aux confins de la joaillerie.

Le morceau d’ouverture Mesdames explicite le projet en dressant un véritable éloge des femmes et en saluant leur courage. Les mots sont justes -« Et si j’apprécie des deux yeux quand tu balances ton corps/ J’applaudis aussi des deux mains quand tu balances ton porc » – et le piano de Mosimann accompagne avec pudeur le chant de Grand Corps Malade. Seul titre sans voix féminine, on peut néanmoins savourer sur la fin le chant plein d’émotions de MosimannDerrière le brouillard vient ensuite souligner le besoin viscéral de chanter pour surmonter les épreuves de la vie. Le flow percutant de GCM qui contraste délicieusement avec les qualités d’interprète de Louane (qui se révèle à mes oreilles), l’ambiance plus électro, tout est précis et d’une grande justesse. Chemins de traverse, en featuring avec Julie et Camille Berthollet, creusera plus tard dans l’album le même sillon en montrant que le métier de chanteur s’impose presque plus qu’il ne se choisit. Un de mes morceaux préférés de l’album tant le violon et le violoncelle des deux prodiges illuminent le titre en se mariant parfaitement aux sonorités électros… Le message final comme un clin d’oeil -« Si tu te sens enrôlé par le système/N’oublie pas que c’était juste un chemin de traverse » – rappelle l’humilité qui définit si bien Grand Corps Malade.

Après Louane, c’est la voix sensuelle de Laura Smet qui va illuminer Un verre à la main. Ce titre au pouvoir narratif incontestable, nous raconte avec pudeur un instant fugitif, une rencontre avortée entre deux êtres. Les synthés sont inquiétants, le tempo ralenti avant le riff de la guitare électrique final et l’ensemble n’est pas sans m’évoquer un certain Benjamin Biolay. Le morceau retranscrit brillamment ces ambiances nocturnes entre interdit et frustration, comme le fera le titre final Je ne serai que de trop en featuring avec Amuse Bouche qui magnifie la rencontre d’un soir… Passé Un verre à la main, Une soeur offre un bel instant dédié à la relation frère-soeur. Certes je ne suis pas le premier admirateur du timbre de Véronique Sanson mais je ne peux que m’incliner face à la beauté du texte plein d’humanité, « Dans la famille on parle pas beaucoup mais on s’aime solide l’air de rien » ou encore « Il paraît qu’on choisit pas sa famille, moi je la choisirai elle sans hésitation ».

Pour limiter l’excès d’émotions, Pendant 24h vient enfoncer les stéréotypes hommes-femmes en jonglant entre dénonciation et humour décalé. Je suis séduit par l’ambiance électro et le flow hip-hop de Suzane. Je ne résiste pas à la tentation de vous donner 2-3 extraits: « Je serai romantique avec les meufs/ Sur tinder/Pas de dick pick/Des coeurs de toutes les couleurs », « Je veux découvrir enfin le singulier bonheur/De réussir à faire un créneau en une demi-heure/Comprendre enfin la passion sincère, sans censure/ De regarder sur internet pendant des heures des chaussures. », « J’pisserai sur le trottoir/ Comme le p’tit chien de la voisine/ C’est l’avantage/ De la physiologie masculine ». Voilà un morceau à l’humour décapant qui contraste avec le bijou d’émotion qui suit Mais je t’aime. Ce morceau touchant sobrement accompagné par le piano qui révèle les talents d’interprète de Camille Lellouche montre avec simplicité et retenue à quel point l’amour est un sentiment complexe, puissant et fragile à la fois. Je vous invite à savourer à leur juste mesure les paroles de ce titre…

Il me reste deux perles aux couleurs opposées pour finir ce collier… D’un côté la noirceur d’Enfants du désordre qui s’impose comme un Petit Frère du XXIème siècle, morceau dénonçant les conditions de vie difficiles vécues par les enfants porté par l’âpreté du chant d’Alicia. Ce « Tais-toi et bouffe » acéré que n’aurait pas renié Gaël Faye résonne fort et fait vaciller… A côté de cette perle noire, c’est le blanc cassé de Confinés qui nous rappelle avec humour l’épisode du premier confinement en confrontant l’expérience du père quarantenaire à celle de sa fille adolescente représentée par Manon Roquera, la lauréate 2019 du Trophée Slam à l’école.

Vous aimez les textes d’une grande humanité et humilité? Mesdames vous attend désormais… Ne les faites pas trop attendre, sous peine de finir seul le verre à la main…Enjoy!

 

Sylphe

Five reasons n°25 : Delicate sound of thunder (1988/2020) de Pink Floyd

What ?! Encore une réédition estampillée Pink Floyd ? On a pourtant (largement) donné, à tous les sens du terme, il y adsot 4 ans, avec la ressortie de toute la discographie du groupe en vinyle, étalée sur plusieurs mois. Nous avions alors eu droit à de biens beaux objets et de bien belles remasterisations à partir des bandes analogiques. En d’autres termes, des pressages très aboutis et incontournables de par leur qualité et leur son. Au milieu de tout ça se trouvait Delicate sound of thunder, dans une réédition assez magique. Le 20 novembre dernier, soit 32 ans (à 2 jours près) après la sortie originale de 1988, Delicate sound of thunder revient dans tous les formats possibles et imaginables : vinyle, CD, DVD, Blu-Ray. Le jeu en vaut-il la chandelle, et faut-il repasser à la caisse ? Tentative de réponse en five reasons chrono.

  1. Delicate sound of thunder est un album majeur de la discographie de Pink Floyd. A la fois parce qu’il est le premier live officiel du groupe depuis Ummagumma (1969), et parce qu’il témoigne de la tournée qui suit A momentary lapse of reason (1987). Pink Floyd a toujours réussi la prouesse d’être à la fois un groupe de studio (pour toutes les recherches sonores et bidouillages créatifs en tout genre) et un groupe de scène (pour la puissance de ses performances). Peu de groupes peuvent revendiquer ce double titre, et Delicate sound of thunder est un témoignage éclatant de leur savoir-faire scénique. Un show irréprochable côté rythme puisqu’il n’y a pas une basse de régime : on ne s’emmerde jamais. Un concert de très haute tenue avec un savant mélange de titres récents et d’anciens.
  2. Delicate sound of thunder et son pendant studio A momentary lapse of reasons arrivent à un moment particulier de la carrière de Pink Floyd. Plus exactement, il s’agit de la renaissance réelle du groupe. L’album studio précédent The final cut (1983) est surtout un album du bassiste Roger Waters. Composé de titres écrits à l’époque de The Wall (1979), qui était déjà presque un album du seul Roger Waters, The final cut est une très bon opus mais n’a pas le goût du groupe : Waters est aux commandes, David Gilmour et Nick Mason interprètent, mais surtout il manque Rick Wright aux claviers, viré du groupe à l’époque The Wall. Ce dernier réintègre l’équipe pour l’album studio, et surtout pour la tournée qui suit et donnera lieu à Delicate sound of thunder. Autant  dire que, si on a perdu Roger Waters en route, on a gagné les retrouvailles avec la formule groupe et le son de Rick Wright.
  3. Cette version 2020 de Delicate sound of thunder fait justement la part belle au son, en étant à la fois restaurée et remixée. L’intérêt ? L’ensemble sonne nouveau et plus riche. Les titres fourmillent de détails sonores en rééquilibrant les instruments. On profite ainsi bien plus encore de l’ensemble du groupe, avec cette sensation que les claviers de Wright retrouvent leur juste place, tout du moins celle qu’ils méritent. On y gagne également un album qui devient intemporel et beaucoup moins daté années 80 que la précédente édition. A momentary lapse of reason est clairement un son fin des années 80, et sa déclinaison live avait toujours conservé cette petite touche pas désagréable, mais qui pouvait rebuter certaines oreilles sur les titres les plus récents. Tout cela est fini : avec Delicate sound of thunder 2020, on embarque dans une virée de plus de 2h qui est un album de 1988, mais qui pourrait tout aussi bien être un live contemporain.
  4. Autre atout, et pas des moindres : cette réédition est aussi augmentée et remontée. C’est à dire ? On y gagne 9 titres par rapport à l’édition de 1988. La précision est importante car, en réalité, l’exceptionnel One of these days figurait déjà en exclu sur la réédition 2016. Toutefois, le gain est très conséquent, à la fois en nombre de titres et en qualité. D’une part, ces ajouts sont essentiellement constitués de moments instrumentaux qui font le lien entre des titres chantés. L’ensemble devient cohérent et logique en formant un tout unique : une fois cette version 2020 écoutée, on se rend compte qu’il avait toujours manqué du liant dans les anciennes éditions. D’autre part, on y gagne une version démente de Welcome to the machine, dans laquelle Rick Wright s’en donne à cœur joie et fait revivre l’énergie presque oubliée du Pink Floyd des années 70. Enfin, de la première à la dernière minute, on est emporté dans ce qui semble cette fois être la version définitive et complète de ce live, sous sa forme et dans son montage originel.
  5. Ma dernière raison est totalement une raison iencli, autrement dit pour certains une fausse raison car pas directement liée au contenu. En revanche, ceux qui ont la collectionnite aiguë vont vite me comprendre. La réédition 2020 de Delicate sound of thunder, notamment dans sa version vinyle, est magnifique : trois galettes rangées dans des sous-pochettes noires et sobres, elles-mêmes chacune glissées dans des pochettes cartons aux sublimes photos. Le tout est regroupé dans un coffret carton (certes un peu léger) aux côtés d’un livret bourré, là encore, de photos et de visuels qui en jettent. A tel point que, lorsque j’ai ouvert l’objet, j’ai eu cette sensation de déballer un bien précieux, une pièce rare. Certes, il faut accepter de lâcher 60 balles dans l’affaire, mais voilà une édition qui rejoint presque en qualité P.U.L.S.E. (1995), l’autre live mythique du groupe. Autant dire que, pour tout fan absolu de Pink Floyd, il va être bien difficile de passer à côté.

Les fans hardcore de Pink Floyd n’ont donc pas à être convaincus : soit vous avez déjà craqué/écouté et possiblement racheté, soit ce Delicate sound of thunder arrivera prochainement dans votre discothèque. Pour tous ceux qui n’ont jamais mis le nez dans ce live et voudraient découvrir Pink Floyd dans sa dernière période, il va sans dire que cette réédition 2020 est la version à écouter, tant elle écrase par son contenu et sa qualité les galettes précédentes. A défaut de s’envoyer toute la discographie du groupe, c’est le live parfait pour entendre un savant mélange du vieux Pink Floyd et de son virage 80’s. Welcome my son. Welcome to the machine.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°78: Flat Earth Theme de Just Jack & Parson Jones (2020)

Voilà un artiste pour lequel j’ai un attachement particulier et que j’avais quelque peu perdu de vue, à savoir Jack Allsopp alias Just Jack… Ecrire un petit mot sur ce titre d’une douceur infinie c’est un plaisir double car il me permet de retrouver une voix et un flow toujours aussi touchants mais aussi d’aller réécouter des albums de Just Jack et de me remémorer des plaisirs passés. Avant tout, je dois reconnaître que je ne connais pas du tout le duo composé de Joshua Hollenstein et Kerry Fogarty alias Parson Jones qui possède à son compteur un premier opus Clear as Day sorti en 2019. Egoïstement c’est bien pour Just Jack que je vous parle aujourd’hui de ce Flat Earth Theme. Loin de vouloir vous résumer la carrière du garçon, je vous invite à aller jeter une oreille attentive du côté de ses deux albums centraux, Overtones en 2007 et All Night Cinema en 2009. Le premier (enfin le deuxième de sa discographie en réalité) est particulièrement percutant et dansant, porté par le flow hip-hop de Just Jack et des instrumentations extrêmement riches. Je vous mets au défi de ne pas vous noyer littéralement dans le triangle des Bermudes composé des 2 singles Writer’s Block et Starz In Their Eyes et du bijou émotionnel Mourning Morning  qui clot avec majestuosité l’album (oui je suis une âme faible, je ne sais pas résister aux cordes…). All Night Cinema, même s’il perd un peu en inventivité musicale avec un son plus électro, devrait lui aussi vous désarmer à travers Embers, le morceau d’ouverture extatique (oui encore ces fichues cordes), ou le diamant instrumental final Basement. J’avoue avoir un peu de mal à comprendre l’essoufflement de la carrière de Just Jack par la suite mais je ne vais pas bouder mon plaisir d’avoir de ses nouvelles avec ce très beau Flat Earth Theme, tout en espérant qu’il soit annonciateur d’un prochain album… Le morceau, brillamment illustré par les dessins de Mica Jennings pour le clip, est porté par la voix de Just Jack. Sa douceur enveloppe ces quatre personnages qui tentent de trouver l’amour face à un monde devenu si compliqué. Voilà une parenthèse enchantée qui, je l’espère, trouvera grâce auprès de vos oreilles averties, enjoy!

 

Sylphe

Pépite intemporelle n°62 : Heela (1996) de PJ Harvey & John Parish

PJLa semaine passée, nous avons écouté et aimé le dernier Ben Harper, empli de douceurs et d’émotions. Changement de décor ce jeudi avec PJ Harvey et une furieuse pépite de 24 ans d’âge : Heela n’a pas vieilli d’un poil et reste d’un efficacité redoutable.

Resituons l’action : en un peu plus de 3 ans (soit depuis 1992), PJ Harvey a dégainé 3 albums d’une puissance folle. Dry (1992) a posé les bases d’un rock sec et intense, Rid of me (1993) s’enrichit du son noisy de Steve Albini, et To bring you my love (1995) enfonce le clou d’une démarche artistique faite à la fois de fureur (contenue ou pas) et de fragilité tendue. Après ces trois opus, la grande question était de savoir où la Britannique du Dorset allait nous emmener, et surtout s’il y aurait une suite aussi captivante que ces premiers albums studios assez imparables. Il faudra attendre 1998 et Is this desire ? pour avoir la réponse. Toutefois, entre-temps, il se passe quelque chose : un album écrit et interprété à 4 mains qui va rapidement trouver sa place sur les platines.

Dance hall at Louse Point tombe dans les bacs en 1996. Avec une surprise : PJ Harvey ne bosse pas en solo. Elle s’est adjoint les services de John Parish. Pas tout à fait un inconnu, tant auprès de PJ que dans le monde musical. Ce musicien et producteur anglais était déjà dans l’aventure To bring you my love comme musicos et producteur, ainsi que sur la tournée qui suit. Au cours des années suivantes, il produira d’autres galettes de PJ Harvey, mais contribuera aussi à la conception de divers albums aux côtés de 16 Horsepower, Eels, Goldfrapp, Dominique A, Dionysos, Arno ou encore Rokia Traoré. Sacrée carte de visite à venir.

Voilà donc les 4 mains qui vont composer, élaborer, fabriquer, interpréter Dance hall at Louse Point. Le résultat est tout simplement excellent. A l’origine composé pour servir de bande-son à une chorégraphie de Mark Bruce, ce LP réussit la prouesse de vivre par lui-même et de se suffire à lui-même. J’ai déjà évoqué ce point par le passé : lorsqu’une bande-son (film, chorégraphie, jeu vidéo) existe par elle-même et s’écoute comme une composition originale à part entière, elle bascule dans la catégorie des pépites que l’on n’hésite pas à faire tourner en boucle. Dance hall at Louse Point est un album de rock plutôt épuré. Pas de grosse fioritures ou d’arrangements pompeux. Ça sent le disque enregistré avec simplicité, sincérité, en mélangeant sons bruts et émotions.

Heela est le 9e titre de cet album, et l’illustration parfaite de cette vision des choses : un morceau clairement blues-rock, mais du blues-rock façon PJ Harvey & John Parish : ça commence avec du riff de guitare qui tape, ça se poursuit avec la voix inimitable de PJ Harvey (bordel cette voix !) posée sur une ligne de basse lourde et ronflante. Tout ceci parsemé de touches de guitare cristallines, pour en arriver au refrain balancé à deux voix décalées. Pile à la moitié, le coup de grâce avec PJ qui perche sa voix très haut pour une boucle vocale qui rappelle direct le « Lick my legs / I’m on fire / Lick my legs / Of desire » de la fin de Rid of me. L’ensemble est à la fois totalement électrique et purement inflammable. Un des titres les plus fiévreux et bandants de PJ Harvey pour une sensualité vénéneuse qui ne laisse pas de marbre malgré les années d’écoute. Heela fonctionne toujours aussi bien et fait partie de ces pépites intemporelles qui ont gardé leurs propriétés incendiaires.

Autour de Heela, l’album Dance Hall at Louse Point contient 11 autres pépites. PJ Harvey, c’est un peu le système des poupées russes : des morceaux pépites rassemblés dans des albums pépites, eux-mêmes contenus dans la carrière pépite d’une artiste pépite. Je vous l’accord, ça ne sent pas l’objectivité. Mais filez écouter Heela et le reste de l’album, vous ne le regretterez pas si vous appréciez ce son. Autre bonne raison de reparler de ce disque : longtemps indisponible, il l’est de nouveau à la faveur de la réédition progressive de toute la discographie de PJ Harvey, en CD comme en vinyle. Vous n’avez donc plus aucune excuse si la tentation vous saisit. Et si vous venez d’écouter le dernier album de NZCA LINES, chroniqué récemment par l’ami Sylphe et que vous avez terminé en dansant nus chez vous comme sa chronique le suggérait, restez à poil et lancez Heela avec le son à fond. Et profitez.

Raf Against The Machine

Review n°64: Lundi Méchant de Gaël Faye (2020)

Nouveau sérieux prétendant pour le titre de meilleur album de l’année 2020 aujourd’hui… ArrêtezGael Faye de remplir vos attestations numériques pour sortir votre chien pour la cinquième fois de la journée et retrouvez votre canapé qui se façonne depuis 2 semaines pour devenir le moule parfait de votre fessier… Après Pili pili sur un croissant au beurre en 2013, Gaël Faye vient tout juste de sortir son deuxième album Lundi Méchant qui s’impose comme un maëlstrom d’émotions, entre rage des injustices et foi en une humanité qui va enfin se relever. Un véritable hymne à la vie tout simplement. Si vous ne connaissez pas la musique de Gaël Faye, vous avez peut-être eu la chance de lire Petit Pays sorti en 2016, premier roman d’inspiration autobiographique qui s’appuie sur la vie du narrateur au Rwanda avant le génocide et l’exil vers la France. Un premier roman plein d’humanité ne tombant pas dans le pathos qui a mérité amplement le Prix Goncourt des Lycéens.

Pour en revenir à ce Lundi Méchant, je suis particulièrement séduit par la plume acérée de Gaël Faye dont les mots peuvent être extrêmement durs tout en sonnant vraiment justes. Le tableau de notre société occidentale, entre médias et racisme, est sans concession et d’une noirceur étouffante. Cependant, la volonté de se rebeller et de s’appuyer sur les racines d’une Afrique qui aime profondément vivre et danser arrive paradoxalement à nous donner le sourire. On profite de notre dimanche pour parcourir ensemble ce Lundi Méchant et se préparer au réveil difficile de demain…

Le morceau d’ouverture Kerozen apporte une douceur cotonneuse à partir de la thématique dure de l’émigration, le chant n’est pas sans rappeler TERRENOIRE dans sa capacité à nous caresser de sa poésie -« Je t’inventerai des exils/ Des archipels fragiles » du refrain – tout en se montrant plus âpre avec un flow coupé à la serpe du rap « L’existence mord comme un coup de tesson/ Je rêve, je dors, je vis sous pression/La ville dehors est comme sous caisson ». Ce morceau tout en contrastes amène sur un plateau le premier titre marquant Respire qui brille par sa volonté de dénoncer le rythme oppressant de nos vies en insufflant un souffle quasi pop. Le refrain fonctionne à merveille et l’on retrouve une intensité digne de Stromae. Cette dénonciation du rythme de nos vies quotidiennes occidentales se retrouvera dans le titre éponyme Lundi méchant où le flow de Gaël Faye est encore plus percutant, les mots claquant fort et sec.

Passés un Chalouper et ses sonorités caraïbéennes incitant les corps à bouger pour lutter contre nos présents difficiles et un Boomer qui est le titre de l’album me touchant le moins, son rap manquant de finesse et se montrant trop facilement frontal, Only Way Is Up me séduit en particulier grâce à la voix chaude et réconfortante de Jacob Banks. Après Lundi Méchant, le trio suivant touche au sublime: C’est cool entrelace tout d’abord la jeunesse innocente et les médias avec en point d’orgue la cicatrice indélébile du génocide au Rwanda, le pouvoir des images est dénoncé subtilement, de même que l’égoïsme de notre société « Quand le drame est bien trop grand, il se transforme en statistiques/Et Lady Di a plus de poids qu’un million de morts en Afrique/L’ignorance est moins mortelle que l’indifférence aux sanglots/Les hommes sont des hommes pour les hommes et les loups ne sont que des chiots/Alors on agonise en silence dans un cri sans écho ». Les paroles de ce titre sont brillantes et, si vous êtes nés au début des années 80 (Gaël Faye est né en 1982) vous reconnaitrez vous aussi votre enfance « Ma jeunesse s’écoule/Entre un mur qui tombe et deux tours qui s’écroulent ». Vient alors une véritable pépite taillée dans l’émotion la plus pure, un postulant au plus beau titre de 2020 (et plus si affinités), avec Seuls et vaincus. La douceur du piano et les cordes sur la fin, un ascenseur émotionnel qui ne cesse de monter, des paroles écrites par Christiane Taubira (excusez du peu) d’une justesse infinie qui dénoncent les travers de notre société, un flow dépouillé où l’on sent le feu sous la glace, le chant final de Melissa Laveaux, ce morceau vous fera briller les yeux. Je ne résiste pas à la tentation de citer ces mots « Vous finirez seuls et vaincus, grands éructants rudimentaires/Insouciants face à nos errances sur la rude écale de la Terre/Indifférents aux pulsations qui lâchent laisse à l’espérance » ou encore « Vous finirez seuls et vaincus car invincible est notre ardeur/Et si ardent notre présent, incandescent notre avenir/Grâce à la tendresse qui survit à ce passé simple et composé ». Le dernier morceau du trio Lueurs est un cri de moins de 2 minutes sortant des entrailles, ce cri contre les ravages du racisme et de l’esclavagisme est d’une intensité folle et me fait vibrer.


Difficile de se remettre de ces trois derniers titres…Histoire d’amour paraît bien léger ensuite en posant de jolis mots sur la relation amoureuse, NYC nous offre un rap très 90’s à la IAM pour une découverte subtile de New-York, JTIL (Jump in the line) apporte des sonorités plus ensoleillées et rappelle le démon de la danse. Le dernier grand moment de l’album Zanzibar est illuminé par le piano de Guillaume Poncelet et la douce mélancolie des paroles avant que Kwibuka en featuring avec Samuel Kamanzi n’évoque avec poésie et émotion le besoin de se souvenir et de ne pas oublier les victimes du génocide rwandais. Besoin d’humanité et de poésie? Vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire, enjoy! Merci Gaël Faye d’exister…

 

Sylphe

Five Reasons n°24 : Winter is for lovers (2020) de Ben Harper

ben_harper_winter_is_for_lovers-510x510Petit décalage hebdomadaire : non, vous ne rêvez pas, nous sommes bien samedi et c’est bien la livraison habituellement postée le jeudi. Ça arrive, et il fallait bien prendre le temps nécessaire pour décortiquer ce Winter is for lovers, dernier album studio de Ben Harper. En début de mois, on s’était fait très agréablement surprendre par l’inattendu Trésors cachés & Perles rares de CharlElie Couture. En ce même mois de novembre, on se refait très agréablement surprendre par ce tout aussi inattendu 17e album studio de Ben Harper. Winter is for lovers est tombé dans les bacs voici quelques jours. Inattendu par sa venue et son contenu, renversant par sa qualité : tour du proprio en five reasons chrono.

  1. Winter is for lovers est une forme de retour aux sources dans la discographie de Ben Harper. On a découvert le garçon au début des années 1990 avec deux albums exceptionnels, à savoir Pleasure and Pain (1992) et Welcome to the cruel world (1994). Deux galettes quasi-acoustiques dans lesquelles l’artiste met très en avant sa voix, mais surtout sa maîtrise déjà dingue de la guitare folk, qu’elle soit classique ou lap-steel. La lap-steel guitare, autrement dit l’équivalent d’une pedal-steel sans pédale : une slide guitare qui se joue posée à plat sur les genoux. On y reviendra. Pour qui a aimé Pleasure and Pain et Welcome to the cruel world, impossible de rater ce Winter is for lovers. Istanbul en ouverture des 15 titres donnent les mêmes émotions que The three of us en 1994. De l’instrumental solo, comme une invitation intime et frissonnante.
  2. La différence entre les deux albums de 1992 et 1994 et celui du jour, c’est que l’instrumental ne s’arrête pas là. Winter is for lovers est un disque exclusivement instrumental et solo. Aucune voix, aucun autre instrument. Ben Harper déroule 15 titres uniquement interprétés sur sa fameuse lap-steel guitare Weissenborn. Une marque de guitares hawaïennes qu’il connaît bien, puisqu’il en joue depuis son enfance californienne, aidé en cela par la petite entreprise familiale de magasin d’instruments de musique dans laquelle il a passé pas mal de temps. Jouer de la Weissenborn, c’est ce que Ben Harper fait de mieux. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il est bon sur d’autres instruments, et il chante terriblement bien. Néanmoins, la Weissenborn c’est son ADN musical : la maîtrise impressionnante qu’il en a dès qu’il en joue en est la preuve éclatante.
  3. Less is more : cet adage est le fil rouge de Winter is for lovers. Dépouillé de tout autre instrument, de toute voix et de tout arrangement, l’album est également minimaliste au cœur de ses compositions. Un dépouillement total qui permet de se recentrer sur l’essentiel. Avec la sensation d’un Ben Harper dans son salon (ou dans le nôtre), les 32 minutes de cette galette invitent à l’introspection. Cette évidence d’un retour aux sources (musicales) pour mesurer le chemin parcouru saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles. Mais loin de faire du réchauffé, Ben Harper livre un éventail de tout ce qu’il sait faire, et de ses différentes influences musicales. Blues, soul et folk se mêlent pour une démonstration d’un des plus grands musicos/guitaristes de l’histoire. Pas tant dans sa technicité que dans sa sensibilité à nous emmener très loin.
  4. C’est précisément l’autre versant de Winter is for lovers. Dans une période où l’on passe de confinement en confinement, d’une pièce à l’autre et du lit au boulot, Ben Harper envoie 15 titres qui portent tous le nom d’un endroit du monde : ville, quartier, lieu, pays, tout est bon pour nous balader à travers la planète au travers de diverses ambiances. Que l’on soit à Istanbul, Inland Empire, London, Verona, Montreal ou Paris, on est avec Ben Harper pour un mini tour du monde au travers de lieux qui comptent pour lui, et parfois pour nous. Difficile de distinguer plus un titre d’un autre, et de l’isoler, tant la demi-heure de l’album s’enchaine comme un seul et même long morceau composé de mouvements. Alors que Ben Harper avait déjà ajouté le jazz dans sa musique en construisant des titres alternant thèmes et chorus libres (réécoutez ses lives, c’est monstrueux de maîtrise), il y ajoute la sensation de musique classique en proposant un album bâti comme un seul titre de 32 minutes qui varie les tempos et les mélodies.
  5. Faut-il une raison supplémentaire ? Non, mais je rajoute une couche. La pochette est sublime, avec une photo de rue sous la neige qui me rappelle immanquablement la pochette de The Freewheelin’ Bob Dylan, deuxième album de Dylan, sur laquelle on le voit marcher dans la rue avec à son bras Suze Rotolo, sa petite amie de l’époque. Comment ne pas faire le rapprochement ? Enfin, pour disséquer un peu son titre, Winter is for lovers est le disque qu’il nous faut. Pour toutes les raisons déjà évoquées, parce que c’est un album qui fait un bien de dingue et qui apaise. Et parce que, même sans Winter (je sais pas chez vous, mais on est fin novembre et il fait encore tranquilloum 15 degrés en journée…) et même sans lover, ce nouvel opus de Ben Harper vous remplira de douces sensations.

Vous l’avez compris, je suis plus que totalement conquis par Winter is for lovers. Pendant longtemps, et au gré de la carrière de Ben Harper et des différentes formations dans lesquelles il a évolué, j’ai toujours trouvé que la meilleure formule (hors le solo) était celle des Innocent Criminals. En témoignent le retour de ce groupe en 2015 et les quatre soirées au Fillmore de San Francisco en mars 2015, enregistrées et mises en ligne gratuitement à l’époque par Ben Harper himself. Quatre soirées d’anthologie avec des versions démentes de presque toute la disco de la formation. Je maintiens mon avis sur les Innocent Criminals, mais franchement, ce Winter is lovers constitue la quintessence de ce j’aime dans le son Ben Harper.

Après S16 de Woodkid et Trésors cachés & Perles rares de CharlElie Couture, cette fin 2020 est riche en grands albums avec le Winter is for lovers du jour. L’automne 2020 est puissant musicalement, avec en plus quelques rééditions de folie qui viennent se greffer. On a de quoi faire pour les semaines à venir, et on en reparle très bientôt.

Raf Against The Machine

Review n°63: Pure Luxury de NZCA LINES (2020)

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au troisième album de NZCA LINES Pure Luxury sorti cetNZCA LINES été mais que j’avais laissé totalement passer. Il faut croire que le déconfinement estival m’avait quelque peu déconnecté de l’actualité musicale… Derrière ce nom de groupe un brin mystérieux se cache un trio composé de Charlotte Hatherley, Sarah Jones et le chanteur/compositeur Michael Lovett. Sans manquer de respect à ses deux compagnes, Michael Lovett que l’on connaît aussi pour sa participation en tant que guitariste et claviériste aux génialissimes Metronomy est véritablement le coeur et le poumon de NZCA LINES. Après deux albums riches de belles promesses, NZCA/LINES en 2012 et Infinite Summer en 2016 (à réécouter de toute urgence, en particulier pour savourer la pépite Two Hearts), ce Pure Luxury donne définitivement ses lettres de noblesse à un artiste qui réussit à se réinventer tout en ne reniant pas l’héritage hautement recommandable de Metronomy. Ce troisième opus arrive ainsi à brillamment croiser la synth-pop originelle avec la sensualité d’un disco funk digne de Prince, le résultat entraînant sans être faussement naïf (la dénonciation du consumérisme étant confirmé par cette pochette brillante) devrait vous donner envie de bouger sans retenue.

Le morceau d’ouverture, l’éponyme Pure Luxury, mérite amplement d’avoir donné son nom à l’album tant c’est un single en puissance à fort potentiel addictif. Synthés gourmands et sonorités ludiques à la Metronomy, ambiance disco lumineuse, pouvoir tyrannique du refrain à la mélodie imparable, ce riff de guitare brillant sur la fin du morceau, l’ensemble me donne une folle envie de danser nu chez moi, ce qui devient difficile quand tu sais que tes voisins confinés peuvent te voir à tout moment… En tout cas, refus du luxe et danser tout nu, on est dans le thème. Real Good Time et sa voix inaugurale gonflée aux hormones, Barry White si tu nous entends, vient ensuite proposer un funk sexy en diable qui flirte avec les limites du dance-floor. La voix dans les aigus réveille le démon de Prince, ce qui sera confirmé avec le deuxième tube imparable de l’album, Prisoner Love. Sur la thématique rebattue du pouvoir arbitraire de l’amour, NZCA LINES construit une électro-pop jouissive avec son refrain lumineux.

On retrouve un bijou de pop sensuelle illuminée par le piano et les cordes avec For Your Love (en featuring avec VIAA) qui confirme bien l’influence de la fin des années 70/ Début 80. Il devient de plus en plus difficile de rester habillé… L’atmosphère feutrée de Take This Apart et la douceur de la voix viennent tempérer ton rythme cardiaque même si la montée électrique finale vient te cueillir par surprise, distillant une subtile et mystérieuse touche de post-rock. Un Opening Night clairement estampillé Metronomy avec ses synthés en rupture et sa basse qui confirme le réchauffement climatique, un Larsen  plus sombre et incisif, un Primp & Shine aux accents garage qui déroule plus de 6 minutes d’orfèvrerie musicale et un Tonight Is All That Really Matters final passé sous le tromboscope des synthés confirment l’homogénéité de cet album qui ne connaît aucun temps faible. Tu cherches un album prétexte pour danser nu chez toi ou plus largement de l’électro-pop d’une sensualité folle pour oublier ce monde de merde? Tu sais désormais ce qu’il te reste à faire, enjoy!

Sylphe